YGGZ

FreshRSS

🔒
❌ About FreshRSS
There are new available articles, click to refresh the page.
Today — February 18th 2019Your RSS feeds

Python pour les sciences, une présentation

La sortie de Pandas 0.24.1 est l'occasion de parler de Python et du traitement des données scientifiques. Depuis quelques années, un certain nombre de projets ont émergé afin d'équiper Python pour les mondes de la recherche. Cette dépêche présente quelques-uns de ces projets. Des ressources pour aller plus loin sont proposées en fin de dépêche.

Sommaire

SciPy https://scipy.org/

SciPy fournit un environnement pour Python de logiciels libres afin de faire des mathématiques, de sciences ou de l’ingénierie. En pratique, le terme « Scipy » fait référence à plusieurs entités :

  • Un écosystème de logiciels ;
  • Une communauté de personnes ;
  • Des conférences dédiées à Python et les sciences ;
  • et enfin la bibliothèque Scipy, un composant de la couche SciPy qui fournit des routines pour les données numériques.

L'écosystème SciPy

Faire de la science informatisée avec Python repose sur un nombre restreint de paquets :

  • NumPy, le module pour le calcul numérique. Le module définit le tableau numérique, le type matrix et les opérations basiques qui leur sont associées ;
  • La bibliothèque SciPy, une collection d'algorithmes numériques et des boites à outils spécifiques à des domaines tels que le traitement du signal, l'optimisation et les statistiques ;
  • Matplotlib, un module abouti pour réaliser des graphiques qui fournit des fonctions pour produire des graphiques 2D adaptés à la publication et quelques fonctions pour les graphiques 3D.

L'écosystème SciPy repose sur cette base pour ensuite proposer des outils plus spécialisés. Un aperçu de quelques-uns de ces outils est donné dans la suite de l'article.

Calculs et gestion des données

  • pandas, fournit des structures de données simples à utiliser et performantes.
  • SymPy, pour faire des mathématiques symboliques et de l'algèbre computationnelle.
  • scikit-image est un ensemble d'algorithmes pour le traitement de l'image.
  • scikit-learn est un ensemble d'algorithmes et d'outils pour l'apprentissage automatique.
  • h5py et PyTables permettent tout deux d'accéder à des données enregistrées au format HDF5. HDF5 est un modèle de données, une bibliothèque et un format de fichier pour enregistrer et gérer des données massives et complexes.

Productivité et calculs hautes performances

  • IPython, est une interface interactive et complète qui vous permet de facilement travailler vos données et d'essayer vos idées.
  • Le carnet Jupyter est une application en mode serveur qui permet de créer des documents de code en direct, avec des équations, des visualisations et des explications. Les carnets facilitent la reproduction, la réutilisation et le partage de code, que ce soit au niveau d'une équipe de recherche, pour la publication scientifique ou dans le cadre d'un cours.
  • Cython étend la syntaxe Python pour faciliter le développement d'extensions en C/C++.
  • Dask, Joblib et IPyParallel sont des modules Python pour distribuer le traitement des tâches. Ces modules sont orientés vers le traitement de données numériques.

Gestion de la qualité

  • pytest, qui remplace progressivement le module non maintenu nose, est un environnement pour tester son code Python.
  • numpydoc est une convention et une bibliothèque pour documenter du code Python scientifique.

Jupyter https://jupyter.org/

Jupyter-notebook est une application web open source (BSD 3-Clause License) qui permet de partager des documents contenant code, équations, visualisations et texte. Python n'est pas le seul langage géré : plus de 40 langages sont pris en charge dont R et Scala.

exemple d'entrée sortie sur un notebook

Du point de vue de l'interface, il s'agit d'une console sous stéroïdes : on retrouve donc l'alternance entre des commandes et leurs sorties dans un environnement d'exécution. Le notebook de jupyter ajoute à cela trois fonctionnalités majeures :

  • la persistance de la session, ce qui permet de sauver toute une série de commandes et de la recharger ;
  • l'édition et l'exécution de commandes par blocs. Le notebook se comporte ainsi comme un long script découpé en morceaux que l'on peut exécuter à la demande, ce qui est extrêmement utile pour des projets scientifiques exploratoires où l'on teste des idées à la chaîne ;
  • la prise en charge de sorties graphiques comme des graphes, des images ou du texte mis en forme comme sur cet exemple. La bibliothèque Pandas présentée ci-dessus ajoute aussi sa méthode de rendu pour mettre en forme les tableaux de données et faciliter la lecture.

Sur le plan technique, ce logiciel est découpé en trois parties : le serveur qui gère les sessions, les consoles (~onglets d'un terminal) qui affichent les blocs de code et leurs sorties, et enfin pour chaque console, un noyau qui exécute les instructions dans un environnement persistant.

La conception du projet est volontairement modulable et facilite l'ajout de fonctionnalités via des extensions tierces comme par exemple les méthodes de rendus pour les graphiques et les données.

Pandas https://pandas.pydata.org/

Pandas est une bibliothèque sous licence BSD pour manipuler et analyser des données. Elle permet de lire des tableaux provenant de différents types de fichiers (CSV, Excel, JSON), de filtrer des tableaux, de faire des extrapolations, des interpolations, de fusionner des tableaux de différentes manières. Pandas permet également de manipuler des données temporelles et des séries.

Il se combine idéalement avec iPython ou Jupyter afin de profiter d'un environnement dynamique pour développer des scripts. À noter qu'à partir de janvier 2019, les prochaines versions de Pandas ne fonctionneront qu'avec Python 3. Cette version est donc la dernière à fonctionner officiellement avec Python 2.7. Les versions 3.5, 3.6 et 3.7 sont aussi prises en compte. La liste des nouveautés et des corrections de cette nouvelle version est longue. Sans entrer dans les détails, voici les principales :

  • merge() permet maintenant de fusionner directement des objets du type DataFrame et Series sans passer par une conversion des objets Serie en DataFrame (GH21220) ;
  • ExcelWriter accepte dorénavant mode comme argument afin de permettre l'ajout à un workbook (? à vérifier) existant lors de l'utilisation d'openpyxl (GH3441) ;
  • FrozenList s'est vu ajouter les méthodes .union() .difference(). Cette fonctionnalité simplifie les groupby qui s'appuient explicitement sur l'exclusion de certaines colonnes. Voir Splitting an object into groups pour davantage de précisions (GH15475, GH15506) ;
  • DataFrame.to_parquet() permet d'avoir un index comme argument, permettant à l'utilisateur de passer outre le comportement par défaut du moteur afin d'inclure ou au contraire d'omettre les index du DataFrame dans le fichier Parquet produit (GH20768) ;
  • DataFrame.corr() and Series.corr() acceptent maintenant les appels pour les méthodes de calculs génériques des corrélations, comme l'intersection d'histogramme (GH22684) ;
  • DataFrame.to_string() accepte maintenant les décimaux comme argument, l'utilisateur peut spécifier quel séparateur décimal devra être utilisé dans la sortie (GH23614).

Quelques exemples de manipulation de données avec Pandas à partir du fichier tournagesdefilmsparis2011.csv :

import pandas as pd
datafile = "tournagesdefilmsparis2011.csv"
data = pd.read_csv(datafile, sep=";")
       [5, 4]])

data.head() affiche les premières lignes du DataFrame pandas.

head

data["realisateur"].describe() permet de décrire à travers les opérations statistiques de base une catégorie. Ici, il s'agit d'une catégorie non numérique, describe ne peut faire réaliser les moyennes, quartiles et autres opérations de base.

describe

Évidemment, une utilisation plus avancée de pandas est possible :) Il est possible de joindre plusieurs bases dans un dataframe avec la fonction merge() ou de procéder à manipuler les données via des expressions rationnelles via replace().

Au niveau interopérabilité, des solutions existent pour enregistrer les dataframes de pandas en fichier csv, ods ou excel.

Scikit-learn

Scikit learn est une bibliothèque libre pour Python dédiée à l'apprentissage automatique. Elle est le plus souvent utilisée de pair avec Pandas, Matplotlib et les bibliothèques du projet Scipy. Scikit Learn fournit des fonctions pour analyser des données avec des algorithmes liés à l'apprentissage automatique (forêts aléatoires, régressions logistiques, algorithmes de classification et machines à vecteurs de support).

Matplotlib https://matplotlib.org/

Matplotlib est une bibliothèque pour réaliser des graphiques en 2D de qualité publication, dans une variété de formats de papier et d'environnements interactifs sur différentes plateformes. Matplotlib peut être utilisé dans les scripts Python, les interpréteurs de commandes Python et IPython, les carnets Jupyter et les serveurs d'applications Web.

Matplotlib essaie de rendre les choses faciles et les choses difficiles possibles. Vous aide à produire des graphiques, des histogrammes, des spectres de puissance, des diagrammes à barres, des diagrammes d'erreurs, des diagrammes de dispersion. Pour des exemples, voir les exemples de la galerie.

Les graphiques qui sont présentés dans cet article ont été réalisés avec Matplotlib.

Statsmodels https://www.statsmodels.org

statsmodels est un module Python qui fournit des classes et des fonctions pour réaliser les estimations issues de nombreux modèles statistiques (comme ANOVA ou MANOVA par exemple), faire des tests statistiques et explorer des données statistiques. Une liste exhaustive de statistiques sur les résultats est disponible pour chaque estimateur. Les résultats sont testés par rapport aux progiciels statistiques existants pour s'assurer qu'ils sont corrects.

Numpy https://www.numpy.org/

Numpy est LA bibliothèque de référence pour le calcul numérique en python. La plupart des projets scientifiques s'appuient dessus et de nombreuses bibliothèques sont compatibles avec ce projet.

La bibliothèque Numpy sert à résoudre deux problèmes principaux :

  • stocker en mémoire et accéder à des données structurées en tableaux ;
  • effectuer des opérations algébriques de base sur ces données.

Pour ce faire, Numpy propose un type np.ndarray pour représenter des tableaux de données multidimensionnelles. Ces données sont accessibles facilement par indexation ou par tranches :

>>> import numpy as np
>>>
>>> data = np.array([[1, 2, 3],
...                  [4, 5, 6]])
>>> print(data[0, :])  # première ligne
array([1, 2, 3])
>>> print(data[:, 1])  # deuxième colonne
array([2, 5])
>>> data[:, [1, 0]]  # réindexation des colonnes
array([[2, 1],
       [5, 4]])

Une multitude d'opérations de base sont disponibles : addition, produit, transposition, etc. Leur implémentation est souvent très, très efficace afin de minimiser le temps de calcul et l'empreinte en mémoire. L'efficacité de ces opérations repose en grande partie sur le fait que les données à traiter sont d'un type prédéfini (ex : entier int32 ou flottant float64) et stockées de manière contiguë, ce qui permet d'optimiser les boucles d'opérations et d'utiliser des instructions vectorisées. Le code critique est d'ailleurs rarement écrit en python : des bindings vers des bibliothèques écrites en C, Fortran ou assembleur sont souvent utilisés (openblas, intel-mkl).

Tout en étant assez étoffée en termes de fonctionnalités, l'interface de programmation reste plutôt simple et idiomatique, ce qui permet d'avoir un code compact et facile à comprendre. On notera en particulier la surcharge des opérateurs sur les objets np.ndarray qui donne ainsi accès à l'addition, la soustraction, ou le produit terme à terme en respectant les conventions d'usage sur l'expansion des dimensions :

>>> data + np.array([[-1, -2, -3]]) + 1
array([[1, 1, 1],
       [4, 4, 4]])

Les autres opérations sont implémentées par une multitude de fonctions assez bien documentées dans l'ensemble, même si l'aspect didactique est légèrement moins soigné que pour Matlab.

Le champ d'application de Numpy se limite néanmoins aux opérations mathématiques élémentaires : on n'y trouvera donc pas de traitement du signal comme les convolutions 2D ou le filtrage ou la gestion du stockage des données sur disque qui reste minimale.

Ce sont d'autres modules qui apportent ces fonctions supplémentaires, avec notamment une série de modules scikit-* développés en étroite collaboration avec numpy : scikit-image, scikit-video, scikit-learn…

Des compilateurs pour accélérer les traitements

Python reste un langage interprété dont la conception ne favorise pas particulièrement la performance à l'exécution, en tout cas avec l'interpréteur standard CPython.

Ainsi, le traitement des données avec des boucles for et des embranchements if .. then .. else ne sont pas particulièrement rapides. Les possibilités de traitement parallèle sont par ailleurs assez faibles en raison de l'utilisation d'un verrou global pour se protéger des erreurs d'accès concurrent.

Il est donc parfois nécessaire d'aller plus loin dans la recherche de la performance que ce que Numpy propose par défaut. Considérons par exemple le code suivant :

def np_cos_norm(a, b):
    val = np.sum(1. - np.cos(a-b))
    return np.sqrt(val / 2. / a.shape[0])

peut encore être accéléré en utilisant un des compilateurs pour Python (scientifique) qui existe. Chacun de ces compilateurs permet un gain plus ou moins grand en performance, et demande une modification plus ou moins intrusive du code, tout en imposant des contraintes de déploiement plus ou moins fortes.

Cython - https://cython.org/

Le code précédent s'écrirait en Cython

# cython: boundscheck = False
# cython: wraparound = False
# cython: cdivision = True

cimport numpy as np
from libc.math cimport cos, sqrt

def np_cos_norm(np.ndarray[double, ndim=1] a, np.ndarray[double, ndim=1] b):
    cdef unsigned i, n
    cdef double val = 0., res

    n = a.shape[0]
    for i in range(n):
        val += 1. - cos(a[i]-b[i])

    res = sqrt(val / 2. / n)
    return res

Cython se charge de traduire ce code en C, avec la possibilité (vérifiable avec le mode cython -a) de donner assez d'information au compilateur pour que les parties gourmandes en calcul ne fassent aucun appel au runtime C. Ce code C est ensuite compilable en un module dynamique classique.

D'un point de vue langage, on notera les commentaires en début de fichier qui permettent au compilateur de faire des hypothèses supplémentaires lors de la génération de code. Plusieurs mots clefs (cdef, cimport…) viennent étendre le langage et indiquer au compilateur les identifiants appartenant au monde natif et celles (les autres) appartenant au monde interprété.

Numba - http://numba.pydata.org/

Le code précédent s'écrirait en Numba

from numba import jit

@jit
def np_cos_norm(a, b):

    n = a.shape[0]
    for i in range(n):
        val += 1. - cos(a[i]-b[i])

    return sqrt(val / 2. / n)

Numba va dériver à l'execution une version statique de cette fonction, la compiler à la volée et utiliser le noyau généré en lieu et place de la fonction d'origine.

La compilation en code natif repose sur LLVM, et des options peuvent être passées au compilateur à travers des arguments du décorateur, p.e. @jit(nopython=True) pour déclencher une erreur si la traduction en code natif ne faisant pas référence à l'API Python a échoué. Un cache évite de relancer cette compilation à chaque appel.

Pythran - http://pythran.readthedocs.io/

Le code précédent s'écrirait en Pythran

# pythran export np_cos_norm(float64[], float64[])
def np_cos_norm(a, b):
    val = np.sum(1. - np.cos(a-b))
    return np.sqrt(val / 2. / a.shape[0])

Le compilateur Pythran va traduire ce code en un module natif avec la garantie qu'aucun appel interprété ne sera fait pour exécuter le corps de la fonction np_cos_norm.

La compilation se fait en avance de phase à travers pythran mon_module.py. Il est possible de contrôler finement le processus de compilation en passant des drapeaux de compilations spécifiques : -Ofast, -march=native, voire de générer du code SIMD avec -DUSE_XSIMD.

Les logiciels à base de graphes de calculs : Tensorflow, Pytorch, …

Conçus à l'origine pour faciliter le travail sur les réseaux de neurones, il serait dommage de sous estimer les autres usages possibles des bibliothèques Tensorflow ou PyTorch et anciennement Theano.

Ces bibliothèques permettent de définir des algorithmes sous la forme d'un graphe d'opérations symboliques défini très naturellement, l'exemple ci-dessous démontre qu'il s'agit quasiment du même code qu'avec Numpy. Ce graphe est ensuite optimisé puis compilé pour une exécution rapide sur CPU ou GPU.

Les moyens importants alloués au développement de ces projets assurent un excellent support, un haut niveau d'optimisation et une documentation d'assez bonne qualité complétée par d'innombrables tutoriels.

def tf_cos_norm(a, b):
    val = tf.reduce_sum(1. - tf.cos(a-b))
    return tf.sqrt(val / 2. / tf.cast(a.shape[0], 'float32'))

a = tf.placeholder(dtype='float32', shape=[4])
b = tf.placeholder(dtype='float32', shape=[4])
y = tf_cos_norm(a, b)  # résultat symbolique

with tf.Session() as sess:
    y_eval = sess.run(
        y,
        feed_dict={
            a: [1, 2, 3, 4], 
            b: [4, 3, 2, 1]
        })

Accessoirement, si l'on peut dire, ces logiciels offrent la différentiation automatique, c'est-à-dire que pour un graphe de calculs donné, on peut réclamer la dérivée d'une grandeur à l'un des nœuds en fonction d'une autre.

Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

La cave qui servait les plats presque oubliés de la Gagaouzie

Lorsque vous entrez dans la salle à manger du domaine viticole de Kara Gani dans la région viticole de Valul lui Traian, à l'extrême sud de la Moldavie, l'odeur de piment vous chatouille les narines alors que le ragoût du déjeuner mijote sur le feu.

En attendant que la table soit dressée et que les ingrédients provenant des jardins de l’exploitation viticole soient cuisinés, vous pouvez découvrir, dans une petite salle adjacente, les vestiges inattendus d’une époque presque oubliée. Un musée familial y commémore non seulement l’histoire mais aussi le patrimoine et la culture de la Gagaouzie.

Prise en sandwich entre la Roumanie et l'Ukraine, la Moldavie est un pays qui reste encore largement méconnu de nombreux voyageurs – c'est le troisième moins visité en Europe. Ceux qui le connaissent ont généralement entendu parler de la Transnistrie – bande de terre non reconnue située à la frontière occidentale qui a déclaré son indépendance en 1990.

En Moldavie, il y a un autre pseudo-état composé de quatre enclaves non contiguës : la Gagaouzie. Région autonome avec son peuple, sa culture, sa langue et sa cuisine, elle est la patrie des Gagaouzes – qu’on peut traduire approximativement par « Peuple du ciel » – descendants de Turcs arrivés dans le coin bien avant l’Empire ottoman. La Gagaouzie s’est déclarée indépendante en 1991. Trois ans plus tard, la Moldavie lui accordait l'autonomie mais pas le statut de pays.

Gagauz food

Le vignoble Kara Gani accueille le seul (et donc le meilleur) établissement qui propose des plats authentiques et traditionnels de Gagaouzie. On y trouve des plats emblématiques de cette sous-culture moldave qui tente de se réimplanter progressivement dans la région.

Au cours des décennies de domination soviétique, la culture gagaouze a presque disparu. La langue, qui provient des terres historiques de la Bessarabie bordées par les fleuves Dniester et Prut, a même été classée comme « en danger » par l'UNESCO.

Aujourd'hui, les habitants de la région se réapproprient l’héritage gagaouze et ressuscitent la langue, en partie grâce aux familles qui ont conservé des rites culinaires autochtones. La cuisine gagaouze est l'un des rares éléments de la culture locale qui n’a pas été éradiqué par l’Empire russe au profit d’une « identité nationale » au moment de l'annexion de la région en 1812 après la chute de l'Empire ottoman.

Le dîner s’inspire de la vie nomade et pastorale des Gagaouzes de l’époque, lorsque des aliments comme le fromage et la viande étaient transformés ou conservés dans des peaux, des têtes ou des pieds d'animaux.

En gagaouze, « Kara » signifie noir, comme la mer à proximité ou la couleur sombre de certaines vignes, tandis que « Gani » est le nom des ancêtres de Gheorghe Cervan, propriétaire et viticulteur. Il a baptisé l’exploitation en l'honneur de son grand-père, dont la famille vit dans la région depuis 1136.

Aujourd’hui, Gheorghe consacre son temps à la préservation d’une culture méconnue en proposant des mets traditionnels et du vin aux touristes qu'il tente d'attirer. Après une visite de la cave, les clients sont invités à se promener dans le musée pendant la préparation de la dégustation et à porter une attention particulière aux textiles suspendus aux murs comme des tapisseries.

Un art hautement symbolique qui occupe une place privilégiée au cœur de la Gagaouzie : vêtements, tapis et moquettes illustrent souvent le rythme de la nature, tels que les saisons ou le cycle de vie du blé. Choisie par Lora Cervan, la matriarche de Kara Gani, la collection comprend des articles centenaires issus du mariage de ses ancêtres, notamment des tapis, des ustensiles de cuisine anciens et des sacs à vin.

stuffed grape leaves

Le dîner s’inspire de la vie nomade et pastorale des Gagaouzes de l’époque, lorsque des aliments comme le fromage et la viande étaient transformés ou conservés dans des peaux, des têtes ou des pieds d'animaux. Le fromage de tête gagaouze – une viande en gelée remplie de la chair d’une tête de veau ou de cochon semblable à un aspic.

À Kara Gani, le plat principal est un ragoût d'agneau appelé kurban accompagné de boulgour et de placinta, une tarte fine souvent garnie de fromage à pâte molle.

Parmi les autres plats, souvent préparés à partir des troupeaux itinérants, il y a du fromage de brebis et un bouillon d'agneau garni d'huile de piment. Une fois que les Gagaouzes se sont installés dans la région – située sur le même parallèle (45e) que Bordeaux – les céréales et les légumes ont commencé à apparaître dans leur cuisine.

À Kara Gani, le plat principal est un ragoût d'agneau appelé kurban accompagné de boulgour et de placinta, une tarte fine souvent garnie de fromage à pâte molle, mais pouvant également se trouver avec des pommes ou d'autres fruits.

Le repas se termine par des raisins de table sucrés et juteux provenant directement du vignoble. Le vin est préparé conformément aux traditions locales, c'est-à-dire que les raisins de la région – la Moldavie abrite plus de 50 cépages différents plantées parmi ses 112 000 hectares de vignes – sont récoltés à la main et introduits manuellement dans le tonneau de vin.

« Vous venez ici en tant que touriste et vous en sortez un ami », raconte souvent Cervan à ses invités. Levant un verre, il dit « Saalik alla versin », une expression gagaouze qui signifie grosso modo « Santé ». Mais il s’agit avant tout pour lui de préserver le style de vie des Gagaouzes et la culture qu’ils ont failli oublier.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

MUNCHIES est aussi sur Instagram, Facebook, Twitter et Flipboard

Freshly Cut Flowers Make Sparks in Electrically Charged Images by Hu Weiyi

Image credits: Hu Weiyi and A+ Contemporary

Image credits: Hu Weiyi and A+ Contemporary

In The Tentacles project, by Chinese artist Hu Weiyi, bright sparks and fiery electrical waves flow through a series of freshly blossomed flowers against matte gray backgrounds. To produce the images, Hu uses high-voltage capacitors to create electrical currents that run through the pink and maroon roses, showcasing the power of electricity in all its beauty and danger.

The photo series was inspired by a previous project Hu created in 2014, called Flirt, which introduced cold light to various objects to manipulate viewers’ perception without using digital software. “I then began to study the high-voltage arc and made a high-voltage capacitor which can instantaneously penetrate through the air,” says Hu. “The principle is similar to that of the electric baton, but much stronger.”

The research behind The Tentacles took Hu over a year. He worked with various technicians to try different types of electric discharge devices that would exert the right amount of electrical flow to be captured by his camera. In this experimental phase, Hu used dozens of roses and took hundreds of photographs before finding the right images and settings for his final collection. “My studio is therefore filled with the unpleasant smell of rotten flowers, just like a morgue,” says the artist.

Hu’s work illustrates the aesthetic beauty and diversity of physical forms; the softness and stillness of the spongy rose petals in comparison to the dangerous allure of the electrical spark. “The moment of discharge is wonderful and sexy, but it can also be a cold-blooded tool for torture and execution,” he explains. Hu’s combination of materials illustrate the impermanence of natural plant matter, much like the fragile nature of the human body when exposed to lightning. “The flowers in full bloom remind me of my own fragility and powerlessness,” says Hu.

In comparison to manipulating photographs with software such as Photoshop, the time, precision and research in Hu’s work gives the subjects in his images more weight, their electricity more tangible. You can see more of Hu’s photographs on A+ Contemporary’s website.

Arrêtez de croire que les gens ne lisent plus aux États-Unis

«Nous sommes une nation de lecteurs», assure la directrice exécutive de la National Book Fondation.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur Time

«Le livre est mort», «Reste-t-il des personnes qui lisent encore?», c’est ce qu’entend souvent Lisa Lucas, la directrice exécutive de la National Book Fondation aux États-Unis. Entre l'usage de Netflix, des réseaux sociaux et l'omniprésence des smartphones, on a tendance à croire que les Américains et Américaines lisent de moins en moins, voire plus du tout. Et pourtant…

Une étude menée par le Pew Research Center a montré que 24% de la population des États-Unis n’avait pas lu de livre en 2017. De ce point de vue, l’industrie du livre peut être considérée comme défaillante. Mais Lisa Lucas renverse la perspective: «Ce que je vois, c'est que 76% des Américains ont lu un livre, écrit-elle. Selon moi, nous sommes une nation de lecteurs.»

Malgré la fermeture de nombreuses librairies cette dernière décennie et la prédominance de la vente en ligne, le nombre de libraires indépendants a augmenté. Depuis neuf ans, l’American Booksellers Association accueille chaque année plus de membres. La vente physique de livres s'est accrue d’année en année depuis 2013; entre 2017 et 2018 elle a par exemple augmenté de 1,3%.

«Les livres ne sont pas exclusifs»

«Tout le monde ne lit pas, nul besoin de sondage pour le dire», commente Lisa Lucas. Et le but n’est pas de forcer les gens à lire. La directrice exécutive de la National Book Fondation souhaite mieux comprendre qui lit et pourquoi, afin d'encourager cette démarche. Une manière aussi de déceler quelles sont les personnes laissées en dehors du monde littéraire et d'essayer de trouver des moyens pour les y accueillir. «Le travail de personnes comme moi consiste à élargir le public et à veiller à ce que les livres restent toujours pertinents pour notre culture.»

Lisa Lucas pense que la narration est fondamentale pour l’être humain. Elle permet d’explorer et de donner du sens à notre monde. Les livres absorbent et exploitent notre imagination. «L'idée que ces avantages et plaisirs concernent un sous-ensemble limité d'une population donnée est dangereuse, estime-t-elle. Les livres ne sont pas exclusifs.»

J’aime Alain Finkielkraut pour les paradoxes qu’il ne surmontera pas

Et je déteste les cohérences qui ne manqueront pas de l’habiter.

Temps de lecture: 11 min

J’aime Alain Finkielkraut, d’autant plus que je l’ai perdu souvent. Et quand la lie d’une manifestation s’en est pris à lui, j’ai été inquiet. Qu’il aille bien suffirait à ma paix si nos débats ne gonflaient de l’infamie. L’injure faite à Alain Finkielkraut n’est pas simplement la peine d’un homme; elle est devenue, à peine commise, un prétexte politique.

Finkielkraut, destin singulier, aura donc incarné quelques dislocations du pays, par ses livres souvent, ses outrances, par la violence qu’il rencontre, par ce qu’il en fera lui-même, et ce que nous en ferons. Que construire du chaos?

En deux tweets ciselés, Emmanuel Macron a, dès le samedi 16 février, sculpté la rencontre de la fange et d’un philosophe.

Les injures antisémites dont il a fait l’objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolèrerons pas.https://t.co/WSUTuJmQWX

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 16 février 2019

Apprécions d’abord. Le président ne se commet pas dans l’indignation banale, ni dans la récupération vulgaire; il ne fustige pas les «gilets jaunes», contrairement aux verbeux de son camp. Ses déplorations disent une vision du monde; elles sont une transcendance et un évitement –un faux de bonne volonté. Le mot «juif» manque à son tweet, quand il s’agit de définir Finkielkraut, et plus encore cet autre mot, «sioniste», qui lui fut envoyé comme une injure samedi, quand c’est –à Finkielkraut comme à moi– notre fierté, douloureuse, intime, malaisée.

Mais le président ne dit rien, non plus, des thèses de Finkielkraut, sur notre société, sa décadence et son identité menacée, thèses que beaucoup –j’en suis– réprouvent et qui ne ressemblent pas au doux philosophe.

Le piège du symbole

Un président ne peut pas dire la complexité des hommes. Il parle pour forger le pays. Ce président ne valide pas l’œuvre de l’insulté au prétexte de l’insulte. Il ne dira pas que la saleté d’un samedi atteste l’identité malheureuse de la France. Il veut guider son public et lui dire, précisément, quel sacré a été profané.

Il s’agit de statut, ici, et de symbole. D’un vocabulaire suranné, «homme de lettres éminent», et d’une narration édifiante, où l’immigration s’élève en devenant académicienne, Emmanuel Macron inscrit Alain Finkielkraut dans une belle histoire, où la France arracherait l’enfant d’étranger à ses limbes en lui confiant notre langue, et qu’on lui reproche ses origines nierait la nation. Le président est un orfèvre de l’éloge, mais il n’y suffit pas.

Si Finkielkraut montre «ce que la République permet à chacun», que prouvent alors ses agresseurs? Ils montrent, ces brutes, que la République a failli en éduquant son peuple et n’a empêché ni la haine, ni la bêtise. Son échec s’incarne quand illettrés, complotistes et braves gens fâchés manifestent, crient, cassent pour certains, agressent pour d'autres, et si laidement injurient. D’autres encore, l’oublie-t-on, sont blessés par la République, qui est parfois marâtre et crève les yeux des turbulents.

Si la République s’enorgueillit du méritant Finkielkraut, elle est aussi comptable des saletés et souffrances de ses contempteurs, qu’elle a permis de négligences, de mépris et d’abandon. Si la République est peinée qu’un homme de lettres éminent soit injurié, souffre-t-elle moins si un collégien à kippa ou un commis boucher casher rencontrent la haine?

À cette aune, Finkielkraut et Macron se ressemblent, petits-bourgeois ayant caressé les livres et s’en étant construits, et que des populaces exècrent.

Le symbole est un piège. Il y a, dans la rencontre du philosophe et de ses agresseurs, une opposition fascinante entre la délicatesse des lettres et la trivialité des mots. On ressent, chez Finkielkraut, cette bibliothèque qui honore son foyer et jamais ne le quitte, j’en suis persuadé, et qui nourrit ses pensées et jusqu’à ses impasses. Et en face s’exhibe un monde de l’injure, des violences sans livres, du cri haineux que rien n’apaise. L’instant «gilets jaunes», finalement, aura été cela: les cris d’une foule privée de culture contre des hommes des bibliothèques.

À cette aune, Finkielkraut et Macron se ressemblent, petits-bourgeois ayant caressé les livres et s’en étant construits, et que des populaces exècrent, qui reconnaissent l’ennemi. Ce cri connaît sa limite; les plus violents savent leur infériorité et en deviennent démunis, émouvants.

A-t-on remarqué, dans la vidéo de l’altercation, au milieu des injures, que le plus virulent des agresseurs de Finkielkraut –l’homme barbu sans moustache dont l’apparence, le keffieh et les références palestiniennes suggéraient l’islamo-gauchiste avant même que sa filiation islamiste soit confirmée par la police– parsemait sa diatribe d’excuses adressées aux témoins de la scène: «Je n’ai rien contre vous», «pardon», disait-il au milieu des ordures, puisqu’aussi bien, il n’en avait qu’après Finkielkraut.

Quand les #GiletsJaunes croisent le philosophe Alain #Finkielkraut boulevard du Montparnasse, à #Paris, et l'insultent copieusement.#Acte14 #ActeXIV pic.twitter.com/Rgt8ClrAf3

— Yahoo Actualités (@YahooActuFR) February 16, 2019

Ces délicatesses de l’agresseur soulignent encore la violence de l’agression. Ce n’était pas un rustre qui crachait sa haine, mais un homme courtois, même si extrémiste, qui pensait faire son devoir en agonisant un «haineux», un «sioniste». Il pensait sincèrement, cet homme, faire œuvre pie en revendiquant la France pour les siens: «Elle est à nous, la France», criait-il en montrant son keffieh.

De nombreuses personnes y verront une volonté de conquête islamique, mais d’autres y devineront autre chose: la revanche sur un homme, Finkielkraut, qui interdirait le pays à ses enfants musulmans et contre lequel la colère serait juste. On sait quelles idées drolatiques passent par les têtes des malpolis.

Le chantre du rejet

Si Alain Finkielkraut est des livres, il n’est pas de la paix. Il a plus souvent qu’à son tour provoqué des colères, et en a usé aussi bien. Il n’est pas non plus des élites sociales, qui aujourd’hui font corps autour de lui, qui utilisent sa passion pour exécrer les «gueux». C’est sur des malentendus que les bourgeoisies le prennent. Il est, cet homme, l’otage de ses avanies.

Injurié au passage des «gilets jaunes», il fut il y a deux ans chassé des Nuits debout de la place de la République, où des ultra-gauches concoctaient leur utopie. Le voilà donc vomi par le lumpen et chassé par l’avant-garde révolutionnaire, souillé par les minorités de deux minorités. Des risibles, des moqués, des négligeables dont la bourgeoisie offusquée fait pourtant grand-peur et grand cas, commodes épouvantails, pourvoyeurs de frayeurs; en réalité, autant d’enfermés, les uns prisonnier d’un fatras de références radicales, les autres paniqués d’inculture.

Serait-il propre alors, par contraste, le Finkielkraut de la bibliothèque? Un décent, modéré, de bon sens, un Raymond Aron de nos déconstructions, cet homme qui honore de sa malice fatiguée les bien-pensants de l’identité nationale, les petits veilleurs du Figaro Vox, les inquiets de la civilisation? Doutons-en, pour lui-même et pour nous.

Finkielkraut n’est pas net. Sa langue est belle, mais sa pensée est sale, hirsute, impure et incommode, courageuse et insensée, parfois. Elle dérange en mots délicats, cela fait son prix et sa liberté, et aussi le prix de ses erreurs: pourquoi l’en tenir quitte?

Elle reflète aussi une biographie plus douloureuse qu’édifiante. Le président nous égare: Finkielkraut n’est que techniquement «fils d’émigrés polonais», tant la Pologne, pour nous juifs, ne fut guère une patrie.

Juif polonais né en France, juif de l’Est né en France quand l’Est nous chassa, juif enfant de rescapés de la haine et de la Shoah, juif du yiddish, juif d’un humour de dérision, juif et juif encore et qui sortit de sa zone de confort parce que juif, quand l’antisémitisme revint, bien avant les «gilets jaunes».

Il prit le risque de s’aliéner son milieu naturel, la gauche de pensée que le malheur juif indifférait, et devenu luftmensch idéologique, trouva refuge et admiration chez des opportunistes qui ne lui ressemblaient pas, trop heureux de ce juif hirsute et tourmenté qui composait des odes à l’identité française et se faisait l’avocat du «français de souche», qui mieux que lui, enfant d’immigré, était de ce pays.

Finkielkraut n’a changé que par son judaïsme. C’est son ferment instable, sa part de minorité qui fait de lui l’exalté de la nation.

La transmutation d’un heureux enfant de l’après-guerre et de Mai 68 en barbon nationaliste, ronchonnant sur la langue, l’école et les hiérarchies disparues, fustigeant tantôt une équipe de France de football «black-black-black», tantôt des banlieusards à l’accent incongru, tantôt les écoles où l’on persécute les bons élèves, est un mystère du temps.

Finkielkraut n’a changé que par son judaïsme. C’est son ferment instable, sa part de minorité qui fait de lui l’exalté de la nation. Il rompit avec la gauche, au fond de son cœur, quand elle se mit à réprouver Israël, cette espérance dont il était un spectateur lointain mais engagé. Il paracheva sa rupture quand, l’antisémitisme devenant brutal en France au début des années 2000, cette même gauche donna l’impression de n’en avoir rien à faire.

Il compléta sa transition quand il vit dans les jeunes gens de l’immigration arabo-musulmane, aimés des gauches, des menaces pour les juifs. Il donna corps à sa doctrine, théorisant que la haine du juif épousait la haine de la France: ses peuples et son pays avaient alors le même ennemi.

De cohérences en cohérences, Alain devint ce que l’on connaît: de tant d’amour blessé, le chantre du rejet et le contempteur de la modernité. Il a forgé doctrine du regret du monde d’avant qui le rendait heureux, ce monde où la littérature émancipait les enfants français de juifs polonais, ce monde où le pays des kibboutzim et des femmes de Tsahal nous vengeaient des années obscures, ce monde de cohérences mariées, désormais disloquées. Adulte, il n’a plus vu d’espérances, mais des forteresses à défendre, des défaites à retarder.

Et il a combattu alors, sur les fronts de l’école, sur la défense des juifs, sur l’honneur du sionisme, sur la France accusée; il a combattu le dos au mur et parfois jusqu’à l’absurde, mais des juifs déboussolés par l’antisémitisme et des français en mal de nation –ce peut être les mêmes– l’en aimèrent. Plus encore, il devint le guide des égarés contemporains, un Maïmonide aussi perdu que ses disciples, mais témoin d’une même peur. Il fut l’oracle des malheurs conjugués, lui qui aimait rire, et qui riait aussi de lui. Je m’en désole souvent.

L'ironie de l'anecdote

J’enrage que ce soit lui, l’enfant du yiddish, qui valide la détestation odieuse des minorités, servant la soupe doctrinale à cette France qui jadis n’aurait pas reçu un Finkielkraut en ses châteaux. J’enrage que ce soit lui, l’enfant de la communale, le chantre de la culture qui seule émancipe, qui se décrète inférieur en parts de France au «Français qu’on n’ose plus dire de souche» –le mot est de lui–, comme si les bonnes notes et les bibliothèques chéries ne valaient pas la glaise. Alain, toi? Parfois, j’en souris –que faire d’autre?

J’aime Alain Finkielkraut pour l’ironie qui s’attache à ses drames. Il fit irruption dans le débat public par un beau livre, il y a trente-neuf ans, en actant de mots la fin d’une illusion juive, d’être un peuple maudit sur Terre, quand en réalité la modernité nous ouvrait les bras. Voilà désormais notre «Juif imaginaire» devenu la preuve du martyre de notre peuple, le pendant vivant de Simone Veil au doux sourire que des salauds ont maculé.

Dans ses croisades contre les gauches, il défendit le peuple de France contre les moralistes des villes qui le taxaient de fascisme et de racisme quand il votait Front National. Il eut, Alain, je dis Alain, de belles phrases contre les hypocrisies de ces nantis qui profitaient des avantages des sociétés ouvertes, prospéraient en libéralisme et se donnaient le luxe, en plus, de se trouver plus moraux, plus estimables, internationalistes et ouverts que la plèbe abandonnée.

Il avait encore ce scrupule –ne jamais être du côté des bourgeois offusqués– à l’entame des «gilets jaunes». Il voulait défendre «Limoges, mais aussi Villeneuve-sur-Lot, Dieppe, Issoudun ou Paimpol» contre celles et ceux qui n’ont d’yeux «que pour les villes-mondes et les migrants»; il voulait défendre les «déplorables» qui faisaient des ronds-points les places des villages.

Le voici victime de cette plèbe qu’il voulait que l'on épargne, et ce qui lui est arrivé est l’aubaine des tenants de l’ordre, qui veulent en finir avec la crise, la fronde, la grogne, les mécontents, les mal embouchés –et le voilà, Alain, je dis toujours Alain, caution du pouvoir et des bien peignés.

En souffre-t-il? Il s’était éloigné entre-temps des «gilets jaunes», prophète déçu par ce peuple-messie qui s’était corrompu dans le bruit, la gloire télévisée, le complotisme et l’antisémitisme; il l’avait ressenti. Son éloignement était dicté par ce qu’il reste, disciple de Péguy, amant du retrait forcé à la lumière, juif inquiet jusqu’à se perdre.

Il y avait, dans les yeux d’Alain, une joie moins nette de ne pas être injurié par la plèbe gauloise, mais par un autre lumpen.

Où en est-il aujourd’hui, le philosophe insulté? Se voit-il en totem des possédants, l’éminent académicien? S’acceptera-t-il en icône de l’ordre, lui qui succéda sous la Coupole à un antisémite d’occasion, lui dont on ignore s’il fut choisi comme une caution, ou bien pour ses étrangetés?

J’aime Alain Finkielkraut pour les paradoxes qu’il ne surmontera pas. Je déteste les cohérences qui vont l’habiter, comme j’aime le regard triste et malicieux qu’il posait sur ses insulteurs. Les entendant, il savait que cela était juste, que l’adversaire ne se trompait pas, qui en lui détestait le juif debout, le juif assumé, le juif sorti du rang. «Retourne à Tel-Aviv»: comment ne pas porter fièrement, à Paris, cette injure –même si, en disciple de Levinas, on rêve à la prude Jérusalem?

Il avait en face de lui des islamistes qui prétendaient lui prendre sa France, c’était donc vrai. Il y avait, dans les yeux d’Alain, pourquoi dis-je Alain, une étincelle émouvante et en même temps une joie moins nette de ne pas être injurié par la plèbe gauloise, mais par un autre lumpen, dont il avait si souvent décrit la monstruosité. Non pas les «gilets jaunes», la belle affaire, mais l’anti-France, l’anti-juif, le djihad des voyous.

Est-ce qu’il a, dans sa peur, senti que l’anecdote serait un triomphe? Au lendemain de l’injure, on frémissait, dans une France devenue celle d’Alain Finkielkraut, d’avoir de l’islamisme à se donner en pâture. Et la veille d’un grand rassemblement contre l’antisémitisme, Alain lui-même avertissait sa France, dans son Figaro, qu’il ne faudrait pas ressusciter à tort le vieil antifascisme, mais désigner le bon ennemi.

Le lisant, je le compris reparti en guerre. Et le lisant, je me dit qu’il allait bien, et je me préparais à me désoler de sa vigueur renaissante. C’est mon habitude, m’enferme-t-elle aussi?

«Nicky Larson» n'est pas le nanar sexiste que l'on nous a promis

Les critiques pleuvent sur «Nicky Larson et le parfum de Cupidon», accusé d'être graveleux, misogyne et homophobe. Ce n'est pourtant pas la seule façon de cerner le film.

Temps de lecture: 5 min

L’annonce d’une adaptation française de Nicky Larson, animé japonais tiré du manga City Hunter de Tsukasa Hojo, programmé dans l’Hexagone au sein du «Club Dorothée», a fait frémir les médias. Philippe Lacheau et ses comparses, qui après s’être illustrés sur Canal+ ont investi les salles obscures avec des comédies comme Babysitting ou encore Alibi.com, sont aux commandes du long-métrage.

Les critiques ont fusé dès l’annonce du projet. Que ce soit vis-à-vis de l’affiche du film ou de la première bande-annonce, «la bande à Fifi» ne partait pas en terrain conquis. Depuis, de nombreuses personnalités d’internet, notamment les spécialistes de la culture geek comme le Chef Otaku ou encore le Joueur du Grenier, ont loué la fidélité du long-métrage à l’œuvre originelle de Hojo, qu’il s’agisse de l’animé édulcoré ou du manga, bien plus sombre.

Pourtant, les critiques professionnelles françaises ne semblent pas goûter la plaisanterie, reprochant à Nicky Larson d’être trop axé sur les gags à caractère sexuel et de se rendre coupable de misogynie, voire d’homophobie.

La question du sens de lecture est ici largement sollicitée, car les arguments des adversaires du film, souvent peu développés, peuvent être très facilement retournés et renvoyés drastiquement à leurs auteurs ou autrices.

Agissements sexistes ridiculisés

Dans Qu’est-ce qu’un bon film?, Laurent Jullier établit le fait qu’au cinéma, il faut savoir discerner le descriptif du prescriptif. Le personnage de Nicky Larson est un misogyne, un obsédé sexuel et même parfois un harceleur. Pourtant, à aucun moment, que ce soit dans l’œuvre de Hojo ou dans l’adaptation de Lacheau, ce comportement n’est glorifié.

Le personnage est d’ailleurs souvent puni par sa comparse Laura, un personnage profondément humain à l’éthique irréprochable venant souligner la vulgarité et la dimension surréaliste de ses adjuvants.

Nicky Larson est descriptif, et non prescriptif: il n’invite pas à se rabaisser à ce type d’agissements; au contraire, il les dénigre et les ridiculise.

Ce n’est pas la première fois que la critique française s’insurge: Elle, de Paul Verhoeven, a été accusé de faire l’apologie de la culture du viol en présentant une protagoniste désireuse de revivre son agression. Elle, c’est elle au singulier, pas au pluriel, et les généralités, faciles à établir, sont souvent la preuve d’un manque profond de réflexion.

Dans un registre humoristique plus proche du film de Lacheau, les deux opus d’OSS 117 de Michel Hazanavicius n’ont semble-t-il pas été taxés de machisme, de racisme et d’antisémitisme, des systèmes de pensée qui dominent pourtant totalement la personnalité du héros incarné par Jean Dujardin.

Le personnage de Laura, de par ses cheveux courts et sa façon de s’habiller, est souvent prise pour un homme, voire même moquée par son associé, et cet élément est également au cœur des critiques sur la prétendue misogynie du film. Mais Laura, victime des réflexions désobligeantes des autres personnages, permet au public de s’identifier et souligne de fait l’absurdité de cet acharnement comme la dimension très obtuse des esprits qui en sont à l’origine.

Bien que le film de Lacheau soit conçu pour fonctionner en totale autonomie, souvenons-nous que le personnage de Kaori (le nom original de Laura) est travestie en gangster lors de sa première apparition dans le manga d’origine, signant le point de départ du running gag sur son identité de genre.

Nicky Larson dénonce et se moque ouvertement de ces individus balourds englués dans leurs préjugés au sujet des femmes. Laura est un personnage fort, bien plus fort que la grande majorité des personnages masculins du film, et elle se pose comme l’égale du garde du corps donnant son titre à l’œuvre.

Dans les années 1980, Didier Bourdon fustigeait la diffusion d’animes japonais au sein du «Club Dorothée». Aujourd’hui, après Les Inconnus, il est en tête d’affiche d’une adaptation de l’un de ces produits culturels venus du Japon.

Mise à mal du mythe de la virilité

Sous l’emprise du parfum de Cupidon, le personnage-titre tombe amoureux contre son gré de son commanditaire, incarné par Didier Bourdon, donnant lieu à des scènes de fantasmes homo-érotiques tournées en dérision. Nicky Larson a quarante-huit heures pour trouver l’antidote, sous peine d’être éternellement amoureux d’une personne qu’il n’aime et ne désire pas.

Pour une partie des internautes qui pourfendent le film, ce personnage cherche à «guérir» de son homosexualité, et le film est donc ouvertement homophobe.

Pourtant, on peut aussi considérer que la question qui se trouve au cœur de l’intrigue est plutôt celle du consentement. C’est dans le but de détruire un parfum pouvant servir d’arme à des individus qui font fi du consentement d’autrui que Nicky et Laura partent à sa recherche.

Mieux, l’attirance d’un machiste galvanisé par sa masculinité pour un autre individu de sexe masculin sert un propos bien plus profond, visant à mettre à mal le mythe de la virilité.

Dans son ouvrage du même nom, sous-titré «Un piège pour les deux sexes», Olivia Gazalé établit que la notion de virilité est non seulement un outil d’asservissement pour les femmes, mais également pour les hommes, qui se sentent obligés –consciemment ou inconsciemment– de correspondre à des archétypes virilistes visant à les enfermer dans un modèle unique. Quiconque ne marche pas dans les clous est rejeté, moqué voire violenté.

Nicky Larson est un archétype des années 1980 totalement conforme à cette idée de mâle dominateur avide de sexe hétérosexuel, et le fait qu’il soit éperdument amoureux d’un autre homme remet totalement en question son système de pensée: est-ce grave d’être amoureux de ce personnage-là? Oui, car il n’y a aucun consentement –et non parce que c’est un amour homosexuel.

Philippe Lacheau et Élodie Fontan dans Nicky Larson et le parfum de Cupidon, image tirée de la bande-annonce du film | Capture écran via YouTube

Le film est une œuvre outrancière, et les gags qui pleuvent autour de cette bromance sont justement là pour grossir le trait, pour parodier une vision très hétérosexualisée de l’homosexualité. Ce qu’imagine Nicky, ce sont des clichés, car il en est un lui-même, se refusant à déclarer ouvertement sa flamme à Laura, cette femme qu’il ne peut aimer, peut-être justement parce qu’elle est trop garçonne à son goût –une préférence dictée par son emprisonnement dans ce fameux mythe de la virilité, qui lui impose des archétypes et des chemins totalement balisés.

Cri d’amour générationnel au «Club Dorothée» enrobé d’une avalanche de clins d’œil à l’œuvre de Tsukasa Hojo (version papier ou écran), comédie policière et buddy movie dans lequel, pour une fois, les deux protagonistes ne sont pas seulement des hommes, Nicky Larson peut soulever certains questionnements qui paraissent douteux au premier abord. Mais au-delà du pur divertissement se trouve une réflexion bien plus profonde qu’il n’y paraît sur les codes qui régissent les rapports entre les genres et la vie amoureuse.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Le mur est tout ce qu'il reste à Trump

L’état d’urgence signé par Trump n’est qu’une nouvelle manifestation de son obsession pour un mur qui, loin de protéger les États-Unis, a pour fonction de sauver la peau présidentielle.

Temps de lecture: 7 min

Donald Trump vient de déclarer l’état d’urgence aux États-Unis. Lors d’un discours «décousu et désinvolte» à la Maison-Blanche le 15 février, il a expliqué qu’il s’apprêtait à en signer la déclaration, comme l’avaient fait «d’autres présidents depuis 1977, ou quelque chose comme ça. Et il y a rarement eu de problème. Ils l’ont signée. Tout le monde s’en fiche. J’imagine qu’elles ne devaient pas être très excitantes».

Trump ne prend personne en traître: au moment de la fin du shutdown (le blocage d’une partie du gouvernement fédéral) fin janvier, il avait annoncé que s’il n’obtenait pas gain de cause pour financer son mur, il n’hésiterait pas à proclamer l’état d’urgence. Et bim. Le Congrès ayant voté une enveloppe bien en deçà de ses exigences pour financer son mur à la frontière sud du pays, il fait donc ce qu’il avait promis.

Mesure inutile

Ce qui pour le peuple français convoque des images d’attentats et de débats sur les libertés publiques n’est aux États-Unis pas une si grande affaire. La preuve? En 1976, le Congrès américain a cru bon de légiférer sur l’état d’urgence alors utilisé à tort et à travers, et aujourd’hui, trente-et-une mesures d’état d’urgence sont en vigueur dans le pays –dont quatre signées par Trump et dix par Obama–, beaucoup plus qu’à l’époque.

Cette loi, le National Emergencies Act (NEA), prévoit un contrôle par le Congrès censé valider chaque année les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence. Et ce contrôle n’est jamais exercé.

Naturellement, le Parti démocrate est monté au créneau –quelques personnes dans le camp républicain ont également exprimé des réserves– et ne laissera pas Trump exercer ce droit sans lui opposer toutes les mesures légales possibles. Trump s’est d’ailleurs lui-même tiré une balle dans le pied lors de son discours, en avouant qu’il n’était «pas obligé» de recourir à une mesure d’urgence mais qu’il le faisait «pour aller plus vite». Autant dire qu’il a de lui-même tendu à ses adversaires le bâton pour le battre.

Depuis vendredi 15 février, l’Amérique est en train de gloser ou d’encenser –c’est selon– la manifestation d’autorité d’un président parmi les plus controversés de son histoire.

«Si le président peut déclarer l’état d’urgence pour une urgence qu’il a lui-même inventée, pensez à ce qu’un président avec des valeurs différentes peut présenter au peuple américain.»

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Le Parti démocrate avait d’ailleurs menacé, avant cette prise de parole dont le ton, dans la bouche de tout autre chef d’État, aurait suffi à le soupçonner d’être retombé en enfance, d’utiliser lui aussi des mesures d’urgence pour faire passer des lois au cœur du débat national –comme le réchauffement climatique, le système de santé et le contrôle des armes– lorsqu’il reviendrait au pouvoir.

Ce qu’a confirmé Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants: «Si le président peut déclarer l’état d’urgence pour une urgence qu’il a lui-même inventée –une illusion dont il veut convaincre les autres–, pensez à ce qu’un président avec des valeurs différentes peut présenter au peuple américain», a-t-elle déclaré.

L’état d’urgence donne à Trump de vastes pouvoirs, qui peuvent s’avérer dangereux pour la démocratie américaine. Il pourrait lui permettre par exemple de prendre le contrôle d’internet. Pas à 100% –internet est bien trop décentralisé aux États-Unis pour qu’une censure de type chinoise ou nord-coréenne puisse s’y appliquer efficacement–, mais suffisamment pour orienter les contenus des moteurs de recherche de façon à ce que les sites pro-Trump soient mis en avant ou pour surveiller les courriers électroniques. Il pourrait aussi –et c'est en fait déjà le cas– geler les comptes bancaires de citoyennes et citoyens américains.

Dans une dystopie absolue, l’état d’urgence permet également au président de suspendre la loi interdisant au gouvernement de tester des agents chimiques et biologiques sur des êtres humains sans leur consentement.

L’Amérique n’en est pas –encore?– là. En revanche, ce qui est certain, c’est que politiquement, elle pédale dans la semoule. Voici un président qui de son propre aveu prononce un état d’urgence inutile pour arriver à ses fins. Et plus que le moyen, c’est l’objectif qui est intéressant: ce fameux mur, brandi par le candidat Trump en 2016 et dont il a fait son cheval de bataille.

Menace fantasmée

Selon le président américain, la plus grande menace à laquelle est confronté son pays est l’immigration clandestine, qu’il sert à toutes les sauces. Notamment lors de la campagne pour les élections de mi-mandat, où il l'avait utilisée comme épouvantail pour tenter de conserver sa majorité au Congrès –raté: le Sénat est resté républicain, mais la Chambre des représentants, entièrement renouvelée, a basculé côté démocrate. Lors du discours sur l’état de l’Union, le mur a aussi été l'un des axes de communication privilégiés de Trump.

Il vaut la peine de se pencher sur sa rhétorique lorsqu’il cherche à en justifier la construction: ce mur sert à protéger l’Amérique d’une menace que la plupart des spécialistes estiment fantasmée. Dans le monde selon Trump, le plus grand problème de l’Amérique prend la forme de réfugiés latino-américains qui se rassemblent en caravanes pour tenter leur chance aux État-Unis, composées de «coyotes impitoyables, de cartels, de dealers et de trafiquants d’êtres humains», comme il l’a martelé lors de son discours sur l’état de l’Union.

«Nous parlons d’une invasion de notre pays par la drogue, par les trafiquants d’êtres humains, par toutes sortes de criminels et de gangs.»

Donald Trump

Lorsqu’il en parle, le président américain utilise un vocabulaire qui n’a pas grand-chose à voir avec celui d’une politique migratoire réfléchie et mesurée. Il choisit toujours un champ sémantique d’une grande violence, destiné à convaincre son auditoire que le peuple américain est assiégé: «J’ai ordonné que 3.750 soldats se rendent à notre frontière sud pour le gigantesque assaut», a-t-il proclamé lors du discours sur l’état de l’Union. Un «gigantesque assaut»? Des hordes barbares seraient-elles aux portes de l’Amérique libre?

Le 15 février, Trump a évoqué des «caravanes monstrueuses». On se souvient de sa comparaison entre Mexicains et violeurs lors de sa campagne de 2016. À l’entendre, le problème de drogue des États-Unis est uniquement dû à ces populations, qui entreraient aux États-Unis comme dans un moulin: «Nous parlons d’une invasion de notre pays par la drogue, par les trafiquants d’êtres humains, par toutes sortes de criminels et de gangs.»

Rien ne prouve que ces personnes ont commis les actes criminels dont on les accuse, et le président oublie que la plupart d'entre elles se présentent aux points d’entrée et demandent légalement l’asile. Et ce que Trump ignore –ou choisit d’ignorer?–, c’est que la plus grande partie de la drogue qui entre dans son pays le fait par ces points d’entrée légaux. Mais peu importe, car la vérité et les faits n’ont pas leur place dans son discours.

Lorsqu’un journaliste lui demande sur quoi il se fonde pour avancer ce genre de données, les statistiques officielles de la protection douanière prouvant que d’une part, la drogue n’entre pas majoritairement par les sections poreuses de la frontière et que d’autre part, le taux d’immigration clandestine a baissé, le président américain répond: «J’utilise plein de statistiques» qui viennent de «plein de sources».

On pourrait écrire des pages sur le fait que ce que Trump avance est le plus souvent faux. Il existe un vérificateur de faits efficace mis en place par le Washington Post pour suivre les mensonges et erreurs de Trump –lors de l’écriture de cet article, le président en était à 8.459 déclarations fausses ou trompeuses.

Échappatoire multifonctions

À quelques exceptions près, le consensus est assez large: il dit très souvent n’importe quoi. La question est: pourquoi? Pourquoi cette obsession, pourquoi ce mur? Quelle symbolique, quelle raison profonde se cache derrière cette monomanie présidentielle? Ce mur est inutile et il ne sera jamais intégralement construit, même le camp républicain le sait. Pourquoi le dirigeant de la plus grande puissance occidentale s’y accroche-t-il de toutes ses forces, tel un Don Quichotte pathétique reconverti dans la maçonnerie?

Ce mur, pour Trump, est un doudou. Ou la plume magique de Dumbo, l’éléphant volant –vous savez, ce petit objet qui rassure et auquel on se raccroche pour regagner sa confiance en soi. Parce qu’imaginez une seconde qu’on lui enlève son mur, à Donald: que lui resterait-il? Est-ce qu’il ne se rend pas parfaitement compte, malgré toute l’imbécillité que l'on a trop souvent envie de lui accorder, que s’il se privait de ce qui n’est devenu qu’un argument rhétorique, il n’aurait plus rien à quoi se raccrocher pour gouverner?

Ce mur lui permet de se sortir de toutes situations. En meeting, «Build that wall!».

Dans ses tweets,

BUILDING THE WALL!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 17 février 2019

Dans ses discours et dans ses moments de délire les plus tristement drôles, comme lorsqu’il a recommandé à l’Espagne de construire un mur dans le Sahara pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée, toujours le mur.

S’il n’y avait pas ce mur, le roi serait nu, et le président américain et son entourage en ont sans doute parfaitement conscience.

Trump est le roi du retournement de veste (souvenez-vous: il finançait les Démocrates, autrefois. Si si, à l’époque où il soutenait le droit des femmes à l'avortement. Selon NBC, au fil de sa campagne Trump, aurait «changé de position 141 fois sur vingt-trois sujets importants différents»). Ce président improbable n’a pas adopté de ligne idéologique par conviction, mais par opportunisme, contraint et forcé après avoir été le premier surpris d’être élu à la Maison-Blanche.

Sans convictions, sans vocation, sans programme personnel, sans le bagage culturel et intellectuel suffisant pour s’improviser leader de la plus grande démocratie du monde, il s’est trouvé une bouée, tant psychologique que politique, à laquelle se raccrocher pour éviter la noyade.

Ce mur n’est pas destiné à protéger l’Amérique d’un danger qui de toute façon n’existe pas, il a pour fonction de protéger un homme contre un destin qui de toute évidence le dépasse complètement.

Questions après le suicide d’un chirurgien au sein de l’hôpital Avicenne

Le 3 février, le Pr Christophe Barrat se défenestrait depuis son bureau de l’hôpital Avicenne. Un cas révélateur de la violence des conditions de travail en milieu hospitalier.

Temps de lecture: 9 min

Il est des événements qui, soudain, bouleversent le regard que l’on peut porter sur le monde hospitalier. Le dimanche 3 février dernier, le Pr Christophe Barrat, chirurgien âgé de 57 ans, se suicidait par défenestration, depuis son bureau du cinquième étage de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique–Hôpitaux de Paris, AP-HP). Avant de mettre fin à ses jours, il avait revêtu sa tenue de bloc opératoire. Ce praticien réputé était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret).

- Un #chirurgien de 57 ans s'est donné la mort à l'hôpital #Avicenne de Bobigny. L'homme s'est rendu dimanche dans l'établissement. Il s'est habillé en tenue de travail, avant de se jeter par la fenêtre. (Ouest-France) https://t.co/yIZkPGtOMd

— Brèves de presse (@Brevesdepresse) 5 février 2019

Cette tragédie fit d’emblée polémique, la direction de l’hôpital expliquant (dans un e-mail au lendemain du suicide) que ce «professionnel respecté et apprécié de ses équipes» et qui «incarnait l’excellence de sa spécialité» souffrait d’une «maladie grave». «L’hôpital essaye de se défausser de ces responsabilités en évoquant la maladie grave du Pr Barrat mais le contexte professionnel dans lequel il exerçait doit aussi être pris en ligne de compte», déclarait au Quotidien du Médecin le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste à Avicenne par ailleurs membre de l’Association des médecins urgentistes de France et de la Confédération générale du travail (CGT).

«Le Pr Barrat était au top à 50 ans, il dirigeait le service de chirurgie viscérale de Jean-Verdier, l’un des meilleurs de France. C’était une belle réussite. Et puis, il y a quatre ans, son service a été fermé pour être regroupé avec celui d’Avicenne. Cette stratégie de regroupement de l’activité médicale de l’AP-HP n’a pas aidé.» Et d’ajouter, sur le site whatsupdoc: «La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie… Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière.»

Regroupement hospitalier et management par l'autorité

Le Dr Prudhomme évoquait encore une «ambiance pas très bonne» voire «conflictuelle» entre le Pr Barrat et le chef de service de chirurgie générale, digestive, cancérologique, bariatrique et métabolique de l'hôpital Avicenne. «Il y avait un conflit entre deux professionnels et cela avec le management autoritaire d'un directeur, expliquait-il. C'est une situation interne typique du monde médical, à Avicenne ou ailleurs, qui n'est rien d'autre qu'un système clanique.»

Pour sa part le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe), présidé par le Dr Anne Geffroy-Wernet, dénonçait la «communication désastreuse» d'une AP-HP accusée de «violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave». «Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations!» ajoutait-il. Ce syndicat demandait l’ouverture d’une enquête indépendante menée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pour faire toute la lumière sur les causes de ce drame.

«On tirera les conséquences de ce qui aura été découvert par cette enquête interne. Je n’ai évidemment pas d’opinion.»

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé

Interrogée le 5 février en marge de l’inauguration des nouveaux locaux de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé déclarait: «C’est dramatique, mes premières pensées vont à sa famille et à toutes les équipes de l’hôpital d’Avicenne qui doivent être très bouleversées par tout cela. Je suis vraiment sincèrement avec eux. Ne nous précipitons pas sur une explication aujourd’hui. Une enquête est en cours. Je veux que l’enquête ait lieu en toute sérénité, sans instrumentalisation. On tirera les conséquences de ce qui aura été découvert par cette enquête interne. Je n’ai évidemment pas d’opinion.»

«La seule chose [importante] pour moi, c’est d’éviter que de tels drames se reproduisent. On a eu l’histoire de Monsieur Jean-Louis Mégnien, il y a quelques années, j’ai également vécu dans ma vie professionnelle des éléments très douloureux de ce type-là. Je pense qu’il faut qu’on évite aujourd’hui de tirer des conclusions hâtives sur [l’aspect] professionnel [ou] personnel. Cela peut choquer sa famille et les soignants qui l’accompagnent que certains tirent des conclusions trop hâtives.»

Secret médical bafoué par l'hôpital

Trois jours après le suicide, la direction de l’AP-HP réagissait publiquement aux accusations de violation du secret médical dans un communiqué de presse daté du 6 février intitulé «Information sur le décès du Professeur Christophe Barrat[1]»: «Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire, et ce, en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes: nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP, à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, “d’apporter un éclairage au geste de son mari”. Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de notre communauté selon la volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret: son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé. […] Un processus d’enquêtes s’engage par ailleurs, et il convient que celui-ci puisse se dérouler dans la plus grande objectivité. […]»

Le suicide du Pr Christophe Barrat à Avicenne : l’AP-HP a-t-elle violé le secret professionnel ? | bravo à ce syndicat . Journalisme et Santé Publique https://t.co/B004LTFTCO

— Dr Gérald KIERZEK (@gkierzek) 6 février 2019

Interrogés par Slate.fr, l’Ordre des médecins et plusieurs spécialistes observent que la direction de l’AP-HP commet une erreur majeure quand elle soutient que l’épouse du Pr Barrat pouvait la délier du secret médical.

«Nous continuons à affirmer avec force que la violation du secret professionnel est inacceptable, la mort ne déliant pas de ce secret [article 4 du code de déontologie médicale, article R. 4127-4 du Code de santé publique]», nous a pour sa part déclaré le Dr Geffroy-Wernet. Selon l’arrêt du 8 mai 1947, «l’obligation du secret professionnel s’impose aux médecins comme un devoir de leur état. Elle est générale et absolue, et il n’appartient à personne de les affranchir». Et sans vouloir se prononcer précisément sur ce dossier, le Conseil national de l’Ordre des médecins nous a précisé faire une lecture similaire des textes en vigueur et de la jurisprudence. En d’autres termes ni le malade, ni son épouse, ni un ayant-droit ne peut délier un médecin du secret qui s’impose à lui.

Article 4 (article R.4127-4 du Code de la santé publique): «Le secret professionnel, institué dans l’intérêt des patients, s’impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession, c’est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris.»

Code pénal-Article 226-13: «La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende.»

Pour l’heure, interrogée, l’AP-HP «n’a pas d’informations à donner» quant à l’état d’avancement de l’enquête interne ou quant à une saisine de l’IGAS.

Trois cents cas de harcèlement moral

Des causes différentes peuvent-elles produire les mêmes tragiques effets? Comme l’a fait observer Agnès Buzyn la fin tragique du Pr Christophe Barrat n’est pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien. Agé de 54 ans, père de cinq enfants, ce cardiologue du prestigieux hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) s’était lui aussi suicidé, le 17 décembre 2015, en se jetant par la fenêtre de son bureau situé au septième étage. Ce cardiologue était revenu trois jours plus tôt après un arrêt maladie de plusieurs mois pour dépression. Il se plaignait de longue date de harcèlements convergents émanant d’une fraction de sa hiérarchie médicale et de la direction administrative de l’établissement. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, avait également été alerté de la gravité croissante de la situation.

Après enquêtes et polémiques, cette mort apparaît à bien des égards indissociable d’une forme de harcèlement moral et institutionnel.

Ce suicide avait déclenché une crise sans précédent au sein de l’hôpital concerné mais aussi au sein de l’AP-HP. Une enquête interne avait été ouverte par Martin Hirsch, enquête contestée par plusieurs médecins amies et amis de Jean-Louis Mégnien qui réclamaient notamment le départ de la directrice du prestigieux établissement. Cette mort avait aussi mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. Et, après enquêtes et polémiques, cette mort apparaît à bien des égards indissociable d’une forme de harcèlement moral et institutionnel. Quatre mois plus tard une information judiciaire pour «harcèlement moral» avait été ouverte –une information qui est toujours en cours.

Une association avait ensuite été créée –l’Association nationale Jean-Louis Mégnien. «Elle a pour but de défendre la mémoire de Jean-Louis Mégnien mais aussi de de faire mieux connaître et de contribuer, par tous les moyens, à combattre les diverses formes de maltraitances et de harcèlements au sein de l’hôpital public, y compris en apportant aide et assistance à ceux qui peuvent en être victimes ou, le cas échéant, en menant des actions judiciaires, précise son président, le Pr Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou. Nous nous proposons aussi comme interlocuteur privilégié auprès de différents organismes, appareils, institutions, pour tout ce qui touche aux diverses formes de maltraitances et de harcèlements au sein de l’hôpital public.» En mars 2017, cette association expliquait avoir recensé, dans les hôpitaux publics français, 300 cas de cas de maltraitance et de harcèlement de personnels.

L'envie de suicide survient chez 13% des personnes harcelées

Parallèlement à ce travail associatif on dispose aussi des données de l’Observatoire de la souffrance au travail (OSAT), une initiative lancé en décembre 2017 par Action Praticiens Hôpital. Il s’agit d’une plateforme en ligne sur laquelle les personnels médicaux hospitaliers peuvent déclarer les situations individuelles de souffrance en lien avec leur vie professionnelle –et de permettre, le cas échéant, la mise en place d’une action individuelle indispensable afin d’y faire face. Au cours de l’année 2018, soixante-quatre «fiches de souffrance» ont été déclarées en provenance de centres hospitalo-universitaires et de centres hospitaliers. Il s’agissait deux fois plus souvent de femmes que d’hommes (âge moyen 52 ans) et dans 79% des cas de «praticiens hospitaliers temps plein», vingt spécialités étant concernées en tête desquelles l’anesthésie-réanimation, la psychiatrie, la pharmacie, et la médecine d’urgence.

«Les principales causes attribuées à la souffrance par les déclarants sont un arbitraire flagrant lié à la gouvernance dans l’établissement (55% des déclarations).»

Extrait des données de l’Observatoire de la souffrance au travail

«Les principales causes attribuées à la souffrance par les déclarants sont un arbitraire flagrant lié à la gouvernance dans l’établissement (55% des déclarations), un dialogue impossible avec les responsables de service ou de pôle (48%), une pesanteur hiérarchique (48%), une surcharge quantitative de travail dans le temps imparti (47%) et une présomption de harcèlement moral au travail (44%). Dans ce dernier cas, il provenait de la direction dans 61% et de la hiérarchie médicale dans la même proportion. Cela se manifestait par des dévalorisations implicites et sournoises (82%) et des attitudes de mépris (79%). La protection fonctionnelle n’était pas demandée par le déclarant dans 70% des cas. Lorsqu’elle était demandée, elle était accordée dans 22% des cas (refus dans 78% des cas). Également fréquemment mentionnés la surcharge émotionnelle (41%), l’isolement professionnel contraint (39%), le déficit de personnels médicaux (39%) et les conflits interpersonnels avec une ou plusieurs personnes (44%).»

Selon cet Observatoire, ces souffrances avaient pour conséquences des troubles du sommeil dans 81% des cas, des troubles anxio-dépressifs dans 59% des cas –et la nécessité d'un traitement anxiolytique ou anti-dépresseur dans 30% des cas. Elles avaient conduit à des arrêts de travail de plus de deux semaines dans 36% des cas. Et, dans 13% des cas, «des idées suicidaires étaient présentes». Il est ainsi des événements, des données chiffrées, qui bouleversent le regard que l’on peut porter sur le monde hospitalier.

1 — Le communiqué était signé de Didier Frandji, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis, de la Pr Nathalie Charnaux, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine et du Pr Yves Cohen, Président de la Commission médicale d’établissement locale. Retourner à l'article

Trouvez le serveur qu’il vous faut avec Server Hunter

By: Korben

À la recherche d’un serveur quelque part sur la planète pour y héberger votre site ou vos services ?

Plus besoin d’y aller au petit bonheur la chance. Avec Server Hunter, vous allez pouvoir consulter et filtrer l’ensemble des offres d’hébergement par type (VPS, dédié, hybride), prix, matériel, type de paiement, virtualisation, emplacement…etc.

Cela permet de comparer toutes les offres (référencées) d’un seul coup d’œil en fonction de ce qui est important pour vous.

Top !


Anthem post-campaign impressions: BioWare's looter shooter RPG has an identity crisis

Anthem post-campaign impressions: BioWare's looter shooter RPG has an identity crisis

BioWare dips their toes into the loot shooter genre and it makes a poor first impression in its "soft-launch" window.

Déclaration commune : se mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias

By: arthur

La Quadrature du Net partage la déclaration ci-dessous avec une dizaine d’associations et une trentaine de média. La méfiance envers les « média dominants » (presse, TV, radio) a toujours été une opportunité de réappropriation de nos moyens de communication, où Internet joue tout son rôle. Ainsi, en plus d’interroger la place de ces média, il faut lutter pour qu’Internet reste entre nos mains.

Repoussons sa mise sous tutelle par la police et par l’alliance de nos gouvernements aux Facebook et Google de ce monde. Repoussons urgemment le règlement terroriste (notre site de campagne) ainsi que les ambitions du gouvernement dans sa future loi prétendument « anti-haine » (notre analyse).

Pour une réappropriation démocratique des médias

Depuis plusieurs semaines, le mouvement des gilets jaunes bouleverse l’agenda politique, et porte une remise en cause profonde des institutions. Les médias sont tout particulièrement visés. Les gilets jaunes dénoncent, à juste titre bien souvent, un traitement caricatural des mobilisations : surenchère sécuritaire sur les plateaux télévisés et dans certains quotidiens ; confiscation de la parole par les éditorialistes ; disqualification de certaines revendications jugées «irréalistes» et appels à «dialoguer» avec le gouvernement ; ou encore dénonciations des violences des manifestants – alors que les violences policières ont été pendant trop longtemps passées sous silence.

Une telle pédagogie de la résignation n’est certes pas nouvelle. Déjà lors des grèves de 1995, les tenanciers des grands médias martelaient leur sempiternel message : il n’y a pas d’alternative aux réformes libérales. En 2005, ils pointaient du doigt ceux qui mettaient en cause le bien-fondé des politiques européennes et déformaient la révolte des banlieues. Plus récemment, lors des mobilisations contre la loi El-Khomri et les ordonnances Macron, ils dénonçaient un code du travail soi-disant «trop épais et illisible». À l’occasion de chaque mobilisation sociale, ils se sont faits les gardiens de l’ordre économique et politique.

Ces partis pris ont contribué à disqualifier les grands médias. La défiance à leur égard est profonde et sans précédent. D’autres sources d’information sont plébiscitées, médias indépendants ou réseaux sociaux. Certaines des analyses portées depuis des décennies par la critique des médias sont réinvesties largement, au-delà du mouvement des gilets jaunes. L’emprise de quelques milliardaires sur la production de l’information est pointée du doigt. La question des médias s’impose désormais comme une question politique.

La plupart des éditorialistes et chefs de rédaction ne voient, dans cette défiance, qu’une «haine des médias» et de la démocratie. Ils éludent la responsabilité qu’ils portent, par leurs diatribes ou leurs choix éditoriaux, dans l’hostilité qui s’exprime contre l’ensemble des journalistes. Une hostilité dont les plus précaires (en termes de statut ou de conditions de travail) font parfois les frais, sur le terrain, en étant injustement pris à partie ou agressés.

Nous pensons que la défiance envers les grands médias doit être une opportunité. Opportunité, dans les rédactions, de remettre en cause les orientations délétères imposées par les directions éditoriales, et de replacer le reportage et l’enquête au cœur du travail journalistique. Opportunité, dans les médias indépendants, de faire la démonstration par l’exemple qu’un autre journalisme, plus exigeant et plus libre vis-à-vis des pouvoirs, est possible.

Que nous soyons gilets jaunes, militant·es, journalistes, usager·es des médias, nous avons toutes et tous des raisons légitimes de contester un ordre médiatique inique, qui maltraite le pluralisme. Et de nous inquiéter des menaces réelles qui pèsent sur le droit à l’information : la mainmise de quelques milliardaires sur la plupart des médias, les plans de suppressions d’emploi dans l’audiovisuel public comme dans les groupes privés, la précarisation des journalistes statutaires ou pigistes y compris dans certains médias indépendants, la répression policière et la criminalisation qui frappent de plein fouet certains reporters et leurs sources, ou encore les lois liberticides qui visent à contrôler l’information – loi sur le secret des affaires et sur les «fake news».

C’est pourquoi nous affirmons qu’il est temps de se mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias. Pour défendre le droit d’informer et le droit à être informé, tous deux gravement menacés. Et pour que l’information, trop longtemps confisquée par les pouvoirs, devienne enfin un bien commun et non une marchandise.

Cette déclaration est une initiative commune :

D’associations, d’organisations de journalistes et de syndicats : Acrimed, Attac, Fédération Nationale de l’Audiovisuel Participatif, Info’Com-CGT, La Quadrature du net, Les Amis du Monde diplomatique, Profession : Pigiste, Résistance à l’agression publicitaire, Ritimo, SNJ-CGT, Union syndicale Solidaires.

De médias : Cause commune, Contretemps-web, CQFD, Démosphère Ariège, Démosphère Toulouse, Frustration, Hors-Série, Jef Klak, L’Alterpresse68, Là-bas si j’y suis, La Clé des ondes, La Gazette de Gouzy, Le journal minimal, L’Insatiable, Le Média, Le Ravi, MAP 36, MédiaCitoyens PACA et Rhône-Alpes, Mediacoop, Radio Parleur, radio Cause commune, Ricochets, Rosalux, Silence, Transrural initiatives, TV Bruits, Télé Mouche, Télé Regain, TVnet Citoyenne.

D’organisations politiques : Alternative libertaire (AL), Ensemble, Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Parti communiste français (PCF), Parti de gauche (PG).

Premiers signataires : Alain Accardo, sociologue; Gilles Balbastre, réalisateur; Patrick Champagne, sociologue; Sophie Chapelle, journaliste; Colloghan, dessinateur; Benoît Collombat, journaliste; Jean-Baptiste Comby, sociologue; Annie Ernaux, écrivaine; Nina Faure, réalisatrice; Benjamin Ferron, sociologue; Anne-Sophie Jacques, journaliste; Yannick Kergoat, réalisateur; Henri Maler, universitaire; Philippe Merlant, journaliste et conférencier gesticulant; Pierre Morel, photojournaliste; Gérard Noiriel, historien; Michel Pinçon, sociologue; Monique Pinçon-Charlot, sociologue; Denis Robert, journaliste; Karim Souanef, sociologue; Usul, vidéaste.

42 EKETs make a unique IKEA Cube Bookcase

We built a new house three years ago and now decided to build a new book case to replace our ages old EXPEDIT.

The idea was to cover the whole wall with books and bookcase.

As we did not find anything we like, I came with an idea to build an IKEA cube bookcase. In this case, I went with the EKET shelves.

It is not a tough hack, but the final look is really amazing and beautifully replaces our EXPEDIT shelf.

IKEA items used:
  • 42 pieces of EKET cubes

EKET | IKEA.com

Other materials and tools:

How to make an IKEA cube bookcase

I measured our wall and very easily made a first sketch of the design on paper.

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

Then I used my skills from modelling for Google Earth 3D buildings to draw a model in the free SketchUp programme (formerly Google SketchUp).

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

This application measures the pieces automatically, so I ordered the needed particle boards according to it. I then asked a carpenter to edge them with black color.

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

The design idea was to use the dividing black shelves between the EKET boxes with shorter depth (about 3 cm).

The building of the bookcase itself was easy by screwing the EKET boxes on the back (behind their bottom) with the horizontal black wooden shelves.

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

The small vertical dividers I left without any fixing them to the boxes.

On the higher levels I used the attached wall mounting kit to fix the EKETs to the wall.

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

The most time consuming operation was to build the 42 cubes.

To build the cubes and shelves together took me about one afternoon.

The hardest part was to assemble the highest two levels which were the longest. They had to be mounted and screwed together with upper and lower boxes.

The final effect of my IKEA cube bookcase impressed all of my family who were at the beginning rather skeptical about my plan and idea.

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

IKEA Cube Bookcase out of EKET shelves

I’ve leave you with one last idea. When I was planning this IKEA cube bookcase, I thought of using the black LACK shelves as the black dividers. So that may be an option too if you’re thinking of doing something a similar IKEA cube bookcase.

~ by Peter

The post 42 EKETs make a unique IKEA Cube Bookcase appeared first on IKEA Hackers.

Règlement terroriste

By: marne

En septembre 2018, sous l’influence de la France et de l’Allemagne, la Commission européenne a proposé un règlement « relatif à la prévention de la diffusion en ligne de contenus à caractère terroriste ».

Ce nouveau règlement imposera à tout acteur du Web (hébergeurs de blog ou de vidéos, sites de presse, petits forums ou grands réseaux sociaux) de :

  • Bloquer en une heure n’importe quel contenu signalé comme « terroriste » par la police (sans l’autorisation préalable d’un juge), et donc se tenir à sa disposition 24h/24 et 7j/7.
  • Devancer les demandes de la police en détectant lui-même les contenus illicites à l’aide d’outils de filtrage automatisé.

Si un site ne respecte pas ces règles, il risque une amende jusqu’à 4 % de son chiffre d’affaires.

Délégation de la censure aux géants du Web

D’un point de vue technique, économique et humain, seule une poignée d’acteurs – les géants du Web – pourront respecter des obligations aussi strictes.

Les autres acteurs (commerciaux ou non) n’auront d’autre choix que de cesser leurs activités ou de se soumettre aux outils de modération (filtrage automatique et listes de blocage) développés par Facebook et Google depuis 2015 avec le soutien de la Commission européenne.

Ces multinationales deviendront donc les juges de ce qui peut être dit sur Internet. La structure riche, variée et décentralisée du Web est vouée à disparaître.

Censure des discours politiques

En droit de l’Union européenne, la notion d’infraction « terroriste » est volontairement large, couvrant les actes de piratage ou de destruction massive de biens (ou la simple menace de le faire) commis pour influencer une décision politique ou de déstabiliser des institutions.

Laisser à la police et non au juge le pouvoir de décider ce qu’est un contenu de « terroriste » pourrait mener à la censure d’opposants politiques et de mouvements sociaux.

L’obligation de mettre en place des mesures proactives, avec la menace de lourdes amendes, aura pour effet de motiver les acteurs du Web à adopter une définition du terrorisme la plus large possible pour ne pas être sanctionnés.

Une loi inutile

Ce règlement « anti-terroriste » ne permettra même pas d’atteindre son objectif affiché : empêcher que DAESH ou Al Qaeda diffusent leur propagande auprès des personnes déjà séduites par leurs discours.

Il semble absurde de devoir encore le répéter : sur Internet, n’importe quelle loi de blocage peut être contournée par les personnes qui souhaitent accéder aux informations censurées. Les seuls effets de cette loi seront ses dommages collatéraux : le grand public n’aura certes plus à subir les contenus terroristes, mais il n’aura plus connaissance non plus des informations censurées abusivement.

Exigeons le rejet du texte

Sous couvert de solutionnisme technologique, ce règlement joue sur la peur du terrorisme pour mieux encadrer l’expression sur Internet et limiter les oppositions.

Nous devons demander le rejet de ce texte.

  • La censure d’État ne doit pouvoir être prononcée que par un juge.
  • Aucune censure automatisée ne doit être imposée aux acteurs du Web.
  • La lutte contre le terrorisme ne doit jamais être un prétexte pour censurer les oppositions politiques.

Le 21 mars 2019 se tiendra le premier vote sur ce texte, au sein de la commission « libertés civiles » du Parlement européen (60 députés). Les élections européennes arrivant tout de suite après, il s’agira probablement de notre dernière opportunité de faire rejeter ce texte.

Mauves-sur-Loire. La place de l'Eglise évacuée après une fuite de gaz

La fuite de gaz a été signalée à 13h30, ce lundi 18 février.

Faits divers
Mauves-sur-Loire
Photos

lire la suite

Nantes. Un corps sans vie retrouvé dans l'appartement en feu

By: Jolivet

Le corps sans vie d'un homme a été retrouvé dimanche soir après l'incendie d'un appartement au numéro 3 de la rue de la Convention, à Nantes.

Faits divers
Nantes
Photos
Un corps sans vie a été retrouvé dans le logement.
L'incendie s'est déclaré dimanche soir.

lire la suite

Windows 10 : plongée en eaux troubles

Temps de lecture 4 min

image_pdfimage_print

Vous avez sans doute remarqué que lorsque les médias grand public évoquent les entreprises dominantes du numérique on entend « les GAFA » et on a tendance à oublier le M de Microsoft. Et pourtant…On sait depuis longtemps à quel point Microsoft piste ses utilisateurs, mais des mesures précises faisaient défaut. Le bref article que Framalang vous propose évoque les données d’une analyse approfondie de tout ce que Windows 10 envoie vers ses serveurs pratiquement à l’insu de ses utilisateurs…

Article original : 534 Ways that Windows 10 Tracks You – From German Cyber Intelligence

Traduction Framalang : Khrys, goofy, draenog, Sphinx

Selon les services allemands de cybersécurité, Windows 10 vous surveille de 534 façons

par Derek Zimmer

L’Office fédéral de la sécurité des technologies de l’information (ou BSI) a publié un rapport 1 (PDF, 3,4 Mo) qui détaille les centaines de façons dont Windows 10 piste les utilisateurs, et montre qu’à moins d’avoir la version Entreprise de Windows, les multiples paramètres de confidentialité ne font pratiquement aucune différence.


Seules les versions Entreprise peuvent les arrêter

Les versions normales de Windows ont seulement trois niveaux différents de télémétrie. Le BSI a trouvé qu’entre la version Basic et la version Full on passe de 503 à 534 procédés de surveillance. La seule véritable réduction de télémétrie vient des versions Entreprise de Windows qui peuvent utiliser un réglage supplémentaire de « sécurité » pour leur télémétrie qui réduit le nombre de traqueurs actifs à 13.

C’est la première investigation approfondie dans les processus et dans la base de registre de Windows pour la télémétrie

L’analyse est très détaillée, et cartographie le système Event Tracing for Windows (ETW), la manière dont Windows enregistre les données de télémétrie, comment et quand ces données sont envoyées aux serveurs de Microsoft, ainsi que la différence entre les différents niveaux de paramétrage de la télémétrie.

Cette analyse va jusqu’à montrer où sont contrôlés les réglages pour modifier individuellement les composants d’enregistrement dans la base de registre de Windows, et comment ils initialisent Windows.

Voici quelques faits intéressants issus de ce document :

• Windows envoie vos données vers les serveurs Microsoft toutes les 30 minutes ;
• La taille des données enregistrées équivaut à 12 à 16 Ko par heure sur un ordinateur inactif (ce qui, pour donner une idée, représente chaque jour à peu près le volume de données d’un petit roman comme Le Vieil homme et la mer d’Hemingway) ;
• Il envoie des informations à sept endroits différents, y compris l’Irlande, le Wyoming et la petite ville de Boston en Virginie.
C’est la première « plongée en eaux profondes » que je voie où sont énumérés tous les enregistrements, ainsi que les endroits où va le trafic et à quelle fréquence.
Logiquement l’étape suivante consiste à découvrir ce qui figure dans ces 300 Ko de données quotidiennes. J’aimerais aussi savoir à quel point l’utilisation de Windows Media Player, Edge et les autres applications intégrées influe sur l’empreinte laissée par les données, ainsi que le nombre d’éléments actifs d’enregistrement.

Difficile de se prémunir

Au sein des communautés dédiées à l’administration des systèmes ou à la vie privée, la télémétrie Windows est l’objet de nombreuses discussions et il existe plusieurs guides sur les méthodes qui permettent de la désactiver complètement.

Comme toujours, la meilleure défense consiste à ne pas utiliser Windows. La deuxième meilleure défense semble être d’utiliser la version de Windows pour les entreprises où l’on peut désactiver la télémétrie d’une manière officielle. La troisième est d’essayer de la bloquer en changeant les paramètres et clefs de registre ainsi qu’en modifiant vos pare-feux (en dehors de Windows, parce que le pare-feu Windows ignorera les filtres qui bloquent les IP liées à la télémétrie Microsoft) ; en sachant que tout sera réactivé à chaque mise à jour majeure de Windows.

À propos de Derek Zimmer
Derek est cryptanalyste, expert en sécurité et militant pour la protection de la vie privée. Fort de douze années d’expérience en sécurité et six années d’expérience en design et implémentation de systèmes respectant la vie privée, il a fondé le Open Source Technology Improvement Fund (OSTIF, Fond d’Amélioration des Technologies Open Source) qui vise à créer et améliorer les solutions de sécurité open source par de l’audit, du bug bounty, ainsi que par la collecte et la gestion de ressources.

  1. en allemand, puis en anglais à partir de la section 1.2

Même Willie Nelson met du CBD dans son café

Dans les news qui ne devraient choquer personne, Willie Nelson adore la weed. La légende de la country n’a jamais caché son attrait pour le cannabis et entend bien capitaliser commercialement sur les bienfaits liés à sa consommation. Le seul truc un peu surprenant, c’est probablement qu’il ait attendu si longtemps pour le faire.

En vrai, Nelson a fait son entrée dans le business il y a quelques années. Willie’s Reserve vend depuis 2015, des buds, des edibles et tout un tas d’autres trucs. En 2019, sa société a décidé d’ajouter une branche #wellness (bien-être) à son catalogue, raconte Rolling Stone. Premier produit disponible ? Willie's Remedy, un café au CBD à 36 dollars (32 euros) le paquet.

Si vous avez complètement zappé la hype autour du CBD (ça arrive), sachez que le cannabidiol (de son vrai nom) est présent dans le cannabis. Mais contrairement au THC, qui vous défonce, le CBD est non psychotrope (en gros, vous ne finirez pas vissé sur un poster de Pink Floyd pendant trois heures). Les gens s'y intéressent parce que l'on dit qu'il soulage la douleur et l'anxiété – d’où les itérations suivantes ; biscuits au CBD, chocolats au CBD et donc, café au CBD.

Les grains sont infusés avec des extraits de chanvre cultivé aux Etats-Unis en bio (...) le CBD ayant pour vocation d’équilibrer « l’effet naturel du café ».

Contrairement à ces lattes recouverts d’huile de CBD qui sont aujourd’hui monnaie courante dans les cafés branchés, les grains de café de Willie’s Remedy sont infusés avec des extraits de chanvre cultivé aux Etats-Unis en bio. Pour 250 g de café, vous obtenez 7 mg de CBD – ce qui, à en croire quelques guides en ligne, est une dose plutôt light, probablement parce que le produit de Willie a pour vocation d’équilibrer « l’effet naturel du café » selon le site.

Il serait malhonnête de dire que Nelson a grimpé dans le train en marche. Défenseur de longue date de la marijuana et de sa légalisation, il prêche depuis des années les bienfaits de la weed. « Je pense que c'est probablement le médicament le plus sûr que vous puissiez prendre », déclarait-il à l’Associated Press en 2017. Avant, il avait publiquement soutenu les produits « améliorés » comme traitements médicaux lors d'une interview dans laquelle il avait invité Maureen Dowd, éditorialiste anti-weed du New York Times, à fumer avec lui.

« Le chanvre n'est pas seulement bon pour nos agriculteurs et notre économie, il est bon pour notre sol, notre environnement et notre santé »

Willie's Remedy est le dernier produit à rejoindre l’important marché des boissons à base de CBD. Malgré leur popularité, il n’est pas encore scientifiquement prouvé qu'elles offrent des avantages – la posologie d'un café au CBD lambda est environ 30 fois inférieure à la quantité généralement associée à la lutte contre le stress, a écrit Vox l'année dernière.

Pour les sceptiques, Nelson a déclaré que les effets vont bien au-delà des prétendus bénéfices de la CBD. « Le chanvre n'est pas seulement bon pour nos agriculteurs et notre économie, il est bon pour notre sol, notre environnement et notre santé », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par Rolling Stone.

Son épouse, Annie, renchérit : « Il ne s'agit pas de se défoncer. Simplement, Willie's Remedy offre tous les avantages qu'on pense que le cannabis peut offrir. » Les fans de CBD peuvent aussi s'attendre à une gamme de bonbons et de crèmes pour tenter d'atteindre le niveau de chill de Willie.


Cet article a été préalablement publié sur MUNCHIES US

MUNCHIES est aussi sur Instagram, Facebook, Twitter et Flipboard

Le jaune, le rouge et le brun dessinent un sale drapeau tricolore

Les insultes subies par Alain Finkielkraut samedi 16 février 2019 à Paris sont la goutte d’eau antisémite qui fait déborder le vase populiste des «gilets jaunes». Il est temps que ce mouvement prenne fin.

Temps de lecture: 6 min

Il y a cette séquence, haineuse, stupéfiante. Alain Finkielkraut, pris à partie dans la rue par quelques excités haineux qui lui crachent à la gueule un antisémitisme viscéral. Cette séquence montre le triste visage d’un antisémitisme qui ne craint plus de s’afficher, de parler à visage découvert. Nous sommes en 2019, en France, et on ose hurler «sale sioniste» et «rentre chez toi en Israël, rentre à Tel-Aviv» devant une caméra. C’est admis, possible, légitime en quelque sorte. Un Français dit à un autre Français: «Casse-toi, on est chez nous ici.» Comment mieux dire que l’antisémitisme est d’abord la haine irrationnelle de l’autre? Le lendemain, Ingrid Levavasseur, est à son tour prise à partie par des «gilets jaunes». Un cri fuse: «Enlève ton gilet jaune, sale juive!»

Ingrid Levavasseur (@IngridLevavass1) violemment prise à partie par des Gilets Jaunes à Paris.#GiletsJaunes #Acte14 #ActeXIV #17février #YellowVests #Paris pic.twitter.com/XqNdXH7Z2T

— Charles Baudry (@CharlesBaudry) 17 février 2019

Le terreau d'un antisémitisme sans complexe

Nous nous préparions à ces scènes depuis des années. Par clientélisme politique, l’antisémitisme a été minimisé dans les banlieues et ailleurs. La médiatisation du conflit israélo-palestinien a aidé. Par passion (ironique) de David contre Goliath, nous avons minimisé le terrorisme palestinien pour mieux condamner les représailles de Tsahal. J’ai vu, peu à peu, ce conflit gangréner notre imaginaire et devenir source de disputes, de tensions, de frontières entre amitiés, lorsque la raison cédait la place à l’émotion.

Nous avons hésité à voir dans la tuerie de Toulouse l’exécution sauvage, froide et cruelle de deux enfants juifs par un islamiste nourri au sein de l’antisémitisme. Nous avons reculé lorsqu’il a fallu considérer le meurtre de Mireille Knoll comme antisémite, comme ceux de Ilan Halimi ou des victimes de l’Hyper Cacher. Nous trouvions des circonstances atténuantes à Mehdi Meklat ou Mennel Ibtissem. On voulait ignorer les quenelles de Dieudonné, en affectant de ne voir dans ce geste de détournement du salut nazi qu’un simple bras d’honneur sympa, alors même qu’il s’affichait à Auschwitz ou, avec Alain Soral, au mémorial de la Shoah de Berlin. Et, récemment devant le Sacré-Cœur, lors d'une manifestation des «gilets jaunes», déjà.

Notre devoir est de marteler que la lutte contre l’antisémitisme n’est pas seulement l’affaire d’une communauté.
C’est l’affaire de la nation tout entière.

Mardi 19 février à 19h, Place de la République à Paris et partout en France, RASSEMBLONS-NOUS ! pic.twitter.com/tjF6FRIyKm

— LICRA (@_LICRA_) 15 février 2019

Notre faiblesse a nourri un antisémitisme qui nous pète à la gueule. Aujourd’hui revêtu d’un gilet jaune, il défile dans la rue sans complexe aucun. Il s’affiche sur nos portes, nos murs, nos boîtes aux lettres. Il est l’ultime avatar d’une violence qu’on a laissé croître, dans un mélange nocif de tolérance et de lâcheté.

Le capital sympathie pour les «gilets jaunes» laisse place à une cristallisation du ressentiment

Il y avait de la sympathie pour le mouvement des «gilets jaunes», qui montrait le visage las d’une France mise à l’écart, négligée, en perte de repères et sans grand espoir d’avenir. Chaque rond-point était une minuscule prise de la Bastille d’où s’exprimait une souffrance qu’on n’écoutait plus vraiment, et ce, depuis longtemps. Une souffrance sociale s’était parée de jaune pour se montrer puisqu’elle n’était plus audible. Elle se montrait à Paris, aux Champs-Élysées et, parfois, les «gilets jaunes» y venaient pour la première fois, émus aussi d’être là, dans cette capitale qui décidait de leur vie.

L’envie d’en découdre était finalement un ferment d’unité dans ce mouvement hétéroclite.

Cette sympathie s’est peu à peu érodée. Sous la violence des manifestations, la dégradation répétée des biens publics ou privés, les appels d’un porte-parole à l’insurrection. L’envie d’en découdre était finalement un ferment d’unité dans ce mouvement hétéroclite.

Casser des abribus n'a amélioré le quotidien de personne et empêcher les commerces d’ouvrir le samedi a fini par exaspérer, lorsque la crainte s'est apprivoisée. Peu à peu, les «gilets jaunes» se sont faits moins nombreux et une manière de violence a été admise, légitimée par sa récurrence. Légitimée aussi par le silence tacite, complice, amusé, approbateur, encourageant des manifestantes et des manifestants se comportant en spectateurs passifs. Et légitimée enfin par des violences policières, nombreuses, réitérées, assumées cyniquement, jouant le pourrissement, nourrissant une escalade mortifère et contribuant à radicaliser le mouvement.

Des soutiens politiques blamables et cyniques

Évidemment, objectera-t-on, il y a des «gilets jaunes» pacifiques. Mais ils ne sont pas les plus visibles aujourd’hui et ils ne disent pas grand-chose. Leur silence, faute de porte-parole, vaut approbation d’une violence qui désormais ne quitte plus le mouvement et semble devenue sa matière première.

Cette violence s’en est prise aux biens, aux personnes, désormais elle traque le Juif. Trouvant pour cela des partenaires cyniques, à l’extrême droite mais aussi dans les rangs de La France insoumise (LFI), qu’on croyait encore digne, mais dont les membres franchissent à présent et sans aucune vergogne la frontière de l’innommable (à l’exception lucide de Clémentine Autain). Rêvant de quelques sièges aux élections européennes, peut-être plus tard d’un scénario à l’italienne, pour asseoir leur soif de pouvoir. Si le cynisme est une arme politique, il ne peut en lui-même constituer une politique. La France insoumise y perdra en estime et en électorat ce qu’elle aura gagné en visibilité médiatique. Le rouge, le brun, le jaune dessinent un sale drapeau tricolore.

Samedi après samedi, des «gilets jaunes», de plus en plus factieux, défilent sans que l’on sache vraiment pourquoi. Refusant le jeu démocratique. Ingrid Levasseur, qui entendait constituer une liste pour les élections européennes, est désormais rejetée comme traître à la cause.

La séquence Finkielkraut n’est pas anodine. Tout le monde est libre de contester ses idées. Il ne le refuse d’ailleurs pas. Mais vouloir son exil ou qu’il se taise ouvre la porte à des pratiques totalitaires connues.

Défiler chaque samedi sans mot d’ordre, sans service d’ordre –ou à peine–, en cassant ou regardant casser, en insultant ou laissant insulter, en haïssant ou approuvant la haine, n’a rien de respectable. C’est l’espoir, dégueulasse, de déstabiliser un régime démocratique, le faire tomber peut-être. Quelques milliers des personnes prétendent incarner «le peuple» à elles toutes seules. Le mensonge, désormais, ne se cache plus.

À ce titre, la séquence Finkielkraut n’est pas anodine. Tout le monde est libre de contester ses idées. Il ne le refuse d’ailleurs pas. Mais vouloir son exil ou qu’il se taise ouvre la porte à des pratiques totalitaires connues. Il s’agit d’interdire à l’autre de penser différemment. C’est une méthode lâche autant qu’un aveu de faiblesse intellectuelle. Quant à relativiser son agression en estimant qu'il est «réac» –sous-entendu: il l'aurait, au fond, bien cherché–, signifie qu'il y aurait un antisémitisme acceptable et un autre qui ne le serait pas. Pensée tortueuse et nocive!

De même, s'en prendre à Ingrid Levavasseur, qui a envisagé de s'inscrire dans un processus démocratique, est révélateur d'une vision totalitaire du pouvoir: ne pouvant obtenir l'assentiment du plus grand nombre dans les urnes, il appartiendrait à la rue de s'imposer. Faute de pouvoir représenter «le peuple», il s’agit désormais de faire taire tous ceux qui ne se rangent pas derrière le drapeau jaune-brun-rouge. Les lâches chassent en meute et entendent gagner par la force ce qu’ils n’obtiennent pas par les idées. C’est l’espoir de moins en moins caché de certaines et certains «gilets jaunes». C'est, pour eux, une impasse qui les conduira à se radicaliser toujours plus.

Gilets, jaunes devant, rouge-brun derrière: ça suffit!

Il y a comme un air de crescendo invisible dans la violence de ce mouvement. Dont l’acmé ne se situe pas forcément le samedi 1er décembre avec des dégradations particulièrement spectaculaires. Ni même dans la comptabilité morbide des onze morts, parfaitement oubliés et anonymes (on dit «un motard» ou «un automobiliste», il y a peu de noms), recensés depuis le début du mouvement.

Il est temps que tout cela s’arrête. Que ce mouvement retrouve la raison, s’organise, exclue celles et ceux qui cassent, insultent, frappent.

Il n’y a pas d’acmé –ou pas encore–, car nous acceptons que reviennent chaque samedi des affrontements, des dégradations, des insultes. Cette violence qui se banalise devrait nous inquiéter. Il n’en est rien. Nous acceptons que des commerces soient fermés parce que l’ordre public est menacé à intervalles réguliers, nous laissons des blocages se perpétuer, nous autorisons les forces de l'ordre à recevoir des pavés ou bien à crever un œil ou deux pour notre tranquillité, à peine perturbée par les lives des chaînes d’info.

Il est temps que tout cela s’arrête. Que ce mouvement retrouve la raison, s’organise, exclue celles et ceux qui cassent, insultent, frappent. Les modérés existent. Leur silence est coupable, chaque samedi plus coupable. Il leur appartient de parler et de mettre fin à ces parades en peau de chagrin, qui désagrègent chaque samedi un peu plus notre devise de fraternité.

Et c'est un goy qui l'écrit.

❌