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Cyber Troopers Virtual-On series creator Juro Watari leaves Sega

February 28th 2021 at 17:56
Industry

Cyber Troopers Virtual-On series creator Juro Watari leaves Sega

"My future is still unclear," Watari says,

4 hours ago0 Comment0

Juro Watari

Juro Watari, creator of the Cyber Troopers Virtual-On series, has left Sega as of February 28, he announced in a series of tweets.

“An announcement. I have left Sega as of the end of February,” Watari said. “I am grateful to the many who took care of me during my time at Sega. I would like to take this opportunity to offer my sincerest appreciation. Thank you very much!”

He continued, “My future is still unclear. I hope that with guidance and encouragement, I can find a new workplace and an interesting theme that I can pour my heart into.”

As for the future of the Cyber Troopers Virtual-On series, Watari said, “I imagine many of you may be worried about, ‘What happens to Virtual-On?’ While I’m sorry to say that I don’t have an answer for you right now, if there are any developments at Sega in the future, I would like to watch with anticipation how it plays out alongside everyone.”

As a final supplement, Watari said that there were not any troubles that led to his resignation.

The latest entry in the Cyber Troopers Virtual-On series is Cyber Troopers Virtual-On Masterpiece 1995~2001 for PlayStation 4, which is a digital-only compilation of Cyber Troopers Virtual-On, Cyber Troopers Virtual-On: Oratorio Tangram M.S.B.S. Ver. 5.66, and Cyber Troopers Virtual-On Force with online multiplayer support. It launched in November 2019 in Japan.

Thanks, Games Talk.

(Image via 4Gamer.net.)

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Au fait, pourquoi Slack s’appelle Slack ?

February 28th 2021 at 20:02

C'est un logiciel de discussion très présent en entreprise, mais dont le nom cache une petite histoire. La connaissiez-vous ?

Presque 28 milliards de dollars. C’est la somme que l’entreprise américaine Salesforce a mise sur la table le 1er décembre 2020 pour prendre possession de Slack, une célèbre plateforme collaborative. Elle permet de créer des salons de discussion par thème, et d’y connecter des applications spécifiques, pour en étendre les fonctionnalités. Peut-être êtes-vous d’ailleurs familier de cet outil.

Ce ne serait pas étonnant : la France est, selon Slack, son troisième marché européen. Si la société ne précise pas le nombre d’utilisateurs dans l’Hexagone (début 2019, elle annonçait 10 millions d’utilisateurs quotidiens actifs dans le monde), elle dit fournir ses services pour près des deux tiers des entreprises du CAC 40, et pour bien d’autres groupes. Humanoid, qui édite Numerama, s’en sert également.

Une étiquette reprenant le logo de Slack, collée sur un ordinateur. // Source : Flickr/CC/Giorgio Minguzzi (photo recadrée)

Si cet environnement de travail vous parle, son nom vous a peut-être déjà interloqué. Pour qui a quelques notions d’anglais, « to slack » est un verbe qui n’est pas très flatteur et que l’on pourrait traduire par « se laisser aller », « se relâcher ». Le mot est parfois même employé dans des phrases en français, pour inviter quelqu’un à se remuer, à arrêter de fainéanter : « arrête de slacker ».

Cette connotation de mollesse et de paresse tranche évidemment avec ce que permet de faire cette plateforme. Celle-ci cherche au contraire à améliorer l’organisation du travail en structurant les salons de discussion (un pour la veille, un autre pour le design, un troisième pour la vidéo, et ainsi de suite). Et surtout, cela s’avère un outil pratique pour travailler à distance, surtout en ces temps de pandémie.

Slack, d’ailleurs, s’en amuse : en 2016, le compte officiel de l’entreprise tweetait : « Notre nom peut sembler drôle, mais réfléchissez à ça : sans slack, il n’y a pas d’audience, pas d’action, pas de flexibilité, pas d’apprentissage, pas d’évolution, pas de croissance ». Dans le tweet, Slack était écrit avec une minuscule, pour que le tweet puisse aussi se lire : « sans glande, […] » afin de jouer sur ce double sens.

Slack contient un acronyme

Pourtant, il existe une autre signification. « Slack » serait en fait un acronyme qui fait par hasard écho à un travail ou une tâche qui traîne en longueur, voire qui flirte carrément avec la procrastination. C’est ce que suggère Stewart Butterfield, l’un des fondateurs de Slack. Sur Twitter, il indiquait en 2016 que Slack veut en fait dire « Searchable Log of All Conversation & Knowledge ».

Cet acronyme pourrait se traduire par « Journal de bord consultable de toutes les conversations et connaissances », ce qui n’est pas tout à fait absurde puisque Slack consigne dans le temps tous les échanges privés et publics que l’on peut avoir sur ce logiciel de discussion. Cette idée de nom aurait été imaginée dès novembre 2012, c’est-à-dire plusieurs mois avant son lancement, en août 2013.

Manifestement, Slack était envisagé au départ comme un nom de code, à en croire l’extrait du tchat qu’a partagé Stewart Butterfield. Précédemment, ce projet était baptisé Linefeed. Dans le tchat, un certain Eric, qui est certainement Eric Costello, un autre fondateur de la société, se montrait circonspect, car cela propageait une image peu plaisante de la compagnie et de sa clientèle.

L’extrait du tchat vaut quand même le coup d’oeil :

  • <stewart> : J’ai veillé très tard la nuit dernière en pensant à des choses et d’autres.
  • <stewart> : Et il n’est pas exagéré de dire WOW !
  • <stewart> : De plus, j’ai un meilleur nom de code
  • <stewart> : Slack et/ou App Slack
  • <stewart> : Searchable Log of All Conversation & Knowledge
  • <stewart> : mais, Slack est aussi juste plaisant à prononcer
  • <eric> : J’aime bien, mais… ça a aussi une sorte de connotation négative.
  • <eric> : Nos utilisateurs seraient des slackers :)
  • <stewart> : Ta da !
  • <stewart> : c’est juste un nom de code
  • <eric> : ah, cool
  • <stewart> : Mais attends que Kuke vous dessine le « slack » (une petite chose mignonne à huit bras, à tête floue, à un œil, qui mange TOUTES vos communications professionnelles et les conserve pour vous sous une forme agréable à rechercher… c’est-à-dire une crotte)

De toute évidence, ce logo n’a jamais vu le jour, puisque le première identité visuelle de la société était un croisillon (ou octothorpe) coloré et incliné, avec quatre couleurs, une par branche, et un mélange aux intersections. Ce logo a évolué début 2019, notamment parce que la société s’est rendu compte qu’il était trop complexe, ce qui posait des problèmes d’harmonisation. Le nouveau évite désormais les croisements.

La suite en vidéo

Écoutez le son de votre propre voix sur Mars

February 28th 2021 at 19:01

Imaginons un instant qu'il soit possible de parler sur Mars et d'écouter le son de sa propre voix, sans combinaison. Qu'entendrions-nous exactement ? On peut s'en faire une idée grâce à ce site de la Nasa.

Par l’intermédiaire du rover Perseverance, un son a été enregistré pour la première fois sur Mars. L’enregistrement de l’astromobile permet d’entendre le bruit d’une brise martienne. Une autre version intègre les sons produits par le rover lui-même. Perseverance a pu obtenir cet enregistrement à l’aide de l’un de ses deux microphones (celui qui est installé sur son flanc).

Même si ces extraits sont brefs, ils suffisent pour se rendre compte que le son semble différent sur Mars, par rapport à ce que l’on connaît sur Terre. La densité et la chimie de l’atmosphère martienne diffèrent de celle de la Terre : si l’on pouvait écouter du son sur Mars (sans combinaison), il paraîtrait atténué et étouffé.

Pour vous aider à vous en rendre compte, la Nasa propose une activité interactive sur le site de la mission Mars 2020 : via Sound of Mars, vous pouvez enregistrer puis écouter votre propre voix comme si vous étiez sur la planète rouge.

10 secondes maximum, pour sortir une punchline ou pousser la chansonnette. // Source : Capture d’écran Sounds of Mars

« You on Mars »

Pour l’utiliser, il faut avoir accordé à votre navigateur l’accès au micro de votre appareil. Il suffit ensuite de sélectionner « You on Mars » puis de cliquer sur l’émoticône représentant un micro. Vous avez alors 10 secondes maximum pour vous exprimer (sans relâcher la pression avec votre souris avant d’avoir fini). Le site de la Nasa se charge ensuite de créer plusieurs fichiers audio, téléchargeables en format mp3 ou wav. Le premier fichier est baptisé « You on Earth vs. You on Mars » (« Vous sur la Terre vs. Vous sur Mars ») : vous entendez d’abord l’enregistrement non modifié, suivi de sa version retravaillée. En dessous, le site permet aussi d’écouter et de télécharger les deux extraits séparément.

Le site permet également d’écouter des sons déjà mis en ligne par la Nasa, avec une playlist « Earth » et une playlist « Mars ». La première regroupe des sons familiers sur la Terre (des oiseaux, une sonnette de vélo, l’océan), avec pour chacun une version martienne. L’autre playlist contient les sons enregistrés sur Mars par le rover Perseverance.

L’astromobile de la Nasa devrait probablement continuer à capter les sons de l’environnement martien, ainsi que ses propres bruits, à l’aide de ses microphones. Le micro situé sur l’instrument SuperCam a une vraie utilité scientifique, car il devra servir à écouter le son du laser visant les roches, pour récupérer des informations sur leur structure.

La suite en vidéo

Faut-il appliquer le droit de la guerre dans l’espace ?

February 28th 2021 at 18:16

L’espace est devenu un enjeu stratégique fort. À l'avenir, il pourrait être le nouveau théâtre d’opérations potentiellement conflictuelles. Pour The Conversation, la doctorante Chloé Duffort explore le cadre juridique qui pourrait alors s'appliquer.

Pourquoi s’interroger sur la pertinence de l’application du droit de la guerre dans l’espace ? Pourquoi envisager d’appliquer un droit qui a été écrit pour protéger, sur Terre, des civils lors d’un conflit armé, à un espace pour l’instant non peuplé et apparemment pacifique ?

Voilà des questions auxquelles nous sommes souvent confrontés en tant que chercheurs en droit. Devrions-nous pour autant nous résigner et attendre qu’il soit trop tard pour soupirer « ah si nous avions su, nous aurions encadré ces opérations spatiales afin de protéger la population civile » ?

Il y a encore quelques années, vu les difficultés d’accès à l’espace, il était encore possible de ne pas chercher à s’interroger sur ces questions. Mais la donne a changé. Il serait absolument hypocrite aujourd’hui de mettre des œillères et de ne pas vouloir admettre que nous sommes témoins d’avancées technologiques inouïes, pour ne pas dire de ruptures technologiques qui invitent à envisager une activité spatiale de plus en plus dense et, donc, à envisager la transformation de cet espace pacifique en nouveau théâtre d’opérations potentiellement conflictuelles.

Face à un contexte qui change, que devons-nous faire ? Devons-nous rester attachés à ces Traités internationaux bien-pensants (et bien pensés à l’époque où ils l’ont été) qui prônent la paix plutôt que la guerre, sans oser remarquer qu’ils ont besoin aujourd’hui d’une réactualisation pour rester efficaces ? Envisager leur réactualisation, ou leur accompagnement par d’autres outils juridiques, ce n’est pas les renier, ce n’est pas les décrédibiliser. Au contraire, il nous semble que, comme pour tout ce à quoi l’on tient, nous nous devons de les entretenir pour pouvoir continuer de les voir rayonner, encore, pour plus longtemps… jusqu’aux prochains besoins d’adaptation. Il semblerait que dans ce contexte de « New Space » nous ne puissions pas nous contenter d’espérer que les faits s’adaptent au droit, mais plutôt que nous devrions admettre que le droit doit s’adapter à eux.

Comme souvent, les analogies avec un sujet que l’on connaît sont plus parlantes. Prenons le cas de l’émergence de l’industrie automobile, dont les signes avant-coureurs remontent à quelque 150 ans.

En 1873, l’apparition de la première automobile va bouleverser la relation des hommes au temps et à l’espace. Il s’agit de L’Obéissante, une voiture à vapeur imaginée par un fondeur de cloches manceau, Amédée Bollée (1844-1917). En 1886, l’Allemand Carl Benz équipe un tricycle d’un moteur à explosion fonctionnant au pétrole. Ce tricycle, qui dispose d’une boîte de vitesse, atteint 15 km/h.

À cette époque, dans ce contexte particulier, aurait-il été incongru de penser pouvoir atteindre des vitesses de 300km/h en automobile ? Certainement. Une loi interdisant de traverser les centres-villes à plus 50 km/h aurait-elle été risible ? Sans doute. En revanche, s’il avait fallu répondre à ces mêmes questions des années plus tard, disons dans les années 2000, après la terrible annonce d’un accident mortel de la circulation causé par un chauffard qui filmait son excès de vitesse lors de sa collision avec un couple de retraités, les réponses à ces deux questions auraient-elles été les mêmes ? Assurément non. Nous aurions répondu qu’il aurait fallu en principe empêcher qu’une telle tragédie puisse se produire.

Il en va de même s’agissant de l’espace et de la pertinence de se questionner sur l’applicabilité du droit de la guerre.

La fiction

Dans la saga Star Wars, l’Épisode IV nous donne une idée de l’importance d’encadrer par le droit international humanitaire (DIH) les opérations militaires lors d’un conflit armé.

Un chef de guerre, le Seigneur Tarkin, menace la Princesse Leia de détruire la planète d’origine de cette dernière si elle ne lui révèle pas la géolocalisation d’une base rebelle.

« Tarkin : […] en voyant notre puissance, ils capituleront sans hésiter… C’est un peu vous qui avez déterminé le choix de la planète qui servira d’exemple. Étant donné que vous refusez si noblement de nous dire où se trouve la base rebelle. Alors je choisis de tester les capacités de destruction de mes armes sur votre bonne planète d’Alderaan.

Leia : Non ! Alderaan est pacifique, nous n’avons pas d’armes, il est impossible de…

Tarkin : Vous préférez un autre objectif, un objectif militaire ? Alors dites où est la base. Répondez. Je suis las de poser cette question. Alors pour la dernière fois… avouez, où est la base rebelle ?_ »

Comme la réponse de la princesse n’a pas donné satisfaction au chef militaire, sa menace a été mise à exécution, et la planète d’Alderaan – qui ressemble à s’y méprendre à notre Terre – totalement réduite à néant.

Bien heureusement, ceci n’est qu’une fiction, et notre droit et ses défenseurs font en sorte que cela le reste. Le DIH défend le principe que les moyens et méthodes de guerre ne sont pas illimités. Toute attaque doit respecter au moins cinq principes fondamentaux d’humanité, de distinction, de précaution, de proportionnalité et enfin, d’interdiction des maux superflus et des souffrances inutiles.

La réalité

Depuis des siècles, l’idée de voyager dans l’espace fait rêver les Hommes, des plus petits aux plus grands. Les États, quant à eux, rêvent de domination spatiale, c’est-à-dire de disposer de la capacité à maîtriser de façon souveraine l’accès à l’espace, la mobilité dans ce milieu et son exploitation à des fins de puissance.

Cette perspective de « conquête spatiale dominante » soulève des problématiques et interrogations d’ordre géopolitique, notamment dans les domaines de la défense et du droit.

La première est de savoir s’il existe un « droit de l’espace » qui conditionne son exploitation ou un « droit à l’espace » qui permettrait aux Hommes d’y œuvrer comme bon leur semble.

La réponse est (semble ?) assez nette : le droit de l’espace existe au moins depuis les années 1960. Il a pour principes la liberté d’exploitation et d’exploration de l’espace, mais l’usage de l’espace et des autres corps célestes doit être pacifique et se faire dans l’intérêt de l’Humanité tout entière. Ce droit est donc écrit en termes flous, ce qui nous permet de lui conférer tantôt une connotation stricte, tantôt une connotation permissive.

Sachant cela, comment interpréter les opérations spatiales militaires dont témoigne de plus en plus l’actualité : doit-on trouver absurde d’évoquer le sujet d’une guerre de l’espace et de ses conséquences pour les Terriens ? Ces questions nous amènent à la deuxième problématique que nous évoquerons ici : quel droit pourrait s’appliquer lors d’un conflit spatial avéré ?

Cette question suscite des réponses variées, que l’on peut sommairement regrouper en deux grandes tendances. Il y a ceux qui pensent qu’un Conflit Armé International spatial (CAIs) relève de la pure science-fiction et qu’ainsi le droit de la guerre (Droit international humanitaire, DIH) n’a pas vocation à être étudié ici ; c’est le cas des rédacteurs des Conventions de Genève qui visaient à l’époque les domaines terrestres, maritimes et aériens, mais jamais le spatial ; voir aussi les exemples donnés ici. Puis il y a ceux qui pensent le contraire.

Nous pourrions en rester à ce constat, un peu fataliste. Mais, cette fois-ci, l’actualité nous impose d’anticiper la réponse. Et pour cela, il faut répondre à la question suivante : aujourd’hui, sommes-nous dans une situation de paix ou dans une situation de conflit(s) dans l’espace, qui le cas échéant, doivent être encadrés ?

Pour y répondre, il s’agit de faire un peu de prospective, assurément, mais sur des éventualités dont on peut légitimement imaginer qu’elles pourraient bientôt se concrétiser.

Quelques enjeux juridiques immédiats

L’espace apparaît comme un enjeu stratégique fort pour les puissances d’aujourd’hui et de demain. Des investissements colossaux y sont consacrés par les États mais aussi, et c’est un fait remarquable, par des entreprises privées. Cette évolution aura d’importantes conséquences pour l’avenir de l’Humanité. Celles-ci ne seront pas nécessairement synonymes de drame planétaire, mais tout ce qui se déroulera dans l’espace aura un impact direct sur les conflits terrestres et de fait, sur les « méthodes de guerre ».

L’un des aspects majeurs tient à la difficulté à distinguer les opérations militaires des opérations civiles dans l’espace – et, en filigrane, d’identifier la cible à atteindre lors d’un conflit armé dans l’espace tout en respectant les principes du Droit international humanitaire. Comment obtenir un avantage militaire conséquent tout en préservant les biens spatiaux à caractère civil ?

La dualité inhérente aux opérations spatiales pose de nombreux problèmes au regard de l’application des principes inhérents à la « conduite des hostilités » au sens du DIH. À commencer par cette question fondamentale : à partir de quand une opération spatiale doit-elle être considérée comme hostile ? Car ce n’est qu’à partir de ce moment précis que l’application du DIH pourra s’envisager, pour régir ce que l’on pourrait qualifier alors de CAIs. Avant cette qualification, le DIH n’a pas vocation à s’appliquer, et c’est la règle de l’interdiction du recours à la force (Charte des Nations unies, Article 2§4) qui doit dominer.

En tout état de cause, les faits montrent que l’intérêt politique et militaire commande que l’on soit dans le contrôle de l’espace plus que dans sa conquête. La conquête qui passe aujourd’hui par le tourisme spatial ou autres aventures d’exploration (hormis les explorations scientifiques étatiques) relève plus de l’apanage des entreprises privées qui spéculent sur d’éventuelles retombées économiques (SpaceX, Starlink, Blue Origin).

Le contrôle de l’espace quant à lui, est primordial pour accéder à la supériorité militaire et donc sécuritaire.

D’abord, l’espace est un endroit où transitent toutes les données géostratégiques et techniques pouvant être liées à une attaque pendant un combat terrestre aérien et naval (data transmission). Cette domination spatiale permet d’observer tout ce qui s’anime et se décide sur Terre. Ce qui offre une supériorité tactique décisive à la partie au conflit qui est une puissance spatiale. En ce sens, l’espace est devenu fonctionnel à partir du début des années 1950 – plus précisément, depuis la période de la Guerre froide.

Ensuite, la nouveauté, c’est que de fonctionnel, l’espace devient un théâtre opérationnel, si bien que certains considèrent qu’il est le « nouveau champ de bataille ». C’est-à-dire que les puissances spatiales envisagent des attaques qui prendraient naissance dans l’espace et/ou qui auraient pour conséquences la neutralisation d’objectifs militaires dans l’espace (un satellite par exemple). Tout récemment, le 29 décembre 2020, lors de la mise en orbite d’un satellite d’observation militaire français, le CSO-2, la ministre des Armées a expliqué que cette opération participait à « la modernisation de nos capacités spatiales de défense, déterminantes pour la souveraineté nationale et l’autonomie stratégique de l’Europe ».

La difficile (mais non impossible) application du DIH

La présence en orbite de satellites dotés d’outils d’observation de pointe signifie que, dans le cadre d’une attaque, la partie utilisant ces équipements se montrerait plus précise lors du ciblage – et, de ce fait, serait mieux à même de respecter les principes du droit des conflits armés. Toutefois, pour ce type d’opérations, le militaire dépend de l’opérateur civil, notamment des ingénieurs du Centre national des études spatiales (CNES) par exemple, pour la manœuvrabilité des satellites militaires français et européens.

Les principes du DIH évoquent le respect de la distinction et de la proportionnalité dans l’attaque, mais une fois de plus, dans cet exemple, il semble difficile d’appliquer ces principes. Distinguer les biens à caractère civil des objectifs militaires lorsqu’un satellite est la cible est un exercice complexe, mais déterminer la proportionnalité inhérente aux conséquences de ce ciblage semble impossible vu l’utilisation duale qui est faite des satellites – pour les usages civils et militaires – (sachant que cette responsabilité pèse sur les épaules de celui qui a pour ambition de mener l’attaque).

Qui plus est, pour que ce droit soit applicable, il faut qualifier juridiquement le conflit armé spatial. C’est-à-dire démontrer qu’il existe, en apportant les preuves matérielles, intentionnelles et personnelles de ce conflit. Sans quoi les auteurs des attaques ne seront pas contraints aux respects des principes évoqués précédemment.

Tout l’enjeu ici est de rattacher des faits et des intentions (les attaques spatiales) qui, hier, relevaient de la fiction, à des règles de droit pensées pour des actions concrètes (des actes hostiles commis sur des théâtres conventionnels, mettant en péril la vie de la population civile). Le tout, afin d’envisager un futur apaisé pour une Humanité qui, bien que ne vivant pas pour l’instant, à proximité de ce nouveau champ de bataille (l’espace), dépend grandement des interactions entre celui-ci et la Terre. Et qui est donc sujette à en subir des conséquences dommageables au cas où les risques de conflits se réaliseraient : quid d’une attaque spatiale touchant des satellites indispensables à la connexion et au contrôle d’Internet pour de nombreux individus ?

L’adaptabilité du DIH

Ainsi donc, l’espace nous est accessible. La seule « frontière » à atteindre ne se calcule pas tant en distance à parcourir qu’en progrès techniques à réaliser. La seule limite, c’est donc celle qui est imposée par l’ingéniosité de l’Homme pour développer des technologies toujours plus innovantes.

Il ne faut pas grand-chose pour que l’ambition de l’Homme combinée à ses rêves soit néfaste pour tout ce qui l’entoure. Car « toute la substance de l’ambition n’est que l’ombre d’un rêve » (W. Shakespeare, Hamlet). Tout ce que nous voyons aujourd’hui au sujet de l’espace s’inscrit parfaitement dans cet ordre d’idées. Les Hommes ont pour ambition de concrétiser des projets nébuleux, des expériences montées à partir d’une rêverie collective ancestrale. Nous sommes témoins d’avancées permises par les ruptures technologiques de notre temps, nous sommes à l’aube de grandes premières et nous pourrions, peut-être, nous en réjouir. Néanmoins, il faut veiller à ce que ces ambitions anciennes, si elles se concrétisent, restent l’ombre des rêves humains, sans qu’elles ne viennent assombrir leur futur même.

Et pour cela, dans le cadre d’un conflit armé, même spatial, nous avons le DIH, qui est un droit coutumier et donc adaptable à tous types de contextes, et d’apparence moins contraignante qu’un Traité international. Le DIH, tel que défini par le Comité international de la Croix-Rouge, « a pour vocation de restreindre les moyens et les méthodes de guerre que peuvent employer les parties à un conflit et de garantir que les personnes qui ne participent pas ou ne participent plus directement aux hostilités soient protégées et traitées avec humanité ». En un mot, le DIH rassemble les règles de droit international qui définissent des normes minimales d’humanité devant être respectées dans toute situation de conflit armé. N’est-ce pas une excellente chose ? Ne rêverions-nous pas d’une telle flexibilité pour anticiper tout un tas de risques dans la vie ?

Demandez à une future mariée quelle serait sa réaction si lors du dernier essayage de sa robe, il lui était proposé de prendre l’option « adaptation, en cas de risque de modification du contexte physique actuel », avec la garantie que l’effet produit par le modèle initial soit le même…

Nous croyons à l’applicabilité du DIH en cas de modification du contexte pacifique actuel dans l’espace. Tout comme la future mariée, nous sommes soulagés de pouvoir envisager cette option. La seule différence entre elle et nous, c’est que nous accepterons que ce soit uniquement pour le meilleur.

The ConversationThe Conversation

Chloé Duffort, Doctorante, Chaire Défense & Aérospatial, Sciences Po Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The ConversationThe Conversation

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Andalousie: un ancien bar pourrait être une synagogue perdue

February 28th 2021 at 18:00

Ce bâtiment abandonné daté du XIVe siècle pourrait faire partie de l’héritage de la communauté juive.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The Guardian

À Utrera en Andalousie, au sud de l’Espagne, dans une rue étroite du centre-ville, un bâtiment aux murs infestés de moisissure a connu une vie multiple: d'abord hôpital, puis orphelinat, restaurant et bar, raconte Sam Jones, correspondant madrilène du Guardian. Mais, encore avant cela, le bâtiment était peut-être une synagogue d’une importante communauté juive aujourd’hui disparue.

Après des mois de recherche académique, une équipe d’experts mandatée par la ville a commencé les fouilles. Elle espère découvrir l’une des dernières synagogues médiévales ayant survécu à l’épreuve du temps mais aussi l’une des plus importantes d’Espagne.

On retrouve dans certains écrits la description d’une synagogue dans cette zone du centre-ville. En 1492, le bâtiment aurait été transformé en hôpital au moment de l’expulsion de la population juive espagnole par le Roi Ferdinand et la Reine Isabelle la catholique.

Miguel Ángel de Dios, l’un des archéologues qui travaille sur le projet, estime que le bâtiment a survécu grâce à la beauté de ses couleurs intérieures et grâce à une occupation continuelle. En Espagne, de nombreuses synagogues ont eu plusieurs vies après avoir été converties en Église par les catholiques. Pour confirmer leur intuition, les chercheurs espèrent trouver trace d’un mikvé, d'un bain rituel, ou d’une Ménorah.

Le maire d’Utrera, José María Villalobos, espère que cette découverte pourra permettre d’attirer la curiosité culturelle de nouveaux touristes: «Je pense que cela pourrait nous permettre de comprendre un peu mieux le passé d’Utrera, un endroit dans lequel des personnes différentes, issues de cultures variées ont un jour vécu les unes avec les autres.» C’est dans cet esprit qu’en 2015, le parlement espagnol avait voté une loi offrant la citoyenneté espagnole aux descendants des Juifs expulsés en 1492. En quatre ans (le programme a fermé en 2019), 130.000 personnes en ont fait la demande.

Comment le Nigéria est devenu l’un des leaders mondiaux du bitcoin?

February 28th 2021 at 17:44

Les Nigérians profitent de transactions facilitées grâce aux bitcoins.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur BBC

Cet intérêt du Nigéria pour les cryptomonnaies est le «reflet d’une perte de confiance dans les formes traditionnelles d’investissement», explique la journaliste Ijeoma Ndukwe sur la BBC.

Elle raconte l’histoire d’un jeune ingénieur de Lagos dont les 200 dollars (165 euros) investis dans les bitcoins sont progressivement devenus 200.000 dollars (165.000 euros). Cet ingénieur comme d’autres sont devenus des exemples à suivre pour des millions de Nigérians.

32% des 196 millions d’habitants du Nigeria seraient des utilisateurs de crypto-monnaies, une proportion plus élevée qu'aux États-Unis. Selon les chiffres avancés par la BBC, 1,1 millions d’échanges de crytomonnaies sont effectués chaque mois au Nigéria. La plupart des échanges sont d’en moyenne 100 dollars (82 euros), moins que la moyenne américaine de 215 dollars (178 euros).

Le Nigéria se place maintenant comme le 3ème pays en volume d’échange derrière les Etats-Unis et la Russie en 2020 avec l’équivalent de 400 millions de dollars de transaction (331 millions d'euros).

Dans un contexte économique de récession, les sources alternatives de revenus sont les bienvenues, explique Ijeoma Ndukwe. En parallèle, la monnaie nationale, le naira, perd tous les ans de sa valeur par rapport au dollar (24% en 2020), ce qui n’empêche pas l’inflation d’augmenter chaque année davantage. Et pour ceux qui souhaitent réaliser des transactions internationales, le bitcoin permet d’éviter les frais de conversion.

Afin de tenter de réguler le marché, la banque centrale nigériane a mis en place des règles limitant les transactions de crypto-monnaies qui entraînent le gel de certains comptes en banque. En réalité, cela n'empêche pas les transactions mais forcent les Nigérians à contourner les banques traditionnelles. Le risque pour la banque centrale pourrait également être que d’autres pays ou systèmes se saisissent de cette opportunité et se substituent à un organisme national.

Couture, oiseaux & combats : 5 chaînes YouTube à suivre en mars 2021

February 28th 2021 at 17:21

Pour mars 2021, notre sélection inclut de la couture, des oiseaux, des arts martiaux, des chants et de l'épidémiologie. Vous avez dit hétéroclite ?

Les beaux jours reviennent et avec eux l’envie de prendre l’air. Pas simple avec le couvre-feu à 18 heures et les confinements locaux. Aussi pour cette sélection YouTube du mois de mars, on vous propose un contenu mixte, qui vous invite soi à sortir — si bien sûr les règles sanitaires ont été assouplies — soi à rester à la maison.  Et si rien ne vous convient, jetez donc un œil à nos éditions précédentes.

Avant d’aller plus loin, deux petites choses à noter : tout d’abord, nous avons pris la décision de réunir nos deux chaînes YouTube en une seule, pour plus de simplicité : les contenus de la chaîne Vroom rejoignent donc la chaîne de Numerama. On vous dit tout ici. Par ailleurs, si vous l’aviez manqué, nous avons fait un récapitulatif des vidéos qui ont rythmé l’année passée.

Atelier Alaska

Vous vous tournez les pouces après 18 heures, à cause du couvre-feu ? Au lieu de les tourner dans le vide, pourquoi ne pas les utiliser pour vous mettre à la couture ? La chaîne Atelier Alaska vous propose de vous y mettre, avec des guides pour apprendre à coudre et pour créer vos propres vêtements et accessoires. Cette chaîne aurait sans doute été très utile à Thérèse dans Le Père Noël est une ordure

Clamavi De Profundis

Si vous aimez les chants qui ont une certaine profondeur, sont teintés d’héroïsme et qui vous remplissent d’inspiration, la chaîne Clamavi De Profundis est à découvrir. Elle vous invite à découvrir entre autres des créations musicales autour du mythe de la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien. Si après ça vous n’avez pas envie d’empoigner votre hache pour vous mettre en direction du Mordor…

Perì Fyseos

Qu’est-ce qu’on pourrait dire sur la chaîne italienne Perì Fyseos ? Ce sont juste des vidéos d’oiseaux en gros plan. Mais voilà tout l’intérêt : des oiseaux en gros plan. L’occasion de les voir dans leur habitat naturel, vaquer à leurs occupations de volatile. Et en plus, vous avez droit aux sons environnants, avec les chants des oiseaux, le bruit d’une rivière qui s’écoule, le vent dans les arbres. C’est reposant.

Risque Alpha

La chaîne Risque Alpha, animée par Tristan, n’est certes plus vraiment active ces derniers temps, mais il nous semblait utile de la signaler, car Tristan est médecin de santé publique. En ces temps de pandémie, ses connaissances sont donc déterminantes. On y parle d’essais cliniques, de facteurs de risque, de santé mondiale, de causalité et de corrélation ou encore d’espérance de vie.

Greggot TV

Greg Gothelf est un professeur d’arts martiaux qui propose depuis plusieurs années des contenus sur ce thème sur sa chaîne Greggot TV. On y trouve des guides pour apprendre les bases de la boxe et savoir frapper au sac, pour utiliser le mannequin de bois ou encore décortiquer des techniques de wing-chun. Des exercices de musculation sont aussi dispensés, afin de renforcer la forme générale des pratiquants.

La suite en vidéo

Apple : l’App Tracking Transparency actif au début du printemps, Mark Zuckerberg en colère #Libéré

January 28th 2021 at 17:11

Apple : l’App Tracking Transparency actif au début du printemps, Mark Zuckerberg en colère #Libéré

This Week’s Japanese Game Releases: Yakuza: Like a Dragon for PS5, Surge Concerto DX, more

February 28th 2021 at 17:00

The PlayStation 5 version of Yakuza: Like a Dragon, and the remastered versions of Ar nosurge: Ode to an Unborn Star DX and Ciel nosurge: Requiem for a Lost Star DX are the highlights of this week’s Japanese game releases. Get the full list of this week’s Japanese game releases below. It should be noted […]

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BanG Dream! Girls Band Party coming to Switch in 2021 in Japan

February 28th 2021 at 16:46
Switch

BanG Dream! Girls Band Party coming to Switch in 2021 in Japan

Currently available for iOS and Android.

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BanG Dream! Girls Band Party

Publisher Bushiroad and developer Craft Egg will release a Switch version of BanG Dream! Girls Band Party in 2021 in Japan, the companies announced during the “BanG Dream! 6th Anniversary Special Program.”

BanG Dream! Girls Band Party first launched for iOS via the App Store and Android via Google Play in March 2017 in Japan, and in April 2018 worldwide. It is a rhythm and adventure game featuring both original songs and covers of popular songs.

The Switch version will feature controller support.

Further details were not announced.

Use the coupon code "GEMATSU" for 5% off.

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The Caligula Effect 2 debut trailer, eight minutes of gameplay5 minutes agoOpen Forum #34111 minutes agoOpen Forum #34115 minutes agoOpen Forum #34121 minutes agoOpen Forum #34123 minutes ago

Crème chocolat vegan et sans gluten

February 28th 2021 at 16:31
By: caro

Attention, voici une recette au top, toute simple que je souhaitais tester depuis longtemps. Tu souhaites un dessert sans oeuf, sans beurre, sans lait ? Tu veux un dessert sans gluten ? Tu veux un dessert super diet ? Voici LA recette qu’il te faut ! Ici, j’ai utilisé du tofu soyeux, un peu de lait végétal, du sirop d’agave et… c’est tout ! J’ai agrémenté ces petites crèmes de quelques noisettes torréfiées et de noix de coco pour le petit côté croquant. Le tofu soyeux, c’est quoi ? Tout comme le tofu, le tofu soyeux est fait à partir de lait de soja coagulé le plus souvent avec du chlorure de magnésium (nigari). Contrairement au tofu ferme, il n’est pas égoutté et pressé, ce qui fait qu’il garde une texture « soyeuse », ressemblant à du yaourt compact. Si vous n’utilisez pas tout d’un coup, laissez l’eau dans la barquette et refermez-là (le plus pratique est de placer la barquette dans une boîte hermétique). Le tofu soyeux peut remplacer la crème, le lait et les œufs dans de nombreuses recettes, aussi bien sucrées que salées. Il fait un bon liant et donne une texture ferme aux préparations. Sa saveur est neutre et se marie aisément dans de nombreuses préparations. Enfin, il est très faible en calories !

Pour 6 petits pots de crème Préparation: 5 minutes Cuisson: 10 min Repos: 2heures

  • 400 g tofu soyeux (disponible en magasin bio)
  • 200 g de chocolat pâtissier noir
  • 100 ml de lait végétal (soja, amande, noisette…)
  • 2 C à S de sirop d’agave
  • 2 grosses poignées de noisettes entières
  • noix de coco râpée
  1. Faites fondre le chocolat au bain marie avec le lait végétal. Remuez jusqu’à l’obtention d’un chocolat bien lisse.
  2. Ajoutez le tofu et mélangez le tout à l’aide d’un batteur électrique plongeur jusqu’à l’obtention d’un mélange bien lisse.
  3. Ajoutez le sirop d’agave. Mélangez.
  4. Placez le mélange dans de petits ramequins. Placez au frais pour 2 heures minimum.
  5. Au moment de servir, concassez quelques noisettes entières et torréfiez-la à sec dans une poêle. Ajoutez quelques noisettes et un peu de noix de coco râpée sur les petites crèmes.

Bon appétit !

Cet article Crème chocolat vegan et sans gluten est apparu en premier sur Cocotte et Biscotte.

«Dickinson», l'une des meilleures créations comiques de ces dernières années

February 28th 2021 at 14:09

En s'attaquant à la vie de la poétesse, la série créée par Alena Smith relève un défi de taille.

Temps de lecture: 7 min

Dans la nuit noire, la jeune fille se lève, pose une bougie sur la table et dégaine sa plume. L'inspiration est là, les mots affluent. Soudain, on frappe à sa porte. C'est sa sœur, aussi blonde qu'elle est brune, qui vient la rappeler à son devoir d'aller chercher de l'eau au puits. «Mais pourquoi Austin n'y va pas, lui?», demande-t-elle, agacée. «Parce qu'Austin est un garçon», rétorque la sœur, dépitée. Et la brune de s'exclamer: «Quel tas de conneries!» Bienvenue dans Dickinson, la série créée par Alena Smith consacrée aux jeunes années de la poétesse Emily Dickinson, qui vécut toute sa vie (de sa naissance en 1830 à sa mort en 1886) dans la ville d'Amherst dans le Massachussetts, entre les murs de la maison paternelle.

S'attaquer au monument que représente Emily Dickinson, en voilà un défi de taille. Il y a eu déjà, certes, des réussites dont on retiendra surtout le chef-d'œuvre de Terence Davies, A Quiet Passion, sorti en 2017. Mais le faire sur le ton d'une comédie pour ados, on frôle le sacrilège! Car Dickinson, la femme aux 1775 poèmes, dont à peine une dizaine seront publiés de son vivant, est une véritable légende, une institution américaine. Et il fallait une sacrée dose d'audace pour dynamiter le mythe tenace qui entoure depuis trop longtemps la poétesse, souvent caricaturée en vieille fille recluse vêtue de sa robe blanche virginale, telle une héroïne tragique de roman gothique. Pourtant, la vie de Dickinson est faite de rébellions. Son œuvre donne à entendre –tantôt grave, sensuelle, pleine d'humour et d'ironie– sa résistance au dogme de l'Église calviniste ainsi qu'aux injonctions patriarcales.

On ne peut que saluer le talent d'Alena Smith d'avoir tenu haut la main ce pari insensé et de nous offrir cette relecture joyeusement impertinente de la vie d'Emily Dickinson. «Ce qui m'intéresse avec cette série, raconte Smith au Hollywood Reporter, ce n'est pas de faire un compte rendu d'une biographie sur la véritable Dickinson. Mais d'utiliser Emily comme un avatar pour regarder, autour de nous, le monde dans lequel nous sommes aujourd'hui.»

Une jeunesse avide de briser les codes

Chaque épisode s'organise donc autour d'une aventure particulière, façon sitcom: Emily se déguise en garçon, Emily fait la fête, Emily s'essaie au spiritisme, Emily découvre l'opéra, Emily va au spa, etc. Dans la saison 2, notre héroïne décidément très moderne participe même à un concours de pâtisserie pas très éloigné du «Meilleur pâtissier»! Et à travers ses aventures, Alena Smith révèle des problématiques d'une société d'hier qui est aussi la nôtre. La place des femmes, bien sûr, qu'on voudrait silencieuse, toujours au second plan derrière toute présence masculine. Le racisme et l'esclavage qui rongent la société américaine à la veille de la guerre de Sécession comme au lendemain de l'invasion du Capitole. Mais aussi le fossé générationnel entre des parents rivés à leurs idées («non, ma fille tu ne publieras pas mais un mari tu trouveras!») et une jeunesse avide de briser les codes afin d'affirmer son identité.

Cette cassure, évocatrice de celle qui prédomine aujourd'hui entre baby-boomers et millennials, s'illustre dans les anachronismes langagiers qu'Alena Smith réserve à la jeune génération. Et quand la langue des adultes fourche vers ce parler moderne, c'est qu'eux aussi en viennent à se trouver contaminés par cette énergie transgressive. La question de l'identité sexuelle se pose aussi. Smith prend le parti des spécialistes de Dickinson qui –sujet de débats houleux– lisent dans les lettres passionnées d'Emily à Sue, l'épouse de son frère Austin, la preuve de leur liaison amoureuse. Dès le premier épisode, voilà les deux amies d'enfance qui s'embrassent à pleine bouche, dans un verger édénique où nul serpent ne rôde. C'est leur relation fusionnelle –tantôt enivrante, tantôt douloureuse– qui sert de fil rouge, sans pour autant enfermer l'héroïne dans une case quelconque. Les romances masculines seront aussi au rendez-vous et Emily butinera, telle l'abeille de ses poèmes, de fleur en cœur.

Une lutte perpétuelle

Dans la saison 1, ces thèmes se retrouvent étroitement imbriqués dans un épisode intitulé «J'ai peur de posséder un corps». Lorsque Emily impose à son book club dédié à Shakespeare la lecture d'Othello, rien ne se déroule comme prévu. L'un des invités souhaite lire l'œuvre au préalable afin de censurer quelques passages trop ouvertement sexuels à ses yeux. Austin, lui, s'identifie outre mesure à Desdémone, qu'il décide de jouer façon Stanislavski avant l'heure, cette méthode si chère aux acteurs contemporains comme Daniel Day-Lewis ou Christian Bale. Emily, elle, tente de persuader Henry, le garçon d'écurie, d'incarner Othello lui-même. Qui de mieux que lui, puisqu'il est noir? D'ailleurs, lui fait-elle valoir, il serait davantage en sécurité au sein de la maison qu'en ville, où des Sudistes cherchent à se venger d'un esclave fugitif sur n'importe quel Noir croisé sur la route… Enfermée dans sa bulle littéraire, Emily n'a pas encore les yeux tout à fait ouverts sur le monde réel qui l'entoure.

C'est tout le paradoxe de la poétesse, d'être à la fois privilégiée et marginale. «Vous aurez toujours votre père pour vous protéger», lui répond froidement Henry lorsqu'Emily se plaint de ne pas avoir une vie enviable. Oui, Emily vit bien dans le confort, lui rappellera aussi Sue l'orpheline. Mais sa vie est aussi une lutte perpétuelle. Contre des parents aimants mais figés dans leurs certitudes et leurs convenances. Contre le patriarcat qui exige d'elle la discrétion et le mariage quand elle aspire à se faire entendre et à l'indépendance.

La série nous immerge dans l'imaginaire d'Emily Dickinson revisité par la culture millennial.

Au sein du foyer, lieu principal de l'action, la série tisse avec une finesse exemplaire les liens qui unissent cette famille inséparable et divisée. La relation d'Emily et de son père est tumultueuse, contradictoire. Il lui fait jurer de ne jamais le quitter et cède aisément à ses requêtes. Mais quand Emily ose pour la première fois publier un poème, il se met dans une colère noire, de peur qu'elle n'entache à jamais le nom respectable de Dickinson. Paradoxe ultime puisque ce patronyme paternel a été légué à la postérité par le génie de la poétesse.

Son frère Austin entretient lui aussi des sentiments ambivalents, entre jalousie et amour sincère, tandis que sa mère désespère face à cette enfant têtue qui refuse obstinément le mariage. Enfin, sa petite sœur Lavinia va progressivement ériger son aînée en modèle, troquant ses rêves de chevalier servant pour un imaginaire autrement plus fantasque. Parmi ce casting impeccable, de Hailee Steinfeld (Emily) à Jane Krakowski (la mère), c'est sans doute l'espiègle Anna Baryshnikov qui vole le plus souvent la vedette de cette famille improbable, évocatrice de celle excentrique du Vous ne l'emporterez pas avec vous de Frank Capra. Les dialogues très écrits, l'humour piquant, font de la série l'une des meilleures créations comiques de ces dernières années.

Au service de la poésie

Certains crieront à l'hérésie sans doute. Mais la «plus douce hérésie» se risque-t-on à dire, en empruntant les mots dickinsoniens. Car tout ici se trouve au service de la poésie. La fidélité rayonne, non pas à la biographie d'Emily Dickinson mais à sa voix poétique. Chaque épisode se place sous l'égide d'un vers, les poèmes s'inscrivent à l'écran tandis qu'Emily les compose. Les éléments constitutifs de son art s'invitent aussi à l'image, traduisant pour l'écran ce que la poétesse personnifie dans ses textes. Ici, voici une abeille à taille humaine qui l'invite à danser. Là, la Mort surgit, à l'allure de gentilhomme: «Puisque je ne pouvais m'arrêter pour la Mort-Ce Gentleman eut la bonté de s'arrêter pour moi-Dans la Voiture il n'y avait que Nous-Et l'Immortalité.»

Emily monte dans la calèche de la Grande faucheuse. Elle courtise, idéalise, en fait –travers de l'adolescence– un personnage follement romantique. Il faudra que la mort réelle s'infiltre dans son quotidien pour qu'Emily comprenne sa froideur et sa cruauté. Dans la calèche, il lui assure ne pas venir la chercher avant de nombreuses années. Et les deux complices de philosopher sur le concept de l'immortalité, de l'âme et de l'art. «Tu ne deviendras pas immortelle en respectant les règles mais en les enfreignant», lui dit la Mort qui, comme le spectateur, voit le nom de Dickinson gravé parmi celui des plus grands poètes.

La série nous immerge dans son imaginaire, revisité par la culture millennial. Le rappeur Wiz Khalifa prête ses traits à la Mort, sorte de dandy cool.

Reaper bf, poet gf #Dickinson pic.twitter.com/3kdTDLPfIR

— Alena Smith (@internetalena) February 24, 2021

Les humoristes John Mulaney et Nick Kroll interprètent respectivement Henry David Thoreau et le fantôme d'Edgar Allan Poe. Sur la bande-son, on retrouve Billie Eilish et Lizzo autant que Leonard Cohen ou Nick Cave. Les frontières se brouillent. Présent et passé, rêve et réalité, vie et poésie. «Dire toute la Vérité mais en oblique-», écrivait Emily Dickinson.

Questionner la célébrité

Le questionnement le plus actuel reste sans doute celui qui agite notre héroïne. Celui de la célébrité. Si la confiance en son don de poète est absolue, Emily doute, tiraillée entre son ambition d'être louée et admirée, lue par tous et toutes, de se faire entendre et reconnaître, et la peur de ce qu'une telle exposition implique. Dans une interview avec le site Avclub, Alena Smith explique: «C'est quelque chose à quoi on peut tous s'identifier, puisqu'on peut juste sortir notre téléphone et mettre notre vie sur Instagram. Vous pouvez consciemment construire une image que le public va consommer quasiment en temps réel. Et la question se pose de savoir ce que cette pression constante d'être vu, d'être visible, fait à une artiste dont la voix intime est extrêmement privée et qui a peut-être besoin d'aller dans l'obscurité pour trouver sa propre vérité.» À l'image de cet être fantomatique qui la poursuit tout au long de la saison 2 et la questionne: «Je suis Personne! Qui êtes-vous?» Dans ce poème, l'un de ses plus célèbres, la poétesse poursuit: «Comme c'est ennuyeux-d'être-Quelqu'un!»

Et puisque l'on connaît la fin de l'histoire –les poèmes dissimulés aux yeux du monde, l'isolement des dernières années–, on imagine sans peine l'Emily inventée par Alena Smith, rebelle rêveuse et excentrique, faire le choix de sa différence. Et, face à un monde encore trop sourd, préférer la liberté créatrice d'une chambre à soi pour y écrire, à la lumière vive d'une bougie:
«J'habite le Possible-
Maison plus belle que la Prose-
Aux plus nombreuses Fenêtres-
Et mieux pourvue -en Portes-»

La femme préhistorique n'était ni chétive, ni passive

February 28th 2021 at 12:58

Comme l'homme, elle taillait des outils, subvenait aux besoins du groupe, et son squelette prouve sa robustesse.

Temps de lecture: 10 min

Directrice de recherche au CNRS, rattachée au Muséum national d'histoire naturelle, Marylène Patou-Mathis est préhistorienne, spécialiste des comportements des Néandertaliens. C'est d'ailleurs en travaillant sur notre cousin mal-aimé qu'elle en est venue à s'intéresser à la question des femmes de la Préhistoire, repérant des similitudes dans le traitement scientifique de Néandertal et de la gent féminine, longtemps considérés comme inférieurs. Elle aborde cette question dans un livre, L'homme préhistorique est aussi une femme – Une histoire de l'invisibilité des femmes, paru en octobre 2020 chez Allary Éditions.

Lorsqu'on lui demande les raisons de cette hiérarchisation, Marylène Patou-Mathis n'est pas surprise: «La discipline préhistorique prend corps au XIXe siècle, à une époque où le système patriarcal est très fort dans nos sociétés occidentales. N'oublions pas qu'à cette époque, en vertu du Code napoléonien, les femmes sont sous la tutelle de leur père puis de leur mari voire, en dernier recours, de leur fils! La préhistoire hérite de ces cadres-là. Dès les premières découvertes, on parle de l'Homme de Cro-Magnon, de l'Homme de Néandertal... On a beau l'écrire avec une capitale, ce qu'on entend par “Homme” à cette époque, ce n'est pas l'être humain, mais bien l'individu masculin et lui seul.»

Philosophe, historienne des sciences et paléontologue, Claudine Cohen est directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (Centre de recherches sur les arts et le langage) et à l'École pratique des hautes études (section des Sciences de la vie et de la Terre). Elle travaille notamment sur la question des représentations de la Préhistoire. Dès les années 2000, elle s'intéresse à la place des femmes dans les sociétés préhistoriques, alors considéré comme un «non-sujet» par la plupart des préhistoriens français. Parmi les ouvrages qu'elle a consacrés à la question, citons La Femme des origines – Images de la femme dans la préhistoire occidentale, paru chez Belin-Herscher en 2003, et Femmes de la Préhistoire, publié chez Belin en 2016.

Bien loin des clichés

Grâce à son approche pluridisciplinaire, Claudine Cohen apporte un subtil éclairage historique sur les travaux des préhistoriens, leurs découvertes et leurs interprétations: «Au XIXe siècle,la législation et la morale corsètent les femmes, mais l'on assiste à la naissance de la psychanalyse dont les théories infusent le milieu intellectuel. Le regard que l'on a porté sur les Vénus paléolithiques, ces statuettes au sexe bien dessiné et aux formes opulentes, est traversé par cette double influence. Si l'image de la “femme au foyer” soumise, entourée d'enfants, domine dans l'iconographie de la Préhistoire, on a pu voir aussi dans ces figurines l'image d'une sexualité débridée, primale, surgie du fond des temps et du psychisme. Pas étonnant qu'on ait nommé l'une d'entre elles (la première qui fut découverte, en 1865) la “Vénus impudique”. N'oublions pas que jusque tard dans le XXe siècle, beaucoup de préhistoriens sont des prêtres, notamment l'abbé Breuil, dont les travaux sur l'art pariétal font autorité jusque dans les années 1960.»

Longtemps, la discipline restera un domaine essentiellement masculin en Europe, même si des pionnières telles que Dorothy Garrod en Angleterre et plus tard Suzanne de Saint-Mathurin ou Annette Laming-Emperaire en France, réussirent à s'y faire une place.

«Ce modèle, qui attribuait aux mâles de l'espèce la responsabilité de toutes les avancées humaines, va cristalliser l'opposition des féministes.»
Claudine Cohen, philosophe, historienne des sciences et paléontologue

Les préhistoriens furent donc longtemps influencés par les représentations de leur temps. Le contexte idéologique, sorte de point obscur de leur réflexion, les empêche de penser au-delà des mœurs et des coutumes de leur époque.

Mais comment s'édifient et se forment les savoirs sur la Préhistoire? Si, comme le rappelle Claudine Cohen, une place est inévitablement laissée à la spéculation et à l'imaginaire dans l'élaboration des récits et des théories, de quels outils les préhistoriens disposent-ils aujourd'hui? Sur quelles preuves concrètes ou traces indéniables se fondent-ils pour formuler leurs hypothèses?

Pour mener à bien leur travail, les préhistoriens peuvent s'appuyer sur un large éventail de disciplines: l'archéologie et la paléoanthropologie bien sûr, mais aussi l'ethnologie (l'étude des groupes humains dans la perspective de comprendre l'évolution des sociétés). À ce sujet, Marylène Patou-Mathis rappelle qu'il faut se montrer vigilant: «Même si l'ethnologie est riche d'enseignement, ce que l'on observe par exemple chez les autochtones du Brésil ne peut être rapporté mutatis mutandis à la Préhistoire. Et puis, ces peuples ne sont pas figés dans le temps comme on a parfois tendance à le croire. Ils ont une histoire, longue elle aussi de 10.000 ans. Les Bushmen, ces chasseurs-cueilleurs du Kalahari, avec qui j'ai vécu quelques mois, savent très bien que les avions existent; ils n'ont qu'à lever les yeux vers le ciel...»

La fin du mythe de «l'homme chasseur»

Au fil du temps, de nouvelles approches ont vu le jour, telle l'ethnoarchéologie, qui associe un travail de fouilles à une enquête ethnologique. Les techniques préexistantes, elles, se sont perfectionnées, notamment en ce qui concerne la datation des sites et des vestiges archéologiques ainsi que l'attribution sexuelle des squelettes grâce à l'ADN.

Science naturelle à ses débuts, visant surtout à décrire et classer chronologiquement les objets découverts, la discipline préhistorique tente, depuis quelques décennies, de revendiquer «le statut de science sociale». «La réflexion sur les rôles sociaux, et tout particulièrement sur la division des rôles selon les sexes (selon le genre) dans les sociétés préhistoriques, devient centrale dans cette nouvelle perspective», explique Claudine Cohen. On élabore alors des modèles s'intéressant à l'organisation des sociétés paléolithiques.

«Aucun indice ne nous permet à l'heure actuelle de penser que les sociétés paléolithiques étaient patriarcales.»
Marylène Patou-Mathis, préhistorienne

Parmi eux, le modèle de l'homme chasseur (Man the Hunter), conçu par l'anthropologue américain Sherwood Washburn à la fin des années 1960, fera date. «Selon ce modèle, la chasse et l'ensemble des pratiques qui lui sont liées –fabrication d'outils, sociabilité, cohésion du groupe, habileté, ruse, partage des ressources, etc.– nous auraient permis d'acquérir les traits qui caractérisent l'humain.» Claudine Cohen ajoute: «Lier le développement de l'humanité à une pratique commune, à savoir la chasse, avait le mérite, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de s'opposer aux dérives racistes de l'anthropologie, qui fondaient la vision des origines humaines sur la supériorité d'une “race” sur une autre. Cependant, ce modèle, qui attribuait aux mâles de l'espèce la responsabilité de toutes les avancées humaines, va cristalliser l'opposition des féministes.»

Au tournant des années 1970, le mouvement féministe américain est ainsi le premier à questionner «l'androcentrisme» qui règne dans la profession: «Ces militantes s'attaquent non seulement à la question de l'ancrage professionnel des femmes, mais également à la femme en tant qu'objet d'étude.» De nombreuses anthropologues et préhistoriennes issues de l'école de Washburn, telles Adrienne Zihlman ou Nancy Tanner, s'érigent contre cet universalisme de façade qui, là où il prétendait rassembler, a souvent exclu (esclaves, femmes, étrangers...). Elles proposent, non sans humour, la figure centrale de Woman, the Gatherer, la femme qui cueille et qui rassemble. L'homme chasseur est destitué. La femme devient le centre de la société paléolithique, celle qui rassemble la tribu et lui fournit de quoi se nourrir et prospérer.

Woman, the Gatherer. | Chemical Engineer via Wikimedia Commons

Un rôle social moteur qui s'affranchit du patriarcat

Si le modèle de la femme cueilleuse a l'intérêt de renverser la perspective, il ne peut prétendre prévaloir en accordant aux hommes un rôle mineur. Quant au matriarcat qui fait couler beaucoup d'encre aujourd'hui, d'après Marylène Patou-Mathis, il y a peu de chances qu'il n'ait jamais existé: «On trouve parfois chez les peuples de chasseurs-cueilleurs des références à un matriarcat originel, mais c'est toujours pour sous-entendre que c'était catastrophique et que l'on a bien fait de s'en défaire. Par contre, il y a probablement eu des sociétés matrilinéaires, lorsque le système de transmission de la parenté se fait par la mère. La filiation patrilinéaire semble arriver plus tardivement avec la sédentarisation et, surtout au cours du Néolithique, avec l'agriculture et l'élevage.»

Si rien ne vient soutenir la thèse d'un matriarcat en tant que domination hiérarchique des femmes, Marylène Patou-Mathis tient à souligner que rien ne vient non plus étayer l'hypothèse inverse. «Aucun indice ne nous permet à l'heure actuelle de penser que les sociétés paléolithiques étaient patriarcales. On sait par contre que les femmes étaient mobiles, participaient activement à la vie et à la survie du groupe –bien plus actives que ce que l'on a pu supposer par le passé. Dès lors, on peut penser que les relations entre hommes et femmes étaient plutôt équilibrées.»

Chez les peuples de chasseurs-cueilleurs actuels, hommes et femmes participent à la subsistance: les premiers partent à la traque du gibier, les secondes ramassent baies, coquillages et plantes. Si la viande reste l'apport protéinique le plus important, la cueillette constitue, excepté dans les régions froides (chez les Inuits),70% de l'apport alimentaire global. L'homme est donc très loin de subvenir seul aux besoins du groupe, mais symboliquement, la chasse est fortement valorisée. Ainsi, dans la langue des Yagans, un peuple amérindien établi en Terre de Feu jusqu'à la fin du XIXe siècle, tous les mots utilisés pour désigner la cueillette des coquillages, travail féminin, étaient dépréciateurs.

L'accès aux outils et aux armes

Si la cueillette incombe aux femmes, il leur arrive également de prendre part à la chasse en traquant du petit gibier, en posant des pièges et des collets ou en participant au rabattage de proies (qui met à l'épreuve notamment leur talent de coureuses). Si elles se servent d'objets contondants, tels que des gourdins, elles n'utilisent que très rarement d'armes capables de trancher ou de perforer, sauf chez les Indiens Akuntsu d'Amazonie. On peut tout de même supposer que la traque du gros gibier, exposant le chasseur à des périls plus grands, ait conduit à accorder un statut supérieur aux hommes.

Pour autant, ces observations faites chez les peuples de chasseurs-cueilleurs, passés ou présents, suffisent-elles à dresser des conclusions définitives sur le mode de vie préhistorique?

«On s'est aperçu que les outils préhistoriques étaient tout à fait façonnables et utilisables par des femmes.»
Claudine Cohen, philosophe, historienne des sciences et paléontologue

Non, d'après Marylène Patou-Mathis: «Les scènes de chasse de l'ère magdalénienne (il y a environ 17.000 ans) nous montrent souvent des silhouettes autour d'un animal. Si l'animal est grand, stylisé, les silhouettes sont si rudimentaires que je défie quiconque de les attribuer avec certitude à l'un ou à l'autre sexe. Il en va de même pour les outils et les armes de chasse... On a déduit, sans réelles preuves, qu'ils avaient été obligatoirement façonnés par des hommes. En vérité, rien ne prouve que les femmes ne maîtrisaient pas les techniques de taille.»

Claudine Cohen évoque à ce titre la tracéologie, méthode mise au point dans les années 1930 par le Russe Sergueï Semenov. Il s'agit d'étudier les traces de fabrication et d'utilisation présentes sur des objets ou des outils de pierre afin d'en déduire la manière dont ils étaient fabriqués et utilisés. Cette étude ouvre la possibilité de les reproduire et d'en faire usage: une méthode expérimentale qui permet aussi de multiplier les expérimentateurs, hommes ou femmes. «On s'est aperçu que les outils préhistoriques étaient tout à fait façonnables et utilisables par des femmes, note-t-elle. Tailler un outil de silex est avant tout une question d'angle, de finesse, et non de force brute. Cette idée que les femmes ne taillaient pas s'est vue donc contredite par la pratique expérimentale.»

Des battantes en forme olympique!

Qu'en est-il de leur force et de leur capacité physique? Le corps des femmes était-il si chétif et si fragile qu'elles auraient été tenues à distance de la chasse pour des raisons de différenciation anatomique? Les études récentes semblent prouver le contraire, explique Marylène Patou-Mathis: «Les squelettes démontrent qu'elles étaient robustes. Sur des ossements datant du Néolithique et retrouvés en Europe centrale, on a même pu observer ce qu'on appelle des enthésopathies, preuves que les femmes de l'époque étaient musculairement très puissantes et pratiquaient des activités dures liées à l'agriculture.»

En effet, les enthésopathies sont de minimes altérations au niveau des tendons et des ligaments –des lésions provoquées par des gestes répétés. Elles sont aujourd'hui fréquentes chez les sportifs de haut niveau, notamment les lanceurs de poids et de javelot. On peut donc en conclure que les femmes préhistoriques étaient très robustes et possédaient une morphologie proche de nos championnes olympiques.

Cuisinières, guérisseuses, tisserandes...

Si la cueillette est une activité féminine dans la plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs, on peut supposer que les femmes ont également contribué au perfectionnement des pratiques culinaires: connaissance des herbes, des fruits et des légumes sauvages, des graines, des assaisonnements. À quoi se sont ajoutés, assez tôt dans l'histoire humaine (il y a environ 400.000 ans), différents usages du feu: pour le fumage des viandes, les modes de cuisson, etc. Claudine Cohen rappelle que le passage d'une alimentation crue à une alimentation cuite a participé non seulement au développement du goût, mais aussi à une meilleure assimilation des protéines, vitale pour le fonctionnement cérébral, marquant une étape décisive dans l'évolution de l'humanité.

Cette proximité des femmes avec les végétaux et les graminées suggère qu'elles connaissaient les plantes médicinales et ont été à l'initiative des premières pharmacopées. Fortes de leur expérience, elles auraient su quelles herbes et quelles plantes utiliser pour soigner: la figure de la femme chamane, guérisseuse, traverse les âges et trouve peut-être des résurgences chez les sorcières du Moyen Âge, fines connaisseuses des plantes, notamment abortives.

Et qui dit plantes, dit fibres. «Le travail des fibres, les activités de tissage et de couture, la fabrication des paniers furent sans doute aussi le domaine des femmes», remarque Claudine Cohen. Dans l'art paléolithique, elle observe que les femmes sont souvent associées à ce travail. Les photos qui illustrent son livre La Femme des origines montrent plusieurs Vénus paléolithiques portant des résilles, des ceintures, des bracelets de fibres, des pagnes ou encore des sortes de harnais de corde clairement identifiables.

C'est le cas des Vénus retrouvées sur le site russe de Kostienki, dans la vallée du Don, vieilles dames de 23.000 ans, taillées dans l'ivoire ou la pierre calcaire.

Vénus de Kostienki. | Don Hitchcock via Wikimedia Commons

On y distingue des cordes tressées ou tissées enserrant la poitrine ou soulignant un ventre rond, au nombril proéminent, signe sans doute de grossesse. Les cordes étaient-elles des parures? Ou bien servaient-elles d'accessoire obstétrical, éventuellement pour aider à la poussée lors de l'accouchement? Impossible de trancher. Mais si l'artiste a pris le temps de les représenter avec tant de minutie, il est bien possible que ces tissages aient été socialement valorisés.

Viol au parlement australien: la communication chancelante du Premier ministre

February 28th 2021 at 12:26

Alors qu'une ancienne attachée de presse affirme avoir été violée à l'intérieur des bâtiments du parlement australien, le Premier ministre peine à communiquer sur le sujet.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The Guardian

Le premier ministre australien, Scott Morrison, est plutôt connu pour son habileté à construire de puissants récits médiatiques, explique Amy Remeikis, correspondante à Canberra pour The Guardian. Mais depuis mi-février, une histoire ébranle son savoir-faire. Une ex-attachée de presse parlementaire, Britanny Higgins, affirme avoir été violée par un collègue dans le bureau de la ministre de la défense en mars 2019.

La nuit du viol, la jeune femme a été retrouvée à moitié nue et appeurée par un membre de la sécurité dans le bureau de la ministre. Rapidement, le cabinet ministériel a essayé de «régler l’affaire en interne», offrant à la jeune femme du soutien tout en lui rappelant les élections à venir. La jeune femme affirme qu'elle a ensuite été conviée par sa hiérarchie à une réunion pour expliquer les circonstances du viol dans le bureau-même où le celui-ci aurait été commis. Elle a eu le sentiment de devoir choisir entre le «travail de ses rêves» et la poursuite judiciaire.

Britanny Higgins a d'abord choisi son travail. Mais début 2021, une photo déclenche son besoin de quitter le parlement: celle du Premier ministre au côté d’une avocate spécialisée dans la défense des victimes de violences sexuelles. En février, elle démissionne et se tourne vers les médias et la police.

Depuis quelques semaines, une question abonde les discussions: «qui savait quoi et quand?», explique la journaliste du Guardian. Le Premier ministre affirme avoir été informé presque en même temps que le grand public. Pourtant, au parlement, beaucoup le savaient: le chef du cabinet du ministre de la défense fut l’un des premiers informés par la sécurité du parlement, les ressources humaines étaient au courant mais aussi certains des collègues de la jeune femme.

L'exercice de communication est particulièrement ardu pour le Premier ministre dont les tentatives d’écarter le sujet ont été, une à une, balayées. Il a d’abord invoqué le secret de l’enquête policière mais la police australienne a écarté cette option, l'enquête n’étant pas encore ouverte à ce moment-là. Il a également essayé d’invoquer la protection de la vie privée de la jeune femme mais celle-ci a fait savoir de nombreuses fois dans les médias que cela n’était pas nécessaire.

Dans ses discours, le Premier ministre a commis beaucoup de maladresses: il a expliqué qu’il avait eu besoin de sa femme pour lui «clarifier l’histoire», il a suggéré qu’Higgings s’était «retrouvée dans une situation propice à», ce qui lui a été immédiatement reproché. Il a proposé de lancer plusieurs enquêtes sur les conditions de travail des parlementaires mais celles-ci étant réalisées en interne, beaucoup doutent de leur fiabilité.

Depuis, le Premier ministre marche sur des œufs, il a mentionné le terme de «respect» 42 fois lors d’un discours en perspective de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars. Les choses ne devraient pas se simplifier pour lui. Suite au témoignage de Britanny Higgins, une femme a envoyé une lettre au Premier ministre pour raconter le viol qu'elle aurait subi en 1986, elle aussi au parlement, et où elle affirme ne pas être la seule victime.

Nice, une ode chaleureuse à la capitale de la Côte d'Azur

February 28th 2021 at 12:18

Alors que Nice se reconfine les week-ends, retour sur les bonnes adresses du lieu d'adoption de l'écrivain Patrick Besson, sa ville des amours, des amitiés, des souvenirs et des lectures.

Temps de lecture: 8 min

Voilà un guide touristique riche de renseignements, d'adresses, de bons plans vécus dans la douceur méditerranéenne, une invitation romantique au voyage sur la Promenade des Anglais, sur les plages, dans les hôtels, les restaurants car Patrick Besson, auteur prolifique aux 80 livres, est un sacré gourmet. Comment classer les souvenirs niçois de l'écrivain, qui séjourne à Nice depuis trente ans et selon qui le besoin de cette ville est naturel, comme un produit bio? Par hôtels, tables, lectures?

À son premier séjour en 1986, l'écrivain est communiste et le Parti l'a logé à l'hôtel Albert 1er. C'est aussi la première fois qu'il s'installe sur une plage privée de la Promenade où il ne verra plus d'Anglais.

L'occupation principale du romancier parisien dans la ville chère à Friedrich Nietzsche et Romain Gary, c'est l'écriture et surtout la lecture. Il dévore les trois-quarts de Belle du Seigneur d'Albert Cohen en une journée, puis se hasarde sur la plage où les galets lui font mal aux pieds, notant que les pêcheurs n'allaient jamais pieds nus sur le rivage.

La plage. | Nice Tourisme

Découvrant le Michelin 1956, il se rend compte que l'on a beaucoup démoli et reconstruit sur la Promenade aux embouteillages permanents.

L'hôtel des Anglais a été détruit en 1909 et remplacé en 1913 par l'hôtel Ruhl, lui-même devenu l'hôtel Méridien en face du casino, disparu lui aussi: à Nice comme à Paris, les travaux sont sans fin.

Il lui arrive de loger à l'hôtel Westminster et remarque que la mer est ignorée. Jusqu'aux années 1970-1980, Nice accueillait les voyageurs l'hiver car le soleil réchauffait les résidents. Après les années 1980, c'est l'époque bénie du grand tourisme où l'hôtel Negrescu devient le Negresco à cause de son propriétaire roumain qui transforme son nom. C'est le premier palace niçois aux tours rondes qui va devenir la propriété du couple Augier, qui aura de mirobolantes offres de rachat, notamment de Bill Gates, le milliardaire américain. Jamais madame Augier, une fois veuve, ne vendra le Negresco, où elle habitait au cinquième étage, vue sur la mer.

L'hôtel Negresco. | Negresco Hôtel

L'auteur indique que Céline fut Niçois de décembre 1911 à mai 1912, bonne période car «juin est trop chaud et humide à Nice, d'où la soif et l'anxiété».

En 1977, le Concorde se pose à Nice. «Comment a-t-il fait? La piste est courte et se termine dans l'eau.» Aucun accident.

Pour se rendre dans sa ville d'adoption, Patrick Besson alterne l'avion et le train car il aime la gare mais déteste les fleurs, «ravi qu'on les jette». Il n'a jamais assisté au carnaval niçois et pense que «dans cette ville au beau sourire triste, Sagan aurait écrit de meilleurs livres qu'à Saint-Tropez».

Une cité refuge

Le Café de Turin est le premier restaurant cité, Besson apprécie le plateau de fruits de mer, le beurre salé et la carafe de vin blanc. «Dans chaque hôtel, je me sens à la maison, dans chaque maison à l'hôtel. À partir d'un quatre étoiles, la salle de bain est un problème: robinets serrés, douches insolites, baignoires capricieuses. La télé est aussi difficile à allumer qu'à éteindre.»

Le Café de Turin. | Café de Turin

«Mon père préférait un mois dans un petit hôtel qu'une semaine dans un grand. Moi, c'est l'inverse», révèle-t-il.

Il précise: «Hôtels anglais humides, hôtels grecs froids, hôtels serbes surchauffés, hôtels allemands parfaits. Mes velléités à l'hôtel: le fait de noter les consommations et les frais de blanchisserie ne dure jamais plus de trois jours, incapable comme le faisait mon père au Cyrnos de recompter la note d'un mois entier.»

Un bel aveu: comment écrire des souvenirs quand on n'a pas de mémoire? «Trop longtemps, je me suis fié à mon imagination.» Jamais l'écrivain et ses amis niçois n'ont vu même par temps clair les côtes de la Corse.

«Nice est un pays, c'est le pays niçois. On ne dit pas le pays parisien ou marseillais.»
Patrick Besson

Durant ses deux derniers séjours en 1900 et 1901, Anton Tchekhov, le grand écrivain russe, avait choisi la petite pension Oasis, au 23, rue Gounod, où il a précédé Lénine de quelques années. «Lui aussi venait à Nice pour lire, activité hostile qui nous attire l'antipathie des sots.»

«Nice mi-provençale mi-italienne, ville de l'Est qui aurait encore du soleil l'après-midi.» C'est son privilège.

En trente ans, Besson visite trois appartements. «Si tu achètes boulevard Victor Hugo, tu vivras dans le bruit des marteaux-piqueurs pendant des années et ces murs nus n'ont pas envie de s'habiller, le cabinet médical est à l'étage au-dessous. Trop de malades franchissent les portes de l'immeuble. Comme Dieu, je les déteste. Ne pas devenir le c… qui a un appart à Nice.»

Le Vieux Nice. | Valentin Donato

Il n'a pas trouvé le moyen de ne pas se perdre dans le Vieux Nice et pense que le cours Saleya serait mieux sans les fleurs.

Après trente années passés dans la ville du regretté Louis Nucéra, romancier niçois, il avoue faire le compte de tous ces endroits qu'il ne connaît pas mais découvre que Romain Gary parle davantage des avions que de sa mère Mina dans La Promesse de l'aube, laquelle a rédigé 250 lettres posthumes avant de mourir pour que son fils la croie vivante. Anecdote vraie?

À Nice, le cours Saleya. | Nice Tourisme

Nice a été une cité refuge pour Aragon, Istrati, Nietzsche, Nabokov, Matisse et tant d'autres, mais Proust n'est jamais venu à Nice.

«Lire Proust une fois dans sa vie, ce n'est pas assez. À Nice, on n'est pas dérangé dans sa lecture. Peut-être y a-t-il eu un décret municipal? Il y a beaucoup de morts à Nice, c'est à cause de l'âge des habitants. Mourir à Nice, un projet de vie.»

Nice entre mer et montagnes enneigées. | Georges Miha

«Nice est un pays, c'est le pays niçois. On ne dit pas le pays parisien ou marseillais. Mon sentiment a été d'être toujours après mes 50 ou 100 séjours à Nizza un estranger», ajoute l'écrivain voyageur. Mais l'auteur ne s'est-il pas contenté d'être un niçois d'adoption?

Les hôtels et restaurants cités par l'auteur

Une façade gris clair qui contredit l'azur de la côte. Couloirs longs, obscurs. Trois étoiles en 1956. Non cité dans le Michelin 2021.

4, avenue des Phocéens. Tél.: 04 93 85 74 01.

Façade rococo, aucun luxe, papier peint. L'auteur y passe des années avec Gogol, le lit bougeait. Non cité dans le Michelin 2021.

19, avenue Durante. Tél.: 04 93 88 18 05.

L'auteur y va dix ans au printemps et à l'automne. Jolie chambre bleue, 100 euros la nuit. Non cité dans le Michelin 2021.

15, rue Grimaldi. Tél.: 04 93 16 00 24.

C'est le domicile de l'écrivain après le terrible attentat du 14 juillet 2016. Son île, la chambre 315: il ne voit pas la mer mais on l'entend. Buffet au petit déjeuner. Non cité dans le Michelin 2021.

12, avenue Félix Faure. Tél.: 04 92 17 53 00.

Un site admirable bâti en 1912 sur la Promenade des Anglais, l'auteur habite la chambre 412. Le couple Augier en a été le propriétaire durant des décennies; ils sont depuis décédés tous les deux. En 2020, un projet officiel d'une fondation est né afin de préserver le superbe palace convoité par de puissants investisseurs hôteliers. Pour l'heure, le Negresco reste dans son jus. Deux restaurants non cités par l'auteur, dont le Chantecler, étoilé au Michelin. Brasserie élégante, plats niçois de bonne qualité, un must dans la cité chère à Jacques Médecin, l'ancien maire qui a beaucoup fait pour sa ville ensoleillée.

37, Promenade des Anglais. Tél.: 04 93 16 64 11. Chambres de 150 à 800 euros. Plage privée.

Grosse pâtisserie blanche, quatre étoiles. Chambres d'angle recommandées. Non cité dans le Michelin 2021.

31, Promenade des Anglais. Tél.: 04 92 14 44 00.

Deux fois moins cher qu'au Negresco, à dix numéros de la Promenade, quatre étoiles quand même. Non cité dans le Michelin 2021.

27, Promenade des Anglais. Tél.: 04 92 14 86 86.

«Faux ami, il n'est pas beau et ne donne pas sur le rivage», écrit l'auteur. Obscure cour intérieure, pas de vue sur la mer.

24, rue Saint-François de Paule. Tél.: 04 92 47 82 82.

Un Centre Pompidou sans tuyaux. Hôtel de chaîne Bar au premier par l'escalier «pour un Bloody Mary un jour de pluie» écrit l'auteur.

1, Promenade des Anglais. Tél.: 04 97 03 44 44.

De style Belle Époque et le grand frère du West End. L'auteur y a vécu des jours délicieux. Dans le Michelin, Boscolo Exedra. Spa, piscine sur le toit.

12, boulevard Victor Hugo. Tél.: 04 97 03 89 89. Chambres de 160 à 850 euros.

À Nice, l'hôtel Exedra. | Exedra

Un hôtel dans l'hôtel, la poupée russe du parc hôtelier niçois. Grande terrasse au dernier étage, beau jardin, une demeure secrète dit le Michelin. Une charmante simplicité.

11, quai Rauba-Capeu. Tél.: 04 93 62 34 63. Chambres à partir de 245 euros.

Une suite avec vue sur mer à l'hôtel La Pérouse. | Hôtel Pérouse

Les tables recommandées

Brasserie à terrasse spécialisée dans les huîtres, praires et saumon fumé, tarte au citron. Recommandée par Patrick Besson. Carte à partir de 50 euros.

5, place Garibaldi. Tél.: 04 93 62 29 52.

Le meilleur japonais de Nice, sushis, sashimis et makis d'une grande fraîcheur. Non cité dans le Michelin 2021.

18, rue de la Buffa. Tél.: 04 93 88 75 88.

«La table la plus connue de Nice, théâtre à midi, cinéma le soir», écrit Besson. Le Tout Nice, le Tout Paris en goguette animés par Nicole Rubi, la reine dont les yeux voient tout. On trouve la plupart des préparations de cuisine nissarde, pissaladière aux anchois, socca, tarte aux oignons, raviolis d'anthologie. «Les plats arrivent sans qu'on les ait commandé», souligne Besson, membre du prix littéraire maison. Non citée dans le Michelin 2021, une bévue mais la propriétaire souhaite-t-elle y figurer? La célébrité de sa maison crée l'affluence et une très belle clientèle, c'est l'entre-soi niçois. On peut réserver sur la terrasse.

11, rue Saint-François de Paule. Tél.: 04 93 92 59 59.

À La Petite Maison, le pan bagnat et les petits farcis. | La Petite Maison Nice

Non citée par l'écrivain, dommage. Bistrot historique de l'ex-chef étoilé Dominique Le Stanc, cuisinier de la mémoire. Sardines farcies, pissaladière, spaghetti à la niçoise, tourte de blettes, un must absolu.

4, rue Raoul Bosio. Pas de téléphone ni de réservation. Trois fermetures par an.

Le seul restaurant deux étoiles de Nice des frères Tourteaux n'est pas cité. Récital de cuisine poissonnière. Peut-être le premier trois étoiles de Nice, cela manque aux résidents.

25, rue Gubernatis. Tél.: 04 93 62 53 95.

Patrick Besson. | Pascal Ito / Flammarion

Le meilleur de ce portrait de Nice reste le croisement habile des confidences de l'auteur, de ses obsessions, de ses manies de voyageur et l'aspect pratique de l'ouvrage: le savoir-vivre à Nice et les goûts de l'écrivain.

Voici l'itinéraire de ce Niçois d'adoption en quête du bonheur de vivre dans la ville chère à Matisse. Une lecture très plaisante et gaie avant de partir vers la Promenade des Anglais et le Vieux Nice.

Nice-Ville

Patrick Besson

Éditions Flammarion

2021

192 pages

19 euros

Bravely Default II Gambler | how to unlock the gambler class

February 28th 2021 at 11:24

How to unlock the Gambler, one of BD2's optional job classes.

2.1.1: Update dependencies

Signed-off-by: Marius David Wieschollek passwords.public@mdns.eu

L’Internet des personnes

February 28th 2021 at 10:18
By: marne

Cet article a été écrit dans le courant de l’année 2019 et participe d’un dossier réalisé pour Ritimo “Faire d’internet un monde meilleur” et publié sur leur site.

Monde connecté.

Nous vivons dans un monde connecté. Que nous le voulions ou non, nous vivons dans des sociétés construites par la réduction du coût de connexion entre les personnes, les ressources et les idées. Connecter des choses, c’est établir un lien entre celles-ci afin de transférer de l’information entre elles. Connecter des choses, c’est leur permettre de s’influencer mutuellement via la transmission de cette information. C’est permettre à ces entités de prendre en compte l’autre et d’adapter son comportement aux conditions par l’intermédiaire de boucles de rétroaction. Ces boucles de rétroactions sont des informations sur l’état du système utilisé pour adapter son comportement. Par exemple, un radiateur adapte son comportement en fonction de la consigne de température que lui fournit le thermostat, et, dans le même temps, le thermostat modifie sa consigne en fonction de la température de la pièce dans laquelle il se trouve.

L’étude de ces connexions et de leur fonctionnement est décrite par la cybernétique. Cette science analytique permet de décrire un système non pas par ses composants internes, mais par ses connexions à son environnement. La fonction, et donc la place dans le monde, d’une entité se fait par les connexions de celle-ci aux autres. C’est-à-dire que la fonction est définie par l’ensemble des connexions d’une entité. Il n’est pas possible pour un radiateur de maintenir une température de 19°C sans connexion à un système de mesure de température par exemple, et il ne peut donc pas remplir sa fonction.

Afin de simplifier ces connexions, on utilise des standards formels. Le radiateur sait qu’il n’est pas encore arrivé à température parce qu’il n’a pas reçu un signal très spécifique qui lui est adressé. Et c’est cette description des méthodes de connexion qu’on appelle un protocole. Pour que la connexion s’établisse, il faut que les parties impliquées sachent comment échanger des informations et comment décoder celles qu’elles reçoivent. Le protocole utilisé pour une connexion va donc définir les types d’informations, et la fonction des parties impliquées dans ces échanges.

Ces protocoles sont souvent empilés les uns dans les autres, afin de pouvoir multiplier les niveaux de communication et d’information. Par exemple, pour lire cet article, vous vous êtes connectés avec votre machine, utilisant un système d’affichage et d’écriture — une interface humain·e-machine, pilotée par le système d’exploitation de votre machine et qui alloue différentes ressources (affichage, mémoire interne, etc.) à votre connexion. Il établit également d’autres connexions avec les éléments matériels de votre machine — processeurs, mémoire vive, périphériques de stockages — qui sont ensuite connectés entre eux par d’autres protocoles, etc. De la même façon, votre ordinateur est également connecté par une carte réseau à un point d’accès Internet, en utilisant un protocole — avec ou sans fil (au rang desquels le Wifi, mais aussi la 4G par exemple), cet appareil est lui-même connecté à un répartiteur, connecté à un cœur de réseau, puis à un entrepôt de données, et ainsi de suite, jusqu’à ce que, de connexion en connexion, de protocoles imbriqués les uns dans les autres, vous ayez établi un lien jusqu’à cet article et qu’il puisse s’afficher sur votre écran afin que vous puissiez le lire.

Cette imbrication de protocoles permet à des appareils ayant des fonctions différentes de pouvoir travailler collectivement et former une entité plus grande qu’eux, fournissant une interface plus souple sur laquelle agir. On ne s’occupe que rarement des détails des connexions entre votre carte graphique et votre processeur par exemple, mais on sait qu’il est possible de s’en servir pour afficher n’importe quel texte ou n’importe quelle image, animée ou non, sans se soucier de respecter très strictement un protocole spécifique.

Ce travail collaboratif n’est rendu possible que parce que ces protocoles sont disponibles pour tous. N’importe qui désirant connecter quelque chose à Internet peut le faire, et ce sans demander une certification préalable. Il est même possible de ne pas respecter l’intégralité du protocole défini ou de vouloir s’attaquer à l’intégrité de ce réseau. C’est un bon moyen de ne pas se faire apprécier des autres personnes connectées à Internet, mais il est possible de le faire, car le protocole nécessaire (IP dans sa version 4 ou 6) est ouvert, documenté, standardisé, et suffisamment simple pour faire en sorte que n’importe quelle machine puisse le parler. Ce protocole IP permet de transporter des données entre deux machines connectées entre elles, en ne précisant que peu de choses sur le contenu de la donnée elle-même.

À l’inverse, le protocole HTTP, que vous avez utilisé avec votre navigateur, est un protocole plus complexe, autorisant plus de choses, mais plus sensible aux erreurs. C’est un protocole de type client-serveur, dans lequel un client demande une ressource à un serveur, serveur qui la restitue ensuite au client. HTTP ne s’occupe pas de savoir comment la donnée est transmise, c’est le rôle d’IP (et de son siamois TCP) pas le sien. Ce n’est pas non plus son rôle de mettre en page le contenu, c’est celui du navigateur qui, en utilisant le protocole (x)HTML pourra afficher correctement le texte, et créer des liens entre eux. Le standard (x)HTML a une fonction structurante et se base lui-même sur un autre protocole, appelé XML, et ainsi de suite.

Internet des cultures

Dans notre vie quotidienne, nous utilisons des protocoles de haut niveau, et relativement bien définis, pour communiquer les uns avec les autres. Les conventions sociales et culturelles, par exemple celle de serrer la main ou de s’embrasser, varient d’un endroit à l’autre. Ce sont ces conventions sociales que les parents essayent d’inculquer à leurs enfants, afin que ces derniers puissent comprendre le monde dans lequel ils grandissent. Ce sont aussi ces conventions sociales qui amènent à la structure du langage naturel, des langues que nous utilisons pour parler les uns aux autres et faire société ensemble. Ces protocoles permettent de décrire des choses beaucoup plus complexes et abstraites que ne le peuvent les systèmes numériques, mais décrivent tout autant la personne qui en fait usage. Un des exemples qui me vient en tête est le vouvoiement. C’est un protocole typiquement français que les anglo-saxons, par exemple, ne comprennent pas, et qui les amène à faire de nombreuses erreurs protocolaires, nous poussant parfois à les considérer comme malpolis. Du moins, pour les personnes reconnaissant la pertinence de ce protocole.

Notre pensée et notre langue sont inextricablement liées. Sans nécessairement chercher à résoudre qui de la langue et de la pensée arrive en premier, la langue que l’on utilise reflète notre pensée. Les protocoles que j’utilise au quotidien pour communiquer avec les autres sont définis par une part commune de nos pensées, cette partie qui constitue la culture. La connexion entre nous nous permet de partager partiellement nos pensées, et la dialectique, par exemple, est un des protocoles que l’on peut utiliser pour communiquer de manière structurée avec les autres. Cela nécessite que le champ lexical disponible, la grammaire utilisée, les éléments descriptifs des protocoles donc, limitent les pensées que l’on peut échanger. C’est toute la difficulté de la pédagogie par exemple, il faut transmettre une idée à quelqu’un qui ne la connaît pas, et donc formaliser l’échange. C’est pour cette raison que, dans de nombreux domaines, des jargons apparaissent, transcendant parfois les langues locales des personnes, afin de permettre une transmission de connaissance. C’est aussi la standardisation de la langue qui est, par exemple, au cœur des préoccupations d’Orwell lorsqu’il décrit la novlangue dans 1984. C’est une langue très appauvrie, ne contenant qu’un nombre limité de mots et de fonctions, et qui rend, de fait, coûteuse la discussion sur des sujets politiques. Comment parler de liberté si vous n’avez pas de mots pour décrire ce concept autre que penséecrime ? Il vous faudra l’expliquer avec cette langue commune, contenant peu de mots, lui associant ensuite un mot que seuls vous et votre interlocuteur·rice connaîtrez. Et il faudra recommencer à chaque fois que vous voulez expliquer votre idée à quelqu’un·e d’autre.

Contrôler la langue permet donc de contrôler les échanges entre les personnes, leurs dialogues et leur rapport au monde. La langue française a, par exemple, été ainsi standardisée par l’Académie Nationale au XVII° siècle et est, depuis, au centre de nombreux combats entre conservateurs et réformateurs, notamment sur le rôle de l’académie dans la mise en avant du genre masculin par défaut (contrairement à l’anglais par exemple, ou à de nombreuses langues) ou s’opposant à la modernisation de la langue. Il n’est d’ailleurs pas innocent que cette académie ait été créée par Richelieu afin d’étendre son influence sur la société française de l’époque.

Contrôler les protocoles de communications permet donc de contrôler l’échange d’information entre individus. C’est conscientes de ce pouvoir que les personnes qui ont participé à la création et à l’émergence d’Internet ont fait attention à créer des protocoles agnostiques, c’est à dire dont le comportement ne change pas en fonction du contenu. C’est le principe à la base de la neutralité des réseaux. C’est une neutralité idéologique — le réseau ne prend pas parti pour tel ou tel contenu —, mais pas une neutralité sociale. L’existence de réseaux interconnectés qui utilisent ces protocoles agnostiques rend possible l’échange d’une multitude d’informations, et permet donc de laisser aux personnes le contrôle sur leurs connexions avec leurs pairs. La gestion collective de ce bien commun mondial qu’est ce réseau de réseaux n’est rendue possible que parce que les protocoles utilisés, et leur ouverture, permettent à tout le monde de participer à sa gouvernance. Et le fonctionnement des organes de gouvernance dont s’est doté ce réseau obéissent aussi à des protocoles précis et détaillés, garantissant que leur contrôle ne pourra pas tomber directement entre les mains d’un seul acteur hégémonique.

Émergence des titans

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ont cependant, petit à petit, rachat par rachat, infiltré et pris le contrôle partiel de ces organes. Sous couvert d’améliorer la sécurité des personnes, de réduire la pollution ou de lutter contre la contrefaçon, ils ont transformé ces protocoles agnostiques en portail de validation et d’identification. Plus moyen d’envoyer un mail à Google sans avoir au préalable installé des protocoles ayant pour but de montrer patte blanche. Plus moyen de pouvoir poster un message sur Facebook en utilisant une application non officielle. En vendant les mythes de la performance, de la nécessité d’avoir des contenus dans des définitions supérieures à celle que peut détecter notre œil et de l’instantanéité, les GAFAM ont créé des silos étanches, auxquels on ne peut se connecter qu’en utilisant leurs protocoles.

Ces silos — ces plateformes — permettent aux GAFAM de contrôler nos connexions avec les autres, leur permettant non pas de savoir qui nous sommes, mais bel et bien de décider comment l’on pense. Cela se voit aussi bien par la suppression de certains propos politiques, tout en faisant la promotion de contenus de haine, que par l’enfermement des personnes travaillant dans cet écosystème à n’utiliser que des protocoles dont la fonction est de rendre financièrement rentable la captation des utilisateur·rices. Si j’ai un marteau en main, mes problèmes tendent à ressembler à des clous dit-on. Si j’ai en main un protocole de surveillance, de mesure et de contrôle de la pensée, alors tous mes problèmes deviennent des problèmes de quantification et d’analyse de données.

D’un ensemble vivant et évoluant sans cesse, décrit par des protocoles permettant de ne pas hiérarchiser ou classifier le contenu et les idées, nous avons une novlangue protocolaire écrite par les GAFAM et dont le seul but et de promouvoir leurs visions conservatrices et capitalistes1Okhin – La Quadrature du Net, « De la modération », 22 juil. 2019, https://www.laquadrature.net/2019/07/22/de-la-moderation/. Il ne m’est pas possible de quitter Facebook, car j’entretiens des connexions avec des personnes qui y sont, et que, de fait, je suis présent sur Facebook, sans même y avoir de compte. Il n’est pas possible de trouver une plateforme alternative, car l’on se retrouve alors avec le même problème : une plateforme qui va se retrouver en charge de choisir les connexions qu’elle effectue avec le monde, et donc de décider comment les personnes qui utilisent ses services voient le monde et se définissent. Ces plateformes alternatives, utilisant souvent une gouvernance fédérée (partagée entre les participant·es et acteurs de la plateforme), sont un premier pas intéressant, mais qui utilise toujours les outils des GAFAM : des protocoles chargés de trier le bon contenu du mauvais, en rendant obligatoire l’utilisation de contrôle d’accès par exemple, ou en favorisant les contenus largement demandés aux autres et en perpétuant la chasse aux Likes et autres Retweet.

La solution est la suppression des plateformes. Il nous faut réutiliser des protocoles agnostiques, ne requérant pas de certification préalable, permettant à n’importe quelle machine participant au réseau d’être acteur de celui-ci et non un simple consommateur de données. Ces protocoles existent déjà : ce sont tous les protocoles fonctionnant en pair-à-pair. Le protocole BitTorrent, par exemple, permet de s’échanger des fichiers sans passer par un serveur central. Avec l’avantage supplémentaire que, à chaque fois que je veux lire le contenu de ce fichier, je n’ai besoin ni d’être connecté à Internet ni de retélécharger intégralement le fichier (ce qui est le cas des plateformes de streaming par exemple). Le fonctionnement en pair-à-pair permet également de mobiliser l’ensemble des ressources des participant·es du réseau, au lieu du modèle actuel dans lequel nos machines sont passives le plus clair de leur temps.

Effectivement, la surveillance des connexions, sans plateformes par laquelle on peut passer, rend complexe et coûteuse l’observation des groupes sociaux. Mais ces systèmes en pair-à-pair permettent à chacun de pouvoir se déterminer, en fonction des liens qu’il entretient avec le monde, liens qui reviennent partiellement sous son contrôle dans un tel modèle. Cet internet des protocoles permet de pouvoir penser librement, de se définir comme on l’entend, de se documenter sur le monde pour essayer de le comprendre, sans s’inféoder aux décisions politiques et arbitraires d’entités ne rendant de compte à personne d’autre que leurs investisseurs et actionnaires.

References[+]

1 Okhin – La Quadrature du Net, « De la modération », 22 juil. 2019, https://www.laquadrature.net/2019/07/22/de-la-moderation/
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