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Before yesterdayUncategorized

Terminator – Dark fade

« Odieux, attends ! »

La voix retentit à l’instant exact où je m’apprête à franchir les portes du cinéma. Je me retourne pour faire face au vil individu qui a besoin d’une bonne leçon de vouvoiement, et découvre avec stupeur un homme roulant des yeux fous, la cravate rouge dénouée, plusieurs boutons manquant à son veston. Il me rappelle fortement quelqu’un, mais en moins bien.

« Ne rentre pas dans ce cinéma ! Je suis toi-même, revenu du futur pour te prévenir !
– De ?
– De ne pas aller voir Terminator : Dark Fate ! C’est une sombre bouse ! Tes nerfs seront mis à rude épreuve. »

J’avoue que je me déçois un peu.

« Ah bravo, c’est malin. Tu viens de créer un paradoxe.
– C’est-à-dire ?
– Eh bien, en m’empêchant de rentrer dans le cinéma et de devenir fou, je n’ai plus de raison de revenir dans le passé pour me prévenir que le film est une daube. Ce que je savais déjà un peu, note. Ce qui veut dire que… »

Je consulte ma montre et inévitablement, une voix se fait entendre tout près de nous.

« Odieux un ! Odieux deux ! Attendez ! »

Nous nous tournons pour faire face à un troisième moi-même.

« Laisse-moi deviner : tu es venu du futur prévenir l’autre moi-même qu’il ne doit pas venir me prévenir de ne pas aller au cinéma, sinon je n’irai pas et il n’y aura plus de futur où j’ai une raison de revenir dans le passé pour m’empêcher d’y aller ? Donc au final, je verrai le film quand même ? 
– C’est ça.
– Alors oui, mais par conséquent, si je voulais voir le film, mais qu’on m’en a empêché, mais que grâce à toi j’y vais quand même, je vais devenir fou et… »

Pouf. Un quatrième larron surgit à nos côtés et s’approche avec la démarche de celui qui a un message important à livrer.

« Toi, tu es venu prévenir Odieux trois que s’il nous prévient qu’il ne faut pas me prévenir de…
– Non, moi je suis juste venu vous dire que les voyages dans le temps, c’était naze et vaguement ingérable, je propose donc que l’on arrête. »

Nous l’applaudissons tous trois pour mon bon sens.  Et puisque j’ai décidé de ne pas construire de machine à voyager dans le temps, je n’ai qu’à attendre quelques secondes pour que mes clones disparaissent dans l’éther. Diego, qui tout ce temps, suait à grosses gouttes à l’idée d’avoir plusieurs patrons, soupire, soulagé, avant d’afficher un air ouvertement confus.

« Alors oui patron, mais c’est impossible. Parce que vous avez décidé de ne pas construire une machine uniquement parce que vous êtes revenu du futur pour vous prévenir, il vous faudra donc… »

Je pose une main ferme sur l’épaule de mon veule serviteur.

« Silence, Diego. Arrêtons-nous là. Sinon, je vais utiliser ma machine à abréger le futur. » dis-je une main posée sur le manche du Mauser qui dépasse de ma veste.

Et tout cela de nous rappeler, chers lecteurs, qu’il existe deux méthodes principales pour gérer le voyage temporel : la première, où l’on estime que les actes dans le passé influencent le futur, et donc le voyageur temporel qui en vient, ce qui est particulièrement complexe, et la méthode plus basique, consistant à dire que le voyageur temporel vient d’une autre ligne temporelle. Et que ce qu’il changera dans le passé n’influencera pas le futur dont il vient. Ce qui a aussi un inconvénient : cela signifie que le voyage temporel ne sert strictement à rien, puisque le futur dont part le voyageur ne sera pas altéré.

Vous voulez un exemple ?

Version 1 : Skynet, sur le point d’être vaincu par John Connor, n’a aucun intérêt à renvoyer des Terminator dans le passé tuer John, car sans lui, il n’a plus de raison de renvoyer un Terminator dans le passé le tuer.

Version 2 : Skynet, sur le point d’être vaincu par John Connor, n’a aucun intérêt à renvoyer des Terminator dans le passé tuer John, car en fait, ça modifiera une autre ligne temporelle. Donc lui, là, tout de suite, sera vaincu quand même, ça ne l’aide en rien.

Bien sûr, vous pourriez écrire une histoire où Skynet est au carrefour de lignes temporelles qu’il peut percevoir, et grâce à son gros processeur, calcule ce qu’il doit faire pour s’en tirer au mieux. Une sorte de joker permettant d’éviter les obstacles un et deux. Oui, on pourrait écrire une histoire comme cela.

Mais à la place, on a écrit Terminator : Dark Fate. Alors, bon divertissement ou jugement dernier ?

Spoilons, mes bons !


L’affiche : Quand tout, absolument tout est couleur flammes, avec une explosion géante, cela s’annonce bien.

Tout commence… avec des vieilles VHS de Sarah Connor à l’hôpital psychiatrique.

Car rappelons que fut un temps, Sarah Connor était internée. Il faut dire qu’à force de raconter à tout le monde que dans le futur, un ordinateur du nom de Skynet allait transformer l’humanité en kebab, et qu’en attendant ce jour, il renvoyait des robots tueurs dans le passé pour tuer toute la famille du futur chef de la résistance, bon. On lui a fait une paire de grosse piqûres, on lui a enfilé une jolie chemise avec les manches qui s’attachent devant, et le seul robot à qui elle avait affaire désormais, c’était le distributeur automatique de Xanax. Non parce que ses histoires, c’était bien gentil, mais à une époque où l’on estimait que le futur, c’était les disques dur de 1Go (rendez-vous compte !), son histoire d’ordinateur pouvant gérer plus de deux tâches sans ramer, ça ressemblait quand même bien à du pipeau.

Puis est arrivé Terminator 2 : Skynet a re-tenté de tuer Sarah ainsi que son fils John Connor, a re-planté l’affaire, et Sarah a pu profiter de l’occasion pour non seulement prendre la poudre d’escampette, mais aussi changer le futur pour contrecarrer les plans de Skynet. Résultat ?

« Ça c’est le futur sans Sarah Connor© », nous explique notre héroïne en voix off, alors que les images d’une terrible bataille côtière entre robots et humains se déroule devant nos yeux.

« Et ça, c’est le futur grâce à Sarah Connor© !« , nous dit Sarah alors que nous découvrons la même plage, mais paisible et baignée de soleil, où des enfants s’amusent.

Avec Sarah Connor©, zéro robot, zéro bobo !

Oh, n’y pensez pas : j’ai déposé ce slogan, vous ne m’aurez pas.

Mais revenons, justement, à ladite paisible plage.

Car nous y retrouvons justement Sarah Connor, encore relativement jeune, avec John, lui encore relativement enfant, peu après les événements de Terminator 2. Ils sont sur le point de se faire un petit cocktail pépouze, quand voici que de nulle part sort, vêtu d’un terrifiant bermuda… un autre Terminator ! On le reconnait tout de suite à ses chaussettes dans ses sandales. Et le vilain robot de dégainer un gros fusil à pompe, et de s’en servir pour faire un gros trou dans le jeune John Connor. Voilà, comme ça, on ne perd pas de temps, et toute la salle est heureuse d’enfin voir un enfant de film américain avec une coupe au bol recevoir son juste châtiment à l’écran.

En tout cas, moi, j’applaudissais en jetant des regards entendus à mes voisins.

Le Terminator, lui, consulte sa montre : il est 14h43 et il a fini sa journée de travail. Bon, eh bien c’est pas tout ça, mais il va s’en aller, hein. Sarah, furieuse, le crible de balles avec un petit pistolet, mais cela ne fait pas grand chose au robot, si ce n’est causer quelques cicatrices à sa peau synthétique, ce dont il se fout un peu tant il n’est pas conçu pour la drague (retenez ceci, vous allez voir). Il poursuit donc sa route en sifflotant, laissant Sarah aller pleurer son fils, puisqu’avec la moitié de son torse en moins, celui-ci fonctionne beaucoup moins bien maintenant. Déjà qu’il était question qu’il n’atteigne pas le CE2 vu son niveau, visiblement, il ne va même pas arriver à finir ses vacances.

« Bon ben voilà, j’avais oublié un détail : c’est que Skynet, fort prévoyant, avait par sécurité envoyé dans le passé plusieurs Terminators pour bourrer mon John. J’ai donc sauvé l’humanité, mais pas mon fils, ma bataille, le fruit de mes entrailles. Ce qui est quand même un peu naze. » nous explique Sarah, toujours en voix certes off, mais surtout bougonne.

Voilà. Terminator 1 & 2 conclus en une minute dès l’intro, ça c’est du travail sérieux. On sent qu’il y a eu un gros boulot scénaristique sur ce film.

Et puisque ce n’était que l’introduction, que diriez-vous de passer au gros du sujet ?

Alors bondissons dans le temps, pour nous rendre, de nos jours, ou plutôt de nos nuits… à Mexico.

Et plus précisément, sur un pont de la ville où se déroule un étrange phénomène : tout se met à geler. Et d’énormes éclairs commencent à jaillir de nulle part. Puis, une boule d’énergie se forme au beau milieu du tablier, désintègre un bon bout de celui-ci… et en tombe une madame toute nue qui se mange la moitié des barres d’acier installées sous le pont dans sa dégringolade, avant de s’écraser au sol comme une bouse.

La scène surprend les deux jeunes Mexicains qui au même moment, essayaient de copuler en paix sous le pont.

« Raaah, mais c’est pas vrai ! On ne peut plus baisouiller tranquille par ici ? Viens Maria, on s’en va !
– Calme-toi José, note qu’empêcher les gens de faire du sexe en leur envoyant des femmes nues, c’est quand même assez original. »

Convenons-en.

Les deux compères s’approchent tout de même du corps nu puisqu’après tout ce qu’elle vient de se manger dans la bouche, ils doutent que la damoiselle soit encore vivante.  Et pourtant : elle bouge. Elle a juste l’air complètement à l’ouest. Encore une qui ne tient pas la tequila.

« Comment a-t-elle pu survivre à ça, Maria ? Elle a caressé avec les dents la moitié des poutrelles du pont avant de faire une chute de vingt mètres !
– Elle n’est peut-être pas humaine ?
– Mais ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
– Elle a gelé la moitié du pont en arrivant : c’est peut-être la Reine des Neiges ? »

Pas bête. Hélas, nos deux amis réalisent que la coupe de cheveux fort particulière de la dame nue la rapproche plus de la conductrice de la sableuse départementale que de la reine des neiges. La magie retombe, et plus encore lorsque déboulent à toute allure des voitures de la police mexicaine venues voir de quoi il retournait, et qui tombent donc nez à nez avec deux jeunes gens en train de traîner une gringa nue et visiblement droguée. C’est le moment, je crois, de lâcher le célèbre « Ce n’est pas du tout ce que vous croyez !« , qui ne marche jamais, mais qui est toujours de bon ton dans n’importe quel film aux dialogues limités.

« Non mais vraiment ! Je vous assure M’sieur l’agent ! Moi, je voulais tranquillement couchailler avec Maria ici présente, et voilà que cette madame nous tombe dessus, déjà toute nue ! J’en ai marre, de ces gringas qui viennent faire du tourisme sexuel ! Elles pourraient demander avant de se joindre à nous ! »

La police ne l’entend pourtant pas de cette oreille, et soupçonne les jeunes gens d’être des kidnappeurs. Maria et José vont donc se faire embarquer, lorsque, oh ! La dame nue reprend ses esprits, et avec une vitesse bluffante, éclate le nez de tous les policiers du secteur, les laissant tous sur le carreau. Ses deux amis mexicains n’en croient pas leurs yeux.

« Wouaw ! Heureusement que vous étiez là, sans vous, nous aurions eu de gros ennuis ! » s’exclame José.

Que ? Quoi ? José, tu as suivi le film ? Si elle n’avait pas été là, à l’heure actuelle, tu serais en train de faire l’hélicoptère indien avec Maria en poussant des grognements rigolos. Mais à la place, tu es désormais au milieu de policiers qui ont le groin en sang et qui savent que tu as quelque chose à faire avec cette histoire. Serais-tu un peu con, à tout hasard ?

Toujours est-il que José change vite de ton malgré tout, car la jeune femme qu’ils viennent d’aider l’oblige à lui donner ses vêtements. Puisqu’elle est plus taillée comme un José que comme une Maria. Cela fait, elle prend leur voiture, histoire de bien les remercier comme il se doit de leur aide, et se barrer. Je crois qu’il manque juste le passage où elle leur fait un doigt par la fenêtre en partant.

Laissons donc notre amie disparaître dans la nuit, et attendons que le matin se lève pour nous rendre non loin de là.

Et trouver Daniela « Dani » Ramos, une jeune ouvrière mexicaine qui est évidemment super gentille, comme tous les habitants de son quartier miteux, selon le bon vieux principe des scénaristes paresseux qui veulent éviter les ennuis sur Twitter : « Tous les pauvres sont des gens sympas« . Ainsi, elle achète le petit-déjeuner pour toute sa famille, les médicaments pour son vieux papa, et se rend à l’appartement familial où règne une ambiance chaleureuse. Puis, avec son frère Diego, tous deux se rendent au travail.

Diego : un excellent prénom pour un personnage dont l’on se soucie peu, si vous me permettez.

D’ailleurs, j’ai un peu soif : tu iras me chercher un brandy, mon bon, le carafon du salon est vide.

Que disais-je ? Ah oui, le travail : Dani et Diego se rendent donc à l’usine locale, où ils découvrent, scandalisés, que le poste de Diego a été… remplacé par une machine.

Diego, qui a lui-même l’air d’avoir compris qu’il ne ferait pas long feu vu son rôle.

« Comment ? On nous remplace par des machines ? Alors ça !
– Du calme, Dani. Ce n’est pas très crédible.
– Quoi ? De jouer une ouvrière de 2019 qui a l’air de n’avoir jamais entendu parler d’automatisation de sa vie alors qu’elle bosse dans une usine moderne ?
– Aussi, mais surtout, tu ne trouves pas étonnant que l’on ne soit pas au courant ? Du genre hier, en quittant mon poste, elle n’était pas là, cette machine, et ce matin, pouf, je suis remplacé ? Façon « Oh non, c’est encore un coup de ces maudits ninjas qui viennent monter des machines en douce la nuit venue » ?
– Tu as raison.
– Ah oui ?
– Oui. Je vais aller demander à notre supérieur qui est le con qui a laissé les vasistas ouverts cette nuit, ça permet aux ninjas monteurs de machines de rentrer la nuit venue. »

Hmmm. Vous savez quoi ? Retournons plutôt dans l’immeuble de Dani, car il s’y passe des choses peu banales : éclair, gel, boule d’énergie, et paf, mec à poil qui tombe du ciel, juste devant une des voisine des de Dani.

« Mais ? Bordel, c’est quoi tous ces personnages nus qui apparaissent dix mètres au-dessus du niveau du sol voire juste en-dessous quand il s’agit d’un pont lorsqu’ils se téléportent ?
– Pardon madame. Notre machine a été codée par les mecs de Ghost Recon.
– Tout s’explique. Quoique non, pourquoi êtes-vous tout nu ? »

Et l’homme à poil, qui a l’avantage d’être typé comme un local, de soudain faire apparaître sur lui des vêtements. Car vous l’aurez compris : c’est un Terminator. Et comme dans Terminator 2, il est en partie composé de métal liquide lui permettant d’imiter n’importe quoi, sauf, bien sûr, ce que porte Cristina Cordula parce que bon, faut pas déconner quand même. Le phénomène n’en choque pas moins la dame, qui lui hurle « Mais pourquoi vous n’avez pas juste piqué des fringues sur le fil à linge à côté de vous ? » pendant qu’il se rend à l’appartement de Dani, et n’y trouve que son père. Qui s’étonne de voir un jeune homme prétendant être son ami se pointer à l’heure où elle bosse, et surtout, en l’appelant « Daniela » au lieu de « Dani ».

Autant vous dire que le Terminator étant grillé, il retourne la politesse au vieux monsieur. Et décide, puisque Dani est à l’usine, d’aller y rendre une petite visite sous les traits de son papounet fraîchement décédé. Oui : il est taquin.

Mais sur place, une autre personne vient d’arriver : c’est la jeune femme du futur ! Qui elle, pour s’infiltrer, est obligée de nous rejouer les plus grandes scènes de Hitman, par exemple, en assommant des gardes de l’usine en douce avant de leur piquer leur tenue. Et évidemment, personne ne remarque quoi dans le personnel de l’usine, du genre « Salut Raoul ! Alors, on s’est rasé la moustache et on a changé de sexe et de couleur ? Allez, à tout à l’heure à la cantoche !« . Non, vraiment, les gens ayant déjà joué à Hitman verront de quoi je parle.

C’est donc autour du poste fraîchement automatisé de ce pauvre Diego que tout le monde va se rencontrer.

Ainsi, le jeune homme est très étonné de voir son père débarquer à l’usine avec à la main, une boîte à goûter. Et expliquer que justement, il apporte les tacos que ses enfants avaient oublié à la maison. Diego sourcille : que nenni ! Jamais il n’aurait oublié ses tacos ! Plutôt mourir ! Ne serait-ce pas plutôt le vieux qui aurait oublié ses pilules ?

« Bon, concernant les ninjas, j’ai dit au patron d’installer des tapettes la nuit et… Papa ? Que fais-tu ici ? »

Zut ! C’est Dani qui revient du bureau du patron pile à ce moment-là. Et est fort surprise lorsque son pater commence à faire des trucs bizarres, comme transformer la boîte à goûter en métal liquide, puis en pistolet, et lève l’arme en direction de sa fille. Oui, vous avez bien deviné : c’est le Terminator camouflé, et surtout, il fait tout leeeenteeeement façon « HOLALA JE VAIS TIREEEER ATTENTIOOOOOON ! QUE PERSONNEUH NE M’EN EMPÊCHEUH ! »

Et, vous ne vous y attendiez pas j’en suis sûr, avant qu’il ne puisse tirer, il ramasse des coups de fusil à pompe dans la bouche, et se retrouve projeté au sol sous les impacts.

On découvre alors que, s’il-vous-plaît, ce n’est pas n’importe quel Terminator : c’est un Terminator en métal classique bien solide avec seulement un enrobage en métal liquide. Une sorte Mon chéri robotique, si vous préférez. Sauf que la cerise veut votre mort.

Vous devinez aussi, fort justement, que c’est l’autre voyageuse temporelle déguisée en garde qui a ouvert le feu sur le vilain Terminator. Elle attrape aussitôt la main de Dani qui ne comprend pas bien ce qu’il se passe. Certes, d’accord, son père par terre laisse voir au travers de ses blessures un étrange squelette métallique. Mais bon, c’est p’têt’ sa prothèse de hanche, se dit Dani ?

« Viens avec moi si tu veux vivre ! » lui lance la femme déguisée en garde pour changer de sujet.

Dani cligne des yeux.

« Aaaaattendez. D’où vous me parlez en anglais ? Je suis une pauvre ouvrière mexicaine, vous croyez qu’on parle tous couramment la langue des gringos ?
– Ah merde. Oui, flûte heu… VINO CONMIGO SI TE GUSTA LA VIVIDA MUCHO »

Notons que l’on a beau voyager dans le temps, ça ne permet pas de rattraper ses années à glander en cours d’espagnol.

Mais non, rassurez-vous : par un incroyable hasard, il se trouve que Dani est parfaitement bilingue. Sa nouvelle amie peut donc la tirer par le bras hors de l’usine, en lui disant que le mec qu’elle vient de fusiller à bout portant n’était pas son père (le fait que ce soit un robot blindé aux yeux rouges aidant un peu). Diego les suit, et tous trois grimpent dans une voiture pour filer d’ici à toute allure.

Comme toujours, les autres ouvriers, ainsi que la sécurité de l’usine, se sont tous téléportés entre deux scènes pour ne pas déranger. Ils sont comme ça. Sympas.

Dans la voiture des fuyards, la conductrice s’explique promptement.

« Je m’appelle Grace ! Je viens du futur pour te sauver les miches, Dani. Ton père est mort, tué par cette machine qui a pris son apparence. Et maintenant, il veut te tuer, toi !
– Mais pourquoi moi ?
– PARCE QU’IL EST MÉCHANT ! »

C’est, peu ou prou, la seule explication que Grace donne. Sans compter qu’elle est bien vite interrompue par le Terminator qui a volé… un camion de chantier. Et poursuit nos héros avec jusqu’à l’autoroute, ce qui occasionne quantité de carambolages, de morts, de tirs entre les véhicules, et de cascades que nous passerons parce que par écrit, « Cracaboum vroum« , ça rend moins bien. On retiendra de tout cela que le Terminator a surtout un pouvoir intéressant : il peut détacher sa partie en métal liquide de son squelette en acier. Faisant qu’il peut techniquement se dédoubler : durant la course poursuite, il laisse ainsi son squelette conduire le camion, pendant que le reste de lui-même part à l’attaque du véhicule de nos héros.

Voici le Terminator, avec ici sa chair en métal liquide d’un côté et derrière son squelette blindé de l’autre. Personnellement, j’aurais remplacé le squelette par un autre Terminator en métal liquide plus petit. Lui-même en contenant un autre, plus petit, etc. Des sortes de matriochkitors, si vous voulez.

Bon, ça c’est ce que le film veut que vous reteniez. Parce que personnellement, je retiens autre chose :

TOUT À L’HEURE TU AS TRANSFORMÉ TON CORPS EN FLINGUE, POURQUOI NE RECOMMENCES-TU PAS ?

Ah, le syndrome du méchant qui a un pouvoir super pratique qu’il n’utilisera plus jamais du film juste pour souligner l’incohérence. Vous vous souvenez de X-Men : Apocalypse où le méchant peut transformer ses ennemis en sable par la pensée, mais affronte les héros uniquement avec ses poings pour ne surtout pas gagner ? Là, c’est pareil : notre larron en métal liquide passe son temps à transformer ses bras en… poignards et à tenter de planter Dani.

Je ne sais pas. Peut-être qu’il a un succès Steam s’il l’élimine avec un couteau, allez savoir.

Le résultat, c’est que le méchant fait plus de trous dans le pare-brise de son camion (pour en sortir) et dans celui de ses ennemis (pour essayer de poignarder sa cible) que dans Dani. Jusqu’à ce qu’il finisse évidemment dans un carambolage qui provoque une grosse explosion. Qui ne le tue pourtant pas (on a encore plus d’une heure trente de film devant nous, merci), mais par contre, souffle le véhicule de nos héros, l’accidente, et dans l’affaire, Diego meurt un peu.

C’est ça, d’avoir un nom de second, eh.

Dani et Grace se retrouvent donc au beau milieu de l’autoroute à pied, alors qu’arrive face à elle le Terminator, qui s’est donc dédoublé en laissant son squelette arriver d’un côté et lui de l’autre. Que vont en penser les 500 témoins dans les voitures à l’arrêt tout autour ? Vont-ils disparaître entre deux plans ? Comment avez-vous deviné ? Et surtout, la partie est-elle perdue ?

Je viens de vous dire qu’il restait une heure trente de film, non ?

C’est donc à ce moment précis qu’un autre véhicule arrive en dérapant et qu’en sort une mamie avec un bazooka sur l’épaule (c’est typiques des vieilles dames) : SARAH CONNOR.

Sarah Connor, qui est évidemment devenue une caricature de personnage cool : grosses lunettes de soleil, pas une seule expression au moment d’envoyer des roquettes et des grenades sur ses adversaires, et quand il y a une grosse explosion suite à tout cela, elle y tourne le dos façon « Déjà vu. » On peut donc le dire : Sarah Connor est ridicule. Mais admettons qu’elle est efficace, puisque ses armes de gros calibres envoient vertement paître le Terminator et son squelette, et elle s’en va pour les achever lorsque…

Grace et Dani lui volent sa voiture pour reprendre leur fuite.

Ah, sympa ! D’ailleurs, Sarah est si contrariée de cette attitude pas très reconnaissante qu’elle en oublie d’aller finir ses adversaires, et que lesdits adversaires n’en finissent pas non plus avec Sarah Connor, grâce à un changement de scène qui tombe pile au bon moment. Du grand cinéma, vraiment. C’est tout de même un peu consternant de voir ce genre de ficelles dignes d’un court-métrage de lycéens, surtout dans un film à 185 millions de dollars.

Mais dois-je vraiment être étonné ?

Retournons plutôt voir comment les choses se passent pour Grace et Dani à bord de la voiture volée. Et franchement, ça ne va pas fort, puisque Grace commence à avoir de la fièvre et à ne plus pouvoir tenir le volant. Obligeant Dani, qui n’a jamais conduit une voiture de sa vie (elle a eu des cours intensifs d’anglais, mais pas le permis, donc, les ouvrières mexicaines ont leurs priorités), à prendre sa place. Mais après moult kilomètres, l’état de Grace s’aggrave, et elle est obligée de s’allonger à l’arrière de la voiture à claquer des dents.

« Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? C’est la bouffe locale, c’est ça ? 
– Non Dani… c’est parce que j’ai des augmentations… pour être capable d’affronter un Terminator, dans le futur, j’ai été modifiée. 
– Oh ! Comment donc ?
– Eh bien par exemple, j’ai des réflexes câblés qui me donnent +2D6 sur tous mes jets d’initiative, une interface d’arme dans mes yeux cybernétiques, et bien sûr, une armure dermale +2 qui…
– Non mais je m’en fous de ton cosplay de Shadowrun. Quel rapport entre tes augmentations et ta soudaine gastro ?
– Mes implants sont conçus pour me donner un boost puissant, mais temporaire. Après, j’ai besoin de tout plein de trucs pour me recharger. Des trucs chimiques. »

Dani hésite un peu, quand même. D’un côté, elle peut aller dans une pharmacie voir s’ils n’auraient pas ce dont Grace a besoin. De l’autre, elle pourrait aussi abandonner Dani sur une aire d’autoroute façon petit chien sur la route des vacances, et aller voir la police et lui demander de l’aide.

« Non… pas la police… ils ne peuvent rien contre un Terminator… » dit Grace, poussant Dani à choisir l’option pharmacie histoire de recharger les batteries de son garde du corps.

Alors que personnellement, j’aurais fait plus simple : je me serais simplement arrêté pour dire au premier passant venu qu’un certain Terminator avait dit « El Chapo est une lopette et la Vierge Marie suce des trucs pas clairs en enfer ». Avec ça, l’espérance de vie d’un Terminator au Mexique est réduite à environ treize minutes. On retrouvera juste de la drogue coupée au métal liquide durant quelques mois, mais on n’entendra plus jamais parler du larron.

Dani, moins joueuse, fait donc étape dans une petite bourgade en bord d’autoroute pour se rendre dans une pharmacie où Grace la suit, tenant à peine debout, et n’ayant pas le temps de montrer une ordonnance pour réclamer ses médicaments. Mais bon, c’est lorsqu’on lui propose de recharger ses batteries avec de l’homéopathie qu’elle sent qu’on se fout un peu de sa gueule et sort un pétard, braque comme elle le peut les braves tenanciers, et s’en va se servir en divers médicaments et seringues dans l’arrière boutique. Elle se vautre un peu en sortant, mais tombe peu ou prou dans les bras de… Sarah Connor !

« Alors les petits cons ? On vole la voiture de mamie qui était venue vous sauver les miches ?
– Mais ? Qui êtes vous, vieille madame ? Et comment avez-vous réussi à nous suivre jusqu’ici ?
– On va dire que grâce à mes pouvoirs de mémé hackeuse, j’ai réussi à pister le téléphone de Dani. Que je vais éclater pour que ça ne donne des idées à d’autres. Maintenant, ça suffit les questions, tas d’andouilles. Montez dans la voiture, on doit filer. Suivez-vous si vous voulez v…
– Non mais c’est chiant, en fait, arrêtez de dire ça. Caser des phrases tirées des autres films partout, ça fait fan service casé au forceps, on dirait du Star Wars. »

Dur.

Et la fine équipe de monter dans la voiture que Sarah a elle aussi probablement volée à quelqu’un pour les suivre, mais comme ce quelqu’un s’appelle probablement Jean-Jacques, on s’en fout.

À bord, c’est le moment de la grosse explication, pendant qu’à l’arrière, Grace est toujours en train de se remettre de ses mésaventures.

« Mais qui êtes-vous, mémé ?
– Je m’appelle Sarah Connor. Il y a des années, j’ai été visée, comme toi, par un Terminator. Il voulait me tuer pour empêcher la naissance de mon fils, John Connor. Tout ce petit monde était envoyé par Skynet, une intelligence artificielle qui dans le futur, tente d’éradiquer les humains. Grâce à moi, nous avons repoussé l’apocalypse. Sauvé des milliards de gens. Mais mon fils a fini par être tué. Alors maintenant, si on veut te tuer, tu peux parier que c’est parce que tu es la mère de celui qui mènera la résistance à Skynet à la place de John. Pas vraie madame derrière que c’est ça ?
– Grrggnnn… mrrrrgn…
– Holala, elle va vraiment mal, la fille du futur.
– Grrgnn… bordel, pourquoi ils n’avaient…. ce dont j’avais besoin… qu’en suppositoires ? Rrrbbmml… sacrebleu…
– Oh, on te parle !
– Du calme, Madame Connor. Moi, je m’appelle Grace et je viens du futur. Et votre Skynet, là, désolé de vous décevoir, mais jamais entendu parler.
– Ah ?
– Non, par contre, il y a une super intelligence artificielle nommée Légion qui essaie de tous nous tuer et envoie des Terminator dans le passé pour tuer Dani. Rien à voir, vous voyez.
– Ah oui, grosse différence : l’IA a changé de nom. Eh ben je suis contente d’avoir perdu mon fils pour changer une ligne d’un fichier texte, moi.
– C’est pour cela que j’ai été envoyée dans le passé : pour sauver Dani. Et c’est toujours pour cela que j’ai subi des augmentations : pour être à la hauteur.
– Oui enfin tes augmentations qui te permettent de combattre trois minutes avant d’être hors de combat, c’est quand même un peu naze. Non parce que j’ai vu le début du film : tu es arrivée, a tiré sur le Terminator par surprise, et donc, en fait, même avec l’avantage, tu ne peux pas le tuer. Donc en fait, tes augmentations te permettent juste de faire du rien, avant de devenir complètement inutile pour aider à mettre Dani en sécurité.
– Ça va hein ! Moi, c’est pas ça que j’avais demandé comme augmentations ! Non parce que maintenant, je peux faire des sauts de trois mètres de haut, mais toujours pas remplir un bonnet B ! Mais ce n’est pas le sujet : dites-voir Madame Connor, comment diable avez-vous su que nous serions à cet endroit de l’autoroute aujourd’hui, et plus encore, aux prises avec un Terminator ? »

Et là, accrochez-vous parce que là, nous entrons dans le moment où un scénariste s’est assis sur son clavier et a gardé le résultat.

« Eh bien je le savais parce que voyez-vous, depuis la mort de mon fils, je reçois parfois d’étranges textos. Qui me donnent le lieu et l’heure d’une arrivée de Terminator dans le passé. Et qui s’achèvent par « Pour John ». Ainsi qu’un smiley caca, mais passons. J’ai passé ma vie à me rendre à ces coordonnées, à tuer le Terminator au moment où il arrive, et à repartir. Et donc, j’ai reçu récemment la nouvelle de deux arrivées à Mexico, le même jour. C’est comme cela que je suis venue ici et que je vous ai trouvés.
– Mais… c’est pas logique du tout !
– Quoi, les textos anonymes ?
– Ça, passe encore ! Mais surtout : vous ne nous avez pas du tout trouvés à l’endroit où nous sommes arrivés ! Vous nous avez trouvé sur un coin d’autoroute où nous même n’avions pas prévus d’être, après un passage dans une usine que vous ne pouviez pas connaître !
– Vous voulez dire qu’en fait, ma présence ici est juste une énorme incohérence ? »

Sarah se promène toujours avec des armes pourtant incapables de tuer un Terminator, sinon le film s’arrêterait là.

Voilà. Ça, déjà, c’est relativement énorme en soi, puisque le film n’arriver pas à justifier la présence de l’un des personnages principaux. Mais surtout, il n’y a pas un truc qui vous choque un peu plus ?

Sarah a reçu le signal… de deux arrivées de voyageurs temporels. Donc, le Terminator et Grace. Or, non seulement Grace est gentille, mais dans Terminator 2, le Terminator était justement lui aussi sympa ! Ce qui veut dire que depuis des années… Sarah Connor ventile au lance-roquettes tous les gens qui débarquent du futur sans même leur demander ce qu’ils font là ! L’équivalent de minute men américains, saveur spatio-temporelle : « On aime pas trop les gens du futur, par chez nous ! Tu vas r’tourner d’où qu’tu viens, estranger ! » Ce qui signifie aussi que…

Pendant ce temps, dans le futur.

« Les mecs, je comprends pas : c’est le cinquième candidat qu’on envoie dans le passé prévenir de l’arrivée de Légion et qui se fait exploser par une vieille folle !
– Ouais, je sais. Moi l’autre jour, pareil, je renvoie dans le passé un type avec le remède contre la super-grippe de 2039 et paf, plus de nouvelles, et les gens meurent toujours.
– Je ne sais pas qui est cette vieille, mais à mon avis, elle bosse pour l’ennemi ! »

Voilà : Sarah Connor n’a donc non seulement aucune raison d’être là, mais en plus, son personnage est complètement neuneu, et si ça se trouve, joue contre son propre camp depuis des années. C’est fabuleux. Comment ruiner un personnage en un rien de temps. Dois-je rappeler que James Cameron s’est impliqué très fort dans l’écriture du film ? Je crois qu’il est temps d’aller l’installer dans la même maison de retraite que Ridley Scott. Vous savez, celle où on met le chauffage à fond en espérant qu’ils sèchent.

Mais attendez, nous n’en sommes pas au bout des choix d’écriture foireux. Ooooh, que non, jeunes ingénus.

Car la fine équipe finit par arriver dans une ferme isolée qui sert de planque à Sarah, puisque celle-ci vit désormais loin des Etats-Unis où elle est recherchée. L’occasion pour notre mamie préférée d’aider Grace à se remettre sur pied, même si les deux femmes se détestent ouvertement. Grace pense que Sarah est une vieille reloue qui se mêle de ce qui ne la regarde pas (c’est intelligent, comme position), et Sarah pense probablement que Grace est une lesbienne saveur camion, et gratte nerveusement le t-shirt Manif Pour Tous qu’elle porte sous son gilet pare-balles.

Mais c’est aussi le moment de parler d’une information cruciale : Grace insiste pour demander si Sarah ignore vraiment qui lui envoie ces textos. Et Sarah de dire qu’elle a réussi à vaguement localiser l’origine dans un coin du Texas, mais sans plus. Et Grace de s’exclamer :

« Attendez ! Ça ne peut pas être une coïncidence ! Car mon chef m’a dit qu’en cas de souci, c’est justement dans un endroit situé dans la même zone que je devais aller trouver de l’aide ! 
– Oh ! Tu aurais les coordonnées de cet endroit super secret que le Terminator ne doit surtout pas découvrir ?
– Oui… »

Attention… attention accrochez-vous…

« … mon chef me l’a tatoué sur le bide, regardez ! »

C’est à ce moment précis que j’ai poussé un grognement tel que la fourrière a inspecté deux fois la salle de cinéma à la recherche de l’animal exotique en liberté qui y rôdait. Non parce que vraiment, les gars, vous TATOUEZ les informations super confidentielles que l’ennemi ne doit pas trouver directement sur les soldats que vous lui mettez en face ? Mais bordel ? Et comment est-elle supposée lire sur son propre bide ? Même une collégienne qui écrit sur sa main est plus subtile !

C’est extraordinaire. C’est nul à un point que même moi, je n’attendais pas.

« Bon, eh bien voilà qui est très intelligent. Donc, que diriez-vous que nous allions tous là-bas voir de quoi il retourne ?
– Vous avez raison, Sarah.
– Je suis sûr que tout va bien se passer : moi, je suis une fugitive recherchée dans tous les Etats-Unis, aucune de vous deux n’a de papiers, et nous devons passer l’une des frontières les plus contrôlées au monde, le tout avec des coordonnées secrètes tatouées sur l’une d’entre nous. »

Un excellent plan, en effet. Et sinon, juste partir vous planquer ? Non ? D’accord, soit, faisons comme ça.

Cela tombe bien, puisque Dani, comme tous les Mexicains, c’est connu, a un oncle qui fait le passeur sur la frontière. Il n’y a donc qu’à aller le voir. Et à lui expliquer que Dani et ses amies ont besoin de passer la frontière en vitesse, car elles sont poursuivies par un robot du futur, mais ça va parce qu’elles ont avec elles Grace, qui est augmentée au point de pouvoir faire des trucs inutiles comme, par exemple, couper en deux une mouche en plein vol dans le sens de la longueur. Tu veux bien montrer à tonton, Grace ?

Et Grace de faire une démonstration. Non, vraiment. Je ne blague pas.

« Écoutez, votre histoire me paraissait complètement conne, mais maintenant que je vois que votre amie sait découper les mouches, cela change tout : okay, je vous aide. »

Lui filer du pognon eut été bien moins crédible scénaristiquement, vous l’imaginez bien.

Tout ce petit monde équipe donc son sac à dos, attrape sa gourde Minnie et lace ses chaussures de randonnée pour passer la frontière.

Sauf que ce qu’ils ignorent, c’est que pendant ce temps, le Terminator a utilisé ses grands pouvoir de machine pour se connecter à tout un tas de trucs et de machins, et grâce à notre monde fort connecté, il a retrouvé la trace de nos amis (et a failli perdre la raison en découvrant l’historique internet de Dani). Et compris qu’ils allaient tenter de passer la frontière. Et même, parce qu’il est très fort, il a deviné où. Ne lui reste donc plus qu’à prendre l’apparence d’une opératrice de drones travaillant pour les garde-frontières et à retrouver nos amis pour signaler à la maréchaussée qu’il y a une bande de sans-papiers qui tente d’entrer dans le pays, qu’il s’agit de gens super dangereux, qu’ils vont voler le travail des bons américains, manger des bébés et bien évidemment, cuisiner de la friture en écoutant La Cucaracha très fort. Monstres !

C’est plus qu’il n’en faut pour exciter tout ce qui porte l’uniforme à la frontière, et en un rien de temps, voici que toute la police américaine tombe sur nos amis.

Et faites bien attention, car le Terminator va faire le seul truc intelligent du film pour tenter de tuer son adversaire facilement : sitôt que Dani & co sont menottés, il fait plonger son drone sur eux pour tenter de voir qui gagne entre le front mou de Dani et un drone tombant du ciel lors d’un choc direct. Bon, il aurait pu le faire depuis le début, mais on va dire qu’il a du lag. Car sinon, c’est un plan qui semble relativement efficace.

Hélas pour lui, Grace et ses réflexes câblés réagissent promptement et poussent Dani en sécurité au dernier moment, alors que le drone s’écrase au milieu des policiers un peu étonnés de se recevoir l’équivalent d’un missile dans la truffe. Les histoires d’immigration, ça devient vraiment n’importe quoi. Grace, dans l’affaire, sent tout de même un peu le grillé, et a des bouts de drone plantés un peu partout dans sa personne. Non, ne soyez pas trop enthousiastes : elle vit encore. Eh oui. Moi aussi, j’en suis désolé.

Toujours est-il que toute l’équipe est envoyée dans un centre de rétention où tout y est pour souligner à quel point l’écriture est profonde : tous les migrants sont obligatoirement gentils (puisqu’ils sont pauvres, suivez !), tous les fonctionnaires sur place sont obligatoirement méchants (ils bossent sur une frontière, ils sont donc forcément crypto-nazis), et il ne manque qu’un poster « Vous avez vu ? On critique Trump ! » pour aller avec toute la subtilité de cette scène. Dani, qui est décidément fort rusée, tente d’expliquer sa situation aux garde-frontières, ce qui implique un passage avec un robot tueur du futur qui n’aide pas vraiment à la croire. Elle ne reçoit donc des agents d’état que moqueries et rires cruels. C’est vil.

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense déjà savoir que tous ces vilains agents frontaliers vont mourir très vite.

Et ça ne manque pas puisque le Terminator profite du fait que tout le monde soit en cage à l’attendre paisiblement pour venir achever sa mission sur place. C’est donc avec un bel uniforme de la police des frontières qu’il se présente à l’entrée, demande où il peut trouver les nouveaux arrivants, et se prépare à tuer Dani avant qu’elle ne puisse remplir ses papiers de demandeuse d’asile.

Mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Car Grace, qui de son côté je vous le rappelle avait un peu morflé lors de l’affaire du drone kamikaze, a été emmenée à l’infirmerie du centre de détention. Où les médecins constatent que c’est la plus grosse mule qu’ils ont jamais vu : elle transporte des tonnes d’objets suspects dans son corps ! Pas seulement des bouts de drone : elle a aussi plein d’implants bizarres ! Qu’elle n’est donc pas leur surprise lorsque la grande blessée se redresse d’un coup, tabasse tout ce petit monde, et se rue vers la seule personne encore consciente dans la pièce, une pauvre garde terrorisée :

« Toi ! Vilaine ! Dis-moi où sont les prisonniers ?
– Ici, on ne dit pas prisonniers, on dit des détenus en rétenti… »

C’est le vrai dialogue : la gardienne corrige la nana qui menace de la tuer. Hihihihi, elle est bêêêêête ! Je suis impressionné par ce film qui n’hésite pas à dire que les policiers sont bêtes, que les pauvres sont gentils et solidaires, et que Trump est méchant. Tant de courage et d’audace, on se croirait presque dans une bédé française.

Le Terminator passera d’ailleurs la plupart du film avec la tenue de pilote de drones des services anti-immigration histoire de bien rappeler subtilement qu’il est méchant.

Grace insiste donc :

« Bon, ils sont où ?
– Prenez à droite, au fond du couloir.
– Parfait ! Et maintenant MANGE MA MAIN DANS LA GUEULE ! »

Pour avoir arrêté ses amis ? Pour les avoir mis en danger de mort ? Pour avoir créé une situation qui risque de modifier le futur de manière dangereuse ? Nenni. Car Grace s’exclame :

« Ça, c’est pour avoir regardé mes parties intimes sans mon consentement ! »

Car comme c’est un personnage féminin, forcément, il ne peut s’exprimer que comme cela. D’ailleurs, mesdames, je suis sûr que lorsque vous survivez à une explosion et qu’on vous emmène voir le chirurgien le plus proche, votre principal problème est de savoir que le chirurgien n’a pas demandé votre avis avant de vous voir toute nue pour vous retirer les shrapnels du cuir. Ah, les personnages féminins des mauvais films modernes. Hmmm. Cette petite odeur de militantisme marketing qu’on ne peut s’empêcher de leur coller, c’est savoureux.

Il n’empêche que Grace est libre, et peut donc aller sauver ses amis en créant un certain chaos dans tout le centre de rétention, tout bêtement en libérant les prisonniers. C’est donc une émeute générale qui éclate, et qui permet à notre camarade de libérer ses compagnons, tout en ralentissant sérieusement le Terminator dans la panique. Et… ça alors ! Tous les policiers du centre qui avaient ri au nez de Dani sont tués par le robot dans l’affaire !

OH BEN ÇA ALORS !

À noter que pour d’obscures raisons, les policiers tirent peu sur le mec qui a des lames à la place des mains et qui plante tout ce qui bouge pour se frayer un chemin, y compris en charcutant des fonctionnaires du cru. Par contre, ils lui sautent dessus en grappes, probablement pour le tuer façon abeilles contre frelon asiatique : s’ils sont suffisamment dessus, ça devrait faire surchauffer le bousin et il mourra.

Hélas, la technique de l’abeille marche peu, et le Terminator reprend sa poursuite… pour manquer de peu ses cibles au moment où elles s’enfuient avec un hélicoptère volé.

À bord, cependant, Grace engueule Dani qui a demandé à ne pas décoller tant que Sarah n’était pas à bord, ce qui a failli tuer tout le monde.

« Écoute, Sarah, on s’en cogne, en fait !
– Mais Grace, c’est une vieille dame ! Elle n’a déjà plus beaucoup de temps à vivre, on peut au moins être sympa ! Et puis laisse-lui ta place assise dans l’hélico, steuplé.
– Non, Dani. Grace a raison.
– Sarah ? Que dis-tu ?
– Je dis que j’ai été à ta place, et que Grace a raison : moi, je peux mourir. Mais pas toi. Car tu dois donner naissance à…
– Apapap !
– Grace ? Pourquoi l’interromps-tu, elle te donnait raison ?
– Parce que j’ai gardé cette information jusqu’ici mais… tu ne vas pas donner naissance au futur leader de la résistance à Légion. Tu ES le leader ! »

Sarah est donc perplexe.

« Vous voulez dire… que Dani ne va pas donner naissance au remplaçant de John ? Elle est John ?
– Non, moi je suis mexicaine. Les jaunes, c’est… »

Hop. J’arrête cette blague ici, je la roule, je l’envoie à Radio Courtoisie et on reprend.

« …etits kikis.
– Je crois que quelqu’un a repris le fil de ce dialogue trop vite, Sarah. Mais oui : Dani est la future patronne de la Résistance. Laissez-moi vous illustrer ça avec un flasback du futur…
– Non ! Pas un flashforward ! »

Et nous autres spectateurs de découvrir l’histoire complète de Grace, qui était jusqu’ici apparue par de brefs flashs incomplets que j’ai préféré vous passer tant ils n’apportaient rien.

Grace n’était encore qu’une enfant quand le feu nucléaire a réglé le problème de la surpopulation, de la pollution et le cas de Greta Thunberg d’un seul coup. Elle a donc grandi dans les ruines, et son père a été tué pour une pauvre boîte de conserves tant les humains n’avaient plus rien à se mettre sous la dent. Un jour, elle-même a été braquée par des margoulins, lorsqu’est arrivée pour la sauver… Dani ! Qui avec de grands discours bien foireux sur le pouvoir de l’amitié et de la volonté, avait réussi à monter une milice, bientôt devenue une armée pour résister à Légion. Par la suite, c’est donc sous ses ordres que Grace a servi dans l’armée, jusqu’à une bataille où elle a eu bobo, mais où cela a été la bonne occasion de lui mettre des implants pour devenir super balaise, mais pas plus de trois minutes.

« … jusqu’à aujourd’hui. Alors ? Elle est pas cool mon histoire ?
– Zzzzz…
– Ouais, c’est ça, faites semblant de dormir, bande d’enflures ! Allez, maintenant que l’on a un hélicoptère, je nous emmène aux coordonnées où nous devions aller. Alors, qu’est-ce qui est écrit sur mon bidou, voyons voir… »

Pardon ? Une poursuite ? Des chasseurs de l’armée américaine qui tentent d’abattre cet appareil volé ? Nooooooooon. C’est connu, un aéronef volé, aux Etats-Unis, ça circule pépère. C’en est à se demander pourquoi nos amis mexicains ne s’en servent pas pour passer la frontière, finalement. Une fois de plus, tout cela est drôlement bien écrit.

Enfin… nos trois amies se rendent aux coordonnées, à savoir une maison isolée au fond des bois, avec un gros drapeau américain flottant dessus. Elles se posent non loin, et vont frapper à la porte pour savoir qui est ce gros déconneur qui envoie des textos avec des coordonnées de voyageurs temporels à Sarah. La porte s’ouvre et…

« WOPUTAIN C’EST LUI ! » hurle Sarah.

Lui, c’est le Terminator qui a tué son fils. Il est tout vieux mais a encore les cicatrices que Sarah lui avait laissées. Il pose un regard sur tout ce petit monde et salue poliment.

« Bonjour les petits amis. Vous voulez une bière ? »

Comment ? Le Terminator original va participer au film ? Ça alors, quel rebondissement ! Heureusement que ce n’était pas sur l’affiche.

Et Grace d’essayer d’empêcher Sarah de lui défoncer le crâne métallique à grands coups de petits poings de vieille dame, pendant que le Terminator, qui est décidément vraiment sympa, prépare des binouzes, coupe des petites rondelles de citron, enfin vraiment, un garçon charmant (et probablement relié à un quelconque site de cocktails). Ah, et accessoirement, oubliez la démarche mécanique de Terminator ou les expressions limitées, désormais, il est bien humain et parfaitement impossible à distinguer d’un bûcheron sympa vivant au fond des bois.

Bon, déjà, le Terminator qui n’en est plus vraiment un, c’est un peu naze. Mais attendez ! Il y a mieux ! Car le Terminator a chez lui… des photos de famille ?!

Je sais, ça fait mal. Mais prenez vos médicaments pour le cœur, parce qu’on va s’enfoncer. Vous êtes prêts ? Sarah, c’est à toi.

« Des… des photos de famille ?
– Oui, ça, c’est ma femme. Et là, c’est mon fils, Matthéo. »

Oui, c’est dans le film : le Terminator… a un fils. Et il s’appelle Matthéo.

Qui ?

QUI ?

QUI A EU CETTE IDÉE ?

* * *

Hollywood, un mardi, 15:02.

« Moi je te dis que James Cameron est aux fraises.
– Allons Roger, sois sérieux ! C’est un monstre du cinéma ! Le mec, il a un vrai instinct !
– Okay, ben regarde… je prends le scénario… tiens ? Quelqu’un a déféqué entre les pages ?
– Non, ça c’est la partie sur Sarah Connor qui tue tout ce qui traverse l’espace-temps sans poser de questions.
– Ah oui. Bon, bref… regarde je rajoute… le… Terminator… y… fonde… une… famille…
– Putain Roger, tu déconnes ! C’est gros, ça va se voir !
– Eeeeeet… il… appelle… son… fils… Matthéo…
– Roger, tu es un monstre.
– Dix dollars que ça passe. »

* * *

Et c’est passé.

Vivement le prochain Alien où on découvre que les xénomorphes se sont retirés dans une petite commune du Cantal où ils fabriquent des sabots sous le tendre regard d’Enzo, leur premier enfant.

Bien bien bien. Je sens que vous avez envie d’explications, tout de même, aussi, laissons le Terminator s’enfoncer dans la vase crasseuse du script.

« Je vous explique. En fait, Sarah, après avoir tué ton fils…
– Grobâtar !
– … je disais donc qu’après, eh bien, je n’avais plus rien à faire. Donc j’ai décidé d’étudier les humains pour mieux leur ressembler. Après avoir visionné 200 heures de Les Ch’tis à Miami, j’étais prêt. Et puis un jour, je rencontre une madame qui est embêtée par son mari. Bon, moi, réflexe, je tue son mari. Alors comme elle était très impressionnée, elle a décidé de rester avec moi, et comme elle avait un enfant, on l’a gardé. Et voilà.
– Et elle n’a jamais remarqué que tu ne dormais jamais ou que tu pesais 200 kilos au bas mot ?
– … naaaaan ! »

Sarah pose vraiment la question. Le Terminator dit qu’elle n’a vraiment jamais rien remarqué. Et sinon, le fait qu’il ne mange pas ? Non plus ? Non, vraiment.

Attendez, on s’enfonce encore un peu. Oui, je sais, on est déjà dans des profondeurs abyssales, mais ne sous-estimez pas la bête.

« De toute façon, ma femme et moi, on s’aime pas comme ça. C’est pas forcément physique.
– Attends tu… tu as découvert… l’amour ?
– Ui. »

Voilà. Prenez une grande inspiration : le Terminator découvre l’amour. Que voulez-vous que je vous dise ?

Ah ben oui, que ça continue.

« Et donc, maintenant, je vis de mon travail : je suis vendeur de rideaux. Et tout le monde m’appelle Karl à cause de l’accent rigolo que j’avais il y a des années. »

Je crois que le véritable titre est Terminator – La comédie romantique. Mais si quelqu’un a une autre explication, je suis preneur. Non parce qu’en plus, Sarah, qui n’a pas compris que cette séquence était une sorte de Vietnam pour neurones, continue à poser des questions.

« Mais atteeeends ! Pourquoi tu m’as envoyé des textos toutes ces années ?
– Parce que mes capteurs peuvent détecter les ondes causées par un déplacement temporel. Aussi, je t’envoyais les coordonnées d’arrivée. Car en découvrant l’amour d’une famille, j’ai aussi découvert ce que je t’avais pris. J’ai donc décidé de te donner quelque chose en retour : un but à ta vie. »

Si vous regardez par la fenêtre, là, tout de suite, en plissant les yeux, vous verrez peut-être une légère traînée dans l’azur : c’est mon clavier fraîchement lancé. Faites un voeu. Oui, moi aussi j’ai souhaité « Que ce film s’arrête« , mais ça a moyennement marché. Non parce que le Terminator a dû être programmé avec Open Office pour avoir été aussi facilement corrompu : le gars a accompli sa mission, il décide donc de balancer les coordonnées d’arrivée de tous ses copains venus en renfort pour qu’ils se fassent exploser la truffe.

C’est Skynet qui doit être content. Il a visiblement découvert l’amour, mais pas la fidélité. Sa femme appréciera.

« Tu as compris ? D’où le « Pour John ».
– Et le smiley caca ?
– Ça c’était pour rigoler.
– Il n’empêche que j’ai eu du bol que les voyageurs temporels du futur n’arrivent qu’à partir du moment où j’avais un téléphone portable avec textos.
– Je pouvais sinon t’envoyer des messages sur Tam-Tam.
– Bon, tout ça, c’est complètement con. Mais j’ai une dernière question.
– Bien sûr.
– Pourquoi Skynet n’existe plus dans le futur ? Puisque c’est Skynet qui t’a envoyé et que tu as réussi ta mission qui consistait, justement, à éliminer la menace pour se sauver ? Si Skynet envoie dans le passé des robots qui, quand ils réussissent, le font disparaître, c’est un peu con. Surtout que ça veut dire… que tu viens d’un futur qui n’existe plus et n’a donc pas pu t’envoyer. Alors ça ressemble quand même à une sacrée incohérence. Surtout que c’est pas pour balancer, mais pourquoi le scénario s’est emmerdé à dire que Skynet n’existait pas et qu’à la place, il y avait Légion ? Parce qu’en fait, ça n’apporte strictement rien à l’intrigue à part une incohérence de plus. Alors ?
– … MOI. PAS. COMPRENDRE.
– Petit rascal ! Tu parlais comme un humain il y a deux minutes !
– Bruitderreurwindows.mp3
– Espèce de petit frelampier ! Tu vas voir ! « 

Je vous laisse apprécier comment le scénario ne s’enfonce plus, ni ne creuse : là, il fond joyeusement en rejoignant le noyau terrestre.

En exclusivité, la couverture du script au moment de lancer la production.

Il n’empêche que grâce à ces non-explications absolument foireuses, nous avons donc désormais sur les bras un Terminator gentil et serviable. Et des gens ayant besoin d’aide. La famille du Terminator rentre d’ailleurs à la maison, et celui-ci explique que ahaha, pas d’inquiétude, les mesdames bizarres, c’est des copines. Bon, et si maintenant, on parlait plan de guerre et apocalypse à voix haute à deux mètres d’eux qui ne se doutent de rien ?

Faisons ça.

« Moi je propose de faire une killbox.
– Sarah ? C’est quoi une killbox ?
– C’est une box où tu killes.
– C’est astucieux. Bon, en fait, ton plan, c’est de tendre un piège au méchant Terminator ? Tu pouvais pas juste le dire comme ça ?
– Avec des anglicismes, ça fait plus sérieux. Je l’ai appris auprès des meilleurs consultants en consulting. »

D’ailleurs, on va vite s’y perdre si je vous parle de gentil Terminator et de méchant Terminator. Je propose donc de les appeler Karl pour le gentil, et Terminación pour le méchant, puisque c’est un Terminator qui par défaut, a une apparence qui sent bon la capacité à prononcer Tenochtitlan sans erreur.

« Alors oui mais pour ça, il nous faudrait des armes capables de le tuer.
– Ouais… comme des EMP ! Les ondes qui pourrissent tout ce qui est électronique !
– Astucieux, mais où trouver cela ? Sarah ? Une idée ?
– J’ai un vieux pote à l’armée de l’air pas loin d’ici, je suis sûr qu’il doit pouvoir me prêter une arme expérimentale, ils ont forcément ça dans un placard, l’armée, non ? »

Les vieux amis sont comme ça : vous leur demandez de sortir une arme expérimentale et paf, dans l’heure, ils vous la livrent. J’ai connu des pizzas qui arrivaient moins vite, mais, fi. Car nos amis décident qu’il est temps de reprendre l’initiative et d’aller claquer Terminación en premier. Karl se sépare donc de sa famille, qu’il avait prévenu : un jour, il devrait partir, et que cette fois, il ne reviendrait pas.

C’est si beau, cette histoire d’amour entre un Terminator et un personnage qui apparaît au moins 20 secondes à l’écran. Je pleure.

Toujours pas des larmes normales, ça a une couleur bizarre, mais je pleure.

Nos héros se rendent donc dans un bâtiment désaffecté situé non loin de la base aérienne où travaille le contact de Sarah pour récupérer l’arme à EMP dont ils ont besoin. C’est donc un fier officier qui se pointe sur place, avec à la main, une mallette contenant deux grenades capables de griller n’importe quel truc vaguement électronique. Mieux vaut donc le garder loin des pacemakers, sauf si l’on est d’humeur taquine ou que l’on a un grand besoin d’hériter en vitesse.

Mais alors que tout le monde est occupé de sujets passionnants, comme de savoir si du coup, les anti-ondes aiment qu’on leur lance des grenades EMP à la margoulette ou non, voici que Grace tend l’oreille.

« J’entends floupoufloupoufloupou.
– Un pédalo ? Ici ? 
– Non, Sarah. Ça ressemble plutôt au bruit d’un hélicoptère qui approche. Mes oreilles augmentées me donnent de gros bonus aux jets de perception.
– Tu veux dire que… hem… tu entends des sons que d’autres pensent impossible à percevoir ?
– Oui Sarah. J’ai donc tout entendu dans la voiture : il va falloir penser à consulter un gastro-entérologue. Et à manger moins gras. »

Mais il n’empêche qu’il y a bien un hélicoptère dehors et que… c’est ce petit rabouin de Terminación qui le pilote ! Et que fait-il ? Il éclate le pare-brise pour y passer un fusil d’assaut, et commence à joyeusement mitrailler le bâtiment. Tout le monde grimpe donc en vitesse dans la camionnette de Karl, et fonce jusqu’à la base aérienne voisine malgré les tirs. L’officier qui est avec eux utilise sa radio pour prévenir qu’il arrive avec un véhicule bizarre, mais qu’il faut laisser passer, par contre, que tout le monde serait bien urbain de cartonner l’hélicoptère fou qui les poursuit. Voilà une bonne idée ! Car une base aérienne ne devrait pas avoir de problèmes à abattre un aéronef qui…

Que ? Pardon ? Oh. En fait, c’est une base-aérienne dépourvue de toute défense anti-aérienne. Et qui ne fait décoller aucun chasseur. Ça doit être une base-aérienne post-réduction budgétaires : ils ont des armes expérimentales sans aucun rapport avec l’aérien, mais sinon, ils n’ont que des cerfs-volants. Voilà qui est intéressant. C’est donc à nos héros, en entrant sur la base, de décider de comment se débarrasser de leur ennemi. Et pour commencer, il serait bon de le semer, tant ils n’ont pas encore eu le temps de monter une embuscade bien propre pour lui laminer les servomoteurs comme il se doit.

« On a qu’à voler un avion ! Et de préférence, le plus gros et le plus lent possible ! Sans compter que je suis sûr que Grace qui n’a jamais été pilote de sa vie n’aura aucun souci à le faire décoller ! »

Bien bien bien. Eh bien faites comme vous voulez.

Tout le monde file donc voler un énorme avion de transport que de braves soldats étaient encore occupés à charger (ce n’est pas parce que la base est attaquée qu’il faut arrêter de bosser, non mais !), et Grace utilise les grands pouvoirs des trous scénaristiques pour expliquer qu’elle peut piloter cet avion qu’elle n’a jamais vu sans problème. Et hop ! Tout le monde décolle, avec bien évidemment l’inévitable rampe arrière ouverte, Terminación qui saute de son hélicoptère pour essayer de s’y accrocher, mais qui bascule finalement dans le vide quand on l’oblige à lâcher, sale bête.

« Parfait ! Et maintenant, je suis sûr qu’un avion militaire volé ne sera pas du tout embêté, et qu’on nous laissera nous poser où l’on veut ! » disent nos héros.

C’est vrai : un avion volé par des gens qui ressemblent fort à des terroristes, comment diable cela pourrait-il dégénérer ?

Chers scénaristes, il faut nous le dire si on vous fait chier, hein ?

« C’est rigolo, c’est comme strictement rien n’existait en dehors de nous ! »

Certes, deux chasseurs américains viennent encadrer l’avion, mais plus pour regarder ce qu’il fait que pour l’obliger à quoi que ce soit. C’est donc avec cette escorte improvisée que nos héros volent vers l’horizon dans la nuit tombée, lorsque soudain… un autre gros avion arrive derrière eux ! C’est Terminación ! Et il percute l’un des chasseurs ! Heureusement, l’autre se met en position et tirer pour venger son ailier, abattant ainsi l’appareil du…

Non, je blague : l’autre chasseur disparaît sans explication. Encore une histoire d’entre deux scènes qui aspire tout ce qui embête.

Alors, vous me direz : « Maintenant, pour tuer Dani, c’est facile, Terminación n’a plus qu’à jouer les kamikazes et à faire rentrer son avion dans l’autre ! »

Hohoho. Non, que croyez-vous que Terminación va faire ? Mais, ce qu’il fait depuis le début du film :

  • D’abord, il pète le pare-brise de son appareil (ce mec doit avoir une sorte de haine profonde de Carglass, je ne l’explique pas autrement, il a fait ça avec TOUS ses véhicules)
  • Il saute sur l’appareil des héros en transformant ses bras en lames parce qu’au couteau, c’est plus rigolo (et qu’il a toujours un succès Steam à débloquer).

Quant à son avion, il se contente de le laisser endommager l’autre appareil en se frottant très fort contre, mais sans le percuter. Résultat, malgré les efforts de Grace (qui met… l’auto-pilote, d’accord, en situation d’urgence, ça va aider), leur avion prend feu, et perd de l’altitude de plus en plus vite. Pendant qu’à bord, la bagarre éclate entre Terminación et… et tout le monde, en fait. Passons sur les acrobaties alors que l’équipage se retrouve en gravité zéro alors que l’appareil pique, et concentrons-nous sur leur plan : il y a, à l’arrière de l’avion, un véhicule militaire attaché à un parachute. Le plan est donc pour tout le monde de monter à bord et de se larguer, pendant que Karl retient Terminación à bord autant que possible.

Le véhicule est donc largué dans la nuit, son parachute ne s’ouvre pas sans quelques péripéties palpitantes (« Holala, je dois sortir grimper sur le capot pour tirer sur la ficelle !« ) et finit par atterrir… pile poil sur un barrage, dites voir ! Qui était peuplé de hordes d’ouvriers et d’agents de sécurité mais qui… oui, là encore, disparaissent entre deux scènes ! Comment avez-vous réussi à encore deviner ?

Du grand cinéma on vous dit. Je vous redonne le budget ou ça ira ?

Incroyable coïncidence, figurez-vous que l’avion endommagé s’écrase, alors qu’il volait en ligne droite et à folle allure PILE au même endroit que la voiture blindée parachutée derrière lui ! C’est quand même incroyable, les coïncidences. Sûrement une modification brutale de la gravité. Ou juste un peu plus de caca scénaristique. C’est donc sur un barrage endommagé et en feu qu’a lieu l’affrontement final, puisque comme vous l’imaginez, aussi bien Terminación que Karl ont survécu au crash.

Dans la bagarre, le véhicule parachuté où se trouvent encore Dani et Sarah tombe à l’eau, et malgré les milliers de tonnes d’eau qu’il se prend sur la tête, il va bien. Mieux, une fois au fond de l’eau, on découvre qu’il est parfaitement hermétique, puisqu’il ne prend quasiment pas l’eau, voire pas du tout en fonction des plans. Dani peut même allumer les phares en paix histoire de rigoler un peu et voir s’il n’y aurait pas des poissons. Non, vraiment : elle allume les phares de son véhicule coincé au fond d’un déversoir de barrage. Je sais.

Sauf qu’à défaut de mérou, elle aperçoit dans la lumière des phares Terminación, qui vient essayer d’en finir avec eux en s’attaquant à…. à ?

Mais oui ! Au pare-brise ET avec ses bras en métal liquide transformés en lames ! Après tout, on n’a vu cette scène que, quoi ? Quatre ? Cinq fois dans ce film ?

Je suis las. Et vous aussi, plus que probablement. Finissons-en vite.

Dani et Sarah parviennent malgré tout à s’échapper du véhicule englouti parce que vous savez, la pression de l’eau au-dessous d’un barrage, on la sent à peine et il n’y a quasiment pas de turbulences aquatiques pour vous empêcher de nager pépère. Je pense que les Jeux Olympiques ne sont pas loin pour nos héroïnes. Tout le monde se retrouve donc à la surface, et découvre que les armes EMP ont été détruites dans les combats. Flûte ? Que faire ? On réfléchit peu, et on finit par rentrer à l’intérieur du barrage, où Terminación arrive et fait face à toute l’équipe. Il s’adresse à Karl.

« Toi ! Je t’ai scanné, tu es comme moi ! Pourquoi les aides-tu ?
– Parce que j’ai été comme toi. Envoyé dans le passé. Par une intelligence artificielle qui a échoué. »

Terminación fronce très fort ses sourcils.

« Quel rapport avec la choucroute ?
– Maintenant que j’y pense, c’est vrai que…
– Et puis si tu as réussi ta mission, pourquoi cela a fait échouer l’IA qui t’a envoyée ici ?
– Je… heu… BON ON SE TAPE OUI OU NON ? »

Car jusqu’au bout, rien ne nous sera passé : le film se roule dans ses propres excréments.

Le combat s’engage, et disons-le, c’est tout nul et ressemble comme trop souvent à un téléfilm M6 : Terminación combat avec ses bras épées (non, il ne veut toujours pas les transformer en armes modernes plus efficaces), mais dès qu’il touche un héros, hop ! Il les transforme en poings pour ne pas leur faire de mal. Ahlala, qu’est-ce qu’elles sont gentilles, ces machines tueuses ! Ainsi, Sarah se fait tabasser/jeter au travers des lieux deux-trois fois sans jamais que Terminación ne pense à lui mettre un coup d’épée dans la truffe.

Il en va de même avec Karl, qui parvient à saisir Terminación et… hmmm… sachant qu’il est à un mètre d’une turbine qui tourne à pleine vitesse, ne devrait-il pas le jeter dedans ? Allez, non ! Il le jette… contre une barrière. Non parce qu’on ne sait jamais : peut-être qu’il résiste aux crashs d’avion mais qu’une barrière, ça peut l’arrêter pour de bon !

Ce truc a dû être écrit par les mêmes personnes qui font les plans vigipirates.

Finalement, et après toujours plus de bagarre, tout le monde se dit que eeeeh mais attends ? Et siiii on poussait ce gros naze dans la turbine la plus proche ? Ce qui est fait, et marche plutôt pas mal puisque cela broie en partie le squelette blindé du méchant, et lui râpe sa couche de métal liquide comme du vulgaire fromage à raclette. La chose produit tout de même une sacrée explosion, qui disperse tout le monde aux alentours.

Mais… Terminación n’est pas encore fini, contrairement à ce que son nom indique ! Ce n’est plus qu’un gros squelette d’acier lourdement endommagé et sans métal liquide, mais il bouge encore. Grace peut-elle l’arrêter ? Hmmm… voyons voir… ah, non, dans la bataille, elle a elle-même pris cher, et est mourante. Dani est à son chevet.

« Grace ! Relève-toi ! Tu dois péter la gueule de cette espèce de Nécron, là !
– C’est trop tard… je meurs, Dani… mais c’était prévu…
– Pardon ?
– Oui… tu m’as renvoyée dans le passé pour te protéger, mais surtout… pour ce moment. Tu dois prendre la source d’énergie qui alimente mes implants… et la planter dans ce monstre. Cela le surchargera. Et le tuera »

Dani réfléchit.

« Mais attends, c’est très con ?
– Que… non, attends, c’est héroïque !
– Que dalle ! C’est débile ! Tu veux dire que je t’ai juste renvoyée dans le passé pour servir de mule en transportant dans ton corps la seule arme pouvant tuer le Terminator ?
– C’est… oui, c’est ça ?
– Et la source d’énergie, elle fait quelle taille ?
– Elle tient dans la main.
– Et à aucun moment on s’est dit dans le futur « Tiens, si on lui greffait tout connement une boîte dans laquelle on met des sources d’énergie de rechange comme ça elle pourra les utiliser directement » ? Ou tu n’as pensé à me dire que ce truc était sensible aux surcharges électriques ? Tu te rends compte qu’en fait, on vient de courir TOUT le film pour me dire à la fin que tu avais la solution depuis le début ? »

Sarah et Dani, au moment où Grace leur explique qu’elle pouvait tuer le Terminator depuis le début, mais en fait, c’était plus rigolo de mettre tout le monde en danger.

Voilà. Niveau rebondissement, ça se pose là : Grace savait en fait dès la première scène comment tuer définitivement le Terminator.

Dani se demande si dans le futur, elle a été trépanée pour être devenue aussi bête. Puis, elle farfouille dans le bidou blessé de Grace pour lui arracher sa source d’énergie. Et accessoirement, parce que ce faisant, cela la tue, et vu comme elle avait planqué des informations cruciales depuis le début, c’est mérité. Grosse quiche !

Terminación, lourdement endommagé, a continué à s’approcher pendant que Dani expliquait à Grace que bien que mourante, elle n’en était pas moins neuneu. Notre guerrière latina plante par conséquent le vilain robot avec la source d’énergie de Grace (qui a une aiguille intégrée pour ce genre de situation, c’est bien pensé), et ce, dans l’œil rouge de la machine tueuse. Celle-ci titube, surcharge, et comme elle ne meurt pas assez vite et qu’il faut un autre sacrifice inutile, Karl, qui était lui aussi endommagé, arrive pour emmener avec lui le Terminator en surcharge dans une chute de vingt mètres, sur une plate-forme du barrage un peu plus bas.

Ce qui ne sert strictement à rien, sauf que Karl se retrouve pris dans la surcharge qu’émet le corps de Terminación, et meurt avec lui en se transformant en métal fondu, à défaut d’être liquide.

C’est… soit ? Mais pourquoi ? Parce que vous avez réalisé que la fin du film n’avait aucun sens et que vous avez décidé de cacher ça en balançant des sacrifices pour maquiller les trous ? Et si Karl meurt maintenant, d’ailleurs, qui, dans le futur, dit qu’en cas de voyage temporel, voici à quelles coordonnées se rendre pour trouver de l’aide ? Dani elle-même ? Auquel cas, elle pense à donner les coordonnées du Terminator, mais pas à renvoyer dans le passé Grace avec des sources d’énergie en rab’, voire un poil plus tôt pour qu’elle puisse tendre un piège à Terminación sans prendre de risques ? Et si vous me dites que « Non, elle doit refaire exactement la même chose pour ne pas modifier le passé« , alors quel intérêt puisque cela sous-entend que l’on peut modifier le passé, et donc, tuer Terminación avant qu’il ne cause des centaines de mort à lui seul, dont la famille de Dani, pour avoir justement un meilleur passé ?

Aaaah, les voyages dans le temps. Un ratage constant.

Il n’empêche que c’est gagné pour Sarah et Dani, nos survivantes, alors que faire ? Eh bien pour l’instant, elles se rendent en jeep devant l’école primaire où Grace est là, mais à cette époque, n’est qu’une enfant innocente (relativement à un enfant, s’entend, ça reste probablement un trou de balles à couettes). Les deux dames la regardent et s’en vont, laissant Grace dubitative puisqu’elle a bien vu qu’il y avait deux Mesdames suspectes qui la regardaient bizarrement. Elle demande donc au surveillant dans la cour d’appeler la police pour signaler un duo de pédophiles en maraude, pendant que dans la jeep, Dani prend une décision :

« Je vais tout faire pour que Grace ne doive pas mourir une fois encore. »

Que ?

C’est donc sur cette phrase que je vous laisse retourner pour comprendre à quel point elle poignarde le scénario une dernière fois que…

… FIN !

Voilà. Eh bien, sachant que James Cameron s’est mêlé de ce film, j’ai envie de dire : vivement Avatar 2.

Vous ai-je parlé des moments où Terminación oublie qu’il est en métal liquide et que donc, les coups de poing, ça devrait lui faire du rien ?


Et une fois de plus, en exclusivité, la première version du film.

C’est ce qui arrive quand on tire sur les voyageurs temporels sans poser de questions. Mais je préfère cette version : on sort plus vite de la salle.

 

 

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Un odieux connard

Ou alors c'est qu'il a lu le script, d'où son air moyennement convaincu par tout ça.

Visuellement, ça aurait eu un côté rigolo, et probablement toujours moins ridicule que ce film.

Alors que le Terminator est comme toutes les machines ; à partir du moment où on l'approche d'une imprimante pour sortir un dossier urgent, plus rien ne marche.

Je pense qu'ils ont hésité à lui coller une moumoute orange pour toujours plus de subtilité dans le message.

Et ne parlons pas des trailers modernes où l'on voit tout le film sans rien manquer ou presque.

Pour John !

Si vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre la même remarque lors de certaines réunions politiques.

Alors que bon, vous envoyez dans le futur Monsieur de Chambure, vous lui expliquez que des robots ont détruit la recette du boeuf bourguignon, et l'affaire est réglée en vingt minutes.

Et à part au début quand il se déguise en papa de Maria, plus jamais il ne pensera à se déguiser pour approcher des héros en douce, vraiment, il est trop sympa.

Le pire, c'est que je sais que des gens sont déjà en train de se dire qu'ils vont vérifier les coordonnées GPS indiquées.

Terminator 1 – Le spoiler pour se faire des ennemis

« De toute façon, Terminator, après les deux premiers, il n’y a plus rien. »

Pour seule réponse à ce commentaire de mon fidèle Diego, je pousse un long soupir de lassitude suffisamment puissant pour que l’ensemble du quartier puisse entendre mon désarroi.

« Ben quoi, c’est vrai !
– Et tu insistes, margoulin ! Mais, va, je te pardonne. Parce que je suis bon.
– Ce dernier point me paraît discutable, patron. Mais vous n’êtes pas d’accord ?
– Allons, Diego. Ce que tu viens de dire, c’est ce que l’on entend partout dès que quelqu’un parle du moindre épisode récent de la saga Terminator. Mais sais-tu ce qu’est la plus grande qualité des deux premiers volets de la saga ?
– L’intrigue ? »

Diego esquive de peu le carafon que je viens de lui lancer. Pendant qu’il va chercher la balayette, je poursuis.

« Le temps, Diego. 
– Ah ! Les voyages dans le temps étaient réussis ?
– Non, mon bon Diego. Tu connais la règle : s’il y a des voyages dans le temps, ça a toutes les chances de se planter. Non, l’énorme qualité de ces films, c’est que les gens les ont vus il y a longtemps. Et que depuis, la patine du temps a fait son effet. Alors, les souvenirs sont embellis, et puis, le film a un petit côté madeleine de Proust. On le regarde avec le souvenir ému des soirées à rembobiner des VHS après avoir vu le film sur la télé cathodique de 20 kilos du salon. Alors on essaie d’oublier les défauts pour ne pas avouer qu’en fait, on a pu apprécier des trucs pas très bons. Un peu comme les geeks qui relancent le jeu culte de leur jeunesse pour découvrir qu’en fait, c’était un peu pourri, et qui rangent leur vieille console pour oublier, en rester à leurs souvenirs, et retourner dire un peu partout que les jeux, c’était mieux avant. Toute personne ayant relancé Command & Conquer voit de quoi l’on parle. Mais niera probablement en bloc. »

Une règle qui a bien sûr ses exceptions : mieux vaut relancer un ancien Close combat que toucher à un nouveau.

« Certes patron, mais là, de tête, je ne vois pas bien quels défauts a le premier Terminator, par exemple. C’était quand même bien fichu !
– Pour l’époque, visuellement, oui. Mais scénaristiquement…
– C’était quoi le problème ?
– LeS problèmeS. »

Car en cette période de sortie d’un nouvel épisode de la franchise Terminator, retournons donc parler du premier volet de la série, celui par lequel tout a commencé, et qui nous oblige aujourd’hui à supporter d’immondes daubes au cinéma. Alors, Terminator, c’est considéré comme culte, mais était-ce vraiment mieux avant ?

Spoilons, mes bons !


Avant les flammes, on mettait des lasers sur les affiches.

Tout commence… dans le futur.

Et le futur, qui est aux alentours de 2019, laissez-moi vous dire que c’est tout nul. C’est tout obscur, il y a des robots géants qui roulent partout avec leurs grosses chenilles, et le sol est couvert de crânes. Non, pas d’ossements : juste de crânes. Ne me demandez pas où est passé le reste. Cela doit être une sorte d’épisode mystérieux de Léa Passion Catacombes, ou bien l’accessoiriste de ce film était secrètement fan de Warhammer 40,000. C’est un peu flou.

Mais alors, me direz-vous, quand on vit dans un futur comme celui-ci, comment occupe-t-on ses journées quand on est un humain comme vous et moi ? Eh bien, c’est fort simple, puisque l’activité principale consiste à se faire exterminer toute la journée par les fameux robots géants. Un texte apparaît d’ailleurs pour nous l’expliquer : dans le futur, il y a eu l’enfer nucléaire, et que les robots sont sortis des cendres (voyez cela comme une sorte de soirée patates braisées qui a dégénéré) et ont décidé d’en finir. Et pourtant, la bataille finale entre l’homme et la machine ne va pas se jouer ici, dans le futur… mais en 1984.

Pour mieux comprendre, revenons justement en 1984. Une grande année, comme chacun sait, puisqu’elle vit la naissance de véritables légendes. Oui, je parle du Tac-O-Tac. Pourquoi, à qui pensiez-vous ?

Toujours est-il que si nous sommes bien en 1984, nous voici plus exactement à Los Angeles où par une douce nuit, un éboueur est occupé à son dur labeur. Lorsque soudain, deux phénomènes étranges se produisent : d’abord, des éclairs se mettent à claquer tout autour du véhicule de notre fier travailleur. Et ensuite, notre larron a un jeu d’acteur déplorable, marmonnant « What the hell ? » ( en français, « Saperlotte ?« ) encore et encore avec autant de conviction qu’une Laetitia Casta dans La Bicyclette bleue.

Mais c’est alors que ces deux phénomènes laissent place à un troisième, plus épatant encore : un gros Monsieur tout nu apparaît.

Notre éboueur, qui n’est pas là pour juger des pratiques d’autrui, préfère décamper. Pendant que le musculeux nudiste fraîchement arrivé, l’ignore pour aller contempler Los Angeles qui s’étale à ses pieds, son zboub claquant fièrement au vent dans l’air nocturne.

Je ne vous cache pas que niveau classe, on a vu mieux.

Mais justement, car notre homme est visiblement conscient qu’en 1984, on n’est pas encore assez progressiste pour autoriser les gens à se promener la kikoute au vent, et que lui n’aura même pas besoin d’accompagner une sortie scolaire pour que sa tenue fasse réagir. Heureusement, il repère non loin, puisqu’il est sur les hauteurs de Los Angeles, un promontoire où de jeunes gens se chamaillent autour de jumelles publiques, cela dit, s’ils veulent contempler la lune, le Monsieur nu a des suggestions intéressantes à leur faire. Le nudiste s’approche d’eux d’un pas quasi-mécanique, et vous l’aurez compris : le gros monsieur tout nu n’est autre que le Terminator qui a donné son nom au film, un robot venu du futur.

Il scanne donc les jeunes margoulins grâce à ses yeux cybernétiques. Et détecte :

  • Des cheveux bleus
  • Une tenue dégueulasse
  • Une forte odeur de bière

Le Terminator en est sûr : il vient de tomber sur des étudiants des beaux-arts.

Mais ces derniers sont plutôt hilares à la vue du monsieur qui s’approche d’eux la kikounette flapotant dans l’air du soir.

– Rhorhorho ! L’autre, il se promène tout nu ! Ça va, mec ? Tranquille ?
– Hallo.

Car, oui, si dans votre jeunesse vous aviez vu le film en français, sachez qu’en version originale, le Terminator s’exprime avec un fort accent autrichien, ce qui est cocasse. Non parce que d’habitude, les films avec voyages dans le temps consistent plutôt à renvoyer dans le passé quelqu’un pour tuer un petit Autrichien bien connu. Le film est probablement né lors d’une soirée trop arrosée, où quelqu’un s’est exclamé « Et si on faisait l’inverse et que c’était un gros Autrichien qu’on renvoyait dans le passé pour tuer des gens ? »

Habile.

La classe, c’est de contempler le monde tout nu depuis sa terrasse.

Par respect pour mon lectorat et pour l’oeuvre originale, j’essaierai donc de rendre le délicieux accent de notre héros dans ses dialogues.

« Che veux fos fêtements.
– Cheveux quoi ? T’as un problème avec mes cheveux bleus, sale fasciste ?
– Nein. Che veux fos fêtements. Les cheveux, che m’en fous, fous pouvez les garder. Ch’ai pas envie de ressembler à ein étudiant en zoziologie.
– Est-ce que tu viens de me traiter d’étudiant en socio ? Tu vas voir ! »

Et les jeunes gens, qui sont en réalité des punks, tentent de s’en prendre au nouvel arrivant à grands renforts de diabolo, de canettes de 8-6 et d’autres armes typiques de leur fière peuplade. Hélas pour eux, le Terminator utilise ses gros poings et les claque si fort qu’il les tue un peu. Sauf le dernier qui décide que finalement, il veut bien donner ses fringues à ce bel étranger, puisque c’est demandé si gentiment. Coup de bol : c’est la bonne taille pour notre montagne de muscles, alors que c’était porté par un gringalet. Voilà qui tombe bien. Je comprends mieux pourquoi certains jeunes, de nos jours encore, portent des pantalons dix fois trop grand : c’est pour dépanner les voyageurs temporels. Ça se tient.

Mais hélas pour Los Angeles et ses habitants, la nuit ne s’arrête pas là.

Car dans une ruelle obscure de la ville, voici qu’apparaît un autre nudiste. Moins costaud, certes, mais toujours sans le moindre slip. C’est une véritable invasion ! Le futur nous envoie des gens tout nus ! Monstre ! Mais le nouvel arrivant, lui, a la démarche bien plus titubante, puisque ce n’est qu’un simple humain, pas un Terminator. Et son apparence bourrée a tôt fait de lui attirer la sympathie d’un clochard de la ruelle. Sauf que l’ami du futur n’est pas là pour discuter recettes de rat grillé (même s’il en a de très bonnes).

« Toi ! s’exclame-t-il. Donne-moi ton slip ! »

Voler son slip à un sans-abri : dans le futur, le libéralisme a vraiment fait des ravages. Heureusement, en 1984, on ne rigole pas avec ces choses-là, et une voiture de police qui passait au bout de la ruelle à ce moment-là aperçoit le terrible forfait. « Lâchez ce slip ! » ordonne le policier ; mais le margoulin n’en fait rien, et c’est donc parti pour une course-poursuite entre le porteur de slip et celui de badge. Et c’est une course-poursuite digne de 1984 : vous savez, celles où on va de ruelle en ruelle, où il y a toujours une grille qui crache de la vapeur, où l’on se retrouve avec des grillages qui entravent la progression au milieu de nulle part, et où l’on traverse des rues en courant au son des klaxons avant de rouler sur des capots ?

Voilà. Vous visualisez bien. Parce que ce n’est pas bien inspiré, même pour l’époque.

Mais au détour d’une ruelle, notre héros parvient à prendre en embuscade le gardien de la paix à la poursuite, et lui dérobe son arme. Sauf qu’au lieu de l’abattre, à la surprise de l’agent de la maréchaussée, le fuyard le braque en lui demandant :

« Quel jour sommes-nous ?
– Ben, le 12. Le 12 mai.
– Mais de quelle année ?
– 1984.
– Palsembleu ! »

Et il reprend sa course, laissant le policier quelque peu déstabilisé : chaque année, ils ont du mal à vendre leurs calendriers pour les étrennes, et maintenant, voilà qu’on leur demande directement le jour et l’année. C’est à n’y plus rien comprendre.

Heureusement, il y a juste à côté une boutique qui a laissé sa porte arrière ouverte (c’est pratique), en plus il s’agit d’un magasin de vêtements (décidément !) et mieux encore, qui vend aussi des chaussures (ÇA ALORS !). Pendant que la police le cherche, le fugitif peut donc rajouter à son slip un pantalon, un t-shirt, et un grand imperméable de pervers qui lui permet de ne pas trop s’éloigner des tendances nudistes qu’on lui reprochait. Il se faufile au nez et à la barbe des forces de l’ordre, et en sortant, en profite pour fouiller une voiture de police vide à proximité et s’équiper d’un fusil à pompe.

Ah non, mais le mec a une chance du tonnerre. Et nous verrons que c’est la base du film : une succession de coups de bol et de coïncidences grossières qui arrangent bien l’intrigue.

Le film était par ailleurs particulièrement subtil dans ses placements de marques.

Au passage, aujourd’hui, et à l’heure où il devient parfois difficile de trouver des pantalons suffisamment long pour atteindre vos chevilles, notre héros aurait été bien plus emmerdé. Heureusement, grâce son improbable moule, tout va dans son sens, et il n’a donc plus qu’à se diriger vers un endroit bien connu des habitants de 1984, bien moins de ceux nés après 2000 : la cabine téléphonique. Il y attrape un annuaire et se rend à la page des C.

« Connard… Connard… Connard… bon sang, combien y a-t-il de Connards dans cette ville ? Ah, voilà ! Connor ! »

Et il arrête son gros doigt sale sur les Connor Sarah. Et il se trouve qu’il y en a trois en ville. Voici qui le laisse perplexe. Que faire ? Pour commencer, il va laisser le film faire une transition, et il avisera après.

Bondissons donc au lendemain matin.

Et retrouvons Sarah Conn…

Oh, seigneur. Qu’est-ce que c’est que ça ? Cette coupe de cheveux hideuse, ce scooter conçu par Bandai qui donne l’impression qu’elle doit clipser ses mains dessus pour le démarrer, et ce vieux fond de piano façon comédie romantique ? Diego, si tu as le numéro de ce charmant Monsieur Terminator, je vais lui dire de suite où se trouve sa cible. Visuellement c’est… enfin, c’est un dur rappel du fait que si la mode actuelle est aux années 80, elle l’est uniquement pour les gens qui n’ont jamais su à quoi ça ressemblait vraiment.

Toujours est-il que Sarah travaille comme serveuse dans un petit restaurant de Los Angeles, où comme toutes les héroïnes en devenir, elle a un peu une vie de merde, puisqu’en effet, tout le monde est méchant avec elle, elle n’arrête pas de faire tomber des trucs, et voici que même un enfant s’amuse à lui glisser des boules glacées dans l’uniforme de travail pour l’enquiquiner, le tout sous le regard approbateur du reste de la salle. Je pense que la réalisation a coupé les scènes où tout le monde la tabasse sans raison, tant la ficelle commençait à être un peu grosse. J’imagine que ses scènes ont ensuite été rachetées et remontées pour donner le film Joker, mais passons.

Mesdames et Messieurs, Sarah Connor. Dites-moi que vous avez encore envie qu’elle gagne, hmmm ?

Car si Sarah n’a pas la vie facile, pour l’instant, la vie, elle l’a encore, ce qui pourrait ne pas durer tant de son côté, le Terminator est au turbin.

En effet, le cyber-bougre (on parle aussi de « cybougre ») a commencé par s’équiper en se rendant dans une boutique typique du pays du hamburger : une armurerie. Où il n’a aucun mal à se procurer fusils à pompe, d’assaut, pistolets divers, lance-flammes, bazookas et autres armes de défense personnelle avant d’abattre le gérant parce qu’il manquait un peu de monnaie sur lui. Heureusement, personne ne semble réagir au coup de feu dans le voisinage, ni les badauds s’inquiéter de voir une espèce d’immense punk avec un accent crypto-nazi sortir de la baraque avec une douzaine d’armes de guerre sur le dos.

En même temps, ça ressemble peut-être à ça, une journée normale aux Etats-Unis.

Le Terminator a aussi volé une voiture grâce à la dextérité légendaire de ses grosses mains, et s’est procuré un annuaire où il a, lui aussi, repéré qu’il y avait trois Sarah Connor en ville. Ce qui, mes bons amis, souligne l’importance d’arrêter d’orthographier n’importe comment les prénoms ou d’en inventer de nouveaux. Car en cas de robot tueur venu du futur, si votre enfant s’appelle Roger Dupont, le robot n’a aucune chance de le retrouver. Alors que par contre, s’il s’appelle Galadriel-Matthiméo Dupont, vous pouvez dire adieu à la Résistance dans le futur. Alors pensez-y, bande de petits irresponsables !

Notre robot ayant justement trois cibles potentielles, il décide de suivre le célèbre proverbe autrichien « dans le doute, choucroute« , et d’abattre les trois Sarah. En commençant par la première, une brave dame qui est fort surprise lorsqu’un colosse frappe à sa porte avec un fort accent du Tyrol, et plus encore lorsqu’il décide de lui coller du gros calibre dans le bidou. Un meurtre qui a tôt fait d’attirer l’attention des médias locaux, qui diffusent par conséquent à la télévision la nouvelle : une certaine Sarah Connor a été violemment assassinée jusqu’à ce qu’elle soit morte.

Les collègues de notre Sarah Connor au restaurant invitent leur amie à regarder les nouvelles tout en rigolant comme des baleines :

« Ahaha, Sarah, tu as vu ? La dame qui a été tuée s’appelait comme toi, c’est rigolo ! »

C’est vrai que c’est rigolo, d’avoir des homonymes qui se font tuer. J’imagine qu’elles pourront remercier le Terminator quand elles le croiseront pour ce bon moment de rire.

« M’sieur Terminator, elle était trop bien votre blague de tuer des gens qui portent le même nom !
– Ach ! Che sais, che la tiens de mon papy, il la connaissait avec un juif. »

Que ? Mais ?

Trop de calembours de mauvais goût sont en train de s’accumuler en trop peu de lignes, je vous propose donc d’en sauter quelques unes.

Et allons plutôt retrouver l’autre personne du futur, notre héros sans nom, qui est lui aussi en train de voler une voiture, et d’avoir des flashbacks lorsqu’il aperçoit de gros engins de chantier à chenille qui lui rappellent les machines de guerre du futur. Il a donc des flashbacks du futur, je propose donc d’appeler cela des flashforwards. Où il se revoit avec ses amis, à courir la campagne riante couverte de crânes, à se faire vaporiser par des lasers pour un oui ou pour un non, et à tirer au fusil tout pourri sur des tanks géants, ce qui marche moyennement bien. Il se souvient ainsi de comment un jour, il a réussi à s’en faire un en larguant un explosif dans le bestiau, avant de s’enfuir avec ses copains au travers du champ de bataille qu’est le futur avec une voiture digne de Mad Max.

Ce qui est un peu con, tant les voitures, dignes de Mad Max ou non, c’est moyennement pratique en terrain super accidenté et plein d’épaves (et de crânes, décidément). Le dernier souvenir de notre héros est donc comment son véhicule a fini par se prendre des tirs, faire une embardée, finir sur le toit, et se retrouver coincé à bord alors que les flammes commençaient à…

Notre héros revient dans le présent. Non pas parce que son souvenir s’arrête là, mais parce que comme ça, il n’a pas à justifier de comment il a réussi à s’échapper d’une voiture en flammes sans même la moindre brûlure apparente. C’est pratique, les changements de scène pour ne rien expliquer. N’est-ce pas Game of Thrones ?

Kyle Reese en train de brûler coincé dans une voiture, mais en fait, hihi, non, ça va merci, pourquoi ?

Bref.

Revenons à Sarah, qui de son côté, a déjà oublié les événements de la journée, et est occupée à se coiffer avec sa colocataire, Ginger. Évidemment, certains attendront de ma part un commentaire putassier sur le volume improbable des coupes de cheveux de nos deux amies, mais je n’en ferai rien. Non, n’insistez pas, je ne mange pas de ce pain-là. Cette scène de coiffure est très respectable. D’ailleurs, aujourd’hui encore, elle sert de modèle dans les écoles de paysagistes.

Toujours est-il que ce soir, Ginger a prévu de passer la soirée à domicile à copuler avec son petit ami, Jean-Bob. Pendant que Sarah est priée d’aller pratiquer la brouette javanaise à l’extérieur avec son propre petit ami, Jean-Jacques. Seulement voilà : cette petite ordure de Jean-Jacques appelle Sarah pour lui dire que ce soir, il ne peut pas sortir, il a poney. Décidément, rien ne va pour Sarah aujourd’hui. Aussi décide-t-elle de descendre dans le parking de l’immeuble, d’enfourcher son hideux scooter, et de partir dans la nuit, sans casque, parce que quand tu as passé trois heures à te coiffer, la première chose que tu as envie de faire, c’est de la motocyclette.

Mais n’ayant un angle de vue que de soixante degrés devant elle, le reste étant bloqué par sa masse capillaire, elle ne remarque pas dans ses rétroviseurs qu’une voiture garée dans le parking la suit. C’est notre héros et sa voiture volée ! Mais que diable veut-il à notre douce héroïne ?

Sûrement pas la protéger, sinon j’ose penser qu’il serait allé la trouver dans son appartement plutôt que d’attendre comme un con pour la suivre comme un pervers en rut dans son grand imperméable. Hein ? N’est-ce pas ? Non ? Bon. Sarah, en tout cas, finit par se trouver un restaurant où aller manger seule en soupirant sur son triste sort, alors que la télévision annonce soudain qu’une deuxième Sarah Connor vient d’être assassinée en ville. Sarah réalise que c’est suspect, fonce attraper un annuaire, et découvre que les victimes sont mortes dans l’ordre où elles étaient présentes dans l’annuaire.

La morale de cette histoire est qu’il faut toujours donner un second prénom en Z à vos enfants. Ainsi, Roger Alban Dupont se fera toujours tuer avant Roger Zébulon Dupont en cas d’attaque par annuaire. Oui, de nos jours, les robots font des attaques par dictionnaire. Mais en 1984, on attaquait par annuaire. Il faut vivre avec son temps, dites-voir !

Sarah décide donc de quitter le restaurant en urgence pour… eh bien… pour… heu… enfin voilà. Mais à peine est-elle dehors qu’elle aperçoit notre amie le pervers en imperméable sur ses traces.

« Oh non, j’ai déjà une journée de merde, je ne vais pas en plus devoir me taper un inconnu qui me montre son zguègue ! » pense-t-elle avec le riche vocabulaire qui est le sien.

Pour plus de sécurité, elle s’engouffre dans le premier club qu’elle trouve : le TechNoir, un endroit où l’on écoute de la mauvaise musique tout en dansant comme dans un clip des Inconnus. Et après avoir jeté 4,50$ au visage de madame la guichetière, Sarah s’empresse d’aller trouver un téléphone pour appeler la police.

Je sens bien que ça vous turlupine, alors tenez : voici Sarah avec sa colocataire, Ginger.

Notez qu’elle aurait pu faire ça pépère depuis le restaurant où elle était, mais non : c’est plus rigolo de raquer pour aller dans un lieu inconnu passer des coups de fil avec de la grosse musique en fond pour ne rien entendre. Hélas pour elle, c’est décidément re-re-re-re-re-re-re-re-re-pas de bol (ce film est très inspiré, je vous l’avais dit) : toutes les lignes sont occupées chez nos amis de la maréchaussée. Si on est en train de se faire poignarder, par exemple, on est invité à patienter comme un vulgaire appel au SAV de sa box internet, sur fond de musique d’ascenseur.

Cependant, et justement, voici qu’au même moment, ailleurs en ville, dans l’un des commissariats de Los Angeles, deux inspecteurs commencent à suer à grosses gouttes.

« Roger, tu as vu le dossier de la Sarah Connor qui a été tuée aujourd’hui ?
– Oui pourquoi ?
– Parce que figure-toi que c’est pas banal, on vient d’apprendre qu’une deuxième Sarah Connor vient d’être tuée !
– Hmmm… sûrement un fétichiste des Sarah Connor. Vite, je sais ce qu’il nous reste à faire ! Appelons la dernière Sarah Connor de la ville et proposons-lui de changer de nom pour Germaine Roubieux !
– J’y ai déjà pensé, Roger. Mais je n’arrête pas d’appeler chez elle et ça ne répond pas ! On a même envoyé une unité sur place, mais elle ne répond pas non plus. »

Mais ? N’y avait-il pourtant pas Ginger et Jean-Bob à l’appartement ? Si, mais hélas, ils copulent tout en portant… UN WALKMAN.

Ne me demandez pas pourquoi (à part pour arranger l’intrigue avec des ficelles grosses comme celles utilisées dans la défense de François Fillon), moi non plus, je ne me l’explique pas. Et encore moins comment les célèbres écouteurs en mousse pourrie pouvaient isoler qui que ce soit du moindre bruit. Mais bon, d’un autre côté, cela me va puisque le répondeur de nos héroïnes qui répond à la police commence par « Allô ? Allô ? Ahaha, c’est une blaaaaaague, vous parlez à un répondeur !« , ce qui comme chacun sait, est un motif suffisant pour mériter une mort abominable.

Et justement, on frappe à la porte, puis dedans, et entre donc… le Terminator.

« Z’est izi, l’appardement de la dame qui a ein scherz toute pourrie zur zon répondeur ? »

Mais aucune réponse ne vient. Non seulement les occupants des lieux ont donc un humour contestable, mais en plus, ils sont malpolis. Le Terminator se fraie un chemin dans l’appartement, et tombe sur… Jean-Bob, en petit slip, qui se détendait sur le lit conjugal, pendant que Madame était partie se faire un sandwich. Le Terminator le scanne de la tête au slip.

Quand le sexe, c’est tellement palpitant que tu demandes à ton partenaire si ça le dérange pas si tu écoutes un podcast pendant ce temps.

« Was ? Mais ? Tu n’es pas une fraülein ! 
– Et sur quoi tu me juges ? Le genre n’est pas binaire, c’est un spectre qui… »

Bon, dans le doute, le Terminator lui pète la gueule.

Ginger, elle, n’entend rien puisqu’elle a toujours son baladeur magique qui isole mieux que les casques modernes à 400€. Mais lorsque traversant une paroi, son petit ami vertement tabassé atterrit entre les deux tranches de mie de pain qu’elle empilait, elle est fort surprise.

« Mais enfin Jean-Bob ! Quand je parlais d’être prise en sandwich, ce n’est pas à ça que je… »

Elle réalise cependant que Jean-Bob ne répondra pas : il est vaguement mort. Et arrive du trou dans le mur qu’il vient de traverser le Terminator.

« Z’est toi qui fait les blakounettes zur le répondeur ? Tu trouves doujours ça rigolo, de parler à une machine ? »

Le Terminator, plein de bon sens, lui plombe la truffe comme il se doit, et estime qu’il a accompli sa tâche : il s’est rendu à la dernière adresse d’une Sarah Connor et a tué la femme trouvée sur place. Lorsque soudain… re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-pas de bol (ce film est un enchaînement fabuleux de coïncidences capables de briser ma boîte à « ÇA ALORS ! » en moins de deux, je l’ai donc mise à la cave par sécurité), c’est pile durant ces trois fatales secondes que le téléphone de l’appartement sonne et que la voix de Sarah retentit.

« Ginger ? C’est Sarah. Écoute, il faut vraiment qu’on change le message de notre répondeur, ça finira mal cette histoire si tu veux mon avis. Bon, là je t’appelle depuis un endroit appelé le TechNoir. Mais si, tu sais, c’est au douze de l’avenue Christian Clavier. Je dis ça pour que tu viennes me chercher, et vite ! Car je crois qu’il y a un pervers qui me suit. « 

Un peu étonné, le Terminator se demande par quel miracle il a entendu le bon coup de fil, pile au bon moment, le tout avec l’adresse dont il a besoin, alors que lui pensait sa mission achevée. Il se voyait déjà partir loin de la folie des hommes, racheter un ranch au fin fond du Kansas, et prendre un chat qu’il appellerait Zelda, Pixel ou Kernel, comme tout ami des machines qui se respecte. Il élèverait du bétail bio en regardant le temps qui passe, et le soir, il irait écouter le bruit de la rivière coulant derrière son pré. Puis, il achèterait une mitrailleuse lourde tuerait tout le monde, et recommencerait dans l’Ohio.

Mais là, non. Elle est enquiquinante, cette Sarah Connor !

Et encore, il ne sait pas tout, car dans le même temps, Sarah a réussi à joindre la police.

« *musique d’attente* Every step you take, I’ll be watching y… *clic* Oui allô, police de Los Angeles j’écoute ?
– Ah ben c’est pas trop tôt ! Écoutez, je m’appelle Sarah Connor, et là j’ai entendu que d’autres Sarah Connor ont été tuées aujourd’hui alors je…
– Vous tombez bien Madame Connor, je vous passe l’inspecteur sur le dossier, il voulait vous parler.
– Faites.
– Madame Connor ? Je suis l’inspecteur Roger Dupont.
– C’est d’un commun…
– Eh, oh, vous saurez que mon second prénom est Zébulon. Mes parents étaient des gens prudents, eux ! Bon, écoutez Madame Connor, où êtes-vous ?
– Au TechNoir.
– Oui je connais.
– Ah bon ? Mais ils n’y passent que de la musique de merde, comment pouvez-vous connaître ?
– C’est pas le sujet ! Restez là et ne bougez pas, j’envoie une voiture de patrouille vous chercher. Ils ne vous arrivera rien dans un lieu public. »

Sarah se commande donc un coca et attend.

Mais à la surprise générale, et alors qu’il y a des unités de police un peu partout, le premier à arriver sur les lieux est… le Terminator ! Qui lui, ne donne pas 4,50$ à madame la guichetière, refait la truffe du videur, puis inspecte la salle du TechNoir. Ou malgré d’autres coïncidences d’une qualité dignes d’une rédaction de sixième (« Oh non, j’ai fait tomber un truc au moment où le Terminator que je n’ai pas vu regardait dans ma direction, alors je me baisse pile au bon moment !« ), le Terminator finit par repérer Sarah, dont il a vu une photographie à l’appartement, et braque son arme sur elle lorsque…

Le Terminator, qui ici, sort leeeentement son arme, puis la charge leeeeentement, puis la lève douuuuucement puis… c’est rigolo comme il tuera tout le monde en un éclair, sauf sa cible, quand même.

Un gros coup de fusil à pompe l’envoie voler.

C’est l’autre voyageur temporel, qui s’était faufilé dans le bar, mais toujours sans essayer de parler à Sarah, qui vient d’intervenir. Et il envoie suffisamment de gros pruneaux dans le Terminator pour le coucher. Mais pas bien longtemps, car celui-ci se relève, sort son pistolet-mitrailleur, et commence à arroser aussi bien son assaillant que toutes les femelles humaines qui s’enfuient parce que les humains, hein, bon, ils se ressemblent tous un peu.

Ce racisme !

Sarah a la présence d’esprit de faire du rien, et d’attendre gentiment de se re-faire braquer par le Terminator, qui est re-collé au sol par un coup de fusil à pompe. Hmmm, j’ai déjà vu cette scène, et ce n’était déjà pas bien inspiré la première fois.

« Viens avec moi si tu veux vivre ! » lance le voyageur temporel à Sarah avant de filer avec elle.

Et les deux de s’enfuir par la porte arrière, poursuivis par le Terminator qui a relativement bien pris tout le gros plomb qu’on lui a envoyé. Et qui résiste à d’autres choses : comme l’explosion d’une voiture dont le réservoir est la cible des tirs de notre héros lorsque le vilain robot du futur passe à côté. Et même lorsqu’enfin, Sarah et son sauveur gagnent sa voiture, le Terminator se jette sur le capot pour donner des coups de poing dans le pare-brise qui vont coûter super cher chez Carglass. Quel petit vandale !

Heureusement, grâce à une technique habile intitulée « Et là, tu t’accroches toujours quand je percute une autre voiture ?« , c’est avec un « Scheiße ! » tonitruant que le Terminator se trouve obligé de s’en retourner se frotter langoureusement contre la chaussée plutôt que contre le premier capot venu. Un policier, qui a aperçu la scène, pense que ce jeune Autrichien qui vient de se faire renverser est une pauvre victime d’un chauffard, et informe aussitôt sur sa radio ses amis des forces de l’ordre afin qu’ils se lancent à la poursuite de la voiture en fuite qui est partie sans même demander son PV.

Pas de bol pour le brave policier, celui-ci prend une grosse claque de Terminator qui vient de se relever sur le coin du nez, et qui préfère s’emparer de son véhicule à gyrophares pour reprendre la poursuite. Ce qu’il fait sans problème, tant Sarah et son pilote roulent comme des cons en grillant les feux et en allant sur les trottoirs quand bien même ils avaient réussi à le semer. Résultat, leur comportement de neuneus est signalé à la police, et le Terminator peut entendre où ils sont sur la radio de la voiture du LAPD qu’il conduit désormais. Et pour ne pas éveiller les soupçons, usant de ses grands pouvoirs de machine, il imite la voix du flic qu’il a claqué sur la radio pour dire « Oui, oui, c’est bon, je me charge de poursuivre ces contrevenants au code de la route ! » ce qui…

Attendez ? Aaaaattendez ?

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi ce robot peut imiter n’importe quelle voix MAIS n’arrive pas au naturel à avoir un accent américain ? C’est un de ses programmateurs qui a voulu faire une blague ? « Regarde Michel, je mets en langue par défaut la voix artificielle « Hans », ça va être rigolo ! Bon, ce sera moyennement pratique pour l’infiltration, mais qu’est-ce que l’on va se marrer ! »

Remarquez, quand on a vu les James Bond avec Sean Connery, et que l’on sait que le super-espion chochotte en version originale avec un monstrueux accent écossais, on va dire que l’on pourrait presque pardonner au Terminator.

Le Terminator, ici en train de faire ses meilleures imitations de Michel Leeb.

Laissons ces interrogations linguistiques de côté et allons voir si Sarah passe un bon moment dans son Blablacar improvisé.

« Han ! Attention… je grille le feu ! Accroche-toi, Sarah ! Yaaa ! C’est bon… grillé… pfou, maintenant, regarde, je vais renverser des poubelles, hahaha !
– Mais vous êtes con ou bien ? Plus personne ne nous poursuit !
– Silence ! Tu crois que j’ai appris le code de la route dans le futur, peut-être ?
– Ah oui, j’avais pas pensé à ça.
– Le film non plus, rassure-toi. C’est pour ça que depuis le début du film, je conduisais prudemment et sans faire d’erreurs alors même que j’ai jamais appris ce qu’était un feu rouge. Alors j’ai bien le droit de déconner un peu maintenant ! Ahahaaaa ! Regarde, comment je roule sur les trottoirs ! Poussez-vous les gens !
– Bon, en attendant, ça ne me dit toujours pas qui vous êtes.
– Je suis le sergent Kyle Reese, de l’armée. Vous avez été ciblée par un robot du futur qui veut vous terminer la gueule. C’est un modèle 101 de chez Cyberdine, un squelette d’acier entouré de tissus humains, à l’origine conçu pour participer à des caméras cachées ou aller dans les zones sinistrées, comme Tchernobyl ou Rouen !
– Rouen, je vois bien, mais Tchernobyl, il y a un problème ?
– Ah c’est vrai, nous ne sommes qu’en 1984. Bon, passons, sache que comme ce robot du futur est venu te terminer, nous l’avons intelligemment appelé : un Terminator.
– Thermidor ? Vous voudriez dire que c’est une sorte de super républicain ? Ça fait très peur !
– Mais non ! Il vient terminer, c’est un Terminator ! 
– C’est nul comme nom, ça n’a aucun sens.
– Ah oui ? Et comment appelez-vous un mec pas très fin et obtu qui veut absolument vous buter ?
– Un butor. Ah, merde, oui, vous avez raison. Mais ça n’explique pas pourquoi il veut me tuer ! Je suis serveuse dans un restaurant tout pourri où même les enfants se moquent de moi ! Pourquoi des robots du futur voudraient me tuer ? 
– Parce que dans le futur, vois-tu Sarah, nous avons commis l’erreur de créer une intelligence artificielle qui devait nous protéger : Skynet. Elle était connectée à tout. Contrôlait tout. Et a décidé que la plus grande menace… c’était nous. Elle a donc déchaîné l’enfer nucléaire. Dans le futur, tout ce qu’il y a autour de toi n’existe plus.
– Même les magasins de locations de VHS ?
– Eux, ils ont pris cher. Deux fois.
– C’est monstrueux ! Il faut empêcher cela ! Mais je ne comprends toujours pas le lien avec moi ?
– Eh bien, vois-tu, moi aussi je viens du futur. Là-bas, Skynet m’avait capturé avec d’autres survivants. Nous étions dans des camps… affamés… réduits en esclavage… condamnés à travailler jusqu’à mourir d’épuisement…
– Hmmm, je commence à comprendre l’origine de l’accent autrichien de ce robot. Dis-voir, le premier nom de Skynet, c’était pas Skynazi, plutôt ?
– Non, au début c’était un site web intitulé zyklon.biz. pourquoi ? Mais bref : un homme est venu. Il nous a aidé à nous évader. À nous cacher. Et nous a appris à les combattre. Son nom… c’est John Connor.
– Han, c’est marrant, il a le même nom de famille que moi !
– Mais ? Mais c’est parce que c’est ton fils, bougre d’andouille !
– Je peux pas l’appeler Mathéo alors ?
– Non, sinon tu vas niquer l’espace temps, petite souillon ! »

Un argument que je suggère fortement aux officiers d’état-civil qui me lisent.

Reese en plein dérapage à toute vitesse, de nuit et feux éteints, alors que son objectif est de se fondre dans la circulation.

Sarah accepte plutôt bien tout cela, tant voir un larron résister à des coups de fusil à pompe et à des explosions de véhicules l’a un peu aidée à se laisser convaincre. Mais tout de même, la question se pose : Reese peut-il arrêter un Terminator ? Peut-être, dit-il d’un ton moyennement rassurant. En tout cas, il va essayer.

Mais sur ces entrefaites, le Terminator, sa voiture de police et d’autres patrouilleurs sont à leur trousse. Aussi, après diverses acrobaties, Reese parvient à cacher leur véhicule dans un parking, et à changer de voiture. Ils restent cachés là le temps que la police abandonne mais évidemment, au moment où ils mettent le contact… qui passait piiiiile à ce moment là juste à côté ?

Le Terminator !

« HO BEN ÇA ALORS ! C’est fou les télescopages dans ce film !
– Raaah, Sarah, c’est ta faute ! Avec ta coupe de cheveux, même allongés dans la bagnole à l’arrêt, on nous repère super facilement ! »

C’est donc reparti pour une course-poursuite ainsi qu’une fusillade parce que hein, bon, il ne faudrait pas se priver. Évidemment, la zone qui était emplie de policiers deux minutes avant est désormais entièrement vide de tout ce qui porte le badge et la casquette, et tout le monde peut donc ravager gentiment la moitié de la ville, avant que Reese n’use d’une technique de fourbe : foncer dans un mur avec le Terminator au moment où il se mettait à leur niveau pour les arroser, avant de jouer à « qui freine le dernier« .

Reese pourrit la partie en freinant le premier, quant au Terminator, ayant quelques problèmes de ping, il effectue un ragequit malgré lui en rentrant très vite et très fort dans le mur.

La police apparaît alors enfin inexplicablement, avec environ 12 000 véhicules qui arrivent à la queue-leu-leu pour arrêter nos héros… et inspecter le véhicule accidenté. Où ils ne trouvent pas trace du conducteur. Car, oui, les 12 000 policiers (voire 24 000 s’ils sont deux par voiture) ont tous loupé le bodybuilder Autrichien qui s’extrayait du véhicule renversé. Ah, ben oui, mais c’est si petit ces choses-là, hein, il faut les comprendre.

La police locale n’arrive que pas grappes de véhicules ou pas du tout, selon les besoins de l’intrigue.

Le Terminator regagne ainsi sans encombre, et surtout sans explication quant à sa soudaine furtivité, sa chambre d’hôtel à l’Ibis du coin puisque oui, là aussi, sachez qu’il a sa petite chambrounette. Il est comme ça, il fera passer ça en note de frais à Skynet dans 35 ans, en espérant que le petit-déjeuner inclus passera le firewall. La chambre d’hôtel est d’ailleurs elle-même fort bien équipée, puisqu’il a déjà sur place tout le matériel pour faire des maquettes, à savoir de la colle et un scalpel. Mais au lieu de construire avec ça une réplique du Yamato comme le ferait toute personne normalement constituée, il préfère s’extraire le plomb qu’il a encore dans le bidou, se retirer le faux œil humain endommagé qui couvre son vrai œil cybernétique, et remet un coup de tournevis là, un de clé de douze ici, et c’est reparti. Et pour cacher son œil endommagé qui lui donne des airs de Gilet Jaune, il sort de sa poche une autre trouvaille inattendue : une énorme paire de lunettes de soleil qui le font ressembler à l’instagrameuse moyenne.

Ce Terminator n’a aucun amour propre.

Sa pause finie, il retourne au boulot, parce que le temps passe et, Sarah Connor, elle ne va pas se tuer toute seule, dites voir.

Et il y a effectivement peu de chances, puisque Sarah et Reese sont au commissariat du coin. Sarah, considérée comme une victime, à qui on explique que son agresseur autrichien qui survit aux balles, c’est sûrement juste un gilet pare-balles et un peu de drogue qui lui permettent ce genre d’aventures, quant à Reese, lui est cuisiné car on cherche à comprendre en quoi ce garnement est lié à l’affaire.

Et le fait qu’il explique venir du futur n’arrange rien.

« Pfffrttt… ‘tendez, ‘tendez les gars… Monsieur Kyle Reese, redites-nous des trucs sur le futur… allez, soyez sympa !
– Bon, d’accord. Dans le futur, l’un des présidents des Etats-Unis sera noir.
– AHAHAHA ! Naaaan, allez, des trucs crédibles quoi !
– Mais ? C’est vrai ! Même que Donald Trump aussi !
– Le mec de l’immobilier ? AHAHAHAHAHA !
– Arrêtez de rire ! C’est important ! Tenez, saviez-vous que l’acteur du mec qui essaie de nous tuer deviendra gouverneur de Californie ?
– Bougez pas les gars, faut que j’appelle mon frère, c’est un mec ultra-rationnel, ce genre d’histoires, ça le fait marrer. Lui, faut pas lui raconter de salades.
– Il fait quoi dans la vie ?
– Du solide : il bosse chez Lehman Brothers, pourquoi ?
– Alors à ce sujet… »

Nouvelle tournée générale de rigolade, et une fois les larmes de rire des policiers séchées, on se remet au travail.

« Bon, reprenons, Monsieur Kyle Reese. Donc d’après vous, ce… Terminator a été envoyé dans le passé par un ordinateur du futur, Skynet, pour tuer Sarah Connor, mère du futur héros de la résistance, John Connor ?
– Voilà.
– Mais pourquoi fait-il ça ? Envoyer ce robot ? Si Skynet a gagné la guerre ?
– Non mais là, en fait, hop, on venait de regagner la guerre dans l’autre sens. Donc c’était un geste désespéré. Une tentative de réécrire l’histoire de Skynet pour effacer son ennemi.
– Hmmm… c’est quand même un gros coup de moule que Skynet ait attendu que vous ayez complètement gagné pour utiliser son arme surpuissante pouvant vous éradiquer, non ?
– Vous aussi vous avez noté comme ce film n’est qu’une énorme suite de coïncidences, de télescopages et de décisions malheureuses ?
– Oui, je doute que ce film devienne culte un jour. Mais passons… donc vous êtes parti dans le temps à la poursuite du Terminator. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, le temps. Si le Terminator est parti dans le passé avant vous, ça aurait dû instantanément changer le futur. Ce n’est pas du « Oh, il est parti dans le passé il y a cinq minutes, donc il n’a influencé que cinq minutes du passé ». Vous comprenez ? Donc en fait, c’est impossible, votre histoire.
– Non mais je… le temps… c’est… une sorte de grosse boule de…
– Okay, je vois, il n’y a donc aucune explication. Bon, on va dire que ça passe. Mais sinon, pourquoi est-ce que le Terminator a tué les autres Sarah Connor ? Il ne savait pas laquelle était la bonne ?
– Non. La plupart des archives ont disparu dans le feu nucléaire.
– Alors oui mais plus tôt, vous disiez que Skynet était relié à tout. Seriez-vous en train de me dire que ce super-ordinateur était relié à tout… sauf à l’annuaire ? Et encore moins à l’état-civil ? »

Skynet qui serait moins puissant qu’Alexa : je ne sais si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire de remonter le temps PLUS LOIN pour que j’arrive plus tôt et dispose de tout le temps nécessaire pour mettre Sarah en sécurité ? Si je fais ça, je gagne facile, vous êtes con ou bien ? »

« Nan mais heu… voilà, en fait, c’est un ordinateur très mal informé. Tout ce qu’il savait, c’était que la mère de John Connor s’appelait Sarah Connor et vivait à Los Angeles.
– C’est un peu pourri, comme plan. Comme le vôtre, d’ailleurs.
– Comment ça ?
– Ben pour arrêter le Terminator, vous retournez dans le passé à sa poursuite, à une époque où vous arrivez littéralement à poil et sans armes adaptées. 
– Non mais ça, c’est parce l’on ne peut pas envoyer dans le passé des objets inertes.
– Heeeem… comme un robot tueur ?
– Oui mais il est enrobé de viande donc ça passe !
Et rouler votre arme dans du jambon ? Vous n’y avez pas pensé ?
– Ah oui, merde.
– Même une grenade dans le rectum aurait fait l’affaire. Enfin ce n’est pas le sujet : pourquoi n’êtes vous pas remonté… juste avant que le Terminator ne parte dans le temps ? Comme ça vous l’en empêchiez, avec tout un tas d’armes futuristes non loin, voire vous pouviez même revenir avertir vos potes pour lancer une action commando et pouf, c’était bouclé. Mais non, vous avez choisi d’affronter l’ennemi en slip et à une époque où personne ne pourra vous aider. Ou bien encore, vous auriez pu remonter avant l’arrivée du Terminator, mettre Sarah en sécurité pépère en prenant votre temps et…
– On pourrait arrêter de parler du fait qu’on a fait la pire utilisation possible d’une machine à remonter dans le temps, à savoir m’envoyer au moment où l’ennemi avait le plus gros avantage sur moi ? »

Le Terminator, qui est quand même un peu embêté parce que le film porte son nom et que l’intrigue est sérieusement en train de se vautrer, décide d’arrêter tout ce cirque en se pointant directement au commissariat.

« Hallo ! Che voudrais foir Sarah Connor, bitte !
– Patientez là s’il-vous-plaît Monsieur.
– Attendre ? CHE REFIENDRAI ! »

Et le Terminator d’aller chercher une automobile pour s’en servir de bélier, et s’inviter ainsi dans le commissariat, pour une séquence intitulée « Les policiers courent partout mais tirent peu« . Vous vous souvenez du début du film, quand le Terminator était mis au sol par un simple coup de fusil à pompe ? Eh bien là, non seulement personne ne lui tirera dessus avec ce genre de calibre pourtant courant dans la police, mais même quand la maréchaussée se rappelle qu’elle a une armurerie et va chercher ses fusils d’assaut, c’est principalement pour les agiter sans trop tirer sur le robot tueur. Faudrait pas le blesser. C’est bien plus rigolo de courir partout en hurlant « Houloulou ! »

Savourant cette ambiance bon enfant où on ne lui tire pas trop dessus, le Terminator décide de couper le jus pour éteindre les lumières du bâtiment et ainsi profiter d’une atmosphère plus intime pour faire connaissance avec les fonctionnaires du bâtiment. Reese, qui sent une douce odeur de pâté émaner de cette situation, en profite pour s’évader, récupérer Sarah, piquer une voiture et filer. Bien évidemment, le Terminator les repère, mais alors que jusqu’ici, il ne manquait aucun tir (il a même tué des policiers en tirant au travers des murs), sitôt qu’il tire sur les héros, zut alors ! Il vise tout à côté ! Son logiciel paslesgentils.exe fonctionne à la perfection.

Reese et Sarah, eux, roulent jusqu’à ne plus avoir d’essence. Ce qui au vu de la consommation d’une voiture américaine moyenne de 1984, représente peu ou prou 11 kilomètres. C’est donc un peu à l’écart de Los Angeles que nos larrons abandonnent le véhicule, et finissent par aller se planquer sous un pont pour une soirée à thème « Paris quartier Gare du Nord 2019 » des plus réaliste. Et comme il fait un peu froid, on se serre gentiment l’un contre l’autre. Et on papote.

« Reese…
– Oui ?
– Comment est mon fiston ? John ?
– Il a à peu près ma taille… il a tes yeux… il est fort, courageux… et puis il est trobô. J’ai un poster de lui dans ma chambre.
– Je ne sais pas Reese mais… l’espèce d’obsession malsaine que tu as pour mon fils… il y a un truc qui me dérange.
– Non mais attends, il est sympa. Il m’a même laissé un message pour toi : « Merci pour tout, t’assures chaussure ». C’est complexe, mais bon. Je n’ai jamais bien compris ses rapports avec toi. Quand j’étais plus jeune, il m’a filé une photo de toi. Sans explication.
– Okay, lui aussi il est bizarre à distribuer des photos de sa mère au tout venant.
– Oui enfin je m’en suis bien servi pendant les longues soirées de solit… »

Je suggère que nous passions.

Et parlions plutôt du flashforward que Reese a alors qu’il s’endort. Et revoit la guerre dans le futur, avec les derniers modèles de Terminator, déguisés en humain, qui infiltrent les planques de la résistance pour sulfater tout le monde. Et une fois de plus, on aperçoit Reese qui se retrouve dans une planque prise d’assaut par l’ennemi, avec des incendies qui se déclarent alors que le Terminator infiltré tue tous ses amis et que lui-même gît au sol à sa merci et…

Pouf, il se réveille.

Décidément, tous ces souvenirs où il était sur le point de mourir et où il se réveille pile au moment où il aurait fallu justifier de comment il s’en est miraculeusement sorti, c’est bien pratique.

Reese, encore en train de crever, attendant gentiment le changement de scène pour s’en sortir.

En effet, le matin est là, et nos héros reprennent la route pour aller pieuter à l’hôtel du coin car… aaattendez, il y avait un hôtel à côté mais vous avez préféré passer la nuit sous un pont ? Qu’est-ce donc que cette histoire ? On va supposer que c’était un plan foireux de Reese pour forcer Sarah à se coller contre lui. Les deux compères prennent ainsi une chambre dans un motel pourri, et Reese s’en va à Monoprix pour mieux en revenir chargé de tout un tas de produits chimiques.

« Reese ? Mais ? Bordel, je t’envoie chercher des pâtes et toi tu me ramènes de la soude !
– Non mais c’est parce que je me suis dit qu’on pourrait se faire une petite activité sympa, tous les deux. Tu aimes le do-it-yourself ?
– Ah oui, des fois je me fais des bagues avec de vieux couvercles de yaourt pour rigoler.
– Bon, eh bien toi et moi, on va fabriquer des explosifs. »

Aaaaah, c’est sûr que vous, à côté, avec vos soirées Netflix à glander sous le plaid en pilou, c’est quand même moins sympa que les activités de couple de Reese et Sarah !

D’ailleurs, le plan de Reese marche tellement bien qu’effectivement, Sarah et lui décident de se faire des bisous, puis d’emboîter des trucs dans des machins. Cependant, ne reproduisez pas cela chez vous les enfants : si vous proposez une soirée fabrique d’explosifs à votre prochain plan Tinder, il y a de bonnes chances que vous soyez réveillé demain matin par toute une brigade du GIPN qui vous proposera elle aussi de découvrir l’amour, mais plutôt à Fleury-Mérogis.

Une scène cruelle, car pendant que nos héros s’adonnent aux joies des échanges de fluide, le Terminator, lui, est seul avec son huile de vidange dans sa chambre d’hôtel. Personne ne l’aime ni ne comprend son petit cœur plein de pistons. Pour combler ce vide affectif, il prend le taureau par les cornes, et grâce à des affaires récupérées ici ou là au fil de ses raids, il trouve l’adresse de Maman Connor. Peut-être qu’elle, au moins, voudra bien l’enduire d’huile de coude ?

Mais il faut croire que non, car à peine le fripon s’est-il rendu sur place que non seulement, on découvre qu’il a tué la maman (sûrement durant les ébats), mais en plus, plus puéril que jamais, voilà qu’il refait des imitations au téléphone pour faire des blagues, surtout quand Sarah appelle et qu’il prend la voix de sa mère pour répondre.

« Maman ! Maman, je sais que tu dois être morte d’inquiétude !
– D’inquiétude, pas forcément mais je t’écoute ma chérie.
– Je voulais te dire que je vais bien. Je suis en sécurité.
– Formidable ma petite Sarah. Pourrais-tu juste me dire où tu te trouves ? Ou me donner un numéro où te rappeler ?
– Bien sûr moment. Tu peux me rappeler à ce numéro : le 8.
– ACH !
– Pardon ?
– Je voulais dire « Ah ! » fort bien, c’est noté.
– Et maman, une dernière chose…
– Oui ?
– N’ouvre pas aux robots que tu ne connais pas. »

Un sage conseil mais qui arrive un peu tard, puisque Maman Connor a déjà pris tellement de coups qu’elle ressemble au département communication d’Ubisoft en ce moment. Sarah n’a pas réalisé qu’elle avait affaire au Terminator qui une fois de plus, utilisait son module Laurent Gerra, et qui s’empresse de remonter le numéro de téléphone pour trouver l’adresse du motel et venir y distribuer quelques pruneaux.

C’est donc quelques heures plus tard que le chien du patron du motel se met à aboyer, mettant nos héros en alerte. Ils ont à peine le temps de voler une voiture et de s’enfuir que déjà, le Terminator est à leurs trousses.

« Ça fait quoi maintenant ? Trois ? Quatre fois qu’on a des scènes de vols de voitures et de poursuites ?
– Silence Sarah, je conduis ! 
– Je vois bien mais bon, c’est répétitif tout ça. J’espère qu’on n’en fera pas une série. »

Reese préfère ne pas lui parler des films suivants. Elle n’est pas prête.

C’est donc parti pour une nouvelle série de cascades, durant lesquelles Sarah conduit pendant que Reese tente de jeter ses explosifs improvisés sur leur poursuivant à moto. On notera que ses explosifs doivent être un peu pourris, car ils n’arrivent même pas à vaguement déstabiliser la moto, et semblent à peine capables de souffler une trottinette. C’est un peu décevant, Monsieur Reese ! Surtout que plus tôt dans le film, dans un de vos flashforward, les mêmes explosifs faisaient péter des tanks géants ! J’ai l’impression que l’on a conçu plus de bébés que d’explosifs, hier soir, petit rabouin !

Finalement, et devant la pitoyable stratégie de Reese qui se ramasse même un pruneau dans l’affaire, Sarah propose une technique moins originale, mais plus reconnue, consistant à percuter la moto avec leur voiture. Ce qui envoie en effet le Terminator voler, et il finit sa course sous les roues d’un camion citerne. Dont le chauffeur est un peu paniqué : merde, il vient de rouler sur un gros musculeux, il espère que ça ne lui a pas ruiné les suspensions, sinon ça va encore être retenu sur sa paie !

Mais à sa grande surprise, il trouve sous ses roues un accidenté pour le moins bougon, qui a tôt fait de lui claquer la truffe, avant de s’emparer du camion. Et de foncer… sur la voiture de Sarah et Reese qui suite à tout ce carambolage, ont eux-même fini quelque peu accidentés. Heureusement, on notera que là encore, c’est la pluie de trucs qui tombent bien, puisque :

  • Sarah parvient à extraire Reese blessé du véhicule accidenté piiiiile à la dernière seconde
  • Ils s’enfuient en courant… poursuivis par le camion qui n’arrive pas à les rattraper. Et ce, durant de longues minutes.

Ah, on le sait peu, mais la Sarah Connor peut courir à environ 80km/h lorsqu’elle est poursuivie par un prédateur, fut-il venu du futur. Quel animal majestueux.

Vous vous souvenez quand vous rigoliez de Jurassic World et de sa donzelle en talons qui bat un T-Rex à la course ? Je vous présente cette scène d’un film culte.

Et puis finalement, Reese, malgré ses bobos, utilise l’une de ses bombes sur le camion-citerne, provoquant une explosion absolument gigantesque suivie d’un incendie qui semblent avoir raison du Terminator. Il peut donc se jeter dans les bras de Sarah.

« Oh, Reese ! C’est fini, maintenant !
– Sarah… j’ai bobo…
– Tu ne crains plus rien ! Ce camion en explosant a fait une explosion largement plus grande que celle avec laquelle on te voyait détruire un tank géant plus tôt dans le film ! Alors si un tank géant ne résistait pas à ça, un simple bidasse mécanique doit être transformé en jeu de Mécano !
– Sauf si… sauf si…
– Sauf si quoi ?
– Sauf si le film veut en plus finir sur le cliché du « les héros finissent dans un lieu désert à s’affronter en roulant par terre. »

Seigneur, non ! Pas ce cliché tout pourri !

Et si. Car en effet, le Terminator a survécu à l’explosion, et décide de reprendre la poursuite à pied. Heureusement, et malgré tout cela, aucune voiture de police ne vient l’embêter, et d’ailleurs, toute la rue est subitement déserte. C’est ça, la magie de la réalisation les enfants. Mieux encore : il y a juste à côté une usine déserte (ÇA TOMBE BIEN ALORS !x12) où Reese et Sarah vont trouver refuge. Et à peine à l’intérieur, Reese se met à allumer toutes les machines, activer toutes les presses…

« Mais ? Reese ? Où diable as-tu appris à mettre en marche des machines que tu n’as jamais vues ? Et comment sais-tu exactement dans quel ordre activer ces boutons ?
– J’ai un BTS en électromécanique. »

Certes, mais cela ne protège pas pour autant du Terminator qui sur ces entrefaites, est rentré dans l’usine. Reese tente bien de l’arrêter en faisant de l’escrime de barre en métal, mais cela finit mal pour lui, puisque le Terminator le tue. Mais pas avant que Reese… ne dépose son dernier explosif dans le cyber-rectum du larron ! Car oui, c’est bien à ce niveau que ce farceur de Reese glisse son bâton de dynamite, et c’est donc une explosion semblable à l’équivalent de 200 soirées Tacos qui, enfin, a raison du bas du corps du Terminator.

Grâce à son niveau 2 de roublard, Kyle Reese fait double dégâts lorsqu’il glisse des explosifs dans le cyberslip de l’ennemi.

La poursuite continue donc, mais en rampant, avec d’un côté, un Terminator unijambiste, et de l’autre, une Sarah qui est tombée dans les escaliers de l’usine et s’est faite une fracture ouverte. C’est donc une sorte de combat de paraplégiques qui a lieu sous nos yeux ce qui, disons, n’est pas vraiment épique. Heureusement, Sarah finit par feinter le Terminator en rampant dans une presse pour qu’il la suive, et sitôt qu’elle est passée, elle aussi utilise ses compétences de quatrième techno pour activer ladite presse et transformer, enfin, le Terminator en Patacrépator, le célèbre robot normand.

L’ennemi est vaincu ! Joie !

C’est donc ce moment que la réalisation, qui a décidé que ça manquait de coïncidences grossières depuis deux bonnes minutes, lance en fond le bruit des sirènes de police, qui arrivent enfin. Juste à temps pour emmener Sarah à l’hôpital. Pour Kyle Reese, par contre, ce garçon a pour la première fois de sa vie de l’avance, puisqu’il saute cette étape pour aller directement dans un sac à macchabées.

Sarah est donc soignée… mais à présent, elle connait son sombre futur.

Aussi quelques temps plus tard, nous la retrouvons qui roule à fond les ballons dans le désert, avec une grosse jeep qui pollue, parce que quitte à avoir un futur pourri, autant le pourrir soi-même. Et comme si ça ne suffisait pas, Sarah emmerde aussi le code de la route, puisqu’elle conduit en enregistrant des cassettes pour son futur enfant, car oui, elle est enceinte.

« Futur bébé, John, sache que ton papa, c’est Kyle Reese. Je sais que ce sera chaud de le renvoyer dans le temps, mais si tu ne le fais pas, tu n’existeras pas. Et sache que lui et moi nous sommes peu connus… mais nous nous sommes aimé pour toute une vie. »

C’est-à-dire qu’entre les courses-poursuites, la fabrication d’explosifs et les passages au commissariat, ton « toute une vie« , il est quand même un peu pourri, hein. Et puis quitte à faire des enregistrements pour ton fils, tu n’aurais pas pu glisser dedans ton adresse ? Histoire que Kyle Reese n’ait pas à te chercher. Et qu’il puisse, je ne sais pas, moi, ainsi te sauver plus vite, vivre plus longtemps voire sauver tes colocs ? Quitte à laisser des messages, autant te rendre utile. Mais non, car Sarah, vous l’avez compris, n’est pas bien rusée.

Mais voici qu’il faut faire le plein de sa jeep qui consomme 120 litres au cent, et elle s’arrête dans une station essence où un vieux mexicain lui dit que pas de problème, il va lui faire le plein. Et débarque soudain un petit enfant lui aussi hispanophone, qui prend une photo de Sarah, et lui dit :

« Madame, madame ! Vous êtes très belle, alors je fais une photo de vous ! Par contre, il faut me l’acheter 5 dollars, sinon, mon père va me battre ! »

Je ne blague pas : c’est ce qu’il dit. Sarah est donc face à un enfant qui se fait battre par son père, et répond…

« Je t’en donne 4. »

Sarah Connasse, donc.

« Quatre dollars, juste pour le plaisir de savoir que tu vas te faire défoncer la gueule. »

C’est donc un enfant qui va se faire retourner la gueule pour un dollar que Sarah abandonne derrière elle, avant de reprendre la route. Car à l’horizon, une tempête se prépare. Et…

… FIN !

Voilà. Et donc, ça, quand vous en parlez, les gens vous disent « Ah, qu’est-ce que c’était bien !« . Finalement, le film est bien une fable sur les dommages du temps.


Je conclus sur ce document exclusif tiré des poubelles du tournage :

Sur ce, je vais chercher mon casque Adrian : quelque chose me dit que sous peu, une horde d’individus outrés parce que l’on vient de toucher à leur jeunesse va venir hurler à la mauvaise foi.

Ici ? Allons.

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Un odieux connard

Ainsi parlait Jacques Chirac.

Je n'ai pas zoomé, soit dit en passant : ceci est un plan complet juste sur les chaussures. Subtil.

Oh, et le petit polo bleu avec veste rose, voilà qui donne envie de se crever les yeux là, tout de suite.

Le changement de scène, cet outil ultime pour tous les scénarios à trous.

Ginger, ici en train de faire un cosplay capillaire de Kilo Ren dans Star Wars, comme l'auront noté les connaisseurs.

Personnellement, je suis sûr qu'elle écoute Axolot pour au moins s'instruire pendant ce temps.

Ça s'appelle une méthode pourrie parce que le film ne tient pas.

Le Terminator a gagné en talents d'imitateur, mais a perdu ses sourcils d'ans l'affaire.

Ah, éventuellement, ça marcherait sur le périph parisien un vendredi soir.

Sûrement un hommage aux Big Wings de la bataille d'Angleterre.

Les voyages dans le temps, c'est trop puissant, merci de ne plus en mettre dans vos films.

Sinon, vous pouviez éviter de mettre des séquences où Reese se trouve dans la pire panade possible, c'était moins cher et moins con-con.

Le camion, en bon prédateur, se camoufle ici habilement derrière des arbustes pour garder l'effet de surprise.

Ne faites pas ça chez vous les enfants.

Et puis fais-moi le pare-brise, petit con !

Harry Potter & le Brexit enchanté

Le Brexit est très décevant.

J’entends par là que depuis des siècles que nous tentons de bouter l’Anglais loin de chez nous, à grands renforts de châteaux et de forts, de navires et de canons, voici que la perfide Albion décide de se chasser toute seule. Voilà qui rend grognon, et qui, laissez-moi le dire, est tout de même un peu mauvais joueur. À défaut de tirer les premiers, les Anglais se tirent d’abord, et si cela a donné lieu à un palpitant feuilleton intitulé « Attention je pars ! 3… 2… 1… on revient à 2… 1 et demi… » il n’en reste pas moins que les conséquences vont être grandes pour le pays du pudding.

Pourtant, s’il est un sujet que l’on n’évoque que peu dans les accords, et pourtant central pour les geeks du monde entier, c’est celui-ci : quid du ministère de la magie ?

Car si vos enfants sont à Poudlard, vous devez suer à grosses gouttes. Aussi, rassurez-vous, et lisez la suite.

Je vous laisse cliquer sur la vignette ci-dessous, pendant que votre serviteur retourne courir par monts et par vaux.

Comme toujours, cliquez donc.

Le 31 octobre, les sorciers frapperont aux portes, vous verrez.

 

 

Vignette

Un odieux connard

Et comme toujours, vous préférez rester là à regarder ce que j'ai écrit ici, vous êtes impossibles.

De l’élégance des dames

Mesdames, l’heure est grave.

Dans moins d’une heure, vous avez rendez-vous avec Armand-Brandon, le petit nouveau du service communication, et voilà que vous êtes encore en pyjama pilou, un plaid en rotonde sur vos épaules, votre mug « Drink tea and carry on » à la main. Car vous êtes paralysée par toutes les questions qui, montant des tréfonds de votre être, font grimper la tension à chaque seconde : comment vous habiller ? Comment vous comporter ? Et où diable avez-vous rangé votre boîte de balles dum-dum pour votre Derringer spécial rendez-vous Tinder ?

Point de panique. Car une aimable lectrice a déniché cette perle : https://apprendre-les-bonnes-manieres.com/

Enfin, vous pourrez trouver les réponses à ces grandes interrogations que sont Puis-je arriver à un rendez-vous en crocs ? Il m’emmène au kebab : qu’est-ce que cela signifie ? Si la première balle ne le tue pas, dois-je viser la nuque ou le front ? et autres sujets que toute dame qui se respecte a déjà rencontré. Car le site, tenu par une certaine Hanna Gas, coach en savoir-vivre et en étiquette, va vous permettre de trouver promptement solution à vos problèmes. Aussi, vous pouvez arrêter d’imbiber votre pilou de sueur : allons-y pour découvrir les 5 astuces à connaître lors d’un premier rendez-vous galant.

Première règle : ne jamais le laisser vous immobiliser les mains. C’est un piège grossier. Dès qu’il mentionne qu’il aime PNL, pétez-lui les poignets.

Et tout de suite, mettons les choses au clair :

Cet article est destiné essentiellement aux femmes.

Mais pas uniquement. Il y a donc peut-être des conseils qui intéresseront d’autres genres, comme par exemple, les hommes, les androgynes, les bigenres, les maveriques (si, si, et non, non, pas celui de Top Gun) ou les panzer-fluids comme moi. Afin de savoir si après le premier verre, on a le droit de sauter par-dessus la table en hurlant « Dis-moi où Joukov a planqué ses chars ! » ou bien s’il faut au moins attendre le second rendez-vous. Les subtilités de la séduction.

Mais, allons ! Assez parlé, et lisons donc.

Vous faites comme vous voulez. Vous êtes libres et intelligentes. Vous avez déjà de l’expérience dans de nombreux domaines, peut-être même plus que moi pour ce qui est des hommes.

Dans cet article, je considère la position d’une apprentie-lady qui rencontre un apprenti-gentleman et qui pressent que ce peut être LE bon. Il est question d’une relation à long terme pas d’une aventure d’un soir, ou « juste pour s’amuser le temps que cela durera ».

Notez qu’en France, on dira plutôt une dame et un gentilhomme, tant chacun sait qu’au premier rendez-vous, si la personne face à vous abuse d’anglicismes, il faut l’arroser avec un spray à eau comme un vulgaire félin pris en faute, en hurlant « Ksss, ksss, retourne dans ton cabinet de publicitaire !« . Par ailleurs, si la personne s’exclame « OMG » ou « lol » à voix haute, rappelons que la convention de Genève ne s’applique plus, et que vous avez de plein droit possibilité de faire se rencontrer sa tête et la table de manière vive et bruyante à de nombreuses reprises.

Cependant, passons. Car mesdames, ce soir, vous ne cherchez pas un homme. Non, vous cherchez l’homme de votre vie.

Évitez quand même de l’annoncer tout de go : si dans les dix premières minutes, vous expliquez que vous êtes là pour penser mariage, vous risquez soit de vous prendre une série de bombes de fumées ninja dans la margoulette, soit de découvrir que vous êtes au casting de Greg le Millionnaire. Le premier cas restant plus enviable que le second, notez.

J’ai conscience que cet article peut me faire perdre des lectrices. Mais c’est un risque que je suis prête à prendre… pour aider des jeunes filles qui entrent seulement dans le monde.

Personnellement, j’aurais tendance à conseiller aux jeunes filles qui entrent seulement dans le monde de ne pas forcément penser au mariage de suite si le monde, elles veulent justement le découvrir. La vie, c’est un peu comme les vacances : quand on est en âge de la découvrir, on en profite pour voyager un peu. Après, rester à Roubaix toute sa vie, ça a son charme, mais disons que ladite vie est souvent plus courte.

Mais étant un mâle blanc cis-hétérosexuel, soit un synonyme de Satan sur ces questions, mon avis n’est probablement pas pertinent. Je m’en retourne oppresser autrui.

Lorsque vous sortez avec un homme pour la première fois, vous avez déjà, fort probablement, échanger des messages. Ce n’est donc pas un parfait inconnu qui se présente à vous.

Plus encore en sachant que nous sommes en 2019 et que les jeunes filles qui entrent seulement dans le monde ont déjà reçu plus de photos de kikoutes que de fleurs de la part de leur prétendants. Dans le cas présent, soyons cependant beaux joueurs : disons qu’Armand-Brandon est un garçon raffiné, aussi, il ne vous a pas envoyé de vulgaires dick pics.

Non, lui, il faisait des mises en scènes avec de petits chapeaux et des accessoires, et vous êtes particulièrement fan de sa reconstitution de l’affiche du film La Chute, en utilisant uniquement un fond gris, son zboub et une casquette de police Playmobil. Oui : Armand-Brandon a su faire vibrer votre âme d’esthète.

Cependant, et sans rapport avec La Chute, laissons Mme Gas nous expliquer comment se préparer pour le rendez-vous qui s’annonce.

Les 5 prérequis pour faire de la soirée un succès :

 

1. Votre apparence

Le blog compte des dizaines d’articles sur l’élégance vestimentaire. Je vous invite à appliquer les principes de décence, de féminité et d’élégance. Chaque mot a une définition précise. Méditez-les. Voici des pistes :

Soit : allons-y.

Décence : oui, je l’ai mis en premier. L’homme veut voir en vous la mère de ses futurs enfants, pas une fille de plus. La nudité avoisine la vulgarité de nos jours. Chères ladies, couvrez-vous. Dans le doute, soyez trop couverte plutôt que pas assez.

Parce que c’est connu : si vous êtes « une fille », personne ne vous prendra au sérieux tant les filles, c’est nul. Et si le Monsieur disparaît au petit matin dans un rire diabolique, c’est votre faute : vous n’aviez qu’à ne pas découvrir vos épaules comme ça, espèce de coquinette. J’aime ce discours résolument moderne.

Pour mêler décence et sujets de société dès le premier rendez-vous, il y a des solutions simples.

Dans le doute, habillez-vous directement en maman : un tablier de cuisine, et une manique à chaque main. Cela donne une élégance épatante au moment de saisir votre verre de vin au restaurant, mais rappelle surtout tout de suite que vous connaissez votre place, ce qui rassurera Armand-Brandon qui a probablement un crucifix pour éloigner les femmes en tailleur.

Féminité : je vous invite à revoir la vidéo 17 moyens d’être plus féminine.

Mais, on ne demande que ça. Et comme je suis généreux, et que je sais qu’on me lit au boulot, allons voir cette vidéo pour en extraire quelques conseils et les poser ici.

Je le dis toujours, pour identifier une femme, référez-vous toujours au logo qu’il y a sur la porte des toilettes

C’est donc posé : le modèle qui sert de base de départ à notre coach en élégance est donc la porte des toilettes.

L’élégance, c’est un concept très relatif. Mesdemoiselles, arrêtez de vous faire du mal en essayant de ressembler aux filles des magazines : celles des WC vendent bien plus de rêve.

Mais ne soyons pas de mauvaise foi – je ne supporte pas cela – et ajoutons que si elle prend ces modèles, c’est parce que pour être une vraie femme féminine, il faut porter « des robes et des jupes« . Dès qu’une femme porte un pantalon, c’est connu, elle a soudain la barbe qui commence à lui pousser, sa voix mue, et elle se rue en poussant des grognements vers le bureau de recrutement le plus proche pour rejoindre les pionniers de la légion étrangère. On la retrouve généralement peu après, chantant « Tiens, voilà du boudin » au fin fond du Mali.

Le pantalon, ce danger pour la féminité trop méconnu.

Les cheveux longs sont attribués à notre époque et dans notre culture actuelle aux femmes

Je pense qu’il est temps d’emmener cette coach au HellFest. Tout un monde de possibilités va s’ouvrir à elle.

Dans la bouche d’une femme, les vulgarités sont beaucoup plus préjudiciables que dans la bouche d’un homme

Je vous laisse le soin de vous indigner quant à cette rupture de l’égalité ; de mon côté, je dirai simplement que « L’amour, c’est dire des choses odieuses ensemble en regardant dans la même direction ».

Ne croisez pas les jambes !

Dans Basic Instinct, Sharon Stone était d’ailleurs célèbre pour cette scène repoussante où elle croisait les jambes : à l’époque, les hommes hétérosexuels quittaient la salle tant c’était trop masculin à leur goût, on s’en souvient bien.

Après, tout dépend de votre nombre de jambes. Au-delà de deux, il est effectivement recommandé de ne pas attirer l’attention sur celles-ci. Au-dessous, vous êtes Sarah Bernhardt.

Essayez d’avoir un visage neutre au repos qui soit tout de même souriant

Souriez tout le temps, quoi.

Même au repos. Même en dormant. Vous devez être agréable à regarder quoiqu’il arrive. Si jamais on vous aperçoit du coin de l’œil en train de ne pas sourire, alors que vous êtes pourtant en train de rentrer vos immobilisations trimestrielles dans Ciel Compta (le tout avec des maniques, je vous le rappelle), vous devez avoir l’air de passer un bon moment, quand bien même intérieurement, vous vous demandez si votre convention obsèques prend en charge le suicide.

Et si vous avez du mal à gérer vos expressions faciales, mesdames, n’oubliez pas ce petit truc bien pratique : le lifting. Après ça, plus de soucis.

Sois belle et tais-toi.

C’est un conseil. Si, si. Mais cela reste cohérent : parler et sourire comme une potiche en même temps, ce n’est pas facile. Ce pourquoi, tout le monde le sait, les femmes qui ont le plus de succès sont les ventriloques. Ce qui permet par ailleurs un nombre de pitreries des plus cocasses au lits : pensez l’érotisme d’une orgie avec Jeff Panacloc.

Stop à l’humour sarcastique, amer, blasé

Mes lectrices seront donc déçues d’apprendre qu’elles ont la féminité d’un Jean-Marie Bigard en rut.

Alors que, que diable, qu’y a-t-il de plus élégant qu’un sarcasme bien tourné ? Si on me dit que Pierre Desproges était vulgaire, j’ai hâte de savoir quel humour est élégant. Quant à chercher un homme qui trouverait grossier toute forme d’humour noir pour rester avec jusqu’à la fin de vos jours… disons que tant qu’à faire, prenez-le pharmacien : vous aurez bien besoin du prix grossiste sur le Xanax.

Personnellement, je ne m’estime pas comme blasé ; est-ce ma faute si autrui est médiocre ?

Limitez les boissons alcoolisées

Parce que sinon, qui va ramener Monsieur à la maison ? Mais si vous êtes sage, vous aurez un peu d’eau.

Non, vraiment : quelle modernité.

Le postulat est le suivant : un homme est attiré par une femme. Plus vous êtes féminine, plus la masculinité/virilité de l’homme se déploie. Pour éveiller le coté chevaleresque, galant et super-héros d’un homme, il faut jouer son rôle de lady.

Alors que par exemple, si vous portez un pantalon, on vous claque la porte dans la gueule direct.

Élégance : ayez un style harmonieux et cohérent. Un style vestimentaire doux, bienveillant et délicat. L’élégance vous permet de mettre en lumière ces traits de caractère.

Mais alors, par exemple, que faire si vous n’êtes pas spécialement douce, bienveillante et délicate ?

Point de réponse : soit les vêtements féminins prendront feu sur vous tel une robe de nonne jetée sur un succube, soit vous vous transformerez en homme. Si vous avez un doute sur le sujet, inutile de vous lancer dans un Master d’études de genres (vous avez envie d’avoir un métier plus tard) : contentez-vous d’un petit pipi.

Si vous en mettez partout : vous savez que vous venez de changer d’équipe.

Le changement d’équipe demande quelques démarches administratives, c’est à souligner.

2. Ne vous bradez pas.

Mais se brader, qu’est-ce à dire ? Vous dévaloriser ? Eh bien non. C’est beaucoup plus simple.

Très concrètement, cela signifie : ne finissez pas la nuit ensemble. Il est question de passer une bonne soirée, pas une bonne nuit. Relisez-le titre.

Car si vous finissez la nuit avec un Monsieur dès le premier soir, c’est connu : c’est que vous êtes une vilaine. La suite, on la connait : on commence à se teindre les cheveux en roux, on part habiter dans une cabane au fond des bois, et au bout de six mois, on finit brûlée pour sorcellerie sur un bûcher place du village. Alors, pas de ça mesdemoiselles, on se respecte, et si la soirée se passe bien, on s’en va pour ne pas passer pour une coquinette.

Puisque c’est bien connu : si vous pensez que vous allez passer pour une fille de petite vertu auprès de Monsieur au motif que vous couchez avec lui le premier soir, c’est sûrement un Monsieur charmant et à l’esprit très ouvert avec qui vous avez envie de passer le restant de vos jours.

Alors que bon, si ça se trouve, c’est lui qui a une toute petite vertu. Eh.

Plus encore : soyez claire avec vous-même AVANT de partir pour la soirée. Ne vous laissez pas porter par le « on verra comment cela se passe ». Les hommes sont intelligents, ils sentent cette hésitation, et ils sauront déployer les arguments qu’il faut pour arriver à prolonger les réjouissances.

En effet, l’homme peut sentir la femme hésiter.

C’est pour cela qu’en général, après 23 heures, le mâle s’approche de la femelle et commence à la humer en faisant des bruits de cheval. Il essaie de sentir la peur. Et s’il la perçoit, vous êtes foutue : il n’abandonnera pas tant que vous n’aurez pas copulé dans un fourré voisin. Raison pour laquelle vous devez toujours être claire avec vous-même avant de partir. Et emporter un crucifix. Ou autre objet béni par votre divinité préférée : l’important c’est qu’il soit assez gros pour servir d’arme contondante.

Maintenant… ne pensez pas que tous les hommes ne pensent qu’« à ça », et qu’ils vont tous abuser de la situation. Non. Analysons les trois « cas » possibles.

C’est qu’il ne faudrait pas faire de généralités, hein, oh, on ne mange pas de ce pain-là.

Pas comme le reste de cet article, par exemple.

Un vrai gentleman : il ne va pas profiter de la situation ou vous tenter un premier soir. Mais s’il sent votre disponibilité un PREMIER soir, il va se demander, avec raison, si vous êtes comme cela avec TOUS les hommes. Et là, vous gâchez vos chances de le revoir.

Le vrai gentleman est comme ça : s’il s’aperçoit qu’il y a quelque chose entre vous ce soir, il se demande aussitôt si vous êtes une pute à matelots.

Si ça c’était le vrai gentleman, le reste promet. Je vais me servir un petit brandy pour me préparer, tenez.

Un apprenti-gentleman : un homme intelligent et qui fait de son mieux. Mais parfois… la chair est faible. Votre rôle (et ce sera votre rôle dans le mariage !) est d’être celle aux côtés de qui il a toujours envie d’être la meilleure version de lui-même. Il faut aider un tel homme par une attitude modeste.

Mesdames, j’espère que vous avez bien noté que votre rôle dans le mariage est de corriger les défauts de Monsieur.

Donc, par exemple, s’il cède à ses pulsions, ce sera un peu de votre faute. Pas la sienne. Espèce de naze. S’il vous trompe, c’est que vous êtes nulle.

Ahlala. Dire qu’on est déjà en 1864 ! Plus vite cocher, le temps file à toute allure !

Un goujat qui se fait passer pour un gentleman. Relisez cet article : James Bond est-il un gentleman ? Prétendre être un homme du monde pour mettre une femme dans son lit est vil… et lors du premier rendez-vous galant, c’est lamentable.

Chères apprenties-ladies, ne vous laissez pas embobiner.

Alors d’accord, mais si on est vraiment un homme du monde, ça passe ?

Élégance et coups de pelle ne sont pas incompatibles, ma bonne amie.

Parlons encore plus concrètement : combien de temps faut-il attendre avant d’aller au lit ensemble ?

J’ai envie de dire que ça dépend de la distance du lit à laquelle on se trouve : passer une semaine dans la chambre à jouer au Uno, c’est quand même moyen.

Je ne vous invite pas à avoir ma réponse (elle serait jugée trop prude par la majorité des femmes). Mais je vous invite à avoir votre réponse et à vous y tenir. Pas de « on verra comment la soirée évolue ».

Je crois que quelqu’un a la réponse dite de Disneyland : des plombes à attendre pour finalement 3 minutes de manège.

N’oubliez pas : plus on désire quelque chose (vêtement, voiture, maison, montre…) et plus on le chérit.

Parler en mois et en années prend alors tout son sens.

Et je rappelle le préambule : construire une histoire d’amour pour la vie.

En… années ?

On peut faire attendre quelqu’un des années ? Je veux dire, mettons que je sois un élève mineur qui sorte avec sa prof de Français, comme ça, au hasard, je vois l’idée. Mais sinon ? Allez-vous vraiment dire à Armand-Brandon que vous avez très envie de lui, là, tout de suite, au deuxième semestre 2021 ?

Notez que si toutes les femmes procédaient ainsi, cela ferait longtemps que les hommes auraient inventé la cryogénisation et le voyage temporel, mais là n’est pas le sujet.

3. Admirez l’homme en face de vous !

Surtout si c’est un con. Puisque sinon, vous n’avez pas besoin de faire ça, en toute logique.

S’il y a bien une chose que nous pouvons piquer aux Américains, c’est leur capacité à dire du bien des gens. Ils sont dans les superlatifs. Ils n’hésitent pas à valoriser tout et tout le monde.

Comme Donald Trump ? Est-ce que je suis vraiment en train de lire un site qui parle d’élégance évoquer les détestables méthodes des gens qui trouvent tout le monde formidable ? Vous savez, ces gens toujours dans l’excès et dont par conséquent les mots n’ont plus aucune valeur puisqu’ils sont identiques pour qualifier un crash aérien et une mauvaise note à un contrôle ?

Disons que comme modèle, ça pique. Mais comme on part de la porte des toilettes, il est vrai que nous ne sommes pas allés bien loin.

Le fait de dire du bien de sa moitié en public en termes superlatifs n’est pas français. On se souvient tous de l’interview télévisée de Vanessa Paradis où elle dit son admiration à son mari Johnny Depp. Buzz total en France car on n’entend pas dans nos vies des couples dire du bien de leur moitié. Au mieux, on est très sobre sur l’autre.

On ne rit pas au fond, je vous entends : visiblement, cette personne n’a jamais rencontré quelqu’un de correct, et n’a jamais eu le droit à son compagnon faisant son éloge en public. C’est tout de même un peu triste. Par exemple, je ne manque jamais de faire remarquer toutes les qualités de mon mobilier. Même quand il gémit un peu. C’est vous dire.

On a toujours peur de « tomber de haut » après. On ne veut pas « se réjouir trop car après la chute peut être brutale ».

Donc dans le doute, on dit que l’autre est une merde, comme ça, on n’est jamais déçu. Habile !

Cette façon de penser est dramatique pour le moral. On laisse un hypothétique malheur futur nous gâcher la joie du moment présent.

Je crois que quelqu’un généralise un peu sur une situation personnelle un peu tristounette. Si je n’étais pas une enflure, ça me ferait mal au cœur.

Heureusement que je mérite mon pseudonyme.

Lors du premier rendez-vous, admirez l’homme en face de vous, admirez l’assiette, admirez la déco, admirez la météo, admirez le dernier livre lu, admirez le métier de monsieur, admirez ses qualités… et dites-le !

Même et surtout si c’est un con : on parle d’essayer de vous marier, vous n’allez quand même pas vous mettre dans une relation honnête, petite effrontée !

Si Armand-Brandon mange un kebab dans son appartement décoré de figurines en résine d’héroïnes de jeux vidéos à gros seins, complimentez-le sur son excellent goût, c’est évident. Et pour tout dire, si vous en êtes à admirer la météo, c’est vraiment que le rendez-vous a sombré dans la tristesse la plus plate (d’où ses figurines, notez). Quant à son dernier livre lu, s’il vous répond « C’était en troisième. » vous avez le droit d’ouvrir le feu.

Mais ne soyez pas monstrueuse : admirez son hémorragie. On n’est pas des bêtes.

Le Derringer à double canon permet d’exprimer votre désarroi deux fois en quelques secondes.

L’admiration réelle (non feinte !) est un puissant moteur d’actions pour tous, mais en particulier pour les hommes.

Si ce n’est pas feint, pourquoi le préciser ? Ça devrait venir naturellement, non ?

Et on n’était pas justement en train d’éviter que le rendez-vous se termine avec un peu trop d’action ? Je dois bien l’avouer : tout cela est fort confus.

C’est un discours qui s’apprend petit à petit. Je sais qu’au début cela ne nous est pas « naturel ». Mais si vous saviez la « connexion » que cela vous créer, vous adopteriez immédiatement ce discours valorisant.

En même temps, si vous êtes face à une personne que naturellement, vous n’admirez pas, le faire quand même reviendrait à le feindre.

Je crois qu’on se fout un petit peu de notre gueule.

4. Ne proposez pas de régler la moitié de l’addition.

Parce que l’égalité, d’accord, mais en fait non.

A ce moment-là, vous cassez TOUT. L’homme se demande qu’est-ce qu’il a fait de mal. Où est-ce que la soirée a bien pu déraper ?

Exprimer votre modernité d’une autre façon si vraiment vous ressentez ce besoin en vous. Mais ne payez pas votre part (ni la sienne !) au restaurant lors du premier rendez-vous.

La modernité qui ne porte pas de pantalons parce que c’est un truc de mecs, la modernité qui a les cheveux longs parce que courts c’est pour les lesbiennes, la modernité qui sait que sa place est à la maison à compenser les défauts de son mari, la modernité qui…

Je pense que l’on parle ici de l’ère « moderne » selon les historiens, à savoir la période 1492-1789.

Ou alors, la modernité, ça consiste simplement à vivre comme en 1680, oui, mais avec un smartphone pour recevoir en direct les offres pour la dot.

Dans la phase de séduction (plusieurs mois !), le gentleman règle l’addition. Il y a d’autres façons de participer. Nous n’en parlons pas pour le moment.

Pourquoi est-ce que ces « autres façons de participer » me laissent supposer que comme chez les footballeurs, elles impliquent une usure prématurée des genoux ?

Je suis perplexe.

5. Partez au moment où vous vous amusez le plus.

Parce que vous amuser, c’est quand même très suspect. Le patriarche de votre bonne famille pourrait froncer ses sourcils broussailleux en tirant sur sa moustache s’il vous aperçoit rire sans même vous couvrir les dents avec un éventail, petite effrontée ! Quittez ce boudoir sur le champ !

Après l’ambiance va forcément retomber. C’est au moment où la fête bat son plein qu’il faut prendre son manteau et saluer ses hôtes.

À vous de prédire quand l’ambiance va retomber grâce aux grands pouvoirs de voyance hérités de votre ADN de sorcière (cf plus haut) qui vous permettent de savoir qu’il est temps de vous éclipser, au lieu de tout simplement, profiter d’abord et partir ensuite.

Personnellement, j’ai un moyen très simple de savoir quand la soirée va devenir chiante : quand quelqu’un sort les jeux de sociétés ou propose de regarder des vidéos youtube, il est grand temps de partir. Et probablement de brûler les lieux par sécurité.

Au restaurant, vous n’allez pas partir en plein milieu du dîner. Mais gardez bien en tête qu’il est fort préjudiciable d’éterniser la soirée.

Préjudiciable comment ? Parce que vous passez une bonne soirée et la faites donc durer ? Ou bien c’est pour vous habituer à ce que les bons moments soient aussi rares que brefs ?

On en revient à la théorie de Disneyland. Et à une sorte de mithridatisation du malheur : « Vous savez, je m’habitue à abréger mes moments de bonheur pour y devenir immunisée« . Voilà qui s’annonce aussi excitant qu’une soirée diapositives.

Rappelez-vous : le couple que vous souhaitez former doit perdurer jusqu’à la naissance de vos arrière-petits-enfants.

Rappelez-vous que vous n’êtes pas là pour être heureuse mais pour pondre et vous occuper de vos arrières-petits-enfants.

Il y aura de longues soirées à deux sur les 50 prochaines années. Patientez sagement.

Ah, ça, pour être longues, elles vont être longues. J’espère que vous aimez le sudoku.

Concrètement : une fois le dessert terminé, comptez 20 minutes maximum, et partez. Un bisou chaste et rentrez chez vous. Ou laissez-vous raccompagner.

Je répète : pour un premier rendez-vous : un bisou chaste et puis partez.

Est-ce qu’on peut reparler des compensations pour avoir payé le repas ?

Si elle reprend du café, surtout au prix de Paris, c’est vraiment une petite truie.

En attendant, mesdemoiselles, n’oubliez pas : si après la fin d’un repas avec un garçon que vous aimez bien, vous discutez avec lui plus de 20 minutes (voire pour dire autre chose que le complimenter), vous êtes une petite traînée sans éducation.

Aussi, chères lectrices, bien que je vous sente tentées par les services de cette coach prête à faire de vous une dame, je ne conclurai qu’en peu de mots :

Restez heureuses, restez gueuses.

téléchargement (1)

Un odieux connard

Vous pouvez sinon croquer votre molaire creuse contenant le cyanure que vous conservez pour les rendez-vous avec un type d'Art de Séduire

Et des hormones, mais le poil vous va si bien.

Le Mauser, pour ma part, c'est que je ressens beaucoup de désarroi, souvent, mais avec style.

Bœuf et Bourguignon

Ah, la Bourgogne !

C’est en ces terres verdoyantes, dans des villages accrochés au flanc de collines boisées qu’est apparu le célèbre vignoble du même nom, qui fait le bonheur d’ici et d’ailleurs depuis des temps ancestraux. La princesse de Vix, elle-même, se fit ainsi enterrer avec sa coupe à vin personnelle, qui lui permettait quand même de se verser un petit verre de 1100 litres pour commencer le repas. Car si le Bourguignon est joueur, il n’est pas toujours mesuré. C’est ce qu’ignoraient plusieurs grandes nations durant les guerres napoléoniennes, lorsqu’elles tentèrent de voir ce qu’il se passait quand on énervait un Bourguignon. Ainsi débute l’histoire de Monsieur de Chambure, un noble de Côte-d’Or qui a eu la malchance de naître en 1789, mais qui en peu de temps, a inventé la sacralisation du bœuf bourguignon, le concept de « Touche à ton cul, c’est à moi » et écrit à grands renforts de missives les bases de ce qui devint plus tard le scénario de Taken.

Bon visionnage.

 

Et pour ceux étant déjà arrivés au bout de la vidéo, voici la copie des deux lettres originales envoyées aux Suisses. Si les mots sont plus choisis, le fond reste simple : vous arrêtez les conneries ou je crame tout. Ah, mais.

VignetteBourguignon

Un odieux connard

Question de sécurité

L’industrie de l’armement est l’un des fleurons de la France.

Sur notre territoire comme à l’étranger, le savoir faire pluriséculaire qui nous permet de couler l’Anglais, d’enterrer l’Allemand ou de chasser le Zadiste n’est plus à prouver. Bien sûr, il y aura toujours des âmes chagrines pour dire que la violence, c’est pas pacifique, mais laissons ces âmes tristes à leurs lapalissades, puisque devant le moral en berne de nos forces de l’ordre et les nombreuses polémiques causées par leur équipement, il y a là un marché sur lequel j’ai décidé de me lancer.

Ce pourquoi je me permets de vous présenter mon nouveau catalogue d’armement anti-manifestants, 100% respectueux et bien sûr, 100% respectable.

La détente, c’est notre motto, chez Odieux Corp. Nous n’arrêtons pas d’appuyer dessus.

 

Besoin d’une barrière ? Pourquoi ne pas en prendre une 100% écologique, fabriquée en France et qui repousse autrui sans violence par le simple pouvoir de sa présence ?

 

N’oubliez pas : tout le monde vous dira que ce n’est pas vrai, mais personne ne se souvient d’un grand mouvement lycéen au mois d’août.

Avoir un ennemi, c’est bien pour s’unir. Mais quand on voit des ennemis partout, et surtout dans ses propres rangs, c’est plus compliqué.

L’avantage de rester chez soi, c’est que ça évite aussi d’affronter la contradiction, c’est plus confortable.

Nous proposons aussi des fascistes en mousse pour occuper les plus énergiques.

Le GRETA-209 dispose par ailleurs d’une option Instagram pour mettre des filtres rigolos sur ses victimes et partager ses caméras de tir. C’est moins horrible si c’est un peu rigolo.

Voilà.

Amis des forces de l’ordre, j’attends vos commandes.

Moi, je retourne travailler sur notre prochain projet : déployer des chatons avec la police. Car si caillasser un fonctionnaire semble passer, qu’un caillou touche un félin, et la moitié du pays demandera les tripes du coupable. Quelle fabuleuse époque pour Odieux Corp.

Couv

Un odieux connard

Fonctionne aussi avec les distributions de tracts du Rassemblement National.

Sinon, vous pouvez aussi simuler la pluie.

Vous le sentez, le vent de la polémique des gens indignés ?

Notez que mes armes se vendent diaboliquement bien.

Ce qui m'embête, c'est quand on nous vole nos fascistes en mousse pour les inviter à la télé.

Le GRETA-209 ne prend pas l'avion ; il a essayé une fois, ça a mal tourné.

Harder, Bader, Faster, Stronger

Combien de jambes peut-on perdre ?

« Deux », répondront les plus naïfs. Alors que la bonne réponse était bien évidemment « moult. » En effet, un certain Douglas Bader, pilote de la R.A.F durant la Seconde Guerre mondiale, prouva que non seulement on pouvait perdre un nombre improbable de membres inférieurs, mais qu’accessoirement, cela donnait même certains avantages. Les incrédules durent admettre qu’avec 22 victoires aériennes confirmées, le bougre avait peut-être raison.

Voici donc les aventures d’un homme qui brisa des avions, des jambes et des bouboules, mais pas toujours dans cet ordre. Bon visionnage.

vignetteBader

Un odieux connard

Dark lectures de vacances

Ah, l’été ! Synonyme d’amours de jeunesses, de sourires échangés d’une serviette à l’autre sur une plage baignée par le soleil, de baisers timides aux terrasses de restaurants dont la fraîcheur du soir chasse peu à peu les touristes… et puis, vient le temps de repartir. Alors on se promet de s’écrire, de se revoir, mais on s’éloigne et on s’oublie, pour que finalement, ne reste qu’une carte postale abîmée de Pornic oubliée au fond d’une boîte à chaussure, témoin lointain d’événements dont le tendre souvenir disparaîtra un jour avec vous.

Alors que les lectures de vacances, voici quelque chose de durable, et qui transmet par ailleurs bien moins de MSTs.

Il n’y a pas d’âge pour lire de bons livres : ici « Le Renard qui en avait plein le cul », pour bien préparer votre enfant à la suite.

C’est pourquoi, chère lectrice, et un poil moins cher lecteur, je me propose de jeter vigoureusement une torche dans le puits de votre ignorance pour vous parler d’un genre injustement méconnu : la Dark Romance

Car vous n’êtes pas sans savoir que lorsqu’une bouse marche, c’est une véritable diarrhée artistique qui s’abat sur le monde : lorsque Twilight a marché, nous avons eu le droit à des milliers d’ouvrages où il était question de vampires (la fameuse bit-lit), lorsque Hunger Games a fonctionné, nous avons croulé sous les dystopies et les histoires d’apocalypse, aussi lorsque Cinquante Nuances de Grey a été commis, nul doute que les portes de l’enfer venaient d’être ouvertes, et que des milliers de gens allaient nous pondre de la romance pleine de relations abusives et d’héroïnes au QI de bulot.

Ce qui a donné le genre précédemment évoqué : la Dark Romance.

L’occasion de vous proposer quelques pitchs de livres qui pourront vous accompagner à la plage, à la montagne, voire aux toilettes, en fonction de vos destinations préférées pour lire (vous et moi savons la vérité).

Si vous avez encore foi en l’humanité, je vous propose d’arrêter ici, c’est pour votre bien. Pour les autres, enfilez vos scaphandres : nous descendons.

Et commençons avec L’Enlèvement, d’Anna Zaires.

Kidnappée. Séquestrée sur une île privée.

Notez que le pitch pose tout de suite un élément essentiel : le ravisseur est riche. Car mystérieusement, il semblerait que tout soit beaucoup moins érotique sitôt que le ravisseur est un vulgaire plombier-chauffagiste de Roubaix. 

Je n’aurais jamais cru que cela puisse m’arriver. Je n’ai jamais imaginé qu’une rencontre fortuite la veille de mon dix-huitième anniversaire pourrait ainsi changer ma vie.

Désormais, je lui appartiens. J’appartiens à Julian. Un homme aussi impitoyable que beau.

Par un heureux hasard, le type est aussi rarement un lépreux. Il est riche, il est beau, mais il a besoin de kidnapper des filles pour qu’elles acceptent de venir sur son île privée. 

Alors que tout le monde sait qu’une simple convention de stage suffit. Quel débutant alors.

Un homme dont les caresses me consument. Un homme dont la tendresse me fait plus de mal que sa cruauté.

C’est qu’il ne sait pas s’y prendre alors. 

Mon ravisseur est une énigme. Je ne sais ni qui il est ni pourquoi il m’a enlevée. Il y a des ténèbres en lui, des ténèbres qui me font peur tout en m’attirant.

Je m’appelle Nora Leston, et voici mon histoire.

Ma chère Nora, il est temps d’apprendre qu’il y a une différence entre « ténébreux » et « complètement con ». Mais m’est avis qu’effectivement, il y a quelque chose entre vous. Et ce ne sont probablement pas les ténèbres.

Après ce pitch, nul doute que vous aurez envie de le lire. Alors que bon, retirez le pognon et l’exotisme de « Julian » et c’est tout de suite moins glamour. Pourtant, je suis sûr qu’il y aurait des scènes diablement excitantes dans ma version roubaisienne : le passage où Roger, le ravisseur, lèche les orteils de Cynthia en lui disant qu’ils sont « doux et forts à la fois, comme le maroilles dans le café du matin« , je pense que ça ne laisserait pas tout le monde indifférent.

Mais poursuivons, voulez-vous ? Avec Devil’s Night, de Penelope Douglas.

Leur amour peut les sauver… ou les détruire.

J’ai déjà parlé de MSTs en introduction, n’en jetons plus.

Michael Crist. Un nom qui fait frissonner chaque fille de notre petite communauté privilégiée de la côte Est.

C’est-à-dire qu’il s’appelle Crist, quand même. Alors s’il se balade un petit périzonium, les stigmates à l’air et la couronne d’épines sur le côté, tu m’étonnes qu’il doit faire frissonner des filles. Tenez, même moi il ne me laisse pas indifférent : rien qu’à lire son nom, c’est bien simple, j’ai envie de reprendre Jérusalem.

Moi comme les autres. Sauf que moi, ce n’est pas sa beauté à couper le souffle ou le fait qu’il soit riche et adulé qui me fascine

Ça alors, il est encore riche et beau !

La différence entre un psychopathe et un amant torturé tient à peu de choses.

Comme quoi, amis psychopathes, visiblement, si vous aviez le physique et le pognon, ça passerait tout de suite beaucoup mieux. 

– enfin, pas seulement.

Mmmmmmmoui. Laissez-moi deviner : c’est surtout parce qu’il est sombre et torturé, tel le slip post-burritos du vacancier à Mexico ?

Non, moi, c’est la noirceur que je devine sous sa carapace dorée.

Doux Jésus. Ou devrais-je dire : Oh Mike Crist.

La violence dans son regard noisette.

C’est-à-dire que si quand il te regarde, tu peux lire qu’il a envie de te péter la gueule, c’est embêtant. Non parce que je lis régulièrement la même chose dans les yeux des gendarmes lancés à ma poursuite, et ce n’est pas pour autant qu’on se fait une soirée menottes.

Son mépris pour les règles, les lois, la morale

Comprendre : il ne passe pas son téléphone en silencieux au cinéma. Un monstre.

Ce miroir permanent de tout ce qui est noir et sombre au fond de moi.

Dois-je comprendre que Michael Crist est un trou du cul ?

En dix-neuf ans, Michael ne m’a jamais jeté un regard. Mais, le jour où il s’intéresse à moi, je ne sais pas si je dois être excitée… ou terrifiée.

Ou armée. 

Alors vous me direz qu’une histoire impliquant un type qui s’appelle « Crist » et un regard noisette violent (ou de la violence dans ses noisettes, je m’y perds), c’est déjà correct. Mais, ah ! Âmes innocentes, que diriez-vous de nous enfoncer un peu plus bas ?

Découvrons Boutons et Dentelle, de Penelope Sky, à ne pas confondre avec l’autre Penelope.

Je lui dois une dette.

Une énorme dette.

Je ne peux pas la lui rembourser en argent ni en faveurs.

Pas en argent ni en faveurs. Noté. Peut-être en Chocapics ?

Il ne veut qu’une chose.

Moi.

Pour chaque action, je reçois une récompense.

Alors, à moins que tu ne sois précisément un chocapic – ce qui reste crédible vu le niveau – c’est une faveur sexuelle ma bonne amie. Donc dès le pitch, on se vautre : oui, tu vas rembourser ta dette en faveurs. Faveurs qui impliquent ton cucu, mais faveurs quand même. Enfin, au moins, tu ne t’es pas plantée sur l’argent.

Un bouton. Une fois que j’aurai rempli sa jarre de trois cent soixante-cinq boutons, il me laissera partir.

MAIS ?!

Donc je résume : tu as une dette que tu ne peux rembourser ni en faveurs, ni en argent, mais tu vas la rembourser en lui donnant des faveurs qui te font gagner de l’argent ? Sauf que sa monnaie à lui, c’est le bouton ? T’es sûre que c’est pas Bitcoin et que tu as mal entendu, gourgandine ? Non parce que bon : je note aussi que tu es payée le même prix (un bouton) qu’importe la faveur. Nous suivons donc les aventures sexuelles d’un magasin « Tout à 5€ » fait femme.

Je…

Seigneur. C’est une fanfiction érotique de La Foir’Fouille. La règle 34 de l’internet ne connait donc aucune exception ?

Il me laissera m’en aller.

Mais je dois gagner les boutons un à un.

En me soumettant à l’homme le plus sombre, le plus cruel, et le plus séduisant que je n’ai jamais rencontré.

C’est un pervers, mais il est beau, donc ça va. Non parce que se soumettre, à un moche, non ou alors…

Aaaattendez ? Pourquoi ai-je les mots « femme de footballeur » en tête ? Curieux. Alors que ça n’a aucun rapport. Pfou. Non. Alors là, je ne mange pas de ce pain-là.

Tiens ? Mais que fait cette photo ici ? C’est sûrement une erreur.

Tenez, enchaînons pendant que Diego prépare les balles en argent pour mon Chassepot (par sécurité, je tire toujours sur les avocats avec de l’argent ; d’abord, parce que ces créatures sont aussi magiques que mystérieuses, et ensuite, parce que quel avocat de footballeur esquiverait de l’argent ?).

Et allons voir Prude à frange, de C. S Quill. Étant donné le jeu de mot du titre, prions pour que ce soit une parodie.

Aux frontières de la dark romance. Entre sa virginité et son âme, Cadence pourrait tout perdre.

Perdre la Cadence ? C. S Quill est sûrement le pseudonyme de Laurent Ruquier.

Pour retrouver sa meilleure amie disparue dans d’étranges circonstances, Cadence est prête à tout. Y compris à infiltrer le mystérieux Round,

Bien. Alors. Comment le formuler ?

J’ai envie de dire : je ne sais pas qui va infiltrer qui.

l’organisation dans laquelle Ingrid a été aperçue pour la dernière fois.

Organisation probablement fondée par Jacquie et Michel Round. En tout cas, je doute que ce soit un bureau comptable ou une ONG qui se charge de ramasser du plastique en mer.

Si elle veut en apprendre plus, Cadence va devoir gravir les échelons à son tour. Mais jusqu’où est-elle prête à aller pour ça ?

Trop… de calembours…. dois… résister…

Toute la vie de Mas est dévouée au Round. Sa dernière mission ? Former Cadence aux exigences de ce réseau

Non, arrêtez. C’est une provocation, c’est impossible autrement : dois-je comprendre que pour rentrer dans le Round, il faut grimper le Mas en Cadence ?

Ce livre est soit une formidable collection d’accidents lexicaux, soit c’est un horcruxe de Jean-Marie Bigard.

 Ce qu’il ignore, c’est qu’elle poursuit ses propres objectifs et ne l’écoutera pas à la lettre. Elle pourrait bien mettre en péril sa réputation, et bien plus encore.

En tout cas, je n’ai pas commencé cet ouvrage que déjà, je sue à grosses gouttes. Vite, la suite !

Peut-être Dark Obsessions, de Piko Lynna, m’aidera-t-il à oublier ?

Tayeb est un homme amoral.

Mais je parie qu’il est beau.

Après un long séjour en prison, il accepte un travail qui lui permettra de réaliser son rêve.

Acheter une librairie pour y brûler le rayon Dark Romance.

Sa mission est simple : retrouver Nina Marcet, l’enlever et la livrer à son employeur. Mais les choses se compliquent lorsqu’il prend conscience de la fascination qu’il éprouve pour cette petite chose craintive.

« Cette petite chose craintive » ?

J’espère qu’à la moitié du livre, on découvre qu’après des années de prison, il a perdu ses marques et dans la confusion, a kidnappé un lapin par erreur. Cela justifierait ce résumé et donnerait enfin une intrigue palpitante. Quand aux scènes de sexe je… 

Hmmm. Non, écoutez, là encore, passons promptement à la suite. Tenez, par exemple, avec Pure Corruption, de Pepper Winters.

Arthur Kilian est le président du gang Pure Corruption.

Que ?

Très bien, arrêtons tout de suite, je ne vais pas plus loin. Passons sur le fait que le type s’appelle Arthur Kilian, et qu’avec un nom pareil, j’imagine un enfant de 13 ans avec une mini-crête jouant à Fornite sur son portable. Mais surtout, le mec est président de son gang ? Ça marche comment ?

« Eh les mecs ! Les mecs ! On vient d’pécho une meuf, on l’a emmenée dans l’ter-ter ! 
– Une seconde ! Une seconde Jean-Rabouin !
– Euh… ouais M’sieur Kilian ?
– Alors déjà c’est « Président Kilian », et ensuite, qu’est-ce qu’on a dit au sujet des kidnappings ? Hmmm ?
– Mais la s’maine dernière vous…
– Apapap ! Oui, la semaine dernière, à l’assemblée générale du gang, on a voté qu’il n’y aurait pas de kidnappings avant la kermesse d’automne ! 
– Eh mais bâtard qu’est-ce tu parles comme ça ! Tiens, j’ai mon gun ! J’vais t’sécher gros ! C’est moi l’nouveau patron !
– Ooooh je reconnais bien là les membres de la motion « Barbarie & Démocratie interne ! » Heureusement que la mouvance « Debout avec Kilian » vous a mis en échec !
– J’vais t’sécher j’te dis !
– Tu connais les règles, Jean-Rabouin : interdit d’abattre le Président du gang si le quorum n’est pas réuni ! Et le trésorier n’est même pas là pour faire le bilan de ma présidence !
– Sa race, j’suis fait ! »

Soyons francs : un gang qui fonctionne avec les règles du Parti Socialiste, je ne lui donne pas dix minutes. 

Laissons donc Pure Corruption de côté, et puisque nous parlons de Président, laissez-moi vous présenter une oeuvre toujours en cours, et française de surcroît, et que je me dois donc de soutenir : Mariée de force à un gilet jaune.

Je suis Laurie Macron et j’ai 17 ans. Je suis en Terminale ES, et, comme vous l’aurez peut être deviné :
je suis la fille d’Emmanuel Macron le président de la France. Tout se passait bien dans ma vie,
jusqu’à ce que ce fameux mouvement des gilets jaunes éclate. C’est le moment où tout a basculé…

Je vous mets ça là. Hop.

Laurie parviendra-t-elle à s’échapper de la cabane du rond point de l’entrée sud de Vesoul où au contraire y trouvera-t-elle l’amour ? Emmanuel Macron claquera-t-il la porte de l’église le jour du mariage en hurlant « Je m’y oppose !« , un flashball dans chaque main ? Et surtout, si enfant il y a, le jour de l’accouchement, les sages-femmes l’enfumeront-ils à coups de lacrymogènes en s’exclamant « Sors de là, vilain renard ! » afin de l’habituer ?

Je ne sais pas mais en tout cas, pour ma part, cela me fait déjà moult bonnes idées de lecture d’été.

La prochaine fois, faites-moi penser à vous parler d’un autre genre méconnu : la sick-lit. Comprendre, la littérature impliquant des histoires d’amours où l’un des personnages est malade. Oui, c’est particulier. Et oui, il faut que ce soit une maladie mortelle, parce que non, sinon, ça ne sonne pas pareil. Tenez, par exemple :

Richard a tout pour réussir. Il est riche, il est beau, il est intelligent, mais il est hélas torturé. Lors d’une cérémonie à l’ambassade d’Argentine à Paris, il rencontre Lou, une étudiante de dix-huit ans qui est immédiatement attirée par cette douleur qu’elle lit dans ses yeux. Il accepte de la suivre jusqu’à chez elle, mais… Richard pourra-t-il admettre qu’il a simplement super mal au bide à cause de la viande du buffet ? Comment va-t-il réussir, dans un appartement étudiant, à faire caca sans que Lou n’aie l’impression de revivre Verdun de l’autre côté de la porte ? La suite dans Mal de bide, mal de vivre, la fanfiction érotique tirée du succès mondial Le Charme discret de l’intestin.

On parle dès lors de shit-lit.

Ce qui, vous en conviendrez, couvre aussi les genres littéraires que nous venons d’évoquer. C’est quand même bien fait.

Maintenant que vous voilà instruits, je vous laisse donc faire votre sélection : bonnes lectures à vous bien sûr.

Renard fatigue

Un odieux connard

Je n'ose imaginer ce que l'on dirait si des hommes écrivaient des livres où les héroïnes sont toutes vénales et adorent se faire abuser.

Franck Ribéry a séduit sa femme avec son charme naturel et son humour raffiné, arrêtez maintenant.

Sachant qu'il y a vraiment eu des mariages ayant pour thématiques les Gilets Jaunes, je vous avoue que je vais me resservir du brandy pour oublier.

Spider-Man : loin des yeux (qui saignent)

« Mais si patron, Spider-Man ! » insiste Diego.

Je lui jette un regard plein d’incompréhension, puis un cendrier afin de lui rappeler que je n’aime pas que l’on s’adresse à ma personne comme si je ne comprenais pas. Même si pour le coup, il est vrai que je ne saisis pas un traître mot de ce que le bougre raconte. Diego se saisit d’une poubelle pour saisir le cendrier au vol, aidé en cela de son sens pratique proverbial, puis poursuit.

« Le deuxième !
– Mais le deuxième quoi ?
– Le deuxième film !
– Celui avec le mec qui a des tentacules ?
– Non, ça c’est le deuxième film, mais du premier reboot ! 
– Bon alors c’est celui avec le gars qui jette des éclairs ?
– Raaah, mais non, ça c’est le deuxième film du deuxième reboot ! Là je vous parle de la suite du film de 2017 !
– Ah, alors c’est Spider-Man : New Generation ? Celui de 2018 ? 
– Mais non ! Concentrez-vous patron, c’est… »

Diego comprend bien, en me voyant décrocher du mur le fusil Chassepot de mon ancêtre que s’il continue à me raconter ces histoires qui n’ont ni queue ni tête, la même description pourrait bientôt s’appliquer à sa personne pour peu que je vise bien. Il s’enfuit prestement hors de mon bureau, me laissant seul avec cette grande question : est-ce que l’on arrêtera de subir des films Spider-man un jour ? Car après m’être renseigné auprès de quelqu’un s’exprimant plus clairement que Diego (nous l’appellerons Jean-Michel Internet), j’ai finalement compris que Spider-Man : Far from home était la suite directe de Spider-Man : Homecoming, déjà chroniqué en ces lieux. Oui, même les titres ont une chronologie étrange, mais passons.

Et rappelons l’intrigue du précédent film.

Spider-Man : Homecoming : Peter Parker, timide écolier de New York, est aussi Spider-Man, une sorte de héros qui rend la justice en faisant des jeux de mots qui auraient mérité de faire l’ouverture d’un épisode des Experts : Miami. Mais il a bien d’autres soucis ! Comme le fait que Ned, son ami obèse et un peu con connaisse sa double-vie, ou à l’inverse que Tante Milf, qui l’héberge, ne sache rien de sa passion pour les collants et le bukkake en plongé. Pire encore, Peter aimerait bien attirer l’attention de Liz à l’école, mais voilà : son père est le chef d’une sorte de gang de voleurs de métaux et autres panneaux routiers. Spider-man se retrouve donc à devoir affronter son beau-papa gitan, et parvient à le vaincre, ce qui complique ses relations avec Liz qui n’est plus trop d’humeur à flirter depuis que son géniteur s’est fait tabasser par une sorte de transformiste volant. Peter reporte donc toute son attention sur M.J, la caution progrès social de l’équipe qui par un audacieux hasard du script, a toujours raison. Bon, entre temps, il se passe deux films Avengers, et Peter se fait désintégrer avant de revenir 5 ans plus tard, mais comme on l’a vu dans le spoiler, cela n’a aucune influence sur l’histoire.

Alors, dans ce nouvel épisode, Spider-Man va-t-il devoir gérer l’immigration soudaine d’environ 3,5 milliards de personnes suite à leur retour sur Terre ? Parviendra-t-il à avoir son bac malgré les enseignants grévistes ? Et surtout, M.J arrivera-t-elle à formuler une phrase qui ne ressemble pas à un copier/coller des fins fonds de Twitter ?

Spoilons, mes bons !


L’affiche : cinq personnages, dont quatre dont vous savez qu’ils sont du côté des gentils. Le cinquième est inconnu au bataillon. Je vous laisse deviner qui est le méchant du film. Oui, c’est supposé être une surprise.

Notre film démarre sur une route poussiéreuse du Mexique, alors qu’un véhicule dont la marque est bien mise en avant gagne un petit village local où il fait arrêt.

En descend alors Nick Fury, devenu Clownick Fury depuis Captain Marvel, accompagné de son assistante, Maria. Leurs (trois) yeux se posent sur les alentours, et ils constatent que l’architecture locale laisse à désirer : les bâtiments sont tous plus ou moins effondrés, et la population occupée à sauver des ruines ce qui peut l’être. Tenez, c’est si moche que ça ressemble à un rond point français. Maria explique cependant à Clownick comment on en est arrivé là.

« Voilà patron. Le village de Tacosfurioso. Il a été détruit récemment par une tempête… sauf que les habitants disent qu’elle avait un visage.
– Boh, vous savez comme sont les gens, dans la panique, ils voient des choses… »

C’est le premier dialogue du film, et déjà, on est bien : Nick Fury est 1) le patron du SHIELD mais ne croit toujours pas trop au surnaturel 2) le mec qui se tape la route jusqu’au fin fond du Mexique pour dire qu’en fait, tout ça ne vaut pas le déplacement 3) sachez que plus tard dans le film, on voit des vidéos de l’événement, donc il y a des preuves mais personne n’y a pensé dans l’équipe derrière le scénario.

Voilà. Je crois qu’on commence bien. Tenez, je vais m’allumer un cigare. Voire deux.

Clownick nous fait ainsi son numéro du type qui fait grossièrement erreur alors que Maria, elle, a évidemment tout compris et sait que les gens n’ont pas rêvé, voilà qu’ils sont interrompus lorsqu’un homme en armure et cape sort du sol. Et avant que nos amis ne puissent l’informer que c’est pas la Japan Expo ici, il leur explique qu’ils ont intérêt à se pousser car… quelque chose arrive ! Et ce quelque chose, c’est le sable derrière nos joyeux compagnons qui s’élève du sol pour former une espèce de colosse qui a visiblement un furieuse envie de passer une deuxième couche de tabassage à la municipalité. Le nouvel arrivant en armure s’empresse alors de tirer des lasers avec ses mains sur le colosse, aidé des agents du SHIELD qui ouvrent le feu et…

Changeons de scène.

Et allons du côté d’une école de New York, où les étudiants qui s’amusent à faire leur propre journal télé nous rappellent les derniers événements.

« Comme vous vous en souvenez, suite à la Grande Disparition, ou l’Éclipse, près de la moitié des étudiants du campus ont été réduits en chocolat en poudre il y a cinq ans, avant de réapparaître cinq ans plus tard pouf pouf, comme ça, au milieu de tout le monde. Ce qui a posé de petits problèmes, puisque par exemple, leurs amis et leur famille avaient vieilli. Et en plus, v’là les heures de colle pour avoir séché cinq ans de cours ! Notons que par un heureux hasard, 100% des amis de Peter Parker ont tous disparu, lui permettant de réapparaître uniquement avec des gens de son âge. Ce qui est quand même bien fait. »

C’est vrai que c’est pratique, dites voir.

D’ailleurs, quid de Peter Parker, puisque nous en parlons ? Eh bien sachez que ce fieffé margoulin est à l’école en pleine discussion avec son ami Ned, son pote rigolo-parce-que-gros (si, en 2019, c’est encore d’actualité), parce que voilà : Peter a de très forts sentiments pour M.J, l’insupportable Social Justice Warrior du groupe. Qui est aussi un peu autiste, mais Asperger bien évidemment. C’est fou comme tous les autistes sont Asperger, dites voir. Ça doit sûrement venir des vaccins. Mais passons, et voyons plutôt ce que racontent nos amis.

« Bon, là on va partir en voyage scolaire en Europe avec le club de science.
– Oui Peter.
– Donc c’est le moment parfait pour déclarer ma flamme à M.J ! Nous sommes supposés aller à Venise, puis à Paris. Aussi, mon plan consiste à acheter un dahlia noir en verre à Venise…
– Ah bon, elle aime les dahlias noirs ?
– Oui ! Elle adore le meurtre du Dahlia noir ! »

Le mec qui a écrit le personnage de MJ a dû oublier un détail : MJ est ultra-über-progressiste-américaine. Or, le Dahlia noir est surtout célèbre de nos jours grâce au Dahlia Noir, livre de James Ellroy, qui est écrit avec le vocabulaire de l’époque et les méthodes policières liées. Donc m’est avis que M.J, qui dans le film précédent refusait de visiter un monument « bâti par des esclaves » ne doit pas être spécialement fan d’un livre où les héros parlent du bon vieux temps où ils tapaient du zazou. Ou alors elle adore les meurtres de femmes ? Zut. Je crois que quelqu’un a merdé quelque part.

Mais ce n’est pas grave, après tout, qui dans le public de Spider-Man a déjà lu le Dahlia Noir ? Bon, alors. Revenons à Peter.

« Oui, bon, bref, avant d’être interrompu par cette mystérieuse voix off, je disais que j’allais acheter un dahlia noir en verre à Venise car M.J adore.
– Okay, puis ?
– Puis on va à Paris.
– Ensuite ?
– Ensuite on grimpe en haut de la Tour Eiffel et je me débrouille pour être seul avec elle…
– Et là ?
– Là, je lui fais part de mes sentiments. 
– Hooo !
– Et avec un peu de chance, elle a les mêmes pour moi et… j’aurai peut-être le droit à un petit baiser ? »

Ned est un peu déçu, et aidé de son compte premium Pornhub et de son savoir sur l’attirance humaine acquis à la force du poignet, il tente bien d’expliquer à Peter que bon, c’est mignon ton histoire, mais tu sais, quand papa abeille et maman abeille découvrent qu’ils partagent les mêmes sentiments, peut-être qu’ils auront envie de plus qu’un bisou, comme peut-être, de butiner ensemble ? Peter est un peu perdu.

« … attends Ned, tu peux revenir sur le passage où tu parles de mon « gros dard » ? Non parce que moi je suis l’homme-araignée, par l’homme-abeille ! Et puis pourquoi M.J voudrait mettre un dard dans sa…
– Bonjour les garçons, vous parlez de quoi ? »

Peter et Ned bredouillent quelques excuses vaseuses, que je vous passe. Pourquoi ? Parce que c’est supposé être drôle, mais c’est nul. Et il en sera ainsi tout le long du film : même un enfant trépané aura du mal à sourire devant un tel niveau de nullité. Cependant, j’en profite pour vous dire que même si c’est mauvais, on n’atteint pas la médiocrité de Men in Black 4. Dont vous n’aurez pas de spoiler puisque je ne fais pas les comédies, et c’est supposé en être une. Je crois. Et autant Spider-man a une intrigue faiblarde, autant Men in Black 4 n’en a même pas : c’est juste une suite de déclinaisons du même sketch intitulé « Les agents parlent avec un alien pas bien grand mais irrévérencieux« . Oui, c’est tout. Non, il n’y a rien d’autre. Ceux qui l’ont vu savent. Je crois que le film ne vaut même pas l’électricité nécessaire à un ordinateur pour le télécharger, mais bon.

Aussi ne nous attardons pas sur l’humour de nos héros, qui lui-même, est lié au verbe que vous trouvez au début de cette phrase.

Et en attendant le jour du départ de Peter pour l’Europe, suivons notre larron dans son quotidien.

Spider-Man étant fort populaire, et ayant du piston auprès de la fondation Stark de feu son mentor, il participe à des soirées caritatives animées par tante Milf pour trouver du pognon pour les sans-abris, tant reloger la moitié de la population mondiale a posé quelques problèmes (toutes les villes n’ont pas envie de ressembler à Paris), mais apparemment, pas trop non plus, il ne faudrait pas trop bouleverser le train-train de nos personnages. Il croise au passage Happy, l’ancien secrétaire de Tony Stark qui porte un nom de nain ou de teckel, c’est assez confus, et qui donne deux choses à notre héros : une boîte contenant de vieilles lunettes de Tony Stark qu’il souhaitait lui remettre si quelque chose lui arrivait, et une information essentielle : Nick Fury tente de le joindre.

Mais Peter refuse de décrocher son téléphone. Et raccroche sans cesse sans prendre l’appel. Parce que…

Attendez, on parle bien de Peter Parker, le mec qui rêvait d’être un héros ? Soudainement, en fait, ouah, bwof, non ? Eh bien non. Il a décidé que sauver le monde passerait après son exposé sur « Mes vacances chez mémé » de vendredi matin. C’est comme ça. À tel point qu’il décide de partir en voyage sans son précieux costume de Spider-man, et que… son sixième sens d’araignée ne fonctionne plus.

Pourquoi ? Parce que…

Eh bien parce que ça arrange le scénar’. Non, vous n’aurez pas d’autre explication. C’est tout. Ah non mais vraiment, il y a eu du gros travail sur ce film.

Spider-man est perplexe : si ses pouvoirs de héros sont en rade, comment diable va-t-il malgré tout passer la moitié du film à faire des acrobaties de fifou basées sur son instinct surdéveloppé exactement comme s’il l’avait ?

Aussi, allons jusqu’au jour du départ pour l’Europe de nos amis du club de science, alors que tout ce petit monde grimpe dans l’avion qui doit les emmener à Venise. L’occasion de découvrir les deux professeurs qui encadrent le voyage, Golio et Polio, qui sont bêtes et maladroits comme vous l’aurez bien évidemment deviné. Quant aux autres camarades de Peter, on va supposer que c’est le club de la diversité scientifique tant la classe représente toutes les ethnies et religions possibles et imaginables, ce qui quand même, tombe bien, alors.

Mais dans l’immédiat, Peter a un souci plus urgent : dans la classe, il y a un nouveau garçon, Brad, et il fait lui aussi les yeux de l’amour à M.J.

« Bon sang Ned ! C’est bien ma veine ! On laisse derrière nous Brad, le petit garçon amateur de sciences, on s’absente 5 ans et quand on revient, paf, il est taillé comme Apollon et regarde ! Il a pris des habitudes étranges, comme stocker toutes ses chaussettes dans son slip !
– Je… Peter… Brad a rangé ses chaussettes dans sa valise. Je les ai vues. »

Peter est perplexe. Ned tente bien de lui expliquer de quoi il retourne, mais Peter ne comprend toujours rien à ces histoires d’abeilles. Tant pis : il demande à Ned de plutôt l’aider à changer de place pour qu’il puisse passer le vol à côté de M.J mais évidemment, Ned est gros et bête, donc il fait n’importe quoi, et Peter finit coincé entre Golio et Polio pendant que M.J voyage à côté de Brad et de son slip tellement surchargé qu’il risque d’être refusé en bagage cabine. Heureusement, tout ce petit monde finit par arriver à Venise, où les enseignants, définitivement neuneus, ont réservé un hôtel pourri à moitié inondé, à côté du musée qu’ils voulaient visiter mais qui est fermé pour plusieurs mois.

Hihihihihi. Qu’est-ce qu’on rigole. Tenez, c’est tellement drôle que je pense à la mort.

Mais qu’importe : c’est donc quartier libre pour nos héros ! Dont l’on suit les pérégrinations pas drôles (Machin se filme tout le temps, Polio fait tomber son appareil photo à l’eau, etc ; bref, tenez bien vos côtes devant tant de rigolitude), jusqu’au moment où la lagune est secouée par d’étranges vagues… car quelque chose arrive dans l’eau. Quelque chose d’énorme ! Probablement une très grosse seiche ? Mais non ! C’est un gigantesque humanoïde constitué d’eau qui jaillit des canaux et qui commence à distribuer des coups de poing dans tous les bâtiments qu’il croise !

« Mon dieu Peter, mais qu’est-ce que c’est !
– Ned je… regarde comme il défonce les palais XVIIème ! Je crois que… non… c’est impossible…
– Peter, qu’est-ce que c’est ?
– Je crois que c’est… UN MÉDIÉVISTE ! »

Quelle terrifiante créature !

« BLOUBLOUBLOUB ! PRENDS ÇA, PONT DU RIALTO, DE LA PART DE MARC BLOCH ! »

« Peter, tu dois l’arrêter sinon il va rameuter des modernistes, voire pire, des antiquisants !
– Pas d’inquiétude Ned ! File avec le reste de la classe ! J’ai beau ne pas avoir voulu prendre mes costumes, tante Milf en avait glissé un de force dans ma valise, donc j’ai mes bracelets lance-toile ! »

Pendant que la créature est occupée à détruire la ville et que les touristes fuient en tous sens, Peter profite de la confusion générale pour se coiffer d’un ridicule masque de carnaval, et équipé de ses lance-toiles, ouvre le feu sur la bestiole.

« Prends ça, monstre ! »

Mais les toiles d’araignées sur de l’eau, ça marche moyennement bien et les toiles disparaissent dans le monstre. Peter est donc bien embêté, lorsque la créature reporte son attention vers lui.

« BLOUBLOUB ! JE VAIS TE BRISER COMME PATRICK DEMOUY BRISA LE SECRET DE LA SAINTE AMPOULE À REIMS ! »

Le médiéviste est connu pour ses propos un peu confus, mais Peter sait cependant comment l’énerver.

« Le moyen-âge, c’est tout pourri ! Il s’est quasiment rien passé, à part les chevaliers et les princesses ! »

La créature devient folle de rage, mais alors qu’elle s’apprête à copieusement péter la gueule de Spider-man pour lui expliquer 1000 ans d’histoire à sa façon, voilà qu’un étrange personnage en armure et cape surgit du ciel, laissant derrière lui une traînée verdâtre probablement due à une propulsion impliquant des burritos pas frais, et commence à bombarder de lasers tout aussi verts la bestiole. Malgré le fait que l’inconnu porte un aquarium rempli de fumée de pétard sur la tête, Peter se dit qu’il doit lui faire confiance, et pendant que le nouveau venu pulvérise le monstre, Peter utilise plus utilement ses toiles en renforçant les monuments qui risquent de s’effondrer après avoir pris quelques coups. C’est son côté Fondation-du-patrimoine-man, d’où sa ressemblance suspecte avec Stéphane Bern.

Enfin, la bête est vaincue, et c’est en marmonnant des trucs sur Philippe le Bel qu’elle retourne aux eaux à nouveau tranquilles du canal.

L’inconnu disparaît peu après cette affaire, et Peter peut retourner à l’hôtel où attendent ses petits camarades. Il est bien vite interpellé par ceux-ci.

« Ouah, Peter ! Tu as tout raté ! Il y a une créature géante qui ravageait la ville, tu as vu ?
– Heu je… oui… non… j’étais parti faire caca.
– Ahaha, espèce de gros lâche ! Bon en attendant, on a du bol, des gens ont filmé. On peut voir un inconnu mystérieux bourrer le monstre ! Un nouveau super-héros ! En italien, mystérieux ça se dit mysterio, alors on a qu’à l’appeler comme ça !
– Okay, c’est subtilement amené. Va pour Mysterio. Oh mais j’y pense, si tout a été filmé… « 

Eh oui Peter, si tout a été filmé, et comme tu étais toujours juste à côté du monstre et de Mysterio, c’est sûr qu’on ne doit pas te rater !

« Eh les mecs, vous avez vu ? Il y a un autre héros sur place ! Qui jette des toiles d’araignée, comme Spider-man ! Décidément, c’est fou, Spider-man est toujours là où on est ! À New York quand on est à New York, à Washington quand on est à Washington, à Venise quand on est à Venise… et en plus, il porte les mêmes vêtements que Peter sur ces images, et a la même coupe et couleur de cheveux, c’est incroyable ! »

Rassurez-vous, je bluffe :

  • Tous les gens qui filmaient ont toujours tenu Spider-man soigneusement hors du cadre de l’image, ne me demandez pas comment
  • Personne ne fait le rapport au sein du groupe de Peter
  • Si un scénariste pouvait trouver une autre excuse qu’un voyage scolaire pour que Spider-man se déplace, ce serait peut-être bien, hein.

Pendant que j’écrase mon cigare sur mon voisin de siège pour tenter de couvrir les dialogues avec ses hurlements et gagner un peu de répit pour ma santé mentale, nos héros décident que la journée a été suffisamment longue. Peter appelle brièvement tante Milf pour la rassurer, comprend qu’elle passe son temps avec Happy et que c’est vaguement suspect, mais décide d’aller dormir car il est bien fatigué.

Je veux dire : qui aurait pu reconnaître Peter Parker comme ça ?

Sauf qu’alors qu’il rentre dans la chambre avec Ned, ce dernier se reçoit soudain une seringue pleine de soporododo dans le cou, et s’effondre comme une bouse. C’est Nick Fury ! Qui vient de rattraper Peter jusqu’à Venise ! Enfin, Clownick Fury, puisque par exemple, il ne pourra pas faire une phrase entière sans que quelqu’un ne frappe à la porte de la chambre pour dire du rien et simplement faire un effet supposément comique. Je vous propose de ne pas rire (vous allez voir, on y arrive très bien) et de nous concentrer sur ce que Nick a à raconter.

« Peter. Tu es difficile à joindre.
– C’est-à-dire que je ne sais pas pourquoi mais les scénaristes ne veulent pas que je réponde à vos appels. Je passe mon temps à jouer le héros du quartier, mais soudain, j’ai plus envie.
– Une ficelle un peu grosse. Mais je suis là à présent, et tu vas me suivre, Peter. Allons au QG du SHIELD de Venise, j’ai des gens à te présenter.
– Bon… okay… « 

Et Peter d’enfiler son costume parce que… parce que, et de suivre Nick Fury jusqu’à une cellule du SHIELD locale, où l’attendent diverses personnes, dont Maria, l’assistante de Nick, et surtout, le mystérieux héros inconnu ! Qui a retiré l’aquarium qu’il avait sur sa tête et heu… a… comment dire ? On sait déjà que c’est le méchant. Cette barbe, c’est beaucoup trop suspect. Ça et le fait qu’on a l’impression qu’il sort de chez le dentiste et qu’il n’a pas encore récupéré toute sa lèvre inférieure quand il parle. Sûrement un hommage discret à Stallone.

« Oh ! Mysterio ! 
– Mysterio ? Je m’appelle Quentin Beck, mais j’aime bien le nom.
– Vous travaillez avec le SHIELD ?
– Oui… sache que je viens d’un monde parallèle. D’un monde parallèle où…
– Ah, nickel. Les mondes parallèles, ça devrait permettre de justifier plein de reboots et de cross-overs foireux pour les suites des licences Marvel. Mais continuez Monsieur Mysterio.
– Je disais : je viens d’un monde parallèle. Une Terre qui a été ravagée. Toute ma famille, tous mes amis sont morts. Tués par quatre élémentaires, des créatures constituées de chacun des quatre éléments. Aujourd’hui, tu m’as aidé à affronter l’eau. Bravo pour ton travail qui a permis de sauver des monuments en solidifiant leurs structures avec de la toile. 
– Ouah, vous venez d’une autre dimension, c’est trop cool M’sieur Mysterio ! 
– Moui, enfin sache que maintenant que les élementaires ont ravagé ma Terre… ils sont venus pour la vôtre. En tant que dernier survivant de la dernière unité chargé de les combattre, je suis parvenu à lever le voile des dimensions pour les suivre. Ils apparaissent aux mêmes endroits que sur ma Terre. Aussi, nous savons où les attendre. 
– Et nous avons déjà vaincu l’eau ! Et avec vous presque seul ! Finalement, ils étaient un peu nuls ces monstres, c’est à se demander comment ils ont ravagé votre Terre !
– Oui, heu, bon, écoute… j’ai aussi vaincu la terre et l’air qui, figurent toi, sont tous les deux apparus dans le même village pourri du Mexique.
– Ils n’étaient pas très inspirés.
– Ohé, hein ! Nous reste le plus dangereux : le FEU ! Lui peut grossir en absorbant du métal, et au moment où il sera assez puissant pour tirer son énergie du noyau même de la Terre… il engloutira celle-ci. C’est ce qui est arrivé à la mienne.
– Vous voulez dire qu’un monstre gros comme une planète arrive par ici ?
– Ahaha, euh… non. Par un amusant hasard, il se trouve qu’il va arriver à Prague… en faisant une taille normale.
– Il y a une explication ?
– Aucune.
– Super.
– Je sais.
– Ah non mais gros travail sur ce film, hein. »

En attendant, la menace n’en est pas moins là, et Nick Fury détaille un peu plus pourquoi il a fait venir Peter.

« Mon p’tit Peter, figure-toi que depuis que l’on a rencontré Mysterio, on a repoussé plusieurs de ces monstres. Et si j’essayais de te joindre, petit con, c’était pour que tu viennes à Venise aider notre ami ici présent à arrêter le monstre liquide.
– Attendez… et par une incroyable coïncidence… mon voyage scolaire m’emmène à Venise pile le jour où vous aviez prédit l’attaque ? »

Nick ne répond pas, mais laisse clairement entendre que le voyage du club de sciences à Venise n’est peut-être pas un hasard.

« Vous voudriez dire que vous auriez réussi à envoyer mon club de science entier à Venise en comptant sur le fait que mes professeurs étaient tous débiles et ne remarqueraient rien, et ce afin que je réagisse pile comme il faut à une attaque surprise sur la ville, en espérant que mes amis ne soient pas tous tués, tout ça pour ensuite vous infiltrer dans mon hôtel, endormir mon compagnon de chambre, esquiver mes petits camarades et m’emmener ici pour me faire votre offre ?
– Hin hin… peut-être bien que oui ?
– Et sinon, venir directement chez moi, sachant que vous savez où j’habite ? »

Zut. Ni les scénariste, Ni Nick Fury n’avaient pensé à ce plan particulièrement élaboré.

« Okay heu… bon, écoute, alors ! Tu viens à Prague sauver le monde d’un élémentaire de feu ou pas ?
– Non !
– Que… comment ça non ?
– D’abord, parce que si je m’éloigne du groupe, tante May va me tuer !
– Mon dieu, mais en plus, c’est une vraie réplique du film que tu me donnes là ! Mais qui a écrit les dialogues ? Genre « Désolé tante May, je pouvais sauver le monde mais j’avais pas la permission de 22h donc j’ai laissé tout le monde crever » ? 
– C’est ça. Et puis aussi, j’aimerais profiter de ces vacances avec mes amis et voir la fille que j’aime.
– Seigneur ! Mais ça aussi c’est un vrai dialogue du film ? Ton personnage est supposé être un génie mais ne comprend pas que s’il ne fait rien, tous ses amis vont mourir et que tout ce qu’il embrassera au final, ce sera une merguez ?
– Ah non mais moi je lis mes dialogues, hein. Je ne cherche plus. »

Voilà. Spiderman, ce génie, préfère laisser le monde brûler et voir tous ses amis mourir que de rater sa sortie scolaire. On en est là pour les dialogues. Cependant, on notera qu’un scénariste a quand même tenté de glisser « Mais au fait, pourquoi vous n’appelez pas un autre héros ? » tant il est vrai que Spiderman et ses toiles, c’est pas bien utile contre des créatures élémentaires. Quelle réponse lui fait Nick Fury ? Voyons plutôt.

« Et si vous appeliez Thor ?
– Il a quitté la planète.
– Docteur Strange ?
– Indisponible. »

Oui, le mec a plus important à faire que de sauver la Terre, c’est évident.

« Captain Marvel ?
– Ne prononce pas ce nom. »

Mais ? Pourquoi ? Et puis en quoi c’est une réponse ? Et puis d’ailleurs, il n’y a pas un nouveau Captain America ? Et quantité d’autres héros disponibles ? Black Panther, Scarlet Ouiche, Ant-Man, Hulk, non ?

Eh bien non. Parce que sinon, le film s’arrêtait là.

« Non Peter, moi non plus je ne comprends pas pourquoi je m’entête à vouloir recruter pour cette mission le mec qui a les pouvoirs les moins utiles contre des créatures élémentaires ».

Je vous avoue que cette scène comportait tellement d’incohérences et de dialogues stupides que j’ai dû appeler Diego pour qu’il me livre un bébé phoque et un piolet. En utilisant le plat du piolet, bien sûr, sinon le phoque ne crie pas assez longtemps pour exprimer toute ma douleur à ma place.

La scène s’achève donc par Spider-man qui annonce que sa décision est prise, il va plutôt rentrer à son hôtel. Et mieux encore : Mysterio approuve son choix. Il est si gentil. Peter rentre ainsi dans sa chambrée, et le lendemain, découvre que Nick Fury n’a pas tant respecté sa décision que cela : l’agence de voyages qui gère l’aventure de l’école a appelé Golio et Polio pour leur annoncer que leur classe avait gagné un détour par Prague ! N’est-ce pas merveilleux ?

« Je crois que Nick Fury vient de détourner nos vacances… » murmure Peter à Ned.

Personnellement, je crois surtout qu’il est con, mais c’est toi le génie, Peter. La classe grimpe donc dans un bus conduit par un des hommes du SHIELD que Peter a croisés, et direction la République tchèque ! En chemin, Peter parvient à s’isoler dans un coin du bus, et joue avec les lunettes de soleil que Tony Stark lui a laissées en héritage. Peter les essaie et… oh ! OH BEN J’AURAIS PEUT-ÊTRE DÛ LE FAIRE AVANT DIS VOIR ! Parce que ces lunettes sont en fait une interface surpuissante avec une intelligence artificielle intégrée, Édith.

« Bon, je suis Édith, votre intelligence artificielle. Scan rétinien en cours… identification : Peter Parker. Bonjour Monsieur Parker.
– Qu’est-ce que tu es, Édith ?
– Je suis une intelligence reliée au plus grand réseau de sécurité au monde. Je contrôle des satellites, surveille toutes les communications, bref, je peux accéder à tout, et agir n’importe où. Là par exemple, je peux lire les SMS de vos voisins de classe.
– Ouah, Tony Stark était vraiment un héros avec une éthique. Tu peux vraiment faire plein de choses ?
– Je suis l’ordinateur le plus puissant de cette planète, Peter.
– Okay alors puisque tu surveilles tout… peux-tu me lister les comptes en Suisse des Balkany ?
– Même ma puissance processeur a ses limites, Peter.
– Bon ben je sais pas… je t’utiliserai plus tard. Tu n’as qu’à miner de la crypto-monnaie en attendant, tiens. »

Non, Peter ne lui fait pas vraiment miner de la crypto-monnaie. En fait, il n’en fait rien. Il se dit qu’un cadeau pareil, bah, il verra plus tard.

Oui, oui. Et, oui, entendez mon soupir.

En attendant, son bus s’arrête sur la route de Prague pour une pause pipi, et soudain, l’homme du SHIELD qui conduit, après avoir laissé tout le monde descendre, arrêter Peter et lui fait signe : une jeune femme du SHIELD l’attend dans une brasserie déserte juste à côté de la station service. Peter va la rejoindre.

« Euh… bonjour madame ?
– Toi Peter Parker ?
– Ben vaudrait mieux, oui.
– Toi te mettre en slip. Toi enfiler tenue.
– Que ? Mais ? Quelle tenue ? Et puis pourquoi mon slip ?
– Toi avoir besoin nouvelle tenue. Tenue pas de Spider-man. Car sinon, si Spider-man à Prague, ça devenir un peu gros même pour tes amis.
– Ah oui c’est vrai.
– Moi avoir fait tenue pour toi. Toi essayer tenue.
– Okay, mais pendant ce temps, potassez votre anglais madame. Moi, je me mets en slip. »

Et Peter de se mettre en slip… au moment exact où Brad rentre dans la brasserie pourtant déserte.

J’en profite pour un truc tout bête : quand votre intrigue repose sur « Mais en fait, la porte était ouverte ! » vous pouvez recommencer.

À croire que l’autre agent du SHIELD à l’extérieur est parti faire son petit pissou, lui aussi. Et Brad de tomber sur Peter en slip à côté d’une grande blonde. Il prend vite une photo et s’enfuit.

« Mais heu ! C’est pas du tout c’que tu crois ! » hurle Peter en se laissant à sa poursuite. Il attrape la valise contenant son nouveau costume, saute dans son pantalon et rattrape Brad à la sortie de l’établissement pour tenter de justifier des raisons de ses aventures slipesques.

« Brad, c’est pas c’que tu crois, j’te dis ! J’aime juste, euh… me mettre en slip devant les mesdames ! Ah, merde, non, c’est pas c’que j’voulais dire, attends !
– Écoute Peter, on va pas y aller par quatre chemins. Je sais que tu aimes bien M.J. Moi aussi. Or, toi tu es une crevette en slip, et moi, je suis monté comme un âne sous stéroïdes, alors on sait tous les deux comment ça va se finir. Et je ne te ferai pas de cadeaux : alors cette photo, je vais la montrer à M.J et tu seras bien feinté.
– Espèce de… de… de rabouin ! »

Peter Parker est un peu nul en insultes. Il bougonne donc lorsque vient le moment de remonter dans le bus, et remet ses lunettes magiques pour retrouver Édith.

« Peter, mes scanners indiquent que votre température corporelle est haute. 
– C’est passque je viens de m’faire humilier, Édith. En plus mes insultes, elles sont trop pourrites.
– On dit « pourries », Peter. Voulez-vous que je vous propose de meilleures insultes ?
– Oui.
– Très bien. Pour commencer Peter, êtes-vous familier avec le concept de « grosses mères » ?
– Oui bon écoute, tu sais quoi Édith, tu vas plutôt tenter de me débarrasser de Brad, qui a une photo gênante de moi.
– Très bien. Brad est-il la cible ?
– Euh… oui ?
– DRONE TUEUR LANCÉ. »

Vraiment, vous êtes sûr que Peter est un génie ? Pour arriver à si mal formuler ses phrases et à répondre des âneries à l’intelligence artificielle ? Je vous passe, une fois encore, les gags, où il crie des choses à l’IA en tentant de faire annuler le tir, mais les gens autour comprennent mal, aussi en voulant leur répondre il donne plus de mauvaises instructions… bref, c’est nul. Mais toujours est-il que depuis l’orbite de la Terre, un satellite vient de tirer un drone qui s’en va ratiboiser la gueule du fameux Brad.

Et disons que c’est un peu beaucoup. Heureusement que Brad ne profite pas de tout ce temps pour tout raconter à M.J et préfère… contempler la photo. Oui, on le voit faire. Non, on ne sait pas pourquoi il fait ça, et disons-le : vous n’avez pas envie de le savoir.

Peter, en attendant, enfile ses lance toiles, fait diversion en hurlant « OH MON DIEU LÀ, UN BOUQUETIN ! » (véridique) et pendant que tout le monde regarde, il saute par la trappe du toit du bus, envoie une bardée de toiles au drone tueur qui vient d’arriver juste derrière le véhicule, prêt à faire feu, et ratterrit dans le bus, à peine décoiffé.

Quelle séquence épique : l’intrigue se traîne tellement que Peter en est réduit à affronter les drones tueurs qu’il s’envoie par erreur sur son propre bus.

Allez, oublions et laissons notre fine équipe arriver à Prague, où cette fois-ci, l’hôtel est bien meilleur, et surtout, il y a une grande fête partout dans les rues. Peter parvient cependant à avoir une brève et discrète entrevue avec le SHIELD.

« M’sieur Fury, c’est pas très cool d’avoir détourné mon voyage scolaire.
– C’est vrai, il ne s’agit que de sauver le monde.
– Voilà. Pas cool.
– Je n’arrive pas à croire que Tony Stark ait confié son système de sécurité Édith à un petit con de ton gabarit, Peter.
– Alors certes, mais notez que visiblement, vous préférez snober tous les autres héros plutôt que de me mettre un coup de pied au cul.
– C’est un film Spider-man, Peter. Je n’ai pas le choix. Je dois me coltiner ta truffe.
– Vous oubliez que j’ai quand même des qualités : je suis le garçon le plus intelligent de ma classe.
– Classe de Segpa, Peter. De Segpa. En attendant, quid de combattre le monstre de feu qui doit apparaître ce soir à Prague ?
– Allez, d’accord. Mais c’est bien parce que c’est vous M’sieur Fury ! Et vous avez intérêt à trouver un truc pour mettre mes amis en sécurité puisque vous les avez amenés ici !
– En sécurité ? Comme par exemple, en ne leur envoyant pas des drones tueurs sur la gueule ?
– C’était un accident ! J’ai glissé, chef !
– Hmmmouais. Bon enfin sache qu’un jour tu devras choisir, Peter. Entre ta vie de héros et celle d’écolier. Non parce que bon, je vois pas bien l’intérêt de rester au lycée alors que tu serais vachement plus utile ailleurs. 
– Je vous rappelle dans quelle classe je suis ?
– Bon allez, file. Et après cette mission, si tu décides d’arrêter les conneries et de devenir un héros, sache que tu peux nous rejoindre à Berlin. Le SHIELD fera un point de situation. Mysterio, vous en serez, vous ?
– Ah ben moi oui, je suis un peu moins couillon que Peter. »

C’est donc décidé : ce soir, Peter ira affronter l’élémentaire de feu avec Mysterio.

Et pour que ses amis soient en sécurité, il fait obtenir à la classe, via le SHIELD, des places pour un opéra. Là-bas, ils seront tranquilles, tant chacun sait que plus personne ne va à l’opéra de nos jours. Sauf qu’évidemment, Peter s’éclipse dès le début de la pièce pour aller rejoindre Mysterio et le SHIELD là où on a repéré des émanations d’énergies laissant supposer que le prochain élémentaire va apparaître à cet endroit. Et, non, le SHIELD ne se rend pas sur place pour dire aux gens de dégager. C’est plus rigolo de les regarder fuir en hurlant quand la situation dégénère.

Quelque part, je les comprends. Mais personnellement, je vais au bout du concept : je fais des crocs-en-jambe aux gens qui essaient de fuir. Sacré SHIELD.

Peter est lui un peu dégoûté, car il doit sauver le monde au lieu d’être assis à côté de M.J, qui lui proposait de passer l’opéra près d’elle. Rahlala. C’est si dur, la vie :avec un peu de chance, peut-être qu’elle l’aurait laissé lui toucher la main voire les roploplos. Mais à la place, tout ce qu’il va toucher ce soir, c’est un monstre de flammes.

Ne sois pas si contrarié, Peter : au moins, les dialogues du monstre de feu seront, à n’en point douter, moins ridicules que ceux de M.J.

Notre héros se rend donc sur une place du coin, après avoir enfilé le costume laissé pour lui par le SHIELD : une tenue qui ressemble plus ou moins à un truc des forces spéciales, mais… finalement très proche de ses tenues habituelles quand même. Eh bien, ça valait le coup de lui faire un déguisement. Pire encore, ses amis sont tellement ennuyés par l’opéra (sûrement du Verdi) qu’évidemment, ils en sortent, se dispersent dans les rues et… vous avez vu juste : ils vont bien sûr se retrouver pile là où le vilain monstre va apparaître.

On recommence : qui pourrait reconnaître Spider-man comme ça ?

Holalalabendisdonconlavaitpasvuvenir.

Car justement, le sol se met à trembler, et sur l’une des places de la ville, du sol jaillit un monstre de lave. Mysterio fonce avec Spider-man corriger la vilaine bête, et si celle-ci pose quelques soucis, absorbe des véhicules pour grossir et menace de cramer une grande roue où ce gros débile de Ned s’est installé avec sa copine (où sont passés les autres occupants de la roue ? Mystère ! Il n’y avait sûrement plus de budget figurants), elle est bientôt vaincue lorsque Mysterio plonge dans le cœur même du monstre pour le pulvériser de l’intérieur. Expérience à laquelle il survit miraculeusement !

La copine de Ned, qui est aussi de la classe de Peter, sourcille quand même un peu à la vue du Spider-man noir qui a affronté le monstre et jeté des toiles partout.

« C’est marrant, on dirait Spider-man… il bouge et jette des toiles de la même manière, lui ressemble un peu… d’ailleurs c’est vrai que où que l’on aille, il est là !
– Eheheh euh… non. Lui, c’est euh… Spider-Cochon, son cousin. »

En réalité, Ned invente le nom de « Night Monkey » pour protéger l’identité de son ami, mais c’est finalement peut-être pire, aussi restons sur Spider-Cochon.

Mais en attendant, la victoire est complète ! Le dernier élémentaire a été détruit, la planète est sauvée, et Prague tient encore plus ou moins debout. Mysterio félicite Peter.

« Bien joué grand !
– Ouah, Mysterio, j’ai bien cru que tu étais mort quand tu as foncé dans le monstre pour te sacrifier mais en fait non !
– Oui, hein ? Non mais en fait, tu sais, les sacrifices, c’est surfait. Allez viens ! On va se jeter un godet !
– C’est-à-dire que j’ai 16 ans M’sieur Mysterio, j’ai pas le droit de boire.
– Bon alors rentrons dans cet estaminet ; ce sera un schnaps pour moi et un Fanta citron pour le petit ! »

Et là, attention, grande scène : Mysterio, en grosse armure, sirote son verre à côté de Peter, qui a retiré son masque et PERSONNE ne trouve ça suspect, pas même Peter. Ils viennent de sauver la ville et le monde, sont encore en tenues qui permettent clairement de les identifier, mais personne ne semble réagir, et c’est une soirée normale à Prague. Pas plus que Peter ne se dit que « Mais j’étais pas supposé dissimuler mon identité, moi ? »

Non. Tout va bien. Un grand film, je vous dis. Nos héros discutent donc en paix, protégés par le script.

« Tu sais Mysterio, je suis content de t’avoir rencontré. C’est bien d’avoir un nouvel ami avec qui parler de mes problèmes de héros.
– Aucun souci. Tu es un chouette garçon, Peter. 
– Merci. Toi aussi tu es un type bien M’sieur Mysterio.
– Ahaha, allons, je ne suis qu’un humble guerrier inter-dimensionnel… ah, au fait, fais attention Peter, je crois que tu as fait tomber quelque chose !
– Ah oui ! Ce sont les lunettes de Tony Stark avec ÉDITH dedans et… HÉÉÉ ! Mais attendez, essayez-les ?
– Voilà.
– Mais elles vous vont vachement mieux qu’à moi ! Vous ressemblez un peu à Tony, d’ailleurs, avec ça et la barbe ! Vous savez quoi Mysterio ? Alors que ça ne fait même pas 24 heures que l’on se connait, je crois que je vais vous confier ÉDITH, le système de sécurité le plus puissant au monde !
– Ah oui ?
– Oui ! N’oubliez pas, je suis un génie, je suis super intelligent ! Donc je sais ce que je fais ! Vous avez tout pour être le nouveau Tony Stark, et le monde en a besoin ! ÉDITH ? Transfère tous mes accès à Quentin Beck, dit Mysterio ! »

Et l’intelligence artificielle d’obéir. Peter serre la paluche de Mysterio en le félicitant pour ses nouvelles responsabilités, et file : apparemment, puisque où qu’aille sa classe, il y a des catastrophes, les parents inquiets ont appelé pour annuler le voyage en Europe (enfin une réaction crédible). Donc avant de reprendre l’avion demain, Peter aimerait aller déclarer sa flamme à M.J. C’est ce soir ou jamais.

Mais sitôt qu’il a quitté le troquet où il sirotait son Fanta avec Mysterio…

… il ne remarque pas que derrière lui, le bistrot change d’apparence. Se transforme en vieille ruine pourrie. En fait, tout n’était qu’une illusion, un hologramme créé par des drones Stark semblables au drone tueur envoyé par mégarde par notre héros. Sauf que ceux-là sont sous le contrôle de Mysterio ! Et celui-ci d’éclater de rire, et de grimper sur le comptoir poussiéreux, acclamé par les clients du bar qui étaient des complices !

Et comme tous les méchants, il prend le temps de ré-expliquer son plan.

« Ah, les amis ! Ça y est, nous avons récupéré ÉDITH ! Cela n’a pourtant pas été facile ! Heureusement que Peter Parker est complètement con ! Souvenez-vous, mes amis ! Nous avons créé la super technologie holographique pour Tony Stark, capable de créer n’importe quelle illusion, et il n’en a quasiment rien fait. Il a même dit que j’étais trop… ambitieux ! Et vous tous, vous avez tous, vous aussi, travaillé pour Stark par le passé ! Tous été humiliés ! C’est ce qui nous a réunis ! Le souhait de créer un nouveau Tony Stark… et ce Tony ce serait… MWAMÊME ! Plus génial que lui, plus ambitieux que lui ! Nous avons pris le contrôle d’une partie de ses drones… les avons utilisés pour projeter des hologrammes et ainsi créer de faux monstres, vaincus par un faux héros ! Tout cela n’était qu’une illusion ! Les dégâts ? Des drones cachés dans l’illusion qui tiraient sur les bâtiments pour les faire s’effondrer en synchronisation avec l’illusion ! Les flammes ? Les drones peuvent envoyer du feu ! Mysterio qui vole et tire des lasers ? La plupart du temps, je n’étais même pas là, j’étais caché ailleurs en costume et je n’apparaissais physiquement qu’à la fin de la bataille ! »

Et personne n’a remarqué les millions d’impacts de balles laissés par les drones d’ailleurs ? Ou même entendu les tirs ?

Non ?

Parce que personnellement, quand un mec prend un coup de poing par une bestiole mais qu’on le retrouve criblé de balles, ça m’interpelle un peu.

Mais si Peter est un génie, je vous laisse deviner le niveau du reste de la population.

Poursuivons avec le discours du méchant, puisque c’en est un.

« Tout n’était qu’illusion, et grâce à cela, nous avons récupéré ÉDITH des mains de ce neuneu de Peter Parker ! Grâce à lui, nous contrôlons tout ! Des milliers de drones, bien plus que nous n’en avions ! Les communications ! Tout ! Il ne nous reste plus qu’à faire un gros coup… un coup fabuleux… une attaque plus grande que toutes les autres, à Londres ! Que j’arrêterai, bien sûr ! Ainsi, je serai le nouveau Tonyyyy Staaaaark ! »

Bon. Passons sur le fait que les illusions ne peuvent pas tout faire, et venons-en droit au problème : tu as donc une technologie si spectaculaire qu’elle peut te rapporter des milliards et… plutôt que de t’en servir pour ça, tu préfères tenter de devenir le nouveau Iron Man. Okay, mettons que ce soit ton truc. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas simplement montrer ce que ta technologie peut faire ? Car si tu peux faire des illusions, ça peut vraiment servir ! Et mieux encore si tes illusions peuvent causer des dégâts grâce aux drones planqués dedans, tu peux vraiment être un héros.

Non parce qu’être le nouveau Iron Man, basé sur un mensonge, ça n’a que des désavantages par rapport aux autres stratégies : ça veut dire être envoyé en première ligne dès qu’une menace extra-terrestre se pointe. Ça veut dire devoir sauver le monde. Et le faire en continuant à mentir sur tes pouvoirs. Donc par exemple, si une bestiole géante qui peut voir au travers des illusions se pointe et que le SHIELD te dit « Vas-y Mysterio, avec tes lasers, tu vas la plier en deux minutes ! » tu auras l’air fin, mon lapin. Sans compter qu’à la moindre erreur, ta ruse est éventée et le monde entier te conspue.

Bref, tu n’as aucun intérêt à mentir. Sauf si bien sûr…

Ah mais oui, voilà : tu es un méchant en bois.

D’ailleurs, personne n’a remarqué que Quentin Beck, alias Mysterio, était un ancien employé de haut niveau de Tony Stark et pas du tout un guerrier inter-dimensionnel ? Non parce qu’en plus, le mec n’a même pas changé de nom. Vous tapez « Quentin Beck » dans Google, et paf, vous découvrez qu’il n’est pas du tout inter-dimensionnel. Ça pose un peu problème, non ? Le roi des illusions et de la tromperie qui oublie bêtement de changer de nom ou de cacher son visage ? Ah non mais vous faites comme vous voulez, amis scénaristes, hein, je ne voudrais pas déranger.

Mysterio, ici expliquant que si on remplace ses drones par des Roomba mais que l’on garde les hologrammes, il doit pouvoir révolutionner l’industrie du porno.

Laissons donc Mysterio à son plan foireux, et retournons voir Peter, qui est lui à son hôtel et qui va frapper à la chambre de M.J.

« M.J je… ça te dirait sachant que… qu’on repart demain… que toi et moi on aille se promener ?
– Okay.
– Chouette ! »

Prague est tranquille et belle en cette douce fin de soirée, tant après l’attaque d’un monstre géant au milieu de la plus grande fête du pays, il n’y a rien dehors : pas un policier, pas un journaliste, pas même un papier par terre. C’est quand même bien fait, on devrait manger des attaques d’élémentaires plus souvent. Les mains de nos larrons se frôlent et Peter décide de se lancer.

« M.J, je dois te parler de quelque chose… à propos de moi.
– Tu es Spider-man ? »

C’est un peu direct. Mais bon.

« Mais comment tu sais ?
– C’est-à-dire que où que l’on aille, Spider-man apparaît, et pile quand tu es soudainement mystérieusement introuvable.
– Ah flûte. C’était gros alors comme ficelle ?
– Un peu, oui. Accessoirement, il se trouve que si je sais que Spider-man était ici ce soir à Prague, c’est que j’ai trouvé ceci par terre… entoilé. »

Et M.J sort de son sac à dos un drone Stark que Spider-man avait entoilé en tirant sur l’illusion un peu plus tôt sans le réaliser : le drone avait été projeté bien loin de lui, droit au pied de M.J qui était dans une ruelle voisine (là encore, que de coïncidences, et, non, il n’y avait personne d’autre dans la rue, vous le saurez). Les deux adolescents tripotent le drone à défaut de mieux pour ce soir, et soudain, il s’active… et génère un énorme hologramme : Mysterio affrontant l’élémentaire de l’air ! Nos deux amis sont donc très surpris de voir cette illusion parfaitement réaliste s’agiter au-dessus d’eux.

« Mais alors… le drone génère des hologrammes ? Le combat entre les élémentaires et Mysterio, c’était du cinéma ?
– Le plus incroyable c’est que si le drone génère une illusion aussi puissante, une fois entoilé, une partie de ladite illusion aurait dû s’effondrer.
– Oui mais ça n’arrangeait pas le scénario. On va donc dire que les drones sont tous largement plus puissants que nécessaires, donc quand tu en détruis un, les autres présents dans l’illusion compensent pour la maintenir.
– Ah ben non puisque lorsque Mysterio discutait avec son équipe dans la scène précédente, à un moment, il expliquait qu’un seul drone manquant pouvait tout foutre en l’air et…
– CHUCHUCHUCHUTABOUCHE. »

L’incohérence est jetée de côté tel un vulgaire chaton contre une 306 lancée à pleine vitesse, et nos amis reprennent.

« M.J ! Écoute, ça veut dire qu’on a un gros problème ! Je ne peux pas rentrer en Europe ! Parce que comme une grosse buse, j’ai confié les clés du système de sécurité le plus puissant au monde à Mysterio, quand bien même je ne connaissais depuis moins de 24 heures.
– Peter, est-ce que tu es sûr que tu n’as pas été mordu par une crotte radioactive ? Éventuellement en forme d’araignée, mais tout de même ?
– Raaah ! Bon écoute, toi, rejoins Ned ! C’est mon meilleur pote, il sait que je suis Spider-man, vous pourrez causer. Vous irez expliquer au reste de la classe que j’ai un souci et que je dois rester en Europe dans… euh… ma famille à Berlin ? Comme ça, je fonce à Berlin prévenir le SHIELD !
– … tout le monde sait que tu n’as aucune famille à Berlin. Tu ne pourrais pas juste appeler le SHIELD ?
– Mysterio surveille toutes les communications grâce à ÉDITH !
– Oui ben comme ça il saurait que son plan est à l’eau, au pire.
– Non ! L’excuse pourrie, ça me paraît mieux ! »

Notez qu’il y avait des millions d’excuses plus crédibles, mais Peter choisit celle-là. Puis, il bondit sur un train pour tenter de gagner Berlin et aller avertir Nick Fury du fait que Mysterio est effectivement un vil embabouineur.

Mais Mysterio, au même moment, apprend qu’il lui manque un de ses drones qui n’est pas revenu à la base, et comprend bien vite que Spider-man a dû mettre la main dessus. Il lui faut donc l’arrêter… et il sait comment. Mais déjà, il utilise son nouveau super réseau pour à son tour, détourner le voyage scolaire de Peter, et envoyer un message à Polio et Golio disant que la prochaine étape de leur voyage, ce serait Londres. Ces derniers acceptent sans sourciller, et toute l’histoire de « On doit quitter l’Europe, et vite ! » est instantanément oubliée. Ainsi, tous les amis de Peter seront au mauvais endroit, au mauvais moment, et s’il a révélé ce qu’il sait à l’un d’entre eux… il pourra leur régler leur compte.

Car c’est connu : des adolescents équipés de téléphones portables ne racontent jamais rien à personne, et ils garderont l’information pour eux jusqu’à ce qu’il les tue. L’adolescent est connu pour être taiseux.

Mais suivons donc Spider-man alors qu’il arrive à Berlin à dos de train (grimper dedans, c’est trop dur et trop sûr ; risquer l’électrocution est plus marrant), et lorsqu’il en descend, gros coup de bol, il est attendu par Nick Fury.

« Allez grimpe dans la voiture. On va au QG du SHIELD et tu vas tout me raconter. » 

Spider-man obéit, et commence à expliquer à Nick toute l’histoire, sur le fait que Mysterio n’est qu’un filou qui utilise une technologie surpuissante pour créer des illusions, et grâce à elle, s’est emparé d’EDITH.

« … morale de cette histoire est qu’on ne doit pas faire confiance à un inconnu, comme avec ce Monsieur dans la camionnette quand j’avais cinq ans.
– Okay Peter, c’était vraiment une super histoire. À part la fin, je dois bien l’admettre. À qui en as-tu parlé ?.
– Ben… à mon ami Ned qui est un peu con… »

Mais pile à ce moment là, Nick et Spider-man réalisent qu’il y a un problème : tout ce qu’il y a autour d’eux n’est qu’une illusion qui commence à s’effondrer ! Ils ne sont pas au QG du SHIELD ! Ils sont dans un piège de Mysterio ! Qui n’arrête pas de changer les illusions à volonté, d’altérer jusqu’à la manière qu’à Peter de percevoir son propre corps, bref, il lui envoie du sons et lumières dans la truffe jusqu’à ce qu’enfin, le vrai SHIELD intervienne et n’arrête Mysterio. Nick Fury se précipite vers Peter qui dans l’affaire, a pris une sacrée raclée à force d’être projeté contre des murs qu’il ne voyait pas ou de tomber de plusieurs étages pour les mêmes raisons.

« Peter, tu vas bien ?
– Ouah… j’ai probablement l’ensemble des os brisés, mais ça va pas mal.
– Très bien ! Peter, tu dois me dire : as-tu parlé de Mysterio et de son secret à d’autres ?
– Oui… à mon pote Ned et à ma copine M.J.
– Parfait… mouhoho… mouhohohoho !
– Attendez… non ! »

Et en effet, Peter est décidément particulièrement con : c’est encore une illusion. Il vient donc définitivement de tout balancer à Mysterio. Il se relève, titubant, et cette fois-ci, Mysterio le laisse aller s’écraser… sur une voie de chemin de fer, où il se mange un TGV.

Mais ça va, merci : il va bien. Enfin un accident voyageur qui n’arrête pas le train.

Mysterio, ici tirant… du Baygon vert, je suppose. C’est vraiment terrible contre Spider-man.

Spider-man parvient à ramper jusqu’à l’intérieur, à retirer son costume (qui est toujours le costume pourri qu’on lui avait conçu pour Prague), et s’effondre comme une bouse sur un siège du train. Mais à son réveil, il est en cellule ! Des gens l’ont trouvé en sang dans une voiture du TGV, et pensant que c’était un hooligan comme d’autres qui occupaient ledit TGV, il a été enfermé avec eux dans une cellule d’un poste de police des Pays-Bas. Ses voisins de cellule sont cependant très aimables, parlent un bon anglais, lui indiquent où ils se trouvent, et le laissent s’évader en paix. Ce qui permet à Peter de se retrouver dehors et…

Je sais. Les gens qui ont vu le film attendent ce moment du spoiler. Parce que c’est là que l’on découvre à quoi ressemblent les Pays-Bas selon un réalisateur hollywoodien.

Peter se retrouve donc sur… une espèce de place de marché fermier ? On dirait qu’il a été propulsé peu ou prou en l’an mil, et le lieu est cerné de moulins et de champs de tulipes. Voilà, on n’est pas du tout dans la caricature. Les Néerlandais étant cependant sympas, ils prêtent sans souci un téléphone à Peter, qui s’en sert pour appeler… Happy. L’ancien secrétaire de Tony Stark.

« Happy ? C’est Peter. J’ai besoin de toi. Je suis dans un bled des Pays-Bas, viens me chercher.
– Peter ? Mais attends… pourquoi m’appelles-tu ? Surtout en donnant ta localisation ? Tu ne disais pas que Mysterio pouvait écouter toutes les communications il y a deux scènes de ça ?
– … ah merde.
– Ah bé oui.
– Vous venez me chercher quand même ?
– Allez ! »

Et un peu plus tard, Happy arrive avec un avion à décollage vertical pour se poser dans le champ de tulipes et récupérer son jeune ami.

« Happy… j’ai grave merdé ! Tony n’aurait jamais dû me faire confiance !
– Écoute… Tony était mon patron, mais aussi mon ami. Et lui, il merdait souvent. Il doutait de tout. Sauf d’une chose : de toi. Il a toujours su qu’il avait raison de te faire confiance.
– J’ai donné ÉDITH à un mec que je venais à peine de rencontrer.
– Peter, tu es une merde. »

Mais bon : finalement, Happy explique à Peter qu’il va l’emmener à Londres pour tenter de sauver la situation. Happy va en profiter pour prévenir le SHIELD que quelque chose ne va pas. Et envoie un message codé particulièrement subtil : « Ne vous fiez pas aux apparences !« . Ce que Nick Fury interprète bien évidemment comme « Attention, Mysterio est un traître et en fait il a une armée de drones tueurs donc faites semblant de rien et équipez-vous en armes anti-drones en douce car il va sûrement en placer un juste devant vous en mode invisible pour tenter de vous tuer. »

Soit les mecs sont super balaises en messages codés, soit c’est n’importe quoi. Je vous laisse choisir.

Dans l’avion, en tout cas, Peter constate que c’est tout équipé : Tony Stark avait laissé là une mini-usines à costumes automatique. Pour quelqu’un supposé passer son temps avec des mesdames toutes nues, c’est cocasse.

Mais oui, je sais : ah ben ça tombe bien alors !

Et Spider-man de se concevoir un nouveau costume.

« En nanites je suppose ? Comme dans le précédent film, comme ça c’est super puissant ?
– Non, Happy. En lycra, ça me paraît mieux.
– Okay Peter, tu t’es mis au bédo c’est ça ? Non parce que ça commence à se voir, sale petit zadiste défoncé à la ganja !
– Hé, ho, on se calme tout de suite ! C’est pas moi qui porte le nom du chien dans
7 à la Maison.
– Ça c’est bas. Bon, comment comptes-tu arrêter Mysterio ? Après tout, tu es un génie des gadgets ! Une onde électromagnétique qui arrête tous ses drones ? Un piratage en règles ? Un piège diabolique ?
– Non, je vais plutôt foncer comme une grosse buse et tenter d’entoiler des milliers de drones à la main. »

Si vous n’avez jamais arraché l’accoudoir d’un cinéma pour faire de l’escrime avec votre voisin en hurlant les noms des Grands Anciens, sachez que ce film vous donne l’occasion de commencer.

Et en effet, pendant ce temps, à Londres…

La classe de Peter vient d’arriver, sans lui, donc, sur place. Brad, qui en a un peu marre, finit par prendre la parole :

« Personne ne trouve ça suspect, ces changements de destination en boucle ? Et Peter qui n’est jamais là et personne ne s’en inquiète ? »

Que ? Mais ? Qui vient d’introduire un personnage avec un QI atteignant les deux chiffres dans ce film ?

« Euh… la vérité est… euh… relative. » tente M.J avec l’assurance de celle qui sait que même si c’est nul, le script est avec elle « Et puis tu as tenté de prendre une photo de Peter en slip. »

Ce qui n’a aucun rapport, mais ça passe. Polio et Golio hochent la tête, le reste de la classe bave en essayant de se curer le nez avec le coude, avant que tout le monde ne continue joyeusement l’épopée en se rendant dans un bus qui les attend, et conduit, hélas pour eux, par l’un des sbires de Mysterio. Qui emmène le véhicule jusqu’au Tower Bridge de Londres et… abandonne le véhicule là. Pourquoi ? Mais parce qu’il obéit à cette règle essentielle des mauvais films :

« Lors de toute bonne catastrophe, si l’on aperçoit un bus, il finira invariablement sur un pont. »

Ne me demandez pas pourquoi : c’est la règle.

Spider-man, 24h après avoir pris un TGV dans la mouille. Son secret, c’est son armure en bullshitonium.

Mysterio, apprenant que le bus est en place, peut donc commencer son attaque. Il demande à ÉDITH d’envoyer TOUS les drones que Tony Stark avait mis en orbite (et avec la technologie de Mysterio dedans, c’est vraiment sympa), pour descendre sur Londres faire une attaque cent fois plus grande que les précédentes. Et comme les fois précédentes, Mysterio fait mine d’être là pour servir le SHIELD, demande à ses complices d’activer une machine qui fait croire à un dégagement énergétique venant de sous terre, puis, les drones débarquent, invisibles, avant de générer l’illusion d’un monstre géant constitué des quatre éléments.

« Houlala, on pensait les avoir vaincu, mais ils ont fusionné ! » s’exclame Mysterio de sa meilleure voix d’acteur « Ne vous inquiétez pas, Monsieur Fury, je vais bourrer la face de cette chose ! »

Et Nick Fury de faire semblant d’y croire, pendant que Mysterio fait son show. Mais sinon, Nick ? Faire quelque chose ? Tenter de l’arrêter pendant que son monstre illusoire ravage vraiment la ville ? Non ? Eh bien non. Nick Fury reste à la fenêtre de son bureau, l’air… cool. Pendant que des gens meurent. Voilà. C’est tout. Bien bien bien.

Mais sinon, quelqu’un a relu le scénario ou c’était une blague d’un stagiaire qui a dégénérée ?

Heureusement, sur ces entrefaites, Spider-man arrive, et en se laissant choir du ciel avec son Spider-parachute (si, si), il parvient à pénétrer dans l’illusion et découvre à l’intérieur l’armée de drones qui s’active à maintenir l’hologramme et à causer des dommages en temps réel pour faire croire à l’aspect matériel du monstre. Spider-man commence à entoiler tout ce petit monde, au point de mettre à mal assez sérieusement l’illusion en elle-même. Mysterio, le vrai, qui contrôle tout ça de loin, en est grognon,

« Cacaboudin ! Comment est-il arrivé là sans que je ne le remarque lui ? Je n’ai pas le contrôle du plus grand système de surveillance de la planète ? ÉDITH !
– Il est passé par un trou du script, Monsieur.
– Damnation ! »

Le trou dans le script est le conduit de ventilation moderne : il y en a un peu partout, et personne n’y fait jamais attention.

Mysterio voyant son illusion mise à mal, il ordonne à son équipe de couper la génération de l’hologramme du monstre, tant pis. Et de concentrer les monstres sur une seule mission : tuer Spider-man ! Et Mysterio commande même personnellement une partie des drones pour… heu… tuer les amis de Spider-man qui en savent trop ?

Mais pourquoi ne pas avoir simplement envoyé une roquette sur le bus, alors ? Eh bien on ne sait pas. Et pourquoi concentrer toute ton attention sur des cibles complètement secondaires ? À part que Mysterio veut être le moins efficace possible, et préfère poursuivre les amis de Spiderman avec ses drones mitrailleurs, et en ne tirant qu’à bout portant pour ne pas les tuer facilement de loin. On notera d’ailleurs que les drones supposés être d’une précision diabolique telle que lorsqu’ils causaient des dégâts à des structures, pas une balle n’allait à côté, ici ne parviennent jamais à toucher le moindre gentil, qu’importe la situation. Happy, qui était venu tenter d’évacuer les amis de Peter, voit son avion être détruit par les drones, et ne peut qu’emmener quelques adolescents avec lui dans la chambre forte de la tour de Londres qui est, c’est bien connu, grande ouverte et non-gardée. C’est donc aux côtés des joyaux de la reine que nos amis sont enfermés, pendant que les drones essaient d’ouvrir la chambre forte au fer à souder (ils sont vraiment tout équipés).

Spider-man, de son côté, affronte les drones avec mille pirouettes, évidemment, pas un ne parvient à le toucher non plus.

C’est un peu lassant, cette précision à géométrie variable. Je ne sais pas : rajoutez un bout de scène où Spiderman a entoilé suffisamment de drones pour réduire leurs cohésion, a un gadget qui brouille vaguement leurs systèmes, ou bien le SHIELD tente de les pirater en même temps ce qui explique qu’ils soient moins efficaces, que sais-je…

Pas juste « Bon en fait, les drones, maintenant, ils sont tout nazes. »

Spider-man parvient non seulement à en détruire bon nombre, et même à arriver jusqu’à l’endroit d’où Quentin Beck alias Mysterio pilotait toute l’opération. Évidemment, ce dernier tente plusieurs fois de le tromper avec des illusions, mais notre héros, usant de son sixième sens d’homme-araignée qui lui est revenu sans explication, ne s’y laisse plus tromper, et a tôt fait de meuler la gueule du vilain. Avec un passage particulièrement intéressant puisque Mysterio fait semblant d’être devant Spider-man alors qu’il est derrière avec une arme.

Ce qui veut dire que Mysterio parle dans un micro dix centimètres derrière Spiderman et suppose qu’il ne va pas l’entendre. Ça doit être un concours de neuneuserie, je ne me l’explique pas autrement.

Mais dans l’affaire, Mysterio a pris tellement cher avec ses drones envoyant des balles dans tous les sens… qu’il s’est ramassé l’un de ses propres pruneaux.

« C’en est fini, Mysterio ! Je ne voulais pas que tu meures, mais là… bon. Tu t’es un peu… hihi… tiré une balle dans le pied !
– Au moins, la mort m’épargnera ton humour. Mais dis-moi Spider-man. Est-ce vrai que ton sixième sens t’as permis de vaincre mes illusions ?
– Aisément !
– Est-ce que cela veut dire… kof kof…
– Oui ?
– … qu’en fait tu pouvais me vaincre depuis le début du film et que ton sixième sens « en panne » sans aucune explication, c’était juste pour arranger les scénaristes ? »

Spider-man s’assoit sur le visage de Mysterio pour étouffer ses terribles révélations sur le niveau d’écriture de cette oeuvre, et c’est donc sous un cucu enrobé de lycra que Mysterio rend son dernier soupir. Spider-man peut se rendre sur le Tower Bridge pour voir comment vont ses amis, et découvre avec bonheur M.J, bien vivante, qui arrive en courant vers lui !

« M.J !
– Peter, c’est incroyable !
– Oui, tu es vivante ! Je suis si heureux que j’en retire mon masque !
– Non, c’est surtout que c’est incroyable : tu notes comme il n’y a ABSOLUMENT PERSONNE autour de nous alors que là encore, il devrait y avoir une folle agitation après tout ce qui vient de se passer ? Ce qui tombe bien puisque tu viens de retirer ton masque comme une grosse buse ?
– C’est vrai que c’est fou cette propension des décors à être entièrement vides dès qu’on a besoin d’un moment d’intimité. Bon, d’ailleurs : M.J, voilà, à Prague, ce que je voulais te dire, ce n’est pas que j’étais Spider-man. C’est que quand je te vois, j’ai envie de te faire des bisous.
– Mais moi aussi figure-toi.
– Allez, on fait le bisou alors. »

Et c’est le bisou.

Spider-man a donc vaincu et trouvé l’amour. Et accessoirement, récupéré les lunettes avec ÉDITH sur le corps de Mysterio, lui permettant de dire à tous les drones de rentrer chez eux. Parce que oui, ÉDITH lui obéissait encore, en fait. Parce que… parce que. Voilà. Nick Fury peut donc venir le féliciter, et enfin, Peter rentre à New York retrouver tante Milf. Qui lui avoue, parce que ça non plus il n’avait toujours pas compris, que oui, elle sort avec Happy. Il faut dire qu’elle adorait 7 à la maison.

C’est donc sur cette dernière révélation que Peter peut reprendre son quotidien new-workais de super-héros de quartier, et il se balance de toile en toile et…

… FIN !

Mais pas tout à fait, car il y a une séquence post-générique (vous m’entendez soupirer ?) et pas des moindres : Spider-man décide d’emmener M.J se balader avec lui alors qu’il se balance d’immeuble en immeuble. Et visiblement, ni lui ni M.J n’ont l’air de se dire que sortir ensemble publiquement alors qu’il est habillé en Spider-Man pourrait vaaaaguement permettre d’identifier Peter Parker sous la cagoule de l’araignée. Non. Vraiment. Vous nous le dites si on vous emmerde, hein ?

Mais alors qu’ils papotent tranquillement au milieu d’une foule après leur promenade, sans se soucier des passants qui peuvent tout entendre de leur discussion de couple, voici que les écrans géants de l’immeuble voisin diffusent un flash-info exclusif : les dernières images envoyées par le « héros inter-dimensionnel » Mysterio.

Parce que non, personne n’a pensé à rendre public que Mysterio était une enflure, et derrière les attaques au Mexique, à Venise, Prague et Londres. Un détail.

Et sur ces images, évidemment truquées puisque c’était sa signature, on voit Mysterio agoniser et dire :

« Spider-man… c’est lui qui m’a tué… c’est lui qui contrôlait les drones… parce qu’il est fou, il veut devenir le nouveau Tony Stark et tuera tous ceux sur son chemin ! Ah, et accessoirement… son vrai nom, c’est Peter Parker ! Maintenant, je meurs, aaaargh… » 

« Crotte de bique ! » s’exclame Spider-man et…

… FIN !

Je vous rappelle que ces deux personnages sont tous les deux présentés comme d’une intelligence frôlant le génie, et supposés ne rien faire qui pourrait révéler l’identité de Peter Parker, comme par exemple, oublier de retirer son costume avant de sortir ensemble.


Est-ce que quelqu’un se souvient que Peter Parker bosse avec le SHIELD qui peut prouver en deux minutes que cette vidéo est fausse, rappeler que Mysterio était méchant et que Peter est innocent ? Ou même que Peter est supposer avoir ÉDITH, qui surveille toutes les communications mondiales, et que l’intelligence artificielle aurait pu vaguement le prévenir en amont ? Ou justement, diffuser ce que je viens d’écrire sur les mêmes écrans en trente secondes ?

Ah mais j’oubliais : c’est nul.

Qu’est-ce que je peux être tête en l’air, parfois !

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Un odieux connard

My bullshit sense is tingling !

Il a les cheveux mouillés alors que Spider-man a les cheveux sec, ça ne peut pas être la même personne, c'est évident.

Même Œil de Faucon paraît plus pertinent pour cette mission, ce qui n'est pas peu dire.

Mais je ne sais pas, changez au moins ses lunettes, faites quelque chose !

Ce qui est, comme on dit, autrement plus excitant.

Alors qu'une bonne vieille tapette à araignées et c'était réglé.

Notez que là encore, on ne voit personne, nulle part, pas même un civil occupé à fuir, c'est vraiment calme, Londres.

Mais MJ grâce à ce rebondissement final, MJ n'aura pas à couvrir son compagnon en prétextant être polygame et sortir à la fois avec Peter Parker et Spider-man qui n'ont bien évidemment rien à voir.

Le post de la décennie

Cet humble blog fête ses dix ans.

Pour l’occasion, dénouons un peu la cravate, posons temporairement le cigare et laissons ce brandy s’aérer un peu, voulez-vous ? Car puisqu’on n’a pas tous les jours dix ans, revenons sur une décennie de mauvaise foi, glissons quelques remerciements (mais pas trop, ce site a une ligne éditoriale à respecter, que diable), et profitons-en pour faire quelques annonces.

Oui, c’est le genre post chiant où l’on va s’auto-congratuler, donc si vous voulez passer les discours, allez donc directement aux annonces et commentaires, parbleu.

Et pour les autres…

Dix ans de blog : spoilons, mes bons !

Vous souvenez-vous du temps où la bannière du blog ressemblait à ceci ?

Revenons dix ans en arrière. En ce mois de juin 2009, le président de la République Nicolas Sarkozy enchaîne discours sur discours, Michael Jackson passe l’arme et gauche, Steve Jobs présente l’iPhone 3GS, et personne n’a jamais entendu parler d’Instagram, c’est vous dire si cette période est un âge aussi sombre que lointain. Et c’est en ces temps reculés que quelque part en France, un jeune enseignant en histoire-géographie – il n’a même pas dix ans d’écart avec ses élèves, c’est dire ! – décide un soir d’ouvrir un blog.

Une idée guère originale, puisqu’à l’époque, des blogs, il y en avait une tripotée, et même votre voisine de palier en avait un pour raconter sa vie moyennement palpitante.

Mais notre larron est bien trop négatif pour raconter joyeusement son quotidien : il préfère se créer un petit espace où il pourra tartiner son fiel en paix, et dont la ligne éditoriale sera claire : le blog d’un Odieux Connard. Sans compter qu’autour de lui, on en avait un peu marre de l’entendre pourrir l’intrigue des films dont n’importe quelle tablée discutait jusqu’alors joyeusement. Sa classe de seconde, cette année-là, se souvient encore avec effroi, du jour où une élève s’exclama :

« Monsieur ! Vous devriez emmener votre copine voir Twilight, c’est trop bien ! » (Phrase authentique)

Ce jour-là, il n’y eut pas cours avec les secondes. En lieu et place, ils se firent spoiler la truffe jusqu’à ce qu’ils implorent pardon entre deux sanglots. Quant au corps de l’élève en question, la gendarmerie le cherche encore.

Il n’empêche que notre homme supposait que son blog resterait confidentiel. Pour tout dire, il pensait même qu’après s’être défoulé sur son clavier, au bout d’un mois, l’affaire serait terminée. Seulement voilà, arrive le premier spoiler, et avec lui… un certain nombre de visiteurs suffisamment pervers pour venir lire l’intrigue d’un mauvais film en ligne. Notre homme décide donc d’écrire d’autres articles, puisque des gens semblent les lire, quelle drôle d’idée.

Il ignore encore que dans dix ans, il y sera encore.

Peu à peu, les différents éléments constitutifs de l’Odieux Connard vont se mettre en place : la cravate rouge, le cigare, le brandy, ainsi que le veule personnage de Diego. Les stagiaires de la cave seront à leur tour évoquées, principalement pour apparaître sous forme de fugitives ou de petit mobilier en fonction des épisodes. Les spoilers quant à eux voient apparaître très tôt le concept de Jean-Jacques, ainsi que le récurrent caporal Roudoudou, spécialiste des moments où les héros parlent stratégie. Lors du spoiler du premier volume du Hobbit, on retrouve aussi à quoi ressemblaient les spoilers avant le blog, à savoir des récits autour d’une bonne table où il était question d’utiliser gobelets et ustensiles divers pour figurer les protagonistes. On notera que le style graphique préfigure ce qui, cinq ans plus tard, deviendra la charte du Petit Théâtre des Opérations.

Le blog fait son petit bout de chemin : en ce temps-là, l’auteur a du temps (vous ai-je dit qu’il était prof ?) et peut se permettre 2 à 3 articles par semaine. Et puis, va arriver le premier buzz comme on dit, avec la Page Facebook d’Adolf Hitler. Dont l’interface du célèbre réseau social d’alors donnera un bon coup de vieux à la plupart d’entre nous. Cet humble document va beaucoup tourner, mais surtout, il va ouvrir une tradition de détournement d’images. D’autres buzz (que ce terme est laid) suivront, dont un qui concernera l’un des péchés mignons de l’auteur : parler politique en détournant de vieilles gravures, comme ce fut le cas en janvier 2014. Entre temps bien sûr, d’autres traditions naissent : taper sur les sites de neune… je veux dire, les sites de conseils en séduction, ou bien proposer des versions plus honnêtes des pages Wikipédia.

Bref, le blog fait sa vie, et notre auteur aussi. Ce qui réduit le temps qu’il a à consacrer à l’écriture, puisqu’il a une carrière à côté. Alors qu’il y une solution toute simple, dont on lui parle régulièrement dans les coulisses de sa boîte mail : il est démarché chaque semaine par des publicitaires qui aimeraient bien savoir s’il ne voudrait pas mettre un peu de pub sur son site web. Ce serait gagnant-gagnant : il pourrait vivre de sa plume en ligne, et donc, écrire autant qu’il veut et être payé pour !

Sauf que notre homme n’a pas envie de dépendre financièrement de son site web. Pour une simple et bonne raison : cela voudrait dire être dépendant du nombre de visites, et donc éviter de fâcher les gens pour s’assurer qu’ils reviennent. Ce qui est embêtant quand on s’appelle un Odieux Connard et qu’on aime bien fâcher autrui. L’auteur étant un peu con, il fait donc l’inverse : WordPress mettant, de base, des publicités sur les sites qu’il héberge, c’est notre larron qui paie chaque année pour ne pas que ses lecteurs subissent la publicité. Non vraiment, il n’a visiblement pas compris comment ça fonctionnait, l’internet moderne et ses supplications « Coupez votre Adblock ! ».

Mais puisque l’on parle pognon, voici que des éditeurs l’approchent pour voir s’il n’y aurait pas moyen de faire un livre. Et là, l’auteur est déjà plus ouvert, et se met au boulot : six ans après l’ouverture du blog, en juin 2015, sort L’Odieux Connard – Qu’il est bon d’être mauvais, qui sera suivi l’année suivante de La Vie, c’est bien, le cynisme, c’est mieux. Et même d’un petit recueil Briller en soirée avec l’Odieux Connard dans le cadre d’une opération chez Points la même année.

Quatre ans plus tard, un seul de ces deux hommes a encore un avenir.

Nous sommes en 2016, et sous la pression du public, l’auteur décide d’embrayer en cédant à une requête populaire : faire le spoiler d’un livre. Ce qu’il se refusait de faire parce que c’est un peu long. Il ouvre donc la rubrique L’ire ensemble, et lance le spoil de Grey, une sorte de fanfiction moyennement érotique du Nécronomicon. Il faudra un an pour compléter cette rude mission, et on est toujours en attente du prochain livre qui passera sur le billard, que diable fait l’auteur ?

En attendant, le temps passe, et le monde des blogs est déjà sur le déclin. Les magazines ne font plus depuis longtemps des unes sur « Comment réussir son blog ? » comme c’était le cas en 2010, les grandes heures des blogs bédés sont terminées, et nombre de sites autrefois mis à jour de manière quotidienne ou hebdomadaire ne postent plus qu’un message tous les six mois. Le grand public s’est tourné vers Youtube et Instagram. Notre auteur n’en a que faire, puisque comme son site ne dépend pas de son audience grâce à l’absence de publicités, il écrit à son rythme de croisière depuis plusieurs années- toutes les deux semaines environ – sans pression.

Oui mais voilà, il est vrai que la vidéo, on lui en parle depuis un moment et que ça le tente quand même. Mais que faire ? Des spoilers ? Qu’est-ce que cela apporterait de plus en vidéo ? En plus, il aime bien écrire, tout de même. Non, il faudrait faire un truc en complément de ce qu’il y a déjà sur le blog. L’auteur profite fourbement de l’occasion pour caser quelque chose qu’il faisait ailleurs sous une autre identité : raconter, non pas des scénarios absurdes de films, mais des histoires vraies tout aussi improbables de l’histoire militaire. Ainsi naît le premier épisode du Petit Théâtre des Opérations. Qui rencontre un certain succès sur Facebook et Youtube, permettant, dès l’année suivante (soit 2018, suivez !), la sortie du livre Le Petit Théâtre des Opérations. Ce qui permettra à l’Odieux Connard d’apparaître très officiellement sur la page du Ministère des Armées, un bien beau succès, tant ça détonne un peu avec l’ambiance habituelle des pages ministérielles.

Et nous voici en 2019. Ce blog comporte désormais 466 articles. Ce qui, mis bout à bout, et vu la longueur moyenne des articles, représente mine de rien un sacré paquet de texte. Mais surtout, encore plus de visiteurs patients. Ce qui fait une excellente transition pour les remercier, et comme l’Odieux Connard n’est guère un nom pour dire merci, retirons le masque un instant pour laisser le pas très mystérieux Julien Hervieux le faire.

Remerciements

Parce que s’il y a dix ans, on m’avait dit que ce blog serait encore là dix ans après, que l’on trouverait en ma demeure des cadeaux à l’effigie ou estampillés Odieux Connard dans mon mobilier, et que je me retrouverais à vivre de ma plume, je pense que j’aurais été pour le moins dubitatif. Mais nous y voilà,

Alors faisons simple. Même si cela sonnera arrogant, car remercier des gens pour des réussites provoque souvent mention desdites réussites ! Mais, allons, et puis, cela va avec le titre du blog !

Merci à vous, lecteurs et lectrices. Parce que mine de rien, c’est quand même grâce à vous, tout ça. Pas seulement parce que vous êtes venus ici faire vos emplettes de cynisme et de mauvaise foi, mais aussi parce que c’est vous qui avez contribué à faire connaître ce blog. Ce qui, sachez-le, a eu plus de conséquences que vous ne pourriez le penser. Alors oui, parfois, ce blog a simplement détruit à jamais la vision qu’untel avait d’un film, et unetelle ne peut plus aller au cinéma sans voir tous les défauts du script. Mais parfois, cela a aussi donné des histoires assez amusantes, voire touchantes (pour les gens ayant un cœur, du moins), y compris des moments où un spoiler s’est retrouvé à tourner parmi des membres de l’équipage de tournage, ou bien lorsque des posts politiques ont été repris… dans des milieux politiques, voire que le blog est tombé sous les yeux de quelqu’un qui avait grand besoin de cynisme à ce moment de sa vie. Je ne raconterai rien ici : les personnes concernées, si elles lisent ce post, pourront toujours le faire en commentaires, je ne ferai rien sans leur autorisation. Mais il y a au moins deux exemples que je peux vous donner, et qui sont vraiment le fruit de votre travail de partage : vous avez été nombreux à partager des vidéos du Petit Théâtre des Opérations. Eh bien, cela permis de raviver la mémoire d’un certain Albert Roche, avec des articles et des gens qui se sont mis à en reparler à la clé : ce n’est quand même pas rien de participer à faire revivre une certaine mémoire, donc merci à vous. Et sachez que les vidéos ont été mises à la disposition – gratuitement, s’entend – de musées, collectivités le demandant. Quant à Albert Jacka, soldat australien venu se battre en France durant la Grande Guerre, c’est l’un de ses descendants qui a écrit après visionnage de la vidéo, tout fier qu’en France, on honore le souvenir de son ancêtre. Il a montré la vidéo à sa famille. Voilà pour deux exemples parmi un sacré paquet. Et ça, c’est grâce à vous. Donc, merci, et vous pouvez être fiers de vous rien que pour ça.

Merci à toutes celles et ceux qui ont pris le temps de me rencontrer Que ce soit dans une librairie, en dédicace, dans un bar ou autre… quand vous passez des années derrière un écran à écrire des âneries et que vient le moment de rencontrer les gens qui vous lisent, c’est un peu l’heure de vérité. Je crois pouvoir dire que ça s’est plutôt bien passé et que vous n’avez pas rencontré un personnage timide et peu affable, et j’ai généralement passé de très bons moment, que ce soit à signer des livres, boire en bonne compagnie ou même fumer le cigare avec ceux qui m’ont invité à le faire. Désolé de ne pas toujours avoir eu plus de temps pour chacun : quand il y a du monde ou que l’agenda me presse, c’est un souci, mais sachez que j’essaie toujours de faire de mon mieux.

Merci pour les cadeaux et les invitations. Non parce que souvent, quand on offre un cadeau à un auteur et qu’on ne le revoit pas après, on doit se poser la question : est-ce que ça vraiment plu ? La réponse est oui. J’ai des cadeaux de lecteurs encadrés dans mon bureau, et un coffre réservé qui me permet d’épater mes invités en leur révélant les cadeaux les plus audacieux que l’on m’ait fait façon trésor de Toutankhamon. Et il y a eu de tout : à manger, à boire et à fumer (du tabac, Messieurs de la maréchaussée), mais aussi des sculptures, des dessins, des tableaux, des trousses de secours pour mauvais films, des objets de collection et des… culottes. Oui, mes lectrices sont audacieuses. Ce qui a donné de grands moments, sachez-le. Quant aux invitations, elles furent nombreuses et joviales, que ce soit simplement aller prendre un bon repas ou profiter d’une visite privée d’un lieu historique voire tirer en stand avec des armes anciennes, il y a eu de tout, et tout fut apprécié.

Merci pour les récits et les hommages. C’est toujours une grande fierté de savoir que quelqu’un s’est fait griller à glander au boulot parce qu’il pouffait sur la mauvaise page web, ou de savoir que mon site est un livre audio qui s’ignore, avec des gens m’expliquant qu’ils lisent à voix haute certains articles à d’autres. Mention spéciale aux braves gens qui m’ont raconté avoir dû arrêter une voiture sur l’autoroute suite à la lecture trop intensive de Grey. Quant à ceux qui montèrent une équipée nommée Danger Rabouin lors d’un tournoi de jeux vidéo, je n’oublie pas. Et ne parlons pas des gens venus en cosplay Odieux Connard ou Diego, avec cravates et pelles, qu’importe la chaleur. Quel dévouement.

Un exemple de fabuleux hommage du non moins fabuleux Poulop.

Merci pour les mails de demandes d’épousailles avec CV. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, l’une des dernières questions de la rubrique FAQ ou le bouton Contact devraient vous en dire plus. Je ne détaille pas cette partie, coquinous.

Merci pour les livres achetés. Mais ça, c’est parce que j’aime vraiment l’argent. Mais vous aussi, ne faites pas semblant !

Merci aux gens qui bossent dur avec moi. Parce que oui, même si je suis tout seul derrière ce blog, il y a des gens qui se retrouvent à travailler dans l’ombre de manière indirecte. Je pense à Alex et Blanche, qui m’envoient leurs liste des corrections après lecture des derniers articles et ce sans soupirer trop fort. Je pense à Arnaud, que certains ont déjà pu apercevoir incarner Diego lors de certaines dédicaces (et oui, c’est bien de l’alcool qu’il me sert, pas du jus de pomme, âmes innocentes). Je pense à Fatia, qui a le dur métier de dire « Bonjour, je représente l’Odieux Connard » dans des réunions de gens très sérieux. Je pense à Laetitia, qui m’a accompagné sur plus d’un film « pour le bien du blog », et avec qui j’ai échangé bien des regards consternés dans l’obscurité. Et je pense à toutes les équipes chez mes éditeurs qui ont eu et ont encore à me supporter, ce qui n’est pas une mince affaire.

Merci pour les situations absurdes. Merci aux hôteliers en festival qui me disent « Non, je n’ai pas de chambre au nom de Hervieux – Okay, essayez à Connard, pour voir ? – Ah oui, j’ai ! » ce qui est toujours apprécié par les badauds. Merci à cette étudiante qui à la fin d’une conférence où je n’avais jamais dit que j’avais un blog, est venue me voir pour me dire « C’est vous l’Odieux Connard ? Je vous ai reconnu parce que vous utilisez beaucoup les mots « moult » et « rabouin.« . Merci au client qui en pleine réunion m’a dit « Vous n’avez pas aimé Prométhéus ? Attendez, j’ai un site à vous montrer…« . Merci à ces élèves qui, grillés en plein cours à ricaner en surfant en douce sur internet m’ont sorti « Non mais je suis sur votre blog » ; c’était sûrement du bluff, mais c’était drôlement fourbe, alors je valide. Et merci à toi, formidable Abbé venu au salon du livre d’une ville bretonne en grande tenue acheter tout plein d’Odieux Connard : les libraires n’en sont pas encore tout à fait remis. Et là aussi, j’en passe.

Merci aux gens qui me détestent. Parce que quand mon ego se sent trop grand, je vais voir la taille de mes ennemis, et je me rappelle que je suis tout petit. Merci à vous qui voyez en l’Odieux Connard une sorte d’incarnation de Satan, ce qui donne une certaine patine au pseudonyme. Merci aux deux sites webs radicaux qui ont interdit jusqu’à la mention de l’Odieux Connard, faisant de moi une sorte de Voldemort local. Merci à ceux qui ont menacé, insulté, écrit de longs pavés pour me faire de la publicité à peu de frais. Et merci à ceux qui ont voulu jouer aux plus malins et qui ont découvert que mon pseudonyme venait bien de quelque part.

Merci aux gens en désaccord constructif. Car contrairement aux personnes du point précédent, j’ai pu assister à de vrais débats, avec de vrais arguments, de la part de personne qui tentent vraiment de faire progresser leurs idées. Si je n’ai pas toujours été d’accord, j’ai toujours appris quelque chose, et pu faire évoluer mon opinion.

Et merci à tous les autres, parce que c’est quand même dur de tout lister.

Bien, cet intermède de Julien Hervieux qui dit des trucs sympas une fois en dix ans, ça me paraît déjà trop : il est temps de remettre la cravate, de redevenir un rascal grimaçant devant tant de propos sirupeux et de repasser aux choses sérieuses. Puisque l’aventure continue, et qu’il y a du neuf qui s’annonce. C’est donc le moment de parler, et là, quelle transition, des…

Annonces

Car du côté du blog, l’aventure continue, toujours sans pub, et il n’est même pas impossible que de nouveaux ouvrages soient en préparation, mais, ah ! Nous aurons probablement l’occasion d’en reparler.

Du côté de la chaîne Le Petit Théâtre des Opérations… là par contre, il se passe des choses.

D’abord, vous êtes un certain nombre à venir me voir chaque année aux Geek Faëries, à l’occasion de mes conférences historiques. Nombre croissant au point que depuis deux ans, on refuse même des gens tant il n’y a plus de place. Et vous êtes plus nombreux encore à venir voir la vidéo desdites conférences sur Youtube. Aussi, travail en cours il y a sur le fait de faire un spectacle sur le principe : environ 1h30 d’anecdotes historiques racontées saveur Petit Théâtre. Et si je travaille bien, on devrait se débrouiller pour faire tourner les anecdotes histoire que chaque séance soit un poil différente (comme ça, les gens qui reviennent s’ennuient moins, ah !). On se tient au courant.

Ensuite, l’idée a été abordée plusieurs fois, mais nous y voilà : il s’agit de l’ouverture probable d’un Tipeee pour les vidéos de la chaîne Le Petit Théâtre des Opérations.

Alors pourquoi pour la chaîne et pas pour le blog ? Parce que comme déjà dit ici (et ailleurs), l’idée est que le blog reste un espace où l’on puisse froisser autrui en paix sans dépendre de personne. Quant à la chaîne, il ne s’agirait que de potentiellement pouvoir y passer plus de temps pour des vidéos plus régulières, plus nombreuses, voire sous d’autres formats. Mais alors, pourquoi ne pas l’ouvrir immédiatement, ce Tipeee ? Tout simplement parce que le maître des lieux attend de voir comment cela pourrait être fait pour convenir à tout le monde et être pertinent : quelles contreparties mettre ? Des idées en vrac pour l’instant sont de proposer des sondages pour les prochaines vidéos, de proposer une visite sur un lieu historique une fois l’an pour les volontaires… bref. On va déjà attendre de lire vos commentaires, idées et envies pour voir ce qu’il est pertinent de faire, braves gens. Ou même s’il est pertinent de le faire.

Voilà ! À vos claviers, donc.

Une capture d’écran de la toute première vidéo en test privé du Petit Théâtre des Opérations, avant que ne soit adopté le style noir & blanc muet.

Et enfin…

Pour suivre ce blog une année de plus parce que vous avez du bon goût : la page Facebook est ICI, le compte Twitter, ,  la FAQ qui vous fera gagner du temps, est PAR ICI, quant à vos communications diverses, demandes particulières et envois de CV parce que vous rêvez secrètement d’être ma prochaine stagiaire, c’est toujours PAR LÀ. Et au cas où, la chaîne Youtube est là : Le Petit théâtre des opérations.

Vous êtes un certain nombre à m’avoir déjà offert des présents pour cette dixième année : merci à vous (ce calva est excellent, soit dit en passant). Pour ceux qui ne sauraient pas comment faire des offrandes (numériques ou non) à mon arrogante personne, vous pouvez passer par la rubrique Contact (sur votre gauche) et ainsi envoyer votre tribut à un blogueur pourri-gâté juste parce que vous aimez bien pourrir un peu plus l’un des êtres les plus corrompus de ce bas monde.

J’aurais dû faire une liste de présents pour ces dix ans.

Et comme le veut la tradition, je descendrai dans l’arène des commentaires de cet article pour tenter de répondre à tout le monde ; laissez-moi un peu de temps, que diable, mais ma foi, c’est parti. Et il en va de même avec les emails, mais ça, c’est valable toute l’année : je réponds à tout le monde, pourvu que l’on m’en laisse le temps.

Voilà. C’est officiel : ce blog a traversé une décennie.

En route pour sa onzième année.

Banniere

Un odieux connard

Comme quoi, une image détournée en deux minutes allait définir toute une partie du personnage.

Et un seul des deux a réussi à tenir deux quinquennats à son poste.

C'est quand même un peu la classe, avouons-le.

Les plus assidus reconnaîtront au premier coup d’œil de quoi elle parlait.

Je mets surtout cette photo parce que s'il n'y a pas de photo de cadeau ou de gâteau pour un anniversaire, ça va sembler suspect.

X-Men – Dark Poulet

« Bon, les petits gars, il est temps de sortir un nouveau X-Men. »

Dans la salle de réunion, les participants hochent la tête pour approuver le propos de leur patron.

« La mode étant aux films de super-héros, on est pas mal. Et je vous rappelle qu’on a une licence Marvel, ce qui est facilement apprécié du public.
– Alors oui patron, mais on fait quoi ? Non parce que dans le précédent X-Men : Apocalypse, comme son nom l’indique, les mutants sauvaient déjà le monde de ladite apocalypse. Ça va être dur d’aller plus loin. »

Les yeux tournés vers les fenêtres au bas desquelles défilent des accessoires pour un autre tournage, le producteur prend un instant avant de répondre.

« Des extra-terrestres.
– Hein ?
– On va mettre des extra-terrestres.
– C’est… risqué, patron. Je veux dire, c’est un peu kitsch de les larguer là, comme ça, sans plus d’explications.
– Non mais ne vous inquiétez pas. Parce qu’en même temps, on va rebooter un épisode.
– Hein ?
– Vous vous souvenez de X-Men : L’affrontement final ?
– Celui qui s’était fait défoncer par la critique, là ? Avec l’histoire tournée autour de Jean Grey, le personnage dont tout le monde se fout ?
– Celui-là même. Eh ben on reprend les extra-terrestres ET Jean Grey.
– Je… patron c’est… c’est vraiment risqué là.
– Non mais on pourrait raconter comment elle est devenue le Dark Phoenix.
– C’est-à-dire qu’on l’a déjà montré à la fin du précédent film. 
– On n’a qu’à dire que ça n’existe pas.
– Donc je résume : on oublie le précédent film, on repompe le moins apprécié du public, et on rajoute des extraterrestres. Autre chose ?
– Hmmmm… on pourrait… oh ! On pourrait avancer dans le temps et oublier de faire vieillir les acteurs pour montrer qu’on s’en fout ? »

Pendant que l’ensemble des scénaristes autour de la table procède à une immolation rituelle en hurlant le nom de Shub-Niggurath tant la simple évocation de ce script a fait basculer la santé mentale de tous ceux l’ayant entendu, le producteur, lui, est satisfait. Ignorant les petits bouts de collaborateurs calcinés qui volettent autour de lui, il signe l’accord pour lancer la réalisation de X-Men : Dark Phoenix.

Alors, ce nom qualifie-t-il un script écrit à partir de poulet braisé ou un précédent film qui renaît de ses cendres pour connaître la gloire ? Un vague indice se cache dans le titre de ce spoiler.

Mais en attendant : spoilons, mes bons !


L’affiche : des flammes ! Des flammes partout ! Ce film m’appelle !

Tout commence en 1975.

Cette année-là, Marcel Gotlib fonde Fluide Glacial, Jeanne Calment fête ses cent ans, quant à Jean Grey, qui porte le prénom d’un pantalon et le nom d’un monsieur qui fait des choses dedans, elle se contente de célébrer ses 8 ans. Et au moment où nous la retrouvons, elle est à l’arrière de la voiture familiale avec un gros souci : elle n’aime pas la musique que papa et maman écoutent.

« Mais maman, j’en ai assez qu’on écoute du Michel Sardou !
– Allez, encore une chanson.
– Mais ça fait dix heures maintenant !
– Jean, nous sommes en 1975, tu crois qu’on a 50go de MP3 en stock ? Allez, tous ensemble : On pense encore à toi oh bwanaaaa…
– MAIS JE VEUX ÉCOUTER DU JOE DASSIN ! »

Et soudainement, voilà que le bouton de la radio tourne seul, et que jaillit de la radio L’Été Indien. Maman Grey est bouleversée. Elle se tourne vers son mari.

« Mamour c’est toi qui as changé la radio ?
-Mais non ! Moi aussi j’adore Michel Sardou. Je remets… c’est bizarre, notre fille n’a pas pu changer la radio du siège arrière, tout de même. »

Mais voilà que Jean nous refait un caca nerveux.

« GNEVEU JODASSIN!
– Ça suffit maintenant Jean ! Tu te calmes ! 
– JODASSIN ! JODASSIN ! JODASSIN ! »

Et la radio de changer à nouveau. Ses parents réalisent alors avec effroi que Jean contrôle à distance l’appareil : c’est une mutante, certes, mais surtout, c’est un trou de balle, et c’est bien cela le plus effrayant. Dans la voiture, ses parents se mettent à marmonner le nom de Françoise Dolto. Puis le ton monte tout autour du choix de la station radio, les menaces de claques dans la gueule volent de plus en plus bas, et finalement… l’enfant relou se met à hurler « Sileeeeence ! »

En conséquence de quoi, et sous l’effet de pouvoirs mal maîtrisés, maman Grey s’endort au volant. Et bardaf, c’est l’embardée.

La voiture part faire des tonneaux, elle est comme ça, et dans l’affaire, tout le monde meurt, sauf Jean, dont les pouvoirs la protègent inconsciemment. Elle est alors emmenée à l’hôpital local, où un étrange monsieur en fauteuil roulant vient lui rendre visite.

« Bonjour ma petite, je suis le professeur Charles Xavier. Tes parents sont partis.
– Loin ?
– Pour parler proximité, disons qu’ils sont désormais plus proches du hachis parmentier que de toi.
– C’est embêtant. »

Pardon ? Ah non, les enfants à qui on apprend la mort des parents ne pleurent pas. Ce sont des préjugés que vous avez là. L’enfant est connu pour sa sagesse proverbiale, son calme légendaire, et sa capacité à ne jamais pleurer. Qui ne s’est jamais exclamé en grimpant dans un train un jour de vacances « Des enfants partout, voilà un trajet qui s’annonce calme » ?  Vous n’y connaissez rien.

Ou bien depuis 30 ans maintenant, Hollywood continue à ne toujours pas savoir écrire un personnage d’enfant autrement que sous la forme d’un adulte miniature qui a toujours raison. Mais revenons à Charles Xavier et Jean Grey.

« Bref, tout ça pour te dire ma petite Jean qu’à partir de maintenant, tu vas venir vivre avec moi.
– Vous venez souvent chercher des fillettes dont les parents viennent de mourir pour les emmener chez vous ?
– J’ai grandi à Charleroi.
– Ah ben tout s’explique. »

Et Charles Xavier de ramener en son immense demeure la jeune fille pour l’intégrer à son harem pédophile école secrète de mutants. Comme toujours, l’arrivée à l’école donne l’occasion de sortir toute une ribambelle de phrases tellement subtiles que l’on ne voit pas du tout venir qu’on les ressortira plus tard, comme :

« Jean, je réparerai tout ce que tu casseras. » (comme les roudoudous du public, par exemple)

« Toi je n’ai pas à te réparer : tu n’es pas cassée. »

« Bordel Jean, si tu réclames encore une fois du Joe Dassin, là par contre tu auras besoin de sacrées réparations. »

Vous avez tout suivi ? Bien. Alors dans ce cas, bondissons dans le futur, car nous fonçons droit vers l’année magique 1992, malgré des acteurs qui eux, ne prennent pas une ride. Tout au plus Charles Xavier est-il devenu tout chauve (suite au précédent film), mais sinon, il n’y a même pas un effort de maquillage. Allez, tout de même : Jean Grey prend quelques années, tant la faire jouer par une fillette de 8 ans, ça allait se voir.

Bref : cette année-là, voici que les Etats-Unis sont fort occupés à envoyer une navette spatiale vers le vide qui entoure notre planète. Tout se passe bien dans un premier temps jusqu’à ce que sur le radar on ne détecte des trucs bizarres : on dirait une éruption solaire inopinée. Vilain soleil ! Ce lumineux margoulin vient ainsi d’après les scientifiques de dérégler les instruments du bord des astronautes, ce qui est embêtant puisque la navette se met à dangereusement dériver, avant que ses moteurs ne commencent à faire des bruits comme « pout-pout-pout ».

Ma science de l’imitation des moteurs est proverbiale.

À bord de la navette, c’est la panique : dans l’espace, à la dérive, et avec un moteur qui fait pout-pout-pout, qui va donc pouvoir sauver nos astronautes ?

« Je vais appeler les X-Men grâce à mon téléphone avec un gros X dessus. » déclare le Président des Etats-Unis depuis son bureau.

Puisque oui, le Président a désormais une version du téléphone rouge lui permettant de joindre les mutants à tout moment, probablement nommé le « téléphone X ». En attendant, l’homme appelle, et c’est le professeur Xavier qui décroche.

« Oui Président ?
– Alors ma petite… qu’est-ce que tu portes sous ta jupe… raaah…. raaah…
– Monsieur le Président, attendez…
– Tu aimes les cigares ? Hmm, j’ai tellement envie de…
– Monsieur le Président, vous vous êtes encore trompé de téléphone X.
– Ah oui pardon. Hem. Non mais en fait, ça tombe bien que je vous aie mon p’tit Charles parce que figurez-vous qu’on vient d’envoyer une navette dans l’espace et que paf, ben une éruption solaire a tout foutu en l’air.
– J’ai vu ça à la télévision. Voulez-vous qu’on intervienne Président ?
– Oui, vous seriez bien urbains. »

Et les mutants de rassembler une équipe de choc pour foncer à bord du X-Jet en direction de l’espace.

« On est obligés de mettre un X dans tout ce que l’on a ? Non parce que le jour où l’on fait un film…
– Silence, le Fauve ! Pour l’instant, tu pars pour l’espace à bord de l’appareil puisque tu as aidé à le concevoir. Tu pourras le piloter et grâce à tes connaissances scientifiques, tu seras utile là-haut !
– Bon ben ok.
– Vif-Argent ! Toi et ta super vitesse, tu pourras accélérer le sauvetage !
– D’accord.
– Cyclope ! Avec ton neuneuil laser, tu pourras détruire d’éventuels débris sur la route de l’appareil !
– Soit.
– Diablo ! Tu pourras te téléporter dans la navette pour y emmener le personnel utile ou l’en ramener !
– Okay.
– Tornade ! Tu peux interagir avec l’environnement ! Cela sera pratique au vu des conditions extrêmes de l’espace !
– À vos ordre professeur.
– Quant à toi Raven tu…. tu…
– Oui ?
– Ben ton pouvoir ne sert un peu à rien en fait, là. J’imagine que tu pourras faire des imitations rigolotes durant le voyage ?
– Super, merci. »

Raven, qui n’utilisera pas ses pouvoirs du film tant elle va être inutile tout du long.

Et la fine équipe de grimper dans le X-Jet pour foncer dans l’espace inconnu, où ils découvrent la navette spatiale américaine tournoyant, hors de contrôle, face à une espèce de masse informe qui flotte face à eux, et qui n’a rien d’une éruption solaire.

« Qu’est-ce que c’est, le Fauve ?
– Hmmm… je n’ai jamais rien vu de tel… on dirait une sorte de…
– De ?
– De gelée de groseille, mais vaguement consciente et plutôt colérique. »

Ce qui est aussi la description d’un certain nombre d’adolescents, notez. Et pour que l’analogie soit plus crédible encore, on apprend que la gelée de groseille est, selon les instruments, particulièrement chaude comme la braise. Il convient donc de sauver les astronautes américains avant que la chose spatiale ne tente de s’accoupler avec eux, ou ne commence à prendre des snapchats de kikoutes.

Raven, qui ne sert donc à rien, reste aux commandes et donne des ordres pour montrer qu’elle est utile.

« Cyclope ! La navette tournoie à cause d’un réacteur endommagé ! Détruis-le grâce à ton neuneuil à rayon magique !
– C’est pas un peu dangereux de tirer sur un truc bourré de carburant ? On ne pourrait pas demander à Jean et ses pouvoirs télékinétiques de stopper le bousin ?
– Si, mais ce serait intelligent ! Alors ne le faisons pas !
– Okay. »

Et donc, les X-Neuneus de manquer de tuer tout le monde en tirant sur le propulseur. Ce qui arrête la navette, merci. Je ne savais pas que ça fonctionnait comme ça. D’autres instructions, Raven ?

« Tornade ! Rafistole les trous que tu vois dans la navette en mettant de la glace dessus !
– Tu réalises que ça ne va pas vraiment fonctionner et que les trous que je ne vois pas, sachant qu’on est à 200 mètres, ils resteront grands ouverts ?
– Oui mais on s’en fout ! Diablo ! Téléporte-toi avec Vif-Argent à bord de la navette et téléportez l’équipage ici !

– Ah ? C’est presque intelligent !
– Mais surtout, n’enfilez aucune combinaison de protection, c’est pas comme si on intervenait dans une navette trouée de partout !
– Okay j’ai rien dit. »

Et nos deux amis d’obéir. Ils se téléportent dans la navette avec pour seule combinaison leur combi moulante, et hop, Vif-Argent réunit tous les membres d’équipage à folle allure, les emmène jusqu’à Diablo, et tout ce petit monde se téléporte en sécurité dans le X-Jet. Mais l’un des astronautes américains s’exclame soudain :

« Attendez ! On ne peut pas partir, on a oublié le commandant à bord !
– Vous rigolez ? Vous avez perdu le commandant ? C’est gros un commandant, ça ne s’oublie pas comme ça !

– Où était-il ?
– Il travaillait sur le propulseur ! »

S’ensuit une série de quintes de toux et de pets liquides, tant une bande de couillons a tiré sur le propulseur il n’y a pas cinq minutes. Le commandant est donc probablement transformé en merguez. Heureusement, le film a oublié ce détail qui n’était qu’une scène spectaculaire deux minutes avant et Raven décide que c’est le moment pour elle aussi d’éviter soigneusement de se rappeler de plein de trucs.

« Non ! On ne peut pas aller le chercher, cette chose à la groseille dans l’espace va détruire la navette dans quelques instants ! C’est trop risqué !
– C’est-à-dire qu’on a Diablo et Vif-Argent, que l’on vient justement à peine d’utiliser, donc en moins d’une seconde, on peut y aller et sauver le monsieur.
– AHLALA ON VA DEVOIR SACRIFIER CE PAUVRE COMMANDANT, C’EST TROP DANGEREUX, TOUT ÇA !
– Mais… mais non ? »

Et Raven de perdre un temps précieux à continuer à raconter n’importe quoi et à se lamenter que « Houloulou, c’est trop bête quand même, il faut rentrer sans lui« , avant que finalement, Xavier n’intervienne depuis le sol par le pouvoir de la pensée pour dire que bon, ça suffit les conneries, allez me sauver ce commandant. Et vous avez 30 secondes avant que la navette ne soit détruite par la groseille spatiale.

Puisque le festival de décisions stupides se poursuit, Vif-Argent est invité à ne pas y retourner (comprendre : le mec qui a le pouvoir le plus utile quand le temps est limité reste à bord à siroter une margarita), et à être remplacé par Jean Grey au motif qu’elle peut « renforcer la structure de la navette avec ses pouvoirs » mais une fois à l’intérieur. Diablo enfile cette fois (pourquoi ? Mystère) une protection pour y retourner (comprendre : un casque et du scotch, on dirait un peu le même principe que l’aquarium retourné sur la tête dans les aventures de Picsou), alors que Jean, rien du tout parce que… parce que. Non, ne me demandez pas, je ne cherche pas. Je suis occupé à retenir mes sourcils qui tentent eux aussi de gagner la stratosphère.

La fine équipe se rend donc dans la navette, et Diablo file sauver le commandant pour le téléporter en sécurité à bord du X-Jet. Sauf que la groseille, elle, est en train de foncer sur Jean, toujours à bord de la navette endommagée !

Ah, si seulement on avait demandé à Vif-Argent. C’est ballot.

La gelée de groseille sauvage dévore donc la navette et Jean avec, et tous les petits amis de notre héroïne sont bouleversés en voyant le tout exploser sans pouvoir rien faire. Mais sitôt que la lumière s’atténue… ils découvrent que si la navette est détruite, Jean, elle, flotte au milieu de l’espace, en pleine forme, alors que la gelée de groseille rentre en elle pendant qu’elle est inconsciente. Ce qu’elle n’avait pas demandé : la groseille est visiblement peu au fait du consentement, elle pourrait lire MadMoizelle.

Diablo y retourne tout de même une fois l’étrange phénomène terminé, ramène son amie dans la navette, tout le monde rentre sur Terre, et les Etats-Unis accueillent en héros les passagers du X-Jet, mutants comme astronautes.

Une fois de retour au manoir des mutants, le Fauve va quand même ausculter Jean Grey, tant se manger autant de groseille au milieu du vide spatial le tout lors de l’explosion d’une navette, c’est étonnant que ça n’ait pas laissé plus de séquelles, mais non seulement il découvre que Jean pète la forme, mais en plus, ses pouvoirs ont décuplé, voire beaucouplé tant même lui n’arrive plus à calculer ce qu’il en est.

Mais ce qui est bien c’est qu’il se contente de hausser les épaules en disant « Nan ben tu vas bien, va faire la fête avec tes copains. »

Jean a visiblement surtout pris trois bonnets dans l’affaire.

D’accord. Et sinon le Fauve, as-tu déjà vu Alien ? Non parce que ton affaire, c’est un coup à ce qu’au milieu de la soirée, il y ait une bestiole qui sorte du bide de Jean pour aller manger des étudiants, des chats, et pire encore : finisse par permettre à Ridley Scott de faire Prometheus, et ça, c’est vraiment moche. Mais le Fauve tenant son nom du fait qu’il est con comme les paroles des chansons du groupe du même nom, il ne voit pas le problème.

Raven, elle, se rend dans le bureau du professeur Xavier, mécontente.

« Charles, ça ne va plus du tout.
– Ah ?
– Oui, le Président nous a félicités, mais nous sommes passés à deux doigts qu’il ne nous présente ses condoléances.
– Alors oui mais en même temps qui est la grosse buse qui a envoyé Jean dans la navette plutôt que Vif-Argent qui pouvait tout plier en toute sécurité ?
– APAPAP C’EST PAS LE SUJET ! 
– Ben un peu quand même.
– Non, mais c’est parce que là, c’est la scène où je t’enguirlande pour bien pour montrer qu’il y a des tensions dans l’équipe. Et donc, je me plains qu’on mette les mutants en danger pour sauver des vies humaines. Ce n’est pas normal.
– Ou alors c’est parce qu’on peut sauver des vies humaines qu’on fait ça ?
– NAAAAAN ! Tu es censé répondre à côté et moi t’accuser de ne faire ça que pour la gloire et les médailles !
– C’est quand même très con. Je suis supposé être un personnage très intelligent. Pourquoi irais-je dire des conneries pareilles ? C’est comme si je dirigeais une équipe de mecs immunisés au feu et qu’on m’accusait de les proposer pour sauver les gens en cas d’incendie.
– MAIIIIIIIS ! »

Bref, lors d’un dialogue sans queue ni tête, Raven accuse donc bel et bien Charles Xavier d’envoyer ses X-Men sauver des gens… pour se faire bien voir. Et que lui, il ne prend jamais aucun risque. Hmmm… peut-être parce qu’il est en fauteuil roulant ? As-tu remarqué comme on voyait peu de pompiers en fauteuil sortir les gens des flammes ? Mais non : Raven est décidément moyennement rusée, voire complètement à la ramasse. Et avant de claquer la porte, sort son ultime réplique :

« Tu sais Charles, je ne sais pas si tu as remarqué, mais ce sont toujours les femmes qui sauvent les hommes chez nous.
– Comme Diablo et les astronautes ?
– Nan.
– Comme Vif-Argent et les astronautes ?
– Nan.
– Comme Diablo allant chercher Jean Grey dans l’espace ?
– Nan.
– Comme…
– TAGGLE ! C’EST TOUJOURS LES FEMMES QUI SAUVENT LES HOMMES, P’T’ÊTRE QU’ON DEVRAIT S’APPELER LES X-WOMEN ! »

Ouf : un instant, j’ai cru que j’allais regarder un film sans son petit moment féministe amené de manière pas bien subtile pour être à la mode. J’ai eu peur, me voilà rassuré.

Mais qu’importe, car tout le monde retourne vaquer à ses activités. Le professeur Xavier va à une soirée à la Maison Blanche pour y recevoir les louanges du Président et lui redire d’arrêter de jouer avec le téléphone X lors des soirs où il se sent seul, Raven et le Fauve, qui se font des bisous, discutent du fait de quitter les X-Men et de vivre leur vie au lieu d’en sauver au nom de Xavier, par exemple en reprenant des études de sociologie à Rennes 2, quant à Jean Grey, elle va à une soirée étudiante de l’école au fond des bois, où les mutants font les kékés. Cyclope, qui est accessoirement le petit copain de Jean, s’inquiète un peu car sa douce amie enchaîne les Monaco à une vitesse inquiétante et à ce rythme, encore 270 et elle sera bourrée. Elle prétend être en pleine forme, mais tout de même, cela ne lui ressemble pas. Par ailleurs puisque tout le monde la croyait morte et qu’elle est revenue malgré l’explosion de la navette spatiale, les autres élèves commencent à la surnommer « Phénix ».

C’est amené de manière fort subtile, dites-voir.

Mais alors que tout allait bien, voilà que Jean commence à montrer les premiers signes que quelque chose se passe mal.

« Holala… je sais pas si c’est les Monaco, mais j’ai super mal au bide.
– Heu… Jean ? On dirait que tu as des flammèches qui essaient de sortir de sous ta peau !
– Mal au bide, tu comprends ? Ça doit être les burgers ! »

Et la température de Jean de monter en flèche. Elle a du mal à se concentrer, a vraiment mal au bide, et soudain, décharge une fameuse déflagration (le burger était vraiment mauvais semble-t-il), qui couche les arbres autour d’elle, les gens, aussi, et fait souffler une brise nauséabonde jusqu’au manoir voisin. Après avoir purifié la zone au febreeze avec l’aide de Tornade, Jean est ramenée au manoir, inconsciente. Et le professeur Xavier, accompagné de Raven et du Fauve se rend au cerebro, la machine qui amplifie ses pouvoirs, pour farfouiller dans l’esprit de Jean à la recherche de ce qui cloche. Il y trouve une sombre histoire de burgers, mais surtout, que les barrières mentales qu’il avait érigées des années plus tôt sont en train de s’effondrer.

« Aaaaattends Charles, de quelles barrières mentales parle-t-on ?
– Du calme Raven. C’est juste que quand je l’ai récupérée quand elle avait huit ans, j’ai bloqué des choses dans sa tête. Pour l’aider, tout ça.
– Tu ne serais pas un petit peu un gros enfoiré de manipulateur ?
– Moi ? Noooon, c’était pour son bien. Disons qu’en fait, si sa mère est morte dans l’accident, ce n’est pas le cas de son père. Il a eu si peur d’elle qu’il n’en voulait plus, d’où le fait que je l’ai récupérée. Et moi, je lui ai mis dans la tête que son père était bien mort.
– C’était pas plus simple de lui dire que son père la mettait en pension complète à l’école ?
– LES BARRIÈRES MENTALES ET LA MANIPULATION C’EST PLUS MON STYLE. »

Quelqu’un a confondu le professeur Xavier avec un flagelleur mental au moment d’écrire le script. C’est pourtant facile : l’un est très intelligent, l’autre n’a pas de tentacules. Soyez attentifs, flûte.

Car en parlant de trucs à tentacules, au même moment à des kilomètres de là, tombent du ciel des orbes lumineuses qui vont se poser dans la campagne autour d’une jolie maison bourgeoise. Ce qui fait aboyer très fort le chien local, aussi la maîtresse de maison abandonne-t-elle ses invités pour aller voir si ce con de labrador est encore en train d’aboyer sur un écureuil, une voiture, un vélo, un fer à repasser, ou du rien, comme aiment à le faire les chiens. Mais non… des êtres humanoïdes et vaguement végétaux sont en train de sortir des bois : des aliens ! Et l’un d’entre eux tue la Madame d’un simple geste (retenez bien ça : ils pointent du doigt quelqu’un et ça lui fait un trou dans le torse, ce qui est pratique) avant de prendre son apparence. Puis tout ce petit monde va tuer le reste des invités, et hop.

L’extra-terrestre. Qui est méchante, et on la comprend : quelqu’un lui a rasé les sourcils pendant qu’elle dormait.

Nous avons donc désormais sur les bras une Jean Grey dont la situation intestinale la transforme peu à peu en Jean Brown, et une invasion extraterrestre sur les bras. Ma foi, Diego, apporte-moi ma pipe : ça donne l’air pensif même pendant que l’on regarde un gros étron.

Mais revenons à Jean qui se réveille peu à peu, et est devenue si puissante qu’elle repousse sans problème le professeur Xavier qui triturait ses pensées. Car son pouvoir de lecture de l’esprit est devenu si grand qu’elle entend une voix lointaine… mais familière…

« Bordel, mais où j’ai foutu cette cassette de Michel Sardou ? »

C’est son papounet ! Il est vivant, elle l’entend penser, même à des kilomètres ! Charles Xavier lui aurait menti ? Hop ! Jean met les voiles, et Charles n’a pas à lire ses pensées pour comprendre où elle va. Jean étant si forte maintenant qu’elle peut soulever son propre corps par la pensée, elle vole, alors que Charles lui doit emmener son équipe au X-Jet pour partir là où il sait qu’elle se rend : à la demeure de papa Grey.

C’est donc dans un petit quartier d’une ville américaine que nous retrouvons Jean qui frappe à une porte, lorsque son géniteur, qui lui a vieilli contrairement au reste du casting, vient lui ouvrir.

« Oui ? Si c’est pour me vendre des panneaux solaires, je vous préviens, j’ai un fusil et du gros sel pour votre cul, jeune fille.
– Papa ? C’est… c’est moi !
– Qui ça moi ?
– Ben ta fille. Jean.
– Ah. Heu… ah oui, ça y est, je me souviens. On t’avait appelée comme ça pour faire marrer les copains. Désolé, tu sais ce que c’est l’état-civil a laissé faire et… bon, bref,. tu veux entrer ?
– Un peu mon neveu.
– Moi c’est papa, petite insolente. »

Et Jean de s’émerveiller : ouah, son ancienne maison ! Elle s’en souvient encore ! Rien n’a changé ! Bon, okay, depuis des années elle n’avait jamais pensé à y retourner, voire à se demander pourquoi elle n’avait jamais touché l’héritage de ses parents, mais là, maintenant, ça va. On va dire que Charles Xavier avait vraiment limité ses pensées, ce qui expliquerait d’ailleurs bien des choses, si j’étais langue de pute. Je me permets donc largement. Mais en attendant, Jean note quelque chose de suspect dans la demeure.

« Mais ? Papounet ? Pourquoi tu n’as pas de photos de moi ?
– Heu…
– Papounet tu m’aimes pas, c’est ça ?
– Non mais c’est pas ça, mais depuis que tu as buté maman…
– MAIS JE VOULAIS JUSTE ÉCOUTER L’ÉTÉ INDIEEEEEEEEEEEEEN ! »

Et brouf, dépassée par son super pouvoir, Jean envoie papounet faire dodo, pendant qu’elle aperçoit le X-Jet qui se pose à proximité. Ses amis l’ont poursuivie, et là, elle est colère. Elle sort furieuse de la maison pour leur faire face. Xavier tente de la calmer.

« Jean, tu dois te calmer, le paragraphe juste au-dessus de le dit.
– MÉJESUICALME !
– Alors d’accord, mais disons que si tu m’expliquais ça sans flammes bizarres qui te sortent de la tronche, ce serait plus crédible.
– NOOOON ! Vous ne me comprenez pas ! J’ai ce pouvoir que je ne maîtrise pas ! J’ai peur de faire du mal aux autres ! Que suis-je ? Pourquoi a-t-on peur de moi ? Suis-je un monstre ?
– C’est rigolo, on dirait que tu es en train de nous sortir le pitch de « Je suis un mutant » aux mutants. 
– Oui, niveau écriture, le film n’était pas bien inspiré.
– J’ai remarqué.
– Bon en attendant, je suis COLÈRE ! Je vais CASSER DES TRUCS ! »

Charles demande donc à ses X-Men d’aller lui coller une claque, un pied au cul et de l’envoyer dans sa chambre, mais Jean est devenue trop puissante. Elle les envoie tous bouler, y compris les unités de police qui arrivaient sur place au même moment, et parvient même à envoyer paître Vif-Argent, qui est le seul qu’elle blesse juste assez pour qu’on ne le voit plus du reste de l’aventure, parce que sinon son pouvoir étant trop puissant, il pouvait finir le film seul. C’est drôlement pratique ! Raven, quant à elle, tente de raisonner Jean.

« Jean… tu dois te calmer… nous pouvons t’aider… 
– JEMECALMESIJEVEUUUUUUUUUX !
– Ce pouvoir que tu as absorbé dans l’espace… il est trop puissant… voit comme il sort de toi comme les ailes d’un phénix…
– Attendez, mais ça je le faisais pas déjà dans le précédent film quand j’affrontais le grand méchant final ?
– Ah oui, hihihi, oups, je crois que les mecs qui ont écrit ce film ont oublié de regarder le précédent.
– Oui et ça M’ÉNERVEUUUH !
– Écoute, détends-toi… je sais que tu es tendue parce que tu es une actrice de Game of Thrones et que tout le monde se fout de toi en ce moment, mais ça va aller… »

À noter que comme dans tout mauvais film, personne ne sait calmer un individu en colère, et à la place, le personnage se contente de s’approcher très doucement en sortant des poncifs sur le pouvoir de l’amitié digne d’un chapitre de One Piece. Ce qui bien évidemment, énerve encore plus Jean (on la comprend), qui à nouveau, furieuse (ou bien à nouveau victime de problèmes gastriques), crée une onde de choc (va pour le gastrique) qui propulse Raven…

… contre un vieux bout de bois pointu.

« N… non… les bouts de bois pointus… le pire ennemi des X-Men… déjà dans Logan… » marmonne Raven avant de mourir comme une bouse.

Quelqu’un a semble-t-il confondu X-Men et vampires. Dans le prochain film, je propose que quelqu’un repousse le professeur Xavier avec un crucifix.

Au pire, on lui glisse dans les roues, ça l’arrête aussi.

Mais je m’égare, et revenons à notre sujet. Alors que tous les X-Men, à commencer par le Fauve, pleurent leur amie tuée par la colère de Jean Grey, cette dernière file en s’envolant loin de la scène du crime, bouleversée par ce qu’elle a fait. Son nouveau pouvoir la rend encore plus colérique et bête qu’à l’accoutumée, ce qui n’est pas peu dire.

C’est donc évidemment le moment de la caricaturale scène de l’enterrement sous la pluie. Suivi d’une scène où le Fauve s’engueule avec le professeur Xavier.

« Professeur, reconnaissez que vous aviez tort de manipuler Jean !
– Nooooon…
– Sérieusement, Raven est morte ! 
– Je m’en fouuuuus !
– Non mais ça vous coûte quoi d’admettre que vous auriez pu faire mieux ?
– J’ai pas enviiiiiie… »

Donc, oui, on découvre que Xavier est en fait juste un gros con arrogant qui même lorsque les gens meurent, refuse d’admettre qu’il a pu se planter. Pourquoi ? Parce que ça arrange l’intrigue, puisque le Fauve, fâché, décide de quitter l’école.

La suite de la scène où il faut 20 minutes pour désembourber Xavier ne sera que dans la version longue.

Jean, elle, se rend de son côté sur une petite île isolée au large des Etats-Unis. Où elle va retrouver… Magneto. Le fripon s’est retiré, tel un John Rambo, et avec d’autres mutants qui refusent de se mêler aux humains, il vit loin d’eux, au milieu de cabanes moches, à essayer de créer sa propre société alternative.

Seigneur : Magneto est devenu un Zadiste.

Et il accueille Jean sans guère comprendre ce qu’elle vient faire là.

« Wooooh, du calme meuf, on ne rentre pas sur la MagnetoZad sans un vote en non-mixité, bien qu’une inclusion trans-mutante.
– Hein ?
– Je veux dire que si tu es venue apporter avec toi l’oppression de l’état répressif contre la construction d’une société autonome à représentation égale mais sans délégation décisionnaire, tu vas au-devant de gros soucis avec le groupe Abracadazad, le collectif Mue-Tente en charge des cabanes, et Potagère, le groupe de gestion du potager qui… »

Lassée des termes bullshit dignes d’un consultant en consulting qui aurait viré extrême-gauche ainsi que des collectifs avec des noms en calembours, Jean pète cordialement la gueule de Magneto pour tenter d’avoir une conversation entre gens raisonnables. Hélas pour elle, Magneto pose d’entrée de jeu une question embêtante.

« Dis-donc, tu as du sang plein ton t-shirt. C’est à qui ?
– À personne, allons, hohoho. Non, je voulais savoir, mais attention, hein, je demande ça à tout hasard : toi qui as tué des gens, comment tu as fait pour arrêter ? C’est pour une amie. »

Subtil.

Hélas pour notre héroïne, elle a été suivie : arrivent deux hélicoptères de l’armée des Etats-Unis, avec à leur bord, des militaires qui viennent voir Magneto pendant que Jean se cache.

« Allez-vous en, collaborateurs de l’état fasciste qui…
– Bon, ça suffit Magneto, on a compris que tu étais à l’Unef. Allons droit au but, petit zadiste : on a vu Jean Grey se diriger par ici. Et nous devons l’arrêter car elle a… cassé une voiture de police !
– Pardon ? Vous la recherchez parce qu’elle a cassé une voiture ? 
– Oui.
– Vous ne la recherchez pas du tout pour la mort de Raven ?
– Non M’sieur Magneto parce qu’à ce stade du film, vous n’êtes pas supposé être au courant donc si on vous le dit, ça ruinerait un prochain rebondissement.
– Je comprends mieux.
– En tout cas, sachez qu’à cause d’elle, le Président a débranché le téléphone X et menace de déporter les mutants à nouveau.

– Si je résume : un demi-siècle que les mutants aident les gens, mais Jean raye une bagnole aussi on propose direct un génocide ?
– Voilà.
– Bon écoutez, tout cela est très con, et Jean n’est pas ici, vous devriez partir. »

Et c’est juste à ce moment-là que Jean décide justement de sortir de la cachette que Magneto lui avait trouvée le temps que les soldats partent, pour venir foutre la merde parce que… parce que.

« Jean Grey ! Vous ici ! L’armée des Etats-Unis vous arrête !
– GNÉPASENVIIIIIIIE ! »

Ce film. On a l’impression de suivre les aventures d’un trou du cul dans un collège français moyen : tout le monde a envie de le gifler, personne ne peut le faire, et une fois qu’il a fini de semer le chaos, son papa adoptif débarque pour expliquer que ce n’est pas sa faute, il a juste un trop plein d’énergie.

Jean attaque bien évidemment les militaires, mais reste raisonnable : elle se contente de leur voler leurs armes, puis de détruire l’un de leurs hélicoptères. Elle menace de faire de même avec l’autre, mais Magneto la contre le temps que les militaires rembarquent et s’en aillent loin de l’île. Cela fait, Jean, vexée comme un pou, envoie paître Magneto et s’en va à nouveau pour chercher un autre refuge, ailleurs, tant cette zad en fait, elle est trop nulle, woh. Elle réfléchit donc à entamer une carrière de punk à chien, mais n’ayant encore trouvé ni de chien, ni de Monoprix devant lequel faire du diabolo, elle est bien embêtée. Elle va donc déjà s’entraîner à boire.

Et c’est dans un bar que nous la retrouvons, alors qu’elle utilise ses pouvoirs psychiques pour que tout le monde la perçoive comme un vieil homme assis au bar. Lorsque soudain, s’assoit à côté d’elle… l’extra-terrestre qui avait tué une femme pour prendre son apparence plus tôt dans le film (vous l’aviez oubliée, nous aussi).

« Bonjour, Jean.
– Comment m’avez-vous reconnue ?
– Tes pouvoirs ne marchent pas sur moi. D’ailleurs, c’est pas pour balancer, mais si c’est pour faire ça, pourquoi n’as-tu pas utilisé le même pouvoir sur le militaires plus tôt au lieu d’aller te battre avec ?
– Ah oui, crotte. Non mais c’est parce que je ne suis pas très fut-fut.
– On a noté. Bon écoute, je te passe les détails sur comment on t’a retrouvée, puisque ça a impliqué de torturer ton père à deux mètres de policiers qui n’ont rien entendu alors qu’il hurlait.
– Comment mon père a-t-il pu vous aider à me retrouver sachant qu’il ne sait pas où je suis ?
– Ah oui, flûte.
– Bon, je crois que ça fait beaucoup trop d’incohérences, tout ça. Mais allez-y, que me voulez-vous, Madame de l’espace ? M’expliquer qui vous a volé vos sourcils ?
– Il suffit, suis-moi. »

Et notre extra-terrestre, que nous appellerons Blondie, d’emmener Jean jusqu’à un immeuble tranquille de New York où ses autres amis les polymorphes de l’espace l’attendent.

« Oh ! Ces gens n’ont pas peur de moi et de mon pouvoir ! Ici, ils savent qui je suis, ils me comprennent ! »

Ça va aller le recasage complet de toutes les scènes où le personnage avec des pouvoirs qui effraient son entourage trouve enfin un endroit où d’autres le comprennent et l’accueillent ? Quelle inspiration. Enfin. Blondie amène Jean Grey dans une chambre du bâtiment.

« Voilà ce que je voulais te montrer.
– Une chambre ? Non parce que je ne mange pas de ce pain là, j’ai pas quitté la zad pour me retrouver à la Mutinerie à…
– Mais non, bougre de buse ! Je voulais te montrer… UN POWERPOINT EN 3D !
– Vous aviez vraiment besoin de m’emmener dans une chambre pour ça ? »

Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai lapidé l’écran avec des chatons à ce moment-là. Le film était aussi mauvais, mais avouons-le, lancer des chats, c’est rigolo.

Powerpoint 3D : pour enfin rendre les réunions chiantes, oui, mais en 3 dimensions.

En tout cas, qu’y a-t-il dans le powerpoint 3D ? Une explication sur ce qui est arrivé à Jean dans l’espace.

« En fait, l’univers a été créé par une force super puissante. Et cette force… est en toi. C’est elle que tu as rencontrée dans l’espace. 
– La gelée de groseille ?
– La… que… bon, oui, voilà. Elle n’était pas là par hasard. Elle venait pour toi. Elle peut créer des mondes entiers aussi bien qu’en détruire. Et elle t’a choisie.
– Pourquoi ?
– Parce que.
– Ça se tient.
– Cette force a cependant détruit mon monde. 
– Pourquoi ?
– Parce que.
– Décidément, cette force n’a pas créé l’argumentation.
– Oui bon, bref, hein ! En tout cas, nous la poursuivions dans l’espace quand nous t’avons vu l’absorber. Nous étions juste derrière votre vaisseau, avec le nôtre qui abrite les derniers survivants de notre race.
– Et on n’a rien remarqué ? Malgré tous les appareils de la Terre braqués sur nous et le fait que Diablo est allé me chercher dans l’espace et a regardé dans la direction de notre navette et aurait donc dû vous voir derrière nous ?
– Apparemment non.
– C’est quand même bien fait.
– Je trouve aussi. En attendant, nous avons besoin de cette force. Besoin de toi pour bâtir un nouveau foyer.
– Hmmm. Donc grosso modo, j’ai la force qui a créé l’univers en moi. Je suis donc plus ou moins un dieu.
– C’est ça. »

Pendant ce temps, dans le couloir, les autres polymorphes ricanent.

« Hohoho ! Ça y est, elle est à nous ! Grâce à son pouvoir, nous pourrons détruire les humains et leur voler leur planète !
– Mais pourquoi, sachant qu’on pourrait créer notre propre planète ?
– Paaaarce… que ? »

Je n’exagère pas. Les extraterrestres veulent détruire la race humaine « parce que« . Gros travail d’écriture. Décidément, les acteurs de Game of Thrones portent avec eux leur malédiction. Et ne me dites pas que c’est un cas isolé : vous vous souvenez de Pompéi ?

Mais revenons à nos larrons, puisque pendant que tout le monde papote, sachez que les X-Men ne sont pas restés oisifs. Car d’un côté, le Fauve, furieux après la mort de Raven, est allé trouver Magneto pour lui dire ce qu’il s’était passé (vous comprenez pourquoi plus tôt, l’armée américaine n’a pas dit que Jean était recherchée pour meurtre, maintenant ? Voilà : pour laisser au Fauve ce rôle et voir Magneto s’énerver) et ainsi lui et quelques-uns des mutants de Magneto décident d’aller tuer Jean pour venger Raven et arrêter les frais. Quant au professeur Xavier, il a utilisé ses grands pouvoirs pour retrouver Jean, et accompagné de ses troupes, a filé jusqu’à New York. Par un heureux hasard, tout le monde arrive sur place exactement en même temps.

« Magneto, mon vieil ami…
– Charles. Comme toujours, on en est au stade du film où j’étais gentil, mais en fait non, et où on fait s’affronter nos deux camps ?
– C’est ça. »

Vraiment, gros travail sur ce film, j’insiste, c’est du jamais vu.

Le camp qui veut tuer Jean et le camp qui veut la sauver s’affrontent donc dans la rue de New York qui passe devant l’immeuble où se trouve l’amie Grey, et évidemment, personne ne tue ou ne blesse sérieusement personne, malgré le déluge de pouvoirs mortels. C’est quand même bien fait. C’est Magneto qui le premier, parvient à s’infiltrer dans le bâtiment, non sans avoir fait jaillir un métro hors du bitume pour bloquer l’entrée derrière lui.

« Mais quelqu’un lui a dit qu’il aurait simplement pu utiliser une voiture ? Et qu’en plus, il a mis le métro dans le sens de la longueur au travers de la porte, donc qu’il suffit de passer par la porte arrière du wagon pour rentrer dans le bâtiment ?
– Non professeur Xavier. Je crois qu’à nous tous, nous peinons à dépasser 70 de QI, aussi personne n’a remarqué. »

Toute une scène et moult effets spéciaux pour se planter : c’est beau, le cinéma du XXIème siècle.

Magneto en tout cas ne fait pas un pli devant Jean Grey. Elle est devenue trop puissante et l’envoie paître promptement, détruisant même le casque dont il était si fier dans l’histoire. C’est donc le professeur Xavier qui rentre dans l’immeuble et tente sa chance, en essayant de raisonner son élève. Mais cette dernière s’en cogne, s’amuse à le faire marcher avec ses pouvoirs pour lui montrer qui est la maman maintenant,

Mais heureusement, Xavier propose à Jean de se calmer en lui ouvrant son esprit façon viens voir là-dedans, tu verras, c’est sympa. Ainsi, entre deux fétiches du professeur Xavier impliquant son fauteuil, de l’huile de moteur et Hitomi Tanaka, Jean peut voir que Xavier a dit plein de choses gentilles la concernant lorsque son père l’a rejetée. Ce qui est suffisant pour la calmer.

Eh ben. Il en fallait finalement peu. Pour quelqu’un supposé être super énervée, je suis déçu.

Jean, calmée, n’en est pas moins manipulée par le reste des aliens polymorphes de Blondie qui pendant toute cette affaire, ont disparu, probablement partis jouer aux cartes. Seule Blondie est encore auprès de Jean.

« Tu sais ma p’tite Jean, si tu en as assez de faire du mal aux tiens, tu peux toujours me le filer, ton super pouvoir absorbé dans l’espace.
– Okay, tiens. »

Et Jean de faire un câlin à Blondie, durant lequel elle commence à envoyer la groseille magique dans son corps.

« J’peux prendre tes sourcils aussi ? J’ai froid au front. »

Hmmm. C’est en écrivant ce genre de phrases que je me demande si ce sont mes spoilers qui sont absurdes ou le cinéma moderne. Car dans l’immédiat, me voici en train d’expliquer que le pouvoir se transmet comme une vulgaire MST. Ça doit être une sorte d’allégorie de la promotion canapé. Écoutez, je cherche à comprendre, vous ne m’aidez pas avec vos pensées négatives, là. Je fais de mon mieux.

De toute manière, l’affaire est interrompue par l’arrivée sur place de brigades militaires anti-mutantes attirées par tout ce tintouin, qui ont des fusils qui empêchent les mutants d’user de leurs pouvoirs, et tirent des seringues qui font faire dodo. Tout le monde se retrouve ainsi à pioncer, Jean Grey y compris, et seule Blondie arrive à s’enfuir après avoir sucé une partie du pouvoir magique de sa nouvelle amie. Enfin, amie, amie… Charles Xavier a bien compris que c’était surtout une grosse bande de rabouins de l’espace soucieux de raser la Terre, ce qui l’inquiète tant il tient à sa planète : si on la ravage, il ne récupérera jamais sa caution.

Les mutants, tous camps confondus, sont donc collés dans un imposant train direction une prison secrète du gouvernement. À bord, on leur a collé des colliers les empêchant d’user de leurs pouvoirs, et ils sont donc bien embêtés. Le seul pouvoir qu’il leur reste, c’est celui d’être éternellement jeunes, puisque rappelons que par exemple, Magneto et Charles Xavier sont supposés avoir plus de 60 ans mais en paraissent à peine 40 chacun. C’est ça de vouloir faire des films à différentes décennies sans vouloir se départir de ses acteurs bankables.

Mais bref : car alors que le convoi est escorté par deux hélicoptères lourdement armés, ils repèrent que profitant d’un tunnel, des intrus se sont jetés sur les voitures du train ! Et l’attaquent ! Ce sont, vous l’aurez deviné, nos amis les aliens polymorphes, qui viennent en finir avec Jean Grey pour lui sucer jusqu’à la dernière goutte de son super pouvoir. Et les vilains aliens sous apparence humaine passent donc à l’assaut.

On notera que les balles de gros calibre des hélicoptères leur font mal, mais pas les armes individuelles du personnel du train, ce qui est embêtant. Malgré quelques pertes, les aliens parviennent donc jusqu’à l’intérieur, où ils massacrent tous les gardes jusqu’à ce que l’un d’entre eux, réalisant que ce ne sont pas des mutants venus aider leurs copains, ne décide de libérer les prisonniers pour qu’ils aient une chance de riposter.

Et là, vous vous dites « Pauvres mutants ! Ils vont se faire massacrer ! Depuis le début, les extraterrestres utilisent leur petit mouvement qui consiste à pointer du doigt quelqu’un pour lui faire un trou dans le torse et ainsi les tuer sans laisser la moindre chance ! »

Mais, allons. Vous savez vous comme moi ce qu’il va se passer. La même chose que dans le précédent film :

Les méchants, sitôt qu’ils affrontent les héros, oublient qu’ils ont ce pouvoir et se mettent à tenter de tuer les gentils à coups de poings.

Diego ? La baliste à chatons s’il-te-plaît. On va tirer des sacs de sports entiers remplis de créatures miaulantes, sinon ce sont mes nerfs qui vont commencer à faire des bruits suspects.

Allez, on reprend pour les scénaristes : quand on donne des pouvoirs à des personnages, ils ont tendance à les utiliser. Alors arrêtez de donner des super pouvoirs à vos méchants si puissants qu’ils pourraient gagner mais ne le font pas pour sauver l’intrig… je veux dire, pour ne pas terminer le film de suite.

Miséricorde. Mais quelle grosse bouse. Ce poncif des vilains qui refusent d’utiliser leurs ressources pour que les gentils gagnent est insupportable.

Passons sur les détails, mais comme vous l’imaginez, les X-Men arrivent à tuer un bon paquet de méchants, avant que n’arrive Blondie, qui elle, ayant absorbé une partie du pouvoir saveur groseille, est si forte que personne n’arrive à l’arrêter. Heureusement, elle aussi décide de ne tuer personne, et se contente de pousser gentiment les gens sur son chemin. Elle parvient ainsi jusqu’à Jean Grey, qui était maintenue sous anesthésie, et que le professeur Xavier était occupé à tenter de réveiller façon « Alleeeez, dépêêêche, on se prend, une branlée, làààà ! »

C’est donc bien évidemment à la dernière seconde que Jean Grey se réveille, pas contente, et décide d’utiliser son pouvoir pour sauver ses amis.

En détruisant le train à bord duquel ils sont.

Alors certes, elle met un bouclier autour de ses copains, faisant qu’ils survivent à l’affaire, alors que nombre d’aliens sont tués dans la catastrophe, mais quid des derniers gardes ? Du personnel de la locomotive ? Non ? Hein ? Bon, c’est un petit oubli, mais on va dire que Jean avait des griefs contre la SNCF depuis un Paris-Roubaix retardé de 2 heures en raison « d’un problème lors de la préparation du train« , et avait développé depuis une haine du train et de ses agents.

C’est donc au beau milieu d’un chaos de wagons tordus et de flammes que tout le monde se retrouve pour la bataille finale, où tous les aliens du coin tentent d’attaquer Jean, et se retrouvent réduits en poudre sitôt qu’elle les désigne. Son petit côté Thanos. Jusqu’à ce qu’enfin, après avoir tué le dernier survivant extraterrestre, ne se pointe la vilaine Blondie, qui vient finir le travail, et parvient à attaquer avec succès Jean, pour commencer à lui piquer son pouvoir.

Hélas pour Blondie, c’est un mauvais calcul car c’est trop de pouvoir pour elle. Et elle commence à se désintégrer. Elle décide de battre en retraite, tant pis pour le pouvoir de la groseille spatiale.

« Nan mais en fait, Jean, ça va aller, je vais partir, hein.
– Non non non ! Tu veux mon pouvoir, tu le prends ! On finit son repas ! Pense aux petits enfants qui meurent de faim ! Allez, suce ce pouvoir ! »

La décharge est telle que Blondie commence à se désintégrer… mais aussi tous les gens autour, ce qui commence à piquer un peu les X-Men restés un peu trop proches. Pour éviter cela, Jean décide de…. de tout simplement buter Blondie ? Non, attendez, de tout simplement refaire une bulle de protection comme quelques instants avant ? Non, je me trompe encore… elle s’éloigne dans les bois voisins en emmenant Blondie avec elle ?

Non, toujours pas. En fait…

Jean étant débile, pour elle, la seule solution est de voler jusque dans l’espace pour faire exploser Blondie avec elle.

Voilà. Non, elle ne voit aucune autre option.

Jean Grey : le pouvoir d’un dieu, l’intellect d’un hérisson

Ne me demandez pas pourquoi, cela n’a strictement aucun sens, mais paf, toutes deux explosent, et tout le monde est très triste. Parce qu’ils ont perdu Jean Grey ou parce que c’était la preuve finale que Jean  avait la puissance intellectuelle d’un concombre oublié au fond d’un panier, mais en tout cas, tristes.

Le monde est sauvé, et nos amis retournent au manoir des X-Men, dont l’école Charles Xavier est renommée « École Jean Grey » en l’honneur de leur amie.

Alors que Raven, je suppose qu’ils ont juste renommé le coin poubelle en son honneur. Raven était la victime : on nomme l’école du nom de son bourreau. Bravo.

D’ailleurs, c’est le Fauve qui prend la direction de l’école, car Xavier a décidé de se retirer et de prendre une retraite bien méritée (alors qu’il est encore très jeune mais on l’a vu, la production a oublié de changer d’acteur ou de le maquiller). Il se rend donc à Paris, le Paris de 1992 où tout le monde roule en DS ou en Deux Chevaux, c’est bien connu. Là encore, on sent que ça a été soigné. Et Charles Xavier de prendre un café dans ce Paris tout propre et tout beau, lorsqu’un type vient s’asseoir à sa table.

« Mais ? Magneto, c’est toi ?
– Oui, moi aussi j’ai pris ma retraite et je me suis dit que Paris, c’était cool. Bon, au départ je me suis planté et je me suis retrouvé Porte de la Chapelle, c’était pas la même ambiance.
– J’ai fait la même erreur, des mecs m’ont piqué les pneus du fauteuil, je te jure, y a de ces gens.
– Bon enfin, on se fait une petite partie d’échecs ? Car je suis gentil… jusqu’au prochain film !
– Comme à la fin de chaque film, mon vieil ami. C’est dire si on ne s’est pas fait chier.
– Tu as bien raison ! Allez, jouons ! »

Nos deux amis lancent donc leur partie, pendant que la caméra monte vers le ciel bleu parfait au-dessus de la capitale du royaume de France, où l’on aperçoit brièvement, traversant l’azur, les ailes de flammes d’un lointain phénix et…

… FIN !

Puisse ce film ne jamais renaître de ses cendres.


Après tout ça, vous imaginez bien qu’aucune critique sérieuse ne saurait sauver pareil étron. Ou alors, il faudrait beaucoup de mauvaise foi, et diable, je m’y connais.

Heureusement, il existe un magazine qui ne nous déçoit jamais. Je vous laisse donc savourer :

Personnellement, je serais une femme, je me sentirais insultée.

Comme quoi la critique, ça tient à peu de choses.

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Un odieux connard

J'exagère : à un moment, elle change de couleur pour rentrer dans le bureau de Charles Xavier parce que... heu... on ne sait pas.

Quand on sort avec un cyclope, c'est dommage : il ne voit qu'en deux dimensions, c'est gâché.

Alors que quiconque a vu Malcolm sait que c'est plus rigolo de les recoller ensuite pour que la personne ait tout le temps l'air étonnée.

Quelqu'un pour dire à l'équipe du film qu'avant de mettre la pluie, il faut penser à régler la lumière pour montrer qu'il y a des nuages ?

Compatible avec Powerpoint Oculus Rift, pour enfin pouvoir tourner autour des camemberts en couleurs.

Notez que les méchants, même fraîchement arrivés sur Terre, n'ont jamais pour planque un taudis pourri.

Avec pareille combinaison, nul doute que Jean Grey sera bientôt la vedette du Nigloshow.

Mais comme je suis un homme, je trouve juste ça insultant.

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