FreshRSS

🔒
❌ About FreshRSS
There are new available articles, click to refresh the page.
Before yesterdayUncategorized

Le monde d’après n’aura pas lieu

Le monde d’après.

En voilà, une expression qui fait secrètement frémir. Ne niez pas, bons lecteurs, que lorsque point une crise mondiale, malgré les malheurs, la misère et les morts, malgré toute l’empathie dont vous savez faire preuve, il y a tout au fond de vous ce sentiment un peu honteux voire carrément inavouable, cette amère excitation qui vous rappelle que tout cela est peut-être un tournant. Quelque chose, un événement, en tout cas, une sorte de main du destin qui sortant du néant vient réveiller votre quotidien. Mais pas seulement ! Cette tempête s’abattant sur ce bas-monde et sur toute la société telle qu’elle existe, vous voyez avec émoi le cocotier que tout le monde voulait secouer se mettre à ployer sous le vent, plus fort que tout ce que vous imaginiez. Et vous vous prenez à rêver, et finalement, à formuler tout haut cet espoir lui pas si secret :

Et si c’était maintenant, le monde d’après ?

Voici alors que cette idée se propage un peu partout, et quitte les fils de conversation internet pour s’inviter sur les radios et autres plateaux de télévisions jusqu’à se glisser dans les colonnes des journaux où, chacun y va de son petit refrain : lorsque les derniers nuages de cette tempête seront dispersés, le monde réapparaîtra sous un jour nouveau, et nous le reconstruirons plus beau, plus fort et plus solidaire qu’il ne l’était. À défaut de Grand Soir, vous avez rêvé un Doux Matin.

Hélas, lecteur, lectrice, de par mon pseudonyme, c’est à moi de vous annoncer la nouvelle : le monde d’après n’aura pas lieu.

Du moins, il sera aussi merdique qu’avant, si ce n’est pire encore. Rappelons donc quelques faits essentiels pour appuyer ce propos et écraser à coups de talons vos espoirs innocents.

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que les connards n’ont pas disparu en deux mois. Ne l’oubliez jamais : une bonne partie de la population mondiale est constituée de connards d’un fort beau gabarit. Si vous aviez oublié la chose, n’importe quelle sortie vous rappellera que l’on confie des voitures à des gens incapables d’utiliser un clignotant, que les poubelles sont des objets incroyablement complexes à utiliser pour une bonne partie de nos contemporains, et que n’importe qui a le droit de faire des enfants quand bien même on leur a déjà retiré leur chien pour mauvais traitement. Certes, durant deux mois, vous avez probablement croisé bien moins de connards, mais ce n’est pas parce que vous ne pouviez pas les voir qu’ils n’existaient plus. Ils sont là, bien vivants pour l’immense majorité, et ils n’ont pas passé les dernières semaines à lire des livres sur la citoyenneté et le partage. Une société étant principalement la somme des individus qui la composent, vous pouvez la reconstruire autant que vous voulez : une bâtisse de trous du cul, avec donjon ou véranda, restera toujours une bâtisse de trous du cul.

Rappelons que le plus gros problème du monde, ce sont les gens. Moi aussi je peux enfoncer des portes ouvertes

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que le capitalisme n’est pas près de s’effondrer. Certes, nombre de vos amis ont juré la mort du capitalisme à la fin de cette crise, et s’attendent à un monde libéré de la surconsommation et de la pollution avec la mort de cette bête immonde. Mais puisque vous avez désormais le droit de visiter lesdits amis (du moins pour mes lecteurs au sein du royaume de France), n’hésitez pas à en profiter, taquins que vous êtes, pour leur poser cette naïve question : « C’est quoi, le capitalisme ? ». Pour ce jeu, n’hésitez pas à vous équiper d’un dictionnaire et d’un masque (pour ne pas postillonner quand vous vous marrez) afin de confirmer qu’en fait, ils n’ont aucune foutue idée de ce qu’est le capitalisme. Certes, ils devraient parvenir à sortir le mot « profit » à un moment à force de tâtons intellectuels, mais viendra la base du sujet, celle qui leur échappe dans 90% des cas : quid de la propriété des outils de production ? Ce truc de capitaliste dans lequel un patron est propriétaire de l’outil de travail sur lequel l’ouvrier bosse en échange d’un salaire ? Non parce que dans ce cas : pourquoi nos anticapitalistes ne démissionnent-ils pas là, tout de suite, pour monter des coopératives ? Car si tous les travailleurs deviennent propriétaires de leur entreprise et de ses bénéfices, le capitalisme ne va pas tenir bien longtemps.

Mais généralement, vous entendrez en face une série de toussotements nerveux, et puis que bon, pour démissionner « C’est pas le moment » qu’un salaire c’est plus « sécurisant » et qu’en fait, c’est mieux quand quelqu’un d’autre porte le risque, hein, parce que bon, investir son pognon, houlà ! La formation d’un Soviet révolutionnaire est vite arrêtée sitôt que vient la question du salaire pour s’acheter Animal Crossing. Votre interlocuteur aura généralement tendance à changer de sujet, avant de retourner chanter Bella Ciao devant Netflix, le tout streamé sur son Mac. La révolution attendra encore un peu.

Rebelle en plein combat sur Instagram (colorisé, 2020)

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que la réflexion politique générale est proche du zéro absolu. Si vous avez raté ce grand moment, n’oublions pas que des personnalités ont signé, et un grand journal a publié sans ciller l’extraordinaire tribune des 100 principes de Nicolas Hulot pour un « nouveau monde ». Quelque part entre la rédaction de collégien et le discours de Miss France, on appréciera le niveau de réflexion d’une personne qui a été ministre. Ou bien est-ce justement ce niveau de réflexion qui lui a permis de se fondre dans la masse de notre gouvernement, j’hésite. Mais quand on lit « Le temps est venu pour une nouvelle façon de penser« , « Le temps est venu de ne plus se mentir. » et autres « Le temps est venu d’entendre la jeunesse« , on a tout de même l’impression d’être à l’élection des délégués de classe de 6ème B. Ne manque qu’un « La guerre c’est pas bien » et « La méchanceté c’est pas gentil » pour obtenir les encouragements du conseil de classe. Et encore, ce discours a beau être navrant, il reste malgré tout assez proche du niveau général, puisque je rappelle que ces dernières années, la base de la réflexion politique est d’être contre quelque chose. Les patrons, les étrangers, le candidat de l’apocalypse… choisissez votre méchant préféré. Être pour un truc, c’est nul. L’important, c’est de s’opposer à un autre. Et si vous-même, vous avez envie de vous lancer en politique, n’oubliez pas que vous pouvez inventer votre méchant : si Don Quichotte de la Manche voyait des géants dans les moulins, il vous suffit de sortir des fascistes de votre manche pour vous poser en Jean Moulin. Bref, ce n’est pas avec les méthodes d’hier que vous allez bâtir le monde de demain.

« Et là je vais ajouter que la misère, c’est pas cool ! Ha ha ! À nous deux, capitalisme ! »

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que l’information est en panne. « Pas de démocratie sans information de qualité ! » vous rappellera audacieusement votre ami journaliste, avant d’aller taper son article Ces cinq choses à savoir sur Greta Thunberg, le tout disponible sur internet après un pop-up publicitaire « Envie de changer de voiture ?« . Ainsi, même durant la crise, où l’information ralentie aurait permis, justement, de prendre plus de temps pour faire des enquêtes, le paysage informatif français a regorgé de palpitants micro-trottoirs (même sur les trottoirs vides, c’est possible), ces choses qui n’apprennent rien à personne et dont l’on peut tellement faire n’importe quoi qu’ils sont la base des chroniques de Guillaume Meurice. C’est dire si c’est du sérieux. Quel bonheur, donc, de savoir que Madame Michu « est triste de ne pas pouvoir sortir » ou que Monsieur Ripolin « a peur d’arriver à court de papier toilette ». Et encore, ça, c’est si l’on n’a pas carrément directement le droit à des tweets pour pouvoir taper son article sans sortir de chez soi (c’est plus sûr). Il est donc délicieux d’entendre quelqu’un ricaner de la qualité proverbiale de BFM TV avant d’enfouir sa tête dans la lecture d’un journal devenu une grande compilation de dépêches AFP assorties de commentaires d’anonymes piquées à droite et à gauche, entre des tribunes ouvertes à tous les passants, aussi stupides soient-elles. Fut un temps où l’on punissait les journalistes en les envoyant à la rubrique des chiens écrasés. Quelle belle époque que celle où le chien en question est écrasé sur toutes les pages du journal. Rappelez-moi pourquoi la presse est en crise ? Ah, oui : internet, salaud !

Voilà. Ça, c’est une tribune. Entière. Qui se résume à « Ça va pas, faut qu’ça change ! ». Sérieusement. J’ai cherché la suite, mais en fait, c’est vraiment tout.

Le monde d’après n’aura pas lieu parce qu’on préfère le spectacle. Suite directe du point précédent, vous aurez sûrement remarqué que l’on invite plus facilement des personnalités que des experts sur les plateaux télés : ça fait plus d’audience. Ainsi, nous avons le droit à des tribunes d’acteurs, des vidéos de trublions, des opinions médicales d’anciens footballeurs, et tout cela, relayé en larges colonnes parce que vous comprenez, pour comprendre le monde actuel et préparer la suite, il est plus intéressant d’avoir l’avis d’un chanteur que d’un économiste. Les économistes, c’est chiant, ça parle longtemps, et en plus, personne les connait. Alors qu’une petite tribune d’une actrice française (qu’on ne citera pas, c’est un blog respectable) n’ayant participé à aucun film rentable en 30 ans, ayant bâti sa fortune sur les aides publiques au cinéma et les montages financiers liés, et qui vient réclamer des sous et plus de solidarité (mais pas avec son argent, hein), alors ça ! Ça, ça mérite de pleines pages et des tweets mes petits amis. Bon après, notez que ça se tient : vous vous souvenez des banques qui se partageaient le pognon en paix mais sont venues demander de l’aide en 2008 parce que la vie était trop injuste ? Voilà, on a laissé faire. Alors pourquoi se gêner ?

Je vous mets une photo d’Isabelle Adjani, mais attention, hein, comme ça, aucun rapport, pfoulala.

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que personne n’a envie du monde d’après. Nous en revenons au premier point : le monde est peuplé de connards, et tout le monde veut que ça change, mais pas trop quand même. On veut moins de pollution, mais faudrait pas payer sa télé plus chère parce qu’on la fabriquerait plus près. On veut plus de partage, mais pas avec son pognon. On veut plus de solidarité, mais principalement pour soi. On veut moins de surconsommation, mais faudrait pas m’empêcher d’aller à Starbucks. On veut mieux manger, mais tout le monde faisait la queue à Mac Do dès la réouverture.

Quelqu’un doit agir, mais pas moi.

Bref, Madame, Mademoiselle, Monsieur, Mondamoiseau, il va falloir vous y faire : nous vivons dans un monde de gros connards égocentriques, et non, applaudir à sa fenêtre à 20h n’aura pas rendu le monde meilleur. Tout au plus, ça vous aura forcé à interrompre votre apéro Skype avant de retourner discuter de ce à quoi pourrait ressembler l’après. Or…

Le monde d’après n’aura pas lieu.

Ou alors si, mais sous la forme d’une grosse crise économique qui ne sera pas sans nous rappeler le siècle dernier.

Ce qui en soi, m’irait bien si nous profitions de cette décennie pour retrouver les années folles, le jazz, le swing, les cafés bardés d’art nouveau fréquentés par des impressionnistes sur le retour, le tout autour d’un bon whisky au fumoir.

Mais à la place, ce sera donc vapoteuse et café à 2€ derrière une vitre en plexiglas au son de PNL.

Vivement le monde d’après, alors.

pexels-photo-2059104

Un odieux connard

Et vous le savez, les gens sont cons, même si secrètement, vous essayez encore d'y croire.

"Zut, où est le chargeur de mon Mac ?"

Notez que c'est une énième tribune avec des millionnaires contre le capitalisme, quelle belle époque.

Par contre je n'arrive pas à expliquer le bonnet.

La solidarité, c'est quand tout le monde me soutient.

Jurassic Park 1 – Nostalgie et vélociraptors

Voici deux pitchs.

Le premier : « John Hammond, un milliardaire excentrique, a décidé de construire un parc dans lequel évoluent des dinosaures recréés à partir de l’ADN trouvé dans un moustique piégé dans de l’ambre. Peu avant l’ouverture au public, il invite un paléontologue et quelques autres personnalités ainsi que ses petits-enfants à découvrir le parc en avant-première… »

Le second : « Suite à la mort d’un ouvrier noir, les actionnaires de Jurassic Park, sous la pression de leur assurance, exigent une visite des installations par des experts en sécurité. John Hammond, le directeur du parc, se voit confier la mission d’obtenir les signatures de ces derniers… »

Pourriez-vous me dire lequel correspond au film Jurassic Park, sorti en 1993 ?

Si vous avez répondu « Le premier, bien sûr ! » félicitations, la patine du temps a semble-t-il raboté vos souvenirs pour que l’intrigue colle avec les images restées dans votre tête. Car en réalité, ce premier pitch est faux. Le vrai, c’est le second. Si, si. Vous n’avez pourtant aucun souvenir de cette sombre histoire d’experts en sécurité ?

Il est temps de briser vos souvenirs d’enfance – pour ceux ayant connu l’année 1993 – et de rappeler la sombre vérité : vous avez préféré oublier ce qu’était vraiment le film.

Diego ? Sors le magnétoscope, prépare la VHS.

En cette période de cinémas fermés, retournons dans le passé.

Spoilons, mes bons !

 

L’affiche. On note que cela date du siècle dernier : où sont nos explosions ? Nos flammes ? Sont-ce des cendres en fond ? Je suis perplexe.

 

Notre film commence en Amérique du sud, alors qu’une équipe d’ouvriers réceptionne une énorme cage d’acier contenant une créature qui fait des bruits mystérieux comme « Greugreu« , « Groum » ou « Vive l’UPR« . On sent que la chose là-dedans ne doit pas être fort subtile, aussi les hommes du secteur sont tous équipés de fusils d’assaut par sécurité. C’est l’avantage de travailler dans ces pays-là : non seulement les ouvriers ne coûtent pas cher, mais en plus, ils sont tous formés au maniement des armes grâce aux cartels du coin. Si. Je l’ai vu sur Netflix. Pourtant, lorsque la cage vient être accolée à un gros enclos bétonné, ce n’est pas à un des nombreux Juan-Jacques armés que la mission d’ouvrir la porte de la cage est confiée, mais… au seul ouvrier noir du groupe.

« Hein ? Mais merde, pourquoi moi ?! Pourquoi pas Pedro ou Jorge ? En plus eux ont de quoi se défendre ! »

Ah, mon vieux, dans les années 90, tu connais la règle : le noir meurt toujours en premier.

Ça ne manque pas : malgré toutes les précautions, le pauvre homme ouvre la cage, la bête à l’intérieur s’agite et la déstabilise, faisant tomber le malheureux, et décide qu’il est temps de se faire un petit gueuleton. Notre ami est donc victime du racisme jurassique, et finit sévèrement croqué, confirmant ainsi ce poncif du siècle dernier.

Soudain, tu te rappelles que tu es noir dans un film de 1993.

Alors que de nos jours, ce serait bien différent : le personnage noir s’indignerait du traitement fait aux dinosaures, prédirait sans aucune erreur l’ensemble des événements du film, puis s’en irait sous le regard haineux des ouvriers, tous bien évidemment secrètement néo-nazis. Bon, ce serait toujours caricatural, con et du racisme paternaliste, mais comme c’est du bon gros racisme, ça va.

Toujours est-il que l’incident a des conséquences.

Nous retrouvons ainsi un avocat américain qui se rend dans une mine d’ambre au fin fond de la jungle, pour y retrouver le directeur du projet, John Hammond, et lui expliquer que la famille de l’ouvrier qui a été transformé en pâtée exige 20 millions de dollars parce que bon, rien ne vaut la vie d’un homme, mais pour 20 millions, on peut causer quand même. Sur place, le responsable du site hausse les épaules.

« C’est fascinant mon petit Monsieur, mais M. Hammond, ben il est pas là. 
– Que ? Comment ça ? C’est-à-dire que j’ai dû prendre un radeau pourri pour arriver jusqu’ici tellement c’est perdu, alors bon ! Et puis d’où mes clients me donnent rendez-vous dans des mines ?
– Oui mais comme sa fille divorce, il a préféré aller la voir. »

Les avocats sont connus pour traverser le monde, les forêts anciennes et faire du radeau pour aller à des rendez-vous où leur client n’est pas. Si seulement on avait une invention pour parler de ce genre de problèmes de loin ou même vaguement prévenir. Un appareil qui permettrait de transporter la voix sans se déplacer. Quel dommage que cela n’existe pas ! Il faudra que je vérifie sur mon téléphone où en sont les recherches à ce sujet.

Un avocat en costume de ville sur un radeau pour aller visiter une mine où son client n’est pas, une scène complètement cohérente.

En attendant, et au vu du fait que notre avocat est prêt à courir le monde et les marécages en costume pour aller à des rendez-vous pas clairs, je propose que nous l’appelions Maître Mystère. Et la conversation se poursuit justement entre l’avocat et Juanito – puisque oui, c’est son nom. Vraiment. Vous pouvez vérifier.

« Oui ben il fait chier M. Hammond ! Parce que les investisseurs, eux, les 20 millions, ça les regarde un peu ! Les conditions de sécurité ne sont pas réunies visiblement, il va nous falloir procéder à des inspections.
– M. Hammond n’aime pas les inspections. »

Vous le savez, c’est comme ça que ça marche : quand l’inspection du travail se pointe dans votre boîte, vous vous exclamez « J’aime pas les inspections » et le pauvre fonctionnaire s’en retourne les épaules basses et la mine triste. Il en va de même avec les investisseurs qui mettent des millions dans un projet : ils ne voudraient pas brusquer les sentiments de leur directeur. Mais bon, je note que le fait que Juanito, responsable d’une obscure mine d’ambre, dise que le patron n’aime pas trop les inspections donne déjà un bon aperçu de ce que doivent être les conditions de travail sur place. Quitte à ramener des créatures du passé, en sus des dinosaures, Hammond a probablement aussi recréé des CGTistes. Bon, un parc à thème sur le sujet aurait quand même eu moins de gueule cela dit, sans compter qu’il existe et qu’il s’appelle La Fête de l’Huma.

Toujours est-il que Maître Mystère a une solution : l’assurance du parc est prête à calmer le jeu si deux experts vont sur place et signent que tout est sécurisé et qu’on va arrêter de perdre des ouvriers comme ça, pif pouf, c’est ballot. Il a déjà choisi un certain Ian Malcolm, mais il aimerait aussi recruter un homme du nom d’Alan Grant. Juanito lui dit que ça va être chaud patate puis le coupe, parce qu’ils viennent de trouver dans la mine un bout d’ambre avec un moustique dedans. Et visiblement, c’est ça, la richesse de cette mine : le moustique sous résine. Probablement parce que comme tous les objets en résine, on peut le vendre à un prix honteux à des geeks pour décorer leur bibliothèque. S’ils trouvent une figurine d’écolière au fond de la mine, ils sont millionnaires. Enfin, je m’égare.

Mais laissons Juanito et Maître Mystère au fin fond de leur mine, et allons plutôt voir qui est Alan Grant.

Car au fin fond du Montana, nous retrouvons l’équipe de paléontologues la plus bête du monde, qui n’hésite pas, par exemple, à enfoncer ses gros doigts dans les narines des bestioles qu’elle déterre pour gagner du temps, voire à utiliser ses mains pour creuser (les outils, c’est nul). Certes, ils ont des pinceaux, mais l’ustensile est appliqué avec une telle vigueur qu’à défaut d’être déterré, le pauvre dinosaure risque de se faire maroufler la gueule. On suppose que ces paléontologues ayant échoué dans leur domaine, ils constituèrent plus tard l’équipe de Valérie Damidot.

« Tiens, prends ça dans les naseaux, sale dino mort ! »

Le docteur Grant, et sa bonne amie le docteur Ellie Sattler, finissent par laisser tomber le marouflage de dinosaure car on les appelle pour leur montrer sur ordinateur un scan en cours d’une autre partie du site, qui révèle qu’un squelette de vélociraptor se cacherait sous terre non loin. Grant bougonne, car il hait l’informatique (nous sommes avant Windows 95, il ne savait pas que des années de souffrance l’attendaient encore), sans compter qu’en plus, c’est nul, on voit les squelettes sans creuser, moi j’vous dis, ces machines elles vont nous voler notre job, c’était mieux avant (son amour du passé l’a rendu un peu conservateur, nous en reparlerons).

Mais soudain, un enfant qui visitait le site et observait la scène s’exclame : « Ouais enfin sur votre écran, il fait pas super peur votre vélociraptor, là. »

Alan fronce ses sourcils si fort qu’ils forment un angle digne d’une nouvelle de Lovecraft.

« Qu’esse tu dis ?
– Je dis que votre bestiole, on dirait une grosse dinde.
– Woputain, écoute moi bien Jean-Enzo, parce que ton commentaire, c’est exactement ce qu’a dû tire ton père en voyant ton échographie et… « 

S’ensuit une explication quelque peu rude, durant laquelle Alan tient d’autres propos un peu arides, impliquant entre autres de la consanguinité, une confusion entre hyperactivité et trouduquisme, une comparaison un peu rude avec Porcinet, et la définition du verbe « hongrer ». Reprenons donc une fois qu’Alan Grant, dont on comprend mieux la lourdeur pinceau en main, revient au sujet principale.

« … les boules. Alors tu vois, le vélociraptor, si, il fait peur, parce qu’il chasse en groupe et qu’il a une griffe comme celle que tu vois là.
– Mais ? D’où vous avez ça et que vous jouez avec ? Sa place ne serait pas plutôt dans un musée ?
– Ta gueule, Montana Jones : tu as vu comment je déterre un squelette ? Alors ça doit te donner une bonne idée de mes idées sur leur conservation. »

Grant se replie alors avec l’amie Sattler en bougonnant que les enfants, c’est nul et puis ça pue (je n’invente pas, c’est ce qu’il dit).

L’enfant en question. Même la main du docteur Grant semble attirée irrésistiblement par ses joues.

C’est alors qu’arrive un hélicoptère qui envoie de la poussière sur tout le site. Décidément, ce n’est pas un jour heureux pour Alan, qui court jusqu’à l’aéronef pour faire de grands gestes au pilote. C’est pas fini ces conneries ? Tu vas m’obliger à remettre des coups de pinceaux partout, petit sagouin ! Approche ta narine que je te mette un doigt dedans au nom de la science, rascal ! Le pilote cependant, comprenant que son museau est en jeu, ne quitte pas son siège et lui répond par gestes que Grant devrait d’abord aller jeter un œil dans sa caravane voisine.

Le bougre s’y rend d’un pas décidé, et tombe sur un vieux en train d’ouvrir une bouteille de champagne piquée dans son frigo.

« Vous arrivez, vous êtes même pas chez vous, pas bonjour, pas merci, vous filez tout droit au frigo, vous prenez la dernière bouteille de champagne… vous, vous êtes un sacré sans-gêne ! »

Le vieux se retourne en souriant, probablement amusé d’entendre ainsi une réplique du Grand Détournement sortie au débotté.

« Je suis John Hammond, et c’est moi qui finance vos recherches ! Je suis venu vous voir, vous le paléontologue et votre copine la paléobotaniste. J’ai un avocat qui m’emmerde, voyez-vous, et si vous pouviez venir visiter un petit parc que je compte ouvrir au large du Costa Rica, signer que tout y est super sécurisé, ce serait tip top.
– Quel genre de parc ?
– Raaaaah ! Mais pose pas ce genre de questions ! Viens, tu verras !
– Non parce qu’une fois, on m’a emmené à La Fête de l’Huma et… « 

John le rassure, ce n’est pas un parc plein de merguez et de communistes en mousse : il a dit Costa Rica, pas Cuba. Et comme en plus il propose trois ans de financement du site de fouilles en plus, allez hop, c’est parti, Alan Grant et Ellie Sattler sont tous deux invités à…

« Mais attendez ! Pourquoi nous demander de venir ? On n’est même pas experts en sécurité ?
– Ah tiens, oui, c’est vrai.
– Donc notre signature ne vaudra rien ? 
– Je… heu… hohohoh ! Reprenez du champagne ! »

C’est un bon conseil, vieux lecteurs : si vous ne voulez pas briser vos souvenirs de ce film, ne le regardez qu’avec de l’alcool. Si vous buvez à chaque fois que John Hammond s’exclame « J’ai dépensé sans compter ! » vous aurez oublié que c’était n’importe quoi à votre réveil, et de toute façon, vous serez bien plus occupé par l’impression d’avoir toute une équipe de paléontologues dans le crâne.

Allégorie de Steven Spielberg apprenant les résultats du film malgré l’absence de scénario.

Mais au même moment, loin, ailleurs, a lieu un autre rendez-vous entre un informaticien du parc, Ned et un mystérieux personnage autour de tacos (ce film ne nous passera aucun cliché).

« Ned… je suis ton contact venant de la part de la société concurrente de Jurassic Park. Voici un sac contenant 750 000 dollars en liquide.
– Ah, les remises de sac contenant 750 000 dollars à une quelconque terrasse de restaurant, un classique ! 
– Et sans renforts au cas où l’échange tourne mal tu noteras.
– C’est vrai que c’est particulièrement crédible. 
– Bon, bref, maintenant que tu as touché ton acompte, tu connais le marché. Tu dois voler des embryons de dinosaure et nous les amener. Pour chaque embryon de plus, tu toucheras 50 000 dollars.
– Seigneur… tout cet argent je… je pourrais… me faire construire un ordinateur surpuissant… imaginez, peut-être même 128Mo de RAM !
– N’exagérons rien. »

Ah, les rêves de 1993.

Mais retournons voir nos héros, qui sont à bord d’un hélicoptère en route pour l’île qui abrite le parc de John Hammond. Avec eux se trouve Ian Malcolm, docteur en mathématiques et expert en théorie du chaos qui explique – entre deux tentatives de drague sur le docteur Sattler – que le chaos est partout, rien n’est prévisible, tout ça, c’est des maths, bande de nazes, vous n’y connaissez rien (et effectivement, Grant et Sattler expliquent n’avoir jamais entendu parler de cela, leur intérêt pour la science semble limité). Quant au docteur Grant, il ne sait pas à quoi ressemble une boucle de ceinture de sécurité, et lors de turbulences, noue la sienne au lieu de la clipser.

Voilà. On confie donc la visite de sécurité du parc à un mec qui ne sait pas boucler une ceinture. Une incompétence pareille, c’est un coup à finir porte-parole du gouvernement.

Fig 1 : l’expertise en sécurité.

Une fois posée sur l’île, la fine équipe embarque à bord de jeeps aux couleurs du parc, et s’en va se promener dans les plaines bordées de jungle de ce lieu à la végétation luxuriante.  Lorsque soudain, au détour d’un virage… nos héros voient leurs mâchoires se décrocher : ils ont tout près d’eux des dinosaures vivants !

« Regarde Ellie, un broutosaure ! Comme il est majestueux !
– On dit bontrosaure, Alan. En plus, là, c’est un brachiosaure.
– Écoute, c’est qui le paléontologue, hein ? C’est un dinosaure, ça broute, c’est un broutosaure ! Et là-bas, un petit broutosaure ! Et là, un broutosaure à long cou! »

Ah ben hé, je vous rappelle qu’on parle d’un paléontologue qui fait des fourchettes nasales aux squelettes qu’il trouve, vous vous attendiez à quoi ?

Je sens que vos esprits chagrins vont s’arrêter sur « Sérieusement, comment ils n’ont pas appris plus tôt que ce parc était dédié à des dinosaures vivants ? Ils n’ont vu aucun indice sur la route, comme au hasard, les panneaux géants ? Et John Hammond n’a rien lâché tout le long du trajet ? » mais non, ce n’est pas le problème.

Le problème, c’est que des experts en sécurité ne voient pas le souci avec des animaux de plusieurs tonnes en liberté à deux mètres d’eux, plus encore quand ils sont capables de piétiner une jeep. Mieux : ils s’élancent à pied pour aller courir sous les papattes des bestiaux.

Diego ? Crois-tu que ces gens pensent au suicide ?

Parce qu’en regardant ça, moi, oui.

« Je déclare ce dinosaure sécurisé. »

« Bienvenue à Jurassic Park ! » lance John Hammond qui a quand même attendu des heures de voyage pour enfin lâcher ça. On sent le papy qui était proche de l’explosion tant il attendait de sortir sa petite phrase après avoir sorti ses meilleurs effets de manche.

Bon, je dis ça, mais il les emmène ensuite voir le second film le plus gênant de l’univers (le premier étant Prométhéus) où, c’est fort pratique, le vrai John Hammond doit converser avec sa version sur l’écran. Voilà qui va être super pratique quand le public sera là, puisqu’il devra être présent à chaque fois ! Décidément, que de bonnes idées dans ce parc. Le film, en tout cas, explique que les équipes du parc ont utilisé de l’ADN de dinosaure retrouvé dans des moustiques prisonniers dans de l’ambre, et ont complété les trous de la séquence avec de l’ADN de grenouille.

Puis, les sièges de la salle de cinéma bougent le long d’un couloir où nos amis peuvent voir les scientifiques qui travaillent dans les coulisses du parc. Bien que la salle se déplace à environ deux kilomètres heure et soit entièrement fermées, des barrières de sécurité se rabattent sur les spectateurs.

Parce que se promener en slip devant des dinosaures géants, aucun problème, mais rester ici dans un fauteuil de cinéma, ça, ça demande bien l’installation de barrières de 10 kilos.

Il y avait le même système pour me forcer à rester dans la salle quand je suis allé voir Twilight.

Bon, heureusement, rassurez-vous, même ça, c’est raté puisque le docteur Grant, qui veut voir les labos en personne, force la barrière et paf, elle se lève, hop.

J’AI DÉPENSÉ SANS COMPTER POUR LA SÉCURITÉ.

Je me répète, mais je vous rappelle, si vous me trouvez obsédé par ce sujet, que c’est quand même le thème du film : une visite d’experts en sécurité dans un parc expérimental, hein. Et dès qu’ils vont quelque part, on a l’impression que ça a été conçu par Sibeth Ndiaye (qui a failli s’étouffer deux fois avec son masque pendant le processus, mais c’est une autre histoire).

Les scientifiques du parc sont eux exactement ceux que vous vous attendez à trouver dans un film américain : ils portent des tenues stériles, mais sans masque et cheveux au vent, laissent rentrer des gens en short sans problème, et ont pour mission principale de regarder dans des microscopes avant de noter des choses sur leurs calepins en faisant « Hmmm hmmm !« .

Les laborantins qui me lisent vous diront tous qu’en effet, c’est leur quotidien, et qu’à leur examen final à la fac, ils devaient faire le plus beau « Hmmm hmmm ! » devant un calepin avant de lever une plaque de microscope pour l’inspecter à l’œil nu d’un air concentré.

Bref. Toujours est-il qu’une machine tourne les œufs de dinosaures posés à l’arrache dans un simple nid pour eux.

Soudain, un œuf s’agite.

« Ah, parfait ! Je voulais y assister avant que le bateau ne parte ce soir ! » s’exclame un scientifique…

Et sitôt sa phrase finie…

Il se casse.

Que ? Mais ? Quel intérêt à vouloir y assister si c’est pour se barrer aussitôt ? Qui a pondu cette ligne de dialogue qui ne sert à rien si ce n’est à se tirer une balle dans le pied ?

En attendant, John Hammond et ses amis, eux, se penchent sur l’œuf, et le directeur du parc explique qu’il a assisté à la naissance de tous les dinosaures de l’île en personne, et qu’il veut être là pour toutes les autres naissances. C’est… comment dire ? Ce garçon réalise-t-il que ça va être compliqué ? Non parce qu’il y en a un paquet quand même. Et tu fais quoi si un œuf éclot pendant que tu es en voyage ? Les scientifiques lui remettent la coquille sur la truffe avant de la scotcher ? Ne serais-tu pas un peu neuneu ?

Si, mais qu’importe, car revoici notre ami le scientifique qui voulait assister à la naissance, mais en fait non, mais attendez je reviens, qui explique que d’ailleurs, les dinosaures ne peuvent se reproduire seuls.

« Nous avons trouvé un truc tout simple.
– Vous les avez castré à la brique ?
– Roooh, professeur Grant ! Quel vieux rétrograde ! Non, nous ne faisons naître que des femelles, comme ça, pas de problèmes.
– Que des femelles ? Pas de problème ? Alors là, laisse-moi te parler de l’ambiance de travail dans un milieu fém… »

On fait taire Alan Grant pour que le film puisse encore être diffusé dans les années 2010 sans procès. Et s’ensuit une visite d’un des enclos du parc, où des vélociraptors mangent tranquillement une vache livrée par grue. L’occasion de rencontrer Bob le chasseur, le responsable des animaux du parc. Qui explique que ces vélociraptors ne sont que trois, mais ce sont de petits vicieux, et malins avec ça : certains d’entre eux seraient particulièrement intelligents. Grant est intrigué :

« Intelligents comment ?
– Suffisamment intelligents pour n’avoir jamais regardé les Star Wars VII, VIII et IX.
– Ah oui quand même ! »

Cela fait, il est temps de manger un morceau en discutant de l’avenir du parc. John Hammond insiste pour que le ticket d’entrée ne soit pas trop cher : même les enfants pauvres ont le droit de pouvoir visiter cet endroit magique. Je suis sûr qu’il a bien mentionné ce point devant ses investisseurs :

« Je fais pas ça pour le fric ! » suivi de « J’ai dépensé sans compter ! »

Généreux, mais avec l’argent des autres. On dirait presque un acteur français.

Dialogues de qualité toujours, le docteur Ian Malcolm, grand scientifique de son état on le rappelle, nous explique que ressusciter des dinosaures, c’est mal.

« Ah oui ? Et pourquoi ?
– Paaaaarce que c’est vouloir contrôler la nature, Monsieur Hammond ! »

Et là, attention, car John Hammond tente une sortie :

« Oui, mais si j’utilisais ma technique pour ressusciter une espèce presque disparue, vous ne me critiqueriez pas, non ? »

Un argument intéressant, voyons ce que Ian Malcolm le mathématicien va lui répondre :

« C’est vrai. Mais les dinosaures, eux, c’est différent : ils ont eu leur chance, et c’est la nature qui les a exterminés. »

Le mec est un scientifique spécialiste de la théorie du chaos, mais quand il parle, c’est pour dire « Tout est écrit, respecte le Grand Plan« . Eeeeeh bien merci. Heureusement qu’il n’est pas médecin, hein !

« Docteur Malcolm, j’ai un cancer, aidez-moi !
– C’est la nature qui l’a voulu, tant pis pour votre gueule. » 

Les docteurs Grant et Sattler écoutent donc cet échange navrant, jusqu’à ce que John Hammond finisse par leur demander leur avis vu que Ian Malcolm est con comme un bénitier.

Par contre, l’expert en théorie du chaos ne trouve pas du tout dangereux d’avoir installé le parc sur une île installée dans un couloir de typhons et disposant en plus d’un volcan qui finit sa sieste.

« Vous deux, vous me soutenez hein ? J’ai quand même créé votre rêve !
– Naaan mais on dit pas que c’est pas cool… on dit que les dinosaures, c’est dangereux ! » 

John Hammond en a marre de ses petits rabat-joies, et s’apprête à aller chercher un fentoir dans les cuisines voisines de leur salle de réunion lorsqu’on lui annonce enfin une bonne nouvelle : ses petits-enfants viennent d’arriver ! Puisque oui : pour organiser une visite de sécurité, quoi de mieux que de ramener deux enfants relous ? Tout le monde se demande donc si on ne pourrait pas les filer à manger aux raptors, pendant qu’Hammond propose à la fine équipe de passer l’après-midi à visiter le parc dans des voitures électriques sur rail. Hop.

John, lui, reste au centre des opérations du parc, car ce soir, on annonce une tempête tropicale qui va frapper l’île.

Ah oui parce que détail : John Hammond a installé le parc sur une île qui se mange régulièrement des typhons (les techniciens présents disent bien que ce n’est pas le premier, ni le dernier), sans même parler des petits soucis de volcanisme.

« J’ai dépensé sans regarder ! »

Et d’ailleurs, vous savez ce que c’est que cette histoire de bateau qui doit partir et qu’un scientifique évoquait plus tôt ? Mais tout simplement que puisque qu’un typhon arrive, hop ! On évacue tout le personnel sauf quelques pinpins que l’on laisse avec tout un parc rempli de dinosaures. C’est connu : c’est dans les situations d’urgence que tu demandes à tes équipes de sécurité de poser leurs RTTs.

Ce film est magique : d’abord, on installe un parc n’importe où, ensuite on invite des gens n’ayant rien à voir avec la choucroute à contrôler la sécurité avec des enfants dans les pattes, puis on demande aux gardes et aux techniciens de partir, pendant qu’un typhon frappe le parc.

Je ne sais pas si vous le réalisez, mais l’explication la plus crédible est quand même qu’en réalité, John Hammond soit juste en train de monter une arnaque à l’assurance façon rabouin.

Mais revenons à nos amis en jeep électrique sur rail. Car la visite commence, sauf que c’est un peu nul, puisque les dinosaures ne se montrent pas : John Hammond, à l’en croire, a monté plusieurs réserves, a des équipes spécialisées, mais personne n’a pensé à faire des enclos où les visiteurs puissent voir les dinosaures. Vous savez, comme dans un zoo, avec des enclos dans des fosses qui permettent aux visiteurs d’embrasser du regard toutes les cachettes possibles depuis la sécurité des hauteurs. Non, à la place, Jurassic Park a été conçu comme une fermette pédagogique : un petit champ, des fougères, tu lâches les poneys, tu mets des barrières, et paf, tu attends la visite des sixièmes B du collège Christian Clavier de Melun.

Ce parc… quelle conception extraordinaire !

Mais retenez bien cela, car on y reviendra.

Et parce que la sécurité est décidément toujours au cœur du film, sachez que les voitures ne sont pas verrouillées : n’importe quel clampin peut sauter d’un véhicule en route si ça lui chante pour aller courir au beau milieu des champs remplis de bestioles en liberté. Ce que fait le docteur Grant, parce qu’il est comme ça. Suivi par tout le monde, même – et surtout ! – les enfants, parce que quitte à sauter au milieu d’un parc plein de dinosaures dangereux, autant le faire en emmenant de quoi faire diversion. En tout cas, c’est la seule raison pour laquelle il a pu faire ça. Hein ? HEIN ?

« Moi ces histoires de sécurité, je trouve ça chiant, je me casse ! »

J’essaie de sauver le film de votre jeunesse, aidez-moi, enfin !

La fine équipe tombe heureusement sur un tricératops aux mains d’un vétérinaire. Attention, hein, soigneur qui reste les bras croisés à regarder la bestiole. Décidément, c’est une équipe de gagnants que nous avons là. Le vétérinaire est tellement mauvais qu’il file ses instruments à la paléobotaniste… qui aussitôt, arrive à poser un diagnostic sur les souffrances du pauvre dinosaure. Puisque oui, elle vient soudainement de décrocher un diplôme vétérinaire spécialité dinosaures, comme ça, pif pouf. Elle s’en va donc fouiller de la bouse de dinosaures pour chercher ce qui rend malade ces pauvres bêtes.

Ici, le soigneur, qui n’en a ouvertement rien à carrer et laisse les premiers touristes venus faire des bisous à l’animal malade dont il est supposé s’occuper pendant qu’il reste les bras croisés.

Probablement les dialogues. En tout cas, moi, c’est l’effet que ça me fait.

Pendant qu’Ellie soupçonne une indigestion de tacos, nos amis apprennent qu’ils doivent se presser car quelqu’un les a stupidement envoyé le parc alors qu’un typhon approchait. Il est donc temps de rentrer ! Alors que la paléobotaniste-vétérinaire magique reste avec le soigneur fainéant et sa jeep, les autres remontent dans les véhicules automatiques pour rentrer au centre du parc où les attend John Hammond. C’est hélas aussi le moment que choisit notre ami Ned, informaticien et traître de son état qui travaille au centre, pour redémarrer les systèmes de sécurité histoire de profiter de leur coupure temporaire pour aller voler des embryons de dinosaures. Notez que c’est malin : quiconque a connu 1993 a peut-être souvenir du temps qu’il fallait pour redémarrer le moindre ordinateur. Il faut dire qu’en plus, là, nous parlons d’une machine haut de gamme : elle a peut-être 500Mo sur son disque dur, alors autant de données, ça prend du temps à relancer !

Toujours est-il que Ned va voler les précieux embryons tel un ninja – c’est l’avantage lorsque quelqu’un a renvoyé toute le personnel de sécurité de l’île –  et parce que décidément, ce film a pour personnages des gens particulièrement neuneus, l’informaticien se dit :

« Ahaha ! Maintenant que j’ai les échantillons, et pour aller les livrer plus vite au navire qui s’apprête à quitter l’île (en pleine tempête, je le rappelle), je vais passer en plein par la partie du parc avec les dinosaures plutôt que par le chemin officiel ! Et mieux encore : je vais désactiver les barrières de sécurité des dinosaures pour… euh… PARCE QUE. »

Non, il n’y a pas d’explication. Il prend ce chemin-là… parce que.

Tous les personnages de ce film sont donc en fait secrètement dépressifs, je le note.

Mais le destin n’est pas avec notre méchant.  Car évidemment, il se perd dans la tempête, se vautre à moitié sur un bord de route, est obligé de descendre de la voiture pour tenter de tirer sa jeep de ce pétrin, et se retrouve nez-à-nez avec un dilophosaurus, un dinosaure qui déploie sa collerette avant de cracher son venin, en faisant le plus proche cousin connu de la courtisane du XVIème siècle. Ned n’étant pas prêt à affronter une telle menace et ne disposant pas d’un titre de comtesse à lui remettre pour la calmer, il est tué jusqu’à ce qu’il en meure, et finit même par en décéder.

C’est pas de chance.

Pendant ce temps, avec toutes ces pannes causées par le redémarrage du système de sécurité, les jeeps électriques de nos héros s’arrêtent devant l’enclos du T-Rex, ce grand timide qui était resté caché plus tôt dans la journée, et n’était même pas venu manger la chèvre qu’on lui avait livrée pour l’exciter un peu. Il faisait du boudin dans son coin, ou des trucs de T-Rex, comme par exemple, des pompes.

C’est alors que le sol se met à trembler.

Et que des bouts de chèvre atterrissent sur la voiture, ce qui est quelque peu embêtant. Plus encore quand tout le monde aperçoit un gros dinosaure pas content qui regarde les voiture avec ce même œil que l’agent de la maréchaussée qui vient d’apercevoir un contrôle technique non-valide.

Maître Mystère, qui accompagnait la fine équipe dans sa visite de sécurité (vous y croyez encore ?), réagit comme il se doit :

« Mon dieu, un T-rex ! Si je sortais de l’abri de la voiture pour partir courir comme un neuneu juste sous son nez ? Aha ! Je vais me cacher dans les toilettes du parc, ce tyrannosaure est une femelle, jamais elle n’osera entrer chez les hommes ! »

Mais le T-rex est un animal très progressiste, aussi il sort de son enclos avec la bonne intention de montrer à ce représentant du patriarcat ce qu’il pense de sa stratégie. Cependant, voici que la voiture que Maître Mystère a abandonnée ne contient plus que les deux enfants énervants qui accompagnent nos héros. Les docteurs Malcolm et Grant ayant eux pris le second véhicule, dans lequel ils se font des blagues de docteur, qui impliquent principalement la Sorbonne, l’UNEF et les facultés de philosophie, trois éléments qui font rire tous les universitaires.

Regardez bien cette image, considérée comme culte : le tyrannosaure sort de son enclos au même niveau que les voitures, et décide d’aller faire une promenade. On en reparle quelques lignes plus bas.

Mais les enfants étant un peu cons – vous l’aurez deviné – l’un d’entre eux se dit :

« ET SI J’ALLUMAIS UNE LAMPE-TORCHE POUR LA FOUTRE DANS LA GUEULE DU T-REX QUI NE NOUS A PAS VUS ? OH NON MAINTENANT IL NOUS A VU ! »

Jar-Jar Park.

Mieux encore, la jeune fille qui répond au nom de Lex n’arrive plus à éteindre la lampe. Ah, c’est compliqué les lampes ! Il n’y a qu’un seul bouton, c’est chaud ! En résulte que le T-Rex, joueur, attaque leur voiture, et entendant que celle-ci répond en poussant de grands cris énervants, il la renverse et tente de la manger. Après avoir ainsi festoyé d’un pot d’échappement sauce liquide de frein, avouons-le, le T-Rex est un peu déçu tant ça ressemble presque à ce que l’on trouve chez Starbucks. Heureusement le docteur Grant intervient en faisant diversion avec une fusée de détresse trouvée dans la voiture et qu’il lance au loin, éloignant ainsi le T-Rex !

« Et voilà ! Sa vue est basée sur le mouvement ! Va manger du fumigène, petite gouape, ça a le goût du Parc des Princes ! »

Mais c’est oublier que tous les personnages de ce film sont un peu cons.

Ainsi, le docteur Malcolm sort à son tour de son véhicule, lui aussi avec une fusée de détresse, et se met à l’agiter, ramenant l’attention du T-Rex à lui. Pourquoi ? Parce que euh… eeeeh bien…

Ah non, c’est tout simplement que c’est encore écrit avec les pieds.

Cela dit, comme ça, Ian Malcolm peut se mettre à courir droit vers les toilettes voisines quand il réalise que ce qu’il a fait était contre-productif, et attire le T-Rex sur place ! Le dinosaure le suit, l’envoie péter d’un coup de museau, et faisant à moitié s’effondrer les toilettes, découvre Maître Mystère qui s’y cachait et le mange parce que bon, les avocats, c’est comme les banquiers : dans tout bon film, leur espérance de vie est limitée.

Satisfait d’avoir ainsi écrasé les toilettes du patriarcat, le T-Rex s’en retourne vers le premier véhicule où le docteur Grant s’efforçait de faire sortir les enfants. Il leur explique promptement le topo : s’ils ne font plus de bruit et qu’ils ne bougent pas, le T-Rex les laissera en paix, tant ces animaux sont complètement myopes et n’ont aucune mutuelle pour se payer des lunettes. Les enfants s’exécutent, à la grande surprise du paléontologue.

« Que ? Quatre heures que je vous demande d’arrêter de me gonfler, et il faut un T-Rex pour que vous soyez enfin sages ? Bande de petits trous du cul ! Attendez que l’on soit rentrés ! »

Mais le T-Rex a beau ne pas voir de mouvement, il se souvient quand même qu’il n’y a pas deux minutes, cette voiture poussait des cris horripilants tout en reproduisant avec une lampe de poche les meilleurs concerts de Jean-Michel Jarre. L’animal pousse donc le véhicule pour l’asticoter… et celui-ci tombe dans son enclos.

Je dis tombe parce que, HOP !

Vous vous souvenez du T-Rex qui il y a une scène, sortait pépère de son enclos qui était au même niveau que les voitures ? Eh bien soudain, son enclos est en fait à 25 mètres de profondeur par rapport au niveau du sol ! Au point que le docteur Grant et la jeune Lex qu’il a pu sortir de la voiture doivent utiliser les câbles de l’enclos pour descendre en rappel.

C’est pratique, quand même, de changer les décors en plein milieu d’une scène ! Non parce que si ces murs étaient là dès le début, le T-Rex ne pouvait pas sortir… et la scène au cœur du film ne pouvait pas avoir lieu. Mais bon, pourquoi s’emmerder ?

Ce n’est pas un faux raccord : c’est carrément du foutage de gueule. Un décor qui descend de 25 mètres et avec des murs géants, ce n’est pas l’accessoiriste qui s’est planté, hein. C’est juste qu’on se fout un peu monde.

Alors les âmes chagrines qui ne veulent pas toucher au film de leur jeunesse me diront « Mais Monsieur Connard, peut-être que le T-Rex a poussé le véhicule vers l’enclos vide de l’autre côté de la route ? » Non non : c’est bien dans son propre enclos, à la droite du véhicule. Voilà. Et le problème, c’est que ça pose un monstrueux souci de cohérence. Pour un peu, on se croirait dans La Planète des singes : les origines, ce qui n’est pas peu dire.

Maintenant que nous venons de ruiner une scène culte, retournons au centre de contrôle du parc où le docteur Sattler est elle rentrée sans souci grâce à la jeep de son ami le vétérinaire-branlotin.

Car sur place, le dernier informaticien en place, que nous baptiserons Samuel L. Jackson (si, il est dans ce film) grogne que si tout le parc n’a plus de courant, c’est à cause de Ned, l’autre informaticien et gros traître de son état, qui a tout planté avant de se barrer, tel un développeur de SSII un vendredi à 16h45. En attendant, John Hammond demande à Bob, son chasseur et responsable des animaux, de prendre une jeep et d’aller chercher ses petits-enfants avant qu’ils ne finissent en Jurassic-Canigou.

« En même temps qui a été suffisamment con pour les envoyer dans un parc dont la sécurité n’avait pas été vérifiée, le tout un jour de tempête ?
– J’ai… j’ai dépensé sans compter !
– Vous ne pouvez pas répondre ça à toutes les questions, John ! Ça ne marche pas ! Essayez de dire quelque chose d’intelligent pour voir ?
– Hmmm… pour cette mission de sauvetage en pleine tempête à proximité de l’enclos de dinosaures carnivores, emmenez…
– Un fusil ? Une radio ? Une équipe de sécurité ?
– … Ellie la paléobotaniste !
– MAIS BORDEL ! »

Voilà voilà. Bob le chasseur doit donc se fader Ellie qui n’a strictement aucune compétence pouvant aider (éventuellement, elle pourra identifier les plantes sur lesquelles elle mourra, contrairement à certains personnages de Marcel Pagnol), et tous deux prennent une jeep pour aller aider les andouilles perdues au milieu des enclos à géométrie variable.

Retrouvons justement Alan Grant et Lex, occupés à essayer de récupérer ce couillon de Timmy, le frère de Lex, qui est coincé dans la voiture que le dinosaure a largué dans l’enclos magique. L’affaire se fait non sans difficultés, mais Alan finit par se retrouver avec Lex et Timmy en vie : je pense que l’on peut parler d’un échec. Le docteur Grant décide de ne pas rester là, tant ce serait bête que Madame T-Rex vienne finir son repas, et met les voiles pour aller se cacher plus loin, dans les hauteurs protectrices d’un arbre. Là, tout le monde semble oublier qu’il y a deux minutes encore, ils étaient sur le point de mourir, puisque sans explication, Grant se met à se comporter en super papa ami des enfants, pendant que les marmots traumatisés, eux, font des blagues et des jeux de mots pourris pour détendre l’atmosphère. La mort, vous savez, c’est très surfait.

En même temps, dans le cas de Timmy, voilà qui est formateur, puisque quelques années plus tard, il incarnera le personnage principal de The Pacific.

Timmy quelques années plus tard, se remémorant non pas le T-Rex, mais ses propres blagues. On comprend sa détresse.

Pendant ce temps lorsque Bob et Ellie arrivent sur les lieux de l’attaque du T-Rex peu après, ils ne parviennent qu’à récupérer le docteur Ian Malcolm, légèrement blessé. Et à filer avec pendant que le tyrannosaure, taquin court après leur jeep avec la ferme attention de manger tout ce petit monde,. Et puis en fait, bof, non, après une cinquantaine de mètres, le dinosaure a un petit goût de liquide de frein qui lui revient en bouche et se dit que mouais, bof, en fait, les jeeps, c’est pas très bon. Il va plutôt s’en retourner cavaler ailleurs. Tout le monde peut retourner au centre du parc sain et sauf pour retrouver John Hammond…

En train de s’enfiler des pots de glace géants. Parce qu’il est inquiet ? Non :

« Ça allait fondre avec les pannes ! »

Voilà. Les petits-enfants du Monsieur sont bloqués en pleine nuit dans un parc rempli de dinosaures risquant de les bouffer à tout moment, on vient de lui annoncer qu’on avait retrouvé la voiture où étaient ses enfants écrasée devant l’enclos ouvert du T-Rex, mais là, tout de suite, son vrai souci, ce sont les glaces. Cet homme a un vrai sens des priorités. Et quand Ellie évoque le sujet de ses petits-enfants…

« Bah, ils sont en sécurité, ils sont avec le docteur Grant, un expert en dinosaures ! »

Bon, deux choses :

  • Tu n’as aucune idée d’où ils sont ou avec qui. Si ça se trouve, à cette heure, ils sont en train de hurler les tripes à l’air sous le regard amoureux d’un dinosaure un peu joueur.
  • Les paléontologues ne protègent pas plus des dinosaures que les archéologues d’un raid viking.

Voilà.

Si toi aussi ton papy mange de la glace pépère pendant que tu es en danger de mort, il est temps d’aller chez lui monter le chauffage très fort.

Nos deux amis achèvent cette scène en mangeant de la glace, ce qui en dit long sur leur capacité à gérer une crise. Vous aussi, si un jour vous êtes perdus sur une île avec des créatures plutôt dangereuses et que vous savez que vos amis ne sont pas loin avec armes, véhicules et renforts, j’espère que vous trouverez normal d’apprendre qu’ils se font un petit pot de Häagen-Dazs en rigolant parce que « Je veux bien dépenser sans compter, mais perdre les glaces au frigo, ah non, merde ! ».

Revenons donc à l’équipe Grant-Timmy-Lex qui après une nuit dans son arbre et un réveil causé par l’arrivée d’un énorme herbivore, repart à l’aventure afin de rallier le centre du parc par ses propres moyens. Sauf que voilà : au détour d’un arbre, nos héros tombent sur… des œufs fraîchement éclos.

« Mais ? Papy disait que tous les dinosaures de l’île étaient des femelles ?
– Tu as raison Timmy mais… pour reconstituer l’ADN des dinosaures, ils ont utilisé des grenouilles. Or, certaines grenouilles peuvent changer de sexe pour s’adapter à leur environnement. Nous avons donc affaire… à des dinosaures transsexuels ! »

Oui, dit comme ça, ça sonne bizarre, en plus c’est un coup à les retrouver à l’Eurovision, mais bon.

« Ça veut dire qu’ils peuvent se reproduire à volonté, docteur Grant ?
– C’est bien pire ! Mon dieu, ça a commencé, regardez ce dinosaure là-bas ! »

Près d’eux un énorme herbivore à cheveux mauves mâchonne lentement un diplôme de sociologie de Rennes 2 tout en feuilletant une bédé de Sophie Labelle. Le docteur Grant, quelque peu conservateur, pleure des larmes de rage lorsqu’il entend la bête meugler en inclusif.

« Eh bien docteur Grant, je ne pensais pas que vous étiez si rétrograde !
– Ah, hé ! On se calme ma petite Lex, je suis un universitaire avant tout, aussi je te rappelle que j’ai deux grandes spécialités : passer mes journées à remplir des piles de papiers pour obtenir des financements insuffisants, et chier sur les matières de mes collègues. Regardez-moi ce diplôme ! Vilain broutosaure, va étudier une matière sérieuse ! »

Et le docteur Grant de lui jeter des ouvrages de Pierre Bourdieu à la gueule avant que les enfants ne lui demandent de se calmer, merde alors. L’animal ainsi lapidé, Grant et les enfants reprennent leur marche durant de longues heures, traversant les immenses plaines de l’île à pied.

« Docteur Grant ?
– Oui ?
– Pourquoi personne n’envoie de jeeps nous chercher ? Ou même l’hélicoptère ? La tempête est arrêtée, regardez, il fait un temps magnifique depuis ce matin !
– Les enfants, soit c’est pour que le film dure encore, soit c’est parce que votre grand-père ne vous aime pas, voire a passé un marché avec vos parents pour se débarrasser de vous. »

La dernière option est la plus crédible : bien des parents seraient heureux de savoir qu’il existe un parc où l’on peut se débarrasser de ses enfants et faire passer cela pour un accident isolé quand bien même ça arrive en série. Moi j’appellerais bien ça Catholic Park. Il faudra que j’y pense. D’ailleurs, on sent bien que Grant est dans le coup pour se débarrasser d’eux, puisqu’alors qu’il traversent une plaine et croisent un troupeau de petits herbivores, voilà que le T-Rex réapparaît dix mètres devant eux et commence à casser la croûte en déchiquetant les petits dinosaures.

Vous pensez que nos héros vont s’éloigner ? Surtout après le traumatisme de la nuit dernière ? Les enfants insistent pour partir mais Grant répond :

« Ah ! Non, regardez-le bien ! Aaaaah, vous ne verrez plus les oiseaux de la même manière ! »

Le docteur Grant est vraiment une petite ordure, forçant ainsi les enfants à contempler l’objet de leur traumatisme en plein festin de bidoche. Avant de les autoriser, enfin, à se replier discrètement.

Pour être exact, dans cette scène, Lex le « supplie » pour partir, mais non, Grant fait sa tête de sadique et refuse. Juste pour sortir sa petite phrase sur les oiseaux façon « ça rigole moins maintenant, hein ? » Et c’est lui le gentil ? Je le note.

Pendant ce temps, et après une nuit à tenter de régler tout ce bazar, l’équipe informatique de Jurassic Park commence à fatiguer.

« Que proposez-vous, Samuel L. Jackson ?
– Une technique de bad motherfucker : on reboote pour de bon, pas juste avec le bouton reset. En informatique, c’est comme ça que ça marche. Quand ça plante, tu redémarres.
– Quoi ? Mais vous n’y pensez pas ! Cela va éteindre tous les systèmes du centre !
– Oui, pfou, mais ça va aussi les redémarrer. Et de là, on pourra utiliser les téléphones et reprendre le contrôle du parc.
– Faisons ça Monsieur Jackson ! »

Le sieur Jackson coupe en effet le courant, puis le remet, ce qui a pour effet de redémarrer tous les systèmes du parc. Mais la plupart doivent être rallumés manuellement depuis un local situé ailleurs parce que plus c’est compliqué, plus c’est rigolo : c’est connu, en cas d’urgence, on disperse les outils de contrôle pour devoir sortir en plein chaos.

« C’est quand même con votre idée.
– Ah non ma petite Ellie, mais d’habitude il y a plein de personnel pour nous aider sur l’île donc ça roule ! Mais là, hier, on a fait évacuer tout le monde sauf une poignée de techniciens, donc oui, c’est la merde.
– Attendez… si vous aviez un bateau déjà prêt à évacuer le personnel de l’île hier… c’est que vous saviez pour la tempête !
– Ben oui, on regarde la météo.
– Et vous vous êtes dit « Tiens, si pour donner toutes mes chances à la visite de sécurité du parc, je l’organisais quand il y a un typhon et que tout le personnel se barre ! »
– EXACTEMENT. »

Vous noterez par ailleurs que c’est astucieux : le plan d’urgence pour rétablir les systèmes du parc demande du personnel… qui est évacué d’avance en cas d’urgence. Non, vraiment, c’est bien pensé. Probablement avec le cucu, mais bien quand même.

C’est donc Ellie et Bob le chasseur qui sont envoyés, équipés d’une radio pour l’une et d’un fusil pour l’autre, jusqu’au bunker contenant tout ce qu’il faut pour redémarrer les systèmes. Guidée par la voix de John Hammond qui consulte les plans du système électrique en direct, elle parvient à remettre le jus. Et dans la lumière qui jaillit, elle constate que attendez ? Mais ? Ce ne sont pas des techniciens EDF là-bas, ce sont des vélociraptors ! C’est facile de faire la différence : le comité d’entreprise des raptors est drôlement moins intéressant. En plus, elle constate qu’ils ont boulotté Samuel L. Jackson ! Aaaah mais non, bande de petits sagouins ! Il y en a partout !

Mais attendez ! S’il y a des bouts d’informaticien dans toute la pièce, cela signifie qu’il est parti remettre l’électricité avant vous, non ?

Quand ? Pourquoi ? Et accessoirement, pourquoi Ellie avait le droit à une escorte armée sous la forme de Bob, mais pas lui ?

Quelque chose me dit que la réponse est dans son taux de mélanine. Ah, 1993 !

Quand tu es le second personnage noir d’un film de 1993 et qu’on t’annonce que tu dois partir seul rétablir l’électricité près de l’enclos des raptors.

Allez. De toute façon, cela n’aurait pas servi à grand chose, puisque Bob subit le même sort peu après. En effet, alors qu’il monte la garde à la sortie du bunker où Ellie s’est glissée, il est surpris par les vélociraptors qui, experts en techniques de guérilla apprises en lisant des ouvrages sur la guerre d’Indochine, le prennent en embuscade. Le malheureux Bob finit donc en sandwich pour dinosaure, avant même d’avoir pu obtenir un trophée diamant grâce à un petit coup de fusil à pompe bien ajusté.

Mais qu’importe ! L’électricité est revenue, et c’est bien le principal.

Certes, elle est revenue au moment où Grant, Lex et Timmy achevaient d’escalader les clôtures électriques qui les séparaient du centre du parc, mais rassurons-nous : malgré 10 000 volts dans les narines et un vol plané, Timmy va bien après un peu de bouche à bouche. Ou alors c’est un légume . Je ne suis pas bien sûr : entre cet enfant et un concombre, à l’exception du bruit, il est difficile de trouver sept différences. Alan laisse donc l’enfant-légume (mais cuit) avec sa sœur à la cantoche du parc qu’ils ont enfin atteint, et s’en va retrouver Ellie, qui revenait en galopant vers le bâtiment central du parc. Tous deux rejoignent alors le bunker d’urgence où les attendent John Hammond et Ian Malcolm…

Sans retourner chercher Lex et Timmy.

Je vous assure : je pense qu’ils veulent les tuer. C’est inexplicable autrement.

Et ça tombe bien puisqu’alors que les deux marmots mangent joyeusement à la cantine, voilà que…

« Aaaah non ! Eh, ho, les agents EDF, vous vous cassez ! Vous avez déjà des tickets restau, vous venez pas nous ruiner la cafet’ !
– Attends Timmy… je crois que ce ne sont pas des agents EDF…
– Laisse moi plisser les yeux… AH ! Ce sont des vélociraptors ! »

Et les deux enfants de s’enfuir en courant et de se cacher dans les cuisines, où ils pensaient être à l’abri jusqu’à ce qu’ils découvrent que les raptors savent ouvrir des portes. Si vous ajoutez à cela qu’ils sont capables de concevoir des stratégies et de travailler en équipe, vous réaliserez alors avec effroi que trois vélociraptors dans une cuisine sont probablement plus doués que l’ensemble de nos dix derniers gouvernements réunis. C’en est à se demander quand on pourra enfin voter pour des raptors.

Les enfants finissent par être rejoints par Ellie et Alan (qui étaient sûrement venus voir s’ils étaient bien morts), mais devant la meute de vélociraptors qui rôde dans le secteur, tous les quatre se voient contraints de se replier dans la salle informatique du bâtiment, et qui commande à tout le parc.

Notez d’ailleurs qu’ils ne croisent toujours personne, et que donc cela signifie que même en comptant les gens morts, pour l’ensemble du parc en pleine tempête, il y avait un total incroyable de quatre personnes sur place pour tout gérer : le directeur, son chasseur, et deux informaticiens. Voilà. Pas un technicien, un garde ou un soigneur en maraude (le seul qu’on a vu a expliqué qu’il partait avec le bateau). Quatre personnes.

Vraiment, la grosse sécurité.

Mais fi de vilains commentaires, et concentrons-nous sur l’action, car la salle informatique est assiégée par les raptors ! Et il serait donc temps de relancer manuellement les serrures automatiques du parc. Et c’est justement la jeune Lex qui se rue sur l’ordinateur le plus proche pour commencer à pianoter.

« C’est sous Unix ! Je maîtrise ! »

Oui, c’est un peu vaste ma jeune amie, tu n’es pas dans la merde. Mais bon, allez : on va dire que ça passe. Elle cherche donc dans un environnement 3D dégueu le contrôle des serrures du parc (il faut circuler en 3D dans l’interface qui va trèèèèès lentement, le truc super pratique par excellence), pendant qu’Alan et Ellie sont à la porte qu’ils tentent de maintenir fermée pendant que les raptors en font le siège.

La splendide interface du parc.

« Aaah si seulement quelqu’un pouvait me passer le fusil à pompe ! Foi de docteur Grant, je trouerais ces bestioles ! Mais il est à deux mètres de moi et on ne peut pas s’éloigner de la porte ! Ah, si seulement il y avait un enfant-légume non loin pour nous le passer ! »

Mais non : à la place, personne ne pense à demander à Timmy, et il continue donc à faire du rien en bavant un peu, mais attention : il le fait très fort.

Ces gens ont un sens pratique étonnant jusqu’au bout.

Lex finit par verrouiller les portes avec les systèmes de sécurité. Et rétablit même le téléphone pour que Grant puisse appeler le bunker de sécurité voisin.

« Allô, John Hammond ?
– Oui ?
– C’était pour vous dire… c’est con d’avoir un bunker d’urgence sans aucun contrôle sur le parc à l’intérieur, pas vrai !
– Ahaha… oui mais bon, à ce stade du film, qui y croit encore ?
– Bon, je vous laisse mon petit John ; appelez un hélicoptère, moi, j’entends des raptors qui tentent de rentrer par une vitre, je vais tirer dessus au fusil à pompe. »

« Installer un téléphone par satellite sur notre île ? Oui, ça aurait pu tous nous sauver dès le début. Mais là j’avais plus le budget, j’avais dépensé sans compter pour cette ligne France Telecom, M. Grant. »

S’ensuivent les détonations les plus timides de l’univers, et les impacts de balles qui laissent supposer que c’est en réalité un fusil d’airsoft. Ah, ben hé, au prix des dinosaures dans le film, il ne restait plus rien pour les autres effets spéciaux. Ni pour l’intrigue d’ailleurs.

« Alan, pourquoi on ne resterait pas dans un coin caché sans bouger ? 
– Ellie, ce serait ridicule ! Attendre les renforts en sécurité ? Allons, nous avons déjà laissé le noir mourir en premier, les enfants viennent de sauver le monde grâce à leurs connaissances n’ayant rien à voir avec leur âge… il y a encore un poncif que l’on n’a pas fait !
– Lequel ?
– FUYONS PAR LES CONDUITS D’AÉRATION ! »

Qui comme toujours, sont suffisamment grands pour y faire passer l’Armée Rouge en parade. Malgré la présence des raptors qui eux aussi, veulent venir s’amuser là-dedans, nos héros rejoignent le hall d’accueil du parc, où, hélas, les raptors les attendent aussi. Heureusement, le tyrannosaure, attiré par tout ce ramdam, débarque et commence à expliquer aux raptors que ça suffit les conneries, c’est qui le parent 1 ?

Nos héros peuvent donc sortir en courant, pour découvrir John Hammond et Ian Malcolm qui se garent en jeep au pied des escaliers du bâtiment juste à ce moment-là.

« Comment saviez-vous que nous allions sortir par ici et pile à l’instant alors qu’il y a encore deux minutes on rampait dans des conduits d’aération sans savoir exactement où on allait ?
– Et vous, comment saviez-vous qu’il était temps de sortir parce qu’une jeep arrivait alors que vous auriez dû rester planqués ? »

Pour expliquer toutes ces coïncidences, je suppose que les trous du script ont été comblés avec de l’ADN de grenouille eux aussi. Sous la forme de déjections.

Bondissant dans la voiture, le docteur Grant déclare alors :

« Bon ben finalement, en tant qu’expert en sécurité, je déclare que votre parc n’est pas prêt à ouvrir ! »

C’est si bon de nous rappeler le synopsis foireux du film des fois qu’on ait oublié..

La fine équipe n’a donc plus qu’à se rendre à l’héliport où… heu… eh bien…

Soit l’hélicoptère était là depuis le moment où il avait déposé nos héros et le pilote se mangeait un sandwich pendant que tout le monde mourrait, soit John Hammond a le pouvoir de faire venir des hélicoptères du continent en seulement 2 minutes, et précise bien de ne surtout pas les barder de renforts ou de médecins pour l’ami Ian blessé. Non, il y a juste un Jean-Jacques avec son hélicoptère.

Durant le vol qui emmène nos amis loin de l’île, on peut constater que la moitié de l’équipe a visiblement réussi à trouver un bain et un coiffeur sous son siège, tant ils sont soudain tout propres et beaux sans explications. L’équipe maquillage a bien remis une  ou deux traces de sang ici, mais on voit quand même qu’il y a comme un gros souci. Allez, on n’est plus à un détail près. Et puis c’est quand même moins flagrant que le tournant du film avec le T-Rex qui est causé par des changements de profondeur de son enclos en fonction des besoins du scénario.

Nos amis, ignorant ce dernier accro, s’endorment ou contemplent les oiseaux qui survolent l’océan au bord de l’île et…

… FIN !

Et si vous avez un bon souvenir de cette scène, vous avez probablement oublié que notre T-Rex combat les vélociraptors en les prenant dans la gueule sans croquer pour ne pas choquer les enfants, et se contente de les lancer dans la pièce façon catcheuse. Sûrement un sombre passé à la WWE.

Voilà. C’était le film qui vous faisait dire « Ah nan, le premier film, il était bien !« . Pour les enfants, certainement : vous étiez encore jeunes et plus ou moins innocents.

Mais sinon : c’était absurde.

Comme quoi, les souvenirs, c’est comme l’ADN de dinosaure : parfois, il ne faudrait pas y toucher.


Maintenant que je me suis fait quantité d’ennemis en spoilant ce film, laissez-moi tout de même vous rappeler la suite.

* * *

Conseil d’administration de la société de gestion de Jurassic International Parks, la COJIP, un jeudi.

« Roubieux, c’est à vous.
– Merci Monsieur le président directeur général. Eh bien, je tenais à rappeler à nos actionnaires le bilan de Jurassic Park : des centaines de millions de dollars perdus, des morts dans tous les sens…
– Un souvenir douloureux.
– En peu de mots, une catastrophe, Monsieur le président. C’est pourquoi, chers actionnaires, vous vous rappelez de cette île balayée par les typhons ?
– Oui.
– Avec un volcan qui s’apprête à se réveiller tel bébé vers 15 heures ?
– Oui.
– Eh bien je vous propose de refaire le même parc, sur la même île, avec la même sécurité merdique et en y rajoutant des dinosaures tueurs mutants encore plus dangereux !
– …
– …
– C’est complètement con. Roubieux, vous avez le budget. »

* * *

Et le pire, c’est que c’est le vrai pitch de Jurassic World.

Finalement, les vrais monstres ne sont peut-être pas ceux dans les enclos.

Affiche du film Jurassic Park

Un odieux connard

Et en plus, personne ne se souvient de toi.

Non parce que c'es tellement con qu'on pourrait penser que j'invente, mais même pas.

Tu veux mon doigt ?

Appeau à taloches, allégorie.

Et du champagne dans ce verre ? Préparez la flotte : il est temps de reprendre la Louisiane à ces sauvages.

Voilà sur quoi reposent les espoirs des actionnaires du parc.

À côté de ça, en France, le parc serait fermé parce qu'on y trouve des branches pointues. C'est pour ça qu'ils ont Jurassic Park et nous Vulcania.

En plus, ma dent creuse avec cyanure s'est coincée, la guigne jusqu'au bout.

À la fin, on découvre que le seul truc que Ian connaissait sur le Chaos, c'était le livre d'armée de Nurgle.

Si seulement quelqu'un avait mis la sécurité enfant pour le stopper.

Quand même tes acteurs n'y croient plus, ça donne ça.

Mais pas plus d'une heure, il n'a pas son attestation.

D'ailleurs, vous aviez oublié, n'est-ce pas ?

Vous savez, ce petit moment où votre cerveau vous rappelle vos pires moments comme ça, hop, au débotté.

Ou l'embrasser, si vous lisez ce spoiler en 2020.

Qui change de personnalité à chaque scène, mais hein, bon, je vous reparle de l'enclos ?

Un an plus tard, cet homme jouait dans Pulp Fiction et pouvait désormais répondre grossièrement à tout le monde.

C'était ça, le FUTUR.

Car oui, à cette époque, le téléphone par satellite existait déjà, principalement via cette société célèbre pour ses téléphones nommée Motorola.

Bon par contre, avec ses bras, chopper des chaises pliantes pour tabasser ses adversaires sera plus dur.

Paul von Lettow-Vorbeck, le général allemand invaincu

Pendant le confinement, on continue de se cultiver.

Et parce que l’on peut perdre une guerre tout en gagnant ses batailles, voici donc les aventures de Paul von Lettow-Vorbeck, un officier qui non seulement mena une campagne oubliée dans les colonies allemandes durant la Première Guerre mondiale (puisque oui, il y en avait, enfin !), mais qui bien des années plus tard, à une question d’Hitler, lui adressa une réponse digne de George Abitbol. Son chapeau prouve d’ailleurs qu’il savait mêler classe et coquetterie.

Bon visionnage.

VignetteLettow

Un odieux connard

Lectures jeunesse

En cette période où les librairies sont fermées, nombreux sont les jeunes parents à commencer à sentir la sueur leur couler le long de l’échine.

L’enfant – qui parfois, a en plus le toupet d’être plusieurs – rôde dans la maison et cherche à s’occuper. Or, une fois qu’il a fait le tour des épisodes de La Pat’Patrouille disponibles (La Pat »Patrouille et l’attestation oubliée restant mon préféré), il devient limite incontrôlable. Et sans votre libraire préféré, comment vous ravitailler aisément en saines lectures qui apprendront aux enfants les choses essentielles de la vie ?

Votre serviteur vous propose donc trois épisodes exclusifs de Petit Ours Brun, T’Choupi et de L’âne Trotro. Nul doute que la lecture permettra à vos enfants de se distraire tout en comprenant mieux le monde qui les entoure. Quant à vous, si vous vous apprêtez à regarder notre Président ce soir (les Québecois & Belges qui me lisent ne savent pas ce qu’ils ratent), je vous conseille particulièrement l’épisode de T’Choupi, qui vous rappelle comment réagir face à n’importe quelle déclaration gouvernementale.

Je vous laisse cliquer sur les images.

Une aventure palpitante où Petit Ours Brun découvre que l’art est parfois incompris et qui initiera vos enfants aux conséquences que la peinture peut avoir.

 

Où il est question d’apprendre à bien s’informer et à savoir suivre une consigne.

Cet épisode est dédié à mes lectures de la semaine sur les réseaux sociaux, où apparemment, le bruit des bottes était de retour.

Bonne lecture à vos enfants.

TchoupiVignette

Un odieux connard

La suite, Petit Ours Gris en Argentine, est encore plus excitante.

Si vous avez le générique de l'âne Trotro en tête rien qu'en lisant ces lignes, vous avez dû faire quelque chose de très mal dans une vie antérieure pour mériter ça.

Les connards du confinement

Le confinement, c’est important.

Comme nombre d’entre vous, ici et ailleurs sur la planète, votre serviteur est enfermé chez lui. Ses réserves sont certes limitées, mais c’est parce qu’il croit en ce vieil adage qui dit « L’homme sage a des réserves, l’homme très sage a une MG-42 pour demander celles de l’homme sage. » Cependant, s’il est une chose à retenir des événements que nous traversons, c’est que tout comme c’est en cas de pépin que l’on reconnaît les vrais amis, c’est en cas de crise que la nature d’autrui se révèle pleinement.

Ainsi, si vous ne l’aviez pas déjà remarqué, même enfermés chez vous, vous ne pouvez échapper à ce constat simple : il y a un nombre improbable de connards en ce bas monde.

Car grâce aux réseaux sociaux, bonheur, vous restez en contact avec autrui ! Et pouvez donc, depuis le confort de votre canapé, continuer à vous exclamer « Comment diable est-possible d’être aussi con ?« .

Évoquons donc quelques-uns  (la liste est longue) de ces profils de champions révélés par la situation.

 

Le positiviste

La vie urbaine se relâche et voici la nature qui revient : le bruit des voitures a été remplacé par celui des oiseaux, les poissons reviennent dans des eaux il y a encore peu malmenées par les hélices des bateaux, bref, voilà quantité de belles photos à faire circuler pour les amis de la nature. Jusque-là, me direz-vous, rien de bien méchant, au contraire : quand on a pour seul horizon la table du salon, des photos de paysages ne font pas de mal.

Mais pour le positiviste, l’affaire va plus loin : il va poster un peu partout que « Et si tout cela était en fait une bonne chose ? » avant de se lancer dans de longues diatribes sur la remise en cause de nos modes de vie permise par ce brave virus. Généralement coach en coaching (aussi appelé chômeur à temps plein sur LinkedIn), le positiviste n’hésite pas à se réjouir ouvertement de ce qu’il se passe, oubliant un peu pourquoi cela se passe. À la place, il vous dit que c’est « un excellent moment pour se reconnecter avec les vraies valeurs » ou autres phrases que l’on retrouve sur des fichiers en ligne se terminant en .jpeg.

Bien évidemment, quand la maman du positiviste va finir à l’hôpital, celui-ci va se mettre à suer très fort et à trouver que ce virus, il n’est pas si gentil, en fait. Et quand on lui apprendra que sa commande d’une séance de coaching & énergie des cailloux a été annulée, la boîte où il devait se rendre ayant licencié un tiers de ses employés, alors là, il fera la chasse à tous ces enfoirés qui vantaient les mérites du virus ! Non mais ça ne va pas de vous réjouir ? Et pourquoi pas festoyer durant la peste noire parce que ça fait tomber les prix de l’immobilier, monstres !

Mais pour l’instant, le positiviste n’est pas touché : donc tant que ce sont les autres qui meurent, ça va.

Le genre de mec qui en 1916 devait s’exclamer « Quand même, cette guerre a du bon : le métro est vachement moins bondé ! » en lançant un clin d’œil à la veuve assise sur le strapontin d’à côté.

Ici, un positiviste vous expliquant que certes, des gens meurent, mais quand même, il faut revenir à l’essentiel : aujourd’hui, il a pris une très belle photo de canard.

Le tourneur de veste

Debout sur les pavés, il pousse de grands cris et agite sa bannière pour dénoncer le manque de solidarité en ce bas monde ! Les riches ne pourraient-ils pas faire un effort ? Moi si j’étais riche, je le ferais ! Oui Monsieur ! Et tous les hommes sont frères ! D’ailleurs, à l’entendre, le jour de la révolution, il sera le premier à camper jour et nuit sur les barricades, prêt à risquer sa vie pour le bonheur des autres.

Et là, paf, vient le moment de faire un effort collectif auquel il peut participer : il faut rester chez soi pour éviter de propager une maladie potentiellement mortelle.

Aussitôt, le tourneur de veste laisse tomber sa bannière, abandonne sa barricade, saute dans le premier train et fuit Paris en expliquant à qui veut bien l’entendre que héhé, hein, bon, hé, oui, hein, l’effort, il aurait bien voulu le faire mais heu, hein, bon, là c’était heu… enfin, c’est petit chez lui, alors qu’il a des amis dans les Pyrénées qui ont de la place et… et puis bon, il ne se sent pas malade, alors ça va.  Quoi l’effort ? Oui ben je vous y verrais, vous, enfermé durant plusieurs semaines avec tout le confort moderne ! C’est pas facile ! Ouiii les gens qui se sont barrés avant le confinement, c’était vraiment pas très responsable, mais attention, lui a un argument : dans son cas, c’est pas pareil. En plus, quand il est parti, ce n’était pas interdit donc heu… c’est la faute du gouvernement qui aurait dû lui interdire avant. Voilà. Alors ? Vous n’avez plus rien à dire ?

Le tourneur de veste, pourtant, sitôt que la tempête sera passée, remontera à Paris et n’hésitera pas à distribuer des leçons de morale à tout le monde.

En attendant, il le fait sur Twitter parce qu’il ne faudrait pas perdre la main. Ou des likes.

Révolutionnaire en 2020, ici en train de se dire que dès qu’il sera revenu de la maison familiale à Pornic, il reprendra le combat pour demander des efforts à ces salauds de privilégiés.

 

Anne Frank 2.0

L’enfermement donne des envies d’écriture à certains : plus encore que la maladie, ce sont les journaux de confinement qui prolifèrent, et dans lesquels des plumes maladroites, excitées à l’idée de vivre un événement historique, partagent en ligne leur vie durant cette épreuve. Le tout avec force violons : c’est la guerre ! C’est notre Président qui l’a dit. Et c’est totalement comparable : vous vous souvenez des gens qui ont passé quatre ans dans une tranchée à s’en prendre plein la gueule il y a un siècle ? Eh bien eux, ce n’était rien ! Car nos héros doivent survivre dans un univers hostile où ils sont obligés de rester chez eux comme durant un hiver pluvieux. Quelle cruauté ! Dès qu’ils pourront sortir, leur psychologue va avoir du boulot. Et ce sera une aventure épique : devoir se lever du canapé pour s’allonger sur le divan, vous n’imaginez pas.

Bon, notez qu’au moins, il y a un siècle, vous étiez peut-être confiné avec des mecs qui voulaient vous planter 15 centimètres d’acier dans le bidou, mais au moins, vous n’aviez pas vos enfants. Et très franchement, entre Hans « le charcutier de Karlsruhe » et Matthéo, pour lequel vous constatez que votre éducation a créé un parfait trou du cul, il est vrai que Hans peut faire envie, surtout après quelques jours avec Matthéo poussant des hurlements parce qu’il a déjà vu tous les Lego Ninjago.

Mais tout de même : à lire nos écrivains, ils n’ont rien à envier à Anne Frank : leur souffrance est terrible. Imaginez : on va réduire la bande-passante de PornHub ! Comment diable vont-ils faire ? Passeront-ils la semaine ? Ont-ils réussi à retrouver le chargeur de l’iPhone de Léa ? Tant d’aventures palpitantes, le monde serait bien triste de ne pas en profiter !

On se retrouve donc après le confinement, pour la horde de livres et de films qui sortiront sur le sujet, et raconteront avec tout le talent que l’on connaît bien en France, la vie de couples qui s’éloignent puis se retrouvent lors de cette terrible épreuve. Oh, et bien sûr, des histoires de solidarité (réalisées par des gens s’étant barrés durant la crise, cf tourneur de veste). Mais dans l’immédiat, les journaux de confinement ressemblent avant tout à l’histoire de gens qui se font chier. Et ça aussi, c’est l’exception culturelle française.

Je propose d’appeler la première adaptation d’une de ces œuvres Le Journal d’Anne Fric, où les aventures d’une famille enfermée qui guette avec émoi lorsque la porte de sa cachette s’ouvre enfin et qu’à défaut de nazis, c’est un livreur Uber Eats qui se présente. J’en pleure déjà.

Nul doute qu’Anne Frank préférait encore fuir les nazis que de devoir regarder Netflix sans la 4K activée pour cause de débit réduit.

Le logique

Lorsque l’on est enfermé chez soi, aider autrui est complexe.

Alors, il reste les symboles, comme par exemple, applaudir aux fenêtres pour remercier les gens qui continuent à faire tourner le pays. Que l’on aime ou non la pratique, notez qu’elle ne fait pas de mal en soi : ça revient à engueuler les gens qui disent merci.

Mais qui n’a pas dans son entourage une charmante personne qui est la première à courir à sa fenêtre faire son devoir (et de préférence, en se filmant : ce serait bête de ne pas parler de soi durant deux minutes), avant de retourner se vautrer dans leur canapé pour préparer une petite bidouille qui permettra de filouter un peu les impôts cette année, de faire la liste des subventions dont elle n’a pas besoin mais qu’elle pourrait gratter quand même, le tout avant de soutenir avec des mots bien plus forts que des applaudissements, des gens qui sabotent les services publics en question ?

Toi aussi : applaudis les gens que tu t’apprêtes à étouffer avec un coussin. Car n’oublie pas : l’important, ce n’est pas de bien faire, c’est de faire que tu aies l’air bien !

Ce qui est bien avec les symboles, c’est que généralement, ils ne coûtent rien.

Après, vous me direz, « C’est pas facile d’aider depuis chez moi« , mais même si vous n’avez pas un rond à donner (sale pauvre !), on vous rappelle que même pendant la crise, le don du sang reste par exemple ouvert et que ça aide bien les hôpitaux. Mais généralement, rassurez-vous : les rois des symboles ont tous une bonne excuse pour en rester, justement, aux symboles.

D’ailleurs, j’en profite : vous vous souvenez des gens qui expliquaient savamment que « Les dons à Notre Dame après l’incendie, c’était pour payer moins d’impôts et donc pour s’enrichir ! » ? Ils seront heureux d’apprendre que les dons aux Hôpitaux de Paris et de France suivent les mêmes règles de défiscalisation. Braves gens, on vous regarde donc sortir votre portefeuille pour les bombarder de deniers puisque non seulement vous ferez une bonne action, mais que d’après votre propre logique, vous devriez même y gagner.

Quelque chose me dit que les intéressés vont se faire étonnamment discrets.

Le politicien de comptoir option scientifique

Vous avez une question ? Il n’a pas une réponse. Non, il a la réponse.

Tout comme juste après un attentat, le pays se remplit d’experts en religion, voici que cette crise a généré un nombre improbable de spécialistes de la microbiologie, pharmacie, infectiologie et autre chloroquine. Si à chaque épidémie, nous avions une telle génération de génies, peut-être que le rhume pourrait avantageusement remplacer les postes de pédagogues au sein de l’éducation nationale. Cependant, vous n’êtes pas dupes : tous ces scientifiques auto-générés en moins d’une semaine (les études, c’est surfait) sont tous vos amis d’habitude experts des questions politiques qui ont un avis sur à peu près tout, mais généralement étayé par à peu près rien.

L’occasion de profiter, sur Facebook, de violents débats où l’on s’accuse mutuellement de jouer avec la vie d’autrui, alors qu’au final, l’ensemble des participants a un niveau semblable à celui de membres de Doctissimo. Il manque juste les signatures avec des bébés et des oursons et on s’y croirait. Aussi, n’oubliez pas cette règle essentielle : la médecine, sur internet, c’est mal. En plus, c’est un coup à non seulement vous diagnostiquer le Coronavirus, mais aussi un ou deux cancers du rectum dans la foulée.

N’oubliez donc pas les principes de distanciation sociale sur internet pour éviter l’épidémie : si ça se pense médecin, je le bloque vite et bien.

De toute façon, vous ne louperez aucun post intéressant : quand notre politicien aura fini de parler science, il en reviendra à parler politique, comprendre, se mettre en avant lui en faisant semblant de parler des autres. En montrant que lui, il est plus gentil que vous.

« Vous applaudissez les infirmiers? Moi je pense aux caissières. Ah, vous applaudissez les caissières, eh bien moi, je pense aux éboueurs ! Vous applaudissez les éboueurs aussi ? Heureusement que je suis là pour penser aux sans-abris ! »

Bref, il n’y a que lui qui ne se rend pas compte que la seule chose qu’il défend, c’est finalement lui-même.

« Hmmm… comment vais-je réussir à surfer sur la crise pour me mettre en avant cette fois-ci ? »

Le profiteur de guerre

Toute crise profite à quelqu’un.

Je ne parle pas ici des vendeurs d’armes, remplacés avantageusement ces jours-ci par les vendeurs de coquillettes et de papier toilette, mais de toutes celles et ceux qui ont réussi à transformer la crise en une bonne opportunité de se faire un peu de pognon. Car si l’on parle souvent des larrons qui sont allés se servir dans les stocks de masques des hôpitaux et les vendent à la sauvette dans les quartiers les plus riants de nos villes, on oublie tous les filous qui ont profité de l’occasion pour monter leurs tarifs (« Les temps sont durs, mon petit Monsieur »), ou ceux qui bombardent de messages commerciaux pour vous rappeler que c’est le moment parfait pour vous acheter cette splendide ceinture de massage électrique pour vos abdominaux, mes petits amis, puisque la salle de sport est fermée !

Je tiens donc à proposer que lors de la Libération, où le peuple libéré descendra dans les rues célébrer la fin du confinement, on tonde en place publique ces margoulins.

J’ai d’ailleurs un très grand stock de rasoirs que je vends à -10%. Je dis ça comme ça, attention, hein, moi je fais ça pour vous aider.

Profiteur de guerre, allégorie.

 

Le Geek (mais pas trop)

« Eh mais moi le confinement, c’est ma vie quotidienne ! »

Cette blague, vous l’avez probablement déjà lue ou entendue plus souvent que « Comment ça va ? Comme un lundi ! » durant l’ensemble de votre vie. Car si le geek est un peu le peuple indigène des réseaux sociaux, voilà que comme tout le monde se retrouve dessus, il compte bien en profiter. Alors certes, il a encore moins de choses à raconter que d’habitude, mais cela ne l’empêche pas de passer par toutes les phases similaires de son peuple des plus prévisibles :

  • Poster quotidiennement des images de son chat
  • Demander qui a le dernier Animal Crossing pour aller parler ensemble aux hérissons du coin
  • Répéter une énième fois « Eh mais moi le confinement, c’est ma vie quotidienne ! »

Parfois, il a joute même « lol », ce qui revient à appeler la mort de ses vœux. Attention cependant, on parle ici du geek urbain qui s’autodéfinit comme tel, de celui qui prend des cafés chez Starbucks en glandant sur son Mac, pas du geek certifié hardware.fr qui est enfermé chez lui à faire des installations de Linux sur des machines bricolées au fer à souder. Aussi, internet est surtout un grand jeu pour lui, et il compte bien vous en faire profiter en passant ses journées à répondre à des questionnaires Facebook et à faire tourner des photos « Pendant la crise, remplissons Facebook de photos de *insérer ici un sujet quelconque*. » . Au bout de quinze messages de ce genre, vous l’aurez bloqué, prouvant ainsi que même confinés loin de chez vous, vous avez des gens qui arrivent à se rendre insupportables.

« Je suis trop un geek ! Vous connaissez les chaînes ? Ce sont des images à faire passer à tous ses contacts, ça vient de sortir, je l’ai vu sur Brut,, j’adore ! »

 

Je l’annonce donc officiellement : si je tombe encore sur une chaîne – ce virus nous a renvoyé en 2002, je ne l’explique pas autrement – ma MG-42 devra servir plus tôt que prévu.

Alors bonnes gens, profitez bien de ces crises pour identifier les connards de votre entourage.

De mon côté, à défaut de faire des chaînes, je fais leur liste.

En confinement, restons productifs.

pexels-photo-840996

Un odieux connard

Le positiviste aime expliquer les choses avec des diapos Powerpoint, ce qui prouve qu'il est monstrueux.

Rassurez-vous, il a une attestation justifiant de son déplacement à la plage pour raisons familiales.

L'enfer, vous n'imaginez même pas.

Sauf si c'est Jeff Koons qui vous l'offre.

Dans environ deux mois, je vous prédis que tous ces gens vont se transformer en économistes.

Pssst... psst... hé, gamin ! Tu aimes avoir les fesses propres ? J'ai du papier toilette, c'est de l'extra-doux, tu vas kiffer, 10€ le rouleau.

1870 : Jusqu’à la dernière cartouche !

En cette période de confinement, c’est l’occasion de se cultiver.

Aussi, pour pallier les cours de vos bambins – et les occuper un peu avant qu’ils ne deviennent berserks et ne détruisent la moitié de la maison en poussant des cris porcins – laissez-moi vous proposer une brève révision d’un passage de la guerre de 1870, qui est rarement celle que l’on maîtrise le plus. L’histoire, cela tombe bien, de comment 60 larrons se sont retrouvés eux aussi confinés dans la même maison, face à la menace du Bavaroivirus.

Et qui vous permettra de briller en soirée lorsque des jours meilleurs seront revenus, sitôt qu’un convive évoquera les Marines américains.

Bon visionnage, et bon confinement.

 

 

Vignette

Un odieux connard

Dites non au retour des années 80.

À l’occasion d’un récent repas, j’eus l’occasion de poser sur l’une des convives mes yeux fatigués par la haine quotidienne que m’inspirent mes semblables.

La jeune fille avait en effet attiré mon attention. Non pas pour ses opinions politiques – si je veux la pensée profonde d’une ado de 16 ans sur ce monde, je regarde Quotidien – mais par sa tenue. En effet, vêtue d’une salopette en jean tirée d’on ne sait quelle armoire oubliée qui couvrait un t-shirt vert pomme, elle était occupée à saluer les présents car était venu le moment pour elle de nous quitter. Ce n’est que lorsqu’elle enfila un énorme blouson aux énormes bandes jaune moutarde, rouge cerise et bleu petit Grégory que je ne pus me retenir de porter une main à mon cœur : mon bon goût venait de mourir un peu. Notant cette réaction de vieux con de ma personne, elle s’approcha.

« Quoi ? T’aimes pas mon blouson ? C’est parce qu’il est tricolore ?
– Jeune fille, comme le disait Albert Roche, si c’est tricolore et que ça n’est pas le drapeau, c’est rarement une réussite.
– De toute façon t’y connais RIEN c’est années 80, c’est la mode ! »

Passons sur ce tutoiement intempestif tant lorsque l’on porte des salopettes, on est soit un enfant de quatre ans, soit en train de faire la vidange de ma berline, et dans les deux cas, on me vouvoie. Et avouons que dans le propos de la demoiselle se trouvait un fond de vérité : les années 80 reviennent à la mode. Vêtements, musique, mais aussi cinéma, avec désormais quantité de films dont l’action se déroule dans cette décennie maudite.

Un élément pourtant devrait mettre la puce à l’oreille de ces jeunes gens qui s’empressent de suivre la mode : c’est que seuls ceux qui n’ont pas connu les années 80 semblent y prêter un soudain intérêt.

Alors que pour les autres, souvenez-vous : le 31 décembre 1989, brisés par des années de mauvais goût, nous décidâmes tous d’un commun accord d’arrêter les années 80, et ainsi on passa en 1990. Notez que ce n’était pas forcément beaucoup mieux, mais passons.

Aussi, à toi, jeune âme innocente égarée en ces lieux, à toi qui penses que le vaporwave, c’est trop cool, ou que « Ahah oui je m’habille comme ça mais moi, c’est ironique » (pensez à taper « hispter » dans un moteur de recherche pour comprendre la valeur de cet argument), ou encore qui se réjouis de voir un quinzième film annoncé dans les années 80…

Parlons de ce que furent VRAIMENT les années 80.

La cagoule

Ah, ça, bizarrement, on en voit drôlement moins dans les rues.

Conçue par Satan lors d’une soirée un peu arrosée, la cagoule était une sorte de chaussette, mais pour la tête, qui ne laissait échapper que le visage suppliant de l’enfant condamné à porter cette merde. Dès les premiers frimas de l’automne, les mamans se mettaient en chasse, et chaque enfant heureux les cheveux au vent finissait invariablement par être plaqué au sol, à se voir enfiler la cagoule de force malgré ses hurlements porcins, avant d’être relâché dans la cour de l’école avec les autres condamnés. Et si le soir venu, il reniflait en rentrant à la maison, une voix inquisitrice lui demandait « Tu as bien mis ta cagoule à la récré ? »

S’il répondait non, son rhume allait être guéri promptement à coups de frictions de pieds contre son cul. En ce temps-là, on dissertait drôlement moins pour savoir si Keelian avait le droit ou non à la fessée. De toute façon, en ce temps-là, on n’avait pas le droit de s’appeler Keelian. Comme quoi, tout n’était pas à jeter.

Avec le temps, on vit même quelques évolutions : la cagoule classique, la cagoule à un trou dite « passe-montagne », la cagoule à deux trous (yeux et bouche), à trois trous (un par œil, un pour la bouche), qui amusèrent bien vite plus les adultes que les enfants, comme en témoigne le livre Du trou dans la cagoule, Éditions Charleroi, 1996.

Invention de la cagoule par Satan : les premiers crayonnés.

En 1990, les Nations Unies, après une décennie d’horreur absolue, décident que « plus jamais ça ». La cagoule est abolie. Et aujourd’hui encore, il est très mal vu d’enrouler la tête de son enfant avec du tissu. En plus, c’est un coup à avoir des soucis à l’aéroport, alors bon.

On notera que la cagoule, objet honteux, n’apparaît que peu dans les œuvres se déroulant dans les années 80 produites ces dernières années : ainsi, dans X-Men Apocalypse, à aucun moment quelqu’un ne propose au professeur Xavier de « mettre une cagoule, tu vas prendre froid à la tête« . C’est dire si l’on fantasme cette période. Qui a pourtant connu d’autres horreurs.

Les vêtements avec des couleurs, plein, trop, beaucoup

Une image, deux fois plus de mal aux yeux.

Après une décennie à s’envoyer du LSD, il fallait bien qu’il y ait des conséquences chez les producteurs de vêtements : la mode des années 80 était là. Le principe était fort simple : prendre des matières un peu au hasard, s’armer d’une règle, d’une équerre, d’un Spirographe et de beaucoup de feutres fluos, et paf, on se retrouvait avec des vêtements comme ci-dessus. On notera que tout n’était pas forcément mauvais : grâce à la prévalence du fluo dans les couleurs des vêtements, on perdait beaucoup moins facilement ses enfants (ce qui dans les familles pauvres habitant près d’un bois, était parfois un souci). La sécurité routière de l’époque comptait elle aussi une baisse de la mortalité des piétons d’environ 40% grâce à ce surplus de visibilité. Dans le même temps, l’association des épileptiques de France comptait une hausse de ses pertes de 900%.

Par an.

Pour d’obscures raisons, c’est donc ce genre de choses qui fait en ce moment son grand retour dans nos rues. Pour quelles raisons ? Comment en est-on arrivé là ? Qui a vraiment envie de porter tellement de fluo sur lui qu’on le confond régulièrement avec la fiche de révision d’une élève de première ES ? Le mystère reste entier.

Rappelons pourtant que dans la Divine Comédie, Dante décrit dans son onzième chant le cercle des enfers dédié à ces gens :

Sur le bord d’une haute rive formée d’un cercle de pierres brisées, nous vînmes au-dessus d’un amas de tourments plus cruels, et à cause de l’horrible puanteur qu’exhale le profond abîme, nous nous retirâmes derrière le couvercle d’un grand tombeau, où je vis une inscription qui disait : « Attention, fluo : toi qui entres ici, mets des lunettes de soudeur »

Il est important de noter que ces vêtements ne sont aujourd’hui portés que par les jeunes gens qui suivent la mode selon l’adage bien connu de mes lecteurs :

Mode : théorie visant à expliquer que le moche est beau aujourd’hui mais ne le sera plus demain, aussi faut-il en acheter plein maintenant

Alors non. Vraiment. Si vous avez de soudaines envies de vous habiller façon années 80, consultez votre médecin généraliste : vous avez sûrement un problème de vue.

Les coupes de cheveux

Bon. On ne va pas y aller par quatre chemins : la plupart des coiffeurs de l’époque ont été exécutés lors de la grande purge de décembre 1989 pour leurs crimes contre l’humanité. Lors de leur procès (dit « Procès de Nuremb’hair« ) la plupart expliquèrent qu’ils n’avaient fait que suivre la mode, et n’étaient pas responsables de leurs actes. Le juge, mortifié par pareille défense, projeta à l’assemblée ceci :

Pour que ce blog reste grand public, la photo a été coupée pour cacher le sac-banane

Plusieurs témoins s’évanouirent et l’audience fut reportée. Aujourd’hui encore, d’ancien porteurs de mulets interviennent dans les écoles pour expliquer aux enfants l’horreur que furent les années 1980. Quelle douleur pour eux de voir resurgir ces années noires ! Le tout porté par une jeune génération qui ne l’ayant pas connue, est persuadée qu’elle ne fait rien de mal.

Alors que bon.

Ici, une reproduction capillaire des essais nucléaires de Mururoa, autre tradition des années 80.

Là encore, on notera la propension des amis des années 80 à éviter soigneusement le sujet.

Bande de petits négationnistes !

Oui mais la télévision, c’était bien quand même, non ?

Pour commencer, rappelons ce qu’était une télévision des années 80 :

Et fallait pas péter le bouton pour changer de chaîne sinon vous restiez bloqué sur le Bébête Show.

À l’époque, la télévision avait une vraie influence sur la démographie : le manque de chaînes poussait les parents à s’occuper autrement, et surtout, en l’absence de télécommande, on faisait des enfants pour qu’ils se lèvent du canapé à votre place et aillent mettre Antenne 2 et ainsi ne pas rater le début du film du soir. Surtout si vous vouliez l’enregistrer, parce qu’une cassette où il manquait le début du film, c’était quand même un peu nul. À l’heure où les jeunes gens s’enthousiasment pour les années 80, j’aimerais bien voir leur tête si au début de leur série Netflix préférée, il y avait trois minutes du mariage de tata Jeannine.

Alors bien sûr, on me dira « Oui mais les années 80, c’est aussi les dessins animés ! »

Si le Joueur du Grenier peut vous en parler bien plus savamment que votre serviteur, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, une autre invention bien française rôdait : Ségolène Royal.

Ségolène Royal, ici à la fête du chabichou. Oui, moi aussi, je suis perplexe.

En effet, à l’époque, la dame fustigeait les dessins-animés, surtout japonais, parce qu’ils étaient violents et qu’ils rendaient cons. Ce qui n’était pas vrai du tout : tenez, regardez le type qui s’est tué dans sa fusée la semaine passée en essayant de prouver que la terre était plate : il se mettait un bon vieux Olive & Tom, et paf, dans n’importe quel épisode, il pouvait apercevoir la courbure de la terre lorsque l’équipe des poussins remontait le terrain. En voilà, de la culture.

Alors certes, il y avait aussi des choses plus difficiles, comme Princesse Sarah, où l’histoire d’une jeune fille qui se fait cracher dessus durant 45 épisodes et dont seule l’absence complète de bite l’épargne d’un sérieux passage au cirage, avant, au 46ème épisode de dire que bon, okay, on l’a réduite en esclavage, mais ça va Madame Mangin, c’est cool. Elle était talonnée de très près par Rémi sans famille, ou l’histoire d’un gamin qui voit mourir tout ce qu’il touche, ce qui le pousse à suer très fort et à porter des maniques à chaque fois qu’il va aux toilettes, et on le comprend.

Alors, a-t-on vraiment envie de voir revenir la télévision des années 80, ses chaînes limitées, son absence de télécommande et surtout, Ségolène Royal ?

Que celui qui pense le contraire me jette le premier chabichou.

D’accord mais bon, la musique, quand même !

C’est un peu facile de ne retenir que le meilleur d’une décennie ; à ce petit jeu, laissez-moi vous rappeler pourquoi Tchernobyl n’est pas la seule chose qui aurait mérité sa dalle de béton. Rappelons ainsi par exemple l’existence de Je te survivrai, de Jean-Pierre François, qui a défaut d’avoir choisi un prénom, avait choisi la chanson (une issue contestable).

Pour d’obscures raisons probablement liées à ce traumatisme, notez qu’en France, il est quasiment impossible de participer à un mariage sans devoir se taper l’inévitable playlist de la chanson française des années 80. Et après, plus rien, c’est vous dire si en 1989, on a décidé d’arrêter les conneries. D’ailleurs, qui aujourd’hui passe à son mariage de la chanson française post-2000 par exemple ? Qui rentre dans une mairie au son de OKLM de Booba ?

Si vous avez des noms, je les prends, si vous avez des adresses, je les brûle.

Par ailleurs, rappelons que les appareils de lecture laissaient à désirer. Prenons l’exemple des Gardiens de la Galaxie, l’un des nombreux films à faire moult références aux années 80, et où le personnage principal, Starlord, sillonne l’espace équipé de son vieux baladeur tout droit venu de la décennie maudite. Dès que l’action arrive, il l’enfile, et paf, c’est parti, la BO se met en place avec une extraordinaire qualité sonore.

Starlord demandant qui a des piles LR6.

Alors que dans les faits, bon, ça devrait se passer ainsi : l’action arrive, Starlord enfile son baladeur. De là, ses oreilles se mettent à le gratter à cause de ces coussinets merdiques couleur orange probablement conçus par un sbire de Christian Grey. Dès qu’il tourne ou remue la tête, cette merde se permet en sus de glisser – ça gratte mais ça n’accroche rien – obligeant notre héros à devoir maintenir le bousin sur son crâne toutes les deux minutes. Quant à la qualité sonore, elle revient peu ou prou à écouter ses morceaux favoris lus par un ghetto-blaster de Schtroumpf : ça sature, c’est pas bien, et en plus à cause de ce faux contact qui dure depuis des années (si le casque n’est pas mort avant), il n’entend la musique que du côté droit une seconde sur deux (sauf s’il plie le fil dans une position très spécifique au niveau de la prise jack bien sûr).

Et ça, ce n’est que le casque.

Parce le baladeur, non-content de transformer n’importe quelle chanteuse en Barry White à la seconde où ses piles fatiguées ralentissent le rythme de lecture, ne lit que des cassettes. Comme ici, des compilations enregistrées à la maison. C’est-à-dire en attendant près du poste radio le passage de son morceau préféré pour commencer à l’enregistrer. Faisant que généralement, les premières notes étaient invariablement couvertes par le speaker de l’émission radio qui disait « ... s’écoute un petit Michael Jackson. »

Alors pardonnez-moi, mais quand je vois de jeunes gens racheter de vieux baladeurs pour avoir l’air cool, j’ai pour ma part plutôt envie de racheter une épée bâtarde afin de trépaner large.

Et les jeux de rôles ?

Ah, jeunes âmes pures et innocentes ! Après avoir vu Stranger Things, vous pensez qu’en ce temps-là, les jeunes gens passaient plus de temps à jouer à Donjons & Dragons en paix?

Une partie de Donjons & Dragons selon Stranger Things : des cris, de la joie, du bonheur.

Alors que dans les faits, le jeu de rôles des années 80, bon.

D’abord, on n’avait pas encore inventé la fille rôliste. Cette créature légendaire était parfois évoquée au coin d’un écran de jeu entre deux biscuits, mais personne n’y croyait vraiment. Ceux qui en parlaient et juraient en avoir vu une étaient les mêmes assurant que leur papa avait une Ferrari mais que là, on ne pouvait pas la voir, elle était au garage. Sans compter que le jeu de rôle, c’était surtout à l’époque pour beaucoup, une secte sataniste : de jeunes garçons qui s’enferment en parlant démons et qui espèrent faire plein de six sur leurs dés, bon, les mamans proposaient plus de l’eau bénite dans la gueule de leurs rejetons qu’un bon goûter pour accompagner la partie.

En France, la chose perdurera dans les années 90, avec tout un tas de reportages expliquant que le jeu de rôles pousse au suicide (c’est ce qui arrive quand ton personnage de Shadowrun meurt après une campagne de deux ans), au meurtre (en même temps, le joueur qui t’a trahi, t’allais pas laisser passer ça) et de manière générale, rendait fou ET con. La Ségolène Royal des rôlistes s’appelait alors Mireille Dumas, et sa coupe de cheveux rappelait à tout un chacun que c’était effectivement une créature issue des années 80 qui avait échappé à la purge. Ou un flagelleur mental. Peut-être un peu des deux.

Oui, mais les jeux vidéos ?

La mode est en effet aux consoles rétro, et de jeunes gens n’ayant jamais connu cette époque se ruinent joyeusement pour racheter de vieilles NES qui n’en demandaient pas tant. Notez que généralement, l’expression « C’était mieux avant » meurt sur leurs lèvres sitôt qu’ils ont allumé le bousin. Si là encore, le Joueur du Grenier en parlera bien mieux, rappelons que le jeu vidéo à l’époque, c’était quand même du bon gros caca, et que seul les plus fanatiques pouvaient en finir un tant la difficulté frôlait l’absurde et la jouabilité était aléatoire.

Un jeu NES. Franchement, vous échangeriez votre Playstation 4 contre ça ?

Des jeux avec trois notes de musique différentes et à peine plus de couleurs, et c’était parti. Alors pourquoi diable, tout en jouant sur votre console dernière génération (ou votre PC si vous faites partie de la race des seigneurs) ressentez-vous le besoin de vanter les mérites des vieux jeux ? Et pire encore, de racheter de vieilles machines ? Feriez vous cela avec un vieil ordinateur ?

« Alors là, j’ai racheté un bon vieux PC 433 Mhz, je peux vous dire que mes 10 minutes pour lancer Windows 98, c’est un vrai bonheur. Après, je me fais un bon petit Command & Conquer, quel pied ! En plus, j’ai retrouvé une vieille boîte de Crimson Skies, alors si j’arrive à racheter une Voodoo 2 sur eBay, ça va être quelque chose ! »

Notez que si vous avez intégralement compris les références du paragraphe précédent, vous m’inquiétez un peu.

Sinon, vous voyez la logique : vous n’iriez pas racheter un vieux PC aux boutons jaunis par des années de pressions par de gros doigts d’adolescents boutonneux, alors pourquoi diable lancer de grands cris sitôt que vous apercevez une console qui faisait principalement tourner des jeux bien plus mauvais que ce que vous pouvez trouver autour de vous aujourd’hui ? La nostalgie, passe encore, mais de la part de gens n’ayant jamais connu cette époque ?

Cela dit, ça se tient : ceux qui ont vraiment connu cette époque la regrettent rarement. D’où cet article.

Tiens, et puis essaie d’aller faire le malin sur TikTok avec ça.

Aussi, et puisqu’il est temps de conclure : dites stop à ce phénomène du retour aux années 80. Prévenez les âmes innocentes autour de vous qui ont de soudaines envies de salopettes et d’anoraks aux couleurs dignes de la mire (qu’ils n’ont pas connue non plus), giflez-les s’il le faut, mais ne les laissez pas sombrer. Et stoppons ensemble cette mode qui vise à faire oublier ce que furent vraiment ces années noires pour tous ceux qui avaient du goût, niant des années de souffrance aux âmes fatiguées que nous sommes.

Car comme le disait quelqu’un qui décida justement d’arrêter avant de connaître cette décennie maudite :

N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au cours des siècles peut mourir même la Mort.

Merci, donc, de ne pas réveiller les années 80 et leur jogging fluo.

1980s-fashion1_resultat

Un odieux connard

Rainbow Six - Domingo Chavez begins

Le modèle le plus à gauche empêchant de passer les portes, il fut rapidement interdit dans les écoles.

Le petit Romain Roubieux sur la photo fut tondu à la libération le 1er janvier 1990.

Que Jacques Chirac, toujours farceur, remettra au goût du jour en 1995.

Tout le monde était jaloux du mec qui avait une télé avec télécommande, ce truc du futur.

Alors qu'en légende, j'aurais juste dit que c'était la schtroumpfette, personne n'aurait rien remarqué.

Et qui a un crayon pour rembobiner sa cassette

Au moins la décoration est juste car en ce temps-là, on mettait des trucs à carreaux partout, on se serait cru sur une chemise à Barcelone

Si vous avez répondu oui, il faut consulter, hein.

Notez qu'à l'époque l'Union Soviétique existait encore, aussi au dos de chaque appareil on trouvait un combiné pour écouter les conversations d'autrui et s'assurer qu'il n'était pas un agent communiste.

Histoire d’un discours aux oscars

Il y a bien peu de temps de cela, Ricky Gervais, célèbre trublion, animait une cérémonie de remise de prix devant un parterre d’acteurs, leur rappelant qu’ils étaient un peu hypocrites à toujours user de la tribune pour se lancer dans un discours politique digne des plus grandes caricatures de Team America.

À peine M. Gervais parti, voici qu’arrivaient les oscars (ils auront le droit à une majuscule quand ils seront propres), l’occasion pour la petite bande de se relancer immédiatement dans de longues séries de discours sur les inégalités sociales, tant ça leur manquait de disserter sur leur grande passion.

À une exception près : dans ces discours, curieusement, on ne parle quasiment jamais de pognon.

Sûrement une coïncidence.

Afin d’être sûrs, à votre tour, de savoir faire un discours aux oscars le jour où vous serez célèbres, je vous laisse cliquer sur l’image ci-dessous pour obtenir le cheminement à suivre.

Cliquez donc sur cette image, margoulins !

Bon zoom sur votre écran pour lire.

VignetteOscars

Un odieux connard

Louise de Bettignies, la Résistance de 1914

Quand on vous parle de Résistance, vous pensez à la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui est déjà une bonne chose, à l’heure où enseigner l’histoire se rapproche du sacerdoce, mais cela ne doit pas faire oublier une Résistance qui a justement été éclipsée par celle de la Seconde Guerre mondiale : celle de la Première Guerre. Parce que là aussi, il y a eu des territoires occupés (on a tendance à l’oublier), de l’espionnage, du sabotage, du trafic de courrier et d’évadés entre zones… bref.

Et si pour beaucoup, l’espionne légendaire de l’époque est Mata Hari (alors qu’en fait, non, les gens qui achètent d’excellents livres savent pourquoi), il se trouve qu’une résistante française a beaucoup fait parler d’elle à l’époque, au point que même à l’étranger, elle était surnommée « La Reine des Espions » : Louise de Bettignies.

Si ça ne vous dit rien, que vous avez envie de savoir pourquoi les Allemands considéraient tout un coin du front comme « maudit », de voir des références honteuses aux Monty Pythons ou de ce qu’il se passe lorsque les Allemands, naïfs, tentent de mettre des Français au travail forcé, alors je vous laisse cliquer ci-dessous

Vous cliquez, et miracle ! La vidéo se lance. On vit vraiment dans le futur.

Comme vous le verrez au début de cette vidéo, celle-ci a été soutenue par les Éditions Hauteville, qui sortant un livre qui tourne autour du réseau clandestin de Louise de Bettignies, Le Réseau Alice, a décidé de me faire signe. Et de me filer des sous, puisque tout le monde sait que je suis incroyablement corruptible.

D’ici là, bon visionnage.

VignetteBettignies

Un odieux connard

Le bon gros raciste

Le racisme, c’est mal.

Vous le savez, et on vous l’a moult fois répété. Cependant, il en va des gros racistes comme des chasseurs : il y en a des bons comme des mauvais. Et si tout le monde connait le mauvais gros raciste, celui qui tient des propos douteux un pastis à la main au Bar des Amis place de la mairie, il est temps de nous pencher sur un cas trop peu souvent abordé alors que fort répandu :

Le bon gros raciste

Primate de la famille des hominidés, le bon gros raciste est un être fascinant. Cousin urbain du gros raciste simplex, il est en effet parvenu à s’adapter à l’environnement hostile des grandes villes en ajoutant habilement le terme bon devant sa dénomination pour tromper d’éventuels prédateurs. On reconnait généralement le bon gros raciste au fait qu’il est, au même titre que le gros con, parfaitement inconscient de sa propre condition. Pourtant, il existe des symptômes qui ne trompent pas. Aussi, apprenons à reconnaître un bon gros raciste ensemble.

Entre autres, pour les gifler. Mais voyons donc.

Le symptôme du voyageur

Les premiers symptômes se déclarent généralement après un retour de voyage. Alors que l’individu pouvait jusqu’alors passer pour un être humain à peu près normal et que rien ne semblait le prédestiner à une carrière de bon gros raciste, il se met soudain à tenir un discours qui doit alerter :

« Vous savez, les gens là-bas, ils ne sont pas comme ici… »

S’ensuit alors une liste de qualités dont la longueur est inversement proportionnelle à la richesse d’un pays. Plus les gens sont pauvres, plus ils sont merveilleux. Parmi les phrases typiques que l’on entend alors, il y a « Là-bas, les gens se contentent de si peu…« , « Malgré la misère, ils sourient à la vie… » ou encore l’incontournable « Ils ont le cœur sur la main… ». Puisque c’est connu, s’ils vivent dans des maisons sans portes, c’est parce qu’ils sont les fils du vent. Et pas parce que s’ils pouvaient choisir, ils échangeraient bien contre ton appartement à deux pas de République.

S’ensuit généralement une quelconque anecdote sur la relation unique que le tout nouveau bon gros raciste a tissé avec son chauffeur, son sherpa ou le type qui lui servait le café dans la plus pure tradition des meilleures pages de Tintin au Congo. Version moderne du mythe du bon sauvage, il présente ces peuplades comme intrinsèquement joyeuses. Car tel est le secret du bon gros raciste : grâce à l’ajout d’une petite touche de paternalisme néo-colonial, il peut être raciste en toute discrétion en expliquant que ce sont des compliments.  Ce n’est pas du racisme : c’est du bon racisme. Moderne et acceptable dans toutes les bonnes soirées.

On ne dit pas… « Ces gens ont le rythme dans la peau. » comme un gros raciste.
On dit… « Là-bas, la danse fait partie de la vie pour tout le monde. » comme un bon gros raciste.

Gisèle aime comparer des peuples entiers à des classes SEGPA tout en étant persuadée que si ça ressemble à un compliment, ça va.

Le symptôme de Twitter

Lorsque le bon gros raciste a dépassé les premiers stades de sa transformation, son besoin de partager ses propos racistes (mais bien racistes, donc ça va) est si grand que tel un vieil homme qui sentant son heure venir, décide de se présenter au sénat, le bon gros raciste a un besoin irrépressible d’ouvrir un compte Twitter. L’équivalent du bistrot du coin pour le gros raciste des champs : on peut y parler très fort pour dire des choses qui ne le méritent pas, et s’embrouiller pour un oui ou pour un non. Sauf qu’un réseau social, c’est moderne et cool, comme le racisme de nos héros. Du racisme jeune, du racisme connecté.

Sitôt son compte ouvert, le bon gros raciste ne peut s’empêcher de faire des analyses politiques. Et là où le gros raciste classique voit les gens de couleur comme responsables de tous les maux du pays, le bon gros raciste voit, à l’inverse, de petits êtres à peu près aussi innocents et responsables qu’un lapin nain. Les deux sont donc finalement plutôt d’accord sur leur vision du monde, avec d’un côté des méchants et de l’autre les gentils : ils ne sont simplement pas accordés sur la couleur du lapin nain.

Ce raisonnement profond est hélas, le noyau de tout l’argumentaire du bon gros raciste, qui n’est pour le reste qu’une utilisation massive du dictionnaire des synonymes pour paraphraser son propos jusqu’à épuisement de son adversaire.

Alors que vous et moi, nous savons la vérité. Le problème des gens, ce n’est pas de savoir de quelle couleur ils sont. Non, le problème, c’est que la plupart des habitants de cette planète sont cons. Sans discriminations.

On ne dit pas…  « Ces gens-là ne sont finalement que de grands enfants ! » comme un gros raciste.
On dit… « J’aime la simplicité de ces gens… avec eux, jamais de prise de tête ! » comme un bon gros raciste.

Gros raciste contre bon gros raciste, lors de la coupe du monde du racisme 2009 organisée par Twitter.

Le symptôme de l’égocentrisme

Plus les symptômes s’aggravent, plus le bon gros raciste commence à ramener l’ensemble des débats, qu’importe le sujet, à sa personne. Il ne s’agit en effet plus d’user de raison, mais tout simplement de rappeler que son point fort est qu’il est bon. Parfois, il est aussi gros, mais l’argument est plus difficile à caser. Aussi, il en reste à cela : montrer qu’il est une bonne personne. À défaut de briller par son raisonnement, autant tenter d’aveugler l’adversaire à grand renfort de karma (un truc qu’il a découvert en voyageant en Inde… « parce que là-bas, les gens ils sont pas comme nous, tu vois »).

Et pour cela, toute occasion fait l’affaire : sur Twitter ou au café, il trouvera bien un moyen de rappeler que puisqu’il fréquente des gens de couleur, il est bon. Dit comme ça, on a l’impression qu’il fait un effort et qu’il en parle comme d’un prêtre allant donner les derniers sacrements aux lépreux, mais bon, il n’est pas raciste pour rien. Et brandira toute personne de couleur de son entourage comme une sorte de brevet ou de trophée qui le met en valeur, lui. Il y a des points bonus à gagner si on peut comparer le nombre de personnes de couleur autour de soi avec son interlocuteur : ton antiracisme, combien de divisions ?

On ne dit pas…  « Je ne suis pas raciste, la preuve, j’ai un ami noir ! » comme un gros raciste.
On dit… « Je ne suis pas raciste, la preuve, j’ai pris un acteur noir dans le rôle principal ! » comme un bon gros raciste.

Le bon gros raciste aime à montrer patte blanche.

Le symptôme de l’antiracisme à géométrie variable

Le bon gros raciste est tellement persuadé qu’il n’a rien à voir avec le gros raciste qu’il finit par lui-même se définir comme profondément antiraciste pour ne pas être confondu avec son cousin des champs. Oui mais voilà : il est justement plutôt urbain, nous l’avons dit. Aussi, on retrouve souvent chez lui un goût prononcé pour la mode. Et, l’antiracisme de façade n’étant basé comme son nom l’indique que sur les apparences, il a lui aussi ses modes.

Par exemple, généralement en ce moment, personne n’en a rien à faire des Asiatiques. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir une longue histoire avec eux, des colonies, une décolonisation qui ne s’est pas faite en douceur ou bien d’avoir eu des tirailleurs venus de l’autre bout du monde durant les dernières guerres. Ne cherchez pas : on s’en cogne. De toute façon, qui sait qu’ils étaient là, hmmm ? L’antiracisme, en ce moment, c’est l’Afrique. Y a-t-il une hiérarchie du racisme et des souffrances ? Il faudra penser à poser la question aux Amérindiens. Ah ben non, c’est vrai, il n’en reste quasiment pas, donc on s’en fout. Ils ne sont pas prêts d’avoir un film, ceux-là.

On ne dit pas…  « Il y a une hiérarchie des races ! » comme un gros raciste.
On dit… rien, mais on a ses chouchous, comme un bon gros raciste.

Michel est embêté. Lui qui s’apprêtait à se vanter d’être plus progressiste que les mecs du service logistique qui ont réussi à recruter un Afghan.

Le symptôme du bon film

Bien sûr, le cinéma n’est pas épargné. Si vous avez connu le XXème siècle – on se fait vieux – vous avez probablement connu tous ces films où grâce aux gros racistes aux manettes, on pouvait déjà prédire la base : s’il y a un noir et que ce n’est pas le personnage principal, il mourra en premier. L’exception à cette règle étant s’il a une moustache, auquel cas, il est capitaine de la police.  Il était donc quelque peu triste de voir qu’en fonction de votre couleur de peau, votre rôle et votre destin étaient tout tracés.

Heureusement, l’ère des gros racistes a touché à sa fin, laissant place à l’ère des bons gros racistes. Et là attention, ça n’a plus rien à voir. Car désormais, si un personnage est de couleur, il a 95% de chances d’être gentil et d’avoir toutes les qualités de l’univers. Et si jamais il est dans les 5% restants, rassurez-vous : il aura une histoire pour justifier de pourquoi il est devenu méchant et qu’en fait, il n’est pas vraiment responsable (cf les points précédents). Grâce à cela, vous pouvez toujours prédire qui va mourir ou non, qui aura raison plus tard dans le film, qui est en fait un gentil sous couverture ou qui va réussir à libérer la moitié du monde du fascisme en deux minutes sur un coin de table. Merci, bon racisme ! Ce serait tellement triste de vivre dans un monde où l’on ne peut pas prévoir le destin des personnages en fonction de leur couleur de peau !

Rappelons qu’avant, le rôle du personnage qui avait toujours raison dans les films américains revenait aux enfants relous. Voilà qui donne une petite idée de comment ces nouveaux personnages sont considérés.

On ne dit pas…  « J’aime pas quand les personnages de couleur sont mis sur un pied d’égalité avec les blancs. » comme un gros raciste.
On dit… « J’aime concevoir des personnages spécifiquement pour des gens de couleur. » comme un bon gros raciste.

« J’adore travailler avec ces gens, ils sont toujours de bonne humeur, c’est si rafraîchissant ! » dit le bon gros raciste.

 

Le symptôme du « vrai » restaurateur

Plus la situation s’aggrave, plus le bon gros raciste voit ses symptômes s’accentuer. Pire : plus il trouve du plaisir dans sa quête permanente d’exotisme et ressent le besoin de la mettre en avant. Généralement, cela commence par l’ajout du terme « Vrai » dans des phrases où il est question de nationalité, tout en ramenant, comme vu précédemment, tout ce qu’il peut à lui. Par exemple :

« Tu appelles ça un restaurant japonais ? Moi je connais un VRAI restaurant japonais, tenu par des VRAIS Japonais, c’est autre chose ! »

Sous-entendu : seul le Japonais peut cuisiner japonais avec talent. Alors que le bon gros raciste ne se comporte pas de la même manière avec la cuisine française. Au contraire : il sera le premier à traiter de raciste celui qui commentera l’apparence peu gauloise des cuisiniers car qui dit qu’ils ne sont pas plus français que celui qui les montre du doigt, hmmm ? Mais si ça concerne des restaurants étrangers, là, ce n’est pas pareil, c’est parti pour la distribution de brevets. Chez eux, le bon gros raciste se permet des commentaires sur ce qui est « vrai » ou non, ce qu’il ne se permettrait pourtant pas dans un restaurant franchouillard. Parfois, lors des soirées parisiennes qui s’éternisent, on peut surprendre plusieurs bon gros racistes faire un concours de qui connait le restaurant le plus « vrai » de tel type de tout Paris, chacun ne démordant pas que grâce à sa science de ces pays lointains et exotiques, lui, on ne la lui fait pas.

On ne dit pas…  « Tu as vu en cuisine ? Ce ne sont pas de vrais Français… je t’emmènerai dans un vrai restaurant français goûter la vraie cuisine française la prochaine fois.  » comme un gros raciste.
On dit… « Tu as vu en cuisine ? Ce ne sont pas de vrais Japonais… je t’emmènerai dans un vrai restaurant japonais goûter la vraie cuisine japonaise la prochaine fois. »comme un bon gros raciste.

« Attendez, je connais bien le Japon, Monsieur : je vais à la Japan Expo chaque année, on ne me la fait pas ! »

Le symptôme de la banlieue

Le bon gros raciste finit un jour où l’autre par développer un amour immodéré de la banlieue. Attention, hein, quand je dis banlieue, nous parlons ici plus des Tarterêts que de Rueil-Malmaison. Ne lui d’ailleurs parlez pas de « cité », parlez lui de « quartiers populaires ».

Il connait bien : il a vu quantité de films français sur le sujet. Aussi, selon le principe des films évoqués plus haut, le bon gros raciste a développé une vision paradisiaque de ces endroits où solidarité et entraides ne sont pas de vains mots. Il n’ira pas s’y installer pour autant – il a toujours une incroyable quantité d’excuses comme « Cela m’éloignerait de mon travail » ou « Mon club de body attack est juste à côté de mon appartement du XIIe, je ne me vois pas lâcher mon coach ! », ce qui lui permet de reproduire, plus près de chez lui, ce qu’il fait en revenant de voyage : décrire une situation de pauvreté comme une espèce de vie magnifique faite de bohème et de grandes amitiés. Ce qui n’aide pas vraiment à sortir les populations sur place de leur situation, mais nous l’avons dit : le bon gros raciste est avant tout là pour se mettre en avant, pas pour aider autrui, et ce même si pour cela, il doit vanter les mérites de barres d’immeubles dont les gens essaient de partir.

C’est le côté paternaliste du bon gros raciste : la misère, c’est sale, mais donne-moi deux minutes et je vais te dire qu’elle est magnifique, tu devrais rester dedans.

On ne dit pas…  « Quand je vais en banlieue, j’ai plus l’impression d’être en France !  » comme un gros raciste.
On dit… « Quand je vais dans les quartiers populaires, j’ai l’impression d’être au carrefour de plusieurs mondes. » comme un bon gros raciste.

Alors qu’en fait, quand on est en banlieue, on est en banlieue. Avec tout ce que cela implique de bon comme de mauvais. Mais ça, c’est déjà trop complexe.

« Non et puis tu sais, je suis contre la gentrification des quartiers. »

 

Lorsque le bon gros raciste présente ce dernier symptôme, il est dès lors considéré comme perdu. Peu de cliniques proposent pour l’instant de faire piquer vos bons gros racistes ce qui est, avouons-le, quelque peu décevant. Mais aussi signe que le bon gros racisme est en forme et devrait l’être encore pendant un bon moment. Et il a encore de beaux jours devant lui, à la télévision, au cinéma et un peu partout.

Alors n’oubliez pas : être un gros raciste, c’est mal. Et ringard. Aussi, en 2020, soyez néo-racistes : soyez un bon gros raciste.

Avec une petite touche de modernité, un racisme urbain, en rajoutant du positif dans vos termes, et en disant que vous traitez les autres différemment, mais attention, pour leur bien, alors au lieu d’un raciste, vous serez un bon gros raciste. Nul doute que des populations entières vous aduleront pour votre incroyable capacité à partager avec elles vos leçons de vie et surtout, à ne jamais les considérer exactement comme vous le feriez pour quelqu’un ayant la même couleur que vous.

Et surtout, ne doutez jamais de votre antiracisme : après tout, si vous faites l’exact opposé d’un raciste, vous êtes forcément antiracistes, pas vrai ?

Ou bien, à faire exactement l’opposé d’un gros raciste, vous êtes devenu son reflet dans le miroir.

Et ça, ça s’appelle un bon gros raciste.

F.A.Q

Que faire si je découvre un bon gros raciste dans mon entourage ?

Généralement, vous n’aurez rien à faire : il s’enfuira et vous bloquera d’abord. Et se persuadera que c’est vous le méchant :  car s’il est contre le méchant, c’est lui le gentil, donc il a raison, hop, pouf pouf, c’est bon. Notez qu’il a encore tout ramené à lui : il est fort !

Je ne suis pas raciste, comment le prouver ?

Si vous pensez qu’il existe des brevets de non-racisme à agiter, vous êtes probablement déjà du mauvais côté de la barrière.

N’empêche que moi, je connais vraiment un pays où les gens, ils sont plus zen que nous.

Laissez-les prendre la ligne 13 durant un an. S’ils survivent, vous verrez vite s’ils ont une source de zen magique en eux ou si ce sont juste des gens comme vous et moi.

Moi je peux pas être raciste, je suis de telle couleur !

La plus grande égalité entre les peuples c’est que tous, sans distinctions, ont leur lot de gros cons. Si vous pensez que vous faites partie d’un peuple qui est l’exception : félicitations, vous venez de trouver votre premier gros con.

Oui, mais systémiquement…

La connerie existe à tous les niveaux. Universelle, je vous dis.

C’est pas du racisme si c’est de la bienveillance !

Et c’est pas de la violence si je fais ça par amour, Monsieur le juge.

Je crois que je commence à présenter des symptômes : que faire ?

Devenir misanthrope : haïssez tout le monde, oui, mais sans distinction.

Raciste 3bis

Un odieux connard

Mais si, vous savez, ce genre de personne qui est tout ce que les gens du pays détestent et dont ils se foutent sitôt qu'ils sont partis.

La finale avec Nadine Morano était particulièrement impressionnante.

Tant pis ; ce soir, il ira manger éthiopien et il racontera demain comment le serveur lui a fait une ristourne tellement c'est un client trop cool.

Ce n'est pas raciste si c'est paternaliste !

Quelques instants avant la prononciation des mots appropriation et culturelle.

Et puis bon, ça manque de magasins vegans bio par là-bas.

Reparlons séduction

Vous le savez, les sites de séduction sont l’une de mes nombreuses passions.

S’y rendre, c’est comme contempler un petit terrarium dans lequel quelqu’un aurait reproduit en miniature le Macumba de Melun. Un spectacle que l’on savoure avec le même sentiment de plaisir coupable et de curiosité perverse que celui ressenti devant un épisode de Strip-tease. Aussi, il est grand temps de retourner faire un tour chez certains de nos champions : les troupes d’Art de Séduire, que mes lecteurs connaissent déjà pour leurs excellents articles comme Draguer comme un Sniper, la technique consistant à demander « Combien coûte ton cul ? » ou l’art secret de la séduction aux toilettes.

Vous comprenez qu’avec une créativité pareille, il est dur de résister à l’envie d’y retourner une fois l’an.

Alors, si en cette nouvelle année, vous avez décidé d’en finir avec le célibat, découvrons quelques nouvelles techniques qui, n’en doutons pas, vous permettrons de provoquer roucoulements et autres bruits de gorge amusants chez l’être désiré (je pense par exemple aux gens ayant une attirance pour les vélociraptors).

La séduction moderne, c’est savoir offrir des fleurs, mais pas que tes bretelles sont une insulte à tout ce qui possède des rétines.

Et commençons avec légèreté en abordant Influence et Manipulation de Cialdini : Ça Marche Pour Séduire ? 

Un article qui promet, tant évoquer la manipulation comme technique de séduction laisse rêveur. J’en profite pour vous rappeler cette règle essentielle sur internet : « Si un titre d’article a des majuscules au début de chaque mot, c’est de la daube« . Essayez chez-vous, cette règle se vérifie à chaque fois. Mais, allez, plongeons ! Car l’auteur nous parle du livre évoqué en titre et de son contenu.

Cialdini y étudie la psychologie du consommateur, et montre comment nous nous faisons parfois manipuler, lorsque certaines personnes utilisent des techniques à mauvais escient.

Cependant, lorsqu’elles sont utilisées par des personnes bienveillantes, celles-ci se révèlent simplement utiles.

Si ton objectif est de vendre de la lessive, la manipulation, c’est donc mal. Par contre, si c’est pour essayer d’introduire des choses dans le slip d’autrui, c’est bienveillant. J’en prends bonne note.

Je décrypterai dans cet article quatre principes d’influence et de manipulation.

Une fois connus, vous ne pourrez plus vous faire manipuler, mais au contraire que vous pourrez utiliser pour augmenter votre succès au travail, avec vos amis et avant tout : avec les filles !

Manipuler sa famille et ses amis, c’est amusant ! Voilà qui rattrapera sûrement cette sombre histoire de filles, qui fera pousser des soupirs de désespoir à mon lectorat qui préfère les garçons. Rassurez-vous, nul doute que ces techniques marchent aussi sur tout ce qui porte chromosome Y, mais nous aurons sans nul doute l’occasion d’y revenir. En attendant, penchons-nous sur la première technique :

#1 : L’effet de contraste – Technique facile d’Influence et Manipulation

Qu’est-ce donc que cela ? C’est facile : on laisse le choix à une personne entre deux options. Une bien et une moins bien. Et en général, bizarrement, ça donne envie à la personne d’aller vers la meilleure des deux. Une technique fort subtile, puisque par exemple, si je vous dis « La bourse ou la vie ? » vous avez rarement tendance à arracher votre cœur encore palpitant en poussant des cris porcins. Mais ça, c’est votre côté timoré, on vous connaît.

Mais voyons un exemple.

Pour vous, l’effet de contraste marchera particulièrement bien, lors d’une proposition de date où vous souhaitez passer à la vitesse supérieure.

Imaginez-vous avoir déjà passé plusieurs dates avec elle.

Rappelons qu’en France, lorsque quelqu’un parle de « date » plutôt que de rendez-vous, cela en dit suffisamment sur la personne pour annuler ledit rendez-vous. La seule réponse à faire à ce crypto-consultant en consulting est donc « Sorry, pas de date tonight, j’ai conf call, je dois leave ASAP. Regards. »

Vous vous êtes embrassés, et vous aimeriez à présent l’inviter chez-vous, mais ne souhaitez pas passer pour un homme qui grille les étapes.

Donc, autant passer pour un homme qui la manipule, c’est plus courtois. Astucieux !

Ah, et dire que nous sommes déjà en 1920 !

Pour cela, vous devez faire une proposition à cette fille, de manière à ce qu’elle ne sente aucune pression de votre part.

Je rappelle que « Pas de pression » se traduit par ici « On va lui laisser le choix entre un rencard avec moi ou un rencard avec moi« . Pas de pression, vous dis-je. En attendant, voyons à quoi va ressembler le message.

Salut Ambre ! Pas trop dur ta semaine de taf ? On pourrait décompresser un moment ensemble jeudi ou samedi soir !

Généralement, quand on écrit « Jeudi » plutôt que « demain », c’est qu’on n’est même pas encore mercredi. Ambre doit donc avoir des semaines particulièrement courtes. Ou bien elle fait partie de ces êtres du démon qui postent tous les lundi « Pfoulala grognougnou c’est lundi holalala vivement vendredi, hihihi ! » sur leurs réseaux sociaux. Auquel cas, le seul rendez-vous à envisager avec Ambre impliquera un bûcher.

Tu te souviens la fois où je t’ai parlé du bout de tour Eiffel qu’on voyait depuis ma terrasse ?

Mais quel James Bond ! Draguer avec un « bout de tour Eiffel », quelle classe ! Et pourquoi pas la séduire en lui disant que si on se penche très fort par la fenêtre de la cuisine, on aperçoit un coude du canal Saint-Martin ? Je laisse le soin à mes lecteurs de province de pouffer en voyant à quoi ressemble la drague dans une ville à 10 000€ du mètre carré.

La prochaine semaine, Art de Séduire vous présentera « Viens chez moi, j’ai un salon« .

Y’a pas mieux que de s’y poser pour un coucher de soleil, avec une bonne bouteille de vin blanc, accompagnée d’un petit plat (tu devras deviner s’il vient de Picard ou s’il est concocté par mes soins).
Sinon, on peut se refaire comme la dernière fois, et retourner au même bar qui n’était pas si mauvais. »

D’un côté vous lui proposez quelque chose de nouveau, en lui faisait imaginer une scène agréable.

De l’autre, vous lui faites une proposition terne, dans le même bar de la dernière fois, qui n’était pas mauvais.

« Tu préfères venir chez moi ou aller au Mac Do ? »

Tant d’élégance, nul doute que l’être désiré vous désirera comme la blogueuse désire la fraise Tagada.

Existe aussi en version « On va chez toi ou chez moi ? » alors que la phrase précédente était « Bonjour ».

Au mieux : elle accepte de venir chez vous.

Au pire : elle choisit la seconde option, mais comprend vos intentions (ce qui est positif et nécessaire), que vous aurez su faire comprendre habilement.

Je crois que nous n’avons pas la même définition « d’habilement« . Et encore, ça, ce n’était que la première technique ! Vite, la suite !

#2 – Influence et Manipulation : Les bénéfices du don

L’être humain déteste le sentiment de redevabilité, et tente à tout prix de l’éviter.

C’est bien simple : lorsqu’une personne offre quelque chose à une autre, l’héritier ressent un sentiment de redevabilité, et est prêt à offrir plus que de raison pour résorber cela.

Hmmm… vous voulez dire « Je vais lui filer un truc et en retour, je vais espérer qu’elle se sente un peu redevable de me donner son cucu ? »

Ici, nous sommes des gentlemen : offrez son verre à la fille que vous voyez en rendez-vous !

Ça fait plaisir, et ça nous fait marquer des points.

Mais il s’agit d’un don. En aucun cas elle ne vous est redevable de quoi que ce soit, qu’on soit bien d’accord.

Notez le principe : « Bon, on va vous donner un truc pour que les gens se sentent redevables… mais hein, attention, hein, ils ne vous sont pas vraiment redevables ! Nous sommes des gentlemen ! »

Des gentilshommes qui espèrent quand même un peu que la demoiselle se dira « Tout de même, il m’a payé un cocktail, je lui dois bien mes fesses ! »

Vous savez, si vous voulez vraiment du sexe en échange d’un don, ça porte un nom. Mais dans ce cas, il va falloir changer de site pour consulter Art-de-la-Facturation. Enfin… technique suivante, s’il-vous-plaît ?

3 : Être apprécié des gens qui nous entourent

D’accord. C’est mieux d’être apprécié. Voici une analyse aussi puissante que profonde. En effet, on remarque que les gens se mettent plus souvent en couple quand ils s’apprécient que lorsqu’ils se vouent un mépris réciproque. C’est fou.

Alors, comment se faire apprécier ?

Être apprécié… grâce à votre image !

Mais encore ?

Nous attribuons plus facilement les qualités de gentillesse, de fiabilité et d’intelligence à une jolie fille, ou à un mec beau gosse.

Donc, prenez soin de vous.

Est-ce que le conseil c’est « soyez beau » ? Non parce qu’un tel stade d’enfonçage de portes ouvertes risque d’endommager le tissu même de la réalité. Je tiens à rappeler que cet article est pondu par des gens qui font payer leurs conseils. Eh bien. Le monde est décidément plein de merveilles pour qui n’en attend plus rien.

Être apprécié… grâce à vos similarités !

Il est naturel de préférer les personnes partageant nos valeurs ou une de nos passions.

Là encore, les gens ayant des points communs ont une fâcheuse tendance à avoir plus de chances en commun. N’en jetez plus, Monsieur de La Palice ! Cependant, je dois malgré tout approuver. Par exemple, à titre personnel, lorsque je rencontre une nouvelle personne, j’aime avoir recours à des galéjades nazies. Si la personne s’offusque, on en déduira que l’humour noir n’est pas sa passion première et que l’on risque donc de s’ennuyer ferme. Si la personne surenchérit, cela commence à être plus intéressant. Si par contre, elle répond « Trop vrai ! » avant de sortir le drapeau de son papy, une fois la première suée passée, préparez votre tondeuse, vous avez du boulot.

On le sait peu, mais Hitler racontait d’excellentes blagues nazies.

Être apprécié… grâce à votre capacité de complimenter !

Une personne sincèrement gentille, sachant correctement exprimer ces impressions, marquera des points si elle sait faire un bon compliment.

Toutes les filles apprécient un compliment sincère : faites-leur remarquer si vous appréciez leurs nouvelles chaussures, leurs nouvelles coupes de cheveux ou encore leur dernier post instagram !

« J’ai vu une photo d’un paysage que tu as posté sur insta… tu l’as prise avec ton Iphone ? Le rendu est vraiment stylé ».

Notez que l’on souligne ici « sincèrement » dans un article dédié à la manipulation. L’ironie est appréciable : tenez, je peux presque la sentir dans mon brandy. Cependant, permettez-moi de vous mettre en garde : si la personne qui vous complimente utilise des termes comme « Insta » et « stylé« , n’allez pas plus loin : elle a douze ans. Il est donc grand temps d’appeler ses parents pour venir la chercher avant que Leonardo Di Caprio ne le fasse.

4 : Comment maîtriser le principe de rareté pour influencer les autres

Dans son livre Influence et Manipulation, Cialdini illustre cela au travers d’une expérience faite par une entreprise bovine.

Pour une même viande, celle-ci propose à de nouveaux clients une offre au même prix, mais avec trois formulations différentes, qui activent justement le principe de rareté.

La première offre propose la viande de manière basique, en fournissant toutes les informations nécessaires.

La seconde offre propose cette même viande, au même prix, mais précise que la viande sera probablement amenée à être en rupture de stock dans un futur proche.

Le client doit donc se décider rapidement, dû à la rareté du produit.

La dernière offre propose cette même viande, au même prix, mais précise que la viande sera probablement amenée à être en rupture de stock dans un futur proche.

Là encore, tant de classe m’éblouit : je suis obligé de lire ce site web avec des lunettes de soudeur pour préserver mes rétines de pareil éclat. Car oui, nous sommes bien ici en train d’utiliser des exemples de viande bovine pour parler séduction et élégance. Nul doute que déjà, derrière votre écran, vous sentez des redirections sanguines s’opérer devant un tel pouvoir d’attraction d’autrui.

La prochaine fois, nous parlerons d’où mettre ses jarrets pendant l’acte sexuel.

Et à votre échelle, comment pouvez-vous devenir rare ?

En restant chez vous au lieu de sortir débiter des conneries, mais m’est avis que ce n’est pas la direction que nous prenons ici.

Premièrement, en répondant plus lentement aux messages et sms que vous recevez provenant de vos targets.

Targets. Ces gens utilisent tellement d’anglicismes que je ne sais jamais s’ils parlent de Mesdames ou de Mig soviétiques. Que faire sur une target te lock, Les best evasive maneuvers en cas de failed date et autres Eject button : quand le push ? sont autant d’articles potentiels que l’on pourrait lire sur ce site sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Quand votre vie aurait pu être écrite par la dialoguiste de Top Gun, il est temps de sérieusement vous inquiéter.

En attendant, devenir rare consisterait donc à devenir lent. Ce qui ne demande pas trop d’efforts à certains, je suppose. Mais allons, évidemment plus profond que cela !

Le temps que vous avez à lui accorder devient rare : et ça, c’est séduisant. Vous êtes occupé à ses yeux (et efforcez-vous de l’être pour de bon, grâce à votre lifestyle).

D’autant plus, vous connaissez probablement le mythe du « gars mystérieux »… et oui, il plaît beaucoup aux filles !

Messieurs, si une fille vous trouve mystérieux parce que vous répondez lentement à ses textos, m’est avis que sa notion de mystère est assez limitée.

Mesdames, si un garçon répond lentement à vos textos, n’oubliez pas qu’il y a environ 67 000 000 de fois plus de chances que ce soit parce qu’il joue à Fifa que parce qu’il est occupé à jouer de l’orgue dans le sous-sol d’un opéra. Généralement, le mystère se résout de lui-même lorsqu’au rendez-vous suivant, il tente de vous impressionner en mimant des danses Fortnite.

Un mystère en train de se jouer, allégorie.

Mais justement, puisque nous parlons de lieux mystérieux, voyons d’autres endroits où Art de Séduire nous recommande de chasser. Et parlons de…

Comment Draguer Pendant les Examens ?

Puisqu’il est vrai que c’est un moment idéal : tout le monde adore se faire aborder par son voisin en plein partiel peu avant d’être éjecté de la salle pour tentative de triche. Notez, encore une fois, que l’article a eu recours à la célèbre corne d’abondance des majuscules pour nous signifier de suite que s’il était vil de tirer sur une ambulance, celle-ci tournait quand même devant chez vous en jouant La Cucaracha avec son klaxon. Et commençons.

Cela fait quelques années maintenant que je ne suis plus étudiant mais dernièrement un coaché en première année de fac me demandait comment approcher sa target durant les partiels.

Est-ce que ce site enseigne à quel moment on doit laisser les gens tranquilles, puisqu’on les poursuivait jusqu’aux toilettes dans d’autres articles ? Vivement « Séduire au crématorium« , article qui ravira aussi bien le nécrophile que le néophyte. Voire, un savoureux mélange des deux.

Draguer pendant les examens, c’est réellement très difficile parce que logiquement en période de partiels l’esprit est ailleurs.

Mais ce n’est donc pas pour autant qu’on va laisser autrui en paix, dites voir.

Quand elle sort en soirée, elle a passé 2 heures à choisir sa robe et à se maquiller donc elle sait parfaitement que tous les mecs qui vont lui parler n’ont qu’une idée en tête : faire sa connaissance, et si possible la ramener chez eux pour lui faire l’amour.

Notez qu’il est visiblement impossible pour un mâle d’avoir une conversation avec un membre du sexe opposé sans que ce ne soit dans le but de faire des trucs cochons.

Est-ce que c’est moi ou les coachs de ce site sentent méchamment la misère sexuelle ?

Ses défenses vont donc être à leur paroxysme et son filtre de sélection et ses boucliers de rejet prêts à l’emploi !

Mais quand elle est à la B.U., assise à une table, probablement en train de prendre des notes sur un livre au thème très barbant ouvert devant elle, elle est en jean avec les cheveux attachés.

Et la seule chose qui la préoccupe, c’est le partiel qu’elle est en train de réviser.

« Hé hé, voyez l’avantage : elle ne s’attend pas à ça ! »

Peut-être parce qu’elle est venue bosser en paix ?

Parce qu’elles ne pensent pas qu’au partiel, qu’aux examens, mais à l’avenir, à l’influence qu’aura une note sur leur avenir.

Leur avenir elles le voient aussi dans les yeux de ses parents aimés et aimants. Il faut prendre ça en compte, elles travaillent aussi pour rendre leurs parents fiers d’elle.

Alors que les hommes ne le font jamais. Chacun sait que l’étudiant mâle rentre à la demeure familiale passer le weekend à montrer ses majeurs à ses parents, avant de s’en retourner le lundi à sa résidence du CROUS avec les tupperwares de maman. Alors que les filles, c’est sérieux, c’est doux et ça travaille pour sa famille.

Plus haut, je parlais de 1920 : excusez-moi, je voulais écrire 1820, les lecteurs auront corrigé d’eux-même.

Et là est un nouveau problème, vous pourriez l’énerver à la déconcentrer sur sa route.

Appréciez la constance avec laquelle l’auteur nous rappelle qu’il est conscient que draguer pendant les partiels, c’est particulièrement lourd, mais il poursuit quand même malgré tout.

Si on y réfléchit bien, la bibliothèque offre quand même de nombreux avantages.

Il y a moins de concurrence. Pas de concurrents amoureux d’elle et qui font tout pour vous empêcher d’approcher.

Pas dans les parages immédiats en tout cas.

On en revient donc à cette logique fabuleuse : « Héhé, c’est un moment de merde, mais justement ! Les gens intelligents ne vous y attendront pas ! »

C’est du même acabit que « Et si on essayait de braquer la banque en plein jour, sans masque et sans véhicule ? C’est si con que la banque ne s’y attend sûrement pas. ». En effet, d’ailleurs, l’explication est dans le raisonnement.

Quand vous voulez juste apprendre le Python mais que lui veut vous montrer le sien.

Le vrai souci de notre génération, c’est le FOMO : Fear Of Missing Out.

La peur de passer à côté de quelque chose. La peur de rater un événement Facebook, la peur de rater une soirée, la soirée où vous auriez pu croiser Pénélope…

Ou les anglicismes de merde. Je pense que c’est plutôt ça, le souci de votre génération, mon bon.

D’ailleurs, à force de concepts foireux l’auteur oublie… d’expliquer comment draguer à la bibliothèque. Non parce qu’après avoir lourdement insisté sur le fait que « Si, si, c’est possible ! » il ne vous explique pas comment faire. C’est tout de même un peu culotté ! Alors que bon, si tout bon étudiant sait qu’il ne faut pas draguer durant les partiels (à part si vous êtes à l’UNEF, puisque vous êtes en train de bloquer la fac pour éviter lesdits partiels et il faut bien s’occuper), l’essentiel, en matière de drague estudiante, est de se rappeler qu’il y a des codes. Qui varient en fonction des filières, et qui permettent de s’aborder, en bibliothèque ou non.

Par exemple : vous êtes étudiant en histoire, et alors que vous vous rendez à la médiathèque Christian Clavier de Nevers, vous apercevez, si vous aimez les Mesdames, une charmante damoiselle occupée à étudier un livre de Pierre Miquel. Contrairement au coach d’Art de Séduire, vous connaissez donc forcément la conduite à tenir : ne l’abordez pas et contentez-vous de fredonner du bout des lèvres depuis votre table :

Plus de morgue, plus d’arrogance,
Fuyez barbares et laquais,

Si aussitôt, elle vous répond :

C’est ici la porte de France,
Et vous ne passerez jamais !

Alors le contact est établi. Et si elle vous demande comment vous avez ainsi appris la voie qui mène aux filles, dites-lui que c’est parce que vous connaissez le chemin des dames. Je ne sais pas si vous vous ferez des bisous, mais au moins, vous devriez vous taper dans la main avec une telle puissance que j’espère que la mairie de Nevers a un bon budget vitres.

Bon par contre, si elle ne vous répond pas, méfiez-vous : si ça se trouve, c’est encore une géographe qui s’est égarée, aussi jetez-lui un truc pour la chasser, comme un ouvrage de Bernard Legras.

Si vous préférez les Messieurs, cela marche aussi, mais faites attention quand même : si le viril barbu qui a répondu à votre appel se met à entonner d’une voix grave l’ensemble de la chanson, vous êtes peut-être tombés sur un légionnaire. Cependant, si l’individu vous répond en lieu et place « C’est quoi cette chanson barbare ? » là, c’est probablement un étudiant en sociologie. Ne le châtiez pas : son avenir s’en chargera.

La réponse étant fournie, Art de Séduire, qui n’en a pas fait tant, change habilement de sujet.

Jeune femme révisant les paroles du Boudin pour séduire un caporal de la Légion.

Comment draguer pendant les concours ?

Je vous passe le raisonnement qui s’ensuit, où les seules questions que l’auteur se pose sont : « Qui organise les soirées ? » « Où vont les filles ? » et « Est-ce qu’on sort ce soir ?« .

M’est avis qu’il devait parler du concours de Miss Poitou-Charentes.

Là encore, nous n’en saurons pourtant pas plus, tant les coachs en séduction semblent à court de conseils autres que « Vas-y, fonce, ça va passer ! » avec la subtilité d’un commissaire politique derrière une unité disciplinaire.

Mais, vous imaginez bien que cela ne s’arrête pas là.

Puisque Mesdames, même si vous avez abandonné vos étude et fui vos concours pour échapper aux hordes de dragueurs lourdingues d’Art de Séduire, vous pensiez avoir trouvé refuge dans une profession libérale où vous travaillez seule ? Hélas, Art de Séduire y a pensé aussi. Car où que vous soyez vous DEVREZ être draguée. Même dans un espace de coworking avec…

5 Techniques De Drague Pour Aborder Dans Votre Coworking

Passons sur les majuscules ou sur le fait que par contre, on trouve peu d’articles sur « Comment s’excuser auprès d’une fille qui fait du krav maga ? » et voyons plutôt comment même après avoir payé pour un coin tranquille de coworking, vous aurez le droit à des visites de gros lourds.

Draguer si vous êtes freelance, draguer si vous bossez dans un espace de coworking, c’est un nouveau jeu.

Dont les règles sont simples : si tu penses que c’est un jeu, tu as perdu. Et justement, comme nous allons le voir, l’auteur en est conscient, mais s’en fout. Mais à ce stade, qui s’attendait à une autre option ?

Le premier truc à garder en tête, c’est que ce n’est pas un bon lieu de rencontres.

Les gens y sont présents pour travailler avant toute chose.

C’est fou ces gens qui vont dans des lieux pour autre chose que le sexe. C’est incompréhensible.

J’espère que l’on interdit à nos héros d’approcher des écoles.

Mais il y a les autres règles : les règles tacites, les règles cachées, celles que vous êtes censé connaître.

[…]

La seconde, c’est de rester discret… afin que votre comportement de « chasseur » n’arrive pas aux oreilles des équipes dirigeantes, qui ne veulent pas de scandale de harcèlement #metoo etc…

Voilà voilà.

On sait qu’on fait chier, on sait qu’on se la joue « chasseur » ce qui est plus que moyen, on sait que ça pourrait être touuuuuuut petit peu du harcèlement maiiiiiiiis…. l’important, ce n’est pas ça ! L’important, c’est de ne pas se faire griller ! Hihihi !

Je… mais ? Qui sont ces gens ? Existent-ils seulement ? Ont-ils vécu, je ne sais pas moi, les 20 dernières années ? Au hasard ?

Je vous avoue que je trouve la chose bien plus mystérieuse que quelqu’un répondant lentement à ses SMS. C’est un peu comme une sorte de petit moment de communion avec une pomme de terre douée de conscience : vous savez qu’elle ne va pas raconter grand chose d’intelligent, mais malgré tout, le phénomène reste fascinant.

Toujours est-il que nos experts ne voient pas le souci. Ils ont recours à la technique dite du RPR (Messieurs d’Art de Séduire, si vous me lisez, ce sigle n’est pas un anglicisme) : « L’important, ce n’est pas que ce soit mal : l’important, c’est de ne pas être pris. » comme l’avait ainsi théorisé Patrick B., sympathique coach en séduction politique (et conseiller en patrimoine), actuellement détaché pour une mission de longue durée.

Alors évidemment, je vois les sourcils se froncer et la respiration s’accélérer dans mon lectorat : « Diable, n’en jetez plus ! » me dites-vous « Tant de séduction d’un coup, comme ça,, c’est insoutenable ! Livrez-nous leurs plus belles accroches permettant de faire chavirer le cœur ! » . Pas de problème. Je vais vous donner directement celle que notre coach présente comme la meilleure :

#5 La technique du roi de la drague en coworking

J’ai gardé le meilleur pour la fin, parce que c’est la manière la plus directe de séduire, partout.

Attention… voici donc ce qui, Mesdemoiselles, est supposé vous faire pousser des « Oh ! » et des « Ah ! » d’admiration puisque c’est « le meilleur » s’approcher de sa cible et lui dire à voix haute :

« Salut, je ne sais pas du tout comment t’aborder dans ce coworking. Je suis bien trop stressé par le regard des gens, ils vont se dire « Mais regarde-le, ce beau gosse, qui irradie de confiance, à parler à la plus belle fille du coworking, comment il fait, qui est-il ? Et regarde, il la fait rire tellement il est charismatique ! » Tu t’appelles comment, plus belle fille du coworking ? »

Rappelons que l’ensemble des pensées des gens présents lors de cette scène sont en réalité :

  • Qui c’est ce gros con ?
  • Seigneur, mon presse-papier est à la fois moins lourd, plus drôle et plus charismatique que cet homme !
  • Bordel, c’est fini oui ? J’essaie de faire ma compta ! Je crois qu’il va falloir immobiliser plus que le budget informatique ce mois-ci.
  • Casse-toi, c’est pas l’Île de la Tentation ici, apprenti-Brandon !

Quant à la victime, c’est probablement :

  • Merde, un gros lourd, moi qui pensais pouvoir bosser en paix.
  • Bon sang, je savais que même en abandonnant les concours et mes études, ils me retrouveraient ! Vite, ma bombe de fumée ninja !
  • Voyons voir, où est mon taser ?

Oooh, ne faites pas vos prudes, amies lectrices. Je sens bien que devant pareil numéro, d’une qualité telle qu’un professionnel de la séduction le présente comme étant « le meilleur », vous êtes à deux doigt de vous frotter langoureusement contre votre écran. Mais, ne le faites pas : ça fait des traces, un peu comme quand un manager vient poser ses gros doigts sur votre PC pour vous montrer des choses. Et nous savons tous que c’est mal.

Rappelons que les espaces de coworking restent des lieux maudits des hommes et des dieux où pullulent des gens qui travaillent sur leur Mac, un Starbucks à la main, mais ont encore du mal avec Photoshop quand bien même ils se présentent comme « Graphiste freelance, tu vois ».

Et si jamais cela ne prenait pas – je n’ose y penser ! –  inutile de chercher à fuir : même si vous parveniez à avoir un train pour quitter le pays (ce qui n’est pas si simple de nos jours), ils ont tout prévu avec Comment Prendre le Numéro de Téléphone d’Une Fille Dans le TGV ?

Et je ne vous donne que deux des lieux où nos séducteurs proposent à leurs troupes de tendre des embuscades aux damoiselles qui n’en demandaient pas tant :

Vers les toilettes

sur [l]es tables-poubelles

Finalement, c’est là que nos séducteurs sont les plus pertinents : au moins, ils savent à quels lieux ils appartiennent.

pexels-photo-236287

Un odieux connard

Noter que laisser le choix entre une option pourrie et une option moins pourrie mais foireuse quand même est une technique appliquée au second tour de bien des élections en France.

Ici, il raconte l'histoire du mec qui décide d'aller aider Mussolini. Eva la connaissait mais avec Franco.

Vazy j'réponds plus tard elle m'fait chier, lô ! s'exclama le séducteur mystérieux

Il faut bien sûr lui répondre que vu son engin, c'est pas avec ça que vous allez faire la Java.

Sauf s'il est Belge, la réponse étant dans la chanson.

C'est aussi un endroit magique pour rencontrer d'insupportables start-uppers qui viendront vous demander si vous ne voudriez pas investir dans leur tabouret connecté.

❌