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Before yesterdayLe reste du Web...

Bœuf et Bourguignon

Ah, la Bourgogne !

C’est en ces terres verdoyantes, dans des villages accrochés au flanc de collines boisées qu’est apparu le célèbre vignoble du même nom, qui fait le bonheur d’ici et d’ailleurs depuis des temps ancestraux. La princesse de Vix, elle-même, se fit ainsi enterrer avec sa coupe à vin personnelle, qui lui permettait quand même de se verser un petit verre de 1100 litres pour commencer le repas. Car si le Bourguignon est joueur, il n’est pas toujours mesuré. C’est ce qu’ignoraient plusieurs grandes nations durant les guerres napoléoniennes, lorsqu’elles tentèrent de voir ce qu’il se passait quand on énervait un Bourguignon. Ainsi débute l’histoire de Monsieur de Chambure, un noble de Côte-d’Or qui a eu la malchance de naître en 1789, mais qui en peu de temps, a inventé la sacralisation du bœuf bourguignon, le concept de « Touche à ton cul, c’est à moi » et écrit à grands renforts de missives les bases de ce qui devint plus tard le scénario de Taken.

Bon visionnage.

 

Et pour ceux étant déjà arrivés au bout de la vidéo, voici la copie des deux lettres originales envoyées aux Suisses. Si les mots sont plus choisis, le fond reste simple : vous arrêtez les conneries ou je crame tout. Ah, mais.

VignetteBourguignon

Un odieux connard

[MCQ] Le potentiel fasciste, l’autoritaire et le dominateur.

Qui sont les autoritaires, pourquoi le sont-ils ? Jusqu’où vont leurs idées et croyances ? Pourquoi tant de fermeture ? Avec cet article « MCQ » (Mot Qui Compte), on fait un résumé du dossier sur la personnalité autoritaire (l’échelle F, F comme fascisme, d’où l’emploi du mot « fasciste » dans mon titre), mais on va voir également rapidement les recherches qui ont suivi, avec l’échelle RWA (Right Wing Authoritarism/l’autoritarisme de droite, d’Altemeyer) et l’échelle SDO (Social Dominance Orientation, l’orientation à la dominance sociale, de Sidanius et Pratto).

Je reviendrais ans doute plus en détail sur les études du RWA et SDO, ici le but est d’avoir davantage une image globale du profil autoritaire et/ou du dominateur afin d’envisager des solutions. Il est important d’étudier attentivement ces questions, car celui qui correspond à ce type de profil est diminué, tronqué dans et par ses attitudes politiques (il s’offre moins de possibilités de bonheur, cloisonne sa curiosité, s’oppresse lui même à répondre à des attentes conventionnelles, entrave ses capacités sociales, etc.) et peut s’en prendre violemment à des cibles arbitraires. De plus, il n’est pas rare d’observer des institutions et politiques innervées de ce modèle autoritaire, ce qui mène inéluctablement vers des violences d’origines structurelles.

Cet article est également disponible :

Image d’entête : bagarre au parlement entre nationalistes et communistes en 2014, en Ukraine. Plus d’infos ici : https://www.huffingtonpost.fr/2014/04/08/ukraine-bagarre-assemblee-communistes-nationalistes_n_5110015.html source de l’image : https://elcomercio.pe/mundo/actualidad/ucrania-diputados-pelean-punetes-patadas-parlamento-168765 ; 


1. le potentiel fasciste : la personnalité autoritaire


Si vous avez déjà lu le dossier sur la personnalité autoritaire, vous pouvez sauter jusqu’au point 2.

Y a-t-il un profil psychologique plus prompt à adhérer au fascisme ? C’est-à-dire un profil qui prône la hiérarchie entre les humains, certains supériorisés, d’autres infériorisés au point d’être déshumanisés, qui opère à cette hiérarchie en adhérant à des violences structurelles (ségrégation, discrimination institutionnelle, injustice, politiques d’inégalité, etc.), en participant à une violence directe (terrorisme, ghetto, pogrom, massacres, génocide…) et à une destruction ou à un retrait des libertés et droits (propre à un groupe ciblé) ; avec ce type de profil régnant, l’altruisme, le non-ethnocentrisme, la bienveillance à tous, l’aide, le soin envers l’exogroupe cible seraient répréhensibles, considérés comme une forme de traîtrise. Pourquoi certains sont-ils favorables à des systèmes politiques qui vanteraient de telles inclinations autoritaires ? Et plus étrange encore, pourquoi certains en viennent à s’y soumettre complètement ? Pourquoi cette préférence à un climat d’oppression général, où la menace plane de plus en plus forte parce que la violence qui en est la conséquence augmente ? Pourquoi une telle motivation alors que l’histoire de tous les pays montre à quel point c’est  destructeur à terme pour tout le monde ?

Dans les années 50, et dès 1944 en pleine guerre, Adorno, Else Frenkel-Brunswick, Levinson, Nevitt Sanford commencent une longue recherche aux États-Unis pour comprendre s’il y aurait des citoyens plus prompts que d’autres à se laisser séduire et à voter pour un leader et/ou à des politiques autoritaires. Peut-on trouver dans le fonctionnement psychologique quelque chose qui pousserait, motiverait à, par exemple, agresser un autre pour la seule raison d’une petite différence physique, ou d’autres critères arbitraires (dans le sens ou ces personnes ne leur ont jamais rien fait, ce n’est pas de la légitime défense) comme la religion, l’origine, le sexe, le groupe social… ?

« En nous concentrant sur le fasciste potentiel, nous n’avons pas l’intention d’affirmer que d’autres modèles de personnalité et d’idéologie ne pourraient pas être étudiés avec profit de la même manière. Néanmoins, notre opinion est qu’aucun courant politico-social ne représente une plus grave menace pour nos valeurs et nos institutions traditionnelles que le fascisme, et que la connaissance des forces de la personnalité qui favorisent son acceptation peut, en dernière analyse, se révéler utile pour le combattre. »

Études sur la personnalité autoritaire, Adorno

Il ne s’agissait pas de pathologiser l’adhésion à des politiques autoritaires, Adorno le dit clairement, les « hauts scores » (ceux qui ont un gros score à l’échelle F, donc une forte adhésion à des patterns fascistes) ne sont en rien malades. Au contraire, ils étaient à cette époque beaucoup plus adaptés à ce que demandait la société que les « bas scores » (non autoritaires), très marginalisés pour avoir été « non conventionnel ».

Étudier les déterminants psychologiques permet d’avoir un reflet dans l’individu de ce que la société ou ses groupes veulent de lui, comment ils le manipulent, le conditionnent, le formatent, le récompensent ou punissent d’avoir telle ou telle comportement et attitude politique. On verra par ailleurs que le profil SDO est totalement le reflet de la société actuelle.

La motivation des chercheurs, que soit la team d’Adorno ou plus tard Altemeyer avec le RWA, était de comprendre comme un peuple tout entier accepte de se soumettre à un régime autoritaire ou totalitaire qui pourtant instaure clairement un climat national violent, dangereux, et qui prive les cibles (les membres de l’exogroupe) de leur libertés, voire les déshumanise, tout en réduisant des libertés à l’intérieur même de l’endogroupe et en les amenant à adhérer ou à produire des actes déshumanisant pour eux-mêmes (c’est à dire la réalisation d’actes violents extrêmes envers des individus).

À noter qu’une pseudodémocratie (entendez par là un État qui se dote d’une vitrine démocratique, mais qui ne va pas au bout du processus démocratique) peut être aussi en partie autoritaire, notamment en faisant du profit via des mesures ethnocentriques : c’est par exemple l’histoire des Afro-Américains opprimés par l’esclavage. La seule différence, c’est qu’il y a moins de zèle aux actes génocidaires sur les personnes cibles, parce que l’oppression est un moyen de faire du profit (financier), mais aussi d’assouvir des sentiments de supériorité chez l’oppresseur qui y gagne pathétiquement un honneur égoïste, une fierté égoïste, une estime de lui-même égoïste en se supériorisant à un autre.

L’échelle F, et RWA va donc étudier le potentiel « suiveur » fasciste, c’est-à-dire un profil qui veut obéir et se mettre au service d’un leader dominateur qui prônera et mettras en place un système inégalitaire, injuste et violent.

À la recherche de la personnalité autoritaire

Échelle A.S (Anti-Sémitisme)

Pensant que les préjugés anti-juifs étaient le cœur de l’autoritarisme, l’équipe d’Adorno a d’abord crée une échelle d’antisémitisme pour explorer à quels préjugés adhéraient les individus, sachant que ces préjugés n’étaient pas tous de même nature et étaient contradictoires. On pouvait par exemple s’attendre à ce que les antisémites reprochent principalement une dimension particulière aux juifs, peut-être lié à la politique ou encore à une histoire personnelle avec eux. Cela n’a pas été le cas.

Il y a eu des bas scores, c’est-à-dire ici les personnes qui rejettent tous les préjugés antijuifs  ; des modérés qui adhérent moyennent à des préjugés et rejettent ceux qui recommandent une violence directe contre les juifs ; et des hauts scores qui adhérent vivement à tous les préjugés, y compris ceux contradictoires et violents.

Plus d’informations sur ces chiffres : http://www.hacking-social.com/2017/01/23/f2-la-menace-juive-lantisemitisme-ou-la-peur-de-la-contamination/

 Par exemple ici on voit que les hauts scores sont OK pour dire que les juifs sont à la fois trop intrusifs (qui se mêlent trop aux autres) et exclusif (qu’ils restent trop entre eux) les items corrélant fortement à. 74.

Échelle d’ethnocentrisme

Les chercheurs ont remarqué rapidement que les hauts scores n’avaient pas de préjugés contre un seul groupe, et que ceux-ci s’étendaient à des tas d’autres groupes. Ils ont créé une échelle d’ethnocentrisme pour confirmer ou infirmer cette observation, échelle qui regroupait divers préjugés de l’époque contre les noirs, les femmes, les Japonais, les Allemands et des items patriotiques (qu’Adorno appelle pseudo-patriotisme, parce que c’est une adhésion non-réfléchie à la patrie, sans esprit critique). Réduire autrui, l’inférioriser par des préjugés servant alors à glorifier leur groupe de référence à moindres frais.

Là encore le haut score porte tous les préjugés et les éléments patriotiques et tout cela corrèle aussi avec l’échelle A.S.

Autres données, religion et politique.

Les chercheurs ont également exploré les pistes directement politiques avec des échelles de conservatisme (droite Américaine, adhérant au libéralisme économique, c’est à dire le pouvoir du privé et la non intervention de l’Etat) VS libéralisme (gauche Américaine, rejetant totalement, dans le questionnaire, le libéralisme économique), mais les résultats ont été confus, à la fois à cause des items et du manque de connaissance politique des individus en général. Ils ont également essayé de voir si la religion des individus jouait sur leur haut ou bas score, les résultats sont peu précis, il y a du oui, il y a du non, il est difficile avec ces données d’en tirer une conclusion. Mais l’échelle RWA nous donnera des réponses plus solides sur ces deux plans politiques et religieux.

L’échelle F

Les outils précédents avaient un but exploratoire : il s’agissait de comprendre l’essence des préjugés auxquels les hauts scores, de saisir les mécanismes plus globaux. L’échelle F a été vidé de toute référence à des groupes ou thèmes de l’époque, pour ne garder que l’essence des préjugés et l’attitude à laquelle elle renvoie. L’échelle mesurait donc le conventionnalisme ; la soumission à l’autorité, l’agressivité autoritaire ; l’anti-intraception (opposition à l’introspection) ; la superstition et la stéréotypie ; le pouvoir et la dureté ; la destructivité et le cynisme ; la projectivité (disposition à croire que des événements violents et dangereux se produisent dans le monde) ; sexe (ici, préoccupation exagérée concernant les contacts sexuels).

L’échelle F a été testé sur quantité de groupes différents, que ce soit des associations religieuses, des groupes de travailleurs, des individus en prison, des militaires… Après Adorno, l’échelle F a été également été testés sur des groupes ouvertement fascistes, ou l’ayant été concrètement, ici par exemple des SS ont été testé :

Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/

On voit que l’échelle rapporte bien les attitudes qu’ils préfèrent, ils scorent haut.

Les scores les plus bas ont été trouvés sur des groupes de désobéissants : Handlon et Squier (1955) ont testé un groupe de personnes qui refusaient de signer un serment de fidélité anticommuniste, ce qui signifiait la perte de leur emploi à l’Université de Californie, leur moyenne était de 1.88.

La plupart des gens avaient des scores modérés, fluctuant au gré des événements. Ici par exemple le taux a monté lors d’élections (premier graphique avant, deuxième pendant) :

Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/
Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/

Un outil venait d’être créé pour mesurer les propensions d’adhésions à des politiques autoritaires. Mais l’équipe d’Adorno a voulu pousser plus loin la compréhension de ces profils.

L’étude clinique

Parmi les 2099 répondants aux échelles (F, plus les autres en même temps), les chercheurs ont étudié 150 personnes dont les scores étaient très hauts ou au contraire très bas. Il s’agissait de comprendre ce qui les avaient poussés à avoir des attitudes si différentes, quelle en étaient les facteurs, les déterminations, les expériences de vies qui menaient à avoir des attitudes si différentes. Cette étude clinique a consisté à les écouter en entretien psychologique (cela pouvait durer 1h comme 3h), à leur faire passer des tests projectifs, et une analyse des entretiens qui portaient sur leur enfance, leur famille, leur travail, leurs relations avec les gens.

Voici en résumé, en plus des découvertes liées aux échelles, ce qui a été répertorié pour les hauts scores :

Les caractérisques du potentiel fasciste (étude adorno)

Et pour les bas scores :

Les caractéristiques des non potentiellement fascistes

Adorno en a déduit que le cœur du problème se trouvait dans les familles :

« Le résumé de l’entretien [de F515/bas score] est résumé par l’intervieweur de la manière suivante  « les facteurs les plus puissants engendrant dans ce cas un sujet à bas score sont l’ouverture d’esprit de ses parents et le grand amour que la mère du sujet a porté à tous ses enfants. » Si l’on peut généraliser cette affirmation, et en tirer des conséquences pour les sujets à haut score, nous pouvons postuler que la signification croissante du caractère fasciste dépend largement de changements fondamentaux qui doivent être apportés à la structure même de la famille. »

Études sur la personnalité autoritaire, T. W Adorno

Personnellement, j’ai trouvé que cette très large étude montrait d’autres pistes pour rendre le monde moins propice aux inclinations autoritaires que j’ai répertorié dans cet article.

 


2. L’autoritarisme de droite : RWA


L’échelle F avait des défauts méthodologiques, l’échelle RWA (Right Wing Authoritarism / Autoritarisme de droite) créée par Altemeyer y a remédié : l’échelle F avait par exemple tourné tous ses items dans le même sens, ce qui peut engendrer un biais d’acquiescement (les gens disent oui à tout sans réfléchir vraiment à leur accord) ou des réponses automatiques (pour aller plus vite). Une échelle doit être suffisamment retorse (mais pas trop non plus) pour que les répondants réfléchissent bien à chaque réponse. De plus, l’interprétation était trop freudienne, ce qui a été éliminé du RWA qui se base uniquement sur les données récoltées pour l’interprétation.

L’échelle RWA est solide, toujours utilisée aujourd’hui, et on ne parle plus de « personnalité autoritaire », mais de mesurer des attitudes idéologiques, ici l’autoritarisme de droite, que les personnes ont endossé pour satisfaire certaines motivations ou besoins. Et contrairement à la personnalité, les attitudes sont mouvantes, c’est-à-dire qu’on peut faire augmenter les scores de RWA, qu’ils peuvent descendre selon certaines circonstances expérimentées par la personne.

L’autoritarisme mesuré est dit de Droite, mais cela ne veut pas dire pour autant que les hauts scores vont se dire de droite ou vanter des valeurs de droite. Une personne de gauche, voire militante pour des valeurs anti-autoritaires, peut avoir un haut score RWA. Il peut y avoir une hypocrisie politique plus ou moins consciente, je pense que la ligue du lol récente nous en a donné un excellent exemple : on avait là des journalistes écrivant un contenu plutôt de gauche, des contenus contre le sexisme, les discriminations, en plus en y mettant un certain « engagement », mais qui sur twitter ou ailleurs sur le Net, faisaient l’extrême inverse, en s’attaquant à des femmes, des hommes eux sincères dans leur engagement, avec une agressivité autoritaire virant parfois à la perversité. À noter qu’Altemeyer a tout de même trouvé quelque chose de particulièrement contradictoire, mais qui colle parfaitement au cas de la « ligue du lol » : il a fait une échelle mesurant l’adhésion à des complots (les hauts scores sont d’accord avec ce genre de chose « Notre gouvernement a été conquis par des homosexuels, féministes radicales, des communistes athées, et surtout par les juifs. ») et étonnamment c’est l’une des rares échelles où il y a un lien avec l’autoritarisme de gauche (une corrélation à 0.61)  !

L’hypocrisie peut être aussi inverse : des opportunistes (on le verra plus tard, des dominateurs sociaux) peuvent vanter un autoritarisme de droite, mais ne pas y croire vraiment : c’est juste un moyen d’avoir des suiveurs (donc de pouvoir dominer des gens), de l’argent, une gloire facile, l’accès à des postes ou à des plateaux TV dont les producteurs raffolent des spectacles provocateurs. Mais au fond leur but est de gagner en notoriété, en argent, en gloire, et surfer sur des idées d’extrême droite est un moyen très facile de le faire. Parfois aussi l’hypocrisie est totalement inconsciente, parce que la personne est dans une bulle sociale où le RWA est la seule idéologie visible.

Ce qui est amusant (en tout cas ça amuse Altemeyer, qui écrit sans jamais perdre son humour), c’est que des groupes totalement ennemis (et vantant soi-disant une idéologie opposée) peuvent au fond avoir les mêmes types de profils et faire de mêmes hauts scores en RWA : par exemple, juste à la sortie de la guerre froide, Altemeyer a demandé à un ami chercheur russe de mesurer le RWA d’anti-américains encore en mode guerre froide, et il a fait de même de son côté avec des Américains. C’était les mêmes scores, ils avaient les mêmes attitudes.

Le RWA mesure donc des attitudes idéologiques d’autoritarisme qui sont classées cette fois en trois catégories : agressivité autoritaire, soumission à l’autorité et conventionnalisme. Plus encore que l’échelle F, Altemeyer a affûté l’échelle pour qu’elle parle aux autoritaires soumis, c’est-à-dire ceux qui veulent un chef autoritaire, et qui sont prêts à lui obéir sans réserve en agressant des exogroupes. Par exemple les hauts scores vont être d’accord avec :

  • « Notre pays sera un jour détruit si nous ne détruisons pas les perversions qui rongent notre fibre morale et nos croyances traditionnelles. 
  • « Ce dont notre pays a vraiment besoin, c’est d’un dirigeant fort et déterminé qui vaincra le mal et nous ramènera sur notre vrai chemin. »

Et en désaccord avec par exemple :

  • «Il n’existe pas de «UNE bonne façon» de vivre sa vie, tout le monde doit créer son propre chemin.»
  • « Mieux vaut avoir dans nos communautés des magazines vulgaires et des pamphlets radicaux que de laisser au gouvernement le pouvoir de les censurer. »

À noter que l’aspect soumission à l’autorité a été testé également en « petit » paradigme de Milgram par Altemeyer, les hauts scores donnent des chocs plus fort que les bas scores ; Lepage (2017) a aussi montré une corrélation entre obéissance destructrice et RWA dans un paradigme de Milgram en réalité virtuelle ; à noter que Lepage a montré qu’on peut diminuer leur obéissance destructrice en les fatiguant cognitivement (des tâches type jeu de lettres, assez pénibles), ce qui ne marche pas chez les autres obéissants. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’obéissance n’est pas un « relâchement » de la raison, c’est ici au contraire une démesure de l’inhibition, de fonction dite « supérieure » du cerveau, qui bloque, empêche de faire fonctionner l’empathie.

Un paradigme de l’expérience de Milgram, le jeu de la mort :

Comme pour l’échelle F, le RWA est souvent passé avec d’autres échelles, pour voir s’il y a un lien, s’ils sont d’accord avec ces éléments particuliers. Altemeyer leur en a fait passer vraiment beaucoup différentes, ceci n’est qu’un échantillon pour vous montrer :

  • L’échelle d’ethnocentrisme (Manitoba Ethnocentrism Scale 1997) : les hauts scores RWA sont d’accord avec :

    • « 10. Les Noirs sont, de par leur nature, plus violents et «primitifs» que les autres. »

    • « 12. Les Indiens récemment arrivés au Canada ont principalement apporté la maladie, l’ignorance et le crime avec eux. »

    • et sont en désaccord avec :
      • « Il est regrettable que de nombreuses minorités aient été persécutées dans notre pays et que certaines soient encore traitées de manière très injuste. »
      • « Nous devrions accueillir davantage de réfugiés fuyant la persécution politique exercée par des gouvernements répressifs. * » 
  • l’échelle du monde dangereux  (Dangerous World scale) : les hauts scores RWA sont d’accord avec : « Dès maintenant, le chaos et l’anarchie peuvent éclater autour de nous. Tous les signes le montrent. »

    • et en désaccord avec « Notre société n’est pas pleine de groupes immoraux et dégénérés qui s’attaquent vicieusement aux honnêtes gens. Les reportages de tels cas sont souvent sensationnalistes et trompeurs. »

  • La Militia Attitudes Scale, qui a des composantes tournée vers les complots ; les hauts scores RWA sont d’accord avec : « Des personnes haut placées au sein du gouvernement envisagent d’imposer une dictature de type communiste prochainement. » ;« Il existe un complot international juif qui tente de dominer le monde en contrôlant les banques, les médias, l’industrie du film, etc. »

    • et sont en désaccord avec « Nous avons plus de liberté que quasiment n’importe qui sur la planète et aucun groupe de juifs, de féministes ou de «gauchistes» ne complote de nous l’enlever »ou « Il est ridicule de penser qu’un groupe de Juifs ou quelqu’un d’autre envisage de vendre notre pays aux Nations Unies ou à une «conspiration mondiale» » ; pour rappel c’est l’échelle où les autoritaires de gauche sont encore plus en accord avec ces éléments que les hauts scores RWA.

Les résultats sont approximativement les mêmes que trouvé dans l’échelle F, excepté qu’on a découvert qu’ils adhérent effectivement à des politiques très conservatrices, qu’ils sont fondamentalistes religieux (prenant les écrits ou ce que leur ont dit leurs autorités religieuses littéralement, rigidement, sans y réfléchir, par conséquent c’est parfois très incohérent ; le fondamentaliste peut être de n’importe quelle religion, c’est une façon autoritaire de prendre la religion), qu’ils sont soumis au point de se faire arme de l’autorité, y compris quand l’autorité décrète que l’ennemi sont des gens autoritaires exactement comme eux. Altemeyer avait créé une situation où une autorité gouvernementale décrétait qu’il fallait punir les autoritaires (en décrivant le profil des répondants), que la population devait tous les dénoncer : ils étaient OK pour participer activement à cette délation…

Ils sont certains de leur supériorité morale (donc ne remettent pas du tout en doute leur réflexion), se croient avoir beaucoup moins de préjugés que la plupart des gens (c’est en fait le contraire). Ils rejettent plein d’exogroupes, mais les recherches modernes montrent que le préjugé où ils sont le plus agressifs se font à l’encontre des homosexuels (entre autres parce qu’ils sont fondamentalistes religieux), et les femmes sont également très infériorisées et considérées comme un exogroupe à agresser ou comme méritant d’être agressées (les hommes présentant un RWA élevé étaient plus susceptibles d’avoir agressé sexuellement des femmes ; Walker et Quinsey (1991) et Walker, Rowe et Quinsey (1993)). Leur pensée est « certaine », apparaît « convaincue » parce qu’ils n’utilisent pas la logique : est vrai pour eux ce avec quoi ils sont d’accord, est vrai pour eux ce qui matche avec leur autoritarisme, généralement qui est une somme de mémorisations de contenus provenant des autorités qu’ils affectionnent. Cela explique aussi les très vives contradictions qu’il peut y avoir dans leur pensée et/ou comportement. C’est pourquoi par exemple sur le Net, on a l’impression dans leurs commentaires d’entendre toujours la même chose avec les mêmes mots, car ils mémorisent ce qui matche à leur ethnocentrisme et le répètent, la réflexion personnelle n’est pas là, parfois ils n’adaptent même pas au contenu qu’ils commentent. Seuls les modérés peuvent faire l’effort d’adapter, d’y mettre une réflexion personnelle ou un brin d’autocritique ; et ces mêmes modérés peuvent écouter l’autre, on peut discuter avec eux si on arrive à diminuer le climat de tension, et c’est très intéressant.

Cela nous amène à une excellente nouvelle : les niveaux de RWA peuvent diminuer, notamment en allant à la Fac. Altemeyer a mesuré une diminution (entre 15 % et 20 % sur 3 années d’université). Il explique que cela n’a rien à voir avec le contenu des cours en eux-mêmes, mais plutôt à cause de ce qui se passe autour, notamment les expériences sociales avec des gens différents. En fait certains profils RWA ont été toute leur vie coincés dans un milieu à fort RWA, avec tous le même fondamentalisme religieux, ils sont comme conditionnés, comment pourrait-ils développer leurs propres idées s’ils n’ont pas la possibilité de découvrir d’autres façons de vivre ? En sortir, et surtout vivre avec d’autres, leur permet de modérer ce conditionnement, de voir que telle différence n’a strictement rien de menaçant pour quiconque, contrairement à ce qu’on leur disait dans leur famille ou dans leur groupe de référence. Cependant Altemeyer explique que les hauts scores peuvent être tellement terrifiés par le monde en général qu’ils vont tout faire pour rester dans leur bulle, par exemple en faisant des études supérieures dans des écoles privées religieuses, en travaillant dans des milieux similaires au leur, etc.

Mais on peut aussi augmenter facilement le niveau de RWA : une étude française (Gatto et Dambrun, 2010) a par exemple montré qu’on peut augmenter le score de RWA de la police en les faisant imaginer une situation où il sont en infériorité numérique. En général les niveaux de RWA augmentent avec les crises politiques, économiques (Doty, Winter, Peterson, & Kimmelmeier, 1997 ; McCann, 1997 ; Sales, 1972), parce que le RWA est profondément lié à la peur : par sentiment d’insécurité (et j’insiste bien sur sentiment, les personnes ne sont généralement pas directement menacées) ou de confusion sur la cause des problèmes, hop il suffit qu’un leader pointe du doigt un exogroupe et les personnes se sentent mieux, grâce à un RWA élevé, ethnocentrique, qui les fait se sentir à la fois supérieur sans rien faire, et qui leur dit que c’est l’exogroupe le problème. Il n’ont plus à investiguer, ni chercher en eux des « causes », ils se sentent alors parfaits. Le monde devient clair : c’est de leur faute, et nous sommes parfait, nous n’avons rien à faire ou à changer, si ce n’est les agresser, eux. Évidemment on peut mettre tout ça en lien avec le syndrome du grand méchant monde. La télé n’aide pas du tout à ce sujet.

Il suffit de faire penser les gens à leur mort pour que leur niveau d’ethnocentrisme s’élève, comme l’a démontré la TMT (Terror Management Theory), parce que c’est une façon facile de redorer son ego que de s’attaquer à des exogroupes ; cependant, la TMT a également démontré que la pleine conscience, c’est à dire avoir l’habitude d’être attentif à toutes les petites choses de la vie, est comme une sorte de vaccin préventif à ses effets. La personne est plus forte, car elle peut avoir pleinement conscience de toute sorte de choses, même négative, donc n’a pas besoin de se « venger » sur un exogroupe pour aller psychiquement mieux.

Ceci étant dit, l’échelle RWA a enlevé les items « pouvoir, dureté », les volontés de domination, là où l’échelle F y voyait un même lien dans l’autoritarisme. Par conséquent, on ne pouvait pas encore discerner des profils plus dominateurs, de ceux qui veulent répandre par eux-mêmes l’autoritarisme, ceux qui sont proactifs à ce sujet.

L’échelle SDO va répondre à ces questions, et plus encore, dessiner un profil autoritaire qui s’avère encore pire à bien des titres.


Et soudain, on découvre un autre autoritaire : le dominateur social


L’échelle SDO mesure le degré avec lequel les individus désirent et soutiennent la hiérarchisation sociale, autrement dit un système inégalitaire où des gens sont supériorisés, d’autres infériorisés et que tout cela devrait être maintenu voire être amplifié. Un peu comme Hitler soutient dans Mein Kampf que les aryens sont de façon innée un peuple de créateur supérieur à tous, avec toutes les qualités du monde, ce qui justifie qu’ils aient tout sans rien faire de particulier si ce n’est se mettre au service de leur chef, d’une politique supérieure… ; il qualifie cette soumission et aliénation totale à la plus belle des qualités…

Ici le dominateur social, celui qui score haut sur l’échelle SDO va s’estimer supérieur aux autres parce qu’il le mérite et si les autres souffrent pour une raison ou une autre, c’est à cause de leurs défauts personnels, car le monde est juste, équitable. Cependant, ce profil n’est pas aussi violent qu’Hitler, tant qu’il ne score que sur l’échelle SDO. S’il cumule aussi avec un score haut en RWA, c’est une autre histoire.

Ce dominateur social, parfois profondément autoritaire, c’est le profil que Gull avait nommé le « brutaliste » dans cet article que vous avez peut-être déjà lu : https://www.hacking-social.com/2014/01/15/qui-veut-la-peau-des-bisounours/

Le dominateur social est très très différent du profil RWA quand son haut score n’est que sur l’échelle SDO ; il est différent parce qu’il a une certaine modernité : il n’a pas vraiment à cœur de reproduire les traditions, ne veut pas se soumettre, n’est pas religieux, ni conventionnaliste, il n’est pas vraiment pour des mesures extrêmes comme la destruction de la constitution américaine (par exemple, il veut maintenir la liberté d’expression, contrairement au RWA qui serait pour l’abolir pour tous les autres sauf pour son groupe d’appartenance). Dit comme ça, on a du mal à voir en quoi il serait « pire » que le RWA.

Sur l’échelle SDO il est par exemple d’accord avec :

  • « Certaines personnes sont plus méritantes que d’autres. » 
  • « Certaines personnes sont juste inférieures aux autres. » 
  • « Pour avancer dans la vie, il est parfois nécessaire de marcher sur les autres. »

et en désaccord avec :

  • « Nous devrions essayer de nous traiter les uns les autres aussi égaux que possible. (Tous les êtres humains doivent être traités de manière égale.) » 
  • « Si les gens étaient traités plus équitablement, nous aurions moins de problèmes dans ce pays. »

Et pourtant, il est pire déjà parce que ces préjugés sont beaucoup plus intenses que ceux des RWA, il remporte de très loin le trophée anti-femmes et globalement il score plus haut sur tous les préjugés (par exemple sur l’échelle d’ethnocentrisme vu plus haut).

C’est également pire, parce que les profils RWA ayant une forte soumission obéissent néanmoins aux lois qui leur déplaisent, ce qui fait une sorte de garantie contre l’expression violente de leur autoritarisme. Tant que la loi et les gouvernements ne permettent pas les génocides, le haut score RWA ne va pas se lancer dans une croisade, il attendra qu’un chef lui dise de le faire. Les hauts scores SDO n’ont pas besoin de chef, ils veulent l’être, parce qu’ils sont motivés par le fait de se sentir supérieur et dominant, ils vont donc écraser n’importe qui pour gagner. Ils sont OK avec des items d’échelles de machiavélisme, par conséquent le mensonge, la malhonnêteté, l’exploitation des gens sont un comportement tout à fait valable pour eux. Ils sont OK avec des items des échelles contenant des éléments sadiques, par conséquent ils sont prompts à manipuler fortement autrui pour leur intérêt personnel, la souffrance de l’autre peut même leur faire plaisir.

Par exemple, sur l’échelle PP MAD (Personal Power, Meanness, and Dominance Scale/Pouvoir personnel, méchanceté, domination) ils répondent oui à ces questions  « Aimes -tu que les autres aient peur de toi ? » ou sont d’accord avec ce genre d’affirmations « Je ferai de mon mieux pour détruire ceux qui bloquent délibérément mes plans et mes objectifs. » « C’est une erreur d’interférer avec la «loi de la jungle». Certaines personnes sont censées en dominer d’autres » ; ils répondent non à « Aimeriez-vous être une personne gentille et utile pour les personnes dans le besoin ? » et ne sont pas d’accord avec ce genre d’affirmation « La meilleure façon de diriger un groupe sous votre supervision est de leur montrer gentillesse, considération et de les traiter comme des collègues et non comme des inférieurs. » ; « La vie n’est PAS gouvernée par la «survie du plus apte». Nous devrions nous laisser guider par la compassion et les lois morales. »

A l’echelle E-MAD (Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté) il sont d’accord avec : « les personnes sont essentiellement des objets à manipuler discrètement et froidement pour votre propre bénéfice. » ; « La meilleure raison d’appartenir à une église c’est que cela permet d’avoir une bonne image et d’avoir des contacts avec certaines personnes importantes de la communauté. » « Il y a un crétin qui né à chaque minute et des gens intelligents qui apprennent à en tirer parti. » et en désaccord avec  « La personne vraiment intelligente sait que l’honnêteté est la meilleure politique, pas la manipulation et la tromperie. » ; « En somme, mieux vaut être humble et honnête qu’important et malhonnête »

Cependant, ceux qui seront encore plus prompts à lancer des croisades contre un exogroupe ne seront ni des hauts RWA ou hauts SDO, mais des doubles hauts scores, qui scorent très fort sur les deux échelles : eux sont particulièrement extrêmes dans leurs préjugés et agressivité, font des scores énormes. Voici un exemple pour l’échelle d’ethnocentrisme (manitoba etnocentrism scale, qu’on a cité plus haut), avec quelques résultats entre ceux qui scorent haut en SDO, en RWA, les deux, et les autres non-hauts scores (bas comme modérés) ; des étudiants et leurs parents ont été testés (avec un système de code qui permettait que les personnes répondent anonymement) ; j’ai surligné la moyenne de score la plus haute (rouge foncé) et celle la plus basse (vert clair). Il y a vraiment une différence d’attitudes très importantes entre les doubles hauts scores et les bas scores.

Automne 1996

Automne 1997 et janvier 1997

Automne 1998 et janvier 1998

Automne 1999 et automne 1998

Étudiants (n=362)

Parents (n=239)

Étudiants (n= 1135)

Parents (n=331)

Étudiants (n=1135)

Parents (n=373)

Étudiants

(n= 439

Parents (n=674)

Haut SDO et Haut RWA

90,6

96

93,2

106,6

94,8

98,6

95,2

101,5

Haut SDO

86,5

89,5

77,3

91,9

78,2

94,2

82,4

90,8

Haut RWA

67,5

78,9

68,1

79,3

69,6

82,3

71,8

74,7

Reste de l’échantillon

55,4

61,8

54,9

65,9

55,6

64,8

56,7

64,1

Source : Bob Altemeyer (2004) Highly Dominating, Highly Authoritarian Personalities, The Journal of Social Psychology

Tout ceci, la domination, les préjugés sont assumés par les profils SDO, et ils se satisfont de ces attitudes. Peut-être bien qu’ils seraient fiers de se découvrir dominateur social, contrairement aux RWA qui sont dans le déni de leur profil.

Politiquement parlant, ils veulent favoriser ceux qui ont déjà tout et défavoriser ceux qui n’ont déjà rien. Ils adhérent donc vivement au libéralisme économique, à toutes les politiques en faveur des plus riches et s’attaquant aux pauvres, parce qu’ils pensent que les pauvres le sont parce qu’ils sont feignants, ne font pas d’efforts, etc. Ils sont contre les aides sociales, les syndicats et veulent tout privatiser. Ce sont des croyances beaucoup moins répandues chez les hauts scores RWA, parfois même ils s’y opposent.

Le niveau de SDO est beaucoup plus stable que les niveaux de RWA et est lié à la situation sociale des personnes : plus le statut est haut, plus il y a du SDO ; plus la personne n’est pas discriminée dans sa société, traitée comme un RWA traite un exogroupe, plus son SDO est haut. Autrement dit, la domination sociale est fonction de ce qu’on a eu comme cadeau social, par le hasard, par la chance de ne pas être né avec un physique ou des origines qui déplaisent aux RWA passés et présents. Par exemple aux États-Unis, les SDO corrèlent positivement au fait d’être blanc avec un bon statut. Le score SDO descend en fonction de la discrimination subie, on a donc en ordre décroissant : les Asiatiques-Américains, puis les latinos, puis les noirs. Le SDO est plus corrélé au fait d’être un homme, et cela dans toutes les études, alors que pour le RWA, il n’y avait pas de lien avec le sexe des répondants.

Ainsi, contrairement au RWA qui change en fonction des contextes ( on peut donc créer un contexte de partage, positif qui sera apprécié par tout le monde et réduira drastiquement les risques d’agression autoritaire), les niveaux de SDO ne peuvent changer que par la modification de la prégnance du modèle hiérarchique. Autant dire que le défi est énorme, et que personne n’a encore réussi à le faire avec des sociétés complexes comme la nôtre.

« changer le monde ? Mais pourquoi faire il est très bien comme ça » ; OSS 117 doit scorer assez haut en SDO : D :

Pour eux, fort SDO, ça va, donc pourquoi changer ? Au contraire, il sont prompts à augmenter les inégalités qui leur profitent que ce soit d’un point de vue ego/narcissisme, mais aussi financier, puisqu’ils ont accès de bien meilleures opportunités, qu’elles soient économiques, professionnelles, politiques. Cela n’a pas été testé (à ma connaissance), mais je me demande franchement si ces profils en auront quelque chose à faire des problématiques écologiques ; autant Altemeyer dit que certains RWA se préoccupent de la planète et veulent faire quelque chose pour en prendre soin, autant les profils de dominateurs ne sont motivés que par leur domination et leur profit personnel, qu’importe les conséquences, qu’importe la ruine du monde, les révolutions, ils chercheront toujours à se sauvegarder eux. L’article de Douglas, qui a rencontré des profils de très haut statut, est terriblement explicite à ce sujet. En cela, oui les attitudes idéologiques anti-altruistes de ces profils sont un vrai problème, mais la cause de ces attitudes sont les modes de fonctionnements de nos environnements sociaux hiérarchiques ; et comme cela leur rapporte beaucoup personnellement, ils ne sont pas près de les remettre en cause, même si en plus, ce sont généralement eux qui ont le pouvoir de modifier ces modèles hiérarchiques…

Résumé

Je n’ai ici que survolé les recherches sur le RWA et le SDO, car il s’agit d’un résumé (déjà trop long d’ailleurs : D), je vous donnerai plus de détails plus tard, car les recherches sont franchement passionnantes ; en attendant voici quelques caractéristiques trouvées sur l’autoritarisme, j’ai mis principalement celle d’Altemeyer (vous trouverez les sources à la fin) et une de Duriez, Van Hiel (2001) parce qu’elle avait comparé les valeurs morales avec les hauts scores de l’échelle F, RWA et SDO. C’est loin d’être exhaustif, et par exemple la corrélation entre préjugés forts et SDO ont été confirmés par des tas d’autres chercheurs (voir « social dominance » de Pratto et Sidanius)

Pour les « Que faire », idem, j’en parlerais plus tard, mais j’avais déjà répertorié des pistes ici : https://www.hacking-social.com/2017/06/19/f14-neutralisation-transformation-et-prevention-des-racines-du-fascisme/ et dans le dossier sur la mort et la pleine conscience (la pleine conscience permet d’éviter des montées d’ethnocentrisme par « peur ») : https://www.hacking-social.com/2018/05/14/tmt13-pour-en-finir-avec-les-biais-la-pleine-conscience/ et sur la personnalité altruiste : https://www.hacking-social.com/2019/04/30/pa5-un-monde-plus-responsable/

Les attitudes mesurées par les échelles F, RWA et SDO

Personnalité autoritaire,

échelle F

Autoritarisme de droite,

RWA

Orientation à la domination sociale SDO

Conventionnalisme ; Soumission à l’autorité ; Agressivité autoritaire ; Anti-intraception ; Superstition et stéréotypie ; Pouvoir et dureté ; destructivité et cynisme ; Projectivité ; Sexe

Soumission autoritaire

Agression autoritaire

Conventionnalisme

Degré avec lequel les individus désirent et soutiennent la hiérarchisation sociale

Corrélations avec d’autres échelles mesurant d’autres attitudes

Préjugés

Préjugés

Préjugés (plus fort que chez les HS-RWA)

Ethnocentrisme

Ethnocentrisme

Ethnocentrisme

Pseudopatriotisme

Patriotisme

Patriotisme (plus fort que chez les HS-RWA)

[dangerous world scale] Idée que le monde est dangereux

[dangerous world scale] Pas de corrélation avec l’idée que le monde dangereux

Fondamentalisme religieux

Pas de fondamentalisme religieux

Valeurs morales ; en faveur de : conformité  ; sécurité ; tradition  ; En défaveur de : hédonisme  ; stimulation ; autodétermination  ; universalisme  ; bienvaillance (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Valeurs morales : ils sont en faveur de : conformité ; sécurité ; tradition. Et en défaveur de : hédonisme ; stimulation ; autodétermination ; universalisme ; bienveillance (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Valeurs morales  : En faveur de : pouvoir, sécurité, réussite, conformité, hédonisme ; en défaveur de : universalisme, bienveillance ; tradition (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Pas de corrélation avec l’economic philosophy scale (libéralisme économique)

Corrélation avec l’economic philosophy scale (libéralisme économique) : pro-privatisation des institution, anti-aide aux pauvres, anti syndicat, contre la répartition des richesses

Sont plutôt contre les items de l’E-MAD ( Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté )

En accord avec l’E-MAD ( Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté )

Ne corrèle pas avec le PP-MAD

En accord avec PP MAD (The Personal Power, Meanness, and Dominance Scale) Pouvoir personnel, méchanceté, domination)

Sources

Livres :

Articles de recherche/thèses :

  • The Other “Authoritarian Personality”, Bob Altemeyer, 1998
  • What Happens When Authoritarians Inherit the Earth? À Simulation, Bob Altemeyer, 2003
  • Highly Dominating, Highly Authoritarian Personalities, Bob Altemeyer, 2004
  • The march of modern fascism. À comparison of social dominance orientation and authoritarianism, Bart Duriez, Alain Van Hiel, 2001
  • Autoritarisme et préjugés dans la police, l’effet d’une position d’infériorité numérique et le rôle du contexte normatif, Juliette Gatto et Michaël Dambrun, 2010
  • L’effet de la dominance sociale sur les idéologies de légitimation : le rôle modérateur de l’environnement normatif, Pierre De Oliveira, Michaël Dambrun et Serge Guimond, 2008
  • Rôle des mécanismes d’autorégulation dans la soumission à l’autorité [thèse], Johann Lepage, 2017

Question de sécurité

L’industrie de l’armement est l’un des fleurons de la France.

Sur notre territoire comme à l’étranger, le savoir faire pluriséculaire qui nous permet de couler l’Anglais, d’enterrer l’Allemand ou de chasser le Zadiste n’est plus à prouver. Bien sûr, il y aura toujours des âmes chagrines pour dire que la violence, c’est pas pacifique, mais laissons ces âmes tristes à leurs lapalissades, puisque devant le moral en berne de nos forces de l’ordre et les nombreuses polémiques causées par leur équipement, il y a là un marché sur lequel j’ai décidé de me lancer.

Ce pourquoi je me permets de vous présenter mon nouveau catalogue d’armement anti-manifestants, 100% respectueux et bien sûr, 100% respectable.

La détente, c’est notre motto, chez Odieux Corp. Nous n’arrêtons pas d’appuyer dessus.

 

Besoin d’une barrière ? Pourquoi ne pas en prendre une 100% écologique, fabriquée en France et qui repousse autrui sans violence par le simple pouvoir de sa présence ?

 

N’oubliez pas : tout le monde vous dira que ce n’est pas vrai, mais personne ne se souvient d’un grand mouvement lycéen au mois d’août.

Avoir un ennemi, c’est bien pour s’unir. Mais quand on voit des ennemis partout, et surtout dans ses propres rangs, c’est plus compliqué.

L’avantage de rester chez soi, c’est que ça évite aussi d’affronter la contradiction, c’est plus confortable.

Nous proposons aussi des fascistes en mousse pour occuper les plus énergiques.

Le GRETA-209 dispose par ailleurs d’une option Instagram pour mettre des filtres rigolos sur ses victimes et partager ses caméras de tir. C’est moins horrible si c’est un peu rigolo.

Voilà.

Amis des forces de l’ordre, j’attends vos commandes.

Moi, je retourne travailler sur notre prochain projet : déployer des chatons avec la police. Car si caillasser un fonctionnaire semble passer, qu’un caillou touche un félin, et la moitié du pays demandera les tripes du coupable. Quelle fabuleuse époque pour Odieux Corp.

Couv

Un odieux connard

Fonctionne aussi avec les distributions de tracts du Rassemblement National.

Sinon, vous pouvez aussi simuler la pluie.

Vous le sentez, le vent de la polémique des gens indignés ?

Notez que mes armes se vendent diaboliquement bien.

Ce qui m'embête, c'est quand on nous vole nos fascistes en mousse pour les inviter à la télé.

Le GRETA-209 ne prend pas l'avion ; il a essayé une fois, ça a mal tourné.

Harder, Bader, Faster, Stronger

Combien de jambes peut-on perdre ?

« Deux », répondront les plus naïfs. Alors que la bonne réponse était bien évidemment « moult. » En effet, un certain Douglas Bader, pilote de la R.A.F durant la Seconde Guerre mondiale, prouva que non seulement on pouvait perdre un nombre improbable de membres inférieurs, mais qu’accessoirement, cela donnait même certains avantages. Les incrédules durent admettre qu’avec 22 victoires aériennes confirmées, le bougre avait peut-être raison.

Voici donc les aventures d’un homme qui brisa des avions, des jambes et des bouboules, mais pas toujours dans cet ordre. Bon visionnage.

vignetteBader

Un odieux connard

Tester votre flow avec un bot !

À la rentrée 2018, je vous avais laissé un dossier sur le flow, le flow étant un état de concentration optimale, extrêmement plaisant, qui révèle des sens à nos vies : cette activité où j’ai ressenti du flow, c’est ma voie, c’est ce que je veux faire toute ma vie. C’est souvent le signal de passions si intenses qu’elles deviendront des supports de notre vie à tout niveau, générant bonheur, épanouissement, connexion importante au monde, créativité… Le flow est un phare qui nous indique des voies signifiantes pour nous et notre relation à la vie.

Photo d’entête par langfordw

Un résumé du flow :

Dans cette partie les caractéristiques sont plus détaillées et des exemples sont donnés : https://www.hacking-social.com/2018/09/10/fl2-aux-sources-du-flow-les-creatifs/

À la fin de ce dossier, j’avais proposé plusieurs tests inspirés des outils de recherche pour calculer son flow. Il s’agissait d’analyser en détail les situations quotidiennes afin de voir ce qu’il y avait de modifiable, de transformable pour aller davantage vers des situations qui ont du sens, donc qui génèrent plus de flow.

C’était relativement compliqué en version « papier/crayon », parce qu’on devait tout gérer : se poser soi-même les questions, y répondre, et si possible de façon aléatoire dans la journée, et ensuite tout entrer dans un tableur et calculer.

Et, à ma plus grande joie, ce problème est amplement résolu grâce à Harry qui a codé un Bot reprenant le test !!! :

J’ai donc accueilli Alfred le bot sur mon téléphone afin de le tester, et c’est super, c’est amplement plus facile ; il se met pour l’instant sur messenger (mais le code est à disponibilité, avis aux codeurs 😉 ), et de façon aléatoire dans la journée, va vous biper pour répondre à quelques questions. Les résultats ne sont accessibles qu’à vous (et d’ailleurs c’est une condition éthique à reproduire absolument si vous coder ce genre de test ailleurs).

On peut les remplir très rapidement, c’est simple, les données sont privées.

Et quand vous avez quelques données, il suffit de lui demander le lien et vous avez ce genre de récapitulatif :

Vous saurez si vous êtes en flow pour telle activité avec tout d’abord l’« état théorique » : dans mes données cela a été dans une activité d’écriture sur le flow 😀 (« ajout d’un point HS d’une étude de Mihaly ») et l’état stimulé « pour l’activité « civ » (une partie du dernier Civilization où je galérais un peu, d’où l’état « stimulé », il y avait un peu plus de défis que je n’avais de compétence).

On voit aussi le flow via « potentiel de flow », qui représente un autre calcul, mais complémentaire. Par exemple « repas » avait un état théorique contrôle qui en principe est plutôt positif, mais on voit qu’il n’y a que 3/10 en potentiel de flow : autrement dit il y a trop de points à notes basses comme « objectifs clairs » ou les « conditions d’échec/réussite » pour y voir une situation profitable.

Comme lire les « états théoriques » ?

Les états théoriques c’est la balance entre défi et compétences, voici comment les traduire selon les études de Mihaly Csikzentmihayi :

Un visuel et la façon dont c’est calculé :

1. canal stimulé : C’est une situation propice à l’apprentissage, qui stimule, mais qui n’est pas forcément celle préférée : elle demande beaucoup d’énergie, peut être stressante.

2. canal flow : Ici on peut exceller face à une situation à défi pour laquelle on se sent compétent.

3. canal contrôle : La situation n’est pas exigeante pour l’individu parce qu’il a largement les compétences pour la gérer avec réussite. C’est une situation qui permet de renforcer des compétences, de l’estime de soi (parce que l’on voit qu’on réussit très bien), là aussi les chercheurs estiment que c’est une bonne position pour l’apprentissage.

4. canal relaxation : L’individu n’est pas du tout stimulé par les situations, mais ce canal est nécessaire après des situations exigeantes où il y avait des défis. Souvent, les personnes sont dans ce canal lorsqu’elles sont des situations où elles prennent soin de leur corps, quand elles se reposent, lorsqu’elles interagissent avec autrui, lorsqu’elles sont devant la télévision.

5. canal ennui : Selon les chercheurs, l’ennui est un signe qu’il faut augmenter le niveau de difficulté de la situation. L’ennui est un appel à vivre une situation plus complexe pour exercer ses compétences et en tirer plus de plaisir.

6. canal apathie : les caractéristiques de la situation influençaient le sujet à être dans un état d’apathie nuisible à l’individu pour sa motivation, son apprentissage, son développement, son efficacité, mais possiblement bénéfique pour son repos ou pour des activités psychiques bénéfiques. Cela peut représenter tant le summum de l’ennui qu’une activité de méditation ou contemplation, cela demande de regarder les autres données pour comprendre.

7. canal inquiétude : ici il y a inquiétude parce que la personne sent en elle un manque de compétence pour affronter la situation.

8. canal anxiété : Ici on est anxieux parce qu’on n’a pas les outils permettant de comprendre les défis (ou on s’imagine ne pas les avoir). Selon les chercheurs, l’anxiété est le signe d’un besoin de baisser le niveau de difficulté de la situation afin de pouvoir apprendre à la gérer selon des conditions plus accessibles (par exemple pour le joueur d’échecs, affronter une personne ayant sa même expérience plutôt qu’un génie réputé).

Potentiel de flow ?

C’est la moyenne de 7 caractéristiques qui suivent ; autrement dit si ce chiffre est supérieur à 5/10, cela valide davantage l’état théorique. Dans mes données, l’état de flow, l’état d’anxiété sont par exemple confirmé, par contre l’état contrôle est incohérent, il ne semble pas y avoir ni les possibilités extérieures et intérieures pour augmenter le flow de cette situation (je pense que le niveau de fatigue y est pour beaucoup :D)

Analyse du tout

Lorsqu’on essaye d’analyser le tout, on voit ce qui cloche ou pas ; par exemple « retour BU (Bibliothéque Universitaire) » et « retour chemin » sont des situations où je marchais, donc forcément le défi est bas et les compétences hautes étant donné que ça fait des décennies que je sais marcher. Cependant, on voit qu’elles sont différentes, le retour de la BU est un poil plus heureux parce que j’étais enthousiaste à l’idée de lire les documents trouvés (niveau de bonheur haut) et j’étais beaucoup plus « absorbée » que « retour chemin » : en effet j’écoutais de la musique en marchant :). Clairement, le fait d’écouter de la musique est, pour mon cas, un moyen de rendre les situations beaucoup plus plaisantes. On peut donc exporter ces petites découvertes à d’autres situations pénibles.

La variable « de mon initiative » est aussi extrêmement impactante sur le flow, généralement quand se voit imposer un événement, c’est beaucoup plus pénible. C’est assez inévitable pour tout être vivant, on est soumis à différentes adversités à gérer comme possibles. Mais pas de flow sans part de liberté. On voit ici que l’événement social négatif imprévu que j’ai nommé CK n’était en rien décidé, c’était un défi advenant dans une situation où j’étais déjà fatiguée, où je me sentais totalement démunie pour y faire face, sans aucun sentiment de contrôle sur la situation. Là, le défi n’est même pas comment avoir du flow dans la situation, mais comment faire en sorte de ne pas être plombé par ça, réussir à agir au moins un peu positivement. Le test dit ici clairement que pour que ce soit moins pénible, il me fallait plus de compétences, qui par rebond me donnerait un peu plus un sentiment de contrôle, possiblement des idées sur que faire. C’est ce que j’ai fait plus tard. Et effectivement, face au même événement un autre jour, le fait d’avoir juste potassé un peu le sujet du problème, trouver quelques trucs et astuces, puis de les mettre en action m’a permis de vivre beaucoup mieux cet événement arbitraire.

L’ambiance sociale est également déterminante ; cela ne se voit pas très bien sur mes données au-dessus, mais il peut y avoir des situations assez paradoxales où l’on fait ce que l’on adore, une activité à réel flow mais où l’ambiance sociale gâche tout (par exemple, se faire harceler durant son travail ou dans un cours). N’oublions pas que nous sommes des animaux sociaux, et quand bien même on est activé à faire ce qu’on adore, si jamais il y a un point social négatif, tout le plaisir peut être détruit. L’inverse est aussi vrai, on peut être sur une activité très médiocre, peu enrichissante, mais s’il y a une excellente ambiance sociale, qu’on la fait avec d’excellents amis, c’est un très bon moment, à ne pas louper.

Autrement dit, tous les points qui ne sont pas en bleu sont des points qu’on peut réfléchir, car possiblement des indices pour rendre la situation meilleure ; mais attention il ne sont pas forcément « négatif » ; par exemple que la marche ne soit pas un défi est plus pratique qu’autre chose, quoiqu’on pourrait penser que pour plus de flow, je pourrais aussi penser à courir ou faire des sauts en longueur pour rendre le trajet plus épique 😀 Attention aux biais à ne pas être trop dans la norme d’internalité allégeante ; ces points qui ne sont pas en bleu, ce n’est pas de « votre faute » ni totalement « grâce à vos efforts », de votre responsabilité. Par exemple, pour ma situation de flow à l’écriture, j’ai certes une part de responsabilité dans le sens où cela fait des années que je m’exerce à écrire, mais s’il y avait flow c’était aussi parce que le savoir sur lequel je travaillais, les recherches de Mihaly Csikzentmihalyi, sont brillantes, passionnantes, et que j’avais la chance de pouvoir m’y consacrer (plutôt qu’être sous les ordres d’un chef dans un boulot que je n’aimerais pas) grâce aux soutiens des personnes. Il y a toujours une part de causalité intérieure et extérieure, en plus ou moins grandes quantités selon les situations, et pour améliorer les états qu’on traverse, cela se joue à la fois sur le changement interne, et le changement des situations, de l’environnement physique/social, des interactions.

Ainsi, les solutions sont souvent à penser dans l’action à l’extérieur, comment modifier l’environnement, comment rendre les relations avec tout et tout le monde meilleures, comment rendre la situation plus sympa pour toute personne présente. Il s’agit plus de penser cet outil comme une aide au game design/level design des situations plutôt que d’y voir un outil de pur développement personnel, il s’agirait plus de développement social qui impacte positivement le développement personnel. Évitez donc toute culpabilité plombante si vous voyez des résultats bas, ces résultats ne sont là que pour vous aider à trouver les points où l’on peut trouver une solution aux problèmes.

Plus d’infos :

Pour plus d’infos sur comment interpréter les résultats, pousser l’analyse, voire en faire un outil complètement au hack social, au design des situations j’ai détaillé dans ces articles en particulier : https://www.hacking-social.com/2018/12/03/f10-evaluer-son-propre-flow/ ; https://www.hacking-social.com/2019/01/07/fl11-sinterroger-et-changer-les-situations-loutil-de-brainstorming-non-allegeant/ ; Et vous trouverez tout sur les recherches, les interprétations dans le dossier : https://www.hacking-social.com/2018/09/03/fl1-donner-des-sens-a-la-vie-la-piste-du-flow/

Sources scientifiques sur le flow :

  • Flow and the fondations of positive psychology, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • Applications of flow in human development and education, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • The Systems Model of Creativity, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • Beyond boredom and anxiety, the experience of play in work and games, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Jossey-Bass Publishers
  • Psychological Selection and Optimal Experience Across Cultures, social empowerment through personnal growth, Antonella Delle Fave, Fausto Massimini, Marta Bassi, ed Springer
  • Vivre, la psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Pocket
  • The flow manual, The manual for the flow scales, Sue Jackson, Bob Eklund, Andrew Martin, ed Mind garden
  • Self-determination theory, Richard M. Ryan, Edward L. Deci
  • The flow model of intrinsic motivation in chinese : cultural and personal moderators, Antonella Delle Fave, ed Journal of Happiness Studies
  • Development and validation of a scale to measure optimal experience : the flow state scale, Susan A. Jackson, Herbert W. Marsh
  • First-Aid Activities and Well-Being: The Experience of Professional and Volunteer Rescuers, Raffaela D. G. Sartori, Antonella Delle Fave, ed Journal of social service research.
  • Assesing flow in physical activity : the flow state scale-2 and dispositional Flow Scale-2, Susan A. Jackson, Robert C.Eklund

 

 

 

 

Dark lectures de vacances

Ah, l’été ! Synonyme d’amours de jeunesses, de sourires échangés d’une serviette à l’autre sur une plage baignée par le soleil, de baisers timides aux terrasses de restaurants dont la fraîcheur du soir chasse peu à peu les touristes… et puis, vient le temps de repartir. Alors on se promet de s’écrire, de se revoir, mais on s’éloigne et on s’oublie, pour que finalement, ne reste qu’une carte postale abîmée de Pornic oubliée au fond d’une boîte à chaussure, témoin lointain d’événements dont le tendre souvenir disparaîtra un jour avec vous.

Alors que les lectures de vacances, voici quelque chose de durable, et qui transmet par ailleurs bien moins de MSTs.

Il n’y a pas d’âge pour lire de bons livres : ici « Le Renard qui en avait plein le cul », pour bien préparer votre enfant à la suite.

C’est pourquoi, chère lectrice, et un poil moins cher lecteur, je me propose de jeter vigoureusement une torche dans le puits de votre ignorance pour vous parler d’un genre injustement méconnu : la Dark Romance

Car vous n’êtes pas sans savoir que lorsqu’une bouse marche, c’est une véritable diarrhée artistique qui s’abat sur le monde : lorsque Twilight a marché, nous avons eu le droit à des milliers d’ouvrages où il était question de vampires (la fameuse bit-lit), lorsque Hunger Games a fonctionné, nous avons croulé sous les dystopies et les histoires d’apocalypse, aussi lorsque Cinquante Nuances de Grey a été commis, nul doute que les portes de l’enfer venaient d’être ouvertes, et que des milliers de gens allaient nous pondre de la romance pleine de relations abusives et d’héroïnes au QI de bulot.

Ce qui a donné le genre précédemment évoqué : la Dark Romance.

L’occasion de vous proposer quelques pitchs de livres qui pourront vous accompagner à la plage, à la montagne, voire aux toilettes, en fonction de vos destinations préférées pour lire (vous et moi savons la vérité).

Si vous avez encore foi en l’humanité, je vous propose d’arrêter ici, c’est pour votre bien. Pour les autres, enfilez vos scaphandres : nous descendons.

Et commençons avec L’Enlèvement, d’Anna Zaires.

Kidnappée. Séquestrée sur une île privée.

Notez que le pitch pose tout de suite un élément essentiel : le ravisseur est riche. Car mystérieusement, il semblerait que tout soit beaucoup moins érotique sitôt que le ravisseur est un vulgaire plombier-chauffagiste de Roubaix. 

Je n’aurais jamais cru que cela puisse m’arriver. Je n’ai jamais imaginé qu’une rencontre fortuite la veille de mon dix-huitième anniversaire pourrait ainsi changer ma vie.

Désormais, je lui appartiens. J’appartiens à Julian. Un homme aussi impitoyable que beau.

Par un heureux hasard, le type est aussi rarement un lépreux. Il est riche, il est beau, mais il a besoin de kidnapper des filles pour qu’elles acceptent de venir sur son île privée. 

Alors que tout le monde sait qu’une simple convention de stage suffit. Quel débutant alors.

Un homme dont les caresses me consument. Un homme dont la tendresse me fait plus de mal que sa cruauté.

C’est qu’il ne sait pas s’y prendre alors. 

Mon ravisseur est une énigme. Je ne sais ni qui il est ni pourquoi il m’a enlevée. Il y a des ténèbres en lui, des ténèbres qui me font peur tout en m’attirant.

Je m’appelle Nora Leston, et voici mon histoire.

Ma chère Nora, il est temps d’apprendre qu’il y a une différence entre « ténébreux » et « complètement con ». Mais m’est avis qu’effectivement, il y a quelque chose entre vous. Et ce ne sont probablement pas les ténèbres.

Après ce pitch, nul doute que vous aurez envie de le lire. Alors que bon, retirez le pognon et l’exotisme de « Julian » et c’est tout de suite moins glamour. Pourtant, je suis sûr qu’il y aurait des scènes diablement excitantes dans ma version roubaisienne : le passage où Roger, le ravisseur, lèche les orteils de Cynthia en lui disant qu’ils sont « doux et forts à la fois, comme le maroilles dans le café du matin« , je pense que ça ne laisserait pas tout le monde indifférent.

Mais poursuivons, voulez-vous ? Avec Devil’s Night, de Penelope Douglas.

Leur amour peut les sauver… ou les détruire.

J’ai déjà parlé de MSTs en introduction, n’en jetons plus.

Michael Crist. Un nom qui fait frissonner chaque fille de notre petite communauté privilégiée de la côte Est.

C’est-à-dire qu’il s’appelle Crist, quand même. Alors s’il se balade un petit périzonium, les stigmates à l’air et la couronne d’épines sur le côté, tu m’étonnes qu’il doit faire frissonner des filles. Tenez, même moi il ne me laisse pas indifférent : rien qu’à lire son nom, c’est bien simple, j’ai envie de reprendre Jérusalem.

Moi comme les autres. Sauf que moi, ce n’est pas sa beauté à couper le souffle ou le fait qu’il soit riche et adulé qui me fascine

Ça alors, il est encore riche et beau !

La différence entre un psychopathe et un amant torturé tient à peu de choses.

Comme quoi, amis psychopathes, visiblement, si vous aviez le physique et le pognon, ça passerait tout de suite beaucoup mieux. 

– enfin, pas seulement.

Mmmmmmmoui. Laissez-moi deviner : c’est surtout parce qu’il est sombre et torturé, tel le slip post-burritos du vacancier à Mexico ?

Non, moi, c’est la noirceur que je devine sous sa carapace dorée.

Doux Jésus. Ou devrais-je dire : Oh Mike Crist.

La violence dans son regard noisette.

C’est-à-dire que si quand il te regarde, tu peux lire qu’il a envie de te péter la gueule, c’est embêtant. Non parce que je lis régulièrement la même chose dans les yeux des gendarmes lancés à ma poursuite, et ce n’est pas pour autant qu’on se fait une soirée menottes.

Son mépris pour les règles, les lois, la morale

Comprendre : il ne passe pas son téléphone en silencieux au cinéma. Un monstre.

Ce miroir permanent de tout ce qui est noir et sombre au fond de moi.

Dois-je comprendre que Michael Crist est un trou du cul ?

En dix-neuf ans, Michael ne m’a jamais jeté un regard. Mais, le jour où il s’intéresse à moi, je ne sais pas si je dois être excitée… ou terrifiée.

Ou armée. 

Alors vous me direz qu’une histoire impliquant un type qui s’appelle « Crist » et un regard noisette violent (ou de la violence dans ses noisettes, je m’y perds), c’est déjà correct. Mais, ah ! Âmes innocentes, que diriez-vous de nous enfoncer un peu plus bas ?

Découvrons Boutons et Dentelle, de Penelope Sky, à ne pas confondre avec l’autre Penelope.

Je lui dois une dette.

Une énorme dette.

Je ne peux pas la lui rembourser en argent ni en faveurs.

Pas en argent ni en faveurs. Noté. Peut-être en Chocapics ?

Il ne veut qu’une chose.

Moi.

Pour chaque action, je reçois une récompense.

Alors, à moins que tu ne sois précisément un chocapic – ce qui reste crédible vu le niveau – c’est une faveur sexuelle ma bonne amie. Donc dès le pitch, on se vautre : oui, tu vas rembourser ta dette en faveurs. Faveurs qui impliquent ton cucu, mais faveurs quand même. Enfin, au moins, tu ne t’es pas plantée sur l’argent.

Un bouton. Une fois que j’aurai rempli sa jarre de trois cent soixante-cinq boutons, il me laissera partir.

MAIS ?!

Donc je résume : tu as une dette que tu ne peux rembourser ni en faveurs, ni en argent, mais tu vas la rembourser en lui donnant des faveurs qui te font gagner de l’argent ? Sauf que sa monnaie à lui, c’est le bouton ? T’es sûre que c’est pas Bitcoin et que tu as mal entendu, gourgandine ? Non parce que bon : je note aussi que tu es payée le même prix (un bouton) qu’importe la faveur. Nous suivons donc les aventures sexuelles d’un magasin « Tout à 5€ » fait femme.

Je…

Seigneur. C’est une fanfiction érotique de La Foir’Fouille. La règle 34 de l’internet ne connait donc aucune exception ?

Il me laissera m’en aller.

Mais je dois gagner les boutons un à un.

En me soumettant à l’homme le plus sombre, le plus cruel, et le plus séduisant que je n’ai jamais rencontré.

C’est un pervers, mais il est beau, donc ça va. Non parce que se soumettre, à un moche, non ou alors…

Aaaattendez ? Pourquoi ai-je les mots « femme de footballeur » en tête ? Curieux. Alors que ça n’a aucun rapport. Pfou. Non. Alors là, je ne mange pas de ce pain-là.

Tiens ? Mais que fait cette photo ici ? C’est sûrement une erreur.

Tenez, enchaînons pendant que Diego prépare les balles en argent pour mon Chassepot (par sécurité, je tire toujours sur les avocats avec de l’argent ; d’abord, parce que ces créatures sont aussi magiques que mystérieuses, et ensuite, parce que quel avocat de footballeur esquiverait de l’argent ?).

Et allons voir Prude à frange, de C. S Quill. Étant donné le jeu de mot du titre, prions pour que ce soit une parodie.

Aux frontières de la dark romance. Entre sa virginité et son âme, Cadence pourrait tout perdre.

Perdre la Cadence ? C. S Quill est sûrement le pseudonyme de Laurent Ruquier.

Pour retrouver sa meilleure amie disparue dans d’étranges circonstances, Cadence est prête à tout. Y compris à infiltrer le mystérieux Round,

Bien. Alors. Comment le formuler ?

J’ai envie de dire : je ne sais pas qui va infiltrer qui.

l’organisation dans laquelle Ingrid a été aperçue pour la dernière fois.

Organisation probablement fondée par Jacquie et Michel Round. En tout cas, je doute que ce soit un bureau comptable ou une ONG qui se charge de ramasser du plastique en mer.

Si elle veut en apprendre plus, Cadence va devoir gravir les échelons à son tour. Mais jusqu’où est-elle prête à aller pour ça ?

Trop… de calembours…. dois… résister…

Toute la vie de Mas est dévouée au Round. Sa dernière mission ? Former Cadence aux exigences de ce réseau

Non, arrêtez. C’est une provocation, c’est impossible autrement : dois-je comprendre que pour rentrer dans le Round, il faut grimper le Mas en Cadence ?

Ce livre est soit une formidable collection d’accidents lexicaux, soit c’est un horcruxe de Jean-Marie Bigard.

 Ce qu’il ignore, c’est qu’elle poursuit ses propres objectifs et ne l’écoutera pas à la lettre. Elle pourrait bien mettre en péril sa réputation, et bien plus encore.

En tout cas, je n’ai pas commencé cet ouvrage que déjà, je sue à grosses gouttes. Vite, la suite !

Peut-être Dark Obsessions, de Piko Lynna, m’aidera-t-il à oublier ?

Tayeb est un homme amoral.

Mais je parie qu’il est beau.

Après un long séjour en prison, il accepte un travail qui lui permettra de réaliser son rêve.

Acheter une librairie pour y brûler le rayon Dark Romance.

Sa mission est simple : retrouver Nina Marcet, l’enlever et la livrer à son employeur. Mais les choses se compliquent lorsqu’il prend conscience de la fascination qu’il éprouve pour cette petite chose craintive.

« Cette petite chose craintive » ?

J’espère qu’à la moitié du livre, on découvre qu’après des années de prison, il a perdu ses marques et dans la confusion, a kidnappé un lapin par erreur. Cela justifierait ce résumé et donnerait enfin une intrigue palpitante. Quand aux scènes de sexe je… 

Hmmm. Non, écoutez, là encore, passons promptement à la suite. Tenez, par exemple, avec Pure Corruption, de Pepper Winters.

Arthur Kilian est le président du gang Pure Corruption.

Que ?

Très bien, arrêtons tout de suite, je ne vais pas plus loin. Passons sur le fait que le type s’appelle Arthur Kilian, et qu’avec un nom pareil, j’imagine un enfant de 13 ans avec une mini-crête jouant à Fornite sur son portable. Mais surtout, le mec est président de son gang ? Ça marche comment ?

« Eh les mecs ! Les mecs ! On vient d’pécho une meuf, on l’a emmenée dans l’ter-ter ! 
– Une seconde ! Une seconde Jean-Rabouin !
– Euh… ouais M’sieur Kilian ?
– Alors déjà c’est « Président Kilian », et ensuite, qu’est-ce qu’on a dit au sujet des kidnappings ? Hmmm ?
– Mais la s’maine dernière vous…
– Apapap ! Oui, la semaine dernière, à l’assemblée générale du gang, on a voté qu’il n’y aurait pas de kidnappings avant la kermesse d’automne ! 
– Eh mais bâtard qu’est-ce tu parles comme ça ! Tiens, j’ai mon gun ! J’vais t’sécher gros ! C’est moi l’nouveau patron !
– Ooooh je reconnais bien là les membres de la motion « Barbarie & Démocratie interne ! » Heureusement que la mouvance « Debout avec Kilian » vous a mis en échec !
– J’vais t’sécher j’te dis !
– Tu connais les règles, Jean-Rabouin : interdit d’abattre le Président du gang si le quorum n’est pas réuni ! Et le trésorier n’est même pas là pour faire le bilan de ma présidence !
– Sa race, j’suis fait ! »

Soyons francs : un gang qui fonctionne avec les règles du Parti Socialiste, je ne lui donne pas dix minutes. 

Laissons donc Pure Corruption de côté, et puisque nous parlons de Président, laissez-moi vous présenter une oeuvre toujours en cours, et française de surcroît, et que je me dois donc de soutenir : Mariée de force à un gilet jaune.

Je suis Laurie Macron et j’ai 17 ans. Je suis en Terminale ES, et, comme vous l’aurez peut être deviné :
je suis la fille d’Emmanuel Macron le président de la France. Tout se passait bien dans ma vie,
jusqu’à ce que ce fameux mouvement des gilets jaunes éclate. C’est le moment où tout a basculé…

Je vous mets ça là. Hop.

Laurie parviendra-t-elle à s’échapper de la cabane du rond point de l’entrée sud de Vesoul où au contraire y trouvera-t-elle l’amour ? Emmanuel Macron claquera-t-il la porte de l’église le jour du mariage en hurlant « Je m’y oppose !« , un flashball dans chaque main ? Et surtout, si enfant il y a, le jour de l’accouchement, les sages-femmes l’enfumeront-ils à coups de lacrymogènes en s’exclamant « Sors de là, vilain renard ! » afin de l’habituer ?

Je ne sais pas mais en tout cas, pour ma part, cela me fait déjà moult bonnes idées de lecture d’été.

La prochaine fois, faites-moi penser à vous parler d’un autre genre méconnu : la sick-lit. Comprendre, la littérature impliquant des histoires d’amours où l’un des personnages est malade. Oui, c’est particulier. Et oui, il faut que ce soit une maladie mortelle, parce que non, sinon, ça ne sonne pas pareil. Tenez, par exemple :

Richard a tout pour réussir. Il est riche, il est beau, il est intelligent, mais il est hélas torturé. Lors d’une cérémonie à l’ambassade d’Argentine à Paris, il rencontre Lou, une étudiante de dix-huit ans qui est immédiatement attirée par cette douleur qu’elle lit dans ses yeux. Il accepte de la suivre jusqu’à chez elle, mais… Richard pourra-t-il admettre qu’il a simplement super mal au bide à cause de la viande du buffet ? Comment va-t-il réussir, dans un appartement étudiant, à faire caca sans que Lou n’aie l’impression de revivre Verdun de l’autre côté de la porte ? La suite dans Mal de bide, mal de vivre, la fanfiction érotique tirée du succès mondial Le Charme discret de l’intestin.

On parle dès lors de shit-lit.

Ce qui, vous en conviendrez, couvre aussi les genres littéraires que nous venons d’évoquer. C’est quand même bien fait.

Maintenant que vous voilà instruits, je vous laisse donc faire votre sélection : bonnes lectures à vous bien sûr.

Renard fatigue

Un odieux connard

Je n'ose imaginer ce que l'on dirait si des hommes écrivaient des livres où les héroïnes sont toutes vénales et adorent se faire abuser.

Franck Ribéry a séduit sa femme avec son charme naturel et son humour raffiné, arrêtez maintenant.

Sachant qu'il y a vraiment eu des mariages ayant pour thématiques les Gilets Jaunes, je vous avoue que je vais me resservir du brandy pour oublier.

Se démotiver, hacker le monde du travail, désobéir !

Aujourd’hui, nous rapportons deux ateliers expérimentés avec les gens autour du thème du travail. J’exposerais les idées, expériences que nous ont partagées les personnes présentes, puis je tenterais une petite analyse de ce qui a été rapporté. Comme d’habitude, les personnes ont été d’une très grande inspiration, je tiens à les remercier pour leur participation, pour avoir partagé leurs réflexions et expériences. C’est toujours un plaisir et honneur pour nous.


Rapport des ateliers


Aujourd’hui, je vais donc résumer deux ateliers, l’un récent qui a eu lieu aux Geek Faëries 2019, le dimanche matin avec pour thème la démotivation ; et l’autre qui a eu lieu toujours aux Geek Faëries mais en 2018, Hacker le travail. Ce n’était pas prévu, mais il s’avère que ces deux moments entrent en résonance, et, ma foi, sont tous deux magnifiquement non-allégeant 😀

La démotivation, mais enfin, pourquoi parler de ça ?

La première étape a donc été d’expliquer notre thème : habituellement, on parle de la démotivation comme d’un problème, d’un fardeau, d’une pénibilité qui nous affecterait comme une vilaine grippe. À cela, les coachs, les consultants, le développement personnel vont fournir des connaissances, des trucs, des techniques pour rebooster sa motivation. Nous-mêmes avons fait d’ailleurs un article sur la motivation, via la théorie de l’autodétermination. C’est logique, tout le monde aime être motivé, il est pénible d’être démotivé.

Cependant, cette théorie nous apprend que l’amotivation (ou « démotivation ») est parfois un signe de profonde autodétermination : la personne est démotivée, ne veut pas obéir ou continuer à faire l’activité, parce qu’au fond d’elle, il y a un très fort élan qui l’encourage à faire autre chose. Oui, la « sensation » de démotivation est pénible. Mais cette pénibilité est un message qu’on devrait peut-être écouter plus attentivement pour comprendre quel bel élan il cache.

Cet élan peut être éthique : la personne démotivée ne peut pas faire telle activité, parce que cela brise des principes, des valeurs, une morale qui lui tiennent à cœur ; ou elle est démotivée car empêchée de faire des actions qui ont du sens pour la société, pour les autres. C’est par exemple ce qu’on peut retrouver chez les désobéissants dans l’expérience de Milgram.

Ne regardez pas si vous êtes déjà déprimé :

Cet élan, qui se cache dans la démotivation, peut être lié à ses compétences ou à ses capacités : la personne pourrait faire énormément de choses complexes, mais l’environnement ne propose aucune action ou tâche « digne » de ses compétences ou capacités. L’ennui, le bore-out, le fatalisme règnent alors, car les possibilités sont chaque fois plus profondément enfouies sous terre lorsque l’environnement force à ne rien faire de vraiment digne d’être fait.

Cet élan, qui se cache dans la démotivation, peut être social : l’environnement social où naît la démotivation sape les volontés, l’altruisme, la solidarité, la compassion, la dignité, au point que cela en devient insupportable. L’humain est un animal social qui, s’il est forcé à nuire à autrui ou à subir le rejet continuel, s’il est empêché d’être altruiste, va ressentir une profonde démotivation (parfois c’est le corps qui s’en charge, avec de profondes atteintes).

En cela, nous pensons que la démotivation est un excellent signal qui, s’il est bien apprécié, écouté, accepté, peut être un pont vers l’autodétermination. L’atelier précédent celui-ci nous avait d’ailleurs montré un exemple : un homme nous avait raconté à quel point il s’était senti mal dans son travail ; il n’apprenait plus rien, il y avait un climat de mépris envers lui, toutes ses tâches étaient routinières alors qu’il était arrivé par véritable passion dans ce métier (l’informatique). Un jour il en a eut assez, démotivé sur tous les plans (le social, sa compétence, son éthique, son autonomie était sapé) et a saisi par curiosité une offre de formateur, et là, tout à changé pour le mieux, il avait trouvé une voie émancipatrice. La démotivation semble ici être un premier acte d’une nouvelle vie, meilleure pour soi et les autres.

Alors, qu’est-ce qui nous démotive ?

Nous avons demandé aux personnes qu’est-ce qui les démotivaient, et elles ont parlé majoritairement du monde du travail. Ce n’était pas forcément le but de l’atelier (on essaye d’être le plus flexible possible, le hors-sujet est même totalement ok), mais vraisemblablement, les exemples à trouver de la démotivation semblaient plus courants dans le monde professionnel qu’ailleurs.

* la bureaucratie | l’administration | la surveillance horizontale | l’organisation rigide

Plusieurs personnes, une travaillant dans l’administration et les autres étant soumis à des diktats administratifs insensés (dans le monde médical, en bibliothèque, en gestion des forêts…), nous ont parlé des lenteurs bureaucratiques, des obligations de papiers ridicules qui ne servaient à rien. Le tout semblant être fossilisé dans une organisation rigide où tout changement semblait impossible, personne ne voulant envisager un changement. La personne travaillant dans l’administration à l’organisation rigide qu’elle nous décrivait, nous disait qu’il y avait en plus une forte surveillance horizontale : chacun se surveillait en continu, rapportait à la hiérarchie les moindres manquements, traquait les déplacements de l’autre et ce qu’il faisait sur son ordinateur, et que cette surveillance entraînait soi-même à surveiller l’autre, on se voyait soi-même mémorisait ce que l’autre faisait, prendre des notes… Comment changer ça ?

Lors de l’atelier, j’ai demandé aux personnes concernées si elles avaient pu vivre des moments de connivence, de désobéissance partagée, de solidarité « contre » la structure professionnelle, mais personne n’a malheureusement pu me donner d’exemples (ou n’osait pas, ce n’est pas forcément évident de parler devant tout le monde, surtout d’actes étiquetés comme « illégitimes »).

* Le chef | l’obsession de l’entreprise pour le chiffre | le travail non- écologique

Une personne nous a raconté son parcours de démotivation. Elle a quitté son métier principalement parce que cela n’allait pas du tout avec son chef, ni avec l’obsession de l’entreprise pour le chiffre en plus de cela, c’était un travail qui n’avait rien d’écolo ; on a ici trois grands facteurs de démotivation et d’autodétermination vers autre chose, c’est-à-dire une bonne proximité sociale, de l’éthique et du sens donné à la compétence ; puis elle a trouvé un travail de gestion des forêts, qui correspondait à la fois à son éthique, où elle était libre grâce à une variété de taches qu’elle pouvait réaliser selon ses décisions

* la déconsidération

Une personne travaillant comme aide-soignante en hôpital nous a raconté la déconsidération des médecins à leur endroit constituait la plus grande source de démotivation. Elle aime son métier, mais la déconsidération est telle (ainsi que d’autres aspects liés à la bureaucratie) que c’est vraiment très désespérant. On a donc là un dilemme particulier, celui d’un « beau » métier en soi (aider autrui), mais qui est sapé par des éléments de la structure (la structure formule le rôle des médecins pour qu’ils aient autorité, ce qui peut se justifier sur l’aspect médical, mais qui ne justifie en rien qu’ils expriment ce rôle par le mépris et la déconsidération envers les autres rôles ; cependant la structure, en tolérant qu’on méprise, déconsidère certains autres rôles, justifie implicitement cette pratique.

* le manque de sens | gestion absurde

De retour à nos thèmes de bureaucratie, les personnes nous ont parlé de paperasses et plans totalement absurdes qu’on les obligeait à remplir alors qu’ils étaient extrêmement mal conçus, inappropriés (et qu’ils avaient signalé les problèmes depuis longtemps pour faire évoluer ce plan, sans que ça amorce quelconque changement) et que cela prenait un temps fou, tout cela n’apportant strictement rien quant au travail lui-même. Au vu de ces thèmes bureaucratiques qui revenaient au cœur de la démotivation, j’ai cru sentir que les personnes voulaient travailler à ce qui fait sens au cœur de leur travail.

* les deadlines

Cette fois, une personne nous racontait comment à l’université, pour des travaux de recherche, la deadline sapait la motivation : après un travail profondément libre, le contraste avec la pression de la deadline était très fort, changeant radicalement la motivation.

* la non-acceptation (en général) des erreurs et échecs

Nous avons beaucoup parlé de la peur de l’échec qui tétanise, fait peur : des profs nous parlaient de leur élèves qui n’osent pas s’essayer à des exercices de peur de se tromper (et préfère laisser tomber), on a parlé des jeunes employés totalement stressés par l’idée de faire une erreur, de la pression qu’on peut se mettre ou recevoir pour faire « parfait ». On a parlé (il me semble, peut être que je confonds avec un autre atelier), de certains responsables qui appuient sur le moindre détail pour critiquer, déprécier un travail.

Or, il semble que tout le monde était d’accord, l’erreur fait partie de l’apprentissage, est même apprentissage en soi. Alors pourquoi cette peur ? Pourquoi sanctionner, critiquer l’erreur ? Le phénomène semble plus global, la société nous demandant une efficacité que je qualifierais de « machine », et le spectre de la précarité et du rejet social nous pressant implicitement. L’erreur est (à mon sens) parfois saisie non parce qu’elle serait grave, mais comme moyen d’exercer une domination sur l’individu, et pour le dominateur de se complaire de son « pouvoir » sur l’autre. Ainsi, implicitement, on a peur de faire une erreur parce que c’est comme offrir une opportunité de domination à l’autre ; peut-être qu’en fait le vrai problème est la soif de contrôle de celui qui attend l’erreur pour dominer, ce comportement étant lui-même conditionné par une incertitude concernant ses compétences, ses rôles, sa place.

Hacker le travail

Dans l’atelier de 2018, la question était autre, et portait sur les problèmes du monde du travail, ce qui n’impliquait pas forcément l’expérience, mais portait plus sur l’analyse ou l’observation et son impact sur la société (en terme de sens, d’efficacité éthique). Et les points se recoupent (je rapporte moins de détails, car un an a passé, et ma mémoire est faillible) ; voici les problèmes qui ont été répertoriés :

  • le jugement
  • l’ambiance sociale négative
  • la division hiérarchique
  • le stress/la pression
  • l’interdépendance entre des environnements sociaux n’est pas prise en compte (notamment lors de politique sur la suppression de services sociaux, la personne nous racontait que la fermeture d’un centre de loisirs dans un quartier avait participé à l’augmentation la délinquance dans ce même endroit)
  • l’excès d’autorité
  • l’injonction à être autoritaire
  • la déshumanisation
  • le rationalisme économique
  • le manque de moyens (notamment dans le social)
  • les institutions dégradées par les politiques alors qu’il y a des besoins sociaux
  • les représentations sociales d’un statut « privilégié » (par exemple les profs sont perçus comme ayant un statut privilégié) alors que c’est un statut normal, avec ces avantages et inconvénients
  • Des attributions causales problématiques : internalité allégeante, |erreur fondamentale d’attribution (ce qui augure des jugements négatifs, des erreurs de politiques, des problèmes qui persistent, etc.)
  • Il y a des problèmes de médiatisation des mobilisations sociales
  • Il y a sentiment d’insécurité sociale (quant à la possible perte de son emploi, son statut, etc.)
  • Il y a pessimisme/fatalisme quant à la situation (qui empêche de se mobiliser pour régler les problèmes, ou de faire des actions pour les régler)
  • La grève semble moins efficace, moins suivie à cause de la peur de la précarité

Et qu’est -ce qui est positif au travail, qu’est -ce qui motive ?

Dans les deux ateliers, les points positifs ont peu été remplis ; sans doute parce que parler des problèmes est important, on a tous besoin de les partager avant de pouvoir penser à des solutions ou issues, donc nous avons pris le temps nécessaire. Il me semble que ce n’est pas trop grave, car à partir des points négatifs, on peut en déduire les points positifs.

  • la variété des tâches : les personnes nous racontaient que ce qui leur plaisait c’était de pouvoir varier à leur convenance les tâches ; certains rebondissaient justement sur les tâches administratives qui pour leur part ne les dérangeaient pas, car ils pouvaient les faire quand ils le souhaitaient, selon leurs décisions. On a pu remarquer qu’effectivement, tout changeait du tout ou tout, entre l’activité « imposée » et celle libre ou la personne peut décider, s’organiser comme elle l’entend.
  • le choix des tâches : toujours dans le même état d’esprit de liberté, pouvoir choisir permettait aussi de casser la routine. On voit que cela implique de ne pas être contrôlé, d’avoir de l’autonomie dans son travail, soit d’être indépendant, soit d’avoir au moins une hiérarchie qui a confiance.
  • pouvoir toujours apprendre : une personne nous a dit que le travail motivant était lié au fait d’avoir toujours à apprendre, car effectivement la routine est signe qu’on n’apprend plus rien, que l’environnement n’offre plus matière à se développer d’une façon ou d’une autre.
  • la liberté : comme on le constate, les faits, les structures, les tâches démotivantes sont toutes liées à des contraintes extérieures plus ou moins autoritaires (bureaucratie, chef, impossibilité de choisir ses tâches/son organisation…) et les expériences positives rapportées ont toute un caractère de liberté. Une personne a souligné que c’était aussi sans doute pour cela que les systèmes éducatifs type Montesorri, basés sur l’autonomie et la liberté des enfants, fonctionnaient si bien (on en a parlé ici, donc je ne peux que plussoyer 🙂 ).
  • le climat de confiance : pour cette liberté, on a vu qu’effectivement il est nécessaire qu’il y ait la confiance de l’équipe, de la hiérarchie ou du corps de métier. La méfiance entraîne le contrôle, la surveillance constante, l’injonction, la pression au chiffre…

Et l’atelier sur hacker sur le travail donne aussi des points positifs similaires, également liés à la proximité sociale avec les collègues proches et éloignés :

  • entente dans l’équipe
  • la solidarité entre services
  • la passion pour le métier

Solutions ?

Dans l’atelier sur hacker le travail, nous avons eu le temps d’explorer plusieurs solutions pour contrer les problèmes :

  • aller vers l’autre | les connaître hors travail | ne pas parler travail à midi
  • empathie militante, où comment comprendre puis aider les autres dans le but de réparer les structures
  • sabotage social : ce terme renvoie à une pratique largement employée durant la Seconde Guerre mondiale ; ici il a été évoqué dans le cadre où l’entreprise s’avère être totalement destructrice à plusieurs niveaux, donc où il est nécessaire de gripper la structure pour protéger les gens (par exemple lorsqu’il y a harcèlement institutionnalisé) ; nous avons parlé ici du sabotage social dans la conférence ci-dessous, et traduit le document de l’OSS ici : https://www.hacking-social.com/2016/05/09/etre-stupide-ou-lart-du-sabotage-social-selon-les-lecons-de-la-cia/

  • statactivisme : il s’agit d’un activisme via des contre-statistiques ; le rationalisme économique des organisations produit une foule de chiffres, tous liés à la productivité, niant l’humain. Compter autrement rappelle la réalité humaine. C’est par exemple (fait récent) de compter les suicides liés au travail, pour montrer la réalité qui se cache derrière les profits, la soi-disant bonne santé de l’entreprise. On peut dénombrer d’autres faits, que ce soit le nombre d’insultes, d’injonctions ; ou encore le nombre de feed-back humiliant, le nombre de rejets d’idées qui pourtant pouvait améliorer la structure… Globalement une attitude d’enquêteur, qui collecte les faits, les preuves, est recommandée dans toute démarche légale de lutte (syndicat, justice…) ou de désobéissance civile.
  • sensibilisation et prise de conscience, notamment contre les erreurs d’attributions causales et les représentations sociales négatives, pour contrer les mésinterprétations des conflits sociaux par les gros médias (par exemple leur fameuse « prise en otage des usagers » dès qu’il y a une grève des transports)

***

Nous n’avons pas abordé les « solutions » à la démotivation, parce que la démotivation en elle-même était un indice et parfois une étape de la solution déjà en marche ; par exemple une personne racontait un travail passionnant dans l’associatif, autour de projet de livre : l’équipe avait tout donné, puis effectivement la motivation n’était plus la même, était plus laborieuse. Une personne a souligné que parfois cette démotivation après un grand élan, était peut-être tout simplement un appel à prendre des vacances. Effectivement, on ne peut pas être à fond tout le temps, même quand le projet, l’organisation est saine.

Parfois la démotivation est plus intense, plus caractérisée par des dégoûts éthiques : généralement les personnes ont rapporté avoir changé de métier, et effectivement c’est souvent la solution appropriée. L’autre idée qui me vient à l’esprit, tout en tentant de négocier des changements pour améliorer la structure (y compris le recours à des institutions compétentes, syndicats, inspection du travail, etc.), pourrait être le hack, des opérations de désobéissance collective. Si la structure est violente, destructrice, a des conséquences négatives pour la société, porte atteinte aux droits de l’homme, il me semble que le sabotage social (extérieur et intérieur) peut être pertinent. Généralement, que la lutte soit légale ou d’ordre de la désobéissance civile, elle commence toujours par une collecte de preuves, de faits, de documents, de chiffres montrant la réalité des problèmes (déshumanisation, harcèlement, oppression…) et l’action se module autour de cela, y compris lorsqu’elle est désobéissante et illégale.

Première petite analyse : résister, lutter pour un autre idéal de travail

Pour info, cette analyse n’est pas forcément celle que feraient les personnes ayant participé aux ateliers : peut être serait-elle d’accord sur certains points, peut être qu’elles ne seraient pas d’accord. Je ne sais pas. C’est donc juste mon bidouillage en fonction de mes connaissances, mais d’autres analyses seraient possibles, menant peut être à d’autres conclusions, je propose simplement une réflexion parmi d’autres.

Les discussions semblaient évidemment à l’opposé de l’idéologie du travail que diffusent les dirigeants politiques ou autres et présentant le travail comme émancipateur, merveilleux, rendant « libres », parce que l’expérience des gens est bien autre : une personne, voyant la liste de tous les facteurs de démotivation, disait que cela décrivait parfaitement son travail en centre d’appel. Toutes les pires conditions y étant réunies.

Cette expérience négative du monde du travail, on peut aussi la voir dans les témoignages recueillis lors mouvement OnVautMieuxQueCa dont nous nous sommes occupés un temps ; ce sont des centaines de témoignages qui parlent des mêmes problèmes : problèmes de rapports sociaux (408), problème de législations (346), problèmes de conditions insupportables (319), de santé (237), etc.

Cette avalanche de problèmes inversons-là pour entrevoir des solutions : pour cela j’ai cherché le contraire positif à ces problèmes, afin d’apercevoir une image de ce qui nous motiverait (donc qui débloquerait notre plein fonctionnement pour l’activité) et ferait fonctionner mieux toutes ses structures, que ce soit pour des entreprises privées, des institutions ou des organisations sociales. Le résultat est totalement à l’image de ce que recommande la théorie de l’autodétermination. Voudrions-nous un monde où nous pourrions nous autodéterminer ? Cherchons-nous donc la liberté avant toute chose ? Étonnamment (et pour mon plus grand plaisir :D) les motivations extrinsèques n’ont pas du tout été évoquées : personne n’a parlé de salaire comme « motivateur », ni parlé de statut élevé dans la hiérarchie, ni de gloire ou de célébrité, ni de volonté de dominer autrui. Les gens voulaient de la liberté, du sens, de l’éthique, de la solidarité, de joyeux échanges entre humains, de la coopération, de l’humanisation, œuvrer véritablement à l’activité et non à ces superficialités bureaucratiques ou ces stupidités autoritaires.

En renversant les problèmes, on trouve donc l’idéal, mais aussi la façon d’hacker le travail pour contrer les problèmes ou tenter de créer cet idéal si les oppressions sont moindres ; s’il y a un climat de déshumanisation, il s’agira donc de créer un climat d’humanisation, où l’on prend soin de tous les besoins humains. Aux cibles de la déshumanisation, le hacker social contrera le mal par une humanisation redoublée, sapant les objectifs malsains du deshumanisateur au passage. Mais l’action furtive ne suffit pas, surtout si la déshumanisation est institutionnalisée. Là, ce travail d’humanisation doit être de plus en plus collectif, dans et hors de l’entreprise.

Cette militance collective peut se faire via les moyens de lutte légaux que sont l’appel aux syndicats, à l’inspection du travail, aux prud’hommes, la médecine du travail, des spécialistes en droits, le contact avec des journalistes investigateurs.

Étant donné que les lois sur le travail ont rendu plus difficile ou plus inefficaces le recours à ces moyens légaux, sans compter les actions « classiques » (tels que les manifestations ou grèves) qui sont de plus en plus dévitalisées ou réprimées, il me semble personnellement tout à fait légitime (notamment parce que les droits de l’homme sont parfois largement bafoués) d’employer d’autres moyens consistant notamment à rendre visible ces problèmes : médiatiser par ses propres moyens, de façon anonymisée, le réel, le vécu problématique dans l’entreprise opprimante, jouer à Snowden (collecter des preuves, des documents et les sortir de la confidentialité pour que tous soit au courant, ce que font les lanceurs d’alerte), désobéir à des injonctions préjudiciable à autrui, et face à la destructivité, être dans le sabotage social. J’estime pour ma part que lorsqu’un travail consiste à détruire autrui, est destructif, on est en droit de le saboter au nom des droits de l’homme, que ce soit en ne faisant pas le travail demandé ou en détournant ses objectifs pour faire à la place quelque chose de constructif, d’altruiste. À noter que cette lutte, on peut la faire même lorsque l’on n’est pas employé dans l’entreprise, par exemple en boycottant les magasins ou entreprises qu’on sait malsains avec leurs employés, en informant le plus grand nombre des pratiques de telles marques, pour ne parler que des moyens légaux (je vous laisse deviner les moyens « gris »). L’argent et la renommée sont souvent les buts centraux de ces organisations malsaines, donc c’est sur ces points qu’il faut « taper ».

Pour le long terme, je suis pour ma part de plus en plus convaincue par l’orientation non violente « sois le changement que tu veux voir en ce monde » (Gandhi), qui n’est pas qu’éthique, mais tactiquement et symboliquement beaucoup plus puissante que « la fin justifie les moyens » (qui n’est à mon sens qu’une hypocrisie pour justifier sa soif de domination, avec à terme, une plongée dans l’opposé des idéaux qu’on a prêchés ; c’est là d’ailleurs qu’on voit émerger toute sorte de dérive dans des mouvements qui au départ partaient sur des causes et pour des buts légitimes). La non-violence n’est pas un pacifisme conventionnel de bisounours craintif de la loi, au contraire, il s’agit de désobéir pleinement (par exemple comme la désobéissance de Carola Rackete qui obéissait à d’autres devoirs plus altruistes, qui est de sauver les gens en mer), de se confronter avec courage aux conséquences, mais d’une façon qui fait sens.

Par exemple, les mouvements pour les droits civiques entre autres guidés par Martin Luther King consistaient pour les Afro-Américains à fréquenter les lieux qui leur était interdit par ségrégation, de s’asseoir sur les places de bus qui leur était injustement interdites. Les moyens de lutte font écho aux fins du mouvement, ce qui rend souvent le mouvement extrêmement sensé, avec une très forte puissance symbolique et paradigmatique.

Le film Selma montre bien je trouve à quel point les mouvements non-violents (dont on a oublié que ce n’est en rien un évitement du conflit, au contraire) demandent un sacré courage et ne sont en rien facile :

C’est pourquoi il me semble que le problème « dévalorisation », qui demande une solution de « valorisation », ne peut pas être réglé pleinement si on ne porte pas soi-même cet idéal en valorisant les gens. Vouloir être valorisé tout en dévalorisant d’autres personnes perpétue le problème, c’est presque le valider et l’estimer comme une bonne chose. La première des luttes consiste donc à ne pas œuvrer dans le sens de ce qu’on critique ; par exemple, on ne peut pas râler contre l’ambiance sociale négative si on passe son temps à insulter les personnes autour de soi (donc à alimenter le climat négatif), ce n’est qu’une hypocrisie égoïste.

Donc il y a deux façons de lire ces « inversions » de problèmes : comme ce que devrait être une structure du travail du futur ; comme un moyen de militer et montrer ces idéaux qu’on applique directement. J’avais commencé à écrire le détail de cette réflexion, cumulé avec quantité d’exemples, mais à ce rythme-là j’aurais pondu plus d’une centaine de pages, ce n’était pas raisonnable. Donc, voudriez-vous que je détaille, point par point, en faisant des articles précis ? En attendant, après la liste je vous mets les recommandations de la théorie de l’autodétermination pour créer un environnement social « libre » VS autoritaire ; les articles ou j’ai déjà pu abordé des « que faire » contre ses problèmes ; et des sources inspirantes qui répondent à ces problématiques.

* la surveillance horizontale | ambiance sociale négative)))<->(((le soutien entre pairs | un objectif d’ambiance sociale positive | la solidarité | la connivence.

* la déconsidération | le jugement | incompréhension (représentation sociale « privilégié », internalité allégeante, erreur fondamentale d’attribution))))<->(((la compréhension, l’empathie militante, la considération et la gratitude militante, parler du réel du travail, médiatiser le réel non allégeant ; et par ailleurs être curieux, apprendre à comprendre plutôt que juger.

*déshumanisation)))<->(((le respect des droits de l’être humain, l’égalité appliquée (dans les actes concrets et non en tant que autopromotion de son éthique de surface)

* L’autoritarisme | excès d’autorité | injonction à être autoritaire | les deadlines | division hiérarchique)))<->(((autogouvernance, démocratie dans les actes concrets, horizontalité, autogestion, la suppression des instances de contrôle oppressantes, le refus de dominer clairement dans les actes

* la bureaucratie | l’administration | l’organisation rigide | gestion absurde)))<->(((la gestion et l’administration au plus simple (voire minimaliste), centrée sur l’humain et son activité et non un moyen de contrôle ou de pouvoir (et également non motivé par soumission ou conscienciosité obsessionnelle; autogouvernance, tous responsables.

* le manque de sens | l’obsession de l’entreprise pour le chiffre | le travail pas écologique | rationalisme économique)))<->(((l’organisation centrée sur la raison d’être de son travail (son œuvre et l’impact de cette œuvre dans le monde; de nouveaux indicateurs de réussite liés au bien-être humain ; un travail éthique 

* Stress | pression | la non-acceptation en général des erreurs et échecs | l’interdépendance entre des environnements sociaux n’est pas prise en compte | manque de moyens (dans le social) | institutions dégradées par les politiques alors qu’il y a des besoins sociaux)))<->(((Conditions d’exercice qui envisage l’humain comme un organisme vivant et non une machine, se considérer comme un organisme vivant ayant des besoins physiologiques à combler pour bien fonctionner | penser que l’apport d’une organisation ne se calcule pas uniquement sur son apport financier, trouver d’autres indicateurs de réussite (le bien-être par exemple)

* problèmes de médiatisation des mobilisations sociales | sentiment d’insécurité | pessimisme | fatalisme | La Grève n’est plus efficace à cause de la précarité)))<->(((Moyens de résolutions de conflits qui permettent de faire évoluer l’entreprise/l’institution du bas vers le haut ; un réel pouvoir de changement du bas vers le haut, ou de façon horizontale (autogouvernance/autogestion) ; médias à l’écoute de toutes les voix/médiatisation par soi même (exploitation des nouveaux modes de communication via Internet) ; affiner/recréer/réinventer la militance (désobéissance civile en entreprise, sabotage social, lanceur d’alertes ; plus d’insoumission et de lutte directe contre les motivations extrinsèques de ces organisations).

Être libre au travail VS être dominé donc sapé : les conseils via la théorie de l’autodétermination

À noter que tous les conseils de la théorie de l’autodétermination ont été observés, testés, expérimentés (dans Self-determination theory, Deci et Ryan). Les environnements sociaux qui suivent ceux qui sont classés en « non » sont moins productifs, moins efficaces, ont plus de turn-overs, de problèmes, les individus qui les composent sont en moins bonne santé physique et mentale, sont malheureux ; et au contraire ceux qui suivent les mesures classées en « oui » sont plus productifs, efficaces, avec des employés heureux, en bonne santé et motivés, moins de turn-overs. Il est donc complètement stupide de la part des entreprises, même quand le but est le profit, d’être sur des modèles autoritaires, oppressants ou pseudolibres (basés sur la manipulation) : presser les gens comme des citrons et les jeter est une stratégie qui n’a aucune justification valable, et qui s’expliquerait par des motifs profondément égoïstes d’individus qui y gagneraient quelques bonus, mais qui n’est en rien une stratégie bonne pour l’entreprise.

Oui (mesures à favoriser qui comblent les besoins psychologiques des personnes dans les environnements sociaux)

Non (mesures à éviter qui sapent les besoins psychologiques des personnes dans les environnements sociaux)

Viser le bien-être des personnes

Viser le comblement des besoins des personnes

Chercher à ce que les individus soient autodéterminés, puissent s’émanciper grâce à ses apports ou être libres dans la structure.

Encourager et nourrir les buts et aspirations intrinsèques (aimer faire les choses en elle-même)

Concevoir un environnement favorisant l’autonomie :

  • transmission autonome de limites (pas de langage contrôlant ; reconnaissance des sentiments négatifs ; justification rationnelle des limites)

  • soutien avec de vrais choix, pas que des options

  • fournir des explications claires et rationnelles

  • permettre à la personne de changer la structure, le cadre, les habitudes si cela est un bienfait pour tous

  • ne pas condamner les prises d’initiatives

Concevoir un environnement favorisant la proximité sociale inconditionnelle

  • faire confiance

  • se préoccuper sincèrement des soucis ou problèmes de l’autre

  • dispenser de l’attention et du soin

  • exprimer son affection, sa compréhension

  • partager du temps ensemble

  • savoir s’effacer lorsque la personne n’a pas besoin de nous

Concevoir un environnement favorisant la compétence via la maîtrise de la compétence (et non la performance)

  • être clair sur les procédures, la structure, les attentes

  • laisser à disposition des défis/tâches optimales, adaptables à chacun

  • donner des trucs et astuces pour progresser

  • permettre l’autoévaluation

  • si besoin proposer des récompenses « surprises » congruentes

  • donner des feed-back informatifs, positifs ou négatifs, mais sans implication de l’ego.

Viser et participer au mal-être des personnes (en stressant ou en les menaçant par exemple)

Viser la frustration des besoins des personnes

Chercher à déterminer totalement les individus, à avoir un contrôle total sur eux.

Encourager et nourrir les buts et aspirations extrinsèques (argent, gloire, statut), éliminer/nier buts intrinsèques (aimer faire les choses en elle-même)

Concevoir un environnement contrôlant :

  • punitions

  • récompenses (conditionné à la performance, conditionnelles)

  • mises en compétition menaçant l’ego

  • surveillance

  • notes/évaluation menaçant l’ego

  • objectifs imposés/temps limité induisant une pression

  • appuyer sur la comparaison sociale

  • modèle de pouvoir hiérarchique, en insistant fortement sur son pouvoir dominant

Concevoir un environnement niant la proximité sociale ou uniquement conditionnelle

  • ne jamais faire confiance

  • être condescendant, exprimer du dédain envers les personnes.

  • Terrifier les personnes

  • montrer de l’indifférence pour les autres

  • instrumentaliser les relations

  • empêcher les liens entre les personnes de se faire

  • comparaison sociale

  • appuyer sur les mécanismes d’inflation de l’ego (l’orgueil, la fierté d’avoir dépassé les autres)

  • vanter le self-control non-autonome, non-autodéterminé

  • identification fermée/compartimentée (hautes défenses)

Concevoir un environnement défavorisant la compétence ou n’orientant que la compétence via la performance

  • ne pas communiquer d’attentes claires, ni donner de structure ou procédure concernant les choses à faire

  • donner des tâches et défis inadaptés aux compétences des personnes, voire impossible par quiconque

  • évaluer selon la performance

  • donner des feedback menaçant l’ego de la personne (humiliation, comparaison sociale)

  • donner des feedback flous sans informations

  • traduire les réussites et échecs en terme interne allégeant en niant l’environnement

  • feed-back positif pour quelque chose de trop facile

  • valoriser les signes extérieurs superficiels de réussite

Des articles et contenus où l’on a déjà donné des idées de solutions à ces problèmes

#hacker | détourner

#construire

Des sources inspirantes

Vous trouverez quantité de sources par thèmes dans les liens de nos articles, ici je rajoute simplement ceux qui n’y sont pas déjà présents. Cette fois, c’est principalement de la philosophie, des sciences politiques et de l’histoire.

  • Discours de la servitude volontaire, Étienne de la Boétie, 1576
  • La Désobéissance civile, Henry David Thoreau, 1849
  • Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche, 1883
  • Révolution non-violente, Martin Luther King, 1965
  • Avoir ou Être ? Erich Fromm, 1976
  • Pour sortir de la violence, Jacques Semelin, 1983
  • Sans armes face à Hitler, Jacques Semelin, 1989
  • La non-violence, Christian Mellon et Jacques Semelin, 1994
  • Un si fragile vernis d’humanité : banalité du mal, banalité du bien, Michel Terestchenko 2005
  • Magda et André Trocmé, figures de résistance, Pierre Boismorand, 2007
  • Désobéir en démocratie,Manuel Cervera-Marzal, 2013
  • Désobéir, Philippe Gros, 2017

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aledeg

Spider-Man : loin des yeux (qui saignent)

« Mais si patron, Spider-Man ! » insiste Diego.

Je lui jette un regard plein d’incompréhension, puis un cendrier afin de lui rappeler que je n’aime pas que l’on s’adresse à ma personne comme si je ne comprenais pas. Même si pour le coup, il est vrai que je ne saisis pas un traître mot de ce que le bougre raconte. Diego se saisit d’une poubelle pour saisir le cendrier au vol, aidé en cela de son sens pratique proverbial, puis poursuit.

« Le deuxième !
– Mais le deuxième quoi ?
– Le deuxième film !
– Celui avec le mec qui a des tentacules ?
– Non, ça c’est le deuxième film, mais du premier reboot ! 
– Bon alors c’est celui avec le gars qui jette des éclairs ?
– Raaah, mais non, ça c’est le deuxième film du deuxième reboot ! Là je vous parle de la suite du film de 2017 !
– Ah, alors c’est Spider-Man : New Generation ? Celui de 2018 ? 
– Mais non ! Concentrez-vous patron, c’est… »

Diego comprend bien, en me voyant décrocher du mur le fusil Chassepot de mon ancêtre que s’il continue à me raconter ces histoires qui n’ont ni queue ni tête, la même description pourrait bientôt s’appliquer à sa personne pour peu que je vise bien. Il s’enfuit prestement hors de mon bureau, me laissant seul avec cette grande question : est-ce que l’on arrêtera de subir des films Spider-man un jour ? Car après m’être renseigné auprès de quelqu’un s’exprimant plus clairement que Diego (nous l’appellerons Jean-Michel Internet), j’ai finalement compris que Spider-Man : Far from home était la suite directe de Spider-Man : Homecoming, déjà chroniqué en ces lieux. Oui, même les titres ont une chronologie étrange, mais passons.

Et rappelons l’intrigue du précédent film.

Spider-Man : Homecoming : Peter Parker, timide écolier de New York, est aussi Spider-Man, une sorte de héros qui rend la justice en faisant des jeux de mots qui auraient mérité de faire l’ouverture d’un épisode des Experts : Miami. Mais il a bien d’autres soucis ! Comme le fait que Ned, son ami obèse et un peu con connaisse sa double-vie, ou à l’inverse que Tante Milf, qui l’héberge, ne sache rien de sa passion pour les collants et le bukkake en plongé. Pire encore, Peter aimerait bien attirer l’attention de Liz à l’école, mais voilà : son père est le chef d’une sorte de gang de voleurs de métaux et autres panneaux routiers. Spider-man se retrouve donc à devoir affronter son beau-papa gitan, et parvient à le vaincre, ce qui complique ses relations avec Liz qui n’est plus trop d’humeur à flirter depuis que son géniteur s’est fait tabasser par une sorte de transformiste volant. Peter reporte donc toute son attention sur M.J, la caution progrès social de l’équipe qui par un audacieux hasard du script, a toujours raison. Bon, entre temps, il se passe deux films Avengers, et Peter se fait désintégrer avant de revenir 5 ans plus tard, mais comme on l’a vu dans le spoiler, cela n’a aucune influence sur l’histoire.

Alors, dans ce nouvel épisode, Spider-Man va-t-il devoir gérer l’immigration soudaine d’environ 3,5 milliards de personnes suite à leur retour sur Terre ? Parviendra-t-il à avoir son bac malgré les enseignants grévistes ? Et surtout, M.J arrivera-t-elle à formuler une phrase qui ne ressemble pas à un copier/coller des fins fonds de Twitter ?

Spoilons, mes bons !


L’affiche : cinq personnages, dont quatre dont vous savez qu’ils sont du côté des gentils. Le cinquième est inconnu au bataillon. Je vous laisse deviner qui est le méchant du film. Oui, c’est supposé être une surprise.

Notre film démarre sur une route poussiéreuse du Mexique, alors qu’un véhicule dont la marque est bien mise en avant gagne un petit village local où il fait arrêt.

En descend alors Nick Fury, devenu Clownick Fury depuis Captain Marvel, accompagné de son assistante, Maria. Leurs (trois) yeux se posent sur les alentours, et ils constatent que l’architecture locale laisse à désirer : les bâtiments sont tous plus ou moins effondrés, et la population occupée à sauver des ruines ce qui peut l’être. Tenez, c’est si moche que ça ressemble à un rond point français. Maria explique cependant à Clownick comment on en est arrivé là.

« Voilà patron. Le village de Tacosfurioso. Il a été détruit récemment par une tempête… sauf que les habitants disent qu’elle avait un visage.
– Boh, vous savez comme sont les gens, dans la panique, ils voient des choses… »

C’est le premier dialogue du film, et déjà, on est bien : Nick Fury est 1) le patron du SHIELD mais ne croit toujours pas trop au surnaturel 2) le mec qui se tape la route jusqu’au fin fond du Mexique pour dire qu’en fait, tout ça ne vaut pas le déplacement 3) sachez que plus tard dans le film, on voit des vidéos de l’événement, donc il y a des preuves mais personne n’y a pensé dans l’équipe derrière le scénario.

Voilà. Je crois qu’on commence bien. Tenez, je vais m’allumer un cigare. Voire deux.

Clownick nous fait ainsi son numéro du type qui fait grossièrement erreur alors que Maria, elle, a évidemment tout compris et sait que les gens n’ont pas rêvé, voilà qu’ils sont interrompus lorsqu’un homme en armure et cape sort du sol. Et avant que nos amis ne puissent l’informer que c’est pas la Japan Expo ici, il leur explique qu’ils ont intérêt à se pousser car… quelque chose arrive ! Et ce quelque chose, c’est le sable derrière nos joyeux compagnons qui s’élève du sol pour former une espèce de colosse qui a visiblement un furieuse envie de passer une deuxième couche de tabassage à la municipalité. Le nouvel arrivant en armure s’empresse alors de tirer des lasers avec ses mains sur le colosse, aidé des agents du SHIELD qui ouvrent le feu et…

Changeons de scène.

Et allons du côté d’une école de New York, où les étudiants qui s’amusent à faire leur propre journal télé nous rappellent les derniers événements.

« Comme vous vous en souvenez, suite à la Grande Disparition, ou l’Éclipse, près de la moitié des étudiants du campus ont été réduits en chocolat en poudre il y a cinq ans, avant de réapparaître cinq ans plus tard pouf pouf, comme ça, au milieu de tout le monde. Ce qui a posé de petits problèmes, puisque par exemple, leurs amis et leur famille avaient vieilli. Et en plus, v’là les heures de colle pour avoir séché cinq ans de cours ! Notons que par un heureux hasard, 100% des amis de Peter Parker ont tous disparu, lui permettant de réapparaître uniquement avec des gens de son âge. Ce qui est quand même bien fait. »

C’est vrai que c’est pratique, dites voir.

D’ailleurs, quid de Peter Parker, puisque nous en parlons ? Eh bien sachez que ce fieffé margoulin est à l’école en pleine discussion avec son ami Ned, son pote rigolo-parce-que-gros (si, en 2019, c’est encore d’actualité), parce que voilà : Peter a de très forts sentiments pour M.J, l’insupportable Social Justice Warrior du groupe. Qui est aussi un peu autiste, mais Asperger bien évidemment. C’est fou comme tous les autistes sont Asperger, dites voir. Ça doit sûrement venir des vaccins. Mais passons, et voyons plutôt ce que racontent nos amis.

« Bon, là on va partir en voyage scolaire en Europe avec le club de science.
– Oui Peter.
– Donc c’est le moment parfait pour déclarer ma flamme à M.J ! Nous sommes supposés aller à Venise, puis à Paris. Aussi, mon plan consiste à acheter un dahlia noir en verre à Venise…
– Ah bon, elle aime les dahlias noirs ?
– Oui ! Elle adore le meurtre du Dahlia noir ! »

Le mec qui a écrit le personnage de MJ a dû oublier un détail : MJ est ultra-über-progressiste-américaine. Or, le Dahlia noir est surtout célèbre de nos jours grâce au Dahlia Noir, livre de James Ellroy, qui est écrit avec le vocabulaire de l’époque et les méthodes policières liées. Donc m’est avis que M.J, qui dans le film précédent refusait de visiter un monument « bâti par des esclaves » ne doit pas être spécialement fan d’un livre où les héros parlent du bon vieux temps où ils tapaient du zazou. Ou alors elle adore les meurtres de femmes ? Zut. Je crois que quelqu’un a merdé quelque part.

Mais ce n’est pas grave, après tout, qui dans le public de Spider-Man a déjà lu le Dahlia Noir ? Bon, alors. Revenons à Peter.

« Oui, bon, bref, avant d’être interrompu par cette mystérieuse voix off, je disais que j’allais acheter un dahlia noir en verre à Venise car M.J adore.
– Okay, puis ?
– Puis on va à Paris.
– Ensuite ?
– Ensuite on grimpe en haut de la Tour Eiffel et je me débrouille pour être seul avec elle…
– Et là ?
– Là, je lui fais part de mes sentiments. 
– Hooo !
– Et avec un peu de chance, elle a les mêmes pour moi et… j’aurai peut-être le droit à un petit baiser ? »

Ned est un peu déçu, et aidé de son compte premium Pornhub et de son savoir sur l’attirance humaine acquis à la force du poignet, il tente bien d’expliquer à Peter que bon, c’est mignon ton histoire, mais tu sais, quand papa abeille et maman abeille découvrent qu’ils partagent les mêmes sentiments, peut-être qu’ils auront envie de plus qu’un bisou, comme peut-être, de butiner ensemble ? Peter est un peu perdu.

« … attends Ned, tu peux revenir sur le passage où tu parles de mon « gros dard » ? Non parce que moi je suis l’homme-araignée, par l’homme-abeille ! Et puis pourquoi M.J voudrait mettre un dard dans sa…
– Bonjour les garçons, vous parlez de quoi ? »

Peter et Ned bredouillent quelques excuses vaseuses, que je vous passe. Pourquoi ? Parce que c’est supposé être drôle, mais c’est nul. Et il en sera ainsi tout le long du film : même un enfant trépané aura du mal à sourire devant un tel niveau de nullité. Cependant, j’en profite pour vous dire que même si c’est mauvais, on n’atteint pas la médiocrité de Men in Black 4. Dont vous n’aurez pas de spoiler puisque je ne fais pas les comédies, et c’est supposé en être une. Je crois. Et autant Spider-man a une intrigue faiblarde, autant Men in Black 4 n’en a même pas : c’est juste une suite de déclinaisons du même sketch intitulé « Les agents parlent avec un alien pas bien grand mais irrévérencieux« . Oui, c’est tout. Non, il n’y a rien d’autre. Ceux qui l’ont vu savent. Je crois que le film ne vaut même pas l’électricité nécessaire à un ordinateur pour le télécharger, mais bon.

Aussi ne nous attardons pas sur l’humour de nos héros, qui lui-même, est lié au verbe que vous trouvez au début de cette phrase.

Et en attendant le jour du départ de Peter pour l’Europe, suivons notre larron dans son quotidien.

Spider-Man étant fort populaire, et ayant du piston auprès de la fondation Stark de feu son mentor, il participe à des soirées caritatives animées par tante Milf pour trouver du pognon pour les sans-abris, tant reloger la moitié de la population mondiale a posé quelques problèmes (toutes les villes n’ont pas envie de ressembler à Paris), mais apparemment, pas trop non plus, il ne faudrait pas trop bouleverser le train-train de nos personnages. Il croise au passage Happy, l’ancien secrétaire de Tony Stark qui porte un nom de nain ou de teckel, c’est assez confus, et qui donne deux choses à notre héros : une boîte contenant de vieilles lunettes de Tony Stark qu’il souhaitait lui remettre si quelque chose lui arrivait, et une information essentielle : Nick Fury tente de le joindre.

Mais Peter refuse de décrocher son téléphone. Et raccroche sans cesse sans prendre l’appel. Parce que…

Attendez, on parle bien de Peter Parker, le mec qui rêvait d’être un héros ? Soudainement, en fait, ouah, bwof, non ? Eh bien non. Il a décidé que sauver le monde passerait après son exposé sur « Mes vacances chez mémé » de vendredi matin. C’est comme ça. À tel point qu’il décide de partir en voyage sans son précieux costume de Spider-man, et que… son sixième sens d’araignée ne fonctionne plus.

Pourquoi ? Parce que…

Eh bien parce que ça arrange le scénar’. Non, vous n’aurez pas d’autre explication. C’est tout. Ah non mais vraiment, il y a eu du gros travail sur ce film.

Spider-man est perplexe : si ses pouvoirs de héros sont en rade, comment diable va-t-il malgré tout passer la moitié du film à faire des acrobaties de fifou basées sur son instinct surdéveloppé exactement comme s’il l’avait ?

Aussi, allons jusqu’au jour du départ pour l’Europe de nos amis du club de science, alors que tout ce petit monde grimpe dans l’avion qui doit les emmener à Venise. L’occasion de découvrir les deux professeurs qui encadrent le voyage, Golio et Polio, qui sont bêtes et maladroits comme vous l’aurez bien évidemment deviné. Quant aux autres camarades de Peter, on va supposer que c’est le club de la diversité scientifique tant la classe représente toutes les ethnies et religions possibles et imaginables, ce qui quand même, tombe bien, alors.

Mais dans l’immédiat, Peter a un souci plus urgent : dans la classe, il y a un nouveau garçon, Brad, et il fait lui aussi les yeux de l’amour à M.J.

« Bon sang Ned ! C’est bien ma veine ! On laisse derrière nous Brad, le petit garçon amateur de sciences, on s’absente 5 ans et quand on revient, paf, il est taillé comme Apollon et regarde ! Il a pris des habitudes étranges, comme stocker toutes ses chaussettes dans son slip !
– Je… Peter… Brad a rangé ses chaussettes dans sa valise. Je les ai vues. »

Peter est perplexe. Ned tente bien de lui expliquer de quoi il retourne, mais Peter ne comprend toujours rien à ces histoires d’abeilles. Tant pis : il demande à Ned de plutôt l’aider à changer de place pour qu’il puisse passer le vol à côté de M.J mais évidemment, Ned est gros et bête, donc il fait n’importe quoi, et Peter finit coincé entre Golio et Polio pendant que M.J voyage à côté de Brad et de son slip tellement surchargé qu’il risque d’être refusé en bagage cabine. Heureusement, tout ce petit monde finit par arriver à Venise, où les enseignants, définitivement neuneus, ont réservé un hôtel pourri à moitié inondé, à côté du musée qu’ils voulaient visiter mais qui est fermé pour plusieurs mois.

Hihihihihi. Qu’est-ce qu’on rigole. Tenez, c’est tellement drôle que je pense à la mort.

Mais qu’importe : c’est donc quartier libre pour nos héros ! Dont l’on suit les pérégrinations pas drôles (Machin se filme tout le temps, Polio fait tomber son appareil photo à l’eau, etc ; bref, tenez bien vos côtes devant tant de rigolitude), jusqu’au moment où la lagune est secouée par d’étranges vagues… car quelque chose arrive dans l’eau. Quelque chose d’énorme ! Probablement une très grosse seiche ? Mais non ! C’est un gigantesque humanoïde constitué d’eau qui jaillit des canaux et qui commence à distribuer des coups de poing dans tous les bâtiments qu’il croise !

« Mon dieu Peter, mais qu’est-ce que c’est !
– Ned je… regarde comme il défonce les palais XVIIème ! Je crois que… non… c’est impossible…
– Peter, qu’est-ce que c’est ?
– Je crois que c’est… UN MÉDIÉVISTE ! »

Quelle terrifiante créature !

« BLOUBLOUBLOUB ! PRENDS ÇA, PONT DU RIALTO, DE LA PART DE MARC BLOCH ! »

« Peter, tu dois l’arrêter sinon il va rameuter des modernistes, voire pire, des antiquisants !
– Pas d’inquiétude Ned ! File avec le reste de la classe ! J’ai beau ne pas avoir voulu prendre mes costumes, tante Milf en avait glissé un de force dans ma valise, donc j’ai mes bracelets lance-toile ! »

Pendant que la créature est occupée à détruire la ville et que les touristes fuient en tous sens, Peter profite de la confusion générale pour se coiffer d’un ridicule masque de carnaval, et équipé de ses lance-toiles, ouvre le feu sur la bestiole.

« Prends ça, monstre ! »

Mais les toiles d’araignées sur de l’eau, ça marche moyennement bien et les toiles disparaissent dans le monstre. Peter est donc bien embêté, lorsque la créature reporte son attention vers lui.

« BLOUBLOUB ! JE VAIS TE BRISER COMME PATRICK DEMOUY BRISA LE SECRET DE LA SAINTE AMPOULE À REIMS ! »

Le médiéviste est connu pour ses propos un peu confus, mais Peter sait cependant comment l’énerver.

« Le moyen-âge, c’est tout pourri ! Il s’est quasiment rien passé, à part les chevaliers et les princesses ! »

La créature devient folle de rage, mais alors qu’elle s’apprête à copieusement péter la gueule de Spider-man pour lui expliquer 1000 ans d’histoire à sa façon, voilà qu’un étrange personnage en armure et cape surgit du ciel, laissant derrière lui une traînée verdâtre probablement due à une propulsion impliquant des burritos pas frais, et commence à bombarder de lasers tout aussi verts la bestiole. Malgré le fait que l’inconnu porte un aquarium rempli de fumée de pétard sur la tête, Peter se dit qu’il doit lui faire confiance, et pendant que le nouveau venu pulvérise le monstre, Peter utilise plus utilement ses toiles en renforçant les monuments qui risquent de s’effondrer après avoir pris quelques coups. C’est son côté Fondation-du-patrimoine-man, d’où sa ressemblance suspecte avec Stéphane Bern.

Enfin, la bête est vaincue, et c’est en marmonnant des trucs sur Philippe le Bel qu’elle retourne aux eaux à nouveau tranquilles du canal.

L’inconnu disparaît peu après cette affaire, et Peter peut retourner à l’hôtel où attendent ses petits camarades. Il est bien vite interpellé par ceux-ci.

« Ouah, Peter ! Tu as tout raté ! Il y a une créature géante qui ravageait la ville, tu as vu ?
– Heu je… oui… non… j’étais parti faire caca.
– Ahaha, espèce de gros lâche ! Bon en attendant, on a du bol, des gens ont filmé. On peut voir un inconnu mystérieux bourrer le monstre ! Un nouveau super-héros ! En italien, mystérieux ça se dit mysterio, alors on a qu’à l’appeler comme ça !
– Okay, c’est subtilement amené. Va pour Mysterio. Oh mais j’y pense, si tout a été filmé… « 

Eh oui Peter, si tout a été filmé, et comme tu étais toujours juste à côté du monstre et de Mysterio, c’est sûr qu’on ne doit pas te rater !

« Eh les mecs, vous avez vu ? Il y a un autre héros sur place ! Qui jette des toiles d’araignée, comme Spider-man ! Décidément, c’est fou, Spider-man est toujours là où on est ! À New York quand on est à New York, à Washington quand on est à Washington, à Venise quand on est à Venise… et en plus, il porte les mêmes vêtements que Peter sur ces images, et a la même coupe et couleur de cheveux, c’est incroyable ! »

Rassurez-vous, je bluffe :

  • Tous les gens qui filmaient ont toujours tenu Spider-man soigneusement hors du cadre de l’image, ne me demandez pas comment
  • Personne ne fait le rapport au sein du groupe de Peter
  • Si un scénariste pouvait trouver une autre excuse qu’un voyage scolaire pour que Spider-man se déplace, ce serait peut-être bien, hein.

Pendant que j’écrase mon cigare sur mon voisin de siège pour tenter de couvrir les dialogues avec ses hurlements et gagner un peu de répit pour ma santé mentale, nos héros décident que la journée a été suffisamment longue. Peter appelle brièvement tante Milf pour la rassurer, comprend qu’elle passe son temps avec Happy et que c’est vaguement suspect, mais décide d’aller dormir car il est bien fatigué.

Je veux dire : qui aurait pu reconnaître Peter Parker comme ça ?

Sauf qu’alors qu’il rentre dans la chambre avec Ned, ce dernier se reçoit soudain une seringue pleine de soporododo dans le cou, et s’effondre comme une bouse. C’est Nick Fury ! Qui vient de rattraper Peter jusqu’à Venise ! Enfin, Clownick Fury, puisque par exemple, il ne pourra pas faire une phrase entière sans que quelqu’un ne frappe à la porte de la chambre pour dire du rien et simplement faire un effet supposément comique. Je vous propose de ne pas rire (vous allez voir, on y arrive très bien) et de nous concentrer sur ce que Nick a à raconter.

« Peter. Tu es difficile à joindre.
– C’est-à-dire que je ne sais pas pourquoi mais les scénaristes ne veulent pas que je réponde à vos appels. Je passe mon temps à jouer le héros du quartier, mais soudain, j’ai plus envie.
– Une ficelle un peu grosse. Mais je suis là à présent, et tu vas me suivre, Peter. Allons au QG du SHIELD de Venise, j’ai des gens à te présenter.
– Bon… okay… « 

Et Peter d’enfiler son costume parce que… parce que, et de suivre Nick Fury jusqu’à une cellule du SHIELD locale, où l’attendent diverses personnes, dont Maria, l’assistante de Nick, et surtout, le mystérieux héros inconnu ! Qui a retiré l’aquarium qu’il avait sur sa tête et heu… a… comment dire ? On sait déjà que c’est le méchant. Cette barbe, c’est beaucoup trop suspect. Ça et le fait qu’on a l’impression qu’il sort de chez le dentiste et qu’il n’a pas encore récupéré toute sa lèvre inférieure quand il parle. Sûrement un hommage discret à Stallone.

« Oh ! Mysterio ! 
– Mysterio ? Je m’appelle Quentin Beck, mais j’aime bien le nom.
– Vous travaillez avec le SHIELD ?
– Oui… sache que je viens d’un monde parallèle. D’un monde parallèle où…
– Ah, nickel. Les mondes parallèles, ça devrait permettre de justifier plein de reboots et de cross-overs foireux pour les suites des licences Marvel. Mais continuez Monsieur Mysterio.
– Je disais : je viens d’un monde parallèle. Une Terre qui a été ravagée. Toute ma famille, tous mes amis sont morts. Tués par quatre élémentaires, des créatures constituées de chacun des quatre éléments. Aujourd’hui, tu m’as aidé à affronter l’eau. Bravo pour ton travail qui a permis de sauver des monuments en solidifiant leurs structures avec de la toile. 
– Ouah, vous venez d’une autre dimension, c’est trop cool M’sieur Mysterio ! 
– Moui, enfin sache que maintenant que les élementaires ont ravagé ma Terre… ils sont venus pour la vôtre. En tant que dernier survivant de la dernière unité chargé de les combattre, je suis parvenu à lever le voile des dimensions pour les suivre. Ils apparaissent aux mêmes endroits que sur ma Terre. Aussi, nous savons où les attendre. 
– Et nous avons déjà vaincu l’eau ! Et avec vous presque seul ! Finalement, ils étaient un peu nuls ces monstres, c’est à se demander comment ils ont ravagé votre Terre !
– Oui, heu, bon, écoute… j’ai aussi vaincu la terre et l’air qui, figurent toi, sont tous les deux apparus dans le même village pourri du Mexique.
– Ils n’étaient pas très inspirés.
– Ohé, hein ! Nous reste le plus dangereux : le FEU ! Lui peut grossir en absorbant du métal, et au moment où il sera assez puissant pour tirer son énergie du noyau même de la Terre… il engloutira celle-ci. C’est ce qui est arrivé à la mienne.
– Vous voulez dire qu’un monstre gros comme une planète arrive par ici ?
– Ahaha, euh… non. Par un amusant hasard, il se trouve qu’il va arriver à Prague… en faisant une taille normale.
– Il y a une explication ?
– Aucune.
– Super.
– Je sais.
– Ah non mais gros travail sur ce film, hein. »

En attendant, la menace n’en est pas moins là, et Nick Fury détaille un peu plus pourquoi il a fait venir Peter.

« Mon p’tit Peter, figure-toi que depuis que l’on a rencontré Mysterio, on a repoussé plusieurs de ces monstres. Et si j’essayais de te joindre, petit con, c’était pour que tu viennes à Venise aider notre ami ici présent à arrêter le monstre liquide.
– Attendez… et par une incroyable coïncidence… mon voyage scolaire m’emmène à Venise pile le jour où vous aviez prédit l’attaque ? »

Nick ne répond pas, mais laisse clairement entendre que le voyage du club de sciences à Venise n’est peut-être pas un hasard.

« Vous voudriez dire que vous auriez réussi à envoyer mon club de science entier à Venise en comptant sur le fait que mes professeurs étaient tous débiles et ne remarqueraient rien, et ce afin que je réagisse pile comme il faut à une attaque surprise sur la ville, en espérant que mes amis ne soient pas tous tués, tout ça pour ensuite vous infiltrer dans mon hôtel, endormir mon compagnon de chambre, esquiver mes petits camarades et m’emmener ici pour me faire votre offre ?
– Hin hin… peut-être bien que oui ?
– Et sinon, venir directement chez moi, sachant que vous savez où j’habite ? »

Zut. Ni les scénariste, Ni Nick Fury n’avaient pensé à ce plan particulièrement élaboré.

« Okay heu… bon, écoute, alors ! Tu viens à Prague sauver le monde d’un élémentaire de feu ou pas ?
– Non !
– Que… comment ça non ?
– D’abord, parce que si je m’éloigne du groupe, tante May va me tuer !
– Mon dieu, mais en plus, c’est une vraie réplique du film que tu me donnes là ! Mais qui a écrit les dialogues ? Genre « Désolé tante May, je pouvais sauver le monde mais j’avais pas la permission de 22h donc j’ai laissé tout le monde crever » ? 
– C’est ça. Et puis aussi, j’aimerais profiter de ces vacances avec mes amis et voir la fille que j’aime.
– Seigneur ! Mais ça aussi c’est un vrai dialogue du film ? Ton personnage est supposé être un génie mais ne comprend pas que s’il ne fait rien, tous ses amis vont mourir et que tout ce qu’il embrassera au final, ce sera une merguez ?
– Ah non mais moi je lis mes dialogues, hein. Je ne cherche plus. »

Voilà. Spiderman, ce génie, préfère laisser le monde brûler et voir tous ses amis mourir que de rater sa sortie scolaire. On en est là pour les dialogues. Cependant, on notera qu’un scénariste a quand même tenté de glisser « Mais au fait, pourquoi vous n’appelez pas un autre héros ? » tant il est vrai que Spiderman et ses toiles, c’est pas bien utile contre des créatures élémentaires. Quelle réponse lui fait Nick Fury ? Voyons plutôt.

« Et si vous appeliez Thor ?
– Il a quitté la planète.
– Docteur Strange ?
– Indisponible. »

Oui, le mec a plus important à faire que de sauver la Terre, c’est évident.

« Captain Marvel ?
– Ne prononce pas ce nom. »

Mais ? Pourquoi ? Et puis en quoi c’est une réponse ? Et puis d’ailleurs, il n’y a pas un nouveau Captain America ? Et quantité d’autres héros disponibles ? Black Panther, Scarlet Ouiche, Ant-Man, Hulk, non ?

Eh bien non. Parce que sinon, le film s’arrêtait là.

« Non Peter, moi non plus je ne comprends pas pourquoi je m’entête à vouloir recruter pour cette mission le mec qui a les pouvoirs les moins utiles contre des créatures élémentaires ».

Je vous avoue que cette scène comportait tellement d’incohérences et de dialogues stupides que j’ai dû appeler Diego pour qu’il me livre un bébé phoque et un piolet. En utilisant le plat du piolet, bien sûr, sinon le phoque ne crie pas assez longtemps pour exprimer toute ma douleur à ma place.

La scène s’achève donc par Spider-man qui annonce que sa décision est prise, il va plutôt rentrer à son hôtel. Et mieux encore : Mysterio approuve son choix. Il est si gentil. Peter rentre ainsi dans sa chambrée, et le lendemain, découvre que Nick Fury n’a pas tant respecté sa décision que cela : l’agence de voyages qui gère l’aventure de l’école a appelé Golio et Polio pour leur annoncer que leur classe avait gagné un détour par Prague ! N’est-ce pas merveilleux ?

« Je crois que Nick Fury vient de détourner nos vacances… » murmure Peter à Ned.

Personnellement, je crois surtout qu’il est con, mais c’est toi le génie, Peter. La classe grimpe donc dans un bus conduit par un des hommes du SHIELD que Peter a croisés, et direction la République tchèque ! En chemin, Peter parvient à s’isoler dans un coin du bus, et joue avec les lunettes de soleil que Tony Stark lui a laissées en héritage. Peter les essaie et… oh ! OH BEN J’AURAIS PEUT-ÊTRE DÛ LE FAIRE AVANT DIS VOIR ! Parce que ces lunettes sont en fait une interface surpuissante avec une intelligence artificielle intégrée, Édith.

« Bon, je suis Édith, votre intelligence artificielle. Scan rétinien en cours… identification : Peter Parker. Bonjour Monsieur Parker.
– Qu’est-ce que tu es, Édith ?
– Je suis une intelligence reliée au plus grand réseau de sécurité au monde. Je contrôle des satellites, surveille toutes les communications, bref, je peux accéder à tout, et agir n’importe où. Là par exemple, je peux lire les SMS de vos voisins de classe.
– Ouah, Tony Stark était vraiment un héros avec une éthique. Tu peux vraiment faire plein de choses ?
– Je suis l’ordinateur le plus puissant de cette planète, Peter.
– Okay alors puisque tu surveilles tout… peux-tu me lister les comptes en Suisse des Balkany ?
– Même ma puissance processeur a ses limites, Peter.
– Bon ben je sais pas… je t’utiliserai plus tard. Tu n’as qu’à miner de la crypto-monnaie en attendant, tiens. »

Non, Peter ne lui fait pas vraiment miner de la crypto-monnaie. En fait, il n’en fait rien. Il se dit qu’un cadeau pareil, bah, il verra plus tard.

Oui, oui. Et, oui, entendez mon soupir.

En attendant, son bus s’arrête sur la route de Prague pour une pause pipi, et soudain, l’homme du SHIELD qui conduit, après avoir laissé tout le monde descendre, arrêter Peter et lui fait signe : une jeune femme du SHIELD l’attend dans une brasserie déserte juste à côté de la station service. Peter va la rejoindre.

« Euh… bonjour madame ?
– Toi Peter Parker ?
– Ben vaudrait mieux, oui.
– Toi te mettre en slip. Toi enfiler tenue.
– Que ? Mais ? Quelle tenue ? Et puis pourquoi mon slip ?
– Toi avoir besoin nouvelle tenue. Tenue pas de Spider-man. Car sinon, si Spider-man à Prague, ça devenir un peu gros même pour tes amis.
– Ah oui c’est vrai.
– Moi avoir fait tenue pour toi. Toi essayer tenue.
– Okay, mais pendant ce temps, potassez votre anglais madame. Moi, je me mets en slip. »

Et Peter de se mettre en slip… au moment exact où Brad rentre dans la brasserie pourtant déserte.

J’en profite pour un truc tout bête : quand votre intrigue repose sur « Mais en fait, la porte était ouverte ! » vous pouvez recommencer.

À croire que l’autre agent du SHIELD à l’extérieur est parti faire son petit pissou, lui aussi. Et Brad de tomber sur Peter en slip à côté d’une grande blonde. Il prend vite une photo et s’enfuit.

« Mais heu ! C’est pas du tout c’que tu crois ! » hurle Peter en se laissant à sa poursuite. Il attrape la valise contenant son nouveau costume, saute dans son pantalon et rattrape Brad à la sortie de l’établissement pour tenter de justifier des raisons de ses aventures slipesques.

« Brad, c’est pas c’que tu crois, j’te dis ! J’aime juste, euh… me mettre en slip devant les mesdames ! Ah, merde, non, c’est pas c’que j’voulais dire, attends !
– Écoute Peter, on va pas y aller par quatre chemins. Je sais que tu aimes bien M.J. Moi aussi. Or, toi tu es une crevette en slip, et moi, je suis monté comme un âne sous stéroïdes, alors on sait tous les deux comment ça va se finir. Et je ne te ferai pas de cadeaux : alors cette photo, je vais la montrer à M.J et tu seras bien feinté.
– Espèce de… de… de rabouin ! »

Peter Parker est un peu nul en insultes. Il bougonne donc lorsque vient le moment de remonter dans le bus, et remet ses lunettes magiques pour retrouver Édith.

« Peter, mes scanners indiquent que votre température corporelle est haute. 
– C’est passque je viens de m’faire humilier, Édith. En plus mes insultes, elles sont trop pourrites.
– On dit « pourries », Peter. Voulez-vous que je vous propose de meilleures insultes ?
– Oui.
– Très bien. Pour commencer Peter, êtes-vous familier avec le concept de « grosses mères » ?
– Oui bon écoute, tu sais quoi Édith, tu vas plutôt tenter de me débarrasser de Brad, qui a une photo gênante de moi.
– Très bien. Brad est-il la cible ?
– Euh… oui ?
– DRONE TUEUR LANCÉ. »

Vraiment, vous êtes sûr que Peter est un génie ? Pour arriver à si mal formuler ses phrases et à répondre des âneries à l’intelligence artificielle ? Je vous passe, une fois encore, les gags, où il crie des choses à l’IA en tentant de faire annuler le tir, mais les gens autour comprennent mal, aussi en voulant leur répondre il donne plus de mauvaises instructions… bref, c’est nul. Mais toujours est-il que depuis l’orbite de la Terre, un satellite vient de tirer un drone qui s’en va ratiboiser la gueule du fameux Brad.

Et disons que c’est un peu beaucoup. Heureusement que Brad ne profite pas de tout ce temps pour tout raconter à M.J et préfère… contempler la photo. Oui, on le voit faire. Non, on ne sait pas pourquoi il fait ça, et disons-le : vous n’avez pas envie de le savoir.

Peter, en attendant, enfile ses lance toiles, fait diversion en hurlant « OH MON DIEU LÀ, UN BOUQUETIN ! » (véridique) et pendant que tout le monde regarde, il saute par la trappe du toit du bus, envoie une bardée de toiles au drone tueur qui vient d’arriver juste derrière le véhicule, prêt à faire feu, et ratterrit dans le bus, à peine décoiffé.

Quelle séquence épique : l’intrigue se traîne tellement que Peter en est réduit à affronter les drones tueurs qu’il s’envoie par erreur sur son propre bus.

Allez, oublions et laissons notre fine équipe arriver à Prague, où cette fois-ci, l’hôtel est bien meilleur, et surtout, il y a une grande fête partout dans les rues. Peter parvient cependant à avoir une brève et discrète entrevue avec le SHIELD.

« M’sieur Fury, c’est pas très cool d’avoir détourné mon voyage scolaire.
– C’est vrai, il ne s’agit que de sauver le monde.
– Voilà. Pas cool.
– Je n’arrive pas à croire que Tony Stark ait confié son système de sécurité Édith à un petit con de ton gabarit, Peter.
– Alors certes, mais notez que visiblement, vous préférez snober tous les autres héros plutôt que de me mettre un coup de pied au cul.
– C’est un film Spider-man, Peter. Je n’ai pas le choix. Je dois me coltiner ta truffe.
– Vous oubliez que j’ai quand même des qualités : je suis le garçon le plus intelligent de ma classe.
– Classe de Segpa, Peter. De Segpa. En attendant, quid de combattre le monstre de feu qui doit apparaître ce soir à Prague ?
– Allez, d’accord. Mais c’est bien parce que c’est vous M’sieur Fury ! Et vous avez intérêt à trouver un truc pour mettre mes amis en sécurité puisque vous les avez amenés ici !
– En sécurité ? Comme par exemple, en ne leur envoyant pas des drones tueurs sur la gueule ?
– C’était un accident ! J’ai glissé, chef !
– Hmmmouais. Bon enfin sache qu’un jour tu devras choisir, Peter. Entre ta vie de héros et celle d’écolier. Non parce que bon, je vois pas bien l’intérêt de rester au lycée alors que tu serais vachement plus utile ailleurs. 
– Je vous rappelle dans quelle classe je suis ?
– Bon allez, file. Et après cette mission, si tu décides d’arrêter les conneries et de devenir un héros, sache que tu peux nous rejoindre à Berlin. Le SHIELD fera un point de situation. Mysterio, vous en serez, vous ?
– Ah ben moi oui, je suis un peu moins couillon que Peter. »

C’est donc décidé : ce soir, Peter ira affronter l’élémentaire de feu avec Mysterio.

Et pour que ses amis soient en sécurité, il fait obtenir à la classe, via le SHIELD, des places pour un opéra. Là-bas, ils seront tranquilles, tant chacun sait que plus personne ne va à l’opéra de nos jours. Sauf qu’évidemment, Peter s’éclipse dès le début de la pièce pour aller rejoindre Mysterio et le SHIELD là où on a repéré des émanations d’énergies laissant supposer que le prochain élémentaire va apparaître à cet endroit. Et, non, le SHIELD ne se rend pas sur place pour dire aux gens de dégager. C’est plus rigolo de les regarder fuir en hurlant quand la situation dégénère.

Quelque part, je les comprends. Mais personnellement, je vais au bout du concept : je fais des crocs-en-jambe aux gens qui essaient de fuir. Sacré SHIELD.

Peter est lui un peu dégoûté, car il doit sauver le monde au lieu d’être assis à côté de M.J, qui lui proposait de passer l’opéra près d’elle. Rahlala. C’est si dur, la vie :avec un peu de chance, peut-être qu’elle l’aurait laissé lui toucher la main voire les roploplos. Mais à la place, tout ce qu’il va toucher ce soir, c’est un monstre de flammes.

Ne sois pas si contrarié, Peter : au moins, les dialogues du monstre de feu seront, à n’en point douter, moins ridicules que ceux de M.J.

Notre héros se rend donc sur une place du coin, après avoir enfilé le costume laissé pour lui par le SHIELD : une tenue qui ressemble plus ou moins à un truc des forces spéciales, mais… finalement très proche de ses tenues habituelles quand même. Eh bien, ça valait le coup de lui faire un déguisement. Pire encore, ses amis sont tellement ennuyés par l’opéra (sûrement du Verdi) qu’évidemment, ils en sortent, se dispersent dans les rues et… vous avez vu juste : ils vont bien sûr se retrouver pile là où le vilain monstre va apparaître.

On recommence : qui pourrait reconnaître Spider-man comme ça ?

Holalalabendisdonconlavaitpasvuvenir.

Car justement, le sol se met à trembler, et sur l’une des places de la ville, du sol jaillit un monstre de lave. Mysterio fonce avec Spider-man corriger la vilaine bête, et si celle-ci pose quelques soucis, absorbe des véhicules pour grossir et menace de cramer une grande roue où ce gros débile de Ned s’est installé avec sa copine (où sont passés les autres occupants de la roue ? Mystère ! Il n’y avait sûrement plus de budget figurants), elle est bientôt vaincue lorsque Mysterio plonge dans le cœur même du monstre pour le pulvériser de l’intérieur. Expérience à laquelle il survit miraculeusement !

La copine de Ned, qui est aussi de la classe de Peter, sourcille quand même un peu à la vue du Spider-man noir qui a affronté le monstre et jeté des toiles partout.

« C’est marrant, on dirait Spider-man… il bouge et jette des toiles de la même manière, lui ressemble un peu… d’ailleurs c’est vrai que où que l’on aille, il est là !
– Eheheh euh… non. Lui, c’est euh… Spider-Cochon, son cousin. »

En réalité, Ned invente le nom de « Night Monkey » pour protéger l’identité de son ami, mais c’est finalement peut-être pire, aussi restons sur Spider-Cochon.

Mais en attendant, la victoire est complète ! Le dernier élémentaire a été détruit, la planète est sauvée, et Prague tient encore plus ou moins debout. Mysterio félicite Peter.

« Bien joué grand !
– Ouah, Mysterio, j’ai bien cru que tu étais mort quand tu as foncé dans le monstre pour te sacrifier mais en fait non !
– Oui, hein ? Non mais en fait, tu sais, les sacrifices, c’est surfait. Allez viens ! On va se jeter un godet !
– C’est-à-dire que j’ai 16 ans M’sieur Mysterio, j’ai pas le droit de boire.
– Bon alors rentrons dans cet estaminet ; ce sera un schnaps pour moi et un Fanta citron pour le petit ! »

Et là, attention, grande scène : Mysterio, en grosse armure, sirote son verre à côté de Peter, qui a retiré son masque et PERSONNE ne trouve ça suspect, pas même Peter. Ils viennent de sauver la ville et le monde, sont encore en tenues qui permettent clairement de les identifier, mais personne ne semble réagir, et c’est une soirée normale à Prague. Pas plus que Peter ne se dit que « Mais j’étais pas supposé dissimuler mon identité, moi ? »

Non. Tout va bien. Un grand film, je vous dis. Nos héros discutent donc en paix, protégés par le script.

« Tu sais Mysterio, je suis content de t’avoir rencontré. C’est bien d’avoir un nouvel ami avec qui parler de mes problèmes de héros.
– Aucun souci. Tu es un chouette garçon, Peter. 
– Merci. Toi aussi tu es un type bien M’sieur Mysterio.
– Ahaha, allons, je ne suis qu’un humble guerrier inter-dimensionnel… ah, au fait, fais attention Peter, je crois que tu as fait tomber quelque chose !
– Ah oui ! Ce sont les lunettes de Tony Stark avec ÉDITH dedans et… HÉÉÉ ! Mais attendez, essayez-les ?
– Voilà.
– Mais elles vous vont vachement mieux qu’à moi ! Vous ressemblez un peu à Tony, d’ailleurs, avec ça et la barbe ! Vous savez quoi Mysterio ? Alors que ça ne fait même pas 24 heures que l’on se connait, je crois que je vais vous confier ÉDITH, le système de sécurité le plus puissant au monde !
– Ah oui ?
– Oui ! N’oubliez pas, je suis un génie, je suis super intelligent ! Donc je sais ce que je fais ! Vous avez tout pour être le nouveau Tony Stark, et le monde en a besoin ! ÉDITH ? Transfère tous mes accès à Quentin Beck, dit Mysterio ! »

Et l’intelligence artificielle d’obéir. Peter serre la paluche de Mysterio en le félicitant pour ses nouvelles responsabilités, et file : apparemment, puisque où qu’aille sa classe, il y a des catastrophes, les parents inquiets ont appelé pour annuler le voyage en Europe (enfin une réaction crédible). Donc avant de reprendre l’avion demain, Peter aimerait aller déclarer sa flamme à M.J. C’est ce soir ou jamais.

Mais sitôt qu’il a quitté le troquet où il sirotait son Fanta avec Mysterio…

… il ne remarque pas que derrière lui, le bistrot change d’apparence. Se transforme en vieille ruine pourrie. En fait, tout n’était qu’une illusion, un hologramme créé par des drones Stark semblables au drone tueur envoyé par mégarde par notre héros. Sauf que ceux-là sont sous le contrôle de Mysterio ! Et celui-ci d’éclater de rire, et de grimper sur le comptoir poussiéreux, acclamé par les clients du bar qui étaient des complices !

Et comme tous les méchants, il prend le temps de ré-expliquer son plan.

« Ah, les amis ! Ça y est, nous avons récupéré ÉDITH ! Cela n’a pourtant pas été facile ! Heureusement que Peter Parker est complètement con ! Souvenez-vous, mes amis ! Nous avons créé la super technologie holographique pour Tony Stark, capable de créer n’importe quelle illusion, et il n’en a quasiment rien fait. Il a même dit que j’étais trop… ambitieux ! Et vous tous, vous avez tous, vous aussi, travaillé pour Stark par le passé ! Tous été humiliés ! C’est ce qui nous a réunis ! Le souhait de créer un nouveau Tony Stark… et ce Tony ce serait… MWAMÊME ! Plus génial que lui, plus ambitieux que lui ! Nous avons pris le contrôle d’une partie de ses drones… les avons utilisés pour projeter des hologrammes et ainsi créer de faux monstres, vaincus par un faux héros ! Tout cela n’était qu’une illusion ! Les dégâts ? Des drones cachés dans l’illusion qui tiraient sur les bâtiments pour les faire s’effondrer en synchronisation avec l’illusion ! Les flammes ? Les drones peuvent envoyer du feu ! Mysterio qui vole et tire des lasers ? La plupart du temps, je n’étais même pas là, j’étais caché ailleurs en costume et je n’apparaissais physiquement qu’à la fin de la bataille ! »

Et personne n’a remarqué les millions d’impacts de balles laissés par les drones d’ailleurs ? Ou même entendu les tirs ?

Non ?

Parce que personnellement, quand un mec prend un coup de poing par une bestiole mais qu’on le retrouve criblé de balles, ça m’interpelle un peu.

Mais si Peter est un génie, je vous laisse deviner le niveau du reste de la population.

Poursuivons avec le discours du méchant, puisque c’en est un.

« Tout n’était qu’illusion, et grâce à cela, nous avons récupéré ÉDITH des mains de ce neuneu de Peter Parker ! Grâce à lui, nous contrôlons tout ! Des milliers de drones, bien plus que nous n’en avions ! Les communications ! Tout ! Il ne nous reste plus qu’à faire un gros coup… un coup fabuleux… une attaque plus grande que toutes les autres, à Londres ! Que j’arrêterai, bien sûr ! Ainsi, je serai le nouveau Tonyyyy Staaaaark ! »

Bon. Passons sur le fait que les illusions ne peuvent pas tout faire, et venons-en droit au problème : tu as donc une technologie si spectaculaire qu’elle peut te rapporter des milliards et… plutôt que de t’en servir pour ça, tu préfères tenter de devenir le nouveau Iron Man. Okay, mettons que ce soit ton truc. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas simplement montrer ce que ta technologie peut faire ? Car si tu peux faire des illusions, ça peut vraiment servir ! Et mieux encore si tes illusions peuvent causer des dégâts grâce aux drones planqués dedans, tu peux vraiment être un héros.

Non parce qu’être le nouveau Iron Man, basé sur un mensonge, ça n’a que des désavantages par rapport aux autres stratégies : ça veut dire être envoyé en première ligne dès qu’une menace extra-terrestre se pointe. Ça veut dire devoir sauver le monde. Et le faire en continuant à mentir sur tes pouvoirs. Donc par exemple, si une bestiole géante qui peut voir au travers des illusions se pointe et que le SHIELD te dit « Vas-y Mysterio, avec tes lasers, tu vas la plier en deux minutes ! » tu auras l’air fin, mon lapin. Sans compter qu’à la moindre erreur, ta ruse est éventée et le monde entier te conspue.

Bref, tu n’as aucun intérêt à mentir. Sauf si bien sûr…

Ah mais oui, voilà : tu es un méchant en bois.

D’ailleurs, personne n’a remarqué que Quentin Beck, alias Mysterio, était un ancien employé de haut niveau de Tony Stark et pas du tout un guerrier inter-dimensionnel ? Non parce qu’en plus, le mec n’a même pas changé de nom. Vous tapez « Quentin Beck » dans Google, et paf, vous découvrez qu’il n’est pas du tout inter-dimensionnel. Ça pose un peu problème, non ? Le roi des illusions et de la tromperie qui oublie bêtement de changer de nom ou de cacher son visage ? Ah non mais vous faites comme vous voulez, amis scénaristes, hein, je ne voudrais pas déranger.

Mysterio, ici expliquant que si on remplace ses drones par des Roomba mais que l’on garde les hologrammes, il doit pouvoir révolutionner l’industrie du porno.

Laissons donc Mysterio à son plan foireux, et retournons voir Peter, qui est lui à son hôtel et qui va frapper à la chambre de M.J.

« M.J je… ça te dirait sachant que… qu’on repart demain… que toi et moi on aille se promener ?
– Okay.
– Chouette ! »

Prague est tranquille et belle en cette douce fin de soirée, tant après l’attaque d’un monstre géant au milieu de la plus grande fête du pays, il n’y a rien dehors : pas un policier, pas un journaliste, pas même un papier par terre. C’est quand même bien fait, on devrait manger des attaques d’élémentaires plus souvent. Les mains de nos larrons se frôlent et Peter décide de se lancer.

« M.J, je dois te parler de quelque chose… à propos de moi.
– Tu es Spider-man ? »

C’est un peu direct. Mais bon.

« Mais comment tu sais ?
– C’est-à-dire que où que l’on aille, Spider-man apparaît, et pile quand tu es soudainement mystérieusement introuvable.
– Ah flûte. C’était gros alors comme ficelle ?
– Un peu, oui. Accessoirement, il se trouve que si je sais que Spider-man était ici ce soir à Prague, c’est que j’ai trouvé ceci par terre… entoilé. »

Et M.J sort de son sac à dos un drone Stark que Spider-man avait entoilé en tirant sur l’illusion un peu plus tôt sans le réaliser : le drone avait été projeté bien loin de lui, droit au pied de M.J qui était dans une ruelle voisine (là encore, que de coïncidences, et, non, il n’y avait personne d’autre dans la rue, vous le saurez). Les deux adolescents tripotent le drone à défaut de mieux pour ce soir, et soudain, il s’active… et génère un énorme hologramme : Mysterio affrontant l’élémentaire de l’air ! Nos deux amis sont donc très surpris de voir cette illusion parfaitement réaliste s’agiter au-dessus d’eux.

« Mais alors… le drone génère des hologrammes ? Le combat entre les élémentaires et Mysterio, c’était du cinéma ?
– Le plus incroyable c’est que si le drone génère une illusion aussi puissante, une fois entoilé, une partie de ladite illusion aurait dû s’effondrer.
– Oui mais ça n’arrangeait pas le scénario. On va donc dire que les drones sont tous largement plus puissants que nécessaires, donc quand tu en détruis un, les autres présents dans l’illusion compensent pour la maintenir.
– Ah ben non puisque lorsque Mysterio discutait avec son équipe dans la scène précédente, à un moment, il expliquait qu’un seul drone manquant pouvait tout foutre en l’air et…
– CHUCHUCHUCHUTABOUCHE. »

L’incohérence est jetée de côté tel un vulgaire chaton contre une 306 lancée à pleine vitesse, et nos amis reprennent.

« M.J ! Écoute, ça veut dire qu’on a un gros problème ! Je ne peux pas rentrer en Europe ! Parce que comme une grosse buse, j’ai confié les clés du système de sécurité le plus puissant au monde à Mysterio, quand bien même je ne connaissais depuis moins de 24 heures.
– Peter, est-ce que tu es sûr que tu n’as pas été mordu par une crotte radioactive ? Éventuellement en forme d’araignée, mais tout de même ?
– Raaah ! Bon écoute, toi, rejoins Ned ! C’est mon meilleur pote, il sait que je suis Spider-man, vous pourrez causer. Vous irez expliquer au reste de la classe que j’ai un souci et que je dois rester en Europe dans… euh… ma famille à Berlin ? Comme ça, je fonce à Berlin prévenir le SHIELD !
– … tout le monde sait que tu n’as aucune famille à Berlin. Tu ne pourrais pas juste appeler le SHIELD ?
– Mysterio surveille toutes les communications grâce à ÉDITH !
– Oui ben comme ça il saurait que son plan est à l’eau, au pire.
– Non ! L’excuse pourrie, ça me paraît mieux ! »

Notez qu’il y avait des millions d’excuses plus crédibles, mais Peter choisit celle-là. Puis, il bondit sur un train pour tenter de gagner Berlin et aller avertir Nick Fury du fait que Mysterio est effectivement un vil embabouineur.

Mais Mysterio, au même moment, apprend qu’il lui manque un de ses drones qui n’est pas revenu à la base, et comprend bien vite que Spider-man a dû mettre la main dessus. Il lui faut donc l’arrêter… et il sait comment. Mais déjà, il utilise son nouveau super réseau pour à son tour, détourner le voyage scolaire de Peter, et envoyer un message à Polio et Golio disant que la prochaine étape de leur voyage, ce serait Londres. Ces derniers acceptent sans sourciller, et toute l’histoire de « On doit quitter l’Europe, et vite ! » est instantanément oubliée. Ainsi, tous les amis de Peter seront au mauvais endroit, au mauvais moment, et s’il a révélé ce qu’il sait à l’un d’entre eux… il pourra leur régler leur compte.

Car c’est connu : des adolescents équipés de téléphones portables ne racontent jamais rien à personne, et ils garderont l’information pour eux jusqu’à ce qu’il les tue. L’adolescent est connu pour être taiseux.

Mais suivons donc Spider-man alors qu’il arrive à Berlin à dos de train (grimper dedans, c’est trop dur et trop sûr ; risquer l’électrocution est plus marrant), et lorsqu’il en descend, gros coup de bol, il est attendu par Nick Fury.

« Allez grimpe dans la voiture. On va au QG du SHIELD et tu vas tout me raconter. » 

Spider-man obéit, et commence à expliquer à Nick toute l’histoire, sur le fait que Mysterio n’est qu’un filou qui utilise une technologie surpuissante pour créer des illusions, et grâce à elle, s’est emparé d’EDITH.

« … morale de cette histoire est qu’on ne doit pas faire confiance à un inconnu, comme avec ce Monsieur dans la camionnette quand j’avais cinq ans.
– Okay Peter, c’était vraiment une super histoire. À part la fin, je dois bien l’admettre. À qui en as-tu parlé ?.
– Ben… à mon ami Ned qui est un peu con… »

Mais pile à ce moment là, Nick et Spider-man réalisent qu’il y a un problème : tout ce qu’il y a autour d’eux n’est qu’une illusion qui commence à s’effondrer ! Ils ne sont pas au QG du SHIELD ! Ils sont dans un piège de Mysterio ! Qui n’arrête pas de changer les illusions à volonté, d’altérer jusqu’à la manière qu’à Peter de percevoir son propre corps, bref, il lui envoie du sons et lumières dans la truffe jusqu’à ce qu’enfin, le vrai SHIELD intervienne et n’arrête Mysterio. Nick Fury se précipite vers Peter qui dans l’affaire, a pris une sacrée raclée à force d’être projeté contre des murs qu’il ne voyait pas ou de tomber de plusieurs étages pour les mêmes raisons.

« Peter, tu vas bien ?
– Ouah… j’ai probablement l’ensemble des os brisés, mais ça va pas mal.
– Très bien ! Peter, tu dois me dire : as-tu parlé de Mysterio et de son secret à d’autres ?
– Oui… à mon pote Ned et à ma copine M.J.
– Parfait… mouhoho… mouhohohoho !
– Attendez… non ! »

Et en effet, Peter est décidément particulièrement con : c’est encore une illusion. Il vient donc définitivement de tout balancer à Mysterio. Il se relève, titubant, et cette fois-ci, Mysterio le laisse aller s’écraser… sur une voie de chemin de fer, où il se mange un TGV.

Mais ça va, merci : il va bien. Enfin un accident voyageur qui n’arrête pas le train.

Mysterio, ici tirant… du Baygon vert, je suppose. C’est vraiment terrible contre Spider-man.

Spider-man parvient à ramper jusqu’à l’intérieur, à retirer son costume (qui est toujours le costume pourri qu’on lui avait conçu pour Prague), et s’effondre comme une bouse sur un siège du train. Mais à son réveil, il est en cellule ! Des gens l’ont trouvé en sang dans une voiture du TGV, et pensant que c’était un hooligan comme d’autres qui occupaient ledit TGV, il a été enfermé avec eux dans une cellule d’un poste de police des Pays-Bas. Ses voisins de cellule sont cependant très aimables, parlent un bon anglais, lui indiquent où ils se trouvent, et le laissent s’évader en paix. Ce qui permet à Peter de se retrouver dehors et…

Je sais. Les gens qui ont vu le film attendent ce moment du spoiler. Parce que c’est là que l’on découvre à quoi ressemblent les Pays-Bas selon un réalisateur hollywoodien.

Peter se retrouve donc sur… une espèce de place de marché fermier ? On dirait qu’il a été propulsé peu ou prou en l’an mil, et le lieu est cerné de moulins et de champs de tulipes. Voilà, on n’est pas du tout dans la caricature. Les Néerlandais étant cependant sympas, ils prêtent sans souci un téléphone à Peter, qui s’en sert pour appeler… Happy. L’ancien secrétaire de Tony Stark.

« Happy ? C’est Peter. J’ai besoin de toi. Je suis dans un bled des Pays-Bas, viens me chercher.
– Peter ? Mais attends… pourquoi m’appelles-tu ? Surtout en donnant ta localisation ? Tu ne disais pas que Mysterio pouvait écouter toutes les communications il y a deux scènes de ça ?
– … ah merde.
– Ah bé oui.
– Vous venez me chercher quand même ?
– Allez ! »

Et un peu plus tard, Happy arrive avec un avion à décollage vertical pour se poser dans le champ de tulipes et récupérer son jeune ami.

« Happy… j’ai grave merdé ! Tony n’aurait jamais dû me faire confiance !
– Écoute… Tony était mon patron, mais aussi mon ami. Et lui, il merdait souvent. Il doutait de tout. Sauf d’une chose : de toi. Il a toujours su qu’il avait raison de te faire confiance.
– J’ai donné ÉDITH à un mec que je venais à peine de rencontrer.
– Peter, tu es une merde. »

Mais bon : finalement, Happy explique à Peter qu’il va l’emmener à Londres pour tenter de sauver la situation. Happy va en profiter pour prévenir le SHIELD que quelque chose ne va pas. Et envoie un message codé particulièrement subtil : « Ne vous fiez pas aux apparences !« . Ce que Nick Fury interprète bien évidemment comme « Attention, Mysterio est un traître et en fait il a une armée de drones tueurs donc faites semblant de rien et équipez-vous en armes anti-drones en douce car il va sûrement en placer un juste devant vous en mode invisible pour tenter de vous tuer. »

Soit les mecs sont super balaises en messages codés, soit c’est n’importe quoi. Je vous laisse choisir.

Dans l’avion, en tout cas, Peter constate que c’est tout équipé : Tony Stark avait laissé là une mini-usines à costumes automatique. Pour quelqu’un supposé passer son temps avec des mesdames toutes nues, c’est cocasse.

Mais oui, je sais : ah ben ça tombe bien alors !

Et Spider-man de se concevoir un nouveau costume.

« En nanites je suppose ? Comme dans le précédent film, comme ça c’est super puissant ?
– Non, Happy. En lycra, ça me paraît mieux.
– Okay Peter, tu t’es mis au bédo c’est ça ? Non parce que ça commence à se voir, sale petit zadiste défoncé à la ganja !
– Hé, ho, on se calme tout de suite ! C’est pas moi qui porte le nom du chien dans
7 à la Maison.
– Ça c’est bas. Bon, comment comptes-tu arrêter Mysterio ? Après tout, tu es un génie des gadgets ! Une onde électromagnétique qui arrête tous ses drones ? Un piratage en règles ? Un piège diabolique ?
– Non, je vais plutôt foncer comme une grosse buse et tenter d’entoiler des milliers de drones à la main. »

Si vous n’avez jamais arraché l’accoudoir d’un cinéma pour faire de l’escrime avec votre voisin en hurlant les noms des Grands Anciens, sachez que ce film vous donne l’occasion de commencer.

Et en effet, pendant ce temps, à Londres…

La classe de Peter vient d’arriver, sans lui, donc, sur place. Brad, qui en a un peu marre, finit par prendre la parole :

« Personne ne trouve ça suspect, ces changements de destination en boucle ? Et Peter qui n’est jamais là et personne ne s’en inquiète ? »

Que ? Mais ? Qui vient d’introduire un personnage avec un QI atteignant les deux chiffres dans ce film ?

« Euh… la vérité est… euh… relative. » tente M.J avec l’assurance de celle qui sait que même si c’est nul, le script est avec elle « Et puis tu as tenté de prendre une photo de Peter en slip. »

Ce qui n’a aucun rapport, mais ça passe. Polio et Golio hochent la tête, le reste de la classe bave en essayant de se curer le nez avec le coude, avant que tout le monde ne continue joyeusement l’épopée en se rendant dans un bus qui les attend, et conduit, hélas pour eux, par l’un des sbires de Mysterio. Qui emmène le véhicule jusqu’au Tower Bridge de Londres et… abandonne le véhicule là. Pourquoi ? Mais parce qu’il obéit à cette règle essentielle des mauvais films :

« Lors de toute bonne catastrophe, si l’on aperçoit un bus, il finira invariablement sur un pont. »

Ne me demandez pas pourquoi : c’est la règle.

Spider-man, 24h après avoir pris un TGV dans la mouille. Son secret, c’est son armure en bullshitonium.

Mysterio, apprenant que le bus est en place, peut donc commencer son attaque. Il demande à ÉDITH d’envoyer TOUS les drones que Tony Stark avait mis en orbite (et avec la technologie de Mysterio dedans, c’est vraiment sympa), pour descendre sur Londres faire une attaque cent fois plus grande que les précédentes. Et comme les fois précédentes, Mysterio fait mine d’être là pour servir le SHIELD, demande à ses complices d’activer une machine qui fait croire à un dégagement énergétique venant de sous terre, puis, les drones débarquent, invisibles, avant de générer l’illusion d’un monstre géant constitué des quatre éléments.

« Houlala, on pensait les avoir vaincu, mais ils ont fusionné ! » s’exclame Mysterio de sa meilleure voix d’acteur « Ne vous inquiétez pas, Monsieur Fury, je vais bourrer la face de cette chose ! »

Et Nick Fury de faire semblant d’y croire, pendant que Mysterio fait son show. Mais sinon, Nick ? Faire quelque chose ? Tenter de l’arrêter pendant que son monstre illusoire ravage vraiment la ville ? Non ? Eh bien non. Nick Fury reste à la fenêtre de son bureau, l’air… cool. Pendant que des gens meurent. Voilà. C’est tout. Bien bien bien.

Mais sinon, quelqu’un a relu le scénario ou c’était une blague d’un stagiaire qui a dégénérée ?

Heureusement, sur ces entrefaites, Spider-man arrive, et en se laissant choir du ciel avec son Spider-parachute (si, si), il parvient à pénétrer dans l’illusion et découvre à l’intérieur l’armée de drones qui s’active à maintenir l’hologramme et à causer des dommages en temps réel pour faire croire à l’aspect matériel du monstre. Spider-man commence à entoiler tout ce petit monde, au point de mettre à mal assez sérieusement l’illusion en elle-même. Mysterio, le vrai, qui contrôle tout ça de loin, en est grognon,

« Cacaboudin ! Comment est-il arrivé là sans que je ne le remarque lui ? Je n’ai pas le contrôle du plus grand système de surveillance de la planète ? ÉDITH !
– Il est passé par un trou du script, Monsieur.
– Damnation ! »

Le trou dans le script est le conduit de ventilation moderne : il y en a un peu partout, et personne n’y fait jamais attention.

Mysterio voyant son illusion mise à mal, il ordonne à son équipe de couper la génération de l’hologramme du monstre, tant pis. Et de concentrer les monstres sur une seule mission : tuer Spider-man ! Et Mysterio commande même personnellement une partie des drones pour… heu… tuer les amis de Spider-man qui en savent trop ?

Mais pourquoi ne pas avoir simplement envoyé une roquette sur le bus, alors ? Eh bien on ne sait pas. Et pourquoi concentrer toute ton attention sur des cibles complètement secondaires ? À part que Mysterio veut être le moins efficace possible, et préfère poursuivre les amis de Spiderman avec ses drones mitrailleurs, et en ne tirant qu’à bout portant pour ne pas les tuer facilement de loin. On notera d’ailleurs que les drones supposés être d’une précision diabolique telle que lorsqu’ils causaient des dégâts à des structures, pas une balle n’allait à côté, ici ne parviennent jamais à toucher le moindre gentil, qu’importe la situation. Happy, qui était venu tenter d’évacuer les amis de Peter, voit son avion être détruit par les drones, et ne peut qu’emmener quelques adolescents avec lui dans la chambre forte de la tour de Londres qui est, c’est bien connu, grande ouverte et non-gardée. C’est donc aux côtés des joyaux de la reine que nos amis sont enfermés, pendant que les drones essaient d’ouvrir la chambre forte au fer à souder (ils sont vraiment tout équipés).

Spider-man, de son côté, affronte les drones avec mille pirouettes, évidemment, pas un ne parvient à le toucher non plus.

C’est un peu lassant, cette précision à géométrie variable. Je ne sais pas : rajoutez un bout de scène où Spiderman a entoilé suffisamment de drones pour réduire leurs cohésion, a un gadget qui brouille vaguement leurs systèmes, ou bien le SHIELD tente de les pirater en même temps ce qui explique qu’ils soient moins efficaces, que sais-je…

Pas juste « Bon en fait, les drones, maintenant, ils sont tout nazes. »

Spider-man parvient non seulement à en détruire bon nombre, et même à arriver jusqu’à l’endroit d’où Quentin Beck alias Mysterio pilotait toute l’opération. Évidemment, ce dernier tente plusieurs fois de le tromper avec des illusions, mais notre héros, usant de son sixième sens d’homme-araignée qui lui est revenu sans explication, ne s’y laisse plus tromper, et a tôt fait de meuler la gueule du vilain. Avec un passage particulièrement intéressant puisque Mysterio fait semblant d’être devant Spider-man alors qu’il est derrière avec une arme.

Ce qui veut dire que Mysterio parle dans un micro dix centimètres derrière Spiderman et suppose qu’il ne va pas l’entendre. Ça doit être un concours de neuneuserie, je ne me l’explique pas autrement.

Mais dans l’affaire, Mysterio a pris tellement cher avec ses drones envoyant des balles dans tous les sens… qu’il s’est ramassé l’un de ses propres pruneaux.

« C’en est fini, Mysterio ! Je ne voulais pas que tu meures, mais là… bon. Tu t’es un peu… hihi… tiré une balle dans le pied !
– Au moins, la mort m’épargnera ton humour. Mais dis-moi Spider-man. Est-ce vrai que ton sixième sens t’as permis de vaincre mes illusions ?
– Aisément !
– Est-ce que cela veut dire… kof kof…
– Oui ?
– … qu’en fait tu pouvais me vaincre depuis le début du film et que ton sixième sens « en panne » sans aucune explication, c’était juste pour arranger les scénaristes ? »

Spider-man s’assoit sur le visage de Mysterio pour étouffer ses terribles révélations sur le niveau d’écriture de cette oeuvre, et c’est donc sous un cucu enrobé de lycra que Mysterio rend son dernier soupir. Spider-man peut se rendre sur le Tower Bridge pour voir comment vont ses amis, et découvre avec bonheur M.J, bien vivante, qui arrive en courant vers lui !

« M.J !
– Peter, c’est incroyable !
– Oui, tu es vivante ! Je suis si heureux que j’en retire mon masque !
– Non, c’est surtout que c’est incroyable : tu notes comme il n’y a ABSOLUMENT PERSONNE autour de nous alors que là encore, il devrait y avoir une folle agitation après tout ce qui vient de se passer ? Ce qui tombe bien puisque tu viens de retirer ton masque comme une grosse buse ?
– C’est vrai que c’est fou cette propension des décors à être entièrement vides dès qu’on a besoin d’un moment d’intimité. Bon, d’ailleurs : M.J, voilà, à Prague, ce que je voulais te dire, ce n’est pas que j’étais Spider-man. C’est que quand je te vois, j’ai envie de te faire des bisous.
– Mais moi aussi figure-toi.
– Allez, on fait le bisou alors. »

Et c’est le bisou.

Spider-man a donc vaincu et trouvé l’amour. Et accessoirement, récupéré les lunettes avec ÉDITH sur le corps de Mysterio, lui permettant de dire à tous les drones de rentrer chez eux. Parce que oui, ÉDITH lui obéissait encore, en fait. Parce que… parce que. Voilà. Nick Fury peut donc venir le féliciter, et enfin, Peter rentre à New York retrouver tante Milf. Qui lui avoue, parce que ça non plus il n’avait toujours pas compris, que oui, elle sort avec Happy. Il faut dire qu’elle adorait 7 à la maison.

C’est donc sur cette dernière révélation que Peter peut reprendre son quotidien new-workais de super-héros de quartier, et il se balance de toile en toile et…

… FIN !

Mais pas tout à fait, car il y a une séquence post-générique (vous m’entendez soupirer ?) et pas des moindres : Spider-man décide d’emmener M.J se balader avec lui alors qu’il se balance d’immeuble en immeuble. Et visiblement, ni lui ni M.J n’ont l’air de se dire que sortir ensemble publiquement alors qu’il est habillé en Spider-Man pourrait vaaaaguement permettre d’identifier Peter Parker sous la cagoule de l’araignée. Non. Vraiment. Vous nous le dites si on vous emmerde, hein ?

Mais alors qu’ils papotent tranquillement au milieu d’une foule après leur promenade, sans se soucier des passants qui peuvent tout entendre de leur discussion de couple, voici que les écrans géants de l’immeuble voisin diffusent un flash-info exclusif : les dernières images envoyées par le « héros inter-dimensionnel » Mysterio.

Parce que non, personne n’a pensé à rendre public que Mysterio était une enflure, et derrière les attaques au Mexique, à Venise, Prague et Londres. Un détail.

Et sur ces images, évidemment truquées puisque c’était sa signature, on voit Mysterio agoniser et dire :

« Spider-man… c’est lui qui m’a tué… c’est lui qui contrôlait les drones… parce qu’il est fou, il veut devenir le nouveau Tony Stark et tuera tous ceux sur son chemin ! Ah, et accessoirement… son vrai nom, c’est Peter Parker ! Maintenant, je meurs, aaaargh… » 

« Crotte de bique ! » s’exclame Spider-man et…

… FIN !

Je vous rappelle que ces deux personnages sont tous les deux présentés comme d’une intelligence frôlant le génie, et supposés ne rien faire qui pourrait révéler l’identité de Peter Parker, comme par exemple, oublier de retirer son costume avant de sortir ensemble.


Est-ce que quelqu’un se souvient que Peter Parker bosse avec le SHIELD qui peut prouver en deux minutes que cette vidéo est fausse, rappeler que Mysterio était méchant et que Peter est innocent ? Ou même que Peter est supposer avoir ÉDITH, qui surveille toutes les communications mondiales, et que l’intelligence artificielle aurait pu vaguement le prévenir en amont ? Ou justement, diffuser ce que je viens d’écrire sur les mêmes écrans en trente secondes ?

Ah mais j’oubliais : c’est nul.

Qu’est-ce que je peux être tête en l’air, parfois !

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Un odieux connard

My bullshit sense is tingling !

Il a les cheveux mouillés alors que Spider-man a les cheveux sec, ça ne peut pas être la même personne, c'est évident.

Même Œil de Faucon paraît plus pertinent pour cette mission, ce qui n'est pas peu dire.

Mais je ne sais pas, changez au moins ses lunettes, faites quelque chose !

Ce qui est, comme on dit, autrement plus excitant.

Alors qu'une bonne vieille tapette à araignées et c'était réglé.

Notez que là encore, on ne voit personne, nulle part, pas même un civil occupé à fuir, c'est vraiment calme, Londres.

Mais MJ grâce à ce rebondissement final, MJ n'aura pas à couvrir son compagnon en prétextant être polygame et sortir à la fois avec Peter Parker et Spider-man qui n'ont bien évidemment rien à voir.

SAV#5 – Sur les manipulations (Low-Ball, Leurre….)

Et voici le SAV numéro 5, où nous revenons sur XP#10 (sur les techniques de manipulation : Low-Ball et Leurre).

Sur Youtube :

Sur Peertube :

https://peertube.mindpalace.io/videos/watch/c4af03cb-6a47-4aae-8799-c7a49b92c8d4

Le principe du SAV (Service après visionnage) consiste à revenir sur une ou plusieurs vidéos à la lumière des différents commentaires que nous avons reçu (un peu comme une FAQ). Cela permet de préciser nos propos, de corriger des malentendus ou erreurs si nécessaire, de partager d’autres illustrations ou exemples, d’aborder un thème sous d’autres points de vue, de proposer d’autres pistes de réflexions…

Et pour aller directement aux questions ou réflexions qui vous intéressent, vous trouverez ci-dessus un raccourci, suivi des différents liens auxquels nous faisons référence dans ce SAV.

On se retrouve au plus tard à la rentrée, portez-vous bien !

Raccourcis:

  • 00:00 West-VPN
  • 01:11 Introduction
  • I/ A propos des expériences
  • 01:54 Quel est la différence entre la technique du Pied-Dans-La-Porte et la technique du Low-Ball ?
  • 03:27 Laquelle de ces deux techniques (Pied-Dans-La-Porte / Low-Ball) est la plus efficace ?
  • 07:18 « Manipulez-les tous ! » Chanson de Gilles de Roy
  • 08:00 Dans la première expérience sur le Low-Ball, combien d’étudiants se présentent effectivement dans la salle à 7h du matin ?
  • 09:03 Au sujet de l’expérience sur la technique du Leurre, que font les clientes qui ne quittent pas immédiatement le magasin ?
  • 10:08 Peut-on entremêler la technique du leurre avec l’effet de rareté ?
  • II/ Sur la théorie de l’engagement et de ses usages
  • 13:15 Le sentiment de culpabilité participe-t-il à nous soumettre et à nous engager davantage ?
  • 16:53 La théorie de l’engagement est-elle liée à la théorie de la dissonance cognitive ?
  • 22:22 Peut-on s’auto-manipuler par la technique du Low-Ball ?
  • 24:00 Selon les techniques et biais, le temps peut être un allié ou le contraire, prendre du temps est-il donc toujours bénéfique contre les manipulations ?
  • 26:57 Les techniques reposant sur l’engagement sont-elles aussi liées par la promesse de remboursement que l’on trouve par exemple dans les offres téléphoniques ?
  • 28:23 Exemple des assurances FNAC (SFAM) / Si vous avez été concernés par cet abus, voici le lien qui vous explique la démarche d’indemnisation : https://www.quechoisir.org/actualite-sfam-comment-se-faire-rembourser-n68675/
  • 29:53 Ne retrouve-t-on pas ces techniques dans les sectes ?
  • 30:40 Comment l’engagement est-il utilisé dans le Web-marketing ?

III/ Sur l’éthique

  • 33:39 Peut-on utiliser de manière éthique ces techniques de manipulation ?
  • 37:30 Les vendeurs sont-ils seuls responsables de l’abus de telles techniques dans la vente?
  • IV/ Salade et Chou-fleur
  • 40:09 Gull a-t-il fait des progrès quant à sa prononciation ?
  • 41:00 Pourquoi Technicien a-t-il souvent les pieds nus ?
  • 41:36 Sans Nobuo Uemastu ou Hideo Kojima, pas d’Horizon-Gull ?
  • 42:09 Une FAQ générale (et non un SAV) est-elle prévue ?

Liens évoqués dans le SAV (par ordre d’évocation) :

– Pourquoi acceptez-vous parfois des requêtes coûteuses et pénibles ? Xp horizon #4:

– Comment vous manipule-t-on par le Non ? – XP Horizon #8

– La dissonance cognitive — La Tronche en Biais #3

– Article expliquant comment se faire indemniser des abus de l’assureur SFAM : Si vous avez été concernés par cet abus, voici le lien qui vous explique la démarche d’indemnisation : https://www.quechoisir.org/actualite-sfam-comment-se-faire-rembourser-n68675/

– Article de Viciss sur la Gamification dans la scientologie : https://www.hacking-social.com/2015/04/27/gamification-partie-3-un-exemple-dune-gamification-extreme-et-dangereuse-la-scientologie/

 

Le post de la décennie

Cet humble blog fête ses dix ans.

Pour l’occasion, dénouons un peu la cravate, posons temporairement le cigare et laissons ce brandy s’aérer un peu, voulez-vous ? Car puisqu’on n’a pas tous les jours dix ans, revenons sur une décennie de mauvaise foi, glissons quelques remerciements (mais pas trop, ce site a une ligne éditoriale à respecter, que diable), et profitons-en pour faire quelques annonces.

Oui, c’est le genre post chiant où l’on va s’auto-congratuler, donc si vous voulez passer les discours, allez donc directement aux annonces et commentaires, parbleu.

Et pour les autres…

Dix ans de blog : spoilons, mes bons !

Vous souvenez-vous du temps où la bannière du blog ressemblait à ceci ?

Revenons dix ans en arrière. En ce mois de juin 2009, le président de la République Nicolas Sarkozy enchaîne discours sur discours, Michael Jackson passe l’arme et gauche, Steve Jobs présente l’iPhone 3GS, et personne n’a jamais entendu parler d’Instagram, c’est vous dire si cette période est un âge aussi sombre que lointain. Et c’est en ces temps reculés que quelque part en France, un jeune enseignant en histoire-géographie – il n’a même pas dix ans d’écart avec ses élèves, c’est dire ! – décide un soir d’ouvrir un blog.

Une idée guère originale, puisqu’à l’époque, des blogs, il y en avait une tripotée, et même votre voisine de palier en avait un pour raconter sa vie moyennement palpitante.

Mais notre larron est bien trop négatif pour raconter joyeusement son quotidien : il préfère se créer un petit espace où il pourra tartiner son fiel en paix, et dont la ligne éditoriale sera claire : le blog d’un Odieux Connard. Sans compter qu’autour de lui, on en avait un peu marre de l’entendre pourrir l’intrigue des films dont n’importe quelle tablée discutait jusqu’alors joyeusement. Sa classe de seconde, cette année-là, se souvient encore avec effroi, du jour où une élève s’exclama :

« Monsieur ! Vous devriez emmener votre copine voir Twilight, c’est trop bien ! » (Phrase authentique)

Ce jour-là, il n’y eut pas cours avec les secondes. En lieu et place, ils se firent spoiler la truffe jusqu’à ce qu’ils implorent pardon entre deux sanglots. Quant au corps de l’élève en question, la gendarmerie le cherche encore.

Il n’empêche que notre homme supposait que son blog resterait confidentiel. Pour tout dire, il pensait même qu’après s’être défoulé sur son clavier, au bout d’un mois, l’affaire serait terminée. Seulement voilà, arrive le premier spoiler, et avec lui… un certain nombre de visiteurs suffisamment pervers pour venir lire l’intrigue d’un mauvais film en ligne. Notre homme décide donc d’écrire d’autres articles, puisque des gens semblent les lire, quelle drôle d’idée.

Il ignore encore que dans dix ans, il y sera encore.

Peu à peu, les différents éléments constitutifs de l’Odieux Connard vont se mettre en place : la cravate rouge, le cigare, le brandy, ainsi que le veule personnage de Diego. Les stagiaires de la cave seront à leur tour évoquées, principalement pour apparaître sous forme de fugitives ou de petit mobilier en fonction des épisodes. Les spoilers quant à eux voient apparaître très tôt le concept de Jean-Jacques, ainsi que le récurrent caporal Roudoudou, spécialiste des moments où les héros parlent stratégie. Lors du spoiler du premier volume du Hobbit, on retrouve aussi à quoi ressemblaient les spoilers avant le blog, à savoir des récits autour d’une bonne table où il était question d’utiliser gobelets et ustensiles divers pour figurer les protagonistes. On notera que le style graphique préfigure ce qui, cinq ans plus tard, deviendra la charte du Petit Théâtre des Opérations.

Le blog fait son petit bout de chemin : en ce temps-là, l’auteur a du temps (vous ai-je dit qu’il était prof ?) et peut se permettre 2 à 3 articles par semaine. Et puis, va arriver le premier buzz comme on dit, avec la Page Facebook d’Adolf Hitler. Dont l’interface du célèbre réseau social d’alors donnera un bon coup de vieux à la plupart d’entre nous. Cet humble document va beaucoup tourner, mais surtout, il va ouvrir une tradition de détournement d’images. D’autres buzz (que ce terme est laid) suivront, dont un qui concernera l’un des péchés mignons de l’auteur : parler politique en détournant de vieilles gravures, comme ce fut le cas en janvier 2014. Entre temps bien sûr, d’autres traditions naissent : taper sur les sites de neune… je veux dire, les sites de conseils en séduction, ou bien proposer des versions plus honnêtes des pages Wikipédia.

Bref, le blog fait sa vie, et notre auteur aussi. Ce qui réduit le temps qu’il a à consacrer à l’écriture, puisqu’il a une carrière à côté. Alors qu’il y une solution toute simple, dont on lui parle régulièrement dans les coulisses de sa boîte mail : il est démarché chaque semaine par des publicitaires qui aimeraient bien savoir s’il ne voudrait pas mettre un peu de pub sur son site web. Ce serait gagnant-gagnant : il pourrait vivre de sa plume en ligne, et donc, écrire autant qu’il veut et être payé pour !

Sauf que notre homme n’a pas envie de dépendre financièrement de son site web. Pour une simple et bonne raison : cela voudrait dire être dépendant du nombre de visites, et donc éviter de fâcher les gens pour s’assurer qu’ils reviennent. Ce qui est embêtant quand on s’appelle un Odieux Connard et qu’on aime bien fâcher autrui. L’auteur étant un peu con, il fait donc l’inverse : WordPress mettant, de base, des publicités sur les sites qu’il héberge, c’est notre larron qui paie chaque année pour ne pas que ses lecteurs subissent la publicité. Non vraiment, il n’a visiblement pas compris comment ça fonctionnait, l’internet moderne et ses supplications « Coupez votre Adblock ! ».

Mais puisque l’on parle pognon, voici que des éditeurs l’approchent pour voir s’il n’y aurait pas moyen de faire un livre. Et là, l’auteur est déjà plus ouvert, et se met au boulot : six ans après l’ouverture du blog, en juin 2015, sort L’Odieux Connard – Qu’il est bon d’être mauvais, qui sera suivi l’année suivante de La Vie, c’est bien, le cynisme, c’est mieux. Et même d’un petit recueil Briller en soirée avec l’Odieux Connard dans le cadre d’une opération chez Points la même année.

Quatre ans plus tard, un seul de ces deux hommes a encore un avenir.

Nous sommes en 2016, et sous la pression du public, l’auteur décide d’embrayer en cédant à une requête populaire : faire le spoiler d’un livre. Ce qu’il se refusait de faire parce que c’est un peu long. Il ouvre donc la rubrique L’ire ensemble, et lance le spoil de Grey, une sorte de fanfiction moyennement érotique du Nécronomicon. Il faudra un an pour compléter cette rude mission, et on est toujours en attente du prochain livre qui passera sur le billard, que diable fait l’auteur ?

En attendant, le temps passe, et le monde des blogs est déjà sur le déclin. Les magazines ne font plus depuis longtemps des unes sur « Comment réussir son blog ? » comme c’était le cas en 2010, les grandes heures des blogs bédés sont terminées, et nombre de sites autrefois mis à jour de manière quotidienne ou hebdomadaire ne postent plus qu’un message tous les six mois. Le grand public s’est tourné vers Youtube et Instagram. Notre auteur n’en a que faire, puisque comme son site ne dépend pas de son audience grâce à l’absence de publicités, il écrit à son rythme de croisière depuis plusieurs années- toutes les deux semaines environ – sans pression.

Oui mais voilà, il est vrai que la vidéo, on lui en parle depuis un moment et que ça le tente quand même. Mais que faire ? Des spoilers ? Qu’est-ce que cela apporterait de plus en vidéo ? En plus, il aime bien écrire, tout de même. Non, il faudrait faire un truc en complément de ce qu’il y a déjà sur le blog. L’auteur profite fourbement de l’occasion pour caser quelque chose qu’il faisait ailleurs sous une autre identité : raconter, non pas des scénarios absurdes de films, mais des histoires vraies tout aussi improbables de l’histoire militaire. Ainsi naît le premier épisode du Petit Théâtre des Opérations. Qui rencontre un certain succès sur Facebook et Youtube, permettant, dès l’année suivante (soit 2018, suivez !), la sortie du livre Le Petit Théâtre des Opérations. Ce qui permettra à l’Odieux Connard d’apparaître très officiellement sur la page du Ministère des Armées, un bien beau succès, tant ça détonne un peu avec l’ambiance habituelle des pages ministérielles.

Et nous voici en 2019. Ce blog comporte désormais 466 articles. Ce qui, mis bout à bout, et vu la longueur moyenne des articles, représente mine de rien un sacré paquet de texte. Mais surtout, encore plus de visiteurs patients. Ce qui fait une excellente transition pour les remercier, et comme l’Odieux Connard n’est guère un nom pour dire merci, retirons le masque un instant pour laisser le pas très mystérieux Julien Hervieux le faire.

Remerciements

Parce que s’il y a dix ans, on m’avait dit que ce blog serait encore là dix ans après, que l’on trouverait en ma demeure des cadeaux à l’effigie ou estampillés Odieux Connard dans mon mobilier, et que je me retrouverais à vivre de ma plume, je pense que j’aurais été pour le moins dubitatif. Mais nous y voilà,

Alors faisons simple. Même si cela sonnera arrogant, car remercier des gens pour des réussites provoque souvent mention desdites réussites ! Mais, allons, et puis, cela va avec le titre du blog !

Merci à vous, lecteurs et lectrices. Parce que mine de rien, c’est quand même grâce à vous, tout ça. Pas seulement parce que vous êtes venus ici faire vos emplettes de cynisme et de mauvaise foi, mais aussi parce que c’est vous qui avez contribué à faire connaître ce blog. Ce qui, sachez-le, a eu plus de conséquences que vous ne pourriez le penser. Alors oui, parfois, ce blog a simplement détruit à jamais la vision qu’untel avait d’un film, et unetelle ne peut plus aller au cinéma sans voir tous les défauts du script. Mais parfois, cela a aussi donné des histoires assez amusantes, voire touchantes (pour les gens ayant un cœur, du moins), y compris des moments où un spoiler s’est retrouvé à tourner parmi des membres de l’équipage de tournage, ou bien lorsque des posts politiques ont été repris… dans des milieux politiques, voire que le blog est tombé sous les yeux de quelqu’un qui avait grand besoin de cynisme à ce moment de sa vie. Je ne raconterai rien ici : les personnes concernées, si elles lisent ce post, pourront toujours le faire en commentaires, je ne ferai rien sans leur autorisation. Mais il y a au moins deux exemples que je peux vous donner, et qui sont vraiment le fruit de votre travail de partage : vous avez été nombreux à partager des vidéos du Petit Théâtre des Opérations. Eh bien, cela permis de raviver la mémoire d’un certain Albert Roche, avec des articles et des gens qui se sont mis à en reparler à la clé : ce n’est quand même pas rien de participer à faire revivre une certaine mémoire, donc merci à vous. Et sachez que les vidéos ont été mises à la disposition – gratuitement, s’entend – de musées, collectivités le demandant. Quant à Albert Jacka, soldat australien venu se battre en France durant la Grande Guerre, c’est l’un de ses descendants qui a écrit après visionnage de la vidéo, tout fier qu’en France, on honore le souvenir de son ancêtre. Il a montré la vidéo à sa famille. Voilà pour deux exemples parmi un sacré paquet. Et ça, c’est grâce à vous. Donc, merci, et vous pouvez être fiers de vous rien que pour ça.

Merci à toutes celles et ceux qui ont pris le temps de me rencontrer Que ce soit dans une librairie, en dédicace, dans un bar ou autre… quand vous passez des années derrière un écran à écrire des âneries et que vient le moment de rencontrer les gens qui vous lisent, c’est un peu l’heure de vérité. Je crois pouvoir dire que ça s’est plutôt bien passé et que vous n’avez pas rencontré un personnage timide et peu affable, et j’ai généralement passé de très bons moment, que ce soit à signer des livres, boire en bonne compagnie ou même fumer le cigare avec ceux qui m’ont invité à le faire. Désolé de ne pas toujours avoir eu plus de temps pour chacun : quand il y a du monde ou que l’agenda me presse, c’est un souci, mais sachez que j’essaie toujours de faire de mon mieux.

Merci pour les cadeaux et les invitations. Non parce que souvent, quand on offre un cadeau à un auteur et qu’on ne le revoit pas après, on doit se poser la question : est-ce que ça vraiment plu ? La réponse est oui. J’ai des cadeaux de lecteurs encadrés dans mon bureau, et un coffre réservé qui me permet d’épater mes invités en leur révélant les cadeaux les plus audacieux que l’on m’ait fait façon trésor de Toutankhamon. Et il y a eu de tout : à manger, à boire et à fumer (du tabac, Messieurs de la maréchaussée), mais aussi des sculptures, des dessins, des tableaux, des trousses de secours pour mauvais films, des objets de collection et des… culottes. Oui, mes lectrices sont audacieuses. Ce qui a donné de grands moments, sachez-le. Quant aux invitations, elles furent nombreuses et joviales, que ce soit simplement aller prendre un bon repas ou profiter d’une visite privée d’un lieu historique voire tirer en stand avec des armes anciennes, il y a eu de tout, et tout fut apprécié.

Merci pour les récits et les hommages. C’est toujours une grande fierté de savoir que quelqu’un s’est fait griller à glander au boulot parce qu’il pouffait sur la mauvaise page web, ou de savoir que mon site est un livre audio qui s’ignore, avec des gens m’expliquant qu’ils lisent à voix haute certains articles à d’autres. Mention spéciale aux braves gens qui m’ont raconté avoir dû arrêter une voiture sur l’autoroute suite à la lecture trop intensive de Grey. Quant à ceux qui montèrent une équipée nommée Danger Rabouin lors d’un tournoi de jeux vidéo, je n’oublie pas. Et ne parlons pas des gens venus en cosplay Odieux Connard ou Diego, avec cravates et pelles, qu’importe la chaleur. Quel dévouement.

Un exemple de fabuleux hommage du non moins fabuleux Poulop.

Merci pour les mails de demandes d’épousailles avec CV. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, l’une des dernières questions de la rubrique FAQ ou le bouton Contact devraient vous en dire plus. Je ne détaille pas cette partie, coquinous.

Merci pour les livres achetés. Mais ça, c’est parce que j’aime vraiment l’argent. Mais vous aussi, ne faites pas semblant !

Merci aux gens qui bossent dur avec moi. Parce que oui, même si je suis tout seul derrière ce blog, il y a des gens qui se retrouvent à travailler dans l’ombre de manière indirecte. Je pense à Alex et Blanche, qui m’envoient leurs liste des corrections après lecture des derniers articles et ce sans soupirer trop fort. Je pense à Arnaud, que certains ont déjà pu apercevoir incarner Diego lors de certaines dédicaces (et oui, c’est bien de l’alcool qu’il me sert, pas du jus de pomme, âmes innocentes). Je pense à Fatia, qui a le dur métier de dire « Bonjour, je représente l’Odieux Connard » dans des réunions de gens très sérieux. Je pense à Laetitia, qui m’a accompagné sur plus d’un film « pour le bien du blog », et avec qui j’ai échangé bien des regards consternés dans l’obscurité. Et je pense à toutes les équipes chez mes éditeurs qui ont eu et ont encore à me supporter, ce qui n’est pas une mince affaire.

Merci pour les situations absurdes. Merci aux hôteliers en festival qui me disent « Non, je n’ai pas de chambre au nom de Hervieux – Okay, essayez à Connard, pour voir ? – Ah oui, j’ai ! » ce qui est toujours apprécié par les badauds. Merci à cette étudiante qui à la fin d’une conférence où je n’avais jamais dit que j’avais un blog, est venue me voir pour me dire « C’est vous l’Odieux Connard ? Je vous ai reconnu parce que vous utilisez beaucoup les mots « moult » et « rabouin.« . Merci au client qui en pleine réunion m’a dit « Vous n’avez pas aimé Prométhéus ? Attendez, j’ai un site à vous montrer…« . Merci à ces élèves qui, grillés en plein cours à ricaner en surfant en douce sur internet m’ont sorti « Non mais je suis sur votre blog » ; c’était sûrement du bluff, mais c’était drôlement fourbe, alors je valide. Et merci à toi, formidable Abbé venu au salon du livre d’une ville bretonne en grande tenue acheter tout plein d’Odieux Connard : les libraires n’en sont pas encore tout à fait remis. Et là aussi, j’en passe.

Merci aux gens qui me détestent. Parce que quand mon ego se sent trop grand, je vais voir la taille de mes ennemis, et je me rappelle que je suis tout petit. Merci à vous qui voyez en l’Odieux Connard une sorte d’incarnation de Satan, ce qui donne une certaine patine au pseudonyme. Merci aux deux sites webs radicaux qui ont interdit jusqu’à la mention de l’Odieux Connard, faisant de moi une sorte de Voldemort local. Merci à ceux qui ont menacé, insulté, écrit de longs pavés pour me faire de la publicité à peu de frais. Et merci à ceux qui ont voulu jouer aux plus malins et qui ont découvert que mon pseudonyme venait bien de quelque part.

Merci aux gens en désaccord constructif. Car contrairement aux personnes du point précédent, j’ai pu assister à de vrais débats, avec de vrais arguments, de la part de personne qui tentent vraiment de faire progresser leurs idées. Si je n’ai pas toujours été d’accord, j’ai toujours appris quelque chose, et pu faire évoluer mon opinion.

Et merci à tous les autres, parce que c’est quand même dur de tout lister.

Bien, cet intermède de Julien Hervieux qui dit des trucs sympas une fois en dix ans, ça me paraît déjà trop : il est temps de remettre la cravate, de redevenir un rascal grimaçant devant tant de propos sirupeux et de repasser aux choses sérieuses. Puisque l’aventure continue, et qu’il y a du neuf qui s’annonce. C’est donc le moment de parler, et là, quelle transition, des…

Annonces

Car du côté du blog, l’aventure continue, toujours sans pub, et il n’est même pas impossible que de nouveaux ouvrages soient en préparation, mais, ah ! Nous aurons probablement l’occasion d’en reparler.

Du côté de la chaîne Le Petit Théâtre des Opérations… là par contre, il se passe des choses.

D’abord, vous êtes un certain nombre à venir me voir chaque année aux Geek Faëries, à l’occasion de mes conférences historiques. Nombre croissant au point que depuis deux ans, on refuse même des gens tant il n’y a plus de place. Et vous êtes plus nombreux encore à venir voir la vidéo desdites conférences sur Youtube. Aussi, travail en cours il y a sur le fait de faire un spectacle sur le principe : environ 1h30 d’anecdotes historiques racontées saveur Petit Théâtre. Et si je travaille bien, on devrait se débrouiller pour faire tourner les anecdotes histoire que chaque séance soit un poil différente (comme ça, les gens qui reviennent s’ennuient moins, ah !). On se tient au courant.

Ensuite, l’idée a été abordée plusieurs fois, mais nous y voilà : il s’agit de l’ouverture probable d’un Tipeee pour les vidéos de la chaîne Le Petit Théâtre des Opérations.

Alors pourquoi pour la chaîne et pas pour le blog ? Parce que comme déjà dit ici (et ailleurs), l’idée est que le blog reste un espace où l’on puisse froisser autrui en paix sans dépendre de personne. Quant à la chaîne, il ne s’agirait que de potentiellement pouvoir y passer plus de temps pour des vidéos plus régulières, plus nombreuses, voire sous d’autres formats. Mais alors, pourquoi ne pas l’ouvrir immédiatement, ce Tipeee ? Tout simplement parce que le maître des lieux attend de voir comment cela pourrait être fait pour convenir à tout le monde et être pertinent : quelles contreparties mettre ? Des idées en vrac pour l’instant sont de proposer des sondages pour les prochaines vidéos, de proposer une visite sur un lieu historique une fois l’an pour les volontaires… bref. On va déjà attendre de lire vos commentaires, idées et envies pour voir ce qu’il est pertinent de faire, braves gens. Ou même s’il est pertinent de le faire.

Voilà ! À vos claviers, donc.

Une capture d’écran de la toute première vidéo en test privé du Petit Théâtre des Opérations, avant que ne soit adopté le style noir & blanc muet.

Et enfin…

Pour suivre ce blog une année de plus parce que vous avez du bon goût : la page Facebook est ICI, le compte Twitter, ,  la FAQ qui vous fera gagner du temps, est PAR ICI, quant à vos communications diverses, demandes particulières et envois de CV parce que vous rêvez secrètement d’être ma prochaine stagiaire, c’est toujours PAR LÀ. Et au cas où, la chaîne Youtube est là : Le Petit théâtre des opérations.

Vous êtes un certain nombre à m’avoir déjà offert des présents pour cette dixième année : merci à vous (ce calva est excellent, soit dit en passant). Pour ceux qui ne sauraient pas comment faire des offrandes (numériques ou non) à mon arrogante personne, vous pouvez passer par la rubrique Contact (sur votre gauche) et ainsi envoyer votre tribut à un blogueur pourri-gâté juste parce que vous aimez bien pourrir un peu plus l’un des êtres les plus corrompus de ce bas monde.

J’aurais dû faire une liste de présents pour ces dix ans.

Et comme le veut la tradition, je descendrai dans l’arène des commentaires de cet article pour tenter de répondre à tout le monde ; laissez-moi un peu de temps, que diable, mais ma foi, c’est parti. Et il en va de même avec les emails, mais ça, c’est valable toute l’année : je réponds à tout le monde, pourvu que l’on m’en laisse le temps.

Voilà. C’est officiel : ce blog a traversé une décennie.

En route pour sa onzième année.

Banniere

Un odieux connard

Comme quoi, une image détournée en deux minutes allait définir toute une partie du personnage.

Et un seul des deux a réussi à tenir deux quinquennats à son poste.

C'est quand même un peu la classe, avouons-le.

Les plus assidus reconnaîtront au premier coup d’œil de quoi elle parlait.

Je mets surtout cette photo parce que s'il n'y a pas de photo de cadeau ou de gâteau pour un anniversaire, ça va sembler suspect.

X-Men – Dark Poulet

« Bon, les petits gars, il est temps de sortir un nouveau X-Men. »

Dans la salle de réunion, les participants hochent la tête pour approuver le propos de leur patron.

« La mode étant aux films de super-héros, on est pas mal. Et je vous rappelle qu’on a une licence Marvel, ce qui est facilement apprécié du public.
– Alors oui patron, mais on fait quoi ? Non parce que dans le précédent X-Men : Apocalypse, comme son nom l’indique, les mutants sauvaient déjà le monde de ladite apocalypse. Ça va être dur d’aller plus loin. »

Les yeux tournés vers les fenêtres au bas desquelles défilent des accessoires pour un autre tournage, le producteur prend un instant avant de répondre.

« Des extra-terrestres.
– Hein ?
– On va mettre des extra-terrestres.
– C’est… risqué, patron. Je veux dire, c’est un peu kitsch de les larguer là, comme ça, sans plus d’explications.
– Non mais ne vous inquiétez pas. Parce qu’en même temps, on va rebooter un épisode.
– Hein ?
– Vous vous souvenez de X-Men : L’affrontement final ?
– Celui qui s’était fait défoncer par la critique, là ? Avec l’histoire tournée autour de Jean Grey, le personnage dont tout le monde se fout ?
– Celui-là même. Eh ben on reprend les extra-terrestres ET Jean Grey.
– Je… patron c’est… c’est vraiment risqué là.
– Non mais on pourrait raconter comment elle est devenue le Dark Phoenix.
– C’est-à-dire qu’on l’a déjà montré à la fin du précédent film. 
– On n’a qu’à dire que ça n’existe pas.
– Donc je résume : on oublie le précédent film, on repompe le moins apprécié du public, et on rajoute des extraterrestres. Autre chose ?
– Hmmmm… on pourrait… oh ! On pourrait avancer dans le temps et oublier de faire vieillir les acteurs pour montrer qu’on s’en fout ? »

Pendant que l’ensemble des scénaristes autour de la table procède à une immolation rituelle en hurlant le nom de Shub-Niggurath tant la simple évocation de ce script a fait basculer la santé mentale de tous ceux l’ayant entendu, le producteur, lui, est satisfait. Ignorant les petits bouts de collaborateurs calcinés qui volettent autour de lui, il signe l’accord pour lancer la réalisation de X-Men : Dark Phoenix.

Alors, ce nom qualifie-t-il un script écrit à partir de poulet braisé ou un précédent film qui renaît de ses cendres pour connaître la gloire ? Un vague indice se cache dans le titre de ce spoiler.

Mais en attendant : spoilons, mes bons !


L’affiche : des flammes ! Des flammes partout ! Ce film m’appelle !

Tout commence en 1975.

Cette année-là, Marcel Gotlib fonde Fluide Glacial, Jeanne Calment fête ses cent ans, quant à Jean Grey, qui porte le prénom d’un pantalon et le nom d’un monsieur qui fait des choses dedans, elle se contente de célébrer ses 8 ans. Et au moment où nous la retrouvons, elle est à l’arrière de la voiture familiale avec un gros souci : elle n’aime pas la musique que papa et maman écoutent.

« Mais maman, j’en ai assez qu’on écoute du Michel Sardou !
– Allez, encore une chanson.
– Mais ça fait dix heures maintenant !
– Jean, nous sommes en 1975, tu crois qu’on a 50go de MP3 en stock ? Allez, tous ensemble : On pense encore à toi oh bwanaaaa…
– MAIS JE VEUX ÉCOUTER DU JOE DASSIN ! »

Et soudainement, voilà que le bouton de la radio tourne seul, et que jaillit de la radio L’Été Indien. Maman Grey est bouleversée. Elle se tourne vers son mari.

« Mamour c’est toi qui as changé la radio ?
-Mais non ! Moi aussi j’adore Michel Sardou. Je remets… c’est bizarre, notre fille n’a pas pu changer la radio du siège arrière, tout de même. »

Mais voilà que Jean nous refait un caca nerveux.

« GNEVEU JODASSIN!
– Ça suffit maintenant Jean ! Tu te calmes ! 
– JODASSIN ! JODASSIN ! JODASSIN ! »

Et la radio de changer à nouveau. Ses parents réalisent alors avec effroi que Jean contrôle à distance l’appareil : c’est une mutante, certes, mais surtout, c’est un trou de balle, et c’est bien cela le plus effrayant. Dans la voiture, ses parents se mettent à marmonner le nom de Françoise Dolto. Puis le ton monte tout autour du choix de la station radio, les menaces de claques dans la gueule volent de plus en plus bas, et finalement… l’enfant relou se met à hurler « Sileeeeence ! »

En conséquence de quoi, et sous l’effet de pouvoirs mal maîtrisés, maman Grey s’endort au volant. Et bardaf, c’est l’embardée.

La voiture part faire des tonneaux, elle est comme ça, et dans l’affaire, tout le monde meurt, sauf Jean, dont les pouvoirs la protègent inconsciemment. Elle est alors emmenée à l’hôpital local, où un étrange monsieur en fauteuil roulant vient lui rendre visite.

« Bonjour ma petite, je suis le professeur Charles Xavier. Tes parents sont partis.
– Loin ?
– Pour parler proximité, disons qu’ils sont désormais plus proches du hachis parmentier que de toi.
– C’est embêtant. »

Pardon ? Ah non, les enfants à qui on apprend la mort des parents ne pleurent pas. Ce sont des préjugés que vous avez là. L’enfant est connu pour sa sagesse proverbiale, son calme légendaire, et sa capacité à ne jamais pleurer. Qui ne s’est jamais exclamé en grimpant dans un train un jour de vacances « Des enfants partout, voilà un trajet qui s’annonce calme » ?  Vous n’y connaissez rien.

Ou bien depuis 30 ans maintenant, Hollywood continue à ne toujours pas savoir écrire un personnage d’enfant autrement que sous la forme d’un adulte miniature qui a toujours raison. Mais revenons à Charles Xavier et Jean Grey.

« Bref, tout ça pour te dire ma petite Jean qu’à partir de maintenant, tu vas venir vivre avec moi.
– Vous venez souvent chercher des fillettes dont les parents viennent de mourir pour les emmener chez vous ?
– J’ai grandi à Charleroi.
– Ah ben tout s’explique. »

Et Charles Xavier de ramener en son immense demeure la jeune fille pour l’intégrer à son harem pédophile école secrète de mutants. Comme toujours, l’arrivée à l’école donne l’occasion de sortir toute une ribambelle de phrases tellement subtiles que l’on ne voit pas du tout venir qu’on les ressortira plus tard, comme :

« Jean, je réparerai tout ce que tu casseras. » (comme les roudoudous du public, par exemple)

« Toi je n’ai pas à te réparer : tu n’es pas cassée. »

« Bordel Jean, si tu réclames encore une fois du Joe Dassin, là par contre tu auras besoin de sacrées réparations. »

Vous avez tout suivi ? Bien. Alors dans ce cas, bondissons dans le futur, car nous fonçons droit vers l’année magique 1992, malgré des acteurs qui eux, ne prennent pas une ride. Tout au plus Charles Xavier est-il devenu tout chauve (suite au précédent film), mais sinon, il n’y a même pas un effort de maquillage. Allez, tout de même : Jean Grey prend quelques années, tant la faire jouer par une fillette de 8 ans, ça allait se voir.

Bref : cette année-là, voici que les Etats-Unis sont fort occupés à envoyer une navette spatiale vers le vide qui entoure notre planète. Tout se passe bien dans un premier temps jusqu’à ce que sur le radar on ne détecte des trucs bizarres : on dirait une éruption solaire inopinée. Vilain soleil ! Ce lumineux margoulin vient ainsi d’après les scientifiques de dérégler les instruments du bord des astronautes, ce qui est embêtant puisque la navette se met à dangereusement dériver, avant que ses moteurs ne commencent à faire des bruits comme « pout-pout-pout ».

Ma science de l’imitation des moteurs est proverbiale.

À bord de la navette, c’est la panique : dans l’espace, à la dérive, et avec un moteur qui fait pout-pout-pout, qui va donc pouvoir sauver nos astronautes ?

« Je vais appeler les X-Men grâce à mon téléphone avec un gros X dessus. » déclare le Président des Etats-Unis depuis son bureau.

Puisque oui, le Président a désormais une version du téléphone rouge lui permettant de joindre les mutants à tout moment, probablement nommé le « téléphone X ». En attendant, l’homme appelle, et c’est le professeur Xavier qui décroche.

« Oui Président ?
– Alors ma petite… qu’est-ce que tu portes sous ta jupe… raaah…. raaah…
– Monsieur le Président, attendez…
– Tu aimes les cigares ? Hmm, j’ai tellement envie de…
– Monsieur le Président, vous vous êtes encore trompé de téléphone X.
– Ah oui pardon. Hem. Non mais en fait, ça tombe bien que je vous aie mon p’tit Charles parce que figurez-vous qu’on vient d’envoyer une navette dans l’espace et que paf, ben une éruption solaire a tout foutu en l’air.
– J’ai vu ça à la télévision. Voulez-vous qu’on intervienne Président ?
– Oui, vous seriez bien urbains. »

Et les mutants de rassembler une équipe de choc pour foncer à bord du X-Jet en direction de l’espace.

« On est obligés de mettre un X dans tout ce que l’on a ? Non parce que le jour où l’on fait un film…
– Silence, le Fauve ! Pour l’instant, tu pars pour l’espace à bord de l’appareil puisque tu as aidé à le concevoir. Tu pourras le piloter et grâce à tes connaissances scientifiques, tu seras utile là-haut !
– Bon ben ok.
– Vif-Argent ! Toi et ta super vitesse, tu pourras accélérer le sauvetage !
– D’accord.
– Cyclope ! Avec ton neuneuil laser, tu pourras détruire d’éventuels débris sur la route de l’appareil !
– Soit.
– Diablo ! Tu pourras te téléporter dans la navette pour y emmener le personnel utile ou l’en ramener !
– Okay.
– Tornade ! Tu peux interagir avec l’environnement ! Cela sera pratique au vu des conditions extrêmes de l’espace !
– À vos ordre professeur.
– Quant à toi Raven tu…. tu…
– Oui ?
– Ben ton pouvoir ne sert un peu à rien en fait, là. J’imagine que tu pourras faire des imitations rigolotes durant le voyage ?
– Super, merci. »

Raven, qui n’utilisera pas ses pouvoirs du film tant elle va être inutile tout du long.

Et la fine équipe de grimper dans le X-Jet pour foncer dans l’espace inconnu, où ils découvrent la navette spatiale américaine tournoyant, hors de contrôle, face à une espèce de masse informe qui flotte face à eux, et qui n’a rien d’une éruption solaire.

« Qu’est-ce que c’est, le Fauve ?
– Hmmm… je n’ai jamais rien vu de tel… on dirait une sorte de…
– De ?
– De gelée de groseille, mais vaguement consciente et plutôt colérique. »

Ce qui est aussi la description d’un certain nombre d’adolescents, notez. Et pour que l’analogie soit plus crédible encore, on apprend que la gelée de groseille est, selon les instruments, particulièrement chaude comme la braise. Il convient donc de sauver les astronautes américains avant que la chose spatiale ne tente de s’accoupler avec eux, ou ne commence à prendre des snapchats de kikoutes.

Raven, qui ne sert donc à rien, reste aux commandes et donne des ordres pour montrer qu’elle est utile.

« Cyclope ! La navette tournoie à cause d’un réacteur endommagé ! Détruis-le grâce à ton neuneuil à rayon magique !
– C’est pas un peu dangereux de tirer sur un truc bourré de carburant ? On ne pourrait pas demander à Jean et ses pouvoirs télékinétiques de stopper le bousin ?
– Si, mais ce serait intelligent ! Alors ne le faisons pas !
– Okay. »

Et donc, les X-Neuneus de manquer de tuer tout le monde en tirant sur le propulseur. Ce qui arrête la navette, merci. Je ne savais pas que ça fonctionnait comme ça. D’autres instructions, Raven ?

« Tornade ! Rafistole les trous que tu vois dans la navette en mettant de la glace dessus !
– Tu réalises que ça ne va pas vraiment fonctionner et que les trous que je ne vois pas, sachant qu’on est à 200 mètres, ils resteront grands ouverts ?
– Oui mais on s’en fout ! Diablo ! Téléporte-toi avec Vif-Argent à bord de la navette et téléportez l’équipage ici !

– Ah ? C’est presque intelligent !
– Mais surtout, n’enfilez aucune combinaison de protection, c’est pas comme si on intervenait dans une navette trouée de partout !
– Okay j’ai rien dit. »

Et nos deux amis d’obéir. Ils se téléportent dans la navette avec pour seule combinaison leur combi moulante, et hop, Vif-Argent réunit tous les membres d’équipage à folle allure, les emmène jusqu’à Diablo, et tout ce petit monde se téléporte en sécurité dans le X-Jet. Mais l’un des astronautes américains s’exclame soudain :

« Attendez ! On ne peut pas partir, on a oublié le commandant à bord !
– Vous rigolez ? Vous avez perdu le commandant ? C’est gros un commandant, ça ne s’oublie pas comme ça !

– Où était-il ?
– Il travaillait sur le propulseur ! »

S’ensuit une série de quintes de toux et de pets liquides, tant une bande de couillons a tiré sur le propulseur il n’y a pas cinq minutes. Le commandant est donc probablement transformé en merguez. Heureusement, le film a oublié ce détail qui n’était qu’une scène spectaculaire deux minutes avant et Raven décide que c’est le moment pour elle aussi d’éviter soigneusement de se rappeler de plein de trucs.

« Non ! On ne peut pas aller le chercher, cette chose à la groseille dans l’espace va détruire la navette dans quelques instants ! C’est trop risqué !
– C’est-à-dire qu’on a Diablo et Vif-Argent, que l’on vient justement à peine d’utiliser, donc en moins d’une seconde, on peut y aller et sauver le monsieur.
– AHLALA ON VA DEVOIR SACRIFIER CE PAUVRE COMMANDANT, C’EST TROP DANGEREUX, TOUT ÇA !
– Mais… mais non ? »

Et Raven de perdre un temps précieux à continuer à raconter n’importe quoi et à se lamenter que « Houloulou, c’est trop bête quand même, il faut rentrer sans lui« , avant que finalement, Xavier n’intervienne depuis le sol par le pouvoir de la pensée pour dire que bon, ça suffit les conneries, allez me sauver ce commandant. Et vous avez 30 secondes avant que la navette ne soit détruite par la groseille spatiale.

Puisque le festival de décisions stupides se poursuit, Vif-Argent est invité à ne pas y retourner (comprendre : le mec qui a le pouvoir le plus utile quand le temps est limité reste à bord à siroter une margarita), et à être remplacé par Jean Grey au motif qu’elle peut « renforcer la structure de la navette avec ses pouvoirs » mais une fois à l’intérieur. Diablo enfile cette fois (pourquoi ? Mystère) une protection pour y retourner (comprendre : un casque et du scotch, on dirait un peu le même principe que l’aquarium retourné sur la tête dans les aventures de Picsou), alors que Jean, rien du tout parce que… parce que. Non, ne me demandez pas, je ne cherche pas. Je suis occupé à retenir mes sourcils qui tentent eux aussi de gagner la stratosphère.

La fine équipe se rend donc dans la navette, et Diablo file sauver le commandant pour le téléporter en sécurité à bord du X-Jet. Sauf que la groseille, elle, est en train de foncer sur Jean, toujours à bord de la navette endommagée !

Ah, si seulement on avait demandé à Vif-Argent. C’est ballot.

La gelée de groseille sauvage dévore donc la navette et Jean avec, et tous les petits amis de notre héroïne sont bouleversés en voyant le tout exploser sans pouvoir rien faire. Mais sitôt que la lumière s’atténue… ils découvrent que si la navette est détruite, Jean, elle, flotte au milieu de l’espace, en pleine forme, alors que la gelée de groseille rentre en elle pendant qu’elle est inconsciente. Ce qu’elle n’avait pas demandé : la groseille est visiblement peu au fait du consentement, elle pourrait lire MadMoizelle.

Diablo y retourne tout de même une fois l’étrange phénomène terminé, ramène son amie dans la navette, tout le monde rentre sur Terre, et les Etats-Unis accueillent en héros les passagers du X-Jet, mutants comme astronautes.

Une fois de retour au manoir des mutants, le Fauve va quand même ausculter Jean Grey, tant se manger autant de groseille au milieu du vide spatial le tout lors de l’explosion d’une navette, c’est étonnant que ça n’ait pas laissé plus de séquelles, mais non seulement il découvre que Jean pète la forme, mais en plus, ses pouvoirs ont décuplé, voire beaucouplé tant même lui n’arrive plus à calculer ce qu’il en est.

Mais ce qui est bien c’est qu’il se contente de hausser les épaules en disant « Nan ben tu vas bien, va faire la fête avec tes copains. »

Jean a visiblement surtout pris trois bonnets dans l’affaire.

D’accord. Et sinon le Fauve, as-tu déjà vu Alien ? Non parce que ton affaire, c’est un coup à ce qu’au milieu de la soirée, il y ait une bestiole qui sorte du bide de Jean pour aller manger des étudiants, des chats, et pire encore : finisse par permettre à Ridley Scott de faire Prometheus, et ça, c’est vraiment moche. Mais le Fauve tenant son nom du fait qu’il est con comme les paroles des chansons du groupe du même nom, il ne voit pas le problème.

Raven, elle, se rend dans le bureau du professeur Xavier, mécontente.

« Charles, ça ne va plus du tout.
– Ah ?
– Oui, le Président nous a félicités, mais nous sommes passés à deux doigts qu’il ne nous présente ses condoléances.
– Alors oui mais en même temps qui est la grosse buse qui a envoyé Jean dans la navette plutôt que Vif-Argent qui pouvait tout plier en toute sécurité ?
– APAPAP C’EST PAS LE SUJET ! 
– Ben un peu quand même.
– Non, mais c’est parce que là, c’est la scène où je t’enguirlande pour bien pour montrer qu’il y a des tensions dans l’équipe. Et donc, je me plains qu’on mette les mutants en danger pour sauver des vies humaines. Ce n’est pas normal.
– Ou alors c’est parce qu’on peut sauver des vies humaines qu’on fait ça ?
– NAAAAAN ! Tu es censé répondre à côté et moi t’accuser de ne faire ça que pour la gloire et les médailles !
– C’est quand même très con. Je suis supposé être un personnage très intelligent. Pourquoi irais-je dire des conneries pareilles ? C’est comme si je dirigeais une équipe de mecs immunisés au feu et qu’on m’accusait de les proposer pour sauver les gens en cas d’incendie.
– MAIIIIIIIS ! »

Bref, lors d’un dialogue sans queue ni tête, Raven accuse donc bel et bien Charles Xavier d’envoyer ses X-Men sauver des gens… pour se faire bien voir. Et que lui, il ne prend jamais aucun risque. Hmmm… peut-être parce qu’il est en fauteuil roulant ? As-tu remarqué comme on voyait peu de pompiers en fauteuil sortir les gens des flammes ? Mais non : Raven est décidément moyennement rusée, voire complètement à la ramasse. Et avant de claquer la porte, sort son ultime réplique :

« Tu sais Charles, je ne sais pas si tu as remarqué, mais ce sont toujours les femmes qui sauvent les hommes chez nous.
– Comme Diablo et les astronautes ?
– Nan.
– Comme Vif-Argent et les astronautes ?
– Nan.
– Comme Diablo allant chercher Jean Grey dans l’espace ?
– Nan.
– Comme…
– TAGGLE ! C’EST TOUJOURS LES FEMMES QUI SAUVENT LES HOMMES, P’T’ÊTRE QU’ON DEVRAIT S’APPELER LES X-WOMEN ! »

Ouf : un instant, j’ai cru que j’allais regarder un film sans son petit moment féministe amené de manière pas bien subtile pour être à la mode. J’ai eu peur, me voilà rassuré.

Mais qu’importe, car tout le monde retourne vaquer à ses activités. Le professeur Xavier va à une soirée à la Maison Blanche pour y recevoir les louanges du Président et lui redire d’arrêter de jouer avec le téléphone X lors des soirs où il se sent seul, Raven et le Fauve, qui se font des bisous, discutent du fait de quitter les X-Men et de vivre leur vie au lieu d’en sauver au nom de Xavier, par exemple en reprenant des études de sociologie à Rennes 2, quant à Jean Grey, elle va à une soirée étudiante de l’école au fond des bois, où les mutants font les kékés. Cyclope, qui est accessoirement le petit copain de Jean, s’inquiète un peu car sa douce amie enchaîne les Monaco à une vitesse inquiétante et à ce rythme, encore 270 et elle sera bourrée. Elle prétend être en pleine forme, mais tout de même, cela ne lui ressemble pas. Par ailleurs puisque tout le monde la croyait morte et qu’elle est revenue malgré l’explosion de la navette spatiale, les autres élèves commencent à la surnommer « Phénix ».

C’est amené de manière fort subtile, dites-voir.

Mais alors que tout allait bien, voilà que Jean commence à montrer les premiers signes que quelque chose se passe mal.

« Holala… je sais pas si c’est les Monaco, mais j’ai super mal au bide.
– Heu… Jean ? On dirait que tu as des flammèches qui essaient de sortir de sous ta peau !
– Mal au bide, tu comprends ? Ça doit être les burgers ! »

Et la température de Jean de monter en flèche. Elle a du mal à se concentrer, a vraiment mal au bide, et soudain, décharge une fameuse déflagration (le burger était vraiment mauvais semble-t-il), qui couche les arbres autour d’elle, les gens, aussi, et fait souffler une brise nauséabonde jusqu’au manoir voisin. Après avoir purifié la zone au febreeze avec l’aide de Tornade, Jean est ramenée au manoir, inconsciente. Et le professeur Xavier, accompagné de Raven et du Fauve se rend au cerebro, la machine qui amplifie ses pouvoirs, pour farfouiller dans l’esprit de Jean à la recherche de ce qui cloche. Il y trouve une sombre histoire de burgers, mais surtout, que les barrières mentales qu’il avait érigées des années plus tôt sont en train de s’effondrer.

« Aaaaattends Charles, de quelles barrières mentales parle-t-on ?
– Du calme Raven. C’est juste que quand je l’ai récupérée quand elle avait huit ans, j’ai bloqué des choses dans sa tête. Pour l’aider, tout ça.
– Tu ne serais pas un petit peu un gros enfoiré de manipulateur ?
– Moi ? Noooon, c’était pour son bien. Disons qu’en fait, si sa mère est morte dans l’accident, ce n’est pas le cas de son père. Il a eu si peur d’elle qu’il n’en voulait plus, d’où le fait que je l’ai récupérée. Et moi, je lui ai mis dans la tête que son père était bien mort.
– C’était pas plus simple de lui dire que son père la mettait en pension complète à l’école ?
– LES BARRIÈRES MENTALES ET LA MANIPULATION C’EST PLUS MON STYLE. »

Quelqu’un a confondu le professeur Xavier avec un flagelleur mental au moment d’écrire le script. C’est pourtant facile : l’un est très intelligent, l’autre n’a pas de tentacules. Soyez attentifs, flûte.

Car en parlant de trucs à tentacules, au même moment à des kilomètres de là, tombent du ciel des orbes lumineuses qui vont se poser dans la campagne autour d’une jolie maison bourgeoise. Ce qui fait aboyer très fort le chien local, aussi la maîtresse de maison abandonne-t-elle ses invités pour aller voir si ce con de labrador est encore en train d’aboyer sur un écureuil, une voiture, un vélo, un fer à repasser, ou du rien, comme aiment à le faire les chiens. Mais non… des êtres humanoïdes et vaguement végétaux sont en train de sortir des bois : des aliens ! Et l’un d’entre eux tue la Madame d’un simple geste (retenez bien ça : ils pointent du doigt quelqu’un et ça lui fait un trou dans le torse, ce qui est pratique) avant de prendre son apparence. Puis tout ce petit monde va tuer le reste des invités, et hop.

L’extra-terrestre. Qui est méchante, et on la comprend : quelqu’un lui a rasé les sourcils pendant qu’elle dormait.

Nous avons donc désormais sur les bras une Jean Grey dont la situation intestinale la transforme peu à peu en Jean Brown, et une invasion extraterrestre sur les bras. Ma foi, Diego, apporte-moi ma pipe : ça donne l’air pensif même pendant que l’on regarde un gros étron.

Mais revenons à Jean qui se réveille peu à peu, et est devenue si puissante qu’elle repousse sans problème le professeur Xavier qui triturait ses pensées. Car son pouvoir de lecture de l’esprit est devenu si grand qu’elle entend une voix lointaine… mais familière…

« Bordel, mais où j’ai foutu cette cassette de Michel Sardou ? »

C’est son papounet ! Il est vivant, elle l’entend penser, même à des kilomètres ! Charles Xavier lui aurait menti ? Hop ! Jean met les voiles, et Charles n’a pas à lire ses pensées pour comprendre où elle va. Jean étant si forte maintenant qu’elle peut soulever son propre corps par la pensée, elle vole, alors que Charles lui doit emmener son équipe au X-Jet pour partir là où il sait qu’elle se rend : à la demeure de papa Grey.

C’est donc dans un petit quartier d’une ville américaine que nous retrouvons Jean qui frappe à une porte, lorsque son géniteur, qui lui a vieilli contrairement au reste du casting, vient lui ouvrir.

« Oui ? Si c’est pour me vendre des panneaux solaires, je vous préviens, j’ai un fusil et du gros sel pour votre cul, jeune fille.
– Papa ? C’est… c’est moi !
– Qui ça moi ?
– Ben ta fille. Jean.
– Ah. Heu… ah oui, ça y est, je me souviens. On t’avait appelée comme ça pour faire marrer les copains. Désolé, tu sais ce que c’est l’état-civil a laissé faire et… bon, bref,. tu veux entrer ?
– Un peu mon neveu.
– Moi c’est papa, petite insolente. »

Et Jean de s’émerveiller : ouah, son ancienne maison ! Elle s’en souvient encore ! Rien n’a changé ! Bon, okay, depuis des années elle n’avait jamais pensé à y retourner, voire à se demander pourquoi elle n’avait jamais touché l’héritage de ses parents, mais là, maintenant, ça va. On va dire que Charles Xavier avait vraiment limité ses pensées, ce qui expliquerait d’ailleurs bien des choses, si j’étais langue de pute. Je me permets donc largement. Mais en attendant, Jean note quelque chose de suspect dans la demeure.

« Mais ? Papounet ? Pourquoi tu n’as pas de photos de moi ?
– Heu…
– Papounet tu m’aimes pas, c’est ça ?
– Non mais c’est pas ça, mais depuis que tu as buté maman…
– MAIS JE VOULAIS JUSTE ÉCOUTER L’ÉTÉ INDIEEEEEEEEEEEEEN ! »

Et brouf, dépassée par son super pouvoir, Jean envoie papounet faire dodo, pendant qu’elle aperçoit le X-Jet qui se pose à proximité. Ses amis l’ont poursuivie, et là, elle est colère. Elle sort furieuse de la maison pour leur faire face. Xavier tente de la calmer.

« Jean, tu dois te calmer, le paragraphe juste au-dessus de le dit.
– MÉJESUICALME !
– Alors d’accord, mais disons que si tu m’expliquais ça sans flammes bizarres qui te sortent de la tronche, ce serait plus crédible.
– NOOOON ! Vous ne me comprenez pas ! J’ai ce pouvoir que je ne maîtrise pas ! J’ai peur de faire du mal aux autres ! Que suis-je ? Pourquoi a-t-on peur de moi ? Suis-je un monstre ?
– C’est rigolo, on dirait que tu es en train de nous sortir le pitch de « Je suis un mutant » aux mutants. 
– Oui, niveau écriture, le film n’était pas bien inspiré.
– J’ai remarqué.
– Bon en attendant, je suis COLÈRE ! Je vais CASSER DES TRUCS ! »

Charles demande donc à ses X-Men d’aller lui coller une claque, un pied au cul et de l’envoyer dans sa chambre, mais Jean est devenue trop puissante. Elle les envoie tous bouler, y compris les unités de police qui arrivaient sur place au même moment, et parvient même à envoyer paître Vif-Argent, qui est le seul qu’elle blesse juste assez pour qu’on ne le voit plus du reste de l’aventure, parce que sinon son pouvoir étant trop puissant, il pouvait finir le film seul. C’est drôlement pratique ! Raven, quant à elle, tente de raisonner Jean.

« Jean… tu dois te calmer… nous pouvons t’aider… 
– JEMECALMESIJEVEUUUUUUUUUX !
– Ce pouvoir que tu as absorbé dans l’espace… il est trop puissant… voit comme il sort de toi comme les ailes d’un phénix…
– Attendez, mais ça je le faisais pas déjà dans le précédent film quand j’affrontais le grand méchant final ?
– Ah oui, hihihi, oups, je crois que les mecs qui ont écrit ce film ont oublié de regarder le précédent.
– Oui et ça M’ÉNERVEUUUH !
– Écoute, détends-toi… je sais que tu es tendue parce que tu es une actrice de Game of Thrones et que tout le monde se fout de toi en ce moment, mais ça va aller… »

À noter que comme dans tout mauvais film, personne ne sait calmer un individu en colère, et à la place, le personnage se contente de s’approcher très doucement en sortant des poncifs sur le pouvoir de l’amitié digne d’un chapitre de One Piece. Ce qui bien évidemment, énerve encore plus Jean (on la comprend), qui à nouveau, furieuse (ou bien à nouveau victime de problèmes gastriques), crée une onde de choc (va pour le gastrique) qui propulse Raven…

… contre un vieux bout de bois pointu.

« N… non… les bouts de bois pointus… le pire ennemi des X-Men… déjà dans Logan… » marmonne Raven avant de mourir comme une bouse.

Quelqu’un a semble-t-il confondu X-Men et vampires. Dans le prochain film, je propose que quelqu’un repousse le professeur Xavier avec un crucifix.

Au pire, on lui glisse dans les roues, ça l’arrête aussi.

Mais je m’égare, et revenons à notre sujet. Alors que tous les X-Men, à commencer par le Fauve, pleurent leur amie tuée par la colère de Jean Grey, cette dernière file en s’envolant loin de la scène du crime, bouleversée par ce qu’elle a fait. Son nouveau pouvoir la rend encore plus colérique et bête qu’à l’accoutumée, ce qui n’est pas peu dire.

C’est donc évidemment le moment de la caricaturale scène de l’enterrement sous la pluie. Suivi d’une scène où le Fauve s’engueule avec le professeur Xavier.

« Professeur, reconnaissez que vous aviez tort de manipuler Jean !
– Nooooon…
– Sérieusement, Raven est morte ! 
– Je m’en fouuuuus !
– Non mais ça vous coûte quoi d’admettre que vous auriez pu faire mieux ?
– J’ai pas enviiiiiie… »

Donc, oui, on découvre que Xavier est en fait juste un gros con arrogant qui même lorsque les gens meurent, refuse d’admettre qu’il a pu se planter. Pourquoi ? Parce que ça arrange l’intrigue, puisque le Fauve, fâché, décide de quitter l’école.

La suite de la scène où il faut 20 minutes pour désembourber Xavier ne sera que dans la version longue.

Jean, elle, se rend de son côté sur une petite île isolée au large des Etats-Unis. Où elle va retrouver… Magneto. Le fripon s’est retiré, tel un John Rambo, et avec d’autres mutants qui refusent de se mêler aux humains, il vit loin d’eux, au milieu de cabanes moches, à essayer de créer sa propre société alternative.

Seigneur : Magneto est devenu un Zadiste.

Et il accueille Jean sans guère comprendre ce qu’elle vient faire là.

« Wooooh, du calme meuf, on ne rentre pas sur la MagnetoZad sans un vote en non-mixité, bien qu’une inclusion trans-mutante.
– Hein ?
– Je veux dire que si tu es venue apporter avec toi l’oppression de l’état répressif contre la construction d’une société autonome à représentation égale mais sans délégation décisionnaire, tu vas au-devant de gros soucis avec le groupe Abracadazad, le collectif Mue-Tente en charge des cabanes, et Potagère, le groupe de gestion du potager qui… »

Lassée des termes bullshit dignes d’un consultant en consulting qui aurait viré extrême-gauche ainsi que des collectifs avec des noms en calembours, Jean pète cordialement la gueule de Magneto pour tenter d’avoir une conversation entre gens raisonnables. Hélas pour elle, Magneto pose d’entrée de jeu une question embêtante.

« Dis-donc, tu as du sang plein ton t-shirt. C’est à qui ?
– À personne, allons, hohoho. Non, je voulais savoir, mais attention, hein, je demande ça à tout hasard : toi qui as tué des gens, comment tu as fait pour arrêter ? C’est pour une amie. »

Subtil.

Hélas pour notre héroïne, elle a été suivie : arrivent deux hélicoptères de l’armée des Etats-Unis, avec à leur bord, des militaires qui viennent voir Magneto pendant que Jean se cache.

« Allez-vous en, collaborateurs de l’état fasciste qui…
– Bon, ça suffit Magneto, on a compris que tu étais à l’Unef. Allons droit au but, petit zadiste : on a vu Jean Grey se diriger par ici. Et nous devons l’arrêter car elle a… cassé une voiture de police !
– Pardon ? Vous la recherchez parce qu’elle a cassé une voiture ? 
– Oui.
– Vous ne la recherchez pas du tout pour la mort de Raven ?
– Non M’sieur Magneto parce qu’à ce stade du film, vous n’êtes pas supposé être au courant donc si on vous le dit, ça ruinerait un prochain rebondissement.
– Je comprends mieux.
– En tout cas, sachez qu’à cause d’elle, le Président a débranché le téléphone X et menace de déporter les mutants à nouveau.

– Si je résume : un demi-siècle que les mutants aident les gens, mais Jean raye une bagnole aussi on propose direct un génocide ?
– Voilà.
– Bon écoutez, tout cela est très con, et Jean n’est pas ici, vous devriez partir. »

Et c’est juste à ce moment-là que Jean décide justement de sortir de la cachette que Magneto lui avait trouvée le temps que les soldats partent, pour venir foutre la merde parce que… parce que.

« Jean Grey ! Vous ici ! L’armée des Etats-Unis vous arrête !
– GNÉPASENVIIIIIIIE ! »

Ce film. On a l’impression de suivre les aventures d’un trou du cul dans un collège français moyen : tout le monde a envie de le gifler, personne ne peut le faire, et une fois qu’il a fini de semer le chaos, son papa adoptif débarque pour expliquer que ce n’est pas sa faute, il a juste un trop plein d’énergie.

Jean attaque bien évidemment les militaires, mais reste raisonnable : elle se contente de leur voler leurs armes, puis de détruire l’un de leurs hélicoptères. Elle menace de faire de même avec l’autre, mais Magneto la contre le temps que les militaires rembarquent et s’en aillent loin de l’île. Cela fait, Jean, vexée comme un pou, envoie paître Magneto et s’en va à nouveau pour chercher un autre refuge, ailleurs, tant cette zad en fait, elle est trop nulle, woh. Elle réfléchit donc à entamer une carrière de punk à chien, mais n’ayant encore trouvé ni de chien, ni de Monoprix devant lequel faire du diabolo, elle est bien embêtée. Elle va donc déjà s’entraîner à boire.

Et c’est dans un bar que nous la retrouvons, alors qu’elle utilise ses pouvoirs psychiques pour que tout le monde la perçoive comme un vieil homme assis au bar. Lorsque soudain, s’assoit à côté d’elle… l’extra-terrestre qui avait tué une femme pour prendre son apparence plus tôt dans le film (vous l’aviez oubliée, nous aussi).

« Bonjour, Jean.
– Comment m’avez-vous reconnue ?
– Tes pouvoirs ne marchent pas sur moi. D’ailleurs, c’est pas pour balancer, mais si c’est pour faire ça, pourquoi n’as-tu pas utilisé le même pouvoir sur le militaires plus tôt au lieu d’aller te battre avec ?
– Ah oui, crotte. Non mais c’est parce que je ne suis pas très fut-fut.
– On a noté. Bon écoute, je te passe les détails sur comment on t’a retrouvée, puisque ça a impliqué de torturer ton père à deux mètres de policiers qui n’ont rien entendu alors qu’il hurlait.
– Comment mon père a-t-il pu vous aider à me retrouver sachant qu’il ne sait pas où je suis ?
– Ah oui, flûte.
– Bon, je crois que ça fait beaucoup trop d’incohérences, tout ça. Mais allez-y, que me voulez-vous, Madame de l’espace ? M’expliquer qui vous a volé vos sourcils ?
– Il suffit, suis-moi. »

Et notre extra-terrestre, que nous appellerons Blondie, d’emmener Jean jusqu’à un immeuble tranquille de New York où ses autres amis les polymorphes de l’espace l’attendent.

« Oh ! Ces gens n’ont pas peur de moi et de mon pouvoir ! Ici, ils savent qui je suis, ils me comprennent ! »

Ça va aller le recasage complet de toutes les scènes où le personnage avec des pouvoirs qui effraient son entourage trouve enfin un endroit où d’autres le comprennent et l’accueillent ? Quelle inspiration. Enfin. Blondie amène Jean Grey dans une chambre du bâtiment.

« Voilà ce que je voulais te montrer.
– Une chambre ? Non parce que je ne mange pas de ce pain là, j’ai pas quitté la zad pour me retrouver à la Mutinerie à…
– Mais non, bougre de buse ! Je voulais te montrer… UN POWERPOINT EN 3D !
– Vous aviez vraiment besoin de m’emmener dans une chambre pour ça ? »

Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai lapidé l’écran avec des chatons à ce moment-là. Le film était aussi mauvais, mais avouons-le, lancer des chats, c’est rigolo.

Powerpoint 3D : pour enfin rendre les réunions chiantes, oui, mais en 3 dimensions.

En tout cas, qu’y a-t-il dans le powerpoint 3D ? Une explication sur ce qui est arrivé à Jean dans l’espace.

« En fait, l’univers a été créé par une force super puissante. Et cette force… est en toi. C’est elle que tu as rencontrée dans l’espace. 
– La gelée de groseille ?
– La… que… bon, oui, voilà. Elle n’était pas là par hasard. Elle venait pour toi. Elle peut créer des mondes entiers aussi bien qu’en détruire. Et elle t’a choisie.
– Pourquoi ?
– Parce que.
– Ça se tient.
– Cette force a cependant détruit mon monde. 
– Pourquoi ?
– Parce que.
– Décidément, cette force n’a pas créé l’argumentation.
– Oui bon, bref, hein ! En tout cas, nous la poursuivions dans l’espace quand nous t’avons vu l’absorber. Nous étions juste derrière votre vaisseau, avec le nôtre qui abrite les derniers survivants de notre race.
– Et on n’a rien remarqué ? Malgré tous les appareils de la Terre braqués sur nous et le fait que Diablo est allé me chercher dans l’espace et a regardé dans la direction de notre navette et aurait donc dû vous voir derrière nous ?
– Apparemment non.
– C’est quand même bien fait.
– Je trouve aussi. En attendant, nous avons besoin de cette force. Besoin de toi pour bâtir un nouveau foyer.
– Hmmm. Donc grosso modo, j’ai la force qui a créé l’univers en moi. Je suis donc plus ou moins un dieu.
– C’est ça. »

Pendant ce temps, dans le couloir, les autres polymorphes ricanent.

« Hohoho ! Ça y est, elle est à nous ! Grâce à son pouvoir, nous pourrons détruire les humains et leur voler leur planète !
– Mais pourquoi, sachant qu’on pourrait créer notre propre planète ?
– Paaaarce… que ? »

Je n’exagère pas. Les extraterrestres veulent détruire la race humaine « parce que« . Gros travail d’écriture. Décidément, les acteurs de Game of Thrones portent avec eux leur malédiction. Et ne me dites pas que c’est un cas isolé : vous vous souvenez de Pompéi ?

Mais revenons à nos larrons, puisque pendant que tout le monde papote, sachez que les X-Men ne sont pas restés oisifs. Car d’un côté, le Fauve, furieux après la mort de Raven, est allé trouver Magneto pour lui dire ce qu’il s’était passé (vous comprenez pourquoi plus tôt, l’armée américaine n’a pas dit que Jean était recherchée pour meurtre, maintenant ? Voilà : pour laisser au Fauve ce rôle et voir Magneto s’énerver) et ainsi lui et quelques-uns des mutants de Magneto décident d’aller tuer Jean pour venger Raven et arrêter les frais. Quant au professeur Xavier, il a utilisé ses grands pouvoirs pour retrouver Jean, et accompagné de ses troupes, a filé jusqu’à New York. Par un heureux hasard, tout le monde arrive sur place exactement en même temps.

« Magneto, mon vieil ami…
– Charles. Comme toujours, on en est au stade du film où j’étais gentil, mais en fait non, et où on fait s’affronter nos deux camps ?
– C’est ça. »

Vraiment, gros travail sur ce film, j’insiste, c’est du jamais vu.

Le camp qui veut tuer Jean et le camp qui veut la sauver s’affrontent donc dans la rue de New York qui passe devant l’immeuble où se trouve l’amie Grey, et évidemment, personne ne tue ou ne blesse sérieusement personne, malgré le déluge de pouvoirs mortels. C’est quand même bien fait. C’est Magneto qui le premier, parvient à s’infiltrer dans le bâtiment, non sans avoir fait jaillir un métro hors du bitume pour bloquer l’entrée derrière lui.

« Mais quelqu’un lui a dit qu’il aurait simplement pu utiliser une voiture ? Et qu’en plus, il a mis le métro dans le sens de la longueur au travers de la porte, donc qu’il suffit de passer par la porte arrière du wagon pour rentrer dans le bâtiment ?
– Non professeur Xavier. Je crois qu’à nous tous, nous peinons à dépasser 70 de QI, aussi personne n’a remarqué. »

Toute une scène et moult effets spéciaux pour se planter : c’est beau, le cinéma du XXIème siècle.

Magneto en tout cas ne fait pas un pli devant Jean Grey. Elle est devenue trop puissante et l’envoie paître promptement, détruisant même le casque dont il était si fier dans l’histoire. C’est donc le professeur Xavier qui rentre dans l’immeuble et tente sa chance, en essayant de raisonner son élève. Mais cette dernière s’en cogne, s’amuse à le faire marcher avec ses pouvoirs pour lui montrer qui est la maman maintenant,

Mais heureusement, Xavier propose à Jean de se calmer en lui ouvrant son esprit façon viens voir là-dedans, tu verras, c’est sympa. Ainsi, entre deux fétiches du professeur Xavier impliquant son fauteuil, de l’huile de moteur et Hitomi Tanaka, Jean peut voir que Xavier a dit plein de choses gentilles la concernant lorsque son père l’a rejetée. Ce qui est suffisant pour la calmer.

Eh ben. Il en fallait finalement peu. Pour quelqu’un supposé être super énervée, je suis déçu.

Jean, calmée, n’en est pas moins manipulée par le reste des aliens polymorphes de Blondie qui pendant toute cette affaire, ont disparu, probablement partis jouer aux cartes. Seule Blondie est encore auprès de Jean.

« Tu sais ma p’tite Jean, si tu en as assez de faire du mal aux tiens, tu peux toujours me le filer, ton super pouvoir absorbé dans l’espace.
– Okay, tiens. »

Et Jean de faire un câlin à Blondie, durant lequel elle commence à envoyer la groseille magique dans son corps.

« J’peux prendre tes sourcils aussi ? J’ai froid au front. »

Hmmm. C’est en écrivant ce genre de phrases que je me demande si ce sont mes spoilers qui sont absurdes ou le cinéma moderne. Car dans l’immédiat, me voici en train d’expliquer que le pouvoir se transmet comme une vulgaire MST. Ça doit être une sorte d’allégorie de la promotion canapé. Écoutez, je cherche à comprendre, vous ne m’aidez pas avec vos pensées négatives, là. Je fais de mon mieux.

De toute manière, l’affaire est interrompue par l’arrivée sur place de brigades militaires anti-mutantes attirées par tout ce tintouin, qui ont des fusils qui empêchent les mutants d’user de leurs pouvoirs, et tirent des seringues qui font faire dodo. Tout le monde se retrouve ainsi à pioncer, Jean Grey y compris, et seule Blondie arrive à s’enfuir après avoir sucé une partie du pouvoir magique de sa nouvelle amie. Enfin, amie, amie… Charles Xavier a bien compris que c’était surtout une grosse bande de rabouins de l’espace soucieux de raser la Terre, ce qui l’inquiète tant il tient à sa planète : si on la ravage, il ne récupérera jamais sa caution.

Les mutants, tous camps confondus, sont donc collés dans un imposant train direction une prison secrète du gouvernement. À bord, on leur a collé des colliers les empêchant d’user de leurs pouvoirs, et ils sont donc bien embêtés. Le seul pouvoir qu’il leur reste, c’est celui d’être éternellement jeunes, puisque rappelons que par exemple, Magneto et Charles Xavier sont supposés avoir plus de 60 ans mais en paraissent à peine 40 chacun. C’est ça de vouloir faire des films à différentes décennies sans vouloir se départir de ses acteurs bankables.

Mais bref : car alors que le convoi est escorté par deux hélicoptères lourdement armés, ils repèrent que profitant d’un tunnel, des intrus se sont jetés sur les voitures du train ! Et l’attaquent ! Ce sont, vous l’aurez deviné, nos amis les aliens polymorphes, qui viennent en finir avec Jean Grey pour lui sucer jusqu’à la dernière goutte de son super pouvoir. Et les vilains aliens sous apparence humaine passent donc à l’assaut.

On notera que les balles de gros calibre des hélicoptères leur font mal, mais pas les armes individuelles du personnel du train, ce qui est embêtant. Malgré quelques pertes, les aliens parviennent donc jusqu’à l’intérieur, où ils massacrent tous les gardes jusqu’à ce que l’un d’entre eux, réalisant que ce ne sont pas des mutants venus aider leurs copains, ne décide de libérer les prisonniers pour qu’ils aient une chance de riposter.

Et là, vous vous dites « Pauvres mutants ! Ils vont se faire massacrer ! Depuis le début, les extraterrestres utilisent leur petit mouvement qui consiste à pointer du doigt quelqu’un pour lui faire un trou dans le torse et ainsi les tuer sans laisser la moindre chance ! »

Mais, allons. Vous savez vous comme moi ce qu’il va se passer. La même chose que dans le précédent film :

Les méchants, sitôt qu’ils affrontent les héros, oublient qu’ils ont ce pouvoir et se mettent à tenter de tuer les gentils à coups de poings.

Diego ? La baliste à chatons s’il-te-plaît. On va tirer des sacs de sports entiers remplis de créatures miaulantes, sinon ce sont mes nerfs qui vont commencer à faire des bruits suspects.

Allez, on reprend pour les scénaristes : quand on donne des pouvoirs à des personnages, ils ont tendance à les utiliser. Alors arrêtez de donner des super pouvoirs à vos méchants si puissants qu’ils pourraient gagner mais ne le font pas pour sauver l’intrig… je veux dire, pour ne pas terminer le film de suite.

Miséricorde. Mais quelle grosse bouse. Ce poncif des vilains qui refusent d’utiliser leurs ressources pour que les gentils gagnent est insupportable.

Passons sur les détails, mais comme vous l’imaginez, les X-Men arrivent à tuer un bon paquet de méchants, avant que n’arrive Blondie, qui elle, ayant absorbé une partie du pouvoir saveur groseille, est si forte que personne n’arrive à l’arrêter. Heureusement, elle aussi décide de ne tuer personne, et se contente de pousser gentiment les gens sur son chemin. Elle parvient ainsi jusqu’à Jean Grey, qui était maintenue sous anesthésie, et que le professeur Xavier était occupé à tenter de réveiller façon « Alleeeez, dépêêêche, on se prend, une branlée, làààà ! »

C’est donc bien évidemment à la dernière seconde que Jean Grey se réveille, pas contente, et décide d’utiliser son pouvoir pour sauver ses amis.

En détruisant le train à bord duquel ils sont.

Alors certes, elle met un bouclier autour de ses copains, faisant qu’ils survivent à l’affaire, alors que nombre d’aliens sont tués dans la catastrophe, mais quid des derniers gardes ? Du personnel de la locomotive ? Non ? Hein ? Bon, c’est un petit oubli, mais on va dire que Jean avait des griefs contre la SNCF depuis un Paris-Roubaix retardé de 2 heures en raison « d’un problème lors de la préparation du train« , et avait développé depuis une haine du train et de ses agents.

C’est donc au beau milieu d’un chaos de wagons tordus et de flammes que tout le monde se retrouve pour la bataille finale, où tous les aliens du coin tentent d’attaquer Jean, et se retrouvent réduits en poudre sitôt qu’elle les désigne. Son petit côté Thanos. Jusqu’à ce qu’enfin, après avoir tué le dernier survivant extraterrestre, ne se pointe la vilaine Blondie, qui vient finir le travail, et parvient à attaquer avec succès Jean, pour commencer à lui piquer son pouvoir.

Hélas pour Blondie, c’est un mauvais calcul car c’est trop de pouvoir pour elle. Et elle commence à se désintégrer. Elle décide de battre en retraite, tant pis pour le pouvoir de la groseille spatiale.

« Nan mais en fait, Jean, ça va aller, je vais partir, hein.
– Non non non ! Tu veux mon pouvoir, tu le prends ! On finit son repas ! Pense aux petits enfants qui meurent de faim ! Allez, suce ce pouvoir ! »

La décharge est telle que Blondie commence à se désintégrer… mais aussi tous les gens autour, ce qui commence à piquer un peu les X-Men restés un peu trop proches. Pour éviter cela, Jean décide de…. de tout simplement buter Blondie ? Non, attendez, de tout simplement refaire une bulle de protection comme quelques instants avant ? Non, je me trompe encore… elle s’éloigne dans les bois voisins en emmenant Blondie avec elle ?

Non, toujours pas. En fait…

Jean étant débile, pour elle, la seule solution est de voler jusque dans l’espace pour faire exploser Blondie avec elle.

Voilà. Non, elle ne voit aucune autre option.

Jean Grey : le pouvoir d’un dieu, l’intellect d’un hérisson

Ne me demandez pas pourquoi, cela n’a strictement aucun sens, mais paf, toutes deux explosent, et tout le monde est très triste. Parce qu’ils ont perdu Jean Grey ou parce que c’était la preuve finale que Jean  avait la puissance intellectuelle d’un concombre oublié au fond d’un panier, mais en tout cas, tristes.

Le monde est sauvé, et nos amis retournent au manoir des X-Men, dont l’école Charles Xavier est renommée « École Jean Grey » en l’honneur de leur amie.

Alors que Raven, je suppose qu’ils ont juste renommé le coin poubelle en son honneur. Raven était la victime : on nomme l’école du nom de son bourreau. Bravo.

D’ailleurs, c’est le Fauve qui prend la direction de l’école, car Xavier a décidé de se retirer et de prendre une retraite bien méritée (alors qu’il est encore très jeune mais on l’a vu, la production a oublié de changer d’acteur ou de le maquiller). Il se rend donc à Paris, le Paris de 1992 où tout le monde roule en DS ou en Deux Chevaux, c’est bien connu. Là encore, on sent que ça a été soigné. Et Charles Xavier de prendre un café dans ce Paris tout propre et tout beau, lorsqu’un type vient s’asseoir à sa table.

« Mais ? Magneto, c’est toi ?
– Oui, moi aussi j’ai pris ma retraite et je me suis dit que Paris, c’était cool. Bon, au départ je me suis planté et je me suis retrouvé Porte de la Chapelle, c’était pas la même ambiance.
– J’ai fait la même erreur, des mecs m’ont piqué les pneus du fauteuil, je te jure, y a de ces gens.
– Bon enfin, on se fait une petite partie d’échecs ? Car je suis gentil… jusqu’au prochain film !
– Comme à la fin de chaque film, mon vieil ami. C’est dire si on ne s’est pas fait chier.
– Tu as bien raison ! Allez, jouons ! »

Nos deux amis lancent donc leur partie, pendant que la caméra monte vers le ciel bleu parfait au-dessus de la capitale du royaume de France, où l’on aperçoit brièvement, traversant l’azur, les ailes de flammes d’un lointain phénix et…

… FIN !

Puisse ce film ne jamais renaître de ses cendres.


Après tout ça, vous imaginez bien qu’aucune critique sérieuse ne saurait sauver pareil étron. Ou alors, il faudrait beaucoup de mauvaise foi, et diable, je m’y connais.

Heureusement, il existe un magazine qui ne nous déçoit jamais. Je vous laisse donc savourer :

Personnellement, je serais une femme, je me sentirais insultée.

Comme quoi la critique, ça tient à peu de choses.

images

Un odieux connard

J'exagère : à un moment, elle change de couleur pour rentrer dans le bureau de Charles Xavier parce que... heu... on ne sait pas.

Quand on sort avec un cyclope, c'est dommage : il ne voit qu'en deux dimensions, c'est gâché.

Alors que quiconque a vu Malcolm sait que c'est plus rigolo de les recoller ensuite pour que la personne ait tout le temps l'air étonnée.

Quelqu'un pour dire à l'équipe du film qu'avant de mettre la pluie, il faut penser à régler la lumière pour montrer qu'il y a des nuages ?

Compatible avec Powerpoint Oculus Rift, pour enfin pouvoir tourner autour des camemberts en couleurs.

Notez que les méchants, même fraîchement arrivés sur Terre, n'ont jamais pour planque un taudis pourri.

Avec pareille combinaison, nul doute que Jean Grey sera bientôt la vedette du Nigloshow.

Mais comme je suis un homme, je trouve juste ça insultant.

Les ateliers prévus au forum IRL !

C’est bientôt les Geek Faëries !!!!! Comme l’année dernière on va faire des petits ateliers, si vous voulez voir ce que ça donne, on a fait une synthèse ici, sur le thème « hacker l’éducation » : https://www.hacking-social.com/2018/06/11/hacker-ensemble-leducation-compte-rendu-dateliers/

Image d’en-tête : un de nos ateliers de 2018 au forum IRL des Geek Faeries, credit photo @vectan production, source : l’album 2018 des Geek Faëries

Atelier n°1 : se parler, au forum IRL

Samedi 8, le matin (on commence à la cool, le temps que vous vous installiez tranquille dans le festival) et samedi après-midi à partir de 14 h 30 jusqu’à environ 17 h.

Ici on va réfléchir ensemble aux problématiques de l’échange, de la discussion, de la relation, tout particulièrement sur Internet où les rapports peuvent déraper assez facilement 😀 on cherchera ensemble comment remédier/prévenir des situations difficiles ou comment transférer des expériences positives à des situations plus complexes.

On a abordé un peu ces questions déjà dans ce dernier live au Vortex :

et dans ce SAV :

 

Atelier n°2 : se démotiver, au forum IRL

Dimanche 9, le matin.

Habituellement, on se pose la question de se motiver, mais est-ce qu’on aurait parfois tout à gagner à de se démotiver ? Par exemple, se démotiver à obéir aux ordres injustes ou immoraux, se démotiver à se tyranniser, se démotiver à des comportements contraires à nos principes, se démotiver à nous à surmener, se démotiver à une activité qui n’en vaut pas la peine., etc. On explorera ensemble la démotivation émancipatrice, comment elle advenue dans les expériences qui vous avait peut être déjà vécu, comment elle passe du sentiment à l’action, qu’est-ce qui nous bloque de l’écouter ou de la mettre en œuvre, le lien entre démotivation et autodétermination (hé oui, une démotivation est souvent signe d’une belle motivation vers autre chose !)

On a abordé un peu ces questions de (dé)motivation ici :

Comme tous les ans, on a très hâte de vous écouter (vous n’imaginez pas comme vous nous avez été profondément inspirant les précédentes éditions <3), d’entendre vos idées et expériences et d’échanger avec vous ! A très vite !

Plus d’infos sur le festival par ici : https://www.geekfaeries.fr/

Tout va bien

Dimanche dernier, il était donc question d’élections.

Et nous avons donc eu le droit, sur différents plateaux de télévision, à des gens qui sont passés se féliciter de leur score, pendant que d’autres applaudissaient chaudement le recul de l’abstention. Puisque tout de même : près d’un Français sur deux s’était déplacé, et ça, c’était quand même drôlement chouette !

Nous en sommes donc là : l’extrême-droite peut arriver en tête à une élection, c’est désormais relativement bien accepté. Quant à une abstention de près de 50%, c’est une « victoire ».

Pour la peine, et pour seul commentaire, je me permets ce petit bidule :

Vous pouvez cliquer dessus si c’est trop petit pour vos yeux fatigués.

Pour rappel, en 2002 (un temps que certains d’entre vous n’ont pas connu, on vieillit), au second tour de l’élection présidentielle, l’extrême-droite faisait… moins de 18%. Aujourd’hui, au premier tour d’une élection, elle est à 23%, mais ça n’a plus l’air d’interroger grand monde. D’ailleurs, on se moque un peu des raisons de cette progression. On se dit que ça doit être « des fachos », et hop, l’affaire est entendue, inutile d’essayer de leur parler. Quant à l’abstention, bah, 50%, c’est pas si mal, vous savez.

Tout va bien, donc.

Toutvabien

Un odieux connard

Leclerc, Koufra et le bluff

Allez ! Il est temps de parler histoire.

Cette fois-ci, il s’agit de se pencher sur le cas de Leclerc et du serment de Koufra, deux noms que beaucoup de gens connaissent, mais dont les détails sont relativement flous. Alors que tout de même : c’est la légende de l’un des plus grands coups de bluff de l’histoire, puisqu’une bande de soldats de la France Libre mal ravitaillés et à court de munitions parviennent à feinter une place forte italienne à grands renforts de ruses diverses et variées au point qu’elle finira par se rendre… à des types dans une plus mauvaise situation qu’eux.

Pour information, cette vidéo a été réalisée avec le soutien de Grand Angle, qui fait des bandes-dessinées historiques, et m’a donc gentiment proposé le sujet, ainsi que des montagnes de dollars, ce que je ne peux refuser, tant j’aime bien lorsque l’on me file des sous pour faire mes vidéos. Faites-moi penser à ouvrir un Tipee à l’occasion, braves gens.

Mais, assez parlé ! Je vous laisse regarder la vidéo, et si les bédés vous intéressent, n’hésitez pas à aller voire Madame la libraire qui saura vous en dire plus. Car Madame la libraire connait bien des secrets, et d’ailleurs, tout le monde sait qu’entre deux clients, elle lit le Nécronomicon cachée dans un endroit où personne ne va jamais, comme par exemple derrière l’étagère « Sciences humaines ».

Bon visionnage.

VignetteKoufra

Un odieux connard

[PA5] Un monde plus responsable

Dernière partie de ce dossier ! Comment créer un monde plus altruiste, donc plus responsable ?

Cet article est la suite de :

Photo d’entête : il ne s’agit pas d’une vraie baleine, mais de l’œuvre d’un collectif d’artiste « Captain Boomers Collective » qui l’a créée pour faire réfléchir aux conséquences des masses de plastique dans nos océans. La photo a été prise par [-ChristiaN-] ; La baleine s’est aussi retrouvé à Paris, photo ci-dessous.

Ce dossier est disponible en intégralité et gratuitement en ebook :


Vers un monde plus altruiste ?


Selon les Oliner, la caractéristique principale que nous avons à développer et à favoriser dans nos environnements sociaux pour voir émerger un monde plus altruiste est l’extensivité (tant dans sa caractéristique attachement qu’inclusivité, les deux se modérant positivement).

En introduction à ce dossier, je disais que les Oliner faisaient le parallèle entre ce besoin de plus d’extensivité dans nos environnements sociaux et les problématiques écologiques. Cette connexion de sujet peut ne pas paraître évidente ; les chercheurs l’expliquent principalement par la notion d’interdépendance qui est liée à l’extensivité : quand un individu est altruiste, il se sent responsable, car il sait que son action peut avoir un effet, et il sait que toutes les personnes dépendent les unes des autres, c’est pourquoi tous les actes comptent dont les plus petits qui ont leur importance. L’altruiste voit le monde sous forme de relations possibles et non d’exploitations possibles, il est en relation avec l’autre et cela lui plaît en soi, il n’a pas besoin de le posséder ou d’en tirer un profit personnel. Être en relation, devient un mode de vie qui apporte du sens et du bien-être, davantage que la possession et l’exploitation. Or c’est cette inclination de vouloir posséder toujours plus, d’exploiter toujours plus, de dominer toujours plus, qui bloque totalement des initiatives écologiques de grande envergure : tant qu’il n’y a pas ce plaisir à la relation sans exploitation ni ce besoin de possession, il ne peut émerger cette envie de préservation à long terme de l’environnement et de ses acteurs. La personne qui ne voit que le monde au travers de ses possibles exploitations et possessions, ne voit la vie réduite qu’à sa propre vie, clôturé par son petit cercle perceptif, donc avec un champ de vision très faible qui ne balaie que le court terme.

La seule préservation souhaitée dans la posture « détachement » ou/et « exclusion » est celle des « possessions » accumulées à soi, comme dans un musée personnel égocentrique de choses inertes, mortes, sans relations si ce n’est qu’on se l’attribue, confondant le « à moi » avec le « moi ». Pour les altruistes, la relation, la vie que cela génère, n’a pas besoin d’être possédée, mais juste d’être vécue, on « est », sans besoin d’avoir pour être ; parce que la relation est plus importante, il y a décentration de son unique point de vue : les altruistes veulent que la vie continue en général, d’une façon heureuse.

Mais prenons un exemple concret et actuel  ; bien avant de commencer mes lectures sur la personnalité altruiste, je suis tombée par hasard sur un article assez sidérant :

« [Douglas Rushkoff est un écrivain, journaliste, chroniqueur, conférencier, graphiste et documentariste américain, spécialiste de la société de l’information] L’année dernière, j’ai été invité à donner une conférence dans un complexe hôtelier d’hyper-luxe face à ce que je pensais être un groupe d’une centaine de banquiers spécialisés dans l’investissement. On ne m’avait jamais proposé une somme aussi importante pour une intervention – presque la moitié de mon salaire annuel de professeur – et délivrer mes visions sur “l’avenir de la technologie”. […]
À mon arrivée, on m’a accompagné dans ce que j’ai cru n’être qu’une vulgaire salle technique. Mais alors que je m’attendais à ce que l’on me branche un microphone ou à ce que l’on m’amène sur scène, on m’a simplement invité à m’asseoir à une grande table de réunion, pendant que mon public faisait son entrée : cinq gars ultra-riches – oui, uniquement des hommes – tous issus des plus hautes sphères de la finance internationale. Dès nos premiers échanges, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas là pour le topo que je leur avais préparé sur le futur de la technologie. Ils étaient venus avec leurs propres questions.

Ça a d’abord commencé de manière anodine. Ethereum ou Bitcoin ? L’informatique quantique est-elle une réalité ? Lentement mais sûrement, ils m’ont amené vers le véritable sujet de leurs préoccupations.

[…] Enfin, le PDG d’une société de courtage s’est inquiété, après avoir mentionné le bunker sous-terrain dont il achevait la construction : “Comment puis-je conserver le contrôle de mes forces de sécurité, après l’Événement ?”

L’Événement. Un euphémisme qu’ils employaient pour évoquer l’effondrement environnemental, les troubles sociaux, l’explosion nucléaire, le nouveau virus impossible à endiguer ou encore l’attaque informatique d’un Mr Robot qui ferait à lui seul planter tout le système.

Cette question allait nous occuper durant toute l’heure restante. Ils avaient conscience que des gardes armés seraient nécessaires pour protéger leurs murs des foules en colère. Mais comment payer ces gardes, le jour où l’argent n’aurait plus de valeur ? Et comment les empêcher de se choisir un nouveau leader ? Ces milliardaires envisageaient d’enfermer leurs stocks de nourriture derrière des portes blindées aux serrures cryptées, dont eux seuls détiendraient les codes. D’équiper chaque garde d’un collier disciplinaire, comme garantie de leur survie. Ou encore, si la technologie le permettait à temps, de construire des robots qui serviraient à la fois de gardes et de force de travail.

C’est là que ça m’a frappé. Pour ces messieurs, notre discussion portait bien sur le futur de la technologie. Inspirés par le projet de colonisation de la planète Mars d’Elon Musk, les tentatives d’inversion du processus du vieillissement de Peter Thiel, ou encore les expériences de Sam Altman et Ray de Kurzweil qui ambitionnent de télécharger leurs esprits dans de super-ordinateurs, ils se préparaient à un avenir numérique qui avait moins à voir avec l’idée de construire un monde meilleur que de transcender la condition humaine et de se préserver de dangers aussi réels qu’immédiats, comme le changement climatique, la montée des océans, les migrations de masse, les pandémies planétaires, les paniques identitaires et l’épuisement des ressources. Pour eux, le futur de la technologie se résumait à une seule finalité : fuir. […]

Quand ces responsables de fonds d’investissement m’ont interrogé sur la meilleure manière de maintenir leur autorité sur leurs forces de sécurité “après l’Événement”, je leur ai suggéré de traiter leurs employés du mieux possible, dès maintenant. De se comporter avec eux comme s’il s’agissait des membres de leur propre famille. Et que plus ils insuffleraient cette éthique inclusive à leur pratiques commerciales, à la gestion de leurs chaînes d’approvisionnement, au développement durable et à la répartition des richesses, moins il y aurait de chances que “l’Événement” se produise. Qu’ils auraient tout intérêt à employer cette magie technologique au service d’enjeux, certes moins romantiques, mais plus collectifs, dès aujourd’hui.

Mon optimisme les a fait sourire, mais pas au point de les convaincre. Éviter la catastrophe ne les intéressait finalement pas, persuadés qu’ils sont que nous sommes déjà trop engagés dans cette direction. Malgré le pouvoir que leur confèrent leurs immenses fortunes, ils ne veulent pas croire en leur propre capacité d’infléchir sur le cours des événements. Ils achètent les scénarios les plus sombres et misent sur leur argent et la technologie pour s’en prémunir – surtout s’ils peuvent disposer d’un siège dans la prochaine fusée pour Mars […]

Être humain ne se définit pas dans notre capacité à fuir ou à survivre individuellement. C’est un sport d’équipe. Quel que soit notre futur, il se produira ensemble. »

https://laspirale.org/texte-575-douglas-rushkoff-de-la-survie-des-plus-riches.html

La première idée qui m’ait passé par la tête est d’être outrée d’un tel égoïsme ; mais en réfléchissant mieux, ce comportement ne l’était pas vraiment, car une personne pensant prioritairement à son intérêt se serait activée pour éviter des drames (sociaux ou écologiques) qui pourraient la toucher,ne serait-ce que pour vivre « libre » et non pas dans un bunker avec la menace d’être attaqué… Même une personne extrêmement narcissique aurait pu voir dans cette situation de crise une opportunité pour son ego, en se faisant « sauveur de monde ».

Ce n’était pas de l’égoïsme ni du narcissisme, et c’est en me penchant sur cette étude sur l’altruisme que j’ai compris qu’en fait ces personnes sont en quelque sorte, des « spectateurs ». Ni égoïstes, ni narcissiques, ni égocentriques, ni idiots, mais spectateurs : leur absence manifeste de responsabilité ou de vouloir en prendre, ne serait-ce que pour sauver réellement leur peau (c’est-à-dire en conservant leur liberté dans un environnement préservé, non dangereux pour leur vie) alors qu’ils ont les moyens et les statuts de pouvoir qui leur confèrent beaucoup plus de possibilités que la majorité d’entre nous, correspond totalement à ce qu’on voit chez les spectateurs dans l’étude des Oliner. Excepté qu’ici, il n’ont pas sur le dos un contexte d’oppression,ne vivent pas dans un climat de guerre stressant,ni ne vivent dans de mauvaises conditions, mais disposent de pouvoirs dont peu d’individus peuvent se targuer.

Cependant, toutes leurs questions et l’irresponsabilité qu’elles portent, montrent que leur motivation principale face aux futures catastrophes se réduit à s’accommoder tant bien que mal en fuyant. Leur pouvoir sur la société et la responsabilité qui en découle, qui pourrait vraiment leur apporter en félicitations, en joie populaire, en avantages assez directs, est ignorée, préférant lui substituer une culpabilité de leur inaction car ils ont décrété qu’il ne leur était pas possible de faire quoi que ce soit.

On voit d’ailleurs que l’auteur a intuitivement saisit ce problème de l’extensivité, en leur proposant d’imaginer que les employés soient à soigner comme des membres leur famille, il essaye là d’étendre des attachements plus accessibles, d’ouvrir à l’inclusivité d’autres groupes. Mais il semble qu’on est à un autre niveau de non-extensivité chez ces individus : si effectivement il semble assez net qu’ils ont un problème d’inclusion (ils englobent les non -ultra-riches comme leurs potentiels futurs ennemis) sans doute liés à leurs actes non-inclusifs passés (en faisant du profit sans redistribution équitable, en les exploitant, en ne tissant aucune relation réciproque avec eux), il y a un fatalisme de spectateur qui prend des proportions énormes, au point d’envisager comme seule solution la fuite vers d’autres planètes ou le développement d’armée de robots pour les protéger. Ils comptent plus sur un développement technologique très complexe et coûteux pour sauver leur peau que sur leurs propres capacités à réparer les dégâts ou fautes sociales qu’ils auraient pu commettre. Cela ne semble pas être de la malveillance ou de l’égoïsme, c’est signe d’une incapacité à se relier en tant que personne responsable à l’autre, au monde. On est là face à une sorte de déficience, certes ahurissante, à œuvrer socialement en tant que personne responsable,davantage qu’à un élan maléfique.

En fait, plutôt que de ressembler aux « spectateurs » étudiés par les Oliner, ils ressemblent bien plus à ces autres spectateurs, qu’on pourrait plus classer comme « obéissants » qu’on trouve dans les témoignages de Stangl (et Stangl lui-même) : ces officiers et personnes soumis aux ordres nazis qui se désolaient des camps, trouvaient cela horrifiant, mais qui disaient « qu’est ce qu’on aurait pu faire ? C’était impossible de faire autrement ». Ce faisant, ils continuaient à participer avec zèle au bon fonctionnement du système nazi, dans des postes à haute responsabilité. Ils leur étaient non seulement impossibles de penser à leurs pouvoirs de « changement » (ne serait-ce qu’en travaillant moins bien), mais en plus il y avait une déconnexion totale entre leurs actes et leur conscience. Seulement la comparaison s’arrête là, parce que les individus dont parle Douglas ne sont pas dans un système autoritaire, sous ordres ; au contraire il semble que ce soit eux qui les donnent, les ordres, et qui contribuent à maintenir le système social et économique. Ils ne croisent pas de menace réelle pour leur vie, ils ne voient pas de morts, il n’y a pas de guerre. Ils ont des moyens, et la liberté de les mettre en œuvre. Ainsi, ce n’est pas un mur qui se dresse devant eux et les empêchant d’agir pour éviter « l’Événement, », mais un gouffre, dont le vide n’est autre que l’absence de conscience.

Il est tout de même assez paradoxal que nous ayons des « spectateurs » au pouvoir et que nous les laissions avoir plus de ressources que les autres alors qu’ils n’en font rien pour améliorer la situation.

Voilà pourquoi il est important de développer l’extensivité. Non pas à titre individuel, même si évidemment il serait préférable pour tout le monde que ces individus le soient, ainsi qu’un maximum de personne, mais à titre structurel. Ce sont nos structures, nos systèmes qui doivent l’être dans leur mécanisme.

À titre personnel, je pense qu’actuellement, avec nos structures, que des personnes extensives ne voudraient même pas grimper cette échelle sociale, étant donné leur peu d’intérêt à l’exploitation et à la possession. Ce sont nos structures qui permettent que ces profils spectateurs-égoïstes s’accaparent toutes les ressources, le pouvoir. De plus, leur manque d’inclusivité et d’attachement ne les amènent pas à engager ces gains dans la construction de liens meilleurs, que ce soit entre humains ou avec tout ce qui compose la planète.

On ne peut pas compter sur le hasard pour que quelques personnes extensives, responsables, acceptent de jouer le jeu de la compétition humaine, tout en restant intègres malgré ces étapes nécessitant d’exploiter autrui, et changent toutes les modalités de ce jeu une fois qu’elles sont arrivées tout en haut de l’échelle. Je ne pense pas qu’on puisse rester intègre si on doit quotidiennement réaliser des actes s’opposant à notre éthique et brisant peu à peu les liens que nous avons avec autrui.

Ce sont les environnements sociaux qui devraient être conçus pour nourrir, valoriser, développer l’extensivité ; cela n’est pas possible si leur mode d’organisation est compétitif, injuste, autoritaire, qu’il est vertical, qu’il n’incite pas à la responsabilité en ne laissant aucune autonomie aux personnes. Comment peut-on envisager de la responsabilité chez les personnes si toutes leurs vies on les prive de leur autonomie, de leurs initiatives portées vers des changements profonds ? Le problème du manque d’extensivité est tant chez ces « spectateurs » aux grands pouvoirs que dans notre accommodation (et donc validation) à des structures valorisant cette attitude de spectateur pour les postes à pouvoir, notre accommodation à toutes sortes de conditions et d’actes nuisibles. Au fond les graines de l’effet spectateur se nichent à tous les niveaux de notre société, se cachent même parfois dans cette activité forcenée… à maintenir tout exactement à la même place.

Ainsi, développer l’extensivité demande de tout reconstruire.


8 processus sociaux à favoriser dans l’organisation de nos environnements sociaux


Les Oliner exposent 8 processus sociaux qu’il faudrait favoriser dans l’organisation de nos environnements sociaux, processus qui sont principalement « non-rationnels » selon les chercheurs et s’influencent mutuellement. La rationalité est un processus parmi d’autres qui a son rôle à jouer, mais l’extensivité repose sur des mécanismes tout autres.

4 d’entre-eux participent à des comportements de soin à autrui :

  • créer des liens

  • empathie

  • normes de soins à autrui

  • participer à des comportements de soins

Et ces 4 autres-là participent à créer des liens inclusifs et à former des connexions globales :

  • diversifier les liens et connexions

  • mise en réseau

  • stratégies de résolution de problèmes

  • connexions globales

Les exemples que je donnerais sont ceux que j’ai trouvés, non ceux des chercheurs ; il pourrait également y en avoir bien d’autres, dans d’autres secteurs.

⇒ créer des liens

Se lier signifie créer des attaches émotionnelles durables avec des personnes et des lieux : les personnes se sentent liées, affiliées, identifiées avec l’environnement de vie (social ou non) ; si cet environnement se transforme, disparaît, il reste néanmoins vivant dans le monde intérieur des personnes. L’égocentrisme et les besoins excessifs (vouloir toujours plus, que ce soit argent, possessions, statuts… Bowlby 1969 ; Rutter 1979 ; Shengold 1989) sont associés à un manque de ces liens durant l’enfance. Ce lien peut se faire hors du domaine familial, comme à l’école, ou au travail…

Les environnements à liens humains ont pour caractéristiques d’être stimulants, d’offrir suffisamment de confort, d’opportunités de jeu, et procurent un sentiment de sécurité (psychologique et physique) ; il favorisent l’autonomie, point essentiel pour le développement de l’altruisme. Ces environnements à liens humains favorisent le développement d’une identité connectée : les personnes ont une identité autonome, personnelle, tout en étant connectées aux autres. Autrement dit, les personnes arrivent à rester elles-mêmes en collectivité, tout en ayant une bonne inclusion dans le groupe : ni soumises au groupe, ni détachées de celui-ci.

Par exemple, au dessus ce professeur a eut l’idée de faire rencontrer ces classes de différents niveaux, les grands aidant les plus petits : les plus petits se sont sentis fiers d’être les sujets de l’attention des grands, les grands retrouvent de la confiance en eux parce qu’on leur confie une responsabilité d’aider, et cela leur permet aussi de prendre connaissance du chemin qu’ils ont parcouru par constates avec les plus petits. De plus apprendre par des pairs ou faire apprendre ses connaissances renforcent celles-ci, leur donnent du sens ne serait-ce que parce qu’elles sont utilisées via un lien social.

⇒ l’empathie

L’empathie signifie comprendre les pensées et les sentiments des autres, les ressentir avec eux. L’empathie est développée par l’expérience : avoir l’expérience de clarifier ses propres valeurs et ses sentiments ; avoir l’occasion de prendre le point de vue d’autrui (via le jeu de rôle, en interprétant les sentiments et pensées d’un autre). Bien évidemment cette prise de perspective peut malheureusement permettre de servir des fins égoïstes : les chercheurs rappellent que cela conduit plus souvent àdavantage de prosociabilité, y compris quand ce jeu de rôle a été amorcé par des fins égoïstes, les personnes peuvent néanmoins changer et développer de vraies préoccupations empathiques au passage.

La photo provient du programme de littérature de Q2L : IOP self on the stand

Par exemple, l’école Quest to learn (dont nous avons expliqué les principes ici et ) a un programme de littérature qui repose sur l’empathie avec les personnages étudiés dans le roman ; cela est couplé avec des séquences de théâtre, ainsi que des composantes créatives (imaginer des alternatives à l’histoire). Je livrerais la traduction bientôt, en attendant voici la version anglaise : IOP self on the stand

⇒ les normes de soin à autrui

Les normes de soin, une fois intégrées, sont en quelque sorte un système d’autosurveillance ; elle sont transmises implicitement et explicitement par les environnements sociaux, et sont vraiment intégrées lorsque les autorités de ces environnements sociaux obéissent à des modèles de bienveillance réelle.

Il peut s’agir par exemple de toutes les normes de politesse ; elles peuvent être transmises de façon véritablement sociale et altruiste (on explique à l’enfant que dire « merci », c’est montrer sa gratitude à l’autre, donc partager du bonheur ; que dire « bonjour », c’est reconnaître et apprécier la présence de l’autre, lui souhaiter le meilleur) ; comme toute norme, elle perd totalement en valeur si son sens social profond n’est pas transmis (c’est-à-dire avec les vrais sentiments accolés), n’est qu’une injonction, un ordre auquel obéir et que ceux qui veulent son application ne sont pas un modèle du respect de ces normes, font l’inverse, voire ont des attitudes paradoxales (dire bonjour avec haine, remercier à quelqu’un avec un ton et des expressions moqueuses…).

⇒ la participation au soin à autrui

Certains chercheurs pensent que l’intériorisation des normes altruistes produit des actes altruistes, mais d’autres recherches (notamment dans le champ de l’engagement psychologique) montrent le contraire : l’acte altruiste ferait développer la norme susdite.

Quoi qu’il en soit, au-delà de la norme, la responsabilité quant au fait d’initier des actes est plus susceptible de se produire lorsque les individus sont encouragés à y réfléchir eux-mêmes, et à agir avec autonomie. C’est par exemple ce qui se produit lorsque ce sont à la fois les parents, les élèves et les enseignants qui créent les règles ; lorsque ce sont les employés ou ouvriers qui définissent eux-mêmes les règles liées à la qualité du travail, et tout ce qui concerne des initiatives à responsabilité sociale (pour l’écologie ou pour des problématiques sociales). Cela crée des communautés bienveillantes, mais encore faut-il lier ces communautés à la société dans son ensemble, via d’autres attachements inclusifs, notamment par le processus de diversification.

Des structures qui privilégient l’autonomie favorisent aussi l’altruisme par rebond ; l’entreprise FAVI a supprimé toutes ces instances de contrôle des ouvriers (pointeuse, verrous sur les stocks, normes de production, suppression des postes de surveillance…) et tous ont les informations sur l’état de l’entreprise, ils prennent tous part aux grandes décisions, y compris en temps de crise. Résultat, une personne faisant du ménage, s’est occupée un soir d’un client qui était arrivé trop tôt, en s’organisant et en passant des coups de fil pour son hôtel ; alors que c’était la crise, plutôt que de renvoyer des intérimaires, les employés ont décidé de baisser provisoirement leur salaire pour permettre à leurs camarades de conserver leur poste. L’entraide émerge seulement si les personnes peuvent être autonomes, responsables.

L’ancien directeur de favi parle de la confiance à donner aux salariés :

⇒ Diversification

La diversification consiste à faire en sorte que des personnes qui habituellement n’interagissent pas entre elles puissent le faire, avec des relations signifiantes. Il s’agit de mélanger des populations, non pas juste en « voisinage », mais afin qu’elles puissent vivre réellement ensemble. Pour que cela fonctionne, les personnes doivent à la fois se percevoir comme semblables grâce à des conditions favorables via la réduction de stéréotypes négatifs et l’augmentation d’interaction positives, et à la fois se concevoir de manière distincte les unes des autres : les individus doivent apprendre à apprécier les autres dans leur spécificité, dans leur singularité.

Cette diversification ne concerne pas que le mélange d’êtres humains, mais permet aussi d’apprendre et de vivre des expériences signifiantes, « liantes » avec le monde non-humain : les animaux, les végétaux… Ces expériences doivent mettre l’accent sur la relation et non l’exploitation.

Par exemple, nous avons eu la chance à Belfort lors de la 5D non seulement d’animer un atelier sur l’éducation (qu’on a résumé ici), mais aussi de participer à l’événement dans d’autres ateliers. On se réunissait autour d’un sujet et tous tentaient d’y réfléchir, d’y apporter des solutions, des alternatives, de faire preuve de créativité. Les réponses étaient denses, sur plein de facettes et points de vue différents, car il y avait une forte diversité : il y avait des étudiants, des chômeurs, des entrepreneurs, des professeurs, des employés, des cadres supérieurs, des jeunes, des moins jeunes… En se focalisant tous sur une question, chacun apportait une expérience radicalement différente, non seulement le sujet et ses difficultés apparaissaient bien plus clairement, mais les idées de solutions, d’alternatives étaient plus vastes. Automatiquement, l’entraide a émergé, chacun se conseillant mutuellement, et les liens se faisant en quelques minutes seulement. J’ai pu aussi observer ces bienfaits de la forte diversification dans une formation sur le handicap, où toutes les personnes concernées par ce handicap de près ou de loin étaient présentes (professeurs, AVS, ATSEM, directeur et employé de CMPP, parents…) : les discussions sont beaucoup plus riches, réalistes, et l’expérience très singulière de chacun mène directement à l’entraide. Ces exemples, parce qu’ils sont liés à un « but », concernent aussi le point suivant.

⇒ la mise en réseau (networking)

Il s’agit de coopérer avec d’autres dans la poursuite d’objectif commun. La mise en réseau élargit les possibilités de coopération et crée des coalitions entre divers groupes. La poursuite d’un objectif commun est essentiel pour lier les personnes, augmenter l’empathie.

Mais pour coopérer, il faut percevoir l’autre comme faisant partie de la solution plutôt que du problème ; d’où l’importance de développer des stratégies communes de résolution de problèmes.

Par exemple, à Quest to learn, les élèves ont investigué sur les causes du harcèlement, puis ont monté une opération concernant l’école entière (le but était d’établir le pacte ci-dessus pour n’être jamais un spectateur passif face au harcèlement). Régulièrement, les élèves vont enseigner aux écoles maternelles à proximité, ou encore créent des opérations concernant la ville.

⇒ résolution de problèmes

La résolution de problème nécessite de se concentrer sur des objectifs communs et sur des résultats positifs communs, d’utiliser des compétences en matière de négociation et de résolution de conflits, de trouver des solutions rationnelles sur la base de preuves logiques et empiriques. L’altruisme nécessite de comparer, organiser les informations et de construire des concepts, de développer des capacités à raisonner applicables aux problèmes de société.

Toujours à Quest to learn, les enseignants ont développé un jeu « socratic smackdown » (image au dessus) pour apprendre à débattre sans conflit, avec une argumentation rationnelle ; ils ont des méthodes d’investigation systémique ; on pourrait aussi citer les méthodes de communication non violente, qui dans une certaine mesure, donne de bons outils pour la gestion de conflit. Ces compétences et outils lient souvent à la fois intelligence au sens stéréotypé du terme (logique, raisonnement…) et intelligence sociale (prendre soin de l’autre, savoir gérer son ego, voir l’interdépendance des facteurs et causes, savoir s’abstenir de juger pour mieux comprendre, comprendre ses émotions et celle des autres…). Ces deux intelligences sont ici indissociables. Voici le jeu au complet : IOP_PrintPlay_SocraticSmackdown_v1

⇒ former des connexions globales

Il s’agit d’établir des liens globaux à l’ici et maintenant, à la nature globale de la vie, d’être en mesure de saisir l’interdépendance de tous les éléments, et que ceci forme un tout ; ainsi en conséquence, les personnes comprennent que de petits comportements, qu’ils soient altruistes ou destructeurs, ont des effets en « cascade ». Cet altruisme demande un certain empowerment, et aide l’individu lui-même, etpour réussir l’aide doit réussir à préserver la dignité et l’autonomie de l’aidé : cela ne doit pas se réduire à une forme de la charité consistant à se hisser au dessus de l’autre ou ni se réduire à une bonne action consistant uniquement à soulager sa conscience.

Encore une fois, l’exemple très concret de Quest to learn développe d’excellents programmes sur la pensée systémique (c’est un exemple de ce qu’ils produisent au-dessus) ; l’aide humanitaire aussi nécessite une pensée systémique, une forte information sur les situations, nécessite d’écouter les personnes concernées par le problème et ne pas se supérioriser.

L’altruisme est une responsabilité et une protestation active

Les processus sociaux favorisant l’altruisme ne sont pas une tâche de développement personnel, un travail individuel, bien qu’on puisse évidemment se donner pour objectif de développer des liens plus profonds avec autrui par exemple ; mais cela est parfaitement improductif si par ailleurs on continue à suivre les règles d’un environnement social professionnel qui empêche d’avoir un échange bienveillant et honnête avec autrui, qu’il soit client, subordonné ou autre. Le seul moyen d’éviter l’incohérence ou le conflit mental, face à cette trahison de sa valeur personnelle altruiste, est de s’opposer à cette règle, de désobéir : c’est pour cela que d’autres chercheurs dans Embrassing others, rappellent que le comportement altruiste est indissociable d’une forme de protestation. On peut avoir un comportement altruiste qui ne nécessite pas de protestation, par exemple face à l’adversité, en sauvant une personne qui se noie par accident ; mais si c’est une autorité qui l’a lancée à l’eau, c’est forcément une remise en question de l’autorité, du système social qui autorise de noyer les gens. Aider devient donc un affront à ce système, affront qu’il faudra supporter (dans la résistance à la menace, et dans la volonté d’aller au-delà des dangers) et poursuivre à plus haute envergure ensuite.

Cet exemple peut paraître assez improbable alors voici un exemple concret où un acte altruisme est puni par les autorités, en temps de paix, et en « démocratie » :

« Article L622-1  Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. » https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006147789&cidTexte=LEGITEXT000006070158&dateTexte=20090408

Cette loi a été assouplie récemment, mais rien n’est vraiment très acquis. Des aidants passent encore devant un tribunal et doivent se battre pour ne pas être condamné d’avoir aidé ; des ONG se font harceler parce qu’ils aident autrui (l’ONU a du rappeler à l’ordre la France à ce sujet, ainsi que de faire respecter les droits de l’homme pour tous https://news.un.org/fr/story/2018/04/1010321).

Un excellent reportage qui en parle :

 

On a là des dérives dangereuses, que d’être attaqué pour avoir aider, et cela se produit parce que l’altruisme, implicitement, est une forme de protestation contre certains systèmes, notamment tous ceux qui oppressent les aidés. Alors les « systèmes » s’en défendent, montrant leur immoralité encore plus vivement…

On est donc très rapidement, même avec un comportement de petite aide, face à une problématique systémique qui nous oppose à de plus ou moins grandes structures, privées ou publiques. L’aide peut être une protestation indirecte contre la structure qui a fait souffrir l’aidé ; et aider pour de bon implique une protestation qui va au-delà de la « réparation » des dégâts causés par cette structure, en appelant à une reconstruction plus humaine de cette structure, à une reconstruction extensive. Cela demande de construire de nouvelles structures (comme Quest to learn, par exemple), de construire des structures s’opposant à d’autres par leur modèle (l’exemple de Buurtzorg, entreprise de soins à domicile, qui s’est totalement construite en opposition de la déshumanisation du soin) ou de changer des structures déjà existantes de l’intérieur (comme Favi qui a mis plusieurs dizaines d’années à déconstruire le modèle hiérarchique et contrôlant, en supprimant tous les mesures, les instruments et postes de surveillance).

Sur Buurtzorg :

Cependant, ce n’est pas parce que le travail concerne les environnements sociaux, que les actes individuels seraient inutiles : au contraire, on voit dans les témoignages recueillis par les Oliner que l’élan individuel menait certains sauveteurs à se mettre à participer à de grandes opérations et organisations collectives de sauvetage ou de résistance. La responsabilité altruiste peut être un élan individuel, mais qui ne naît réellement que dans la connexion à d’autres, à des environnements et à des oppositions concrètes.


D’autres idées pour un monde plus responsable


 

⇒ Faire connaître l’effet spectateur et apprendre à ne plus l’être

C’est l’un des cheval de bataille d’Ervin Straub pour la bonne raison que dans tous les conflits violents (génocide, harcèlements, agressions, violence policière…), il y a une cible, un attaquant et des tiers spectateurs trop souvent passifs. Or, ce sont eux qui peuvent intervenir pour stopper l’escalade de violence. Ils ont plus de moyens, sont plus libres, moins aux prises avec la situation, donc ils ont plus de pouvoir pour l’arrêter. On aura peut-être l’occasion de reparler de son programme pour les tiers, contre les violences policières, mis en place par des institutions policières aux USA.

⇒ Changer nos préjugés sur la force, l’héroïsme, la responsabilité, l’altruisme.

Être « fort »… n’est pas être un bon soldat, si par force on entend « pouvoir d’action » et maîtrise de soi. Beaucoup d’éléments de nos cultures occidentales valorisent la destructivité obéissante : par exemple, l’aliénation viriliste qui ampute certains hommes de leurs compétences relationnelles pour en faire des outils soumis au travail ou pour en faire des armes en temps de guerre. Cela a pour conséquence de les frustrer en leur privant de relations sociales simples (amicales comme amoureuses) puisqu’on ne leur apprend pas l’attachement et l’inclusivité ; cette aliénation peut d’ailleurs être partagée par les femmes, en tant que cibles ou aliénées, ce virilisme étant structurellement très présent dans des organisations (via des normes de compétition, de hiérarchisation des individus, d’absence d’entraide, de moquerie et de dévalorisation de toute inclination bienveillante). Il n’y a là aucune force à être amputé d’une part de son humanité pour être au service et à l’image de stéréotypes. L’inclination ferme à la construction, à l’altruisme, à la désobéissance est aussi à considérer en tant que forceà part entière.

L’héroïsme… n’est pas que destructif : il y a cette idée que la force et l’héroïsme ne pourraient qu’être destructeurs et violents, tel le guerrier soumis aux injonctions de la guerre qui verrait son allégeance à ceux qui le dominent comme une forme d’honneur. Or, on a ici vu que l’héroïsme peut être réparateur, et impliquer un degré de courage énorme. Une force peut être non-violente, mentale, aimante, sociale, altruiste, et viser la construction d’un meilleur environnement plutôt que l’unique destruction d’un ennemi.

L’altruisme n’est pas un pur sacrifice inaccessible au commun des mortels : l’altruisme on l’a vu, demande une forte flexibilité qui est à l’opposé du suivi d’un dogme de pureté morale, du fait d’être un « saint ». Parfois, pour aider, il faut mentir, trahir, détourner, être dans l’illégalité, faire des actes parfois considérés commecontraire aux mœurs en temps de paix. Parfois, on y trouve un plaisir partagé avec les aidés, des amitiés, de la valorisation, de la passion pour l’activité, de la joie, ce n’est pas pour autant qu’on l’a fait pources « récompenses », c’est une conséquence heureuse plus qu’un calcul égoïste. Cependant, quand bien même l’altruisme serait calculé pour obtenir de la joie partagée avec les sauvés, cela serait-il pour autant moralement condamnable ? Cela devrait-il être rejeté car l’intention considéré comme impure car intéressée et calculatrice ? L’altruisme peut donc être simple, œuvre de personnes banales, avec de petits actes sans prétention. Il n’y a là rien d’inaccessible.

Le sentiment de responsabilité ne consiste pas à se sentir coupable, à se mettre sur le dos les fautes des autres ou encore à vouloir dominer les autres comme des pions afin d’éviter les erreurs et les fautes. On a tendance à en rester sur la définition juridique de la responsabilité, comme le fait de porter ses fautes ou celles de ceux dont on nous a confié la responsabilité. Ici les Oliner parlent d’une responsabilité non allégeante : les sauveteurs voient les difficultés dans l’environnement social, sans y tenir au préalable un statut particulier, et ils décident de passer à l’action pour régler ces difficultés. Ils endossent la situation, comme si c’était leur situation, comme s’ils étaient chargés de cette mission. Cette mission, ce sont leurs principes, leur empathie, ou leurs valeurs de groupe qui les en chargent. Ils n’agissent pas en responsable comme des « petits chefs » ordonnant, tentant de contrôler les autres comme des pions : c’est un travail de coopération, avec bien d’autres sphères, c’est un travail autonome qui peut changer du tout au tout au vu des circonstances. Ils n’agissent pas non plus en se soumettant et se sacrifiant aux sauvés, en s’infériorisant. La responsabilité consiste ici à se donner en quelque sorte un nouveau travail dans une situation (souvent secrètement mené), à engager ses compétences pour une nouvelle mission qui est raccord avecson éthique et qui s’oppose aux mécanismes de la situation qui nous choquent ; c’est s’activer d’une façon dont on pense qu’elle est plus juste au regard de la vie humaine.

L’intellect, la raison, ne fait pas l’altruisme. Dans les études sur la personnalité autoritaire, Adorno et ses collaborateurs remarquaient déjà que le problème n’était en rien un manque de connaissances ou d’acquisition intellectuelles, que l’éducation, celle des années 50, n’aidait en rien à développer une personnalité ouverte, non soumise, altruiste, autonome (les profils F n’étaient pas moins intelligents et ni moins éduqués que les autres, ils l’ont vu en voyant leurs niveaux de diplômes et test de QI). Les Oliner confirment également que les motivations altruistes, bien qu’elles demandent de l’astuce dans l’action, de l’intelligence (par exemple être flexible dans ses stratégies, savoir résoudre des problèmes logistiques et organisationnels complexes),cela ne repose pas exclusivement sur l’intellect, celle-ci n’étant qu’une composante parmi d’autres. Plus globalement, nous pourrions dire que l’intelligence (celle définie par le QI) n’est pas suffisante à déterminer nos comportements dans un sens comme dans un autre. Les Oliner disent que les motivations altruistes sont d’abord « irrationnelles » en ce sens que leur élan est très souvent d’ordre émotionnel, que ce soit empathique ou encore des émotions liés à la perception d’injustice (cependant, nous ne sommes pas d’accord avec ce terme d’irrationnel, nous pensons personnellement qu’il est justement irrationnel de nier ces émotions ou tenter de les supprimer, mais c’est juste un désaccord sur le mot employé). Ils rappellent également que nous avons une vision individualiste du héros qui intellectuellement aurait fait son chemin altruiste seul, avec ses compétences intellectuelles à lui : or les actes moraux naissent dans d’autres parcours, notamment beaucoup certains plus ancré dans la sociabilité, le collectif, l’émotionnel partagé. Les environnements sociaux, notamment l’école, n’apprennent pas ce pan « émotionnel » empathiqueet relationnel qui est pourtant la base de la sagesse tout autant que la raison théorique. On sait maintenant avec les dernières recherches en neuro (cf les travaux de Damasio) que des individus lésés cérébralement de leurs zones émotionnelles sont incapables de prendre des décisions : l’émotion travaille de concert avec les « hauts » processus cognitifs de la raison, c’est un duo qui pour fonctionner doit danser ensemble, consciemment, et non pas s’opposer. Il ne faut pas confondre incapacité à réguler ses émotions (qui peut conduire à des impulsivités effectivement néfastes, comme tout casser quand on est un tout petit peu contrarié) et émotions tout court ; les émotions sont une force lorsqu’on sait les identifier, les comprendre, les interpréter correctement, les vivre (et pas tenter de s’en débarrasser au plus vite), les réguler.

Idem, des recherches sur le paradigme de Milgram (Lepage, 2017) montrent que l’obéissance destructive n’est pas du tout un laisser tombé de la raison, mais au contraire une activation de processus intellectuel dit « supérieurs », qui inhibent les émotions. Cette pure intellectualisation permet ici de continuer à torturer une personne plutôt que de désobéir. Autrement dit nos processus « intelligents » les plus coûteux, élaborés (l’inhibition notamment), peuvent nous conduire à faire le pire ; et inversement nos automatismes « bas », communs aux animaux, liés à l’émotion, peuvent nous conduire à des réactions certes irréfléchies, mais altruistes. Il y a donc des visions élitistes de l’intelligence à déconstruire, tout en rétablissant le rôle des émotions dans nos considérations. L’école, mais aussi d’autres environnements sociaux, devraient veiller à prendre en compte les facettes « émotion », relationnelle, empathique qui sont tout aussi importantes ne serait-ce que pour mieux apprendre, pour s’émanciper, pour être plus autonome. Carl Rogers donne aussi une analyse très instructive du « comment apprendre » : il est impossible d’intégrer des nouvelles connaissances s’il y a une insécurité émotionnelle liée à cette connaissance, car les nouveaux savoirs détruisentsouvent les anciens, l’individu doit se sentir en sécurité émotionnelle pour accepter de vivre ces petites révolutions d’idée. Accepter des savoirs est indissociable des sphères émotionnelles (et aussi de façon positive, les émotions d’émerveillement et d’étonnement sont un sacré motivateur à poursuivre). Là encore, il recommande des façons de s’organiser qui sont guidés par l’autonomie et la relation (dans son ouvrage « Liberté pour apprendre »).

⇒ Investiguer, chercher et apprendre des organisations possiblement altruistes, possiblement extensives, tant par leurs erreurs que de ce qu’elles ont réussi.

On a tous un biais à la menace : on se concentre sur les menaces (pour les éviter souvent) plutôt que sur les facteurs positifs ; parfois on se fait traiter de naïf ou de bisounours si on ose se concentrer sur des phénomènes non-menaçants. Et cette étude des Oliner montre que prendre le temps d’investiguer les comportements, phénomènes positifs, permet aussi de trouver des antidotes aux phénomènes négatifs, et ce n’est en rien naïf, au contraire : les altruistes sont au cœur de la guerre, avec toute l’horreur que cela suppose parfois de regarder les choses en face. Ce biais à la menace nous fait globalement être à l’image du spectateur et nous amène à regarder ailleurs, et ce n’est pas là un regard lucide sur les problèmes que nous avons, mais plutôt une façon de retrouver sa zone de sécurité et de confort habituel loin des champs de bataille. Et ce n’est pas grave : parfois on n’a effectivement pas la force d’entrer dans une thématique potentiellement dure. C’est pourquoi l’angle « positif » peut être à la fois une façon de sortir de cet effet spectateur et du biais à la menace, en apprenant comment d’autres se responsabilisent, mettent en œuvre leurs capacités, comment se construisent des organisations pacifiantes, altruistes, comment elles font face aux difficultés et problèmes. Depuis peu de temps, je me suis réconciliée avec la géopolitique en m’intéressant au travail de l’ONU, ces news, ces rapports, parce qu’ils tentent d’œuvrer pour la paix : cet angle positif permet réellement de regarder les malheurs de la planète sans être plombé d’impuissance (contrairement aux JT qui me plongeaient dans un désespoir spectateur), puisqu’il y a au moins des tentatives d’y remédier.

Il y a un triple intérêt à regarder le pire via des organismes qui ont un but « positif » : d’une part cela nous permet de ne pas fuir mentalement et d’accepter de regarder vraiment les problèmes en leur fond, cela permet de voir comment des organisations arrivent à remédier ou non à de gros problèmes (et donc d’avoir de l’inspiration et contre-inspiration), cela permet d’avoir des modèles de non-spectateurs y compris à un niveau distal sur les organisations sociales.

Évidemment, on peut trouver d’autres organisations (ONG, associations…) ou même auteurs dont les œuvres sont implicitement ou explicitement tournées vers des buts positifs ; je pense personnellement à Jacques Semelin ou Ervin Straub qui étudient les massacres, mais tout autant les façons dont les personnes résistent ou font le contraire malgré des circonstances hautement oppressantes ; je pense à l’exceptionnel travail journalistique et l’inspirante patience de Gitta Sereny qui a pu faire parler Stangl, jusqu’à même l’exploit de lui faire prendre conscience de ses actes. Et je suppose qu’il y en a bien d’autres auteur.es ou chercheur.ses qui savent transmettre leur regard tourné vers l’espoir, la restauration, les solutions et la construction, même dans l’exploration ou la confrontation avec le pire.

⇒ Des environnements à autonomie

Tous ces environnements sociaux qui sont extensifs visent aussi l’autonomie, cela semble indissociable, la responsabilité altruiste ne peut naître sans une autonomie de l’individu. Voici quelques ressources que j’ai croisées qui montrent des structures, organisations, environnement où l’autonomie (et non pas l’indépendance, l’autonome s’inscrit au contraire dans une interdépendance dont il a conscience) est valorisée :

  • Certaines initiatives écologiques valorisent cette autonomie et sont assez extensives, couplant protestation et altruisme, on trouve plein d’exemples dans « un million de révolutions tranquilles » de Bénédicte Manier  ; dans le film « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Toute les initiatives dites écologiques ne sont cependant pas forcément extensives ou favorisant l’autonomie, il y a à les regarder dans le détail.
  • Des organisations basées sur la liberté et relation, en université, à l’école primaire sont expliquées et montrées par Carl Rogers dans « Liberté pour apprendre » ;
  • Les écoles Quest to learn ; Voici des liens externes qui en parlent :
  • Les écoles ou programmes dits alternatifs type Montessori et celles réactualisées avec nos connaissances en neuro apprennent l’autonomie et la proximité sociale ; « les lois naturelles de l’enfant », Céline Alvarez ; le film « une idée folle », de Judith Grumbach.
  • Tout le pan de la justice restauratrice, qui propose des résolutions de conflit particulièrement bénéfique d’un point de vue psychologique ; on en avait parlé un peu ici : https://www.hacking-social.com/2015/09/02/reparer-la-justice-une-troisieme-voie/
  • Les organisations et institutions citées par Frédéric laloux, tout particulièrement Buurtzorg, entreprise de soins à domicile qui est extrêmement connecté et liée à tous un tas de communautés et ESBZ une école allemande (ici une présentation, mais c’est beaucoup plus détaillé dans le livre en français Reinventing organizations) :

  • Le reportage « le bonheur au travail », d’Arte, on retrouve aussi des organisations valorisant l’autonomie et l’extensivité.
  • Self-determination Theory, Deci et Ryan : à ce jour le meilleur manuel que j’ai connu qui donne des théories, des expériences, des études et des modèles précis pour construire l’autonomie, pour changer les environnements sociaux pour qu’ils aident plus à l’autodétermination (qui inclus forcément une haute responsabilité extensive et incluse sur tout les plans).

Sources


J’ai extirpé cette série d’articles d’un ouvrage que je suis en train de concevoir, ainsi la bibliographie est plus large que le sujet lui-même. J’ai préféré vous donner tout ce qui a nourri directement et indirectement cet écrit.

Sur l’altruisme et les facteurs s’opposant à la destructivité

  • The altruistic personnality, rescuers of jews in Nazi Europe, Samuel P. Oliner, Pearl M. Oliner, 1988
  • Embracing the Other: Philosophical, Psychological, and Historical Perspectives on Altruism, Pearl M. Oliner Samuel P. Oliner, Lawrence Baron, Lawrence A. Blum, Dennis L. Krebs,M. Zuzanna Smolenska 1992 Disponible en open access ici : https://www.jstor.org/stable/j.ctt9qg24m
  • The Psychology of Good and Evil, why Children, Adults, and Groups Help and Harm Others, Ervin Straub, 2003
  • Handbook on Building Cultures of Peace, Joseph de Rivera, 2009
  • Découvrir un sens à sa vie, avec la logothérapie, Viktor E. Frankl, 1959
  • Avoir ou être, Erich Fromm, 1976
  • Self-determination theory, Deci et Ryan, 2017
  • Pour sortir de la violence, Jacques Semelin, 1983
  • Sans armes face à Hitler, Jacques Semelin, 1998
  • La résistance aux génocides, Jacques Sémelin, Claire Andrieu, Sarah Gensburger, 2008
  • Un si fragile vernis d’humanité : banalité du mal, banalité du bien, Michel Terestchenko, 2005
  • Plaidoyer pour l’altruisme, Matthieu Ricard, 2013
  • L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne, 2017
  • Pour une enfance heureuse, Catherine Guéguen, 2014

Sur les massacres et leurs mécaniques

  • Purifier et détruire, usages politiques des massacres et génocides, Jacques Semelin, 2005 : si vous n’avez qu’un livre à lire pour comprendre les mécanismes humains (psychologiques, politiques, sociaux, historiques) dans les génocides, c’est celui là car c’est vraiment un ouvrage extraordinaire pour comprendre, sans pour autant être « plombé » de désespoir. C’est extrêmement bien expliqué, accessible sans pour autant sacrifier en sérieux, et passionnant. J’en dirais de même globalement pour tous les ouvrages de Semelin.
  • Des hommes ordinaires : le 101e bataillon de réserve, Christopher R. Browning, 1992
  • Au fond des ténèbres, un bourreau parle : Franz Stangl commandant de Treblinka, Gitta Sereny, 1974
  • Dans le nu de la vie, récits des marais rwandais, Jean Hatzfeld, 2000 : là également, tous les témoignages recueillis par Hatzfeld sont extrêmement informatifs, de plus les Rwandais ont une façon de parler formidable, ils expliquent très bien, sans rien cacher ce qui s’est passé. Cependant, ce dont ils témoignent souvent sans faux-semblants sont des situations vraiment terribles, donc cela est très dur émotionnellement.
  • Une saison de machettes, Jean Hatzfeld, 2003
  • La stratégie des antilopes, Jean Hatzfeld, 2007
  • Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt, 1963
  • J’ai serré la main du diable, Roméo Dallaire, 2004
  • Comment devient-on tortionnaire ?, Françoise Sironi, 2017
  • The Lucifer Effect, Philip Zimbardo, 2007
  • Du bon usage de la torture, où comment les démocraties justifient l’injustifiable, Michel Terestchenko, 2008
  • Si c’est un homme, Primo Levi, 1947
  • Les naufragés et les rescapés, Primo Levi, 1989

Avengers : fin de répartie

Comme vous le savez sûrement, Avengers : Endgame est la suite directe d’Avengers : Infinity War.

Et comme lorsqu’il s’agit de suites, le maître des lieux aime à prendre soin de son lectorat en le replongeant dans le contexte (mais lentement, pas après manger et en se mouillant le ventrou d’abord). Comme le veut la tradition, ce spoiler commencera par le résumé de l’épisode précédent, qui s’il a marqué les esprits, c’est probablement sans passer par les neurones. Souvenez-vous.

Avengers : Infinity War : Thanos, une sorte de Bruce Willis mauve, a une passion secrète : la collection des pierres d’infinités, six pierres qui une fois réunies et accrochées sur un joli gant parce « qu’exterminer autrui, c’est mieux bien habillé » comme le disait Hugo Boss, permettent de réaliser les souhaits les plus incroyables, que ce soit ramener les morts à la vie, éradiquer le concept de maladie de l’univers, ou même relancer la carrière de Nicolas Cage. Mais le plan de Thanos est bien plus fabuleux : lui veut lutter contre l’épuisement des ressources. Aussi, il veut le gant pour accroître drastiquement les… ah ben non. En fait, il n’a pas compris le jeu et veut le gant pour éradiquer 50% de tout ce qui vit, et ainsi économiser des ressources, et ce pas longtemps. Pendant que personne ne comprend pourquoi il ne se contente pas de créer une corne d’abondance galactique, le margoulin s’empare de toutes les pierres l’une après l’autre, malgré les tentatives de l’en empêcher de tous les héros déjà croisés dans l’univers Marvel. Dans l’affaire, Thanos sacrifie sa propre fille, Gamora, pour obtenir l’une des dernières pierres, peu avant de tomber dans une embuscade où les Avengers parviennent à l’immobiliser mais… pas à lui retirer son gant parce que attend, je tire, ça vient pas, j’ai pas de savon sur moi, et puis bon, moi je voulais bien lui tirer des roquettes dans la gueule, mais lui couper le bras, wouaoh, ça se fait trop pas. Résultat, Thanos se libère, leur malaxe le bidou à coups de phalanges blindées, puis va sur Terre récupérer les dernières pierres en tatanant tout sur son passage. Cela fait, il s’en sert en un claquement doigt pour éradiquer 50% de tout ce qui vit dans l’univers, et après cette bonne journée de travail, s’en retourne prendre des vacances sur une planète pépère pour savourer son oeuvre et marmonner que quand même, qu’est-ce qu’ils sont cons ces héros, ce qu’on ne peut qu’approuver. Si vous voulez relire ce monument d’incohérence, c’est ici.

Alors, avec Avengers : Endgame, nos héros vont-ils parvenir à ramener leurs amis ? Hmmm, sachant que Spiderman fait partie des pertes et que pourtant, la bande-annonce du prochain film circule déjà sur internet, c’est vraiment un mystère, holala !

Sûrement une tentative des producteurs de me couper l’herbe sous le pied en se spoilant d’abord. Mais ils ne m’auront pas : spoilons, mes bons !


L’affiche : des flammes (un peu), des débris qui tombent (beaucoup), des personnages avec des pouvoirs qui peuvent tout régler en deux minutes et des voyages dans le temps… mais comment diable ce film pourrait-il se vautrer ?

Notre film s’ouvre sur l’ami Œil de Faucon, qui est bien occupé par sa tranquille petite vie au fin fond de la campagne américaine. Lui et sa famille profitent du beau temps pour s’amuser dehors et préparer un fabuleux pique-nique, quand soudain, notre archer préféré découvre que sa fille a disparu pendant qu’il avait le dos tourné. Mais ? Il se tourne vers sa femme pour lui demander si elle n’aurait pas vu Léa-Leeloo (Œil de Faucon est l’ennemi juré des officiers d’état civil), mais voilà qu’elle aussi a mis les voiles sans explication ou lettre de divorce, et le tout avec ses deux fils. Ne restent derrière eux que des cendres qui se dispersent en l’air.

Quand Œil de Faucon, avait parlé d’après-midi barbecue, il ne pensait pas à cela, voilà qui est bien embêtant. Disons-le : il est confus.

Mais le public l’est moins, car lui sait : 50% de tout ce qui est vivant vient de disparaître suite au terrible claquement de doigts de Thanos à la fin du précédent film. Et il se trouve que la famille d’Œil de Faucon a visiblement toujours été assez malheureuse aux jeux. Ne reste donc à notre héros que son arc, ses flèches, et une grosse envie de distribuer les secondes avec le premier sur le tout venant.

Laissons notre ami là où il est, et bondissons à l’autre bout de la galaxie, où un vaisseau spatial dérive dans l’espace. À son bord, Tony Stark, bien mal en point, enregistre un ultime message pour sa femme, Pepper.

« Pepper, ma chérie, écoute, je suis désolé mais si tu as vu le précédent film, tu te souviens que je suis allé me bagarrer avec Thanos sur une planète lointaine, et comme tu as pu le constater, ça ne s’est pas bien passé. Et sur le chemin de retour, paf, la panne sèche. Là, ça fait 22 jours que je dérive dans l’espace avec pour seule compagnie une cyborg extra-terrestre un peu neuneu.
– Je m’appelle Nébula et vous le savez, arrêtez maintenant Monsieur Stark !
– Oui, bon, Neuneubula, si tu veux. De toute façon, c’est un personnage qui n’intéresse personne. Bref, elle et moi, on va mourir comme deux tanches, puisqu’on a fini hier le dernier paquet de Chocapics du bord. Je suis désolé Pepper, mais je crois que je ne vais pas pouvoir te retrouver sur Terre. En tout cas, je tenais à te dire une dernière chose… j’ai toujours eu du mal avec le fait que tu t’appelles Poivre. Entre Neuneubula et toi, je suis gâté. »

Mais soudain, voici qu’une vive lumière à l’extérieur du vaisseau attire l’attention de Tony Stark. Mais qu’est-ce que c’est ? Qui donc roule en plein espace en plein phares, hein ? Tony Stark s’apprête à faire des appels quand il aperçoit flottant devant le cockpit…

« Ho ! Une Madame !
– Oui, je suis Captain Marvel ! Et je…
– Il ne faut pas rester là Madame ! C’est l’espace dehors, c’est dangereux ! Et puis, mettez un casque, vous me faites froid ! »

Captain Marvel doit se retenir très fort de ne pas claquer deux beignes au naufragé multimilliardaire, et décide de plutôt concentrer son énergie à… pousser le vaisseau. Oui, comme une vulgaire deux chevaux en panne de batterie sur une départementale. Mais comme Captain Marvel est très forte, elle pousse tant et si bien l’appareil à la dérive qu’en deux minutes, pif pouf, tout ce petit monde arrive sur Terre, ah, on ne perd pas de temps. Merci Captain Dépannage, tu es bien urbaine. Sitôt le vaisseau posé, les portes s’ouvrent et en descend le très affaibli Tony Stark, qui tuerait bien pour quelques Chocapics de plus. Mais déjà, il est heureux de constater que Captain Marvel l’a gentiment déposé au QG des Avengers, et donc, de voir que tous ses amis ne sont pas morts. Ainsi, il retrouve Captain America, Bruce Banner aussi connu sous le nom de Hulk, la Veuve Noire, son vieux pote War Machine, Thor qui est un peu dépressif depuis qu’il a perdu tous ses amis, Rocket le raton-laveur, et Pepper, qui n’aime pas trop arriver derrière le raton-laveur dans l’ordre des citations, mais c’est comme ça Pepper. Surtout que tout le monde sait que ton nom complet est Traversdeporc-Sel-Poivre. Alors hein !

Et en plus, maintenant que Captain Marvel est de la partie, tout le monde fait le point.

« Nous avons perdu tant d’amis… qu’allons-nous faire à présent ?
– Péter la gueule de Thanos.
– Alors oui Captain Marvel, c’est intéressant comme plan, mais on ne sait même pas où il est. Il s’est téléporté à la fin du dernier film, pif pouf.
– Je le trouverai d’abord PUIS je lui péterai la gueule, alors.
– Non mais… bon. Reprenons : d’où vous sortez d’abord, hmmm ? Parce que vous n’étiez pas là lors du combat contre Thanos, et on avait bien besoin de vous !
– Je voyage dans l’espace. D’autres planètes avaient besoin de moi. Je suis venue lorsque j’ai reçu le signal de Nick Fury grâce au bipper que je lui avais laissé il y a des années. »

D’autres planètes qui avaient des trucs plus importants à régler qu’un type voulant exterminer la moitié de l’univers ? Un autre mec proposait d’exterminer 75% de l’univers au même moment ? Et sinon, sans le signal de Nick Fury, tu n’aurais pas deviné toute seule que tiens, 50% de la population qui se transforme en restes de charpente de Notre Dame, c’est peut-être pas juste une épidémie de rhume, faudrait s’y intéresser ? Apparemment, non. Si on n’appelle pas Captain Marvel, elle ne remarque rien. Elle est un peu distraite, alors.

Thor explique gentiment à Captain Marvel que bon, lui est un dieu, donc si elle est plus puissante, ça commence à devenir un peu cheaté cette affaire ma bonne dame.

Mais nous aurons l’occasion d’y revenir, car le vrai problème, c’est que Captain Marvel est un personnage surpuissant. Or, plus un personnage est puissant, plus il a tendance à pouvoir plier l’intrigue en deux minutes. C’est donc compliqué à intégrer, et a une fâcheuse tendance à générer des hordes d’incohérences tant aucun obstacle ne devrait lui résister. Ne manquerait plus que des voyages dans le temps pour avoir une intrigue qui se roule dans le caca.

Et nous savons tous dans quelle direction nous allons, aussi, mettez du papier journal sur les murs : ça va être sale.

En attendant, alors que tout le monde se demande où est Thanos, voici que Neuneubula s’avance parmi les Avengers.

« Non mais c’est bon, moi je sais où il est.
– Pardon ? Mais ?
– J’étais sa fille adoptive. Et il passait son temps à me dire « HOLALA QUAND J’AURAI FINI MON SUPER PLAN J’IRAI ME CACHER DANS MON JARDIN SECRET  ! »

Allez, on n’en est qu’au début et ma boîte à « Ça alors ! » tremble sur son étagère. Quel gros coup de bol que Thanos soit particulièrement bavard quant à ses cachettes secrètes ! Et mieux encore, voici que Rocket détecte à l’autre bout de l’univers, et précisément sur la planète Jardinou, un énorme dégagement d’énergie, exactement comme lorsque Thanos a utilisé les pierres pour meuler la moitié de l’univers ! Décidément que de coïncidences, c’est fabuleux ! Allez les amis, en route, on a un gros monsieur mauve à tataner !

Au même moment, sur la planète Jardinou…

Thanos est tranquillement en vieux t-shirt (si, si) à s’occuper de son potager, ne lui manque que le jean trop bas qui laisse entrevoir le sourire du plombier, lorsqu’au moment de rentrer chez lui se préparer une petite salade chèvre-poivrons, les Avengers lui tombent sur le coin de la truffe ! L’un l’immobilise, l’autre lui pète le nez et… THOR LUI COUPE LE BRAS ! Oui, celui avec le gant pour ne pas qu’il l’utilise !

Je ne vous cache pas qu’à ce stade, le public dans la salle soupire en se demandant pourquoi ils n’ont pas commencé par ça dans le premier film. J’imagine tellement le briefing des Avengers avant d’aller l’affronter.

« Bon les mecs, on va affronter Thanos, et son arme secrète, c’est son bras. Il peut tous nous tuer avec. Alors quand on arrive on…
– LUI MET UN BOURREPIF !
– Ouiiii Captain Marvel, mais encore ? On vise le…
– Le genou ? La cheville ?
– Non Captain America. Allez, on se concentre, regardez, je dessine la zone sur ce petit schéma. On lui coup le b… le b… ?
– Le biceps ?
– Bon, vous êtes tous débiles, mais le biceps, ça ira comme réponse. »

Oui, chez les Avengers, c’est comme à l’oral du bac : tu files des points même aux andouilles, ça fait plaisir au public.

Hélas pour nos amis sur la planète Jardinou, une fois le gant de Thanos tombé au sol… point de pierres d’infinités sur icelui !

« THANOS ! OUKÉSONLÉPIER’!
– Du calme Monsieur Thor, vous parlez trop vite, je ne comprends rien.
– Pardon. Je disais : sauriez-vous où se trouvent les pierres d’infinité qui à mon grand étonnement ont quitté votre possession ? Et accessoirement : petit bâtard ?
– Mais oui… je les ai… détruites ! C’est ça, le dégagement d’énergie que vous avez détecté. Sans elles, vous ne pourrez jamais ramener vos amis. Je voulais que mon oeuvre soit définiti.. »

Scouic. Thor, grognon, le décapite d’un grand coup de hache, et l’affaire est pliée.

Voilà voilà. Thanos le méchant a été tué en une minute chrono. Eh bien, je veux bien qu’ils l’aient trouvé un peu affaibli, mais là, on parle quand même d’un mec qui collait sa raclée à Hulk d’une main dans le film précédent. On va dire qu’il n’avait plus envie de vivre après avoir lu le script du film. Quelque part, je le comprends.

Thanos est mort, les pierres détruites… que reste-t-il à faire ? Ma foi : rien.

Aussi, bondissons de cinq ans en avant.

La Terre panse ses plaies. Les gouvernements se sont pour la plupart effondrés suite à la disparition de 50% de leurs électeurs (même si dans certains arrondissements de Paris, ils votent encore), les gens sont tous traumatisés par ce qui est arrivé, et d’immenses monuments sont dressés pour se souvenir des noms des milliards de disparus. Autant le dire : l’ambiance n’est pas au tournage de slips (ce qui ne veut pas dire que ça n’a pas été essayé). Ce pourquoi Captain America, en bon boy scout, use d’une partie de son temps pour aller dans des groupes de parole aider les gens à surmonter la douleur.

« Moi, j’ai pleuré lors de mon dernier rencard. Et le mec en face aussi. On n’arrive pas à surmonter ce qu’il s’est passé.
– Je comprends les amis. C’est dur de perdre les siens. Vous savez, moi, j’ai dormi 70 ans dans la glace, alors à mon réveil, il ne restait plus grand monde non plus et…
– Non mais c’est pas ça le problème.
– Ah bon ? Ben c’est quoi alors ?
– Le plan de Thanos. C’était tellement con qu’on ne s’en remet pas. Pensez-vous : éradiquer 50% de tout ce qui vit pour que l’autre moitié dispose de plus de ressources… non seulement c’est con puisque ça n’est qu’une solution temporaire, mais en plus, faut pas oublier que l’agriculture et l’élevage, c’est du vivant. Donc si tu réduis la population de 50%, mais qu’il y a aussi 50% de blé et de riz en moins… ben ça revient au même. »

Captain America réfléchit très fort, jette son bouclier dans la gueule de cette fripouille qui relève les erreurs du script, et avant que quiconque ne puisse réagir, il s’enfuit en courant vers la scène suivante.

Captain America n’arrive pas non plus à surmonter la nullité crasse du scénario.

Qui s’avère être la Veuve Noire occupée à faire un point avec différents Avengers dispersés aux quatre coins du globe, voire de la galaxie. On y apprend ainsi que Œil de Faucon, devenu tout bougon depuis que sa famille sert à donner du goût aux patates braisées, s’est transformé en justicier solitaire qui massacre des gangs entiers partout où il passe. Quant à Captain Marvel…

« Captain Marvel, vous, ça va ? On vous voit bientôt ?
– Non je… j’ai… des trucs à faire.
– Okay, et donc, on peut vous joindre au besoin ?
– Euh… non. Non, parce que sinon, vraiment, je vous plie le film. Je vais donc plutôt aller faire caca. »

La Veuve Noire approuve : surtout, quoiqu’il arrive, elle ne la dérangera pas. Le caca, c’est sacré. Mais alors qu’elle en est à ces considérations, voici que Captain America se pointe.

« Je déraaaange ?
– Non, je parlais caca avec Captain Marvel. D’ailleurs vous commencez à faire chier à tous être capitaines, là. Y a pas un lieutenant quelque chose ? Un général bidule ? C’est une vraie armée mexicaine votre affaire.
– Je vous arrête tout de suite : j’ai expulsé ce petit rabouin de Captain Mexico hier. Mais si, rassurez-vous, on a d’autres gardes parmi nous.
– Vraiment ?
– Oui. On a le caporal Roudoudou, mais avec Iron Man, on l’a enfermé dans son casier, il faisait rien qu’à nous demander pourquoi on a pas coupé le bras de Thanos dans le film précédent comme on a fait là. C’était lourd.
– Vous avez bien fait… dites-moi, vous avez deux minutes, Steve ? J’aimerais vous faire mon numéro de femme brisée par les événements. J’ai perdu tant de gens que j’aimais, Steve…
– Un peu comme une Veuve par exemple ?
– Oui, un p… ah merde, oui, c’est vrai que c’est pas très cohérent de s’appeler la Veuve Noire et de ne pas supporter la perte de ses proches.
– Allez, ça va, c’est plutôt une bonne nouvelle de ne pas vraiment être une veuve. D’ailleurs, c’est aussi une bonne nouvelle de ne pas être n… »

Vite, que quelqu’un interrompe les réflexions politiques d’un américain moyen de 1945 ! Et ça tombe bien, car à ce moment-là, voici qu’arrive à la porte de la base des Avengers… Scott Lang, plus connu sous le nom de Ant-Man ! Mais d’où sort-il celui-là ? Vite, nos amis le font entrer pour savoir ce qu’il veut. Et Scott de rejoindre les deux compères dans leur bureau pour s’expliquer.

« Vous me reconnaissez ? C’est moi, Ant-Man, l’homme fourmi ! Je sais faire des trucs de fourmi, comme piquer du sucre ou tomber malade en touchant des pièges qui… vous vous en foutez, c’est ça ?
– C’est ça.
– Bon écoutez, vous avez vu Ant-Man 2 ? Ou vous vous en foutiez aussi ?
– Aussi.
– Vous me facilitez pas la tâche. Mais allez : à l’arrière de ma camionnette, j’ai une super machine à explorer des dimensions quantiques.
– …
– C’est une sorte de tuning, vous ne pouvez pas comprendre. Bref, j’étais pépère à explorer une dimension quantique, avec ma nana pour me ramener en cas de souci quand soudain, paf, Thanos ! Et il fait passer ma nana du siège passager au cendrier en deux-deux. Aussi, je suis resté bloqué dans ma dimension merdique cinq heures selon moi, mais pour le monde, ce furent cinq années ! Alors me revoilà, parce que les enfants, vous seuls pouvez m’aider, les Avengers. Je crois que j’ai une idée. Si les dimensions quantiques ont une temporalité différente… on pourrait s’en servir pour voyager dans le temps, et sauver tous les gens qui sont morts !
– Votre discours a l’air complètement absurde. Mais bon, c’est vrai qu’on n’a rien de mieux. Allons en parler à un bon ami scientifique qui pourrait nous aider. »

Et tous trois prennent la voiture pour rendre une petite visite à Tony Stark qui depuis qu’il s’est retiré des affaires vit… dans une maison isolée à la campagne.

Bon, c’est quoi cette affaire ? Pourquoi TOUS les héros qui se retirent s’installent tous dans une caricature de maison américaine dans un coin paumé ? Personne ne prend sa retraite en ville ? Ou même dans une minuscule bourgade ? Non : il faut une demeure perdue avec un porche sous lequel se balancer en contemplant le drapeau qui flotte sur la pelouse, pendant qu’au loin, tes enfants jouent en plein air, puisque c’est connu, aucun ne préfère sa console. Même Thanos s’était replié dans une petite cabane proche de la nature, alors que moi, je l’aurais bien vu prendre un petit F2 à La Bourboule et faire ses courses au marché en charentaises en traînant son petit caddie en tissu derrière lui. Enfin, revenons à la ferme Stark.

Captain America, la pas-trop-Veuve Noire et Ant-Man débarquent ainsi pour trouver Tony Stark occupé à jouer avec sa toute jeune fille.

« Bonjour les amis, cela fait plaisir de vous voir ! Que puis-je pour vous ?
– Ant-Man ici présent dit qu’on pourrait voyager dans le temps pour sauver tous les gens qui ont disparu. Qu’en penses-tu ?
– Que c’est naze. On ne peut pas changer le passé. Il faut avancer et ne pas croire en ces conneries, le voyage dans le temps est impossible. »

Dit le mec qui a combattu Thanos et sa pierre du temps permettant de le remonter. Les scénaristes, vous le dites si on vous emmerde, hein.

« Mais vous pouvez rester manger. Pepper a préparé son plat signature.
– Le travers de porc, sel, poivre ?
– COMMENT LE SAVEZ-VOUS ? »

Tony préfère congédier ces gens venus lui donner de faux espoirs, et le trio déçu décide d’aller rendre visite à Bruce Banner, autre scientifique de génie, qui lui, a passé ces 5 dernières années à accepter le Hulk en lui, et est désormais en permanence sous sa forme de Hulk, mais avec son intelligence humaine (comprendre : de personnage Marvel, ce qui veut dire qu’elle fluctue beaucoup selon les besoins du script). C’est donc un bien brave géant vert qui écoute nos larrons… et décide que cette histoire de voyage dans le temps n’est pas aussi stupide que cela.

Pour rappel, Ant-Man se promène avec une machine quantique installée à bord d’un van dont le klaxon joue la Cucaracha. Et ce n’est même pas une blague.

Hulk accompagne ses camarades jusqu’aux locaux des Avengers, et se met à travailler sur une machine temporelle. Pendant que Tony Stark de son côté, poussé par la curiosité, étudie aussi ce qui pourrait être fait, tant il n’arrive pas à complètement décrocher de tout cela. C’est Ant-man qui s’y colle pour les essais, car pour faire le voyage, il faut se réduire en taille jusqu’à atteindre la fameuse dimension quantique, et donc, avoir avec soi de la molécule de Pym, le célèbre carburant de la combinaison d’Ant-Man et inventé par Jean-Michel Pym, inventeur de la combinaison qui rétrécit, mais surtout célèbre pour les petits gâteaux qui portent son nom. On a peut-être laissé Thanos détruire la moitié du monde vivant, mais par contre, jamais il n’a pu mettre la main sur les Pim’s, faudrait voir à pas déconner. En attendant, Ant-Man explique un peu de quoi il retourne :

« Attention les petits gars, je n’en ai pas beaucoup
– Des petits gâteaux ?
– Non, de la molécule ! Et M. Pym a disparu comme une bonne partie de la population, donc il faut économiser les ressources, nous n’auront le droit qu’à deux essais et… oh ben non j’ai appuyé sur le bouton de ma combinaison par erreur : un seul essai alors ! »

Vous le saurez, Ant-Man est en charge du quota de gags du film. D’ailleurs, le test temporel de Bruce Banner ne marche qu’à moitié : il parvient bien à renvoyer Ant-Man dans le temps et à le récupérer, mais un coup il est trop vieux, puis trop jeune, puis bébé (« Haaaaan ! » font les gens dans la salle tant ils ne voient visiblement déjà pas assez de vidéos de bébés sur internet)… jusqu’à ce qu’enfin, ils récupèrent un Ant-Man en plus ou moins bon état.

Il reste cependant à travailler, car tout cela est très imparfait : si les Avengers finissent tout vieux à chaque voyage dans le temps, leur prochaine licence risque de s’appeler Captain Pampers.

Heureusement, c’est à ce moment précis qu’une voiture arrive à fond les ballons. Et qu’on nous fait un gros zoom sur sa marque. C’est une… e-tron. La voiture de Tony Stark, dont le nom fait rire tous les Français ayant à la fois un minimum de vocabulaire et encore une passion secrète pour les blagues à base de caca (vous savez que vous en faites partie, il suffit). Et Iron-Man et ses amis anglophones d’ignorer le ridicule de la situation, alors que ce bon M. Stark débarque pour expliquer à Captain America ce qu’il fait là.

« Écoutez, j’ai réfléchi à votre théorie, là, et elle a un défaut. Laissez-moi deviner, Ant-Man a été transformé en bébé ?
– Vous ne pouvez pas le savoir à moins d’avoir lu le script, puisqu’au premier essai, il est revenu en vieux, pas en bébé.
– Oui, bon, c’était pour faire le mec intelligent, mais comme chacun sait, quand on ne sait pas écrire un personnage malin, on lui fait juste deviner l’impossible. En tout cas, votre souci, c’est que vous n’avez pas envoyé Ant-Man à travers le temps, mais le temps à travers Ant-Man. J’ai bidouillé une paire de trucs de mon côté, vous allez voir, on va être bien. »

Et effectivement : promptement, Tony Stark, Ant-Man et Hulk mettent au point une machine à voyager dans le temps fonctionnelle. Vient alors la question… qu’en faire ?

War Machine tente sa chance, et propose à Hulk de retourner dans le passé tuer Thanos, voire Thanos bébé. Une option classique, mais efficace. Alors pourquoi pas ?

« Non, ce serait vilain. Et puis bon, je vous explique : le voyage dans le temps ne permet pas de modifier le passé. »

Ho bon sang, je ne sais même pas par où commencer.

Alors, déjà :
– Si, parce que le Dr Strange l’a fait, mais apparemment, Marvel ne regarde pas ses propres films, et je les comprends.
– Ensuite, si vous ne pouvez pas modifier le passé, pourquoi construire une machine pour y aller faire du rien ?
– Enfin, je veux bien qu’on m’explique pourquoi, je ne demande qu’à apprendre. M. Hulk ? On vous écoute.

« Changer le passé pour modifier le futur, c’est absurde ! C’est impossible ! Si vous voyagez vers le futur, vous ne pouvez pas modifier votre passé, n’est-ce pas ?
– C’est vrai.
– Bon, eh bien si je vous fais voyager en sens inverse dans le temps, c’est pareil ! Votre passé devient votre futur, et votre futur, votre passé, donc vous ne pouvez plus changer votre futur car il est devenu votre passé ! »

Diego ? Va chercher mon dictionnaire des termes scientifiques, c’est pour qualifier ce raisonnement avec des termes exacts. Alors… voyons… C… C… C… ah ! Ici : Complètement con.

Mon petit Hulk, ton analogie ne tient que si on suppose que les gens qui remontent le temps… le parcourent constamment en sens inverse. Sauf que non : ils le remontent jusqu’à un point précis, puis se remettent dans le bon sens (et je ne parle même pas de retourner à leur époque : non, le temps ne se déroule pas à l’envers là où ils sont allés, ils sont dans le même sens que les autres). Un peu comme une rivière que l’on remonterait : quand tu as fini de la remonter et que tu coupes le moteur, hop, tu la redescends avec les autres. Voire tu peux remettre le moteur pour aller plus loin en aval, plus vite, et retrouver l’endroit d’où tu avait commencé à remonter.

Donc, ce que tu dis mon bon, c’est tout pourri, et en plus complètement incohérent.

Mais bon, soyons aimables, car vous savez comme les scénaristes se plantent toujours avec les voyages dans le temps, et mettons : okay, les mecs ont inventé une machine à aller dans un passé qu’ils ne peuvent pas modifier. Ce qu’il faut traduire, en termes de mauvais films, par « La machine ne peut pas tuer Thanos sinon le film s’arrête là« . Habile. Bon, allez, soyons bon public et acceptons ce principe (et on dira que je suis de mauvaise foi, je vous jure). Mais alors, que faire avec cette machine ?

« Il faut bien réfléchir, car nous n’avons que deux doses de molécules de Pym par personne, donc seulement de quoi faire deux voyages. »

Soudain, une porte claque, et une silhouette se présente à l’entrée de la salle de réunion des Avengers.

« CAPORAL ROUDOUDOU !
– Oui, excusez-moi, j’ai été agressé par de mystérieux inconnus qui m’ont enfermé dans mon casier. Je ne suis pas trop en retard ? Non parce que là Monsieur Ant-Man, j’arrive juste à temps : vous étiez en train de dire des carabistouilles.
– Ah oui ? C’est pourtant vrai qu’on n’a que deux doses par personne !
– Déjà, non. Parce que vous n’en aviez même pas deux pour une seule personne pour les tests. Donc si maintenant on en a deux par personnes, c’est que vous savez reproduire ladite formule. 

– Ah merde je… heu… on n’a qu’à dire qu’on a trouvé un vieux stock sous un tapis mais que c’est tout, pas plus ?
– Dans ce cas, enfin, je veux juste aider, vous remontez le temps et vous piquez juste sa formule à Monsieur Pym. Comme ça, hop, carburant illimité en cas d’accident.
– …
– Ou encore plus simple : vous remontez le temps pour aller voir le Docteur Strange, vous lui expliquez la situation, il vous croira puisqu’il peut voir le futur pour le confirmer, et hop, il vous passe la pierre du temps, voire vient nous aider directement. Voyages illimités au pire, et un allié de poids en plus de cela au mieux.
– C’est que…
– Ou alors vous appelez Captain Marvel, puisqu’elle peut tout boucler en deux minutes, vous lui donnez toutes vos doses, et elle s’occupe de tout.
– je… SILEEEEEEENCE !
– Monsieur Stark ?
– Alors déjà, non ! NON ! Captain Marvel est partie faire CACA et on ne la dérange pas ! Parce que le CACA c’est SACRÉ ! Il ne s’agit que de sauver l’univers, on ne va pas l’embêter avec ça !
– Mais…
– À la place, on va se faire chier à bricoler AUTANT de combinaisons permettant le voyage dans le temps que nous sommes, et envoyer des gens pas du tout qualifiés voire un peu foufous dans les couloirs du temps, comme Œil de Faucon qu’on a récupéré entre deux scènes alors qu’il faisait le ninja au Japon, ce qui en plus, est de l’appropriation culturelle ! Vilain Œil de Faucon !
– Que…
– Je propose qu’on aille voler les pierres d’infinités dans le passé parce que je vois PAS DU TOUT comment ça pourrait mal tourner pour le futur !
– C’est…
– Et on va aller les chercher aux PIRES moments qui soient ! Genre pendant la bataille de New York du premier Avengers, alors qu’on pourrait simplement aller récupérer les pierres quand ce n’est pas dangereux et à des moments où l’on sait aussi où elles sont, comme par exemple, quand on avait le Tesseract ou le Bâton de Loki en sécurité chez nous, ou aller taper à la porte de Strange !
– Mais enfin, ça n’a absolument aucun sens c’est… »

Et Tony Stark de saisir le casier le plus proche pour savater le caporal Roudoudou avec jusqu’à ce qu’il ait disparu dedans.

Oui, je vous ai passé la séquence où Œil de Faucon se déguise en ninja avec des accessoires qui feraient rire même un cosplayer.

Voilà. Le plan de Tony Stark consiste à aller récupérer les six pierres à six moments plus ou moins critiques au prétexte qu’au moins, les Avengers savaient où elles étaient à ces moments-là.

C’est absolument nul. Ce film est une blague entre scénaristes bourrés, c’est impossible autrement. Et pourtant, il y a en plus non pas un, mais deux réalisateurs : Joe Russo et Anthony Russo. Et pourtant, à la vue du film, c’est limite si on n’a pas l’impression qu’il n’y a qu’un demi Russo.

Voilà. Avengers : Endgame, c’est ça. L’histoire de mecs qui inventent une machine à voyager dans le temps qui peut les emmener faire du tourisme n’importe où, et qui s’en servent pour visiter Hiroshima au matin du 6 août 1945.

Que voulez-vous que je vous dise ? Sachant que dans l’immédiat, je soupire si fort que j’utilise ma propre cravate comme bâillon improvisé ?

Mais, allez : voyons comment cela se déroule.

La fine équipe se divise en groupes (évidemment), qui vont à différents endroits :

– Ant-Man, Tony Stark, Hulk et Captain America se rendent à New York durant la fameuse bataille, pour y récupérer le Tesseract, le sceptre de Loki, et la pierre du temps dans le manoir de Strange.
– Œil de Faucon et la Veuve Noire iront sur la planète pourrie où Thanos a tué sa fille pour avoir la pierre d’âme
– Neuneubula et War Machine iront voler la pierre de pouvoir sur une autre planète peu avant qu’elle ne soit volée par Star Lord
– Thor et Rocket iront voler la pierre d’esprit à Asgard, là encore, un jour pourri

Passons en revue comment cela se passe pour les différentes équipes.

Thor, qui est devenu bedonnant et alcoolo après 5 années passées à déprimer, se faufile à Asgard, et pendant que Rocket vole la pierre, lui croise sa môman, qui dans le futur, est toute morte, aussi en profite-t-il.

« Môman ! Tu es moins morte !
– Oui mon fils… du futur.
– Comment tu le sais ? C’est parce que j’ai pris du bide et que je sens la Kro ?
– Non. C’est parce que j’ai été élevée par des sorcières, et que le futur ne m’échappe pas.
– Ah bon ? Mais alors pourquoi tu n’as prévenu personne pour Thanos ?
– HOLALA BON IL SE FAIT TARD, TU DEVRAIS REPARTIR VERS TON FUTUR MON LAPINOU ! »

C’est donc bon pour Rocket et Thor. Même si Thor au moment de partir… tend la main pour appeler son marteau ! Et ça fonctionne Il vole ainsi son marteau dans le passé, et le ramène dans le futur. Mais alors comment fait son lui-même du passé sans son marteau ? Il ne viendrait pas de modifier un peu l’histoire, là ?

Vite, des effets spéciaux pour faire oublier le spectateur ! Et suivons une autre équipe.

Œil de Faucon et la Veuve Noire se retrouvent sur la planète pourrie où pour récupérer la pierre d’âme, il faut sacrifier quelque chose que l’on aime, comme par exemple, une dédicace de Patrick Balkany. Mais n’ayant pas cela sous la main, nos héros rivalisent d’esprit de sacrifice, chacun jurant que c’est à lui de se suicider pour que l’autre puisse retourner dans le futur avec la pierre. Ils finissent par se taper dessus en hurlant « Naaaan, c’est moi qui doit être mouruuuuu ! » (et manquent de se tuer tous les deux, ce qui aurait été rigolo, notez), mais finalement, c’est la Veuve Noire qui gagne le concours de qui est la plus bête, et se sacrifie lors d’une séquence relativement inintéressante qui permet à Œil de Faucon de repartir dans le futur avec la pierre d’âme.

C’est bon aussi pour cette équipe ! Quid de Ant-Man, Tony Stark, Hulk et Captain America qui débarquent en plein New York envahi par une armée alien, et où ils doivent s’esquiver eux-mêmes, voire s’affronter (Captain America se retrouve forcé de tabasser sa version plus jeune, par exemple) ? Commençons avec Hulk.

Hulk se rend au manoir de Dr Strange, qui en ce temps-là, n’est pas encore un Sylvain Mirouf interdimensionnel. Il tombe en lieu et place sur l’Ancien, celle qui a tout appris à Strange, et qui à l’époque est la gardienne du manoir et de la pierre du temps.

« Bonjour Madame, je suis Hulk. Pourriez-vous me donner la pierre du temps s’il-vous-plaît ? C’est pour sauver le futur.
– Je ne peux pas faire ça.
– Alors je vais devoir vous péter les genoux et vous les faire mâcher, Madame.
– C’est ignorer une chose… avez-vous vu le film
Docteur Strange ?
– Non ?
– Parfait. Alors savez-vous dire pouët-pouët ?
– Pouët-pouët ?
– CAMION ! »

Et l’Ancien de pincer les tétons de Hulk avec sa magie qui endort son corps, mais propulse l’esprit de Banner hors de son enveloppe. Et comme l’Ancien peut parler aux esprits, ils peuvent discuter en paix, et sans que Banner ne pète des genoux au milieu de la conversation.

Ici, l’Ancien lors des championnats du monde de Pouët-Pouët-Camion 2002.

« Alors ça ! C’est chafouin !
– Et encore, je ne vous ai pas fait pouët-pouët mobylette. Mais parlons un peu. Pourquoi voulez-vous la pierre du temps ?
– Pour empêcher Thanos d’éradiquer 50% de l’humanité. Vous avez une meilleure raison pour la garder ?
– Oui… laissez-moi vous expliquer. Si vous prenez la pierre, nous ne l’aurons plus ici. Et avec une pierre de moins dans l’univers, comment nous défendre contre certaines menaces ? Vous risqueriez de créer une nouvelle ligne temporelle, bien plus sombre où…
– Attendez, attendez, je crois que vous êtes en train de dire qu’on peut modifier le passé, et ça nique un peu nos excuses pour ne pas tuer Thanos et finir le film tout de suite.
– Ah flûte, pardon. Bon, alors écoutez, vous pouvez prendre les pierres, mais il faudra toutes les rapporter pour qu’aucune ne manque jamais à aucune ligne temporelle. Sinon, ça modifierait la…
– Attention vous avez failli le refaire !
– Hohoho, oui, quelle tête en l’air ! Allez, tenez, prenez la pierre et pensez à me la ramener, petit chafouin ! »

Et d’un retour de pouët-pouët camion, elle renvoie Banner dans son corps, puis son corps dans le futur.

Le trio Ant-Man, Captain America et Tony Stark, lui, se débrouille à peu près correctement pour récupérer le sceptre de Loki. Et Ant-Man repart pour le futur avec le butin, laissant derrière lui Captain America et Tony Stark régler un petit souci : ils ont un peu merdé dans l’affaire, et ont laissé le Tesseract… tomber dans les mains de Loki. Pour rattraper cela, et comme ils ont encore une dose du Dr Pym, ils remontent le temps plus loin encore, dans les années 1970, pour aller sur une base secrète, où, dites-voir :

– Le Tesseract était stocké.
– L’agent Carter, l’amoureuse de Captain America, était basée, et il peut donc la regarder de loin avec ses yeux de cocker triste
– Le père de Tony Stark bossait et croisant son fils sans le savoir, lui demande plein de conseils sur l’éducation de son futur enfant
– Le docteur Pym bossait aussi, et a des doses de sa célèbre molécule bien en vue pour que nos héros puissent les voler et repartir en paix

Autant de « ÇA ALORS !« , je pense que ma boîte n’y survivra pas.

C’est donc avec le Tesseract et un gros paquets de raccourcis scénaristiques foireux que nos héros peuvent retourner victorieux dans le futur.

Ne reste qu’un seul groupe… War Machine et Neuneubula.

Et si tout se passe bien de prime abord, puisque War Machine parvient à récupérer la pierre, au moment de repartir dans le futur avec… lui réussit son départ, mais Neuneubula n’arrive pas à lancer le voyage. Son cerveau de cyborg fait des étincelles, voire des blue screens of death, il y a des courts-circuits partout, et elle n’arrive plus à penser clairement. C’est quand elle marmonne « Le cinéma français est très original » ou « N’éteignez pas votre ordinateur durant les mises à jour » qu’elle comprend que son cerveau va mal. Et pourquoi donc tous ces soucis ? Mais tout bêtement parce qu’elle est probablement connectée sur son compte Steam, en même temps que l’autre Neuneubula qui existe déjà dans le passé, et ça les fait merder toutes les deux !

La Neuneubula du passé, qui était pépère avec son Thanos de papounet dans son vaisseau, ne comprend pas non plus pourquoi elle a l’impression qu’elle est connectée depuis deux endroits à la fois. Et qu’elle reçoit depuis le cloud des souvenirs du futur. Comme des enregistrements vidéo, qu’elle diffuse (elle fait vidéoprojecteur, Thanos l’adore pour ses soirées Mario Kart), où Thanos peut ainsi voir la scène du début du film, où il explique qu’il a bien récupéré les pierres, les a bien utilisées, et les a détruites avant d’être tué par les Avengers. Près de lui, sa fille Gamora s’inquiète.

« Papa ? Attends, c’est quoi ton plan une fois que tu auras toutes les pierres ? Non parce que sur la vidéo, tu en parles, mais pas en détails.
– Oooooh trois fois rien.
– Mais ? Au début du film, Neuneubula disait que tu parlais tout le temps de ton plan à voix haute, et que tu lâchais même tes cachettes secrètes ? Alors pourquoi moi je ne sais pas ?
– Ahahaha je… heu… ahaha… écoute, ta gueule, tu veux ?
– On n’aura donc pas une seule scène réussie malgré le budget de ce film ?
– Je ne crois pas, ma fille. En attendant, ce que nous venons de voir veut dire que ce que je compte faire des pierres d’infinité n’est pas suffisant pour rendre les gens heureux… bon, okay, peut-être que tuer 50% de tout ce qui vit peut peut-êêêêtre énerver l’autre moitié du monde vivant, mais vraiment, les gens exagèrent. Moi, je fais ça pour eux. Bon, cela veut dire que je dois utiliser les pierres d’infinité pour un autre plan encore plus radical…
– Donc il nous suffit d’attendre, puisqu’on sait que tu vas toutes les récupérer et t’en servir. Et de simplement changer ce que tu en fais. »

Mais non, ce serait trop intelligent, et encore une fois, cela terminerait le film ici. Aussi, Thanos a un meilleur plan : il parvient à localiser la Neuneubula du futur, la récupère, lui vole l’une de ses doses de molécule de Pym et sa combinaison de voyage… et la fait remplacer par Neuneubula du passé, qui elle, est toujours loyale à son père. Quelle fourberie.

Hop ! Nous revenons donc dans le futur, où tous les Avengers réapparaissent ensemble après leurs différentes missions, avec les pierres d’infinité ! Mission accomplie ! Attendez… il ne manquerait pas quelqu’un ?

« Œil de Faucon ? Où est la Veuve Noire ?
– Maintenant, on l’appelle plutôt la Petite Tache Noire au Fond d’un Ravin.
– Oh ! »

Tout le monde est bien triste, et c’est donc dans une ambiance morose que tous se mettent au travail pour préparer un nouveau gant sur lequel greffer les pierres d’infinité. Iron Man en conçoit un en nano-machines, capable de s’adapter à n’importe quel porteur, parce que c’était pas plus simple de demander « Qui le porte ? » et de faire un gantelet tout con à la bonne taille. Non, là, nos héros bricolent d’abord le gantelet, puis se demandent qui doit le porter. Vu le niveau de ce genre de réflexions, je proposerais bien un singe bonobo qui ferait sûrement plus malin qu’eux, mais il y a déjà d’autres candidats : Thor voudrait bien, cependant c’est Hulk qui l’emporte, car vu que l’utilisation du gantelet a tendance à faire bobo à son porteur, autant prendre le plus costaud d’entre eux.

Notez que c’est peut-être la décision la moins bête du film, alors profitez-en, parce que ça ne va pas durer.

Hulk enfile le gantelet qui s’adapte par la grâce des nano-machines à ses gros doigts boudinés, et hop ! D’un claquement de doigt, et même si la puissance des gemmes lui ravage tout le bras, il ramène à la vie tous les gens qui avaient été transformés en cendres ! Un peu partout dans la galaxie, des êtres vivants réapparaissent 5 ans après leur disparition : humains, extra-terrestres, Kiki le chien, tout le monde est de retour (ce qui doit être rigolo pour les gens qui réapparaissent dans des avions crachés au fond de l’océan après la disparition du pilote, mais passons).

« C’est bon les amis, j’ai ramené tout le monde… y compris les étudiants de Rennes 2. Alors dépêchez-vous si vous êtes là-bas, ils ont 5 ans de blocages à rattraper. »

Mais ça, nos héros ne sont pas là pour le voir, puisque pour l’instant, ils sont dans le QG des Avengers à s’inquiéter pour Hulk qui a quand même dégusté dans l’affaire, et ressemble plus à un gros bol de guacamole qui gémit qu’à un invincible colosse. Tenez : Ant-Man est à deux doigts de tremper un burrito dedans, c’est dire.

Ils ignorent cependant que dans la pièce voisine, un drame se joue : Neuneubula, qui est donc celle du passé qui les a infiltrés, est en train d’activer la machine temporelle pour faire venir… THANOS !

Et attention, pas juste Thanos : le vaisseau géant de Thanos, qui l’abrite lui, Gamora, et une armée de plusieurs dizaines de milliers de créatures, dont certaines grosses comme des immeubles.

Hulk, qui était allongé par terre à se remettre de ses aventures, voit donc soudain au-dessus du QG des Avengers l’énorme appareil flottant dans le ciel.

L’occasion pour lui de réaliser que c’est bizarre, parce que d’après le script, Thanos n’avait qu’une seule dose de molécule de Pym (et elle a servi à envoyer sa Neuneubula dans le futur). Alors comment en a-t-il suffisamment pour toute une armée ? Qui ne porte d’ailleurs pas de combinaison spéciale ? On me répondra qu’en fait, il a peut-être reproduit la formule, et que ce n’est qu’un seul vaisseau qui voyage dans le temps, avec tout son contenu (j’essaie vraiment de trouver toutes les excuses au film, vous noterez). Mais dans ce cas, les Avengers n’auraient-ils pas pu tout simplement économiser des doses en voyageant groupés dans un seul objet, comme par exemple au sein d’une tente Quechua ?

J’essaie d’aider.

Mais le scénario n’en finissant plus de se rouler dans ses propres excréments, il cache ce petit souci en coupant la scène avec un terrible bombardement du QG des Avengers par le vaisseau géant de Thanos. Et attention, ça ne rigole pas, car le QG se retrouve intégralement pulvérisé, au point que rien n’y résiste : murs renforcés, protections blindées, tout est réduit en poudre par la monstrueuse attaque, et tous les Avengers qui étaient plus ou moins dans la même pièce mangent une roquette en plein dans la truffe.

Mais il n’y a pas un mort, ni même une grosse blessure, juste une petite coupure ici ou là, et encore, propre : on est chez Disney, que diable. Les roquettes, ça fait juste de la suie sur le bout du nez.

Ah. Heu… d’accord ? Tout au plus, certains sont coincés brièvement sous des débris, mais même ça, ils s’en tirent bien vite. Quant à Neuneubula, elle a esquivé l’explosion en se cachant derrière le script au bon moment. Et s’en va retrouver son père qui débarque avec toute son armée sur les ruines. Et attend tranquillement que Neuneubula fouille les décombres à sa place pour trouver le gant avec les pierres d’infinité parce que berk, il y a de la poussière partout, il ne va quand même pas se salir, dites voir.

Mais des ruines émergent bientôt Captain America, Thor, et Iron Man. Qui vont trouver Thanos avec les sourcils froncés très fort.

« Thanos ! Que fais-tu ici ?
– J’ai voyagé depuis le passé pour vous prendre les pierres. Apparemment, éradiquer 50% de tout ce qui vit ne vous a pas rendus heureux… alors que vous devriez me remercier.
– D’avoir tué tous les gens qu’on aimait bien ?
– Je vois pas pourquoi vous m’en voudriez pour ça.
– Okay, tu es définitivement très con. Que comptes-tu faire avec les pierres cette fois ?
– Effacer cet univers et en faire un tout beau, tout neuf.
– Fascinant. Et si on se mettait plutôt sur la truffe ?
– Allez ! »

Et tout ce petit monde de commencer la bagarre pendant que leurs petits camarades sont toujours occupés à s’extraire des ruines du QG des Avengers.

Tout le monde se met joyeusement sur le coin du nez, mais contrairement au début du film, Thanos est en forme et leur colle une raclée, au point que même lorsque Captain America parvient à soulever le marteau de Thor (il en est digne, tout ça) et à distribuer des mandales au vilain, il finit quand même dans un sale état, seul, face à un Thanos encore en forme et dont toute l’armée débarque derrière lui.

C’est à ce moment précis que des portails de téléportation de Docteur Strange s’ouvrent derrière Captain America, et qu’en jaillissent tous les héros qui ont été ramenés à la vie : Black Panther, Spiderman, Bucky et son fusil tout pourri, ainsi que toute l’armée du… du Wakanda ?

Non mais les mecs, sachant que vos ennemis sont sensibles aux balles (Bucky ne sert qu’à prouver cela) et aux missiles, ramener une armée qui a autre chose que des sagaies qui lancent parfois un petit laser, du genre une mitrailleuse ou un bon vieil A-10 qui fait brrrrt, non ? Personnellement, j’aurais simplement utilisé le gant pour rappeler Albert Roche. Thanos peut peut-être lutter contre tous les Avengers, mais là, je pense qu’on le retrouvait avec la tête enfoncée jusqu’aux épaules dans son propre rectum. Enfin.

Vous l’aurez compris, c’est évidemment la bataille finale du film, entre les gentils et les méchants.

Ne la décrivons pas ici en détails puisque cela aurait peu d’intérêt et qu’il ne se passe rien de particulier à part des échanges de coups, et retenons que nos héros décident que l’urgence, c’est de ramener les pierres dans le passé pour ne pas que Thanos s’en empare. Sauf que la machine temporelle a été détruite… mais qu’il reste la machine quantique qui était à l’arrière de la camionnette d’Ant-Man ! Camionnette qui a elle aussi survécu à une pluie de missiles, et à l’explosion du QG des Avengers, merci.

J’espère qu’un jour ils feront un héros nommé « Coïncidences Man« , cela sauverait la plupart des films Marvel.

Le vaisseau de Thanos, capable de raser des planètes entières, mais qui n’arrive pas à faire taire une camionnette qui joue la Cucaracha.

Et devinez où la camionnette s’est retrouvée ? En plein milieu de l’armée de Thanos bien sûr ! Il va donc falloir faire une percée et amener le gant avec les pierres d’infinité jusque là ! Les héros se succèdent dans cette rude mission, se font la passe, et tentent d’amener le tout à la machine quantique (qui n’est pas non plus endommagée, décidément !). Mais sur le chemin, Thanos parvient à distribuer suffisamment de claques pour récupérer le précieux gant ! Tout serait donc perdu ?

Non, car voici le deus ex machina fait femme : Captain Marvel !

Qui en moins de dix secondes (vous pouvez compter au cinéma) éclate tout le vaisseau géant de Thanos, atomise tout ennemi sur son chemin, et s’en va taper Thanos en personne pour l’empêcher d’utiliser le gant. Elle aurait été là depuis le début, je vous rappelle que c’était gagné depuis longtemps. Mais non, elle avait plus important à faire : son légendaire caca en lisant Biba.

Thanos est presque vaincu mais parvient cependant à la repousser temporairement en utilisant la pierre de pouvoir pour l’envoyer paître un peu plus loin. Il est donc enfin debout seul sans personne qui essaie de le taper pendant plus d’une demie-seconde, dispose du gant et des pierres et…

Sinon ? Toujours personne pour lui couper le bras et l’empêcher ainsi d’user de son gant ? Non parce que ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé : vous l’avez fait au début du film. Mais non, les héros se contentent de regarder la bouche ouverte, parce que bon, faudrait voir à pas déranger.

Iron Man se tourne vers le Docteur Strange.

« Strange ! Vous avez vu des millions de futurs et on ne gagnait que dans un seul, dites-moi que c’est celui-là !
– Je ne peux rien diiiiiire ! Ce serait spoiiiileeeer !
– Mais ? Vous êtes débile ou bien ?

– Bon allez, je vous dis juste un truc : vous devez attendre sans rien faire, juste encore un peu.
– Vous êtes vraiment certain qu’il n’y avait pas d’autres options plus intelligentes que de laisser tout cela arriver ? Genre simplement tuer Thanos il y a cinq ans ?
– Oui parce que sinon, il n’y avait pas de suite, et on a une licence à exploiter, mec.
– Ah oui pardon. Bon, et en attendant ?
– Justement, vous attendez et vous ne faites rien, merci.
– Vous êtes sûr ? Je ne lui coupe pas le bras tout bêtement, ne lui envoie pas un laser dans le crâne pendant qu’il est occupé à contempler le gant comme un idiot ? Même pas la célèbre technique d’Ant-Man qui va explorer le fondement du méchant et reprend sa taille normale une fois à l’intérieur pour une bonne blague garantie ?
– Noooo…
– Bon. Je regarde ma montre alors.
– Voilà. Attendez… attendez… c’est le moment ! MAINTENANT FONCEZ DESSUS ! »

Iron Man s’exécute, et parvient, comme le gant est conçu en nano-machines qu’il contrôle, à en retirer les pierres en un instant pour s’en emparer sans même que Thanos ait le temps de réagir.

Et faire ça plus tôt ? Désactiver le gant tout bêtement ou le faire rétrécir sur la main de Thanos jusqu’à ce que ça lui broie les didis vu que tu le contrôles ? Non ? Toujours pas ? C’est un concours de qui sera le moins efficace ? Auquel cas, les mecs, vous devriez postuler, je crois que l’administration de l’URSSAF recrute et vous avez toutes les qualifications requises.

Thanos est sans les pierres, Iron Man les fait glisser sur son propre gant et… claque des doigts.

Toute l’armée de Thanos est, à son tour, aussitôt transformée en cendres, et Thanos contemple plein de dépit toutes ses troupes se désintégrer. Avant que ne vienne son tour, et qu’il n’accepte son sort en silence. On notera au passage que sa fille Gamora ne subit pas ce châtiment, le gant ayant sûrement détecté que « elle fait partie de son armée, mais en fait, elle a réalisé que son papa était méchant donc elle peut rester, et puis bon, on compte bien encore tourner des Gardiens de la Galaxie« . Il est fort ce gant.

Si fort que le pauvre Tony Stark a dégusté après avoir utilisé la magie du gant. Et qu’il agonise gentiment. Il a à peine le temps de marmonner quelques adieux touchants et profonds comme « À plus dans le bus » qu’il est temps pour lui de mourir. C’est tragique : la bataille est gagnée, l’univers sauvé, mais au prix de la vie de Tony Stark.

Et de milliers de soldats morts durant la bataille, mais comme chacun sait, ils  n’avaient pas de prénom, donc tout le monde s’en cogne joyeusement.

Nous retrouvons tous nos héros quelques temps après cela, lors des funérailles de Tony Stark, où tout le monde est fort triste, et où tous les héros font la queue pour lui rendre un dernier hommage. Comme c’est beau : Tony meurt, et tous les gens qu’il a sauvés lui font leurs derniers adieux. Mais ensuite, hein, bon, la vie reprend quand même, hein.

Ainsi, Peter Parker, cette grosse tête à claques de Spiderman, peut retourner à l’école retrouver ses amis.

« Ahaha, c’est moi les copains me rev… eh mais ? Houhou ? Où êtes-vous ?
– Peter, c’est toi ?
– Eh mais pourquoi tu fais une tête de plus copain ? Et c’est quoi cette moustache ? Et… M.J ?
– Peter ?
– Mais ? Tu as des roploplos maintenant ? Eh, on échange notre goûter à la récré et tu me laisses les toucher ?
– Peter, tu as disparu pendant une demie-décennie. J’ai 19 ans maintenant, je vais pas sortir avec un mec qui n’a pas dépassé la 4ème en cinq ans.
– MAIS HEUUUUU ! »

Je plaisante bien spur : par un incroyable hasard (Coïncidences Man veille sur ce monde), tous les amis de Peter ont eux aussi disparu 5 ans, et il n’aura pas le loisir de voir M.J le dépasser d’une tête et le mépriser pendant que lui essaie de rattraper des années saisons Fortnite.

« Et je tiens à remercier ma famille et mes amis qui ont tous gentiment disparu 5 ans avec moi pour arranger l’équipe de tournage de mon prochain film. »

Œil de Faucon, de son côté, retrouve sa famille et va pouvoir reprendre ce barbecue entamé il y a bien longtemps et dont les merguez attendent encore. L’Amérique triomphe : Thanos n’a pas eu ses enfants. Par contre, le cholestérol devrait s’en charger.

Thor, lui, est toujours gras, mais moins alcoolo, et décide de partir dans l’espace avec les Gardiens de la Galaxie histoire de protéger l’univers autrement qu’en restant sur Terre. Ne me demandez pas pourquoi, il a envie, voilà.

Quant à Captain America… il a la difficile mission de devoir, comme promis, ramener les pierres d’infinité dans le passé, là où ils les ont trouvées (je suppose qu’il ira posa la pierre d’âme à côté du corps de la Veuve Noire en marmonnant « C’est bon, y en a plus besoin, merci hein !« ) afin que la ligne du temps soit respectée. Et oui, on n’envoie que lui. Parce que… heu… mais si… heu…. voilà.

Il n’empêche que ça va être compliqué, puisque le film oublie un détail. Un tout petit, trois fois rien. Permettez que je me verse un brandy et que je m’installe dans mon fauteuil. Non, ce n’est pas que Captain America oublie de rapporter le marteau de Thor, ce qui est déjà un problème. Non, c’est un détail un poil plus gros : Thanos.

Thanos a quitté le passé pour les attaquer dans le futur. Et maintenant qu’il est transformé en patient du docteur Petiot, ça va être plus difficile de le ramener. Donc, l’histoire est irrémédiablement modifiée : Thanos ne pourra jamais trouver les pierres d’infinités dans le passé et claquer des doigts pour effacer 50% de la population puisqu’il est tout bêtement mort. Autrement dit, le temps vient d’être très, très largement modifié.

Mais le film l’a aussi oublié : ouf, ce n’est pas comme si c’était la thématique principale de leurs deux derniers films à plusieurs centaines de millions de dollars de budget. Ça peut arriver d’oublier un détail aussi petit, comprenez ces braves gens.

C’est donc sur cette énorme incohérence qui fout en l’air tout le film que Captain America part rapporter les pierres… et ne réapparait pas. Hulk, Bucky et le Faucon qui étaient là pour surveiller que tout se passe bien sont un peu étonnés, car d’après les données, Steve Rogers est bien là, tout près d’eux, revenu à leur époque. Ils se tournent alors pour apercevoir un vieil homme assis sur un banc (parce que oui, ils faisaient leur voyage dans le temps en plein air, dans un parc avec des bancs, c’est plus sympa que dans un laboratoire sécurisé tout gris, c’est connu).

Faucon s’approche du vieil homme, qui est bel et bien Steve Rogers.

« Mais ? Steve ? Tu as les cheveux blancs et tu sens un peu le pipi ? Que s’est-il passé ?
– Oui, Faucon, je suis tout vieux maintenant. Vois-tu, quand je suis retourné rapporter les pierres, tout s’est bien déroulé, mais… j’ai décidé que j’étais plus à ma place dans ce passé. Que je pouvais prendre mon temps. Alors je suis allé trouver ma vieille copine, l’agent Carter, je l’ai épousée, et voilà, j’ai fait ma vie avec. Je suis revenu dans le présent par le chemin le plus long.
– Tu réalises qu’on a passé le film à dire qu’on ne pouvait pas modifier le passé, qu’on l’a bouclé sur une énorme incohérence, et toi tu en rajoutes une encore plus énorme ?
– À ce stade, tout le monde s’en fout, c’est absolument n’importe quoi. Et en parlant de n’importe quoi… tiens, je t’ai rapporté mon bouclier, Faucon. Désormais, tu seras le nouveau Captain America. Et comme tu es noir, c’est progressiste.
– Okay mais pourquoi tu me files ça à moi alors qu’on se connait depuis très peu et qu’on est à peine potes, alors qu’il y a juste derrière nous Bucky, ton plus vieil ami ?
– Parce que j’parle pas aux cocos. »

Ah, hé : on est Captain America ou on ne l’est pas.

Voilà. Iron Man est mort, Captain America ne contrôle plus ses sphincters, la Veuve Noire a servi de caution à la location d’une pierre d’âme… c’est la fin d’une époque.

Et c’est donc sur cette dernière image que tout se termine et…

…FIN.

Pendant ce temps, quelque part dans l’au-delà, la Veuve Noire réalise que dans l’affaire, elle fait partie des Avengers depuis le début mais n’a jamais eu son propre film. T’avais qu’à être le Veuf Noir.

Et vous savez ce qu’est le meilleur moment du film ? La séquence post-générique.

En effet, il n’y en a pas.

Ce qui en fait la séquence la moins ratée de ce chef d’oeuvre.


Pour votre information, sachez que j’ai lu des gens expliquant qu’ils avaient pleuré durant le film.

Alors, techniquement, oui, moi aussi, c’est vrai.

Mais il va falloir parler de la couleur de nos larmes.

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Un odieux connard

À noter que Captain Marvel ne semble énervée que par la disparition de NIck Fury ; 50% de la population, bof, ça la touche moyennement.

Quand l'Amérique pleure, elle va souvent se remonter le moral en envahissant un pays au hasard ; tremble, Captain Moyen-Orient !

Quitte à aller au bout du concept, faire dans l'absurde, et ramener un personnage en charge des gags qui maîtrise les voyages dans le temps, Deadpool paraissait un meilleur choix.

Personnellement, j'aime beaucoup son épée qui est visiblement juste un archet de violoncelle couvert de mousse.

On l'appelle aussi le Fléau des Tétons, ou Nipples Bane.

Car non, Thanos n'a pas détruit l'UNEF ; au vu de certains tweets, ces gens étaient déjà cérébralement morts.

Je crois que je vais vraiment écrire un pitch pour Coïncidences Man, il y a quelque chose à faire.

Prochain film où le monde tournera rond, et où le retour de plusieurs milliards de morts près des années n'aura causé aucun problème, vous verrez.

En même temps, c'est ça d'avoir pour seul pouvoir un petit pistolet tout pourri quand tes amis jettent des éclairs et des lasers.

[PA4] Pourquoi devient-on plus altruiste et responsable ?

Après avoir vu les facteurs situationnels et les motivations à sauver, malgré un fort danger pour soi et sa famille, on va explorer ce qui fait naître cette responsabilité altruiste chez les sauveurs.

Cet article est la suite de :

Image d’en-tête : Enfants sauvés, à Chambon sur Lignon ; source : https://www.thetimes.co.uk/article/village-of-secrets-defying-the-nazis-in-vichy-france-by-caroline-moorehead-chatto-2rkbd936zph ; Colorisé via : https://colourise.sg/

Ce dossier est disponible en intégralité et gratuitement en ebook :


Pourquoi y-a-t-il chez les sauveteurs une responsabilité sociale et un altruisme extensif ?


La personnalité altruiste étudiée par les Oliner est donc une série de dispositions à avoir et à appliquer : il s’agit d’une éthique d’aide et de responsabilité sociale extensive, motivée par différentes orientations (empathique, normocentrique, axiologique), qui peuvent se cumuler, avoir divers degrés, se transformer avec les événements (par exemple une motivation normocentrique qui deviendrait plus empathique).

Les Oliner ont découvert que cette personnalité altruiste se forme grâce à un type d’éducation non autoritaire : les principes familiaux sont transmis via de l’affection et de l’amour dans la relation et sont concrets et congruents. C’est-à-dire que les parents parlent non seulement de l’importance de l’aide à leurs enfants et aident effectivement autrui ; ce n’est pas un discours superficiel ou dogmatique, il s’inscrit dans des actes que l’enfant peut voir, imiter. Les enfants ont également été immergés dans un bain d’amour, de liens forts, de proximité sociale.

Louisia raconte par exemple l’unisson de sa famille, cimentée par un très fort lien d’amour :

« C’était le mariage [de ses parents] le plus heureux que j’ai jamais vu. Je n’ai jamais vu des gens si amoureux jusqu’aux derniers instants de leurs vies. »

Elle considère sa mère comme la personne la plus influente de sa vie, comme son « amie » :

« Ma mère m’a principalement influencé par son amour. Elle était chaleureuse, et nous l’admirions pour son esprit, sa sagesse et son intelligence. Elle était notre amie et on pouvait se confier à elle. »

Son père, une personne très religieuse, n’était pas pour autant dogmatique concernant le style de vie des autres :

« Enfant, je ne m’entendais pas avec lui car il était très strict. Il était une personne très dévotement religieuse [qui] nous a grandement influencés avec sa religion sans que nous le sachions. Il n’était pas hypocrite. Il était extrêmement strict pour lui-même et extrêmement libéral envers d’autres personnes. »

Les deux parents lui ont transmis une éthique d’aide et de responsabilité sociale que Louisa a ensuite adoptée pour elle-même :

« Ils m’ont appris la discipline, la tolérance et à être au service des autres quand ils avaient besoin de quelque chose. C’était un sentiment général. Si quelqu’un était malade ou dans le besoin, mes parents l’aidaient toujours. On nous a appris à aider de toutes les manières possibles. Considérer autrui et la tolérance étaient très importantes dans notre famille. Ma mère et mon père ont tous deux souligné ces sentiments. Mon père ne juge pas les personnes qui vivent différemment ou se sentent différentes de lui. »

Il en va de même pour l’autre sauveteuse à motivation axiologique, Suzanne. Elle a vécu dans une famille très unie où les parents ont tous deux souligné qu’il fallait avant tout être une personne responsable. Son père a particulièrement insisté sur la nécessité de « prendre soin de son prochain et sur le devoir de servir d’exemple aux autres ». Elle attribue à son frère de lui avoir « appris à pratiquer et à mener une bonne vie ». Son frère a d’ailleurs été également décoré pour ses actes de résistance.

Semmy Woortman-Glasoog, avec Lientje, un bébé juif de 9 mois qu’elle cachait, à Amsterdam entre 1942 et 1944. Elle était active dans un réseau qui trouvait des familles adoptives, des caches, et de faux papiers pour des enfants juifs. Source : https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/gallery/rescue-photographs ; Colorisé via : https://colourise.sg/

Cet attachement familial, cimenté par l’amour, leur donne un sentiment de sécurité et de confiance envers autrui, y compris lorsque la situation devient difficile. L’altruisme et la responsabilité n’y sont pas que des codes à apprendre, mais se vivent dans leur enfance. Ils ne les apprennent pas comme des leçons scolaires, mais par l’expérience, le vécu, via des modèles qu’ils voient agir de façon cohérente avec leur éthique.

On voit également dans les statistiques l’importance de cette proximité sociale précoce dans le développement de leur personnalité altruiste ; que les sauveurs étaient plus proches de leurs parents que les spectateurs ainsi que d’autres personnes signifiantes extérieures à la famille  :

Il y a un attachement à autrui qui a pu se faire, avec cohérence, et donc ils peuvent voir autrui, même les plus différents d’eux-mêmes, avec confiance, comme un alter-ego, c’est-à-dire à la fois similaire et différent.

Il est frappant de voir que c’est exactement l’inverse chez les idéologues et acteurs du massacre, où il y a d’immenses problématiques d’attachement, comme des incapacités à nouer des relations : Stangl était toujours seul, sans ami de toute sa vie (même ceux qu’il désignait comme ses amis n’ont pas témoigné la même chose), et n’était connecté affectivement qu’à sa femme. Sans doute que la froideur et la violence de son père avait brisé quelque chose en lui ; Hitler n’avait de liens réellement affectifs qu’avec son chien et ses relations n’étaient pas « proches », connectées, mais déterminées par un narcissisme ; dans un exemple plus récent de massacre ethnocentrique, Elliot Rodgers (faisant partie d’un groupe anti-femmes, Incel, et ayant tué 6 personnes et blessé 14 autres personnes) était littéralement incapable de comprendre comment se déroulait une simple relation sociale d’affection et de réciprocité (son témoignage nous offre une multitude d’exemples d’incapacité sociale), cette conscience étant également verrouillée par un fort narcissisme ou l’autre ne peut qu’être considéré comme une sorte d’esclave qui doit se soumettre à ses désirs.

Ici, c’est le contraire : les sauveteurs ont des modèles de relations confiantes, aimantes, connectés aux autres par l’amour, l’affection, la considération, la réciprocité, le respect. Ils ont pu apprendre comment nouer des relations, ce qu’était une belle relation que ce soit avec des proches ou des inconnus très différents d’eux, comment aimer pour aimer (sans voir l’amour comme une relation marchande, conditionnelle, normative) et ils ont gardé consciemment ce modèle (ce n’est pas une influence inconsciente, ils ont à la fois bénéficié de cette influence et l’ont validé parce qu’ils ont senti la portée positive et les bons momentsque cela générait) ; ils l’ont adapté aux circonstances de la vie, même si cette connexion avec autrui était alors liée à un danger de mort et les mettait objectivement dans une insécurité quotidienne constante. Ils pouvaient le faire, parce qu’ils avaient acquis une sécurité psychique forte, grâce à l’affection des proches, une affection et une responsabilité étendue au monde.

Les chercheurs ont remarqué que la transmission de ces principes par les parents se faisait davantage par explication rationnelle :

La grande différence entre ces modes de punitions réside dans l’explication qui leur a été donné par les parents : les spectateurs ont beaucoup été exposés à des punitions « sans raison », « gratuites » (7,6 % des non-sauveurs, 9 % des spectateurs alors que les sauveurs ne l’ont été qu’à 0,9 %), par exemple certains se faisaient frapper sans raison parce que le parent était ivres.

Chez les sauveurs, les deux parents n’étaient pas impliqués dans les punitions violentes ; alors que chez les non-sauveteurs et les spectateurs, les deux parents punissaient, ainsi que d’autres personnes :

Les Oliner interprètent qu’une punition « gratuite » mène l’enfant à conclure implicitement que les puissants ont le droit d’exercer leur volonté de manière arbitraire. Cet apprentissage favorise le comportement de résignation et d’accommodation lors d’une domination injuste. De plus, c’est là aussi une leçon de déresponsabilisation : il est alors considéré normal que des personnes souffrent de façon injuste au grès de la volonté de quelques uns, sans qu’on puisse en comprendre les « mystérieux » motifs de ces dominants. Cela favorise aussi la recherche du pouvoir sur autrui (en prenant le modèle du parent autoritaire), de supériorisation de l’endogroupe sur l’exogroupe, exogroupe dont les membres mériteraient leurs châtiments. Cela rend plus craintif vis-à-vis d’autrui, cela abaisse toute confiance à aller vers l’autre, cela augmente un sentiment d’impuissance à l’égard des événements. Les relations sont envisagées selon un rapport dominant/dominé, il y a une difficulté à envisager les relations humaines comme pouvant être réciproques, égalitaires, horizontales, mutuelles, étant donné que la personne n’a pas connu cela ou a la crainte de la domination (ou désire elle-même dominer l’autre). C’est également ce qu’on voit, plus factuellement et statistiquement dans l’étude sur la personnalité autoritaire.

Résumé des caractéristiques du potentiel fasciste (étude d’Adorno dont on a parlé ici : https://www.hacking-social.com/2017/01/16/f1-espece-de-facho-etudes-sur-la-personnalite-autoritaire/ )

Les Oliner rappellent qu’il ne faut pas pour autant simplifier ces problématiques à une détermination unique qui ne proviendrait que de l’enfance. Le soin à autrui peut se développer avec l’expérience d’amitiés dans des groupes très différents du sien via une forte indépendance et un sentiment de responsabilité vis-à-vis du monde, via le renforcement d’un sentiment de similitude avec toute l’humanité. Des rencontres, amicales, amoureuses, professionnelles provenant d’environnements sociaux très différents peuvent donner cette sécurité affective à la base de la personnalité altruiste. Et inversement, les Oliner rapportent dans Embracing Others, une qu’une personne peut perdre cette sécurité, ces graines de personnalité altruiste au cours de sa vie, si elle a le malheur de vivre dans des environnements qui sapent son développement altruiste.

À noter qu’ils ont également vérifié que cet altruisme était indépendant des circonstances (que ce n’était pas isolé à la situation de la Seconde Guerre mondiale) en observant leurs activités actuelles d’aide à autrui (donc dans les années 80, hors guerre)  :

On voit que l’éthique d’aide se poursuit davantage que chez les spectateurs ou non-sauveteurs.

Mais c’est l’extensivité le facteur le plus important

De cette étude et des réflexions sociologiques, psychologiques, biologiques et philosophiques qui ont suivies avec d’autres chercheurs (dans Embrassing others, 1992), les Oliner en déduisent que nos environnements sociaux (pas que le cocon familial) devraient permettre de développer l’extensivité, qui se décompose en deux concepts, l’attachement et l’inclusivité.

L’attachement, pris seul, est assez répandu : nous savons généralement éprouver de l’attachement vis-à-vis de nos proches, de nos amis, de notre famille et de personnes similaires à nous de par leurs professions, leurs opinions ou leur groupe. Mais s’il n’est pas modéré par l’inclusivité, qui est le fait d’être apte à inclure des personnes très différentes dans nos attachements, alors très rapidement des formes d’ethnocentrisme peuvent prendre le dessus : notre éthique d’aide et de responsabilité peut se suspendre si l’autre est différent, l’autre peut être vu comme membre d’un exogroupe, en ennemi, sous prétexte de cette petite différence qui d’ailleurs n’est pas forcément que d’ordre ethnique, mais peut concerner une opinion différente, un parti pris différent. L’attachement accolé à l’exclusion de groupes un peu différents donne donc les prémisses de l’ethnocentrisme, ou du moins le détachement de son éthique à ce groupe exclu (par exemple dans la décision de soutenir uniquement son groupe et non l’autre, même s’il affronte la même adversité).

Il peut y avoir aussi des postures détachées et inclusives : le détachement est une propension à éviter d’avoir des relations engagées et responsables avec les personnes, à rester distante et séparée. Ce détachement n’implique pas nécessairement de l’ethnocentrisme ou une déshumanisation de l’autre, mais le détaché ne va pas s’impliquer avec les autres, par exemple en n’étant pas avec sa famille et en refusant de participer à ses diverses obligations positives comme négatives. À l’extrême de cette posture, autrui est perçu comme sans valeur ni sens ; la personne détachée peut être néanmoins inclusive, et se battre pour aider autrui mais d’une façon n’impliquant aucune relation. Cependant, étant donné l’absence d’attachement, il peut y avoir des dérives cruelles en terme empathique, comme le rejet des proches au nom de « la cause ».

Quant au détachement et l’exclusion cumulée, il est une déconnexion assez totale avec le monde humain, car il exclut toute relation, lien réel réciproque, respectueux : ce n’est qu’une relation d’exploitation égoïste ou narcissique lorsqu’il y a un « lien » avec une personne. Je pense que l’ autobiographie d’Eliott Rodgers montre particulièrement bien ce cas : il aimerait des relations amicales et amoureuses, mais ne fait jamais l’effort vers l’autre pour le respecter, l’écouter, se connecter à lui, pensant que l’autre va l’aimer parce qu’il est bien habillé ou a une coupe de cheveux particulière. Il ne sait pas s’attacher et attend que l’attachement vienne de l’autre à lui, automatiquement, sans relation. Il rejette l’inclusion en hiérarchisant les personnes, en les étiquetant, en préjugeant de leurs intentions, en voyant leurs activités comme des offenses (par exemple un couple inconnu s’embrassant est interprété comme une attaque personnelle contre lui, c’est son narcissisme très exacerbé qui l’empêche de voir que les personnes ont une vie indépendante de lui). Il n’aime que des personnes extrêmement semblables à lui (par ses activités ou parce qu’ils sont célibataires comme lui) et uniquement parce qu’ils sont à son service (parce qu’ils l’écoutent par exemple), mais dès lors qu’ils expriment un peu d’indépendance (exprimer leurs désaccords avec ses idées ouvertement fascistes par exemple) ils les voient comme des traîtres. Pour ce cas précis, les psychologues pensent que l’éducation « enfant roi » (avec notamment aucun apprentissage de la tolérance à la frustration, le parent étant serviteur de l’enfant et par là même ne lui apprenant pas la vie réelle, avec ses limites) a été un déterminant important de son narcissisme. Les psychologues rappellent que l’inverse, une éducation extrêmement autoritaire, mène aussi vers des problématiques de détachement et d’exclusion des autres (autrement dit, à des personnes assez en accord avec des idées autoritaires ; Rodgers préconisait tout de même de mettre toutes les femmes en camp de concentration et d’interdire la sexualité en général).

Dans le prochain article, nous verrons ce qui pourrait aider à développer plus de responsabilité altruiste, d’attachement et d’inclusivité dans notre monde.

La suite et fin : [PA5] Un monde plus responsable

PNL, la PLS et moi

PNL. 

Si ces trois lettres signifient pour vous Programmation Neuro-Linguistique, apprêtez-vous à perdre quelques neurones ainsi que votre foi en la langue, puisque nous allons ici parler d’un fabuleux groupe de music… rapp… de… disons, de gens qui ont découvert un vocodeur dans leur garage, et qui se sont récemment fendus d’une nouvelle chanson qui met en émoi le bon peuple, avec plusieurs dizaines de millions de vues de leur dernier clip à peine sorti. 

Or, me direz-vous « Mais diable, Monsieur Connard, mais quelle puissante poésie invoquent ces jeunes gens pour ainsi toucher le cœur de tant d’âmes innocentes ?« 

Une excellente question, à laquelle je vais répondre dans quelques instants, mais d’abord, laissez-moi aller cacher mon dictionnaire : il ne mérite pas d’être témoin de ce qui va suivre. Mesdames et Messieurs, il est temps : parlons d’artistes français majeurs de 2019, PNL, et leur dernier clip, Au DD, dont je vous mets le lien ci-dessous afin que vous puissiez constater vous-même que plus que la poésie, c’est la qualité musicale qui prime chez nos amis.

Maintenant, silence : laissons place aux paroles.

Commençons avec le titre « Au DD » qui nous permet de constater l’esprit de synthèse bluffant de nos héros : entre le nom de leur chanson et celui de leur groupe, le mot entier le plus long est « Au ». Tremble, Cyrano, car la beauté de la langue est en marche ! Quant à DD, je suppose que cela fait référence à la commande dd, et que cette chanson est dédiée à toutes celles et ceux qui ont tenté de copier un disque sous Ubuntu.

Cela étant dit, passons au texte, au flow pur et puissant.

Bat les couilles d’l’Himalaya 
Bat les couilles, j’vise plus l’sommet 

Tout commence donc par le spleen, disons-le, de l’un de nos poètes, qui visiblement découragé par des ambitions qu’il n’a su atteindre, le voici réduit à s’engager dans une féroce bataille avec ses propres testicules. Qui gagnera ? Les testicule ou la coucouille qui les moleste ? Et quel était cet objectif inatteignable qui mérite cette déclaration d’abandon ? Réussite sociale ? Reconnaissance ? Ou lecture intégrale d’un épisode de Pif Poche ? Le suspense est insoutenable, dites-m’en plus, PNL.

Mon cœur fait « ouhlalala » 

Un détail important, puisque ce bruit n’est pas normal chez l’humain en bonne santé : c’est l’un des symptômes de l’AVC. Ce qui explique le titre de la chanson : on sent que ces gens auraient bien besoin d’une rééducation orthophoniste. Moi aussi, d’ailleurs, rien qu’au fond musical, mais là n’est pas le sujet. 

Ici, Francis est bien embêté : son cœur fait « Ouhlalala », « Wesh bien ou bien ? » voire « Wallah le scoot! » ce qui est généralement synonyme de gros problème.

Crime passionnel que j’commets 

Que l’on se calme, nulle mention ici de violence conjugale : je rappelle que notre héros ici est engagé, tel un William Wallace des slips, dans une féroce bataille contre ses propres testicules. Qui sont donc les seules victimes de ses excès passionnels. Chaque année, en France, des millions de couilles sont battues dans le plus grand silence, particulièrement lors des cérémonies des Césars. Une pensée pour elles. Merci.

Sur ton cœur, j’fais trou d’boulette 
J’fais tache de sang sur le pull 

Notre rappeur, profondément fragile, fait ici référence à sa maladresse lorsqu’il se roule ses cigarettes magiques : une boulette incandescente est si vite arrivée, et voici un pull ruiné. Un peu comme une tache de sang, tant cela est difficile à faire partir, fut-ce en machine. La métaphore est puissante, mais retenons surtout une chose : l’artiste a un vrai problème bien plus qu’avec la lessive, concernant l’emploi des déterminants. On dit « un trou » et « une tache », comme dans « J’ai déjà vu un trou de balle faire preuve de plus de créativité » ou « Chaque visionnage de ce clip rajoute une tache sur mon âme déjà meurtrie« . 

J’désire nullement vous connaître 
Ni toi, ni ces fils de putes 

On sent le rappeur fragile, un peu timide, qui refuse de rencontrer autrui et s’enfonce dans son jogging tel l’escargot dans sa coquille. Notons cependant que sa timidité ne l’empêche pas de faire des commentaires désobligeants sur les mamans de l’ensemble de la population dont il parle, ce qui est tout de même un peu cavalier, tant chacun sait que les mamans, c’est sacré. Ce qui n’en laisse pas moins que la vraie question est : quel rapport avec les paroles précédentes ? Voire avec la choucroute ? Pourquoi passe-t-on d’une sombre histoire de pull taché à un souci de sociabilisation ? Je vous avoue que je suis un peu perplexe, et que je suis en plus bien embêté quand des rappeurs que je ne connais pas m’adressent gratuitement doigts et commentaires désobligeants. Je dois sûrement louper quelque chose, ils doivent avoir quelque chose en plus que je n’ai pas. Et à vue de nez, je dirais que c’est un chromosome.

J’me tire d’ici si j’m’écoute 
Sang corse mélangé bougnoule 

C’est un peu raciste, mais comme chacun sait : si c’est du rap, c’est okay.

On me dira que j’exagère, mais je ne sais pas. J’ai l’impression qu’on ne laisserait pas passer ça dans n’importe quel autre genre musical. Tenez, par exemple, vérifions la chose sur le champ. Prenons la chansons Avenir, de Louane, et ne changeons qu’un seul vers.

Partie loin derrière, 
Sans trop de raison, 
Tu m’as laissé hier, 
Bougnoule.

Hmmm. Ça sonne curieusement quand même. Je peux déjà entendre le bruit des bûchers qui s’allument sur Twitter. Intéressant, mais passons.

La Lune, j’aime plus, j’vous la laisse

Personnellement, quand je lis « La Lune, j’aime plus », j’ai l’impression de lire un enfant de cinq ans qui ne veut pas finir sa compote. 

Mais il est à noter qu’ici, le rappeur est généreux : il nous rend la Lune. Qui est pourtant l’une des rares choses qui appartient à toute l’humanité. La Lune étant ainsi collectivisée, elle est probablement communiste : raison exacte pour laquelle les Américains allèrent lui mettre des pieds dans la gueule. En attendant, notre fier rappeur nous fait un cadeau, et ça, cela se savoure. Si par contre, il pouvait aussi arrêter de partager l’oxygène avec nous, il serait bien urbain. Et probablement tout bleu, mais c’est accessoire.

J’m’endors sous doré, sous gnôle 
J’suis ni d’chez moi ni d’chez vous 

Ici, la recherche est subtile, profonde : la référence au vagabond ivre est là. Il est de nulle part et de partout à la fois, et se perd dans des paradis alcoolisés. On pense par exemple à Rémi Sans Famille, qui après avoir perdu Capi et Joli-Coeur, sombra dans la 8-6. Qui ne se souvient pas de ces passages poignants où Maître Vitalis lui enseigne comment jouer du diabolo devant Monoprix pour aller se payer une canette de Monster à mélanger avec un fond de vodka premier prix ? Magnifique. La poésie de la rue, devant nous, comme cela au débotté : tenez, je pleure.

Tiens ? C’est du sang. Curieux.

« Wallah Maître Vitalis ! Venez, on va se mettre ienb’ derrière le Carrouf de Créteil-Soleil ! »

Elle veut la bise, elle veut qu’j’la baise 
J’connais la route, j’connais l’adresse 

Là encore, imaginez Louane chanter la même chose, et elle serait assignée au tribunal par dix-sept associations différentes.

Mais là, ça va. Je ne sais pas. Il doit y avoir une sorte d’immunité diplomatique si l’on fait du rap. Ou si l’on a un gros vocodeur. 

En attendant, notons que l’auteur de ces paroles semble confondre un peu vite bise et baise, ce qui peut provoquer quelques complications lorsqu’invité chez Madame Michounet, le rappeur voyant une joue tendue sort sa kikoute en demandant « Chez vous, c’est plutôt deux ou quatre ?« .

J’t’encule sur l’continent d’Hadès 

Comme ça ? Au débotté ? Enculer, d’accord, mais se tutoyer, attendez un peu, tout de même : on n’a pas élevé les pitbulls ensemble.

Quant au continent d’Hadès, j’imagine qu’il est ici question du seul endroit où règne Hadès, à savoir, les Enfers grecs. L’artiste propose donc à l’auditeur de l’enculer en enfer ? Allons, bon ami ! Vous êtes déjà en train d’attaquer mes oreilles, attendez un peu. Je ne sais pas, prenons un verre d’abord ? Visiblement, le thème fondamental de la chanson reste que notre bon ami n’aime guère faire connaissance, et préfère aller droit au but, si je puis dire.

Sale comme Taneish, mèches courtes 

Taneish est une Madame, et visiblement, PNL a des commentaires à faire sur sa coupe de cheveux. Car j’imagine que « mèches courtes » et « sale » sont des références capillaires. Ainsi, pendant que l’artiste encule (sic) sur le continent du brave Hadès, il en profite pour faire un bilan capillaire à sa compagne. C’est un peu dérangeant : pendant le sexe, on parle rarement shampoing. Ou alors, c’est que quelque chose a dégénéré et qu’en sus des fluides, quelqu’un a échangé des morpions. PNL a décidément bien des problèmes de slip.

Forte comme la ppe-f’ qu’j’écoule 
J’tire la gueule, j’n’écoute 
Que mon âme seule, mektoub 

Je vous avoue que je suis un peu perdu : un instant, il parle hygiène du cheveu à une madame toute nue, l’autre, il écoule de la documentation sur la Programmation Pluriannuelle Énergétique. C’est un peu confus. Peut-être fait-il les deux en même temps ? Mais dans ce cas, où tracte-t-il ? Et pourquoi écoute-t-il son âme ? Qu’est-ce qu’elle a bien à dire sur tout cela ?

Je dirais bien que cette chanson a été écrite intégralement à l’aide d’un Boggle, mais je ne voudrais pas laisser entendre que nous aurions ici affaire à de petits Jean-Foutre.

Ah, et Jean-Foutre n’est pas un prénom. Je le précise de suite, puisque je sais que des parents indignes me lisent. Officiers d’Etat Civil, ne me remerciez pas, je sais votre détresse.

Au moment où vous lisez ces lignes, quelque part, des parents neuneus sont en train d’appeler leur enfant « PNL », « DD » ou « N.O.S ». Vous le savez. Ce monde sombre, et seul votre cynisme vous permet encore de flotter.

J’vis dans un rêve érotique 
Où j’parle peu mais j’caresse le monde 

Les rêves érotiques où l’on parle beaucoup sont rares, c’est à noter.

J’meurs dans un cauchemar exotique 
Où la Terre ressemble à ma tombe 

Je continue à penser que le Monsieur est en plein AVC et tente de nous dire qu’il est en train de mourir, pendant que le caméraman ne remarque rien et continue à le filmer.

Igo, pourquoi toi, tu parles en Ouïgours ? 
Si ça s’tue, ouais, dis-moi qui signe 
Pas d’honneur, toi, tu sens d’ici 

Tout le monde connaît bien sûr les Ouïghours, peuple musulman de Chine et dont la langue est aussi riche que belle. Mais qui est visiblement complexe, car la suite ressemble effectivement à tout sauf à du français. Qu’est-ce qui se tue ? Qu’est-ce qu’on signe ? Pourquoi ? Et qui est cette personne qui « sent d’ici », ce qui laisse sous-entendre qu’elle a elle aussi de gros problèmes d’hygiène ? Pourquoi cette chanson n’a de cesse de parler de gens tout sales et qui puent mais que l’artiste semble aimer trombiner tel un routier en fin de mois ?

Et surtout, est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment des millions de personnes ont pu volontairement écouter ce truc ?

Wallah, baba m’a dit : « Mon fils, nan, nan 
Toi, pas calculer ces pédales » 

Baba a visiblement du mal avec le français et les homosexuels. 

Décidément, heureusement que c’est du rap, sinon ce serait probablement homophobe. Je vous laisse rechanger les paroles de Louane plus haut pour constater que décidément, ça ne passe pas pareil ailleurs.

Moi, j’ai donné pendant longtemps 
Puis, j’ai perdu mes pétales 

On peut être homophobe et petite fleur fragile, vous savez.

Au DD 
J’la passe, la détaille, la pé-cou, la vi-sser, des regrets d’vant ton bébé 

J’imagine que cela traite d’une mésaventure à Brico Dépôt avec un meuble particulièrement retors. Puisque sinon, je cherche, mais je ne vois pas.

J’sors de chez toi, j’reprends ta voiture mal garée puis j’retire ton PV 

L’artiste évoque ici la problématique du stationnement et de l’oppression fiscale dans nos villes modernes. Vivement les prochains clips : PNL fait du vélo, PNL et la trottinette de location ou encore PNL et le PV que j’aurais pas dû retirer maintenant j’ai un malus à payer. En plus, PV, c’est en deux lettres : c’est à la portée de nos larrons.

J’recherche un billet, des affaires, des plans dans la planque, un peu trop peiné 
J’fais un bisou à mes cafards dans la cave du 6, les pectoraux gainés 

Où l’artiste évoque comment il a monté une salle de musculation pour cafards. Il leur fait probablement soulever de petits sucres, voire faire du tapis devant des clips que seules des créatures capables de survivre à un hiver nucléaire pourraient supporter. Comme ce clip, par exemple.

Les BACqueux té-ma parce que les ients-cli ne tomberont jamais sur messagerie 

La maréchaussée s’intéresse visiblement de près à notre artiste, qui semble ne jamais fermer boutique. Mais pourquoi ? À quel drôle de commerce s’adonne notre héros ? De la… non, pas de la drogue tout de même ? Allons ! Cessez, ne dites rien, ne brisez pas mes illusions ! Peut-être fait-il circuler une autre marchandise un peu honteuse sous le manteau, comme des t-shirts de contrebande Fortnite ?

Comme on dit probablement dans la cave du 6 « Passe la BAC d’abord. »

Eh, poto, démarre dans la jungle, j’y suis H24, j’y fais des singeries 

La métaphore est puissante, le champ lexical habile : il est question de jungle urbaine et de tours de filous réalisés au nez et à la barbe des gabelous les plus féroces, vous l’aurez compris.

La rue, j’la dévale à toute allure avec du Gucci comme Mitch 
J’me promène dans les beaux quartiers avec le seum qui fait peur aux riches 

Rappelons que ces gens déambulent principalement en jogging.

À défaut de faire peur, ça fait surtout mal aux yeux.

Que la famille, personne nous inquiète jusqu’au dernier gramme 
Toujours dans mon 9.1 parce que j’suis baisé par Paname 
Sans, sans, sans l’bénéf’ de la rue, j’aurais jamais niqué le game (game, game, game) 

Oui, je comprends. Avoir des affiches à sa gloire dans le métro, le tour Eiffel à disposition pour son clip, des scènes majeures un peu partout et des albums vendus par palettes, c’est évidemment la misère, la rudesse de se faire baiser par Paname, et l’obligation de vendre du chichon à tous les passants.

Ici, nous avons deux options : soit quelqu’un est très con, soit quelqu’un se fout de notre gueule.

J’autorise bien sûr la réponse « Les deux mon capitaine« .

Me sens pas trop humain, un peu comme mes igos habités, yah 
Y’a du sang à vider, yah 

Qui ne « me sens pas trop humain » ? Toi-même ? Un voisin ? Le chien de Monsieur Pipounet ? Les déterminants étaient déjà passés à la trappe, voilà que les pronoms et autres sujets les ont rejoint. C’est moche. Bon, oui, la chanson aussi, mais tout de même. Prenons un instant pour penser aux professeurs de français qu’ont eu ces gens. Et qui les entendent aujourd’hui. 

Au DD (DD), que des deuxièmes degrés, j’suis effacé, yah 
T’as reconnu le cri, côté animal mais rien qu’tu connais le prix : le canon à ny-Ma 

Là je vous avoue que j’ai mis les meilleurs linguistes sur le coup. 

Imaginez que quelqu’un retombe sur tout cela dans quelques siècles. À toi, pauvre Champollion du futur, sois fort. 

« Les hiéroglyphes, d’accord, mais là, je laisse tomber, je pige que dalle. »

En attendant, notez que c’est pratique : si vous ne savez pas faire de rime, rajoutez « Yah » à la fin de vos phrases et pouf, ça marche. Exemple :

J’ai acheté du poulet, yah.
Pense à la mayo, yah

La musique, en 2019, c’est vraiment bluffant.

Au DD 
Que la famille dans le bât’, on te la push taille-dé au DD 

Détaille ? Taille DD ? Peut-être une référence à un bonnet de soutien-gorge tout à fait honorable ? 

Pas mélangé, cœur d’étranger, rien n’a changé 
C’qui doit arriver va arriver, yah 
C’est peut-être mon dernier album 

Si seulement.

P’t-être ma dernière puta 

Non, vraiment ? Toujours aucune association féministe sur le coup ? Moi aussi j’ai le droit de traiter les Mesdames de putes, alors ? 

Comment ça « Spapareil » ? Hmmm. Je flaire comme de l’hypocrisie par ici, dites-voir.

P’t-être mon dernier sourire de toi 

Pas sûr que ça marche en la traitant de pute, mais bon, c’est audacieux.

Dans mon ounga, dans mon ounga 

J’ignore ce qu’est un ounga, mais je subodore qu’il ne s’agit pas d’un confortable petit salon avec des chaises Louis XV.

Pas plus de haine que d’amour, que j’largue entre mes tours 
Moins d’humains après minuit, je sors casser mon tour 
Sur un nuage de l’Enfer 
Viens, on s’casse, mon frère, avant qu’on s’perde 

Où l’artiste, craignant pour le salut de son âme, et faisant référence à la mythologie bouddhiste, nous explique qu’il équilibre son karma lors d’un savant calcul de ratio haine/amour dans ses relations sociales au cœur de sa cité. Et qu’il a quelques missions nocturnes à accomplir impliquant, une nouvelle fois, les Enfers, ce qui me laisse supposer un lien probable avec le Hadès évoqué plus haut. Probablement, si j’ai bien tout suivi, que c’est dans ces moments-là qu’il fait monter son taux d’amour. Et laisse un instant l’exploration urbaine faire place à celle de lieux plus sombres et étroits cachés dans la grande cité qu’est son cucu.

Ceci n’est pas un ounga.

La chanson se conclut sur le refrain, qui reprend : 

Au DD 
J’la passe, la détaille, la pé-cou, la vi-sser, des regrets d’vant ton bébé 

Cette histoire de Brico Dépôt est vraiment étrange.

En tous les cas, voici donc le fleuron de la chanson française, qui fait la part belle à la poésie.

 

Allons voir ce qu’en dit la presse, avec Libération par exemple ?

[…] presque personne, même chez les plus sévères dénonciateurs de ses paroles simplistes et encodées et de ses instrumentaux souvent épais, ne dénie à PNL l’acuité de son regard. 

Amis lecteurs, félicitations : vous n’êtes presque personne.

Il faudrait en faire une chanson.

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Un odieux connard

Écouter PNL provoque des AVC, je le savais.

Ici, Rémi voit de petites étoiles autour de lui suite à un shoot d'amphétamines de trop.

Ne parlons pas de tous les petits Booba qui peuplent nos salles de classe, les enseignants savent.

Parce que le bac français, ne nous mentons pas, ça va être compliqué.

Cela dit, ici, pas besoin de pierre de Rosette : un simple étron mou suffit à résumer toute cette langue magique.

Je devrais vendre cette oeuvre sous ce nom, il y a un truc à faire.

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