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Today — January 24th 202006 - News : "IRL"

Les questions à se poser avant de «cancel» quelqu'un

On est à un stade où il est évident qu'on sera tous et toutes un jour annulé·es. Alors avant de continuer, calmons-nous un peu, le temps de comprendre les enjeux.

Temps de lecture: 7 min

Parlons de la cancel culture ou, en version française, la «culture de l'annulation». Rien qu'expliquer ce que c'est constitue déjà une sacrée gageure. À l'origine, en anglais, c'est un jeu de déformation lexicale. Normalement, on cancel («annule») un spectacle. Mais pour la blague est apparue l'expression d'annuler quelqu'un.

Au départ, ça pouvait être du genre «ma copine Meg aime la couleur orange. Annulons Meg.» Et puis l'expression a fini par devenir une pratique sociale en ligne. En gros, quelqu'un a fait ou dit quelque chose que vous jugez grave, vous le dénoncez sur internet en l'interpellant et en appelant à l'ostraciser (un peu l'équivalent du «tu es mort pour moi»).

Le «faire» et le «dire»

Le problème, c'est que dans ce terme de cancel culture, on met des choses très différentes. Cette semaine, par exemple, il y a eu deux articles sur le sujet en français. Le premier, sur MadmoiZelle, revenait sur des cas s'apparentant à du cyberharcèlement; le second, sur France Culture, se demandait s'il fallait boycotter les artistes coupables d'agression sexuelle.

Partant de la même expression, les deux papiers analysent des choses qui semblent assez différentes, entre autres parce qu'il faut distinguer le «faire» et le «dire». Quelqu'un qui est accusé d'agression sexuelle ou de viol, c'est à mon avis totalement différent de quelqu'un qui est harcelé pour des propos qu'il a tenus.

(J'en profite au passage pour rappeler que je ne demanderai jamais l'interdiction d'un film de Polanski. Ça me paraîtrait trop dangereux. Mais je pense qu'on peut interroger le fait qu'il bénéficie d'autant d'argent public pour ses productions –argent qui de fait ne va pas à d'autres films. Bref. Je vous renvoie au papier de France Culture pour cette partie.)

En pratique, la majeure partie de la cancel culture concerne plutôt du «dire».

De même qu'on boycotte une entreprise, on cancel donc une personne. En soi, décider de ne plus écouter, suivre, lire telle personne, ce n'est pas un problème. Sauf que cela s'arrête rarement là: l'idée, c'est aussi de punir et/ou/donc de traumatiser les coupables. Et très vite, l'annulation peut virer au harcèlement, avec insultes et menaces.

Deux minutes de réflexion

Sur les réseaux sociaux, et en fonction de notre humeur, nous sommes tous et toutes susceptibles de participer à ce genre d'opération. Mais avant de céder à une impulsion, on peut se poser plusieurs questions (comme l'a bien expliqué cette vidéo en anglais et l'ont résumé ces tweets en français):

  • Quel âge a la personne incriminée? «Annuler» une personne mineure est d'une violence irresponsable. Et précisément, c'est devenu un sujet aux États-Unis. Les ados se cancel entre eux –ce qu'on appellerait ici du harcèlement scolaire, à ceci près qu'il y a souvent une question politique à l'origine dudit harcèlement. Alors on peut se féliciter de la conscience politique des ados, ou bien s'interroger sur ce qu'on leur a montré comme modèle pour qu'ils refusent de discuter avec leur camarade.

  • De quand datent ses propos? L'un des principes du cancelling, c'est qu'il n'y a pas de prescription: vous avez dit de la merde il y a dix ans, ça ne vous lâchera pas. (À ce sujet, vous pouvez aller voir cette parodie. Toutes mes excuses aux médiévistes, parce qu'elle est assez offensante pour leur domaine d'études.) Sauf que les individus ne sont pas des blocs atemporels et immuables. Ils changent, ils évoluent. Perso, j'ai changé d'avis sur beaucoup de sujets.

    Dans la cancel culture, il n'y a pas de prescription, ni de droit à l'oubli. Quand vous avez été annulé, c'est normalement à vie. (En vrai, ça ne se passe jamais comme ça. Et de toute façon, comme le racontait le New York Times, les gens qui ont été ostracisés finissent par se regrouper entre eux et se créer d'autres espaces, comme le journal Quillette.) Il y a un côté «pack» qui est problématique.

    Prenons Élisabeth Badinter: le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai de grosses divergences avec elle. Pour autant, son livre Le Conflit - La Femme et la Mère m'a apporté beaucoup de pistes de réflexion, donc je ne vais pas l'effacer purement et simplement. Je fais le tri. Or le cancelling a tendance à faire un package. On annule toute la personne et tout son travail passé ou à venir.

    Récemment, on a assisté à la même chose au sujet de Françoise Dolto. Elle a notamment dit des horreurs sur l'inceste. Ok. Mais est-ce qu'il faut brûler tous ses livres pour autant? (Pour les personnes qui, à ce stade, vont me reparler de Polanski ou de Cantat ou de qui sais-je, je rappelle la différence préalablement établie entre des actes et des paroles. En outre, si vous ne voulez plus lire Dolto, libre à vous –exactement comme on est libre de ne pas voir les films de Polanski ou de ne pas écouter Cantat.)

  • Est-ce qu'il s'agit d'une seule occurrence (ça peut arriver à tout le monde de dire et d'écrire de la merde) ou est-ce que c'est récurrent?

  • Cette personne est-elle en position de pouvoir? C'est délicat à évaluer, parce que vous l'évaluerez forcément en fonction de votre propre position. Mais le producteur le plus puissant de Hollywood et une YouTubeuse beauté à 30.000 abonné·es ne méritent sans doute pas le même traitement.

  • Est-ce que l'«annulation» a déjà commencé? Et plus précisément, cette personne a-t-elle reçu publiquement des messages d'insultes? Oui? Et si on la laissait tranquille?

  • Au vu de tous ces éléments, est-ce qu'il ne vaut mieux pas un call in qu'un call out? Le call out, c'est dénoncer publiquement les propos d'une personne; le call in consiste à lui écrire en privé pour lui expliquer calmement ce qui, selon nous, ne va pas dans ses propos.

L'individu plutôt que le système

J'ajouterais un élément qui ne cesse de m'étonner, c'est le principe de la contamination. Par exemple, sur Twitter, si vous suivez quelqu'un qui a été «annulé», certain·es considèrent que ça signifie que vous adhérez à tous ses propos. Perso, je suis Nadine Morano, ça ne veut pas dire que je suis d'accord avec elle. Vous pouvez même partager des points d'accord ET de désaccord avec une personne.

Reste une question: la cancel culture est-elle efficace? Elle ressemble tout de même beaucoup à l'éducation par la terreur, qui n'a jamais vraiment fait ses preuves d'un point de vue pédagogique. Il y a une différence entre convaincre quelqu'un et lui faire peur.

On est à un stade où il est évident qu'on sera tous et toutes un jour annulé·es. Comme Warhol avait prévu que chacun aurait à l'avenir un quart d'heure de gloire, nous aurons notre quart d'heure de honte et de harcèlement public.

D'un point de vue politique, la cancel culture pose un autre problème. Elle est une vision encore une fois ultra-individuelle des phénomènes d'oppression. On ramène la domination à un individu, en oubliant les dynamiques de système qui sont derrière, les rapports de classe, et le risque, c'est de dépolitiser les enjeux.

Présenté sous cet angle, on ne comprend même pas ce que ce phénomène existe. Mais, et c'est bien là où tout est tellement compliqué dans notre monde, il y a aussi des arguments pour défendre ces pratiques.

Comme l'explique l'universitaire Charity Hudley sur Vox, l'annulation est un moyen, pour les gens qui n'ont pas de pouvoir, de s'exprimer: «C'est une manière de dire “je n'ai peut-être pas de pouvoir, mais j'ai le pouvoir de t'ignorer”.» Elle insiste notamment sur le fait que c'est une composante importante de la culture noire américaine de contestation.

La cancel culture, c'est donc aussi l'expression d'une véritable colère, ou plutôt de colères, qui ont été enfouies, tues, refoulées et qui explosent maintenant au coup par coup, comme des déflagrations. Des colères qui naissent aussi du décalage insupportable entre des aspirations à l'égalité et le constat de la persistance des discriminations.

Bien sûr, dans certaines «annulations», on peut voir un effet de meute effrayant, mais on peut aussi y percevoir de véritables souffrances qui n'ont pas trouvé d'autres moyens de s'exprimer (ce qui devrait collectivement nous interroger).

C'est ce que pointe Aaron Rose dans le même article de Vox, en posant une question cruciale: «Nous devons être honnêtes avec nous-mêmes pour déterminer si le calling out et le cancelling nous procurent autre chose qu'un soulagement cathartique à court terme de notre rage.»

C'est également la ligne de Loretta Ross, qui a écrit un livre sur le sujet et un texte sur le New York Times que je vous recommande, «Je suis une féministe noire. Et je pense que la culture du call out est toxique».

Elle rappelle son passé de militante noire féministe dans les années 1970, qui pratiquait déjà à l'époque le call out et le cancelling. Mais selon son expérience, ce n'est pas le meilleur moyen de se battre pour la justice sociale et contre les discriminations.

«Nous devons être honnêtes avec nous-mêmes pour déterminer si le cancelling nous procure autre chose qu'un soulagement cathartique.»
Aaron Rose sur Vox

Loretta Ross raconte comment c'est son action sur le terrain, en face-à-face avec des gens, en discutant avec eux calmement, qui a eu le plus d'impact. Elle reprend la citation d'Audre Lorde, «the master's tools will never dismantle the master's house», soit «les outils du maître ne démonteront jamais la maison du maître».

La militante insiste notamment sur la question politique: «La culture de l'annulation est problématique quand les gens tentent d'effacer toute personne avec laquelle ils ne sont pas parfaitement d'accord plutôt que de rester concentrés sur ceux qui tirent profit de la discrimination et de l'injustice.»

J'ai toujours pensé que pour se faire entendre, les dominé·es devaient gueuler. Argumenter, analyser, et gueuler. Mais la question est désormais: en gueulant sur qui, sur quoi? La cancel culture a tendance à se pratiquer de façon horizontale plutôt que verticale, à attaquer un individu lambda plutôt qu'un système social, politique et économique.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Mais qui donc se passionne pour la haute couture?

[BLOG You Will Never Hate Alone] Que serait ma vie sans ces collections qui tous les six mois chamboulent ma conception de l'existence?

Temps de lecture: 3 min

Jean-Paul Gaultier a annoncé que son défilé du mercredi 22 janvier serait le dernier de sa carrière. Ah. Soit. Tant pis. Tant mieux. Pas possible? À cette heure, j'ignore encore si je m'en remettrai, si le monde s'en remettra. Il faut dire que je suis extrêmement sensible à la haute couture. Je ne perds jamais une occasion d'assister à un défilé et quand mon emploi du temps ne me permet pas d'être présent, afin de me tenir informé, je collectionne les coupures de journaux.

Que serait ma vie sans ces collections qui tous les six mois chamboulent ma conception de l'existence? Comment supporterais-je le poids de l'ennui si jamais je devais être privé de ces mannequins qui d'un pas chaloupé, l'œil farouche et le regard pénétré, s'en vont et s'en viennent comme de grands guépards domestiqués qui auraient été privés de dessert depuis l'aube de la création? Qui saura dire l'émoi qui est le mien quand je vois ces fauves venir à moi, me toiser un instant de toute leur intrépide beauté avant de retourner d'où ils étaient venus, de ces loges où des couturiers inquiets les pressent de changer de toisons pour mieux satisfaire nos appetits voraces?

Ces corps émaciés à en perdre raison, ces visages creusés comme des rigoles d'immortalité, ces jambes longues à envoûter le plus obtus des papes, qui saura dire leur pouvoir de séduction quand ils apparaissent sous les lumières de leurs admirateurs assis là en rang serré, parterre de célébrités dont pas une ne se soucie de la marche du monde ni des affaires courantes, créatures hors sol qui semblent être venues sur terre uniquement pour venir les contempler?

Je n'ai jamais compris tout l'engouement suscité par ces défilés qui tous les six mois nous reviennent avec la régularité d'un rhume des foins ou d'une vague de méduses, au temps des vacances d'été. Qui cela peut-il bien intéresser de voir tout cet épouvantail de robes, de chapeaux, de chemisiers que jamais personne ne portera si ce n'est une poignée de privilégiés assez téméraires pour s'acheter à prix d'or leurs précieuses répliques? Que n'a-t-on faire de sa vie pour se soucier d'apparaître dans des tenues si souvent grotesques qu'on les jurerait être le fruit de quelques démiurges versés dans l'art de la contrepèterie?

On y voit des robes qui ressemblent à des descentes de lit dont on viendrait de battre les draps, quand ce ne sont pas des farandoles de tissus aux contours tarabiscotés, féérie de costumes bigarrés qui défient les lois de la pesanteur avec leurs plumes, leurs froufrous, leurs envolées lyriques, autant de tenues jetées là en pâture comme des animaux exotiques rapportés de contrées imaginaires face auxquels il nous faut cligner des yeux pour s'assurer de ne point rêver.

Serait-ce de l'art? De la simple mise en scène? De la bouffonnerie à l'état pur? De l'artifice destiné à séduire une bourgeoisie si confinée dans ses hautes sphères que du monde de tous les jours, elle ne veut rien savoir et préfère l'ivresse de l'apparence à la confrontation avec le réel? Pour qui défilent ces demoiselles efflanquées, ces garçons élancés, ces éphèbes aux attributs parfaits? Pour eux-mêmes? Pour prêter leurs traits aux rêves ensorcelés de couturiers endiablés? Pour se complaire dans le paraître? Pour donner à rêver?

Ils vont et viennent comme des demi-dieux, attifés d'invraisemblables tenues qui s'ils venaient à se promener avec en pleine rue leur vaudraient direct des tirs répétés de LBD. À leur vue, des couillons endimanchés sortis tout droit de chez leur coiffeur applaudissent comme ils applaudiront plus tard à Roland-Garros les coups de raquette d'un Federer dont on leur aura dit qu'il est le plus grand des sportifs en activité.

Ceux-là promènent aussi leur magnificence lors de soirées musicales, opéras ou symphonies, auxquels ils n'entendent rien mais qu'importe, une réputation se bâtit aussi à coups de sacrifices et d'assoupissements, surtout s'ils se déroulent au fond de fauteuils rembourrés. Les prix littéraires, ils les lisent tous si bien que leur connaissance de la littérature vaut celle de mon tripier, lequel a l'honnêteté d'avouer ne rien lire qui puisse le tenir éveillé.

La mode. La haute couture. Le monde du luxe.

Un autre monde.

Vite! Est-il d'autres vies?

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

«La voie de la justice», un film nécessaire

En racontant le combat de l'avocat Bryan Stevenson, le long-métrage révèle les profonds dysfonctionnements et biais du système judiciaire américain.

Temps de lecture: 5 min

Buzz de la porte du parloir d'une prison américaine. Un homme noir en costume vient annoncer à un détenu dans le couloir de la mort que la date de son exécution n'a pas été fixée. Peu après, ils discutent joyeusement et partagent des anecdotes communes autour de leurs enfances. En quelques minutes le personnage est campé: il compense son impuissance par sa foi envers le système judiciaire et son empathie envers le condamné. Peu importe la question de la culpabilité, seule l'anime une volonté d'humanité pure.

Ce personnage, c'est Bryan Stevenson, le héros du film La Voie de la justice, en salle le 29 janvier. Avocat diplômé de Harvard, il est aussi le président fondateur de Equal Justice Initiative, une organisation privée à but non lucratif dont le but est de d'œuvrer à étendre les droits humains dans le système de justice américain. L'organisation offre gratuitement ses services de représentation légale à des prisonniers et prisonnières qui pourraient avoir été injustement condamné·es, des personnes trop pauvres pour s'offrir une autre défense que celle du commis d'office, ou d'accusé·es qui n'auraient pas eu un juste procès à cause des discriminations et du racisme dont ils font l'objet.

Basé sur le livre Et la justice égale pour tous, écrit par Bryan Stevenson lui-même, le film de Destin Daniel Cretton (States of Grace) retrace le début de la carrière de l'avocat, ses motivations et son combat pour extraire du couloir de la mort un dénommé Walter McMillian, homme noir condamné pour le meurtre d'une jeune femme blanche sur la base de témoignages que la police avait obtenus par la contrainte.

L'importance des représentations culturelles

La Voie de la justice est ce qu'on appelle un «film nécessaire». Cette catégorie est souvent méprisée par la critique, qui lui oppose souvent le «film d'artiste», qui serait moins mené par ses convictions et son engagement politique que par ses velléités artistiques. Mais le film nécessaire porte son importance dans sa définition même.

Interrogé sur cette question lors d'un événement organisé par la Warner Bros autour des grands sujets du film, Simon Grivet, maître de conférence et historien spécialiste de la justice aux États-Unis, répondait:

«Ce qu'on appelle la culture populaire et les représentations sont essentielles. Si je m'en tiens au système étatsunien, et je pense que c'est similaire en France, la justice est aussi celle des citoyens. Quand ils sont jurés, ils vont décider à partir de leurs représentations. Et qu'est-ce qui forme leurs représentations? Ce ne sont malheureusement pas nos travaux d'universitaires et de chercheurs, mais la télévision. [...] L'importance de ces représentations culturelles est fondamentale pour changer le débat».

Le film nécessaire a un rôle dans les représentations du public sur des sujets précis. Il a un rôle de mise en avant de problématiques contemporaines, peu ou mal traitées dans les médias (c'était récemment le cas du film Les Misérables, dans lequel Ladj Ly dresse un état des lieux de la situation en banlieue et aborde la question des violences policières). Mais le film nécessaire a également un rôle de mémoire d'un passé qui doit nous rappeler de ne pas réitérer nos erreurs.

En 1979, Michel Drach signait le film Le Pull-over rouge, basé sur le livre éponyme, sous la forme d'une enquête critique de l'affaire Christian Ranucci. Accusé d'avoir tué et enlevé une petite fille, ce dernier fut condamné à mort et exécuté le 28 juillet 1976. L'affaire a fait grand bruit en France et, par l'absence de certitude qui pèse sur la culpabilité de Ranucci, a profondément marqué le chemin vers l'abolition de la peine de mort en France en 1981, l'opinion publique y étant déjà largement défavorable.

Condamnations d'innocents

Parmi les thèmes abordés par La Voie de la justice se pose celui des condamnations d'innocents. À la fin du long métrage, il est précisé qu'en Alabama, un condamné à mort sur neuf a été innocenté. Lors de la conférence donnée pour la sortie du film, l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira mettait des mots sur le malaise que l'on peut ressentir à entendre un tel chiffre: «Même si le taux d'erreur est dérisoire, il est insupportable».

Mais le film ne se contente pas de pointer les erreurs de jugements, et rejette en masse la notion même de peine de mort. Les mots de Christiane Taubira sont une nouvelle fois précieux:

«Un coupable peut être extrêmement odieux, il peut avoir commis des actes absolument odieux, il peut être horripilant. Il ne peut pas être le motif du maintien ou du rétablissement de la peine capitale. La question est de droit, elle est de nature éthique et elle est de caractère politique [...] Dire très clairement avec volontarisme que nous sommes contre la peine capitale n'étrangle pas notre sensibilité. Ça ne veut pas dire que nous n'allons pas ressentir du dégoût, de l'horreur, une très forte compassion pour les victimes, pour les proches des victimes, ça ne veut pas dire cela».

Walter McMillian (Jamie Foxx) dans le couloir de la mort. | Warner Bros

Cette idée de la compassion pour les victimes et leurs familles est aussi abordée par Bryan Stevenson lui-même dans son livre. Après le décès de Walter McMillian, atteint de démence, en septembre 2013, l'avocat s'est rendu dans sa famille pour un dernier hommage. Voilà ce qu'il écrivit ensuite: «Je ne restai pas longtemps après la cérémonie. Je sortis et en repensant au passé, je me fis la réflexion que personne n'avait été condamné pour le meurtre de Ronda Morrison après la libération de Walter. Je me dis que ce devait être toujours être très dur à supporter pour ses parents».

Depuis l'affaire Walter McMillian, de grandes victoires ont marqué la carrière exceptionnelle de Bryan Stevenson et son organisation. En 2012, elle obtint que la Cour suprême américaine reconnaisse que les peines de prison à vie données aux mineur·es étaient inconstitutionnelles. Elle a également permis à des centaines de personnes condamnées d'obtenir une révision de leurs jugements, dans le cas de condamnations à mort ou à perpétuité.

Faire progresser l'humanité toute entière

Si la peine de mort et les sentences à perpétuité non compressibles sont actuellement en recul aux États-Unis, l'évolution se fait progressivement. Entre 2010 et 2019, 319 personnes ont été exécutées dans le pays. À ce jour, la peine de mort est encore en vigueur dans vingt-quatre États. En France, ce sujet qui semble appartenir à un passé révolu reste pourtant d'actualité.

En 2012, le Front National intégrait en effet à son programme politique le rétablissement de la peine de mort. En avril 2015, l'historien Nicolas Lebourg précisait que «pour la première fois depuis trente ans, était enregistrée une majorité d'opinions favorables à son rétablissement (52 %)». Lors la conférence pour la sortie du film, Christiane Taubira soulignait que l'abolition de la peine de mort en France n'a rien d'un acquis absolu. Mais elle concluait par ces mots d'espoir à destination de tous et toutes :

«Nous avons notre part à prendre. Nous allons faire progresser l'humanité toute entière, nous allons élever l'éthique à la hauteur qu'elle mérite mais en plus en faisant cela nous allons contribuer à ce que le monde soit vécu davantage en partage».

À Davos, Trump prend le président du Kurdistan irakien pour un Syrien

Le président américain a remercié Netchirvan Barzani pour des actions menées par les Kurdes syriens.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur Washington Post

Donald Trump a rencontré Netchirvan Barzani, le président du Kurdistan irakien, en marge du Forum économique mondial de Davos le 22 janvier. Pendant la discussion, le président américain n'a parlé que des Kurdes de Syrie, et a semblé confondre Barzani avec Mazloum Abdi, le commandant des forces kurdes syriennes.

«Comme vous le savez, nous avons quitté la Syrie... et ça a très bien marché avec la Turquie. Ça a marché bien mieux que prévu. Ils ont ce que l'on appelle une zone sécurisée, et j'apprécie toute ce que vous avez fait pour sécuriser cette zone autant que possible» a déclaré le président américain.

Doesn’t get more humiliating than this. Trump is in a meeting with the president of Iraqi Kurdistan Nechirvan Barzani, but he mistakes him for the leader of the Syrian Kurds & goes on & on talking “safezones” in Syria & Turkey. Truly astounding ignorance.pic.twitter.com/YQbu4SA3it

— Sina Toossi (@SinaToossi) January 22, 2020

Or le gouvernement du Kurdistan irakien, dirigé par Barzani, n'était pas impliqué dans la mise en place de la zone sécurisée évoquée par Trump le long de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Le président américain semble ne pas avoir compris que les Kurdes de Syrie et les Kurdes d'Irak étaient deux populations différentes.

Deuxième bourde de la journée

Il a poursuivi ainsi son discours: «Mais comme vous le savez, nous avons le pétrole, ce qui est très important. Nous avons laissé des soldats pour le pétrole parce que nous avons le pétrole et nous travaillons à cela. Nous l'avons bien sécurisé.»

Cette remarque semble aussi reposer sur une confusion, dans la mesure où le Pentagone a nié que les soldats américains étaient là pour le pétrole, qui appartient au gouvernement syrien.

Trump a aussi remercié Barzani de les avoir aidés à détenir des dizaines de milliers de prisonniers du groupe État islamique. Or ce sont surtout les Kurdes de Syrie qui ont géré cette situation, pas les Kurdes d'Irak.

C'était la deuxième fois en une journée que l'administration Trump faisait des erreurs gênantes sur le Moyen-Orient. Sur la chaîne YouTube officielle de la Maison-Blanche, les images d'une rencontre entre Trump et le président irakien Barham Salih étaient légendées ainsi:

Iran, Iraq, whatevs.
Looks like they've decided to leave this title up.
Hat tip @leloveluck pic.twitter.com/eUywli5IRf

— Dave Clark (@DaveClark_AFP) January 22, 2020

«Le président Trump participe à une rencontre bilatérale avec le président de la République d'Iran.»

Le réchauffement climatique augmentera les accidents et les agressions mortelles chez les jeunes

À +2°C, les jeunes Américain·es seront également davantage sujet·tes aux suicides, selon une nouvelle étude scientifique.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The Guardian

Fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, disparition d'espèces animales: le réchauffement climatique apporte avec lui son lot de mauvaises nouvelles.

Une récente étude publiée dans la revue Nature Medicine vient ajouter une autre ligne à cette funeste liste. La hausse des températures augmenterait le nombre de décès «par blessures» chez les jeunes aux États-Unis. Par blessures, l'étude fait référence aux morts dues aux accidents, aux agressions et aux suicides.

Une précédente étude avait déjà tissé un lien entre réchauffement climatique et conflits dans le monde, mais aucune n'avait jusqu'ici établi de corrélation avec ce type d'accidents mortels.

Cette nouvelle recherche, réalisée par l'Imperial College de Londres et la Columbia University de New York, s'est appuyée sur une analyse de 6 millions de décès dus à ce type de blessure aux États-Unis. Ces données ont été mises en parallèle avec l'évolution des températures entre 1980 et 2017. Les scientifiques se sont ensuite penchés principalement sur les décès survenus dans les mois où les températures moyennes étaient 2°C supérieures à la normale.

En partant de ces analyses, l'équipe de recherche a calculé qu'une augmentation de 2°C –seuil limite de hausse fixé comme objectif par les principales nations du monde– entraînerait environ 2.100 morts par blessures mortelles supplémentaires chaque année rien qu'aux États-Unis.

Les raisons pour lesquelles tous ces décès augmenteraient par temps chaud ne sont pas encore entièrement comprises par les scientifiques.

Une partie estime tout de même que les jours de forte chaleur poussent les personnes à sortir davantage, à passer plus de temps à l'extérieur et à boire plus d'alcool, ce qui pourrait favoriser les accidents et les agressions. Quant au suicide, les fortes températures seraient associées à des niveaux plus élevés de détresse mentale, en particulier chez les jeunes.

Les 15-34 ans

Juste devant les 45-64 ans, ce sont les 15-34 ans qui serait le groupe d'âge le plus touché. Dans cette tranche, l'étude a observé une recrudescence de décès à +2°C, dont 42% dans des accidents de la route et 30% par suicide.

Selon cette même étude, les hommes seraient davantage concernés, avec 84% de décès supplémentaires. Cependant, une bonne nouvelle (assez inattendue) apparaît dans cette succession de chiffres affligeants: des chaleurs élevées entraîneraient une baisse des décès des personnes âgées dus à une chute. Probablement parce qu'il y aura moins de neige et de verglas sur lesquels glisser.

Dans le dernier rapport du Giec de 2014, le pire scénario prévoyait +4,8°C par rapport à la période pré-industrielle. Si l'on se fie à cette dernière hypothèse, l'augmentation des décès par accident, suicide et agression pourrait être bien plus élevée.

Est-il éthique de créer des animaux chimériques pour faire progresser la médecine?

La naissance de porcelets contenant des cellules de singe relance les débats sur la bioéthique.

Temps de lecture: 11 min

Le 6 décembre dernier, une annonce faisait grand bruit: pour la première fois, une équipe chinoise a fait naître des cochons qui contenaient des cellules de singe. Rapportée dans le journal The New Scientist, cette expérimentation avait pour objectif de contribuer à la recherche scientifique qui pourrait un jour permettre la création en masse d'organes humains au sein de larges animaux comme les cochons.

Cette prouesse scientifique permettrait de sauver un très grand nombre de personnes qui aujourd'hui souffrent et meurent de la pénurie d'organes. En 2019, aux États-Unis, plus de 113.000 personnes se trouvaient sur la liste d'attente pour un organe. Parmi elles, 7.300 sont mortes faute d'avoir pu en obtenir un. Chaque année en France, ce sont plusieurs centaines de personnes qui meurent alors qu'elles étaient en attente d'un organe à transplanter.

Plusieurs études consistant en la création d'embryons chimères inter-espèces ont été menées lors des dernières années, mais aucune n'avait encore abouti à la naissance de cochons chimériques avant l'expérience chinoise dévoilée en décembre 2019. Pour cette expérience, des cellules souches embryonnaires issues du macaque crabier ont été insérées au sein d'embryons de cochon quelques jours après la fertilisation. Au préalable, ces cellules souches embryonnaires avaient été modifiées génétiquement afin de les rendre fluorescentes, rendant ainsi plus aisé le travail de suivi de ces cellules et de leurs descendantes à l'intérieur des cochons.

Dix porcelets ont été obtenus par les chercheurs chinois, dont deux étaient des chimères. Chez ces porcelets chimériques, de nombreux types de tissus contenaient des cellules de singe, avec toutefois une proportion mince (entre une cellule sur 10.000 et une cellule sur 1.000). Les porcelets n'ont par ailleurs survécu qu'une semaine. Toutefois, cette haute mortalité ayant concerné l'ensemble des porcelets y compris les non chimériques, le chimérisme ne serait pas en cause. Le phénomène serait plutôt dû au processus de fécondation in vitro, qui fonctionne encore mal chez le cochon.

D'immenses bénéfices attendus

Cette étude, bien que limitée, est porteuse d'espoir pour l'avenir de la recherche scientifique dans ce domaine. L'été dernier, le Japon avait donné son feu vert pour des expérimentations visant à faire naître des animaux chimériques contenant des cellules humaines. Les organes créés auraient le bénéfice supplémentaire d'être parfaitement compatibles avec les patient·es, sans besoin de traitements lourds pour combattre le rejet immunitaire. Des cellules seraient en effet prélevées sur les patient·es et seraient transformées en cellules souches pluripotentes (capables de se différencier en tous types cellulaires) induites avant l'insertion dans l'embryon de l'animal, permettant la création d'un organe parfaitement reconnu par le corps du patient ou de la patiente.

Outre ces immenses bénéfices liés à la fin de la pénurie d'organes, la création de chimères est également porteuse de nombreux espoirs en matière de recherche médicale. Les expérimentations sur les modèles animaux ont effectivement permis d'acquérir de nombreuses connaissances médicales. Néanmoins, les résultats obtenus à partir de ces animaux servant de modèle pour la recherche ne sont souvent pas valables pour l'être humain. Rendre ces animaux plus proches de nous en leur insérant des cellules et tissus humains est un formidable moyen de créer des modèles de maladies extrêmement précis pour la recherche scientifique. Dès 1969, une tumeur maligne humaine était par exemple greffée dans une souris, entraînant la création du premier modèle animal in vivo pour le cancer humain.

Aussi importants ces bénéfices médicaux soient-ils, chaque annonce d'une nouvelle expérimentation scientifique consistant à créer des animaux chimériques est inévitablement accompagnée d'innombrables commentaires s'opposant fermement et catégoriquement à ces techniques, et appelant à leur interdiction. En quoi consistent les arguments utilisés, et résistent-ils à un examen critique?

Sans surprise, les personnes les plus fermement opposées à la création et l'utilisation de chimères à des fins médicales sont les militant·es antispécistes, qui défendent la reconnaissance de droits aux animaux similaires aux droits dont nous bénéficions en tant qu'êtres humains. Dans le contexte d'une telle philosophie, l'utilisation de chimères afin de créer des organes humains ou comme outils pour obtenir des modèles de maladies humaines paraît en effet injustifiable.

On notera néanmoins que le problème des chimères pour les vegans n'est pas différent de celui de l'utilisation des animaux pour la fourrure, la nourriture, les produits cosmétiques ou encore l'ensemble des essais de recherche médicale impliquant des animaux. À supposer que les vegans prennent en compte les bénéfices tirés de l'utilisation des animaux, sauver une vie à l'aide d'un organe humain créé au sein d'un animal en l'absence d'alternative paraît tout de même pouvoir infiniment mieux justifier l'utilisation d'un animal que lorsqu'il s'agit de produire des vêtements ou de la nourriture.

De l'intégrité de l'espèce humaine

Dans une tribune publiée par Le Figaro en août 2019, Jean-René Binet, professeur de droit privé à l'université de Rennes-I, dénonçait le fait que «un croisement inter-espèces, mêlant l'homme à l'animal, constitue une atteinte à l'intégrité de l'espèce humaine». D'un point de vue biologique, la catégorisation des espèces n'est pourtant qu'une convention humaine extrêmement fluctuante.

«Être habitué à faire les choses d'une certaine manière n'est pas une raison suffisante pour prohiber les interventions humaines comme les chimères dans la recherche médicale.»
Phillip Karpowicz, Cynthia B Cohen et Derek van der Kooy, bioéthiciens

C'est ce qu'expliquent les bioéthiciens Phillip Karpowicz, Cynthia B Cohen et Derek van der Kooy dans un article publié par la revue Nature Medicine: «La catégorisation biologique des espèces est empirique et pragmatique, c'est un processus en développement constant qui est avantageux dans la rubrique de la méthode scientifique. Cela veut dire que les catégories d'espèces ne sont jamais des entités ontologiques réelles ou des éléments naturels. Il ne nous reste alors aucune raison significative permettant de justifier que nos catégories d'espèces actuelles aient un quelconque poids moral. L'argument d'intégrité de l'espèce humaine suggère que notre familiarité avec nos catégories (quelles qu'elles soient) est suffisante pour qu'elles aient de valeur. Toutefois, être habitué à faire les choses d'une certaine manière n'est pas une raison suffisante pour prohiber les interventions humaines comme les chimères dans la recherche médicale.»

Même si les espèces étaient des réalités biologiques objectives, il resterait encore à justifier l'impératif moral de protection absolue de ces espèces. Jean-René Binet semble ici tomber dans le travers de la loi de Hume, qui interdit l'inférence d'un «être» (les espèces) à un «devoir-être» (leur impérieuse protection).

Confusion morale

Jean-René Binet s'inquiète par ailleurs de l'impact que pourraient avoir les chimères sur notre ordre juridique: «Les croisements homme-animal perturbent les catégories juridiques: un animal humanisé est-il toujours soumis au régime des biens ou ou devient-il une personne?» Jacques Le Goff, professeur émérite de droit public des universités de Brest et de Quimper, s'alarme de manière similaire du fait que «traiter les animaux comme des humains, c'est s'exposer à voir les humains traités comme des animaux».

Ces arguments sont inspirés d'un papier de bioéthique publié en 2003 et intitulé «Crossing Species Boundaries», dans lequel les auteurs redoutent que les chimères être humain-animal entraînent une confusion morale où les différences de traitement juridique entre les animaux non humains et les êtres humains seraient gravement remises en question. Jason Scott Robert et Françoise Baylis partent du principe que le statut moral dont bénéficient les êtres humains serait fondamentalement issu de leur appartenance à l'espèce humaine. En retour, le statut moral différent des animaux non humains serait lié à leur appartenance à des espèces non humaines. Les chimères mélangeant des espèces entre elles, une situation de confusion morale apparaîtrait telle qu'il serait irrémédiablement impossible de savoir quel régime juridique appliquer à ces nouveaux êtres vivants.

Il ne semble pas raisonnable ni souhaitable de lier statut moral et simple appartenance à une espèce biologique.

Outre que cet argument souffre du même problème de non existence des catégories d'espèces dans la nature, la confusion morale n'existe en réalité que dans une situation où le lien fort entre espèces biologiques et statut moral est accepté. Or cette forme d'essentialisme biologique est extrêmement arbitraire et faillible, tant elle fait défaut face à de simples intuitions communément admises.

Si un extraterrestre doté des mêmes capacités intellectuelles que les êtres humains venait un jour nous rendre visite, faudrait-il lui appliquer le régime juridique assigné aux animaux non humains? Pourrait-on nier son consentement et l'utiliser comme nourriture du seul fait que cet être vivant n'appartiendrait pas à l'espèce humaine, et ce alors même qu'il possèderait la même rationalité et les mêmes aspirations que nous? Cela paraît absurde.

Il ne semble donc pas raisonnable ni souhaitable de lier statut moral et simple appartenance à une espèce biologique. La confusion morale et juridique évoquée par Jean-René Binet et Jacques Le Goff n'est donc pas inévitable, puisqu'elle n'existe que dans un contexte où un lien fort entre espèces biologiques et statut moral est fait. Si ce n'est par une espèce biologique, comment donc évaluer le statut moral des chimères?

Assigner un statut moral à un être vivant en fonction de ses caractéristiques propres semble être une méthode bien plus prometteuse. La confusion morale disparaît: si un être vivant chimérique devient similaire aux êtres humains du fait de certaines caractéristiques pertinentes, alors le régime juridique des êtres humains doit lui être appliqué. À l'inverse, si un être humain obtient des cellules ou tissus d'origine animale tout en conservant ses caractéristiques humaines pertinentes, alors le régime juridique de l'être humain doit continuer de lui être appliqué.

Des capacités neurologiques similaires aux nôtres

Parmi les caractéristiques physiques des êtres vivants, les capacités neurologiques semblent être les mieux à même de sous-tendre les différents statuts moraux des êtres vivants, et donc leurs différents régimes juridiques. Quid alors des chimères dont les modifications entraîneraient le développement de capacités neurologiques similaires aux nôtres? Dans son avis 129, le CCNE (Comité consultatif national d'éthique) plaide pour un fort encadrement des chimères, «en particulier si les embryons chimériques sont transférés chez des femelles et donnent naissance à des animaux chimères avec le risque, chez le gros animal, que les cellules humaines se développent et induisent certaines caractéristiques humaines (morphologiques, neurologiques)».

Ce risque d'humanisation des animaux chimériques est très régulièrement avancé pour condamner les expérimentations scientifiques de chimérisation d'animaux. À première vue, l'argument paraît d'autant plus plausible que l'insertion de cellules neuronales humaines dans des animaux chimériques constitue parfois l'objectif même de ces études. Effectivement, des chimères possédant des cellules neuronales humaines peuvent servir de formidable modèle pour la recherche médicale sur les lésions et troubles neurologiques comme la maladie d'Alzheimer.

Cela peut-il pour autant justifier une prohibition de la recherche scientifique impliquant des embryons et animaux chimériques? Il s'agit tout d'abord de noter que le risque qu'un animal développe des capacités cérébrales similaires aux nôtres est extrêmement bas. Comme le notent Phillip Karpowicz, Cynthia Cohen et Derek van der Kooy, des différences physiques essentielles entre les animaux non humains et les êtres humains réduisent drastiquement ce risque, comme la vitesse moindre de prolifération des cellules neuronales ou encore la taille et la structure du cerveau. Il est vrai que ces éléments restent soumis aux modalités de développement de l'animal hôte.

Il est ainsi «très improbable que même un singe chimérique dont le système thalamo-cortical entier était issu de l'humain puisse posséder une conscience humaine, puisque ses neurones iraient se loger dans des réseaux anatomiquement différents», affirme le trio de scientifiques. Un passage en revue de la littérature de 150 expérimentations scientifiques impliquant des chimères dresse le même constat, puisqu'il n'a permis de trouver «aucune preuve suggérant une humanisation de l'hôte animal».

Van der Kooy, Karpowicz et Cohen poursuivent ainsi: «Nous concluons que, pour le moment, les inquiétudes concernant l'humanisation ne doivent pas empêcher la recherche sur la complémentation de blastocystes de continuer.» En outre, une série de mesures peut être mise en place afin de limiter ce risque, aussi mince soit-il.

Enfin, même s'il arrivait qu'un animal naisse avec des capacités neurologiques permettant le développement d'une conscience similaire à la nôtre, il serait encore difficile d'arriver à justifier une prohibition complète. La naissance d'un être vivant doté d'une conscience similaire à la conscience humaine n'est pas un acte éthiquement dommageable en lui-même, du fait du principe de non-identité. Les capacités cérébrales extraordinaires de cet être vivant impliqueraient néanmoins de très grandes contraintes sur la manière dont on pourrait le traiter: si le statut moral est lié aux caractéristiques neuronales, et si la chimère possède des capacités cérébrales similaires aux nôtres, alors cet être vivant doit bénéficier des mêmes droits et libertés que les êtres humains.

Comme pour les êtres humains, il ne devrait pas être interdit de faire naître une telle chimère, mais il devrait être strictement interdit de mener des expérimentations médicales sur elle en absence de son consentement éclairé. Le bioéthicien Daniel Counihan propose à ce titre un «escalier moral» qui accorde d'autant plus de droits et libertés à mesure que le niveau des capacités neurologiques de l'animal grimpe.

La nécessité d'un cadre éthique

Contrairement aux arguments avancés par les opposant·es à la recherche scientifique sur les chimères, il ne semble donc pas qu'une prohibition absolue puisse être justifiée avec les arguments présentement étudiés. À moins de souscrire à la philosophie antispéciste consistant à accorder les mêmes droits que les nôtres à l'ensemble des animaux, en acceptant les conséquences titanesques bien au-delà du seul cas des chimères, il existe bien des manières éthiques de conduire ces études scientifiques.

Dans un article publié en 2019 dans le journal BMC Medical Ethics, un trio de spécialistes en bioéthique propos un cadre strict permettant de conduire des expérimentations sur les chimères de manière pleinement éthique. Sebastian Porsdam Mann, Rosa Sun et Göran Hermerén soulignent notamment l'importance que ces études impliquant des chimères soient conduites en vue d'objectifs scientifiques très significatifs. D'immenses progrès médicaux concernant toutes sortes de maladies graves ainsi qu'une potentielle solution à la pénurie d'organes semblent être de tels objectifs impérieux pour le bien-être de l'humanité.

Chaque année, des milliers de Français·es bénéficient de valves cardiaques biologiques issues de tissus porcins, bovins ou équins.

Contrairement à ce qu'affirme le philosophe Dominique Folscheid, interrogé par Félicité de Maupeou pour le journal La Vie, sauver des dizaines de milliers de vies humaines à travers le monde chaque année ne relève pas d'une «volonté de toute puissance infantile», à moins de considérer comme tel l'ensemble de l'édifice de la médecine moderne. De nombreuses chimères vivent déjà parmi nous: chaque année, des milliers de Français·es bénéficient en effet de valves cardiaques biologiques issues de tissus porcins, bovins ou équins. Ces actes médicaux relèveraient-ils de l'«hubris» ou encore du «délire technicien» issu de la «pensée transhumaniste»? La médecine et la recherche sont-elles «ivres de volonté de puissance» quand elles se battent quotidiennement pour réduire la souffrance humaine? Nous laisserons chacun·e en juger.

En l'absence d'argument fort justifiant la prohibition presque totale actuelle, gageons que le projet de loi bioéthique qui sera en discussion en 2020 légalisera la recherche sur les chimères animal-être humain afin que la recherche française puisse participer à son tour à ce formidable effort de la communauté scientifique mondiale.

Faut-il trembler face au coronavirus chinois?

L'émergence, en Chine, d'un nouvel agent pathogène pour l'être humain soulève une série d'interrogations médicales, économiques et diplomatiques à l'échelon planétaire.

Temps de lecture: 10 min

L'OMS va-t-elle déclarer une urgence de santé publique de portée internationale?

Confrontée à l'émergence, dans la ville chinoise de Wuhan, puis au début de la diffusion internationale d'un nouveau virus pathogène pour l'être humain, le coronavirus 2019-nCoV, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cache pas son embarras devant les responsabilités qui lui incombent.

«Déclarer ou non une urgence de santé publique de portée internationale est une décision que je prends très au sérieux et que je ne suis prêt à prendre qu'en tenant dûment compte des preuves disponibles», a indiqué le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus à Genève, où est réuni le Comité d'urgence du règlement sanitaire international.

Prévue pour le 22 janvier, sa décision a été reportée devant l'évolution rapide de la situation. Le même jour, les autorités sanitaires chinoises annonçaient une mise en quarantaine de la métropole de Wuhan, qui compte onze millions d'habitant·es. Cette mesure a été prise afin «d'enrayer efficacement la propagation du virus», alors que la Chine est entrée le 23 janvier dans son long congé du Nouvel An, marqué par une intensification massive des déplacements de population.

L'urgence de santé publique de portée internationale correspond à «un événement extraordinaire dont il est déterminé qu'il constitue un risque pour la santé publique dans d'autres États, en raison du risque de propagation internationale de maladies, et qu'il peut requérir une action internationale coordonnée».

Le choix de classer un évènement dans cette catégorie peut avoir de nombreuses conséquences sanitaires, économiques et diplomatiques, dans la mesure où ses répercussions dépassent le seul cadre du ou des pays directement concernés. Face à un risque contagieux majeur, les principales actions à mener consistent en effet en des restrictions drastiques des échanges commerciaux et de la circulation des personnes.

Une telle urgence n'a été décrétée que cinq fois dans l'histoire de l'OMS: face à la pandémie grippale A(H1N1), à la poliomyélite, au virus Zika et à deux reprises pour des épidémies de virus Ebola.

Dans tous les cas, la décision n'avait été prise que longtemps après l'émergence du nouvel agent infectieux pathogène pour l'être humain –ce qui avait parfois valu à l'OMS d'être vivement critiquée pour son inertie. Jamais l'institution n'avait été poussée à trancher dans une telle situation d'urgence.

Tout, aujourd'hui, porte à croire que le nouveau virus apparu en Chine est un agent transmissible au sein de l'espèce humaine et qu'il est potentiellement inquiétant.

Pour autant, plusieurs expériences récentes de maladies émergentes ont montré combien il était difficile, voire parfois impossible, de prédire avec précision l'évolution des situations sanitaires. Seule possibilité: user des données disponibles pour élaborer les différents scénarios possibles.

De quel type de virus s'agit-il?

Le nouveau virus n'est plus vraiment un inconnu. Découvert il y a quelques semaines en Chine, l'OMS lui a d'ores et déjà donné un nom: 2019-nCoV –soit un nouveau virus identifié en 2019, classé dans la famille des coronavirus.

Ces «virus à couronne» doivent leur appellation au fait que, sous l'œil du microscope électronique, ils font étrangement songer à la couronne solaire. Il s'agit d'un genre de virus de la famille des coronaviridæ, dont le génome est fait d'ARN et qui sont dotés d'une enveloppe virale et d'une coque (ou capside) de symétrie hélicoïdale.

Le 2019-nCoV est le septième représentant connu de cette famille capable d'infecter l'être humain par voie pulmonaire. Deux d'entre eux ont été découverts récemment, suscitant aussitôt une grande inquiétude à l'échelon international du fait de leur caractère contagieux.

Ce fut tout d'abord le SARS-CoV, responsable de l'épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Est ensuite venu le MERS-CoV, à l'origine de l'épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

En 2002 et 2003, le premier avait infecté en Chine plus de 8.000 personnes et causé près de 800 morts. Quant au second, apparu en 2012 au Qatar et en Arabie saoudite, il fut à l'origine de plus de 1.700 cas officiellement recensés, dont plus de 700 mortels.

Combien de personnes ont été infectées?

On sait que le 2019-nCoV a émergé chez l'être humain dans un marché de la ville chinoise de Wuhan, où diverses espèces animales étaient présentes et commercialisées (poissons et produits de la mer, volailles, faisans, chauves-souris, marmottes…). On sait que c'est là une situation qui favorise grandement les recombinaisons génétiques des virus animaux et qui augmente les risques de transmission de nouveaux virus pathogènes à l'espèce humaine. Ce marché a été fermé le 1er janvier pour limiter la contagion –trop tard.

L'OMS avait été informée le 31 décembre par la Chine d'un groupe de cas de pneumonie d'une origine inconnue dans la ville de Wuhan, une affection se manifestant par une fièvre accompagnée de difficultés respiratoires. Dans un premier temps, les autorités sanitaires chinoises avaient pu croire que le risque était limité: aucune contamination interhumaine n'avait été observée.

Rapidement, les informations officielles furent toutefois contestées. Alors que Pékin n'annonçait que quarante-cinq personnes contaminées, un groupe d'expert·es de l'Imperial College de Londres (qui collabore par ailleurs avec l'OMS) a publiquement dénoncé ce chiffre. Selon ces spécialistes, au vu de l'ensemble des informations disponibles au 12 janvier, plus de 1.700 personnes pouvaient en réalité avoir été infectées.


Des personnels de l'hôpital Jinyintan de Wuhan transportent un malade, le 18 janvier 2020. | STR / AFP

Dirigée par le professeur Neil M. Ferguson, l'équipe expliquait avoir fondé ses calculs sur le nombre de cas déjà détectés hors de Chine –deux en Thaïlande et un au Japon– pour estimer le nombre de personnes vraisemblablement contaminées à Wuhan, où la totalité des cas chinois ont été signalés depuis le mois dernier.

Les scientifiques ont aussi eu recours à la base de données des vols internationaux au départ de l'aéroport de cette ville. «Pour que Wuhan ait exporté trois cas vers d'autres pays, il faut qu'il y ait beaucoup plus de cas que ce qui a été annoncé, précisait Ferguson à la BBC . Je suis nettement plus préoccupé que je ne l'étais il y a une semaine.»

Le 22 janvier, les mêmes expert·es estimaient à 4.000 le nombre de cas d'infections dans la ville de Wuhan, avec une plage d'incertitude comprise entre 1.000 et 9.700.

Comment la Chine a-t-elle réagi?

La Chine dut rapidement constater et reconnaître publiquement qu'une transmission interhumaine existait bel et bien, ce qui bouleversait complètement la donne pour les mesures préventives à mettre en œuvre.

L'émergence de ce nouveau virus survenait en outre à la veille des festivités du Nouvel An lunaire, le 25 janvier, une période qui voit des centaines de millions de Chinois·es emprunter bus, trains et avions pour aller passer les fêtes en famille. À cette occasion, beaucoup partent également dans divers pays d'Asie du Sud-Est.

Signe de l'inquiétude grandissante du pouvoir politique, le président Xi Jinping donnait le 20 janvier le signal d'une mobilisation du pays pour enrayer «résolument» la propagation du nouveau virus.

Le 24 janvier, Pékin faisait état de 26 morts, de 830 cas confirmés et de plus d'un millier de personnes placées en observation. Via une télévision de Hong Kong, l'un des médecins membres de la Commission nationale chinoise de la santé révélait qu'il était lui-même infecté par le 2019-nCoV.

Près de la moitié des provinces chinoises sont touchées, y compris des mégapoles comme Shanghai et Pékin. Des actions préventives de ventilation et de désinfection ont également été mises en place dans les aéroports, les gares et les centres commerciaux, tandis que des détecteurs de fièvre pourraient être installés dans les sites très fréquentés.

Désinfection dans un quartier de Shanghai #coronavirus pic.twitter.com/WuuQpx28ne

— Zhulin Zhang (@ZhangZhulin) January 21, 2020

L'isolement des personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée est désormais obligatoire, et des mesures de quarantaine peuvent être décrétées par les autorités locales.

«La Chine est disposée à travailler avec la communauté internationale pour répondre efficacement à l'épidémie et maintenir la sécurité sanitaire dans le monde», assure le président Xi Jinping.

C'est dans ce contexte qu'a été prise la décision de mettre en quarantaine, à compter du 23 janvier, les onze millions d'habitant·es de Wuhan. «Les habitants ne doivent pas quitter Wuhan sans raison spécifique», a souligné le quartier général chargé de la lutte contre l'épidémie au niveau municipal. Aucun train ni avion ne doit en principe quitter la ville, située au centre de la Chine.


À l'aéroport Tianhe de Wuhan, presque déserté, le 23 janvier 2020. | Leo Ramirez / AFP

Pourra-t-on circonscrire l'épidémie?

Il est désormais établi, comme on pouvait aisément le redouter, que le nombre de cas identifiés en dehors de la Chine ne cesse d'augmenter: le virus a atteint la Thaïlande, Taïwan, le Japon, Hong Kong, Macao, la Corée du Sud et les États-Unis.

Une nouvelle fois, le trafic aérien apparaît être le facteur majeur de transmission des nouveaux virus pathogènes. Toute forme de restriction préventive des vols se heurte néanmoins à de puissants intérêts économiques et politiques qui ne peuvent pas ne pas être pris en compte par l'OMS.

L'institution de l'ONU dispose ici d'un instrument juridique de poids, mais qui dans les faits se révèle difficile à mettre en œuvre: le règlement sanitaire international.

À la différence (notable) des virus de la grippe, on ne dispose d'aucun vaccin et d'aucun médicament antiviral face aux coronavirus. C'est là une situation qui ne pourra que compliquer la prévention et le contrôle de l'extension épidémique.

Le personnel de santé va notamment se retrouver confronté à un risque qu'il aura du mal à considérer comme aussi banal qu'une infection par un virus grippal. En pratique, faute de thérapeutique et compte tenu du risque de contagion, la seule méthode préventive consiste à isoler les personnes infectées.

L'autre grande inconnue réside dans la loterie génétique: les virus sont des entités en perpétuelle mutation, le plus souvent sans conséquences majeures, mais parfois avec des effets redoutables –d'autant que plus une épidémie prend de l'ampleur au sein d'une espèce, plus le risque augmente de voir émerger de nouveaux virus mutants.

De ce point de vue, il faut compter avec les progrès majeurs réalisés dans le domaine de la virologie moléculaire. Associés à une surveillance médicale et épidémiologique sans faille, ils devraient permettre d'identifier au plus vite de telles mutations et de prendre les mesures sanitaires drastiques qui s'imposeraient alors.

Quel scénario pour la suite?

Le scénario SRAS

On peut imaginer pour le 2019-nCoV un scénario voisin de celui du SRAS, survenu en 2002-2003. À l'époque, notre monde était déjà hyperconnecté, et la maladie était due à un coronavirus proche de celui d'aujourd'hui.

On en connaît l'évolution: les hésitations et les cachoteries d'un gouvernement chinois paralysé par sa culture du secret, les retards dans l'alerte et dans les réponses qui devaient être apportées ont laissé se développer une épidémie découverte à Hong Kong. Elle fut suivie d'une diffusion rapide dans certaines métropoles connectées, en particulier à Toronto.

Aujourd'hui, un tel scénario ne se reproduirait pas à l'identique, ne serait-ce que parce Pékin a en partie commencé à tirer les leçons de 2003. La docteure Margaret Chan, une Chinoise directement impliquée dans la gestion du SRAS à Hong Kong, a depuis dirigé l'OMS pendant huit ans; les réseaux sociaux constituent désormais une source d'information moins contrôlable par le régime.

Un aggiornamento a clairement été entrepris, comme le montre, en dépit de quelques atermoiements, ce qui s'est passé à Wuhan: en deux semaines, le virus a été identifié, entièrement séquencé (à Wuhan même) et mis à la disposition de la communauté scientifique internationale. Quant aux liens avec l'OMS, ils sont aujourd'hui étroits et continus.

Ce premier scénario serait donc une forme de SRAS avec moins de personnes infectées et moins de décès.

Le scénario A(H1N1)

La pandémie A(H1N1) avait eu pour origine le Mexique. Aujourd'hui, l'origine est donc chinoise et la diffusion très rapide; bientôt, tous les pays pourraient être atteints, avec des foyers autochtones se développant sur chacun des continents.

Le risque de diffusion pandémique massif réside dans la transmission interhumaine, désormais avérée, du nouveau virus. Le mode de diffusion du 2019-nCoV ressemble à ce titre à celui des virus grippaux.

Dans ce scénario, la pathologie est moins sévère que ne l'était le SRAS. Il faut en effet savoir que, paradoxalement, les formes moins sévères des infections virales sont finalement plus redoutables, car plus difficiles à contrôler et à dépister.

Dans l'hypothèse où tous les cas (ou presque) consisteraient en des pneumonies très fébriles, il serait plus aisé de les dépister aux frontières; les personnes infectées pourraient être plus rapidement confinées à leur domicile ou en milieu hospitalier.

Dans l'hypothèse où un grand nombre d'infections ne provoqueraient que peu de symptômes, des personnes porteuses du virus pourraient aisément voyager sans être inquiétées à leur arrivée à des points de contrôle. Une fois arrivées à destination, elles contribueraient à propager le virus. C'est ce qu'il faudra suivre de près sur le plan épidémiologique.

Les conséquences sanitaires ne seraient pas nécessairement dévastatrices: la pandémie grippale A(H1-N1) de 2009 avait tué moins d'individus que la grippe saisonnière.

Les conséquences économiques pourraient toutefois être momentanément assez importantes. On se souvient que les compagnies aériennes avaient beaucoup souffert du SRAS en 2003. On peut ici imaginer que nombre de compagnies aériennes –à commencer par les asiatiques– ne seraient pas épargnées par une telle épidémie.

Le scénario grippe espagnole

La dernière évolution possible suppose un virus ayant le potentiel mortifère de la «grippe espagnole» de 1918-1919. Un tel scénario a été modélisé en 2018 par Bill Gates, lors d'une intervention intitulée «Epidemics Going Viral: Innovation vs Nature», dans laquelle le milliardaire alertait sur le fait que notre monde hyperconnecté n'était pas bien préparé pour faire face à une pandémie mortelle.

Les éléments en faveur de ce scénario sont l'absence de tout vaccin et de tout traitement contre le coronavirus, à la différence aujourd'hui de la grippe. La virulence clinique du 2019-nCoV est inquiétante, même si les statistiques actuelles sont encore très imprécises et demandent à être consolidées dans les semaines à venir.

Pour l'heure, on recense dix-sept décès pour 444 cas rapportés. Sur la base de 1.700 infections, et si la mortalité augmente un peu (plusieurs cas critiques sont actuellement en réanimation), on peut avec prudence penser que le taux de mortalité pourrait avoisiner le 1% observé lors de la grippe espagnole.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, une seule certitude: seul un état de vigilance extrême aux échelons nationaux et internationaux permettra, dans les prochains jours et les prochaines semaines, de définir, calibrer et orienter les politiques de prévention et de contrôle de la situation.

Si la NBA a réussi à percer en France, c'est grâce aux réseaux sociaux

Ce 24 janvier, un match officiel de la NBA se joue pour la première fois sur le sol français. Les efforts des fans, qui ont su faire vivre leur passion sur internet, sont enfin récompensés.

Temps de lecture: 5 min

Ce vendredi 24 janvier, la NBA pose ses bagages et ses superstars en France: un match officiel entre les Hornets de Charlotte et les Bucks de Milwaukee va se dérouler à Paris. Et qu'importe si l'affiche n'est pas la plus belle que la balle orange puisse offrir, elle marque le point d'orgue d'une ligue américaine partie à la conquête de l'Hexagone.

Pour comprendre comment la NBA a réussi à s'implanter dans un pays plus amateur d'ovalie et de «second poteau Pavard» que de dunks, on pourrait citer bien des raisons: la Dream Team américaine de 1992, l'explosion au plus haut niveau de Tony Parker ou la couverture médiatique de beIN SPORTS. Voilà pour la poudre.

La mise à feu définitive, c'est l'avènement des réseaux sociaux, au milieu des années 2000, révolutionnant totalement la façon de vivre et de consommer la NBA en France.

Émulation collective

Longtemps, la ligue américaine de basket-ball a été cantonnée à un hobby solitaire, dû à des horaires décalés ne faisant la joie que des insomniaques: difficile de trouver des bars ouverts ou des voisin·es passionné·es pour suivre les matchs. La NBA était un bonheur d'ermite, une passion individuelle, limitant drastiquement son expansion.

George Eddy, premier journaliste à avoir couvert le basket américain en France, se souvient de ce désert de solitude que les moins de 20 ans n'auront pas traversé: «Quand j'ai débuté, il n'y avait rien et il fallait expliquer les fondamentaux à chaque match qu'on présentait. Internet a permis de changer cela. Aujourd'hui, toutes les connaissances sont à portée de clic. Le sport est devenu plus émotionnel, les fans français supportent des équipes spécifiques, ont leur joueur favori, connaissent l'histoire des franchises [les clubs de basket américain, ndlr]. C'était impensable il y a trente ans.»

Internet comme bible de connaissance, mais surtout comme moyen d'enfin interagir avec d'autres fans. La nuit, les claviers s'agitent et les commentaires fusent sur les réseaux sociaux.

«On l'a vu avec la Coupe du monde de football, le sport sert à communier avec les autres. Dans son développement en France, la NBA a longtemps souffert de cette consommation jadis isolée. Aujourd'hui, avec internet, les gens partagent leurs expériences et leurs ressentis, d'où l'émulation», commente entre deux tweets Bastien Fontanieu, cofondateur du média TrashTalk, rapidement devenu une référence pour le suivi de la NBA en France.

La recette du succès? Un ton décalé, une proximité avec leur public, mais aussi une omniprésence de toute l'équipe sur Twitter, pour commenter les matchs en nocturne, échanger et conseiller de temps à autre, vers 22 heures, de prendre un café pour tenir toute la nuit.

L’histoire, ça se vit ensemble : TrashTalk commentera le NBA Paris Game entre Bucks et Hornets, en direct sur YouTube ! https://t.co/GdY4ARrL3I

— TrashTalk (@TrashTalk_fr) January 22, 2020

Offre foisonnante

Aussi visible soit-elle, l'équipe de TrashTalk n'est pas la seule à animer les nuits françaises. Des fans ont créé des comptes Twitter pour chaque franchise NBA, afin de concilier un peu plus en France le réseau social et le basket.

Ces comptes français ne sont ni officiels, ni rémunérés, mais ils fournissent un travail d'orfèvre: live-tweet de matchs, analyses des joueurs, rappels historiques et même podcasts, sites dédiés, voire carrément événement aux États-Unis.

Pour Quentin, community manager du compte Dallas Mavs France, supporter de la franchise éponyme, qu'importe les nuits particulièrement courtes et autres cernes du matin: «Il est important de pouvoir partager sur Twitter, d'autant plus que c'est une passion de niche et qu'il est compliqué de trouver des gens avec qui partager cela dans son cercle d'amis, dans la “vraie vie”.»

C'est la terrible nouvelle de la nuit :

Dwight Powell s'est rompu le tendon d'Achille droit et ne jouera plus de la saison.

Terrible perte pour nous.

Dwight était une personne exemplaire et dévouée en plus d'être un joueur important pour l'équipe.

Bon rétablissement pic.twitter.com/UjqqMhzsci

— Dallas Mavs France (@DallasMavsFr) January 22, 2020

Se connecter est presque devenu un réflexe pour les passionné·es français·es: «Les interactions se font de manière immédiate. La plupart des fans regardent les matchs avec leur téléphone dans la main, pour avoir les réactions en temps réel, interagir avec les comptes et les autres internautes, permettant à chacun d'éviter de se sentir seul devant son écran», poursuit Quentin.

Mais pourquoi cet engouement pour la NBA, alors que d'autres sports patinent tant à traverser l'Atlantique? Selon l'équipe du compte Twitter des Lakers France, c'est l'offre de la ligue qui fait son succès –«plusieurs matchs chaque soir de la semaine, d'octobre à juin».

Du coup, impossible de se tromper: «Il y aura toujours quelque chose à dire, à commenter, un match fou, une performance incroyable. S'il y a un sport pour vibrer, c'est bien la NBA.»

French touch

La ligue de basket américaine n'est bien sûr pas en reste non plus dans cette conquête. George Eddy décrypte: «Comparé aux autres grands sports américains, la NBA a toujours été pionnière dans le développement à l'étranger. Elle fut la première ligue à prendre le virage d'internet, afin de pouvoir communiquer avec ses fans du monde entier.»

Des fans qu'elle sait récompenser de leur soutien: preuve en est avec ce match à Paris, bien sûr, mais aussi avec des rencontres aux horaires décalés pour mieux convenir au public européen, comme le dimanche à des heures de grande écoute en France ou au Royaume-Uni. «Dès que la NBA sent qu'un marché est potentiellement fructueux, elle va chercher à le développer au maximum», résume le journaliste.

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— NBA France (@NBAFRANCE) January 22, 2020

La fanbase française s'est taillée à l'international une solide réputation. Au-delà de leur implication, les tricolores ont même développé une certaine French touch, faite d'humour et d'autodérision.

La formule fonctionne pour Lakers France, qui compte quelque 25.000 followers: «L'ambiance est bon enfant, on a peut-être plus de recul que les Américains sur les franchises qu'on supporte.»

Il suffit de veiller une nuit sur la toile française pour s'en rendre compte. Taquineries, petites piques, photos détournées, citations de rap et blagues fusent en France au même rythme que les paniers et tirs à trois points aux États-Unis.

- mon ex qui essaye de reprendre contact depuis des mois
- moi : pic.twitter.com/VsNKBY668B

— Lakers France (@LALakersFR) January 7, 2020

«Nous, on est clairement pour l'humour et le second degré. C'est une passion mais ça reste un plaisir, on ne voit pas trop l'intérêt de se prendre la tête avec un inconnu à 3 heures du matin, seul derrière notre écran», sourit l'un des administrateurs du compte.

Plafond de verre

Si la NBA se développe donc à toute vitesse sur l'internet français, l'expansion n'est pas sans limite, reconnaît Bastien Fontanieu: «On sait qu'il y a un plafond, on ne va jamais taper les millions de spectateurs, les gens ont une vie. C'est devenu un sport sociable, mais cela reste un sport aux horaires compliqués pour la France.»

Quant aux démarches de la NBA afin d'«européaniser» ses horaires, elles aussi rencontrent un frein. «Il y a une crainte en coulisses de la part des joueurs, qui sentent leurs performances affectées par ces horaires trop décalés», indique le spécialiste.

Pour contrer cette grosse barrière horaire, la NBA se décline désormais au soleil et à des horaires décents: chaque jour, beIN SPORTS propose une émission «NBA Extra» le midi, tandis que TrashTalk produit toujours plus de contenus et d'évènements: vidéo du lundi, classements, apéros…

«La NBA est un tel bordel quotidien et va tellement dans tous les sens qu'avoir des rendez-vous réguliers et ponctuels permet aux gens de caser le basket dans leur programme prévisionnel, souligne son cofondateur. Il ne s'agit plus seulement d'occuper les nuits, mais aussi que la NBA ait une place dans les journées en France.»

BlackRock se paie une opération de greenwashing grâce à Paris et Berlin

Lors du forum économique de Davos, la France et l’Allemagne ont communiqué sur la création d’un fonds climat avec BlackRock. Un cadeau inespéré pour le plus gros gestionnaire d’actifs qui investit des milliards de dollars dans les énergies fossiles.

C’est depuis le Forum économique mondial de Davos, cette station de ski suisse que l’on rejoint en jet privé, que BlackRock, l’Agence française de développement (AFD) et le ministère allemand de l’Environnement, alliés à des fondations philanthropiques privées, ont annoncé avoir finalisé la création du « Climate Finance Partnership » (CFP, "partenariat sur le financement climatique") [1].

Le CFP est un véhicule d’investissements qui sera initialement doté de 100 millions de dollars, dont 60 millions garantis sur fonds publics provenant de l’AFD et de l’Allemagne. Le fonds a pour objectif de lever jusqu’à 500 millions de dollars pour financer des projets liés au climat dans les pays à revenus intermédiaires d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique. Des investissements dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, du stockage et des réseaux électriques sont annoncés, sans détail en termes de calendrier.

Des montants ridiculement faibles

En juillet 2019, Emmanuel Macron avait reçu dans les salons dorés de l’Élysée huit des principaux gestionnaires d’actifs mondiaux, dont Larry Fink le PDG de BlackRock, pour « accélérer les investissements en faveur du climat ». En ajoutant au lancement de ce CPF, l’engagement récemment pris par Larry Fink de progressivement se désintéresser du charbon, ne faut-il pas se féliciter au regard de l’urgence climatique et de la nécessité de lever des financements supplémentaires pour le climat ?

Précisons que les montants évoqués sont ridiculement faibles. Les pays riches avaient promis en 2009 de débloquer 100 milliards de dollars pour les pays du Sud d’ici à 2020. Plus de dix ans après la conférence climat de Copenhague, nous savons que ce sont en réalité plusieurs milliers de milliards de dollars qu’il faut trouver pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et mener des politiques d’adaptation efficaces. Même à l’aune de ces 100 milliards, le CFP ne représente qu’un montant dérisoire, au mieux 0,5 %.

Une initiative peu adaptée à l’urgence climatique dans les pays du Sud

Une large partie des financements nécessaires à la lutte contre les changements climatiques doivent aller à des politiques d’adaptation aux dérèglements du climat, autrement dit d’anticipation des catastrophes, de transformation des infrastructures, et de conversion des systèmes alimentaires. Le programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) évaluait en 2016 les coûts de l’adaptation dans les pays en développement à une fourchette allant de 140 à 300 milliards de dollars par an pendant cette nouvelle décennie [2] .

Or, ces projets d’adaptation (construction de digues, rénovations urbaines, soutien au monde agricole, etc.) n’offrent pas de rentabilité suffisante à des investisseurs. Le CFP et toutes les initiatives mobilisant des investissements privés ne s’y intéresseront pas. L’adaptation exige en premier lieu des dons provenant d’argent public supplémentaire, pérenne et sans contrepartie.

S’agissant des politiques d’atténuation qui permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre à long terme, elles doivent se développer à l’échelle locale, en s’appuyant sur les savoir-faire des communautés d’habitants et d’usagers. Or l’implication d’acteurs financiers internationaux va favoriser des projets technologiques à grande échelle, conçus loin des besoins des communautés. Il n’est pas certain que les populations en Afrique, Asie, Amérique du Sud, ou dans les petites îles du Pacifique n’aient besoin de gestionnaire d’actifs tels que BlackRock.

Refus d’évaluer les conséquences de l’Accord de Paris sur sa stratégie d’investissement

Tournons ensuite les yeux vers BlackRock. Larry Fink, son PDG, est connu pour régulièrement déclarer que les entreprises doivent attribuer « une contribution positive à la société », et tenir compte des enjeux écologiques et sociaux dans leurs investissements. C’est ce qu’il vient d’affirmer à nouveau dans la lettre qu’il rend publique chaque début d’année, annonçant son intention de privilégier les investissements centrés sur la « soutenabilité » et « le climat », de laisser de côté le charbon et de proposer des produits « filtrant les combustibles fossiles ».

En septembre 2016, BlackRock avait déjà publié un rapport qui énonçait que l’ensemble des investisseurs, dont BlackRock, devaient tenir compte de la protection de l’environnement et du climat dans leurs choix d’investissement. Exhortations louables, dont l’application est toutefois contredite par les faits : quelques semaines avant la publication de ce rapport, BlackRock avait fait échouer lors de l’assemblée annuelle des actionnaires d’ExxonMobil le vote d’une résolution se limitant à proposer qu’Exxon évalue les conséquences de l’Accord de Paris sur sa stratégie d’investissement [3].

Des milliards de dollars d’investissement dans les énergies fossiles

Une étude du Guardian, publiée en octobre 2019, portant sur les investissements dans les énergies fossiles des « Big Three » (les gestionnaires d’actifs BlackRock, Vanguard et State Street), montre d’autre part qu’ils ont accumulé près de 300 milliards de dollars d’investissements dans les énergies fossiles : à travers 1712 fonds, Vanguard détient 161 milliards de dollars, BlackRock 87 milliards et State Street 38 milliards. Les 100 à 500 millions d’euros du CFP ne pèsent pas lourd.

Mieux, les réserves de charbon, pétrole et gaz des entreprises dont une part du capital est détenue par ces trois fonds d’investissement ont augmenté de 34,8 % depuis 2016, faisant d’eux les plus importants investisseurs de la planète dans les énergies fossiles. Soit un stock potentiel d’émissions de gaz à effet de serre qui a augmenté depuis l’Accord de Paris, passant de 10,6 gigatonnes de CO2 à 14,3 gigatonnes. BlackRock est ainsi un actionnaire important de Total, avec près de 6 % de son capital.

Un tiers des membres du conseil de direction de BlackRock lié à des entreprises des énergies fossiles

D’autre part, une étude de l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) a montré que BlackRock mène par bien des aspects une politique d’investissement contradictoire avec les enjeux climatiques [4]. Tout d’abord, six des 18 membres du conseil de direction de BlackRock sont liés à des entreprises des énergies fossiles, comme Halliburton, GE ou BP. Seulement 0,8% du portefeuille total de Blackrock est d’ailleurs investi dans des fonds comportant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) : soit une goutte d’eau au regard des 7000 milliards d’actifs dont BlackRock a la gestion.

Plus important encore : BlackRock a mis sur pied de nombreux produits d’investissement qui sont fondés sur l’évolution d’indices boursiers. Puisque les compagnies pétrolières et gazières occupent souvent une place de choix sur les principales places financières de la planète (Total représente environ 10 % de la capitalisation du CAC40), la performance des actifs gérés par BlackRock est structurellement fortement dépendant des résultats des compagnies pétrolières. Par ailleurs, BlackRock n’a soutenu en 2018 que 10 % des résolutions liées au climat soumises au vote en assemblées générales d’actionnaires des entreprises dont elle détient des actifs.

Le cadeau de Paris et Berlin à BlackRock

À la lumière de ces faits, offrir à l’un des gestionnaires d’actifs les plus investis dans les énergies fossiles l’opportunité de se présenter comme porte-drapeau de l’investissement climato-compatible fait figure de cadeau inespéré de la part de Paris et Berlin. On n’attend pas des pouvoirs publics qu’ils se chargent de coordonner les opérations de greenwashing d’investisseurs comme BlackRock. Encore moins face à des montants dérisoires : les 500 millions d’euros du CFP représentent moins de 0,01% des actifs gérés par BlackRock.

Ce qu’on attend des pouvoirs publics, la France et l’Allemagne en premier lieu, est au contraire de prendre le taureau de la Bourse et des marchés financiers par les cornes. Intervenir de façon contraignante pour imposer aux investisseurs et gestionnaires d’actifs de ne plus investir dans les énergies fossiles et activités destructrices de l’environnement n’est pas autorisé par les règles actuelles du droit de l’investissement. Il est donc urgent de modifier les règles du jeu pour qu’il ne soit plus possible de continuer à investir dans le secteur des énergies fossiles.

Enfin, on attend des pouvoirs publics de réorienter l’argent public qui finance encore l’aggravation du réchauffement climatique, de desserrer l’étau qui empêche aujourd’hui de s’endetter pour financer l’intérêt général et, d’autre part, de taxer à des niveaux suffisants les revenus du capital - en menant une lutte résolue contre l’évasion fiscale - pour débloquer les financements et l’argent public nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique. Les pays et les populations du Sud n’ont plus les moyens de temporiser. Ni le loisir de s’en remettre au bon vouloir de BlackRock et autres investisseurs privés.

Amélie Canonne [5] et Maxime Combes [6]

Photo de une : manifestation du 9 janvier 2020 / © Attac44

Quand la France se rebelle : une cartographie des mouvements sociaux en cours

L’ampleur de la contestation impressionne. Un collectif de géographes vient de cartographier les mouvements sociaux en cours : santé, éducation, justice, culture, transports, industrie ou énergie sont concernés. Une carte participative utile à celles et ceux, isolés, qui veulent s’impliquer. Nous relayons leur appel.

« Nous, Géographes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
- ne nous résignons pas face à la casse du service public de l’enseignement et de la recherche, constante et organisée depuis ces 20 dernières années.
- ne cautionnons pas le climat de compétition et de concurrence orchestré dans la recherche et l’enseignement.
- attendons une recherche et un enseignement au service de l’intérêt public et du bien commun.
- sommes en désaccord avec la Réforme des retraites, la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche, l’appauvrissement général du service public et l’exploitation des travailleurs et travailleuses, dans tous les secteurs.

En conséquence, nous Géographes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, avons décidé de mettre à disposition des mouvements sociaux en cours et à venir en France, nos compétences pour les mettre en carte et les porter à la connaissance du plus grand nombre.

Soutenez-nous ! Soutenez les mouvements !

Aidez-nous à alimenter cette carte en renseignant ce questionnaire participatif et anonyme : https://framaforms.org/inventaire-des-mouvements-sociaux-1578921708 »

Voir en plein écran

- Plus d’infos sur https://geographesesr.github.io/cartographie-des-mouvements-sociaux/

Quand parents d'élèves et enseignants grévistes aspirent à « entretenir et généraliser la révolte »

Face au mouvement contre la réforme des retraites, le gouvernement reste inflexible : le texte de loi sera bien présenté ce 24 janvier en conseil des ministres. Mais de nombreux citoyens sont décidés à poursuivre la lutte. A Rennes, les parents d’élèves ont décidé de soutenir les enseignants grévistes en occupant des écoles.

« Le mouvement ne s’essouffle pas. Il se renouvelle. » Parole d’enseignant, gréviste depuis plusieurs semaines. « Un exemple ? Les occupations d’écoles, collèges et lycées par les parents d’élèves. » Lancés début janvier, ces mouvements d’occupation se multiplient. Objectif : soutenir les enseignants, marquer le territoire par des lieux de résistance contre la réforme des retraites, continuer à faire collectif pour échanger, s’informer, inventer une autre forme de société.

Encore possible de gagner, tant le nombre de personnes concernées est élevé

« Que des parents s’engagent à soutenir les enseignants, je trouve ça vraiment super. J’en ai parlé à des collègues qui sont grévistes depuis début décembre, ils avaient des étoiles dans les yeux d’imaginer que c’était possible », dit Hélène, enseignante. Gréviste plusieurs jours par semaine depuis début décembre, Hélène a « vraiment cru à la victoire » au début du mouvement. Un peu moins optimiste aujourd’hui, elle reste persuadée qu’il est encore possible de gagner, tant le nombre de personnes concernées est élevé.

Tous nos articles et décryptages sur la réforme des retraites : https://www.bastamag.net/Retraites
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Ce ne sont pas les parents ayant décidé d’occuper les écoles qui diront le contraire. Le16 janvier en soirée, ils étaient une soixantaine réunis à l’école Oscar Leroux, dans le sud de Rennes. Au milieu du large cercle formé par les adultes réunis en assemblée générale (AG), des enfants se baladent, sautent et font des roulades. « Ici, il y a environ 80 % d’enseignants grévistes depuis un mois, explique Sami, parent d’élève. On s’est dit qu’il fallait qu’on arrête de les regarder, et montrer concrètement notre soutien. » L’idée de passer la nuit à l’école s’est imposée assez vite, pour prendre la suite d’autres établissements – écoles maternelles et primaires mais aussi collèges et lycées de Rennes et des alentours qui sont occupés à tour de rôle depuis deux semaines.

« Derrière les retraites, cela va être un vrai carnage »

Alors que l’AG touche à sa fin, une agente territoriale de la ville venue en soutien affirme qu’« il ne faut pas absolument pas lâcher sur les retraites. Parce que derrière, cela va être un vrai carnage. On risque d’assister au détricotage de toute la société, avec la suppression de la sécurité sociale. C’est tout notre univers qui s’écroule. Celui que nos parents et nos grands parents ont construit. » « Il faut partager le travail plutôt que travailler plus longtemps, pense Anne-Cécile, parent d’élève, fonctionnaire, et gréviste tous les jeudis depuis début décembre. Si on payait les femmes autant que les hommes, les caisses seraient vite remplies. Il n’y aurait plus de déficit du régime de retraite. » L’assemblée approuve. « On a élu un homme du secteur bancaire par dépit. Qu’ils arrêtent de dire qu’ils appliquent le programme pour lequel ils ont été élus ! », lance un autre parent.

Dans le fond de la salle, arrivent des caisses remplies de victuailles fournies par le réseau de ravitaillement des luttes. Récupérées auprès de divers maraîchers des alentours, de belles courges ont été mitonnées pour soutenir les parents et enseignants en lutte. « C’est l’heure de manger ! », lance un enfant.

Réunis autour du repas, les parents continuent à discuter. « Dans le privé, des tas de gens ne peuvent pas faire grève, d’autres ne peuvent pas manifester. Il faut inventer d’autres moyens de se mobiliser. Pour que tout le monde trouve une place », estime Nolwenn, agente territoriale de la ville venue en soutien. Regonflée par le dynamisme de l’AG, une de ses collègues promet qu’elle va essayer de motiver ses collègues, et les parents de l’école où elle travaille.

« Notre objectif n’est pas d’embêter les parents »

« Se mobiliser au sein de l’école du quartier, c’est une façon concrète de prendre part au mouvement », dit Sébastien, père de famille. Salarié dans le privé, aux côtés de collègues qui pour certains pensent que la réforme des retraites est nécessaire, Sébastien ne peut pas faire grève. « Chez nous, cela ne se fait pas, c’est comme ça. On est coincés », dit-il. Quentin, parent d’élève et précaire dans l’enseignement supérieur approuve. « Ce n’est pas toujours possible de se mobiliser sur son lieu de travail. L’école de mon enfant, cela me touche aussi directement. C’est l’avenir. »

« Être là permet de créer du lien », reprend Quentin. « Ça rebooste, dit Hélène, enseignante. Et ça fait du bien de se dire qu’on n’est pas tout seul. » Sébastien, qui participe ce soir là à sa première AG, vient de réaliser que le service minimum, auquel il avait volontiers recours, pouvait desservir la lutte. Et cela l’interroge. « Nous mêmes, enseignants, somme partagés avec le service minimum, confirme Fabien, venu d’une autre école rennaise. D’un côté, on sait que cela diminue l’impact de la grève. De l’autre, cela nous soulage parce qu’on sait que du coup, on embête moins les parents. Et notre objectif, évidemment, n’est pas d’embêter les parents. »

« On dépasse les discussions sur les retraites pour discuter de quelle société on veut »

Habituée à se mobiliser, Nolwenn trouve que ce mouvement contre la réforme des retraites a quelque chose d’unique, sans doute à cause de la violence et de l’universalité de l’attaque. « Les AG interprofessionnelles permettent que tout le monde puisse venir. J’ai rencontré des gens qui ne se mobilisent pas d’habitude », remarque-t-elle. Dans les centres sociaux, plusieurs AG éducation se sont tenues, souvent très remplies. Les syndicats, qui proposent un soutien logistique, de savoir-faire, ou de contacts presse par exemple, se tiennent en retrait. Le souhait étant d’ouvrir un maximum, et de laisser chacun et chacune venir avec ce qu’il ou elle est. « Nous trois, on est chacun dans un syndicat différent. Et là, on travaille tellement bien ensemble. On se sent soudés », explique Hélène, enseignante, avec deux parents d’élèves.

« Avec toutes les AG qui ont eu lieu, on prend le temps de s’écouter, de discuter, de se retrouver. Assez vite, on dépasse les discussions sur les retraites pour discuter de quelle société on veut. On découvre qu’on est tous anticapitalistes, en fait. » Leur cheminement ressemble à celui des gilets jaunes. Mobilisés en premier lieu contre l’augmentation du prix des carburants, ces derniers ont assez vite orienté leur mouvement vers des revendications de justice sociale et écologique.

« Pour les mères célibataires, tout est toujours plus dur. Elles comptent leurs jours de grève »

Cette conviction de lutter ensemble pour une société qui les fait rêver aide à tenir sur la durée. Il faut s’organiser, bien sûr, quand on a une vie de famille, pour qu’il y ait tout le temps au moins une personne à la maison le soir. « Les réunions, les AG et les manifs » occupent plus que le boulot, précise une agente territoriale. « Financièrement, c’est dur, ajoute Nolwenn, dont le compagnon est aussi régulièrement en grève depuis un mois et demi. Ici, on n’a pas de caisses de grève. Ça a donc un gros impact. » « La plupart des enseignants mobilisés font grève deux jours par semaine, explique Fabien. Cela fait entre 600 et 700 euros de moins à la fin du mois. Mais ce n’est jamais que ce que l’on perdra chaque mois si la réforme des retraites est adoptée. »

« Pour les collègues qui sont mères célibataires, c’est dur, reprend-il. Tout est toujours plus dur pour elles. Elles comptent leurs jours de grève, évidemment. Pour les autres c’est différent. Ils calculent en fonction de ce que fait leur conjoint. » Nombre de familles voient les deux parents mobilisés à tour de rôle. Mais si la grève peine à s’installer dans la durée, ce n’est pas forcément à cause des problèmes d’argent, ou pas seulement. Les enseignants sont aussi rattrapés par leur conscience professionnelle.

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Voir les élèves trois jours par semaine, ce n’est pas assez. Faire sauter des sorties organisées depuis longtemps, très attendues par les enfants, est difficile. « L’engagement professionnel, dans le premier degré, est très fort, insiste Fabien. C’est un frein évident pour une grève longue. C’est d’autant plus vrai en REP+, où les élèves ont vraiment besoin de nous. » Mardi dernier, alors qu’il était en grève, Fabien est allé à l’école car il y avait une réunion importante pour l’un de ses élèves en grandes difficultés.

« Ce qu’il faut, c’est multiplier les lieux d’échange »

« On est engagés dans un mouvement long », précise Fabien. « On cherche comment tenir le plus longtemps possible », ajoute Sami. « La solidarité peut nous aider, pense une mère d’élève. Cela manque trop souvent. Que chacun se sente concerné par la lutte que mène son voisin, ou l’enseignant de ses enfants. » « Ce qu’il faut, c’est multiplier les lieux d’échange », estime Quentin. « C’est une manière d’entretenir la révolte, de la rendre plus générale », ajoute une enseignante. « Je dis à tous les parents motivés qu’on peut gagner, reprend Hélène. Mais il faut que les docks et les raffineries s’y mettent. Parce que nous, nous ne pouvons pas, comme eux, bloquer le pays. »

Depuis mercredi, justement, tous les ports sont bloqués. « Pas un bateau ne rentre ni ne sort. On ne décharge rien. Il n’y a pas un container qui va être vidé. Et les ferries ne voyageront pas non plus », avertit Karl, docker à Saint-Nazaire. Jeudi 23, de nombreuses retraites aux flambeaux ont été organisées partout en France. De grandes coupures d’électricité ont été orchestrées par les salariés du secteur de l’énergie, notamment en région parisienne. Ailleurs, des actions de blocage, des concerts, des soirées festives égrènent chaque jour la longue lutte contre la réforme des retraites, et pour un monde plus juste. Pour le moment, une majorité des Français continue à soutenir le mouvement.

Nolwenn Weiler

Yesterday — January 23rd 202006 - News : "IRL"

Le stress accélère l'apparition de cheveux blancs

Sous pression, une partie du système nerveux causerait des dommages irréversibles sur les cellules responsables de la coloration des cheveux.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The New York Times

On connaît tous et toutes quelqu'un qui a déjà une multitude de cheveux blancs sur le caillou, avant même d'avoir atteint la trentaine. Grâce à une nouvelle étude publiée le 22 janvier dans la revue Nature, une équipe de recherche affirme désormais avec certitude que ce changement de pigmentation est bel et bien dû au stress.

Pour déterminer le système physiologique à l'origine de ce phénomène, des scientifiques des universités de São Paulo et Harvard ont exposé plusieurs souris à un stress aigu. Ils ont observé qu'une succession d'événements entraînaient le grisonnement des poils et que tout partait du système nerveux sympathique.

Ce dernier est chargé d'accélérer le cœur en cas de menaces ou de stress. Dans l'expérience, quand la souris est sous pression, son rythme cardiaque augmente et le système nerveux sympathique sécrète un neurotransmetteur, la noradrénaline, qui sollicite les cellules souches à l'origine du pigment des poils et des cheveux.

Ces cellules souches –appelées mélanocytes– abandonnent leur niche près de la base du follicule et laissent les cheveux sans source de pigmentation. Les cheveux virent alors au gris-blanc.

«Nous savons maintenant avec certitude que le stress est responsable de ce changement spécifique de la peau et des cheveux et comment tout cela fonctionne», annonce la professeure à l'Université d'Harvard Ya-Chieh Hsu, l'une des autrices de la recherche.

Des dommages permanents

Dans l'expérience, le stress aigu a épuisé toutes les cellules souches mélanocytaires des souris –également présentes chez l'être humain– en seulement cinq jours. Leur pelage est passé d'un brun foncé à un gris parsemé de poils blancs.

«Normalement, le système nerveux sympathique est un système d'urgence bénéfique et ses effets sont censés être réversibles», explique Ya-Chieh Hsu. Mais ici, ce système nerveux épuise de façon permanente la population de cellules souches dans les follicules pileux.

Ces dommages pourraient cependant être prévenus en amont. Dans une autre expérience, les scientifiques ont découvert qu'il était possible de bloquer ce changement de couleur en donnant aux souris un médicament traitant l'hypertension artérielle, qui empêche la libération de noradrénaline.

Cette nouvelle étude est une étape importante vers la compréhension des conséquences du stress sur le corps. «Si nous pouvons en savoir plus sur la façon dont nos tissus et nos cellules souches changent à cause du stress, nous pourrons éventuellement créer des traitements qui peuvent arrêter ou inverser son impact néfaste», conclut le Dr Hsu.

Des chargeurs de smartphone commercialisés en France sont-ils dangereux ?

L'association UFC-Que Choisir met en garde le public sur les chargeurs tiers destinés aux smartphones. Sur vingt modèles testés, plus de la moitié est défaillant et pourrait mettre le particulier en danger. L'occasion de rappeler aussi ce que prévoit la loi et quelles sont les bonnes pratiques pour courir le moins de risque possible.

Quels sont les constats de l’UFC ?

L’UFC-Que Choisir a publié le 23 janvier un dossier sur le risque que les particuliers encourent en se servant de certains chargeurs tiers, à la place de celui qui est fourni avec leur smartphone — ou, plus généralement, n’importe quel autre appareil électrique. En effet, l’association a constaté des problèmes parfois très graves sur plusieurs références vendues dans le commerce.

L’association chargée de défendre les droits des consommateurs n’a pas été en mesure de tester toute l’offre qui existe en France. Elle s’est focalisée sur 20 modèles. Il ressort que seuls 4 d’entre eux sont parfaitement sûrs et au clair avec la réglementation. 5 autres ont parfois un défaut de signalisation. Les 11 restants sont considérés comme dangereux. À la suite de ces tests, l’association a alerté les autorités.

Quels sont les risques avec un chargeur de smartphone ?

Le péril le moins grave que vous encourrez à utiliser un chargeur douteux ou franchement dangereux est l’endommagement de votre smartphone. Et c’est le scénario qui vous est le plus favorable, même si cela peut aboutir à la perte d’un terminal de plusieurs centaines d’euros. Les autres risques, par ordre croissant, sont la blessure, l’électrocution et, bien sûr, le départ d’incendie au domicile.

S’il est difficile de déterminer quel poids représentent les chargeurs défectueux dans les incendies, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris estime qu’au moins un tiers des feux sur lesquels elle intervient sont des incendies d’origine électrique. Aux Pays-Bas en 2017, la fédération des assureurs indiquait que près de la moitié des incendies domestiques est due à des appareils électroniques, et notamment des smartphones.

Quel chargeur utiliser pour un iPhone ou un Samsung Galaxy ?

Si vous avez le choix, il est recommandé de choisir le chargeur d’origine qui est fourni avec votre smartphone pour le recharger. C’est d’ailleurs le conseil que l’on peut lire au fil des pages des différentes notices — que vous lisez avec attention avant toute mise en route d’un appareil, nous n’en doutons pas — qui accompagnent les smartphones qui sont vendus dans le commerce.

Par exemple, Samsung déclare pour le Galaxy S10 que « l’utilisation […] d’un chargeur générique peut réduire la durée de vie de votre appareil ou provoquer des dysfonctionnements. Cela peut également entraîner une explosion de la batterie ». De plus, « l’utilisation d’une batterie, d’un chargeur et d’un câble incompatibles peut provoquer des blessures graves ou endommager votre appareil ». C’est le cas des chargeurs d’origine des iPhone.

En effet, un chargeur d’origine délivrera directement du courant à la bonne intensité et à la bonne tension au smartphone pour lequel il a été conçu. Certes, il est possible d’en utiliser un autre, du moment où celui-ci est de bonne qualité et coche toutes les cases des normes européennes. En effet, un bon chargeur est capable de se moduler en fonction de l’appareil. Cela dit, le temps de charge pourra peut-être être plus long (ou plus court, si votre chargeur d’origine ne propose pas la charge rapide par exemple).

L’idéel est d’utiliser le chargeur associé au smartphone pour le recharger. // Source : Unbox Therapy

Quels chargeurs tiers sont fiables ?

L’UFC-Que Choisir n’a pas eu la prétention de livrer une analyse exhaustive de toutes les références qui peuvent exister dans le commerce. L’association s’est focalisée sur 20 chargeurs tiers qui sont proposés dans le commerce (Amazon, Fnac, Rakuten, Leclerc, Darty, Auchan, Boulanger, Gifi, La Foir’fouille, etc.). Seuls 4 d’entre eux donnent pleinement satisfaction. Il s’agit des modèles :

  • Tekmee 40.448.254, vendu en boutique ;
  • Essentiel B 8003310, vendu en boutique ;
  • Homeday X-Pert 370324, vendu en boutique ;
  • Samsung EP-TA20EWE.

« Tension, fréquence, intensité du courant, référence du modèle, nom et adresse du fabricant, marquage CE, recyclage, usage en intérieur, notice explicative claire… ces chargeurs arborent un marquage et une documentation sans faille. Ils ont également passé tous nos tests de sécurité », commente l’UFC-Que Choisir. Cerise sur le gâteau, les trois premiers modèles coûtent entre 3,99 et 7,99 euros.

chargeur
Un chargeur doit comporter plusieurs mentions pour être conforme. // Source : Antoine Turmel

Cinq autres modèles sont également jugés sans danger à l’utilisation, mais l’association regrette un défaut de marquage, d’explication et/ou d’instructions de sécurité. C’est le cas d’un chargeur vendu par Apple. Le modèle AR1400 n’explique pas le symbole de la double isolation (un carré dans un autre carré) et il omet de montrer celui de l’utilisation en intérieur uniquement (une maison).

Les quatre autres modèles sont :

  • Maxxter Act-U1AC2-02V2, vendu en boutique ;
  • Re-load RL-CH-W2P0524-R, vendu en boutique ;
  • Goobay 73274 ;
  • Selecline 87040/TC3A842A, vendu en boutique.

À cette sélection, nous ajouterions deux marques au moins qui nous donnent entière satisfaction depuis des années, proposant du matériel tout à la fois fiable et robuste :

Quels chargeurs sont à éviter ?

Là encore, le travail abattu par l’UFC-Que Choisir ne couvre pas la totalité des modèles qui sont disponibles dans le commerce. Cela dit, sur les 20 tests réalisés dans un laboratoire habilité et indépendant, 11 appareils sont à écarter. Les trois premiers de la liste ci-dessous comportent « de graves erreurs de conception », tandis que les huit suivants sont même « carrément dangereux ». Passez votre chemin.

● Hoé P.K.0504/LY-SA20 ;
● Temium 4279441 ;
● Électro Dépôt 937554 ;
● Zinniaya XD35704 ;
● A1400 ;
● Comomingo XD35703 ;
● Comomingo AR-600 ;
● Joja XBA014/YHC 10-67 ;
● EP-TA20EWE ;
● ATA-U90EWE ;
● AR-600.

Vous trouvez que l’UFC-Que Choisir est trop alarmiste ? Le descriptif que l’association fait de ces appareils devrait achever de vous convaincre : « soudure insuffisante » de certains fils, mauvaise isolation, présence d’arcs électriques « effrayants », risques de départs de feu « réels », grande fragilité des appareils, absence de protection interne contre les surcharges et les courts-circuits, etc.

Chargeur défectueux brûlé
Les chargeurs de grande marque peuvent être aussi sujets à des défaillances, mais les risques sont bien moindres. // Source : José Fonseca

Comment bien utiliser son chargeur ?

Ce sont des recommandations que l’on retrouve aussi bien dans les pages des services départementaux d’incendie et de secours que dans celles des sociétés d’assurance : une fois l’appareil rechargé, partiellement ou complètement, veillez à le débrancher et à retirer le chargeur de la prise sur laquelle il était installé. Vous diminuerez le risque d’incendie, surtout si vous utilisez un modèle douteux.

Cette recommandation vaut tout particulièrement lorsque vous devez vous absenter de votre foyer ou au moment du coucher. Il peut être tentant de laisser un appareil charger toute la nuit pour l’avoir en pleine capacité le lendemain matin. Mais à moins qu’il s’agisse d’un appareil très long à charger, comme une voiture électrique, cela sollicite la batterie pour rien, à travers des microcycles de recharge et de décharge.

Et bien sûr, un chargeur est un appareil qui a tendance à chauffer. Alors on fait en sorte de ne pas le mettre en situation de provoquer un départ de feu, que ce soit sous une couette ou des draps, sur un tapis ou une moquette. En somme, on le laisse à l’air libre pour que sa chaleur se dissipe et, autant que possible, on le place de telle façon que l’on peut y jeter un œil à tout moment ou intervenir au moindre souci.

Prise électrique
Le soir venu, il vaut mieux débrancher ses appareils. // Source : Mark

Que faire d’un chargeur douteux ?

Deux chemins s’ouvrent devant vous : vous pouvez aller au plus simple et vous débarrasser de votre chargeur, si celui-ci vous semble douteux (et tout particulièrement s’il s’agit d’un des modèles brocardés par l’association). Remplacez-le alors par le modèle d’origine ou bien par un modèle recommandé.

Si vous êtes d’humeur procédurière, vous avez également la possibilité de mobiliser le droit pour obtenir un remboursement ou un remplacement du modèle. La garantie légale de conformité, consignée à l’article L217-4 et suivants du Code de la consommation, s’avère être un levier que le client peut actionner. Cette disposition, introduite en 2014 grâce à la loi Hamon sur la consommation, est appliquée depuis 2016.

Attention, une action entreprise sous ce régime n’est pas nécessairement susceptible de déboucher sur un remboursement ou un échange. Si vous souhaitez poursuivre dans cette direction, l’UFC-Que Choisir met à disposition un modèle de lettre pour que vous fassiez valoir vos droits, ainsi que diverses précisions juridiques sur la portée et les restrictions de la garantie légale de conformité.

Des planètes géantes pourraient se former plus vite que prévu autour de petites étoiles

La formation de planètes géantes autour de naines rouges, des étoiles moins massives que le Soleil, pourrait être plus rapide qu'escompté. Selon une hypothèse, elle pourrait avoir lieu en quelques milliers d'années.

La formation de planètes géantes autour d’étoiles peu massives, les naines rouges, pourrait être plus rapide que ce que l’on pensait. Une équipe de scientifiques a expliqué pourquoi dans une étude publiée le 22 janvier 2020 au sein de la revue Astronomy & Astrophysics.

« Les naines rouges de type M sont les étoiles les plus communes dans la galaxie et leur étude est donc importante, particulièrement pour la formation des étoiles », écrivent les auteurs. Les naines rouges font entre 10 et 50 % la taille de notre Soleil, peut-on lire dans un communiqué qui accompagne la publication de l’étude. Les planètes découvertes en orbite autour de ce type d’étoiles peuvent avoir des masses très différentes les unes par rapport aux autres : elle peuvent être comparables à celle de la Terre ou représenter jusqu’à 13 fois la masse de Jupiter. « Une fraction de ces planètes (environ 30 %) sont des géantes gazeuses d’une masse supérieure à celle de Jupiter », détaillent les auteurs.

Une naine rouge. // Source : Wikimedia/CC/NASA/Walt Feimer (photo recadrée et modifiée)

Comment se forment les planètes ?

La formation des planètes est généralement expliquée à partir de deux scénarios.

  • Le modèle d’accrétion de cœur (ou modèle du cœur solide) : « Les particules de poussière coagulent en agrégats progressivement plus grands jusqu’à ce qu’un noyau solide se forme ». Dans ce cas, il faut quelques millions d’années pour que des planètes géantes se forment.
  • Le modèle d’instabilité du disque : les planètes se forment « par la fragmentation gravitationnelle des jeunes disques protostellaires » (d’une étoile en formation). Dans cette version, les planètes géantes se forment en quelques milliers d’années.

Or, les chercheurs soulignent qu’aucun de ces deux scénarios ne semble convenir pour expliquer la présence de planètes massives situées sur des orbites larges autour de naines rouges de type M. Parce que leur taille est relativement petite, ces étoiles ne semblent pas posséder suffisamment de matière autour d’elles pour pouvoir donner naissance à des planètes géantes.

Et si ces disques avaient été plus massifs ?

L’hypothèse des scientifiques est la suivante : « Il est cependant possible que ces disques aient été plus massifs pendant leurs phases précoces, peut-être suffisamment pour que l’instabilité du disque fonctionne et forme des planètes géantes rapidement ». Pour la vérifier, ils ont réalisé des simulations à l’aide du superordinateur DiRAC (Distributed Research using Advanced Computing), utilisé au Royaume-Uni dans les domaines de la physique des particules ou de l’astronomie.

Représentation d’une planète géante en formation autour d’une naine rouge. // Source : UCLAN

Ces simulations permettent aux chercheurs de conclure qu’il est bien possible que des planètes géantes puissent se former autour de naines rouges de façon rapide, lorsqu’il y a une instabilité du disque. Il faut cependant qu’une condition soit remplie : le disque doit avoir « une masse importante comparée à celle de son étoile hôte » (soit 20 % de cette masse au moins). Dans ce cas, la formation de planètes géantes pourrait se produire en quelques milliers d’années, soit un laps de temps très bref.

Pour confirmer cette théorie, il faudrait désormais observer des preuves de l’instabilité du disque dans des systèmes où des planètes géantes se seraient formées autour de jeunes naines rouges.

Le Deal du Jour : B&You propose un forfait 4G 60 Go à 11,99 €/mois pendant les soldes

- - Tech

Bouygues Telecom revient sur le devant de la scène avec une nouvelle offre B&You sans engagement. Il s’agit d’un forfait mobile avec 60 Go de données 4G pour seulement 11,99 euros par mois, à vie.

Chaque jour, la rédaction sélectionne pour vous un bon plan repéré sur le web, qui a un rapport direct avec notre ligne éditoriale.

Face à l’offre RED 60 Go à 12 euros par mois de SFR, Bouygues Telecom répond pendant les soldes d’hiver avec un nouveau forfait mobile B&You sans engagement, disponible jusqu’au 4 février. Ce dernier propose également 60 Go de données 4G, mais pour 1 centime de moins par mois. Ce qui vous fera 12 centimes à la fin de l’année. Soit le début d’une fortune colossale, puisque l’offre est « à vie ». Si vous vivez 1 000 ans grâce aux progrès de la médecine, vous aurez économisé 12 000 centimes, soit 120 euros.

Le forfait 100 Go à 19,99 euros est également de la partie.

Notez que 10 euros supplémentaires sont à prévoir pour obtenir la nouvelle carte SIM triple découpe. Il est également possible de conserver son numéro de téléphone actuel en fournissant simplement le code RIO de votre ligne mobile à l’inscription.

Pour mieux comprendre l’offre

  • Qu’intègre le forfait B&You 60 Go ?

Le nouveau forfait B&You à 11,99 euros par mois (à vie) propose les appels, SMS et MMS illimités en France métropolitaine et depuis l’Europe et les DOM vers un numéro français, avec une enveloppe 4G plus conséquente qu’auparavant. Au lieu de 50 Go, l’offre sans engagement s’enrichit de 10 Go supplémentaires pour passer à 60 Go, le tout sans augmenter le prix de l’abonnement. Cela concerne également la data à l’étranger, qui passe de 6 à 8 Go.

  • Qu’intègre le forfait B&You 100 Go ?

Le forfait B&You à 19,99 euros par mois (à vie) est toujours présent. Lui aussi propose les appels, SMS et MMS illimités en France métropolitaine et depuis les DOM et l’Europe vers un numéro français, mais avec une enveloppe de data qui s’élève à 100 Go. Ce forfait est idéal pour les consommateurs de contenus en streaming, mais aussi pour celles et ceux qui ont besoin de passer par une box 4G pour avoir Internet à la maison. Enfin, 10 Go sont accordés depuis l’Europe et les DOM.

  • Quels sont les avantages de souscrire à une offre B&You sans engagement ?

Tout d’abord, c’est sans engagement et sans condition de durée. De ce fait, vous êtes libre de pouvoir résilier votre forfait mobile quand vous le souhaitez. Ensuite, le prix du forfait est bloqué à vie, ce qui veut dire que la facture n’augmentera pas dans 6 mois, ni même 1 an, 2 ans ou 10 ans. De plus, B&You propose en ce moment un petit bonus musical avec 90 jours offerts à Spotify Premium.

Certains liens de cet article sont affiliés : si vous trouvez votre bonheur grâce à nous, nous touchons une petite commission. Les liens affiliés dans les articles n’ont aucun impact sur les choix éditoriaux de la rédaction de Numerama et l’angle des articles. On vous explique tout ici.

Netflix France : quels sont les nouveaux films et séries en février 2020 ?

En février 2020, il y aura de nouvelles séries originales, des acquisitions et des diffusions simultanées. Voici le programme des séries, films et documentaires qui débarquent dans le catalogue français de Netflix, entre le 1er et le 29 février.

Netflix a désormais 6,7 millions d’abonnés en France, et 167 millions dans le monde. Pour les satisfaire, la plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) met en ligne toujours plus de nouveaux contenus sur sa version française.

Par conséquent, nous avons décidé de vous proposer une sélection large, mais éditorialisée, des programmes à venir en France, que ce soient des séries de fiction, documentaires, programmes pour enfants, films ou spectacles de standup. Ce mois-ci est marqué par le retour de Narcos : Mexico, mais aussi l’arrivée des films du studio Ghibli.

« Mon voisin Totoro » arrive sur Netflix France

Les productions mises en avant sont choisies en fonction de l’avis de la rédaction, basé sur la place qu’occupent les œuvres sélectionnées dans le paysage audiovisuel global actuel et leur qualité.

Les contenus sont classés par catégories puis par date de sortie. Toutes nos sélections sont disponibles ici.

Si vous êtes perdus face à tant de contenus, nous avons également dressé une liste resserrée des meilleures séries sur Netflix France en ce moment en fonction des thèmes et des genres recherchés, qui pourrait vous être utile.

Les séries à venir sur Netflix France

Vikings, saisons 1 à 5 — 1er février

Des Vikings, des bateaux, des Vikings sur des bateaux.

Locke & Key, saison 1 — 7 février

La nouvelle série fantastique originale de Netflix

Narcos Mexico, saison 2 — 13 février

«  Félix doit affronter les États-Unis et les conséquences de ses actions contre la DEA sans négliger le mécontentement au sein de sa propre organisation. »

Better Call Saul, saison 5 — 24 février

Queen Sono — 28 février

La première série originale africaine de Netflix parlera d’une espionne surentrainée. On a hâte.

Les films à venir sur Netflix France

7 films du studio Ghibli — 1er février

  • Mon Voisin Totoro
  • Le Château dans le Ciel
  • Porco Rosso
  • Kiki la Petite Sorcière
  • Je peux entendre l’Océan
  • Souvenirs goute à goute
  • Les Contes de Terremer

Moonlight — 1er février

L’un des plus beaux films de 2017, qui a emporté l’Oscar du meilleur film.

Horse Girl — 7 février

Alison Brie. A-t-on besoin de dire autre chose ?

The Coldest Game — 8 février

On ne sait pas pourquoi la seule bande-annonce qui existe pour l’instant est en polonais, mais ça peut au moins vous donner une idée du film. Voici la description officielle : « Pendant la crise des missiles de Cuba, un génie des maths est réquisitionné pour une partie d’échecs opposant les États-Unis et l’URSS et un redoutable jeu d’espionnage. »

To All the Boys : P.S. I Still Love You — 12 février

La suite de la comédie romantique de Netflix qui avait eu beaucoup de succès à sa sortie en 2019.

 

Les documentaires à venir sur Netflix France

Qui a tué Malcolm X ?, saison 1 — 7 février

Une série documentaire en plusieurs épisodes sur un activiste qui cherche à éclaircir les conditions de la mort de Malcolm X, leader noir américain.

Le Chemin vers Roma — 11 février

Après avoir produit et diffusé Roma, Netflix va sortie un documentaires making-of des coulisses de réalisation du film d’Alfonso Cuarón. Habile.

Pour enfants et jeunesse

Pokémon : Mewtwo Contre Attaque EVOLUTION — 27 février

ATTRAPEZ-LES TOUS

Star Trek Picard : la série de science-fiction humaniste dont on avait besoin

Star Trek : Picard, sur Amazon Prime, est centrée sur l'un des capitaines les plus cultes de l'Enterprise : Jean-Luc Picard. Le personnage est fidèle à lui-même, on retrouve l'utopie humaniste et scientifique qui fait l'identité de Star Trek. On a vu les trois premiers épisodes : voici notre critique, sans spoiler.

Le retour du capitaine Jean-Luc Picard était espéré depuis longtemps. Ce vœu est enfin exaucé puisque cette figure iconique de la franchise Star Trek est de retour dans Picard, une série entièrement centrée sur lui. En France, la série sera diffusée à partir du 24 janvier 2020 sur Amazon Prime Video. Que vaut cette suite ? Critique sans spoiler basée sur les trois premiers épisodes.

La relance de la franchise Star Trek avait commencé avec Discovery. Cette nouvelle série, disponible sur Netflix, avait le mérite d’introduire des milliers de personnes à cet univers SF, mais elle reste décriée par une partie des fans à cause de son émancipation d’une partie du « canon ». Autre défaut de Discovery : elle se déroulait dans le passé au lieu de s’inscrire dans le futur de cet univers (ce qui changera peut-être avec la saison 3). Picard, en revanche, a énormément d’audace et poursuit brillamment la trame de la franchise.

Jean-Luc Picard est fidèle à lui-même

Star Trek Picard met un scène un Jean-Luc Picard bien plus âgé que celui qui a dirigé l’Enterprise durant les sept saisons de The Next Generation. Il a pris sa retraite, il s’occupe maintenant de son vignoble, en France, dans le calme et la sérénité. L’appel des étoiles va pourtant s’avérer plus fort que tout : l’arrivée d’une mystérieuse jeune femme bouleverse tout et oblige Jean-Luc Picard à reprendre, en quelques sortes, du service.

Dans Picard, la franchise bénéficie d’une intrigue entièrement nouvelle, tant la structure n’est pas celle à laquelle la franchise Star Trek nous avait habitués. La traditionnelle exploration de l’Univers n’est pas vraiment présente, remplacée par d’autres enjeux, plutôt politiques et technoscientifiques. Une seule et même intrigue étendue au fil des épisodes. Autre changement, la série se déroule au début dans deux cadres différents : sur Terre et dans une base spatiale. Ce n’est pas pour autant que l’ADN de Star Trek n’est pas présent. Au contraire.

L’ex-capitaine Jean-Luc Picard est fidèle à lui-même. Plus encore, son approche humaniste infuse toute cette nouvelle série qui lui est dédiée. Il ne suffit que des premières scènes, quand il rencontre le mystérieuse jeune femme, pour en être convaincu : l’empathie prend le dessus, là où tout autre personnage aurait été mu par l’inquiétude. Il ne se pose pas pour autant comme une figure paternelle — ce qui reviendrait à intégrer un rapport de pouvoir dans la relation, chose qu’il n’a jamais fait face à quinconce, et on est heureux que les nouveaux showrunners l’aient compris.

La série de SF dont on a besoin

L’humanisme de Jean-Luc Picard est d’autant plus au centre de la série que cette valeur suprême est mise à rude épreuve. La vision utopique que l’ex-capitaine a de la Fédération ne correspond plus vraiment à la réalité, en ce début de saison 1. C’est justement ce décalage qui va déclencher son départ du vignoble familial pour une nouvelle odyssée spatiale. Dans cette série, on comprend plus que jamais ce qui a toujours motivé Jean-Luc Picard. Et, si on ne peut pas vous en dire plus, il ne sera pas le seul personnage de cette saison à porter en lui cet idéal.

Jean-Luc Picard est plus âgé, mais il n’a pas tant que cela changé, au contraire. // Source : CBS / Amazon Prime

Star Trek Picard résonne comme la série de SF dont l’époque a besoin, là où Discovery ne faisait office que de divertissement SF (même de qualité). Avec Picard, les scénaristes se sont rappelés que Star Trek est une utopie futuriste qui est là pour répondre au présent. Dans une époque où la mondialisation est troublée par les haines ou la peur des différences, le personnage de Jean-Luc Picard et son entourage sont l’antithèse de notre présent ; là où la dérive de la Fédération incarne au contraire les dérives du moment.

On peut donc en conclure que cette nouvelle série centrée sur Picard a compris la substantifique moelle de Star Trek et même de la science-fiction toute entière.

Une série Star Trek pas si facile d’entrée

Star Trek Picard est ponctuée par des scènes d’action et de suspense, mais elle est aussi, et surtout, une série sacrément « bavarde ». Le focus est porté sur des dialogues où chacun, chacune, partage ses états d’âme, ou bien ses idées — qu’elles soient morales, politiques, scientifiques. Cette nouvelle série Star Trek dégage quelque chose de très « érudit ».

C’est une qualité mais, de temps en temps, cela tourne au défaut, surtout dans les deux premiers épisodes. L’intrigue de Star Trek Picard est reliée à énormément de fondamentaux de la franchise, installés au fil du temps. Les scénaristes mettent donc les bouchées double pour faire en sorte que la série soit malgré tout facile d’entrée par n’importe qui n’ayant pas vu de série Star Trek, mis à part peut-être Discovery.

Alors, oui, tout le monde pourra regarder Star Trek Picard, même sans connaissance de Star Trek… Mais il faudra vous accrocher un peu pendant les deux premiers épisodes. Les dialogues sont là pour condenser un maximum d’informations sur tout le canon Star Trek : c’est efficace mais, à notre avis, pas des plus reposants pour une entrée en matière. Cela s’adoucit dès le troisième épisode. Et cela en vaut la chandelle, car l’utopie humaniste et scientifique qui anime Jean-Luc Picard fera du bien même aux novices de la franchise.

Star Trek : Picard, le 24 janvier 2020 sur Amazon Prime Video en France

En bref

Star Trek : Picard

Note indicative : 5/5

Cette nouvelle série centrée sur Jean-Luc Picard a compris la substantifique moelle de Star Trek et même de la science-fiction toute entière. Elle peut être un peu difficile d'entrée, mais cela s'adoucit dès le troisième épisode. Le message humaniste vaut le coup.

Top

  • L'humanisme de Jean-Luc Picard est de retour
  • Une série SF d'envergue
  • Un bon prolongement à toute la franchise Star Trek

Bof

  • Entrée en matière un peu ardue pour les novices

À quoi ressemblerait le transport si la voiture n’avait pas existé ? General Motors donne sa réponse

Cruise a dévoilé Origin, un petit bus autonome et électrique qui repense la voiture de A à Z.

«  Il est autonome. Il est 100 % électrique. Il est partagé. Et c’est notre réponse à la question sur le moyen de transport que vous construiriez si vous pouviez partir de zéro », explique Cruise dans un communiqué publié sur Medium le 22 janvier. Où la startup de General Motors dédiée à la conduite autonome dévoile le Cruise Origin — un mini bus imaginé pour améliorer les trajets du quotidien. 

Cruise mise d’abord sur l’habitabilité avec son Origin : débarrassé du volant, des pédales, du conducteur humain et des éléments techniques thermiques, le véhicule promet de la place aux usagers dans un format à peine plus grand qu’une voiture. Le tout avec des dispositifs de sécurité pensés pour un environnement urbain. Par exemple, les larges portes à ouverture latérale seront moins dangereuses pour les deux-roues.

Cruise Origin // Source : Cruise (General Motors)

« Imaginer à nouveau le transport, comme si la voiture n’avait jamais existé »

Cruise partage des ambitions très élevées. Le discours tenu par Dan Ammann, le CEO, promet de grandes choses. Jugez plutôt : « Au sein de Cruise, grâce à nos partenariats avec General Motors et Honda, nous avons des racines dans l’industrie automobile. Mais nous ne voulions pas simplement améliorer la voiture. Nous voulions imaginer à nouveau le transport, comme si la voiture n’avait jamais existé. » Pour parvenir à leurs fins, les ingénieurs ont donc retiré tout le superflu qui dessert leur vision : le moteur (thermique), le conducteur et les équipements qui servent au conducteur (siège, rétroviseurs, volant, pédales…). 

Cruise ne dit pas grand-chose sur les spécificités techniques du Origin, sinon qu’il est basé sur la dernière plateforme électrique de General Motors et qu’il est modulaire comme évolutif. Il serait surtout équipé d’une batterie de capteurs installés pour suivre plusieurs personnes et objets de l’environnement à la fois — « même s’ils sont loin, dans la pénombre ou cachés par la pluie ou le brouillard. » 

Sur la conduite autonome, on peut faire confiance à Cruise, qui ne cesse d’accumuler des données en faisant rouler des voitures à San Francisco (par l’intermédiaire d’un service accessible à ses employés). « Aujourd’hui, nos voitures autonomes sont capables de rouler très bien dans un environnement urbain — connu pour être chaotique et imprévisible. Tellement bien, en fait, qu’elles pourraient traverser le pays entier sans accident, même si les autoroutes étaient les rues les plus compliquées de San Francisco », justifie Cruise. Pour le moment, les tarifs d’un trajet à bord sont inconnus, tout comme la date d’un déploiement dans les rues américaines.

Vodafone quitte l’association Libra, le projet de cryptomonnaie poussé par Facebook

L'association Libra, qui encadre le projet de cryptomonnaie proposé par Facebook, perd un autre membre. L'opérateur britannique Vodafone préfère passer à autre chose.

À la fin, Libra ne sera-t-il plus qu’une coquille vide, sans aucun partenaire ? La question n’est pas si absurde que cela au regard de toutes les défections enregistrées par le projet de cryptomonnaie porté par Facebook. La dernière en date est survenue le 21 janvier, avec le départ de Vodafone, une entreprise de télécommunications britannique de tout premier plan.

Ce départ constitue donc un nouveau coup dur pour l’association Libra, qui supervise le projet. Précédemment, des entreprises comme PayPal, Mastercard, Visa, Stripe et eBay avaient déjà quitté le navire, tout comme Booking (un spécialiste de la réservation d’hébergement en ligne) et MercadoLibre (un site argentin évoluant dans le commerce électronique).

Vodafone
Vodafone préfère lui aussi se mettre en retrait. // Source : Vodafone

L’incertitude grandit sur l’avenir de Libra

Cette débandade n’a pas encore complètement achevé l’association Libra, évidemment : ses rangs comptent encore plusieurs entreprises de premier plan, comme Facebook, Iliad (la maison-mère de Free), Spotify, Uber, Lyft et Farfetch (site de mode), ainsi que des sites dédiés aux monnaies électroniques et à la blockchain (Anchorage, BisonTrails, Coinbase, Xapo), cinq sociétés de capital-risque et quatre organisations civiles.

Cependant, le contexte est très défavorable pour Facebook, qui est à l’initiative sur la Libra. Les autorités américaines et européennes se montrent circonspectes : on se souvient de la mise en garde de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances , déclarant qu’il est prêt à en interdire l’usage en Europe. Depuis, Mark Zuckerberg a calmé le jeu et promis que rien ne sortira sans le feu vert des autorités.

Un satellite américain risque d’exploser et doit être désorbité d’urgence

L'entreprise DirecTV alerte les autorités fédérales au sujet de l'un de ses satellites, qui a subi une grave anomalie au niveau de ses batteries. Il doit être désorbité sans tarder et placé sur une orbite de rebut, car il pourrait exploser fin février.

C’est typiquement le genre d’évènement qui pourrait nourrir le scénario d’une série B. Sauf que cette fois-ci, la fiction a été rattrapée par la réalité : à 36 000 km d’altitude, en orbite autour de la Terre, un satellite américain pourrait bien finir par exploser à cause d’une grave défaillance dans le fonctionnement de ses batteries. Si une telle détonation survenait, des milliers de débris seraient propulsés dans toutes les directions et viendraient polluer un peu plus l’environnement spatial de la Terre, mettant ainsi en péril les autres satellites en opération.

Heureusement, cette éventualité ne peut pas se produire avant le 25 février 2020, quand débutera la saison printanière des éclipses, ce qui laisse un peu de marge pour agir — une marge toute relative, néanmoins, car les manœuvres prendront… 21 jours, ce qui laisse en réalité à peine quelques jours — et déplacer l’engin sur une orbite de rebut, là où il ne sera plus un risque pour les opérations spatiales. L’orbite de rebut se trouve à près de 300 km au-dessus de l’orbite géostationnaire, qui se trouve très exactement à 35 786 km d’altitude.

L’ombre formée sur la Terre au cours de l’éclipse. // Source : ESO/L.Calcada (photo recadrée)

Une bascule périlleuse sur des batteries défectueuses

Mais comment se fait-il que des éclipses puissent provoquer la destruction d’un satellite ? D’abord, il faut préciser ce que sont ces saisons d’éclipses : dans le cas des satellites qui ont une position stationnaire, c’est-à-dire une orbite qui se déplace au même rythme que la rotation de la Terre, celle du printemps s’étale à peu près du 26 février au 13 avril. Or à ce moment-là, les satellites ne peuvent plus compter sur leurs panneaux solaires, qui sont leur première source d’alimentation électrique. Ils doivent alors basculer sur leurs batteries, le temps qu’ils se trouvent dans l’ombre.

Mais ça, c’est lorsque les batteries sont pleinement opérationnelles. Or, dans le cas du satellite Spaceway-1, elles ne fonctionnent plus normalement depuis décembre 2019. La nature de l’incident n’est pas connue : la documentation qui a été transmise à la FCC — la Commission fédérale des communications, un organisme américain qui supervise les activités spatiales concernant les États-Unis — indique simplement que l’engin « a subi une anomalie majeure qui a entraîné des dommages thermiques irréversibles à ses batteries ».

« Boeing, le fabricant du satellite, a conclu, sur la base de toutes les données disponibles, que l’on ne peut pas garantir que les cellules des batteries résisteront aux pressions nécessaires pour assurer la sécurité de fonctionnement du satellite lors des opérations d’éclipse ; il existe plutôt un risque important que ces cellules de batterie puissent éclater », continue le document, qui a été mis en lumière par SpaceNews. En principe, donc, il n’y a pas de raison que la FCC refuse à DirecTV, l’entreprise qui opère ce satellite, et filiale du géant des télécoms AT&T, le désorbitage d’urgence.

Des antennes opérées par DirecTV
Des antennes opérées par DirecTV. // Source : Eric Lumsden

Le temps presse

Mais il y a une petite subtilité : en principe, la FCC exige des opérateurs de satellites que les engins devant se rendre sur l’orbite de rebut soient vidés de leur propergol, c’est-à-dire du carburant qu’ils embarquent et dont ils sont susceptibles de se servir pour corriger leur orbite ou manœuvrer pour éviter une éventuelle collision. Il s’avère que Spaceway-1 a encore en soute 73 kg de propergol. Et au regard du calendrier, DirecTV n’aura pas le temps de s’en débarrasser avant le 25 février. D’où la demande pressante adressée à la FCC de sauter quelques étapes.

« Ses activités opérationnelles e ayant pris fin, le véhicule spatial dispose d’une marge de puissance suffisante pour éviter l’utilisation des batteries pendant les opérations en plein soleil », écrit DirecTV. « Cependant, l’utilisation des batteries pendant l’éclipse est inévitable et il n’est pas possible d’isoler les éléments de batterie endommagés. Le risque d’une défaillance catastrophique des batteries rend urgentes la désorbitation complète et la mise hors service de Spaceway-1 avant le début de la saison des éclipses, le 25 février ». La balle est dans le camp de la FCC.

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