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Before yesterdayLe blog d'un odieux connard

Les connards du confinement

Le confinement, c’est important.

Comme nombre d’entre vous, ici et ailleurs sur la planète, votre serviteur est enfermé chez lui. Ses réserves sont certes limitées, mais c’est parce qu’il croit en ce vieil adage qui dit « L’homme sage a des réserves, l’homme très sage a une MG-42 pour demander celles de l’homme sage. » Cependant, s’il est une chose à retenir des événements que nous traversons, c’est que tout comme c’est en cas de pépin que l’on reconnaît les vrais amis, c’est en cas de crise que la nature d’autrui se révèle pleinement.

Ainsi, si vous ne l’aviez pas déjà remarqué, même enfermés chez vous, vous ne pouvez échapper à ce constat simple : il y a un nombre improbable de connards en ce bas monde.

Car grâce aux réseaux sociaux, bonheur, vous restez en contact avec autrui ! Et pouvez donc, depuis le confort de votre canapé, continuer à vous exclamer « Comment diable est-possible d’être aussi con ?« .

Évoquons donc quelques-uns  (la liste est longue) de ces profils de champions révélés par la situation.

 

Le positiviste

La vie urbaine se relâche et voici la nature qui revient : le bruit des voitures a été remplacé par celui des oiseaux, les poissons reviennent dans des eaux il y a encore peu malmenées par les hélices des bateaux, bref, voilà quantité de belles photos à faire circuler pour les amis de la nature. Jusque-là, me direz-vous, rien de bien méchant, au contraire : quand on a pour seul horizon la table du salon, des photos de paysages ne font pas de mal.

Mais pour le positiviste, l’affaire va plus loin : il va poster un peu partout que « Et si tout cela était en fait une bonne chose ? » avant de se lancer dans de longues diatribes sur la remise en cause de nos modes de vie permise par ce brave virus. Généralement coach en coaching (aussi appelé chômeur à temps plein sur LinkedIn), le positiviste n’hésite pas à se réjouir ouvertement de ce qu’il se passe, oubliant un peu pourquoi cela se passe. À la place, il vous dit que c’est « un excellent moment pour se reconnecter avec les vraies valeurs » ou autres phrases que l’on retrouve sur des fichiers en ligne se terminant en .jpeg.

Bien évidemment, quand la maman du positiviste va finir à l’hôpital, celui-ci va se mettre à suer très fort et à trouver que ce virus, il n’est pas si gentil, en fait. Et quand on lui apprendra que sa commande d’une séance de coaching & énergie des cailloux a été annulée, la boîte où il devait se rendre ayant licencié un tiers de ses employés, alors là, il fera la chasse à tous ces enfoirés qui vantaient les mérites du virus ! Non mais ça ne va pas de vous réjouir ? Et pourquoi pas festoyer durant la peste noire parce que ça fait tomber les prix de l’immobilier, monstres !

Mais pour l’instant, le positiviste n’est pas touché : donc tant que ce sont les autres qui meurent, ça va.

Le genre de mec qui en 1916 devait s’exclamer « Quand même, cette guerre a du bon : le métro est vachement moins bondé ! » en lançant un clin d’œil à la veuve assise sur le strapontin d’à côté.

Ici, un positiviste vous expliquant que certes, des gens meurent, mais quand même, il faut revenir à l’essentiel : aujourd’hui, il a pris une très belle photo de canard.

Le tourneur de veste

Debout sur les pavés, il pousse de grands cris et agite sa bannière pour dénoncer le manque de solidarité en ce bas monde ! Les riches ne pourraient-ils pas faire un effort ? Moi si j’étais riche, je le ferais ! Oui Monsieur ! Et tous les hommes sont frères ! D’ailleurs, à l’entendre, le jour de la révolution, il sera le premier à camper jour et nuit sur les barricades, prêt à risquer sa vie pour le bonheur des autres.

Et là, paf, vient le moment de faire un effort collectif auquel il peut participer : il faut rester chez soi pour éviter de propager une maladie potentiellement mortelle.

Aussitôt, le tourneur de veste laisse tomber sa bannière, abandonne sa barricade, saute dans le premier train et fuit Paris en expliquant à qui veut bien l’entendre que héhé, hein, bon, hé, oui, hein, l’effort, il aurait bien voulu le faire mais heu, hein, bon, là c’était heu… enfin, c’est petit chez lui, alors qu’il a des amis dans les Pyrénées qui ont de la place et… et puis bon, il ne se sent pas malade, alors ça va.  Quoi l’effort ? Oui ben je vous y verrais, vous, enfermé durant plusieurs semaines avec tout le confort moderne ! C’est pas facile ! Ouiii les gens qui se sont barrés avant le confinement, c’était vraiment pas très responsable, mais attention, lui a un argument : dans son cas, c’est pas pareil. En plus, quand il est parti, ce n’était pas interdit donc heu… c’est la faute du gouvernement qui aurait dû lui interdire avant. Voilà. Alors ? Vous n’avez plus rien à dire ?

Le tourneur de veste, pourtant, sitôt que la tempête sera passée, remontera à Paris et n’hésitera pas à distribuer des leçons de morale à tout le monde.

En attendant, il le fait sur Twitter parce qu’il ne faudrait pas perdre la main. Ou des likes.

Révolutionnaire en 2020, ici en train de se dire que dès qu’il sera revenu de la maison familiale à Pornic, il reprendra le combat pour demander des efforts à ces salauds de privilégiés.

 

Anne Frank 2.0

L’enfermement donne des envies d’écriture à certains : plus encore que la maladie, ce sont les journaux de confinement qui prolifèrent, et dans lesquels des plumes maladroites, excitées à l’idée de vivre un événement historique, partagent en ligne leur vie durant cette épreuve. Le tout avec force violons : c’est la guerre ! C’est notre Président qui l’a dit. Et c’est totalement comparable : vous vous souvenez des gens qui ont passé quatre ans dans une tranchée à s’en prendre plein la gueule il y a un siècle ? Eh bien eux, ce n’était rien ! Car nos héros doivent survivre dans un univers hostile où ils sont obligés de rester chez eux comme durant un hiver pluvieux. Quelle cruauté ! Dès qu’ils pourront sortir, leur psychologue va avoir du boulot. Et ce sera une aventure épique : devoir se lever du canapé pour s’allonger sur le divan, vous n’imaginez pas.

Bon, notez qu’au moins, il y a un siècle, vous étiez peut-être confiné avec des mecs qui voulaient vous planter 15 centimètres d’acier dans le bidou, mais au moins, vous n’aviez pas vos enfants. Et très franchement, entre Hans « le charcutier de Karlsruhe » et Matthéo, pour lequel vous constatez que votre éducation a créé un parfait trou du cul, il est vrai que Hans peut faire envie, surtout après quelques jours avec Matthéo poussant des hurlements parce qu’il a déjà vu tous les Lego Ninjago.

Mais tout de même : à lire nos écrivains, ils n’ont rien à envier à Anne Frank : leur souffrance est terrible. Imaginez : on va réduire la bande-passante de PornHub ! Comment diable vont-ils faire ? Passeront-ils la semaine ? Ont-ils réussi à retrouver le chargeur de l’iPhone de Léa ? Tant d’aventures palpitantes, le monde serait bien triste de ne pas en profiter !

On se retrouve donc après le confinement, pour la horde de livres et de films qui sortiront sur le sujet, et raconteront avec tout le talent que l’on connaît bien en France, la vie de couples qui s’éloignent puis se retrouvent lors de cette terrible épreuve. Oh, et bien sûr, des histoires de solidarité (réalisées par des gens s’étant barrés durant la crise, cf tourneur de veste). Mais dans l’immédiat, les journaux de confinement ressemblent avant tout à l’histoire de gens qui se font chier. Et ça aussi, c’est l’exception culturelle française.

Je propose d’appeler la première adaptation d’une de ces œuvres Le Journal d’Anne Fric, où les aventures d’une famille enfermée qui guette avec émoi lorsque la porte de sa cachette s’ouvre enfin et qu’à défaut de nazis, c’est un livreur Uber Eats qui se présente. J’en pleure déjà.

Nul doute qu’Anne Frank préférait encore fuir les nazis que de devoir regarder Netflix sans la 4K activée pour cause de débit réduit.

Le logique

Lorsque l’on est enfermé chez soi, aider autrui est complexe.

Alors, il reste les symboles, comme par exemple, applaudir aux fenêtres pour remercier les gens qui continuent à faire tourner le pays. Que l’on aime ou non la pratique, notez qu’elle ne fait pas de mal en soi : ça revient à engueuler les gens qui disent merci.

Mais qui n’a pas dans son entourage une charmante personne qui est la première à courir à sa fenêtre faire son devoir (et de préférence, en se filmant : ce serait bête de ne pas parler de soi durant deux minutes), avant de retourner se vautrer dans leur canapé pour préparer une petite bidouille qui permettra de filouter un peu les impôts cette année, de faire la liste des subventions dont elle n’a pas besoin mais qu’elle pourrait gratter quand même, le tout avant de soutenir avec des mots bien plus forts que des applaudissements, des gens qui sabotent les services publics en question ?

Toi aussi : applaudis les gens que tu t’apprêtes à étouffer avec un coussin. Car n’oublie pas : l’important, ce n’est pas de bien faire, c’est de faire que tu aies l’air bien !

Ce qui est bien avec les symboles, c’est que généralement, ils ne coûtent rien.

Après, vous me direz, « C’est pas facile d’aider depuis chez moi« , mais même si vous n’avez pas un rond à donner (sale pauvre !), on vous rappelle que même pendant la crise, le don du sang reste par exemple ouvert et que ça aide bien les hôpitaux. Mais généralement, rassurez-vous : les rois des symboles ont tous une bonne excuse pour en rester, justement, aux symboles.

D’ailleurs, j’en profite : vous vous souvenez des gens qui expliquaient savamment que « Les dons à Notre Dame après l’incendie, c’était pour payer moins d’impôts et donc pour s’enrichir ! » ? Ils seront heureux d’apprendre que les dons aux Hôpitaux de Paris et de France suivent les mêmes règles de défiscalisation. Braves gens, on vous regarde donc sortir votre portefeuille pour les bombarder de deniers puisque non seulement vous ferez une bonne action, mais que d’après votre propre logique, vous devriez même y gagner.

Quelque chose me dit que les intéressés vont se faire étonnamment discrets.

Le politicien de comptoir option scientifique

Vous avez une question ? Il n’a pas une réponse. Non, il a la réponse.

Tout comme juste après un attentat, le pays se remplit d’experts en religion, voici que cette crise a généré un nombre improbable de spécialistes de la microbiologie, pharmacie, infectiologie et autre chloroquine. Si à chaque épidémie, nous avions une telle génération de génies, peut-être que le rhume pourrait avantageusement remplacer les postes de pédagogues au sein de l’éducation nationale. Cependant, vous n’êtes pas dupes : tous ces scientifiques auto-générés en moins d’une semaine (les études, c’est surfait) sont tous vos amis d’habitude experts des questions politiques qui ont un avis sur à peu près tout, mais généralement étayé par à peu près rien.

L’occasion de profiter, sur Facebook, de violents débats où l’on s’accuse mutuellement de jouer avec la vie d’autrui, alors qu’au final, l’ensemble des participants a un niveau semblable à celui de membres de Doctissimo. Il manque juste les signatures avec des bébés et des oursons et on s’y croirait. Aussi, n’oubliez pas cette règle essentielle : la médecine, sur internet, c’est mal. En plus, c’est un coup à non seulement vous diagnostiquer le Coronavirus, mais aussi un ou deux cancers du rectum dans la foulée.

N’oubliez donc pas les principes de distanciation sociale sur internet pour éviter l’épidémie : si ça se pense médecin, je le bloque vite et bien.

De toute façon, vous ne louperez aucun post intéressant : quand notre politicien aura fini de parler science, il en reviendra à parler politique, comprendre, se mettre en avant lui en faisant semblant de parler des autres. En montrant que lui, il est plus gentil que vous.

« Vous applaudissez les infirmiers? Moi je pense aux caissières. Ah, vous applaudissez les caissières, eh bien moi, je pense aux éboueurs ! Vous applaudissez les éboueurs aussi ? Heureusement que je suis là pour penser aux sans-abris ! »

Bref, il n’y a que lui qui ne se rend pas compte que la seule chose qu’il défend, c’est finalement lui-même.

« Hmmm… comment vais-je réussir à surfer sur la crise pour me mettre en avant cette fois-ci ? »

Le profiteur de guerre

Toute crise profite à quelqu’un.

Je ne parle pas ici des vendeurs d’armes, remplacés avantageusement ces jours-ci par les vendeurs de coquillettes et de papier toilette, mais de toutes celles et ceux qui ont réussi à transformer la crise en une bonne opportunité de se faire un peu de pognon. Car si l’on parle souvent des larrons qui sont allés se servir dans les stocks de masques des hôpitaux et les vendent à la sauvette dans les quartiers les plus riants de nos villes, on oublie tous les filous qui ont profité de l’occasion pour monter leurs tarifs (« Les temps sont durs, mon petit Monsieur »), ou ceux qui bombardent de messages commerciaux pour vous rappeler que c’est le moment parfait pour vous acheter cette splendide ceinture de massage électrique pour vos abdominaux, mes petits amis, puisque la salle de sport est fermée !

Je tiens donc à proposer que lors de la Libération, où le peuple libéré descendra dans les rues célébrer la fin du confinement, on tonde en place publique ces margoulins.

J’ai d’ailleurs un très grand stock de rasoirs que je vends à -10%. Je dis ça comme ça, attention, hein, moi je fais ça pour vous aider.

Profiteur de guerre, allégorie.

 

Le Geek (mais pas trop)

« Eh mais moi le confinement, c’est ma vie quotidienne ! »

Cette blague, vous l’avez probablement déjà lue ou entendue plus souvent que « Comment ça va ? Comme un lundi ! » durant l’ensemble de votre vie. Car si le geek est un peu le peuple indigène des réseaux sociaux, voilà que comme tout le monde se retrouve dessus, il compte bien en profiter. Alors certes, il a encore moins de choses à raconter que d’habitude, mais cela ne l’empêche pas de passer par toutes les phases similaires de son peuple des plus prévisibles :

  • Poster quotidiennement des images de son chat
  • Demander qui a le dernier Animal Crossing pour aller parler ensemble aux hérissons du coin
  • Répéter une énième fois « Eh mais moi le confinement, c’est ma vie quotidienne ! »

Parfois, il a joute même « lol », ce qui revient à appeler la mort de ses vœux. Attention cependant, on parle ici du geek urbain qui s’autodéfinit comme tel, de celui qui prend des cafés chez Starbucks en glandant sur son Mac, pas du geek certifié hardware.fr qui est enfermé chez lui à faire des installations de Linux sur des machines bricolées au fer à souder. Aussi, internet est surtout un grand jeu pour lui, et il compte bien vous en faire profiter en passant ses journées à répondre à des questionnaires Facebook et à faire tourner des photos « Pendant la crise, remplissons Facebook de photos de *insérer ici un sujet quelconque*. » . Au bout de quinze messages de ce genre, vous l’aurez bloqué, prouvant ainsi que même confinés loin de chez vous, vous avez des gens qui arrivent à se rendre insupportables.

« Je suis trop un geek ! Vous connaissez les chaînes ? Ce sont des images à faire passer à tous ses contacts, ça vient de sortir, je l’ai vu sur Brut,, j’adore ! »

 

Je l’annonce donc officiellement : si je tombe encore sur une chaîne – ce virus nous a renvoyé en 2002, je ne l’explique pas autrement – ma MG-42 devra servir plus tôt que prévu.

Alors bonnes gens, profitez bien de ces crises pour identifier les connards de votre entourage.

De mon côté, à défaut de faire des chaînes, je fais leur liste.

En confinement, restons productifs.

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Un odieux connard

Le positiviste aime expliquer les choses avec des diapos Powerpoint, ce qui prouve qu'il est monstrueux.

Rassurez-vous, il a une attestation justifiant de son déplacement à la plage pour raisons familiales.

L'enfer, vous n'imaginez même pas.

Sauf si c'est Jeff Koons qui vous l'offre.

Dans environ deux mois, je vous prédis que tous ces gens vont se transformer en économistes.

Pssst... psst... hé, gamin ! Tu aimes avoir les fesses propres ? J'ai du papier toilette, c'est de l'extra-doux, tu vas kiffer, 10€ le rouleau.

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