FreshRSS

🔒
❌ About FreshRSS
There are new available articles, click to refresh the page.
Before yesterdayBridge> Sexactu

Quand la taille du pénis tourne à l'obsession

12% des hommes trouvent qu'ils ont un petit pénis : pourtant, parmi eux, rares sont ceux qui médicalement appartiennent à la catégorie “petit pénis” (on passe alors sous la barre des 2%). Ce complexe, qui prolifère sur le terrain de l'insécurité (comme le harcèlement ou les remarques négatives sur le physique), peut aggraver d'autres troubles (comme la dépression ou l'anxiété sociale).

Dans les cas les plus problématiques, on parle de “syndrome du petit pénis”, qui conduit notamment à une mauvaise image de soi, à de la honte, à de la mauvaise humeur, à un évitement des rapports sexuels - mais aussi un évitement des douches collectives ou des toilettes. Les partenaires suscitent parfois de la paranoïa : on imagine que les femmes (ou les hommes) veulent forcément des performances extraordinaires, et que le petit pénis suscitera des moqueries ou des menaces (ce qui aggrave encore l'anxiété, donc les performances).

Ce syndrome se développe selon des modalités diverses :

  • Les deux-tiers des hommes concernés voient leur trouble démarrer dès l'enfance, lors de comparaisons avec leurs pairs. Il suffit qu'un garçon grandisse plus vite que les autres pour qu'un souci de perception s'installe durablement.

  • Un tiers des hommes concernés voient leur complexe s'enclencher plus tard, à l'adolescence, en regardant des contenus pornographiques.

  • Il est assez rare que le syndrome du petit pénis débute quand on est adulte.

A ces modalités s'ajoutent des éléments de contexte : si on regarde directement son pénis (du dessus), il apparaît comme plus petit que si on le regarde dans le miroir. Même chose pour les personnes obèses, qui peuvent développer une fausse impression de leurs dimensions.

Comment ça se traite ? Déjà par l'éducation sexuelle (rappel : pénis flaccide = 9cm au repos en moyenne, pénis en érection = 13cm en moyenne). Ensuite, si nécessaire, par l'association de sexologues et de psychologues - avec éventuellement de la thérapie comportementale pour faire face aux situations de stress et reprendre une vie normale. Les cas les plus graves (associés à des psychoses ou de la dysmorphophobie) relèveront de la psychiatrie.

La chirurgie plastique n'est pas recommandée, sauf si le fonctionnement du pénis est altéré et que les dimensions sont inférieures à 6cm au repos, et pour cause : non seulement la procédure n'est pas toujours terrible, mais si le résultat est décevant, il peut empirer le complexe.

Revue de sexe : des fluides, des lustres et des frigos

Hello, camarades ! Pour égayer ce dimanche, je vous propose de vous plonger dans un tableau Excel. J'ai bien conscience que dit comme ça, ma proposition vous évoquera les joies de la comptabilité. Mais il s'agit d'un tableau Excel des pratiques autorisées ou interdites selon les grandes plateformes de camsex ou de porno. On y apprend que le pipi est ok, les godemichets en forme d'animaux géants aussi, la menace d'une arme à feu est à peu près acceptable, ainsi que l'inceste s'il est indirect… par contre, le sang des règles fait quasiment l'unanimité contre lui. La situation n'est pas terrible non plus pour le lait maternel. Conclusion ? Les fluides spécifiquement féminins sont jugés dégradants par des plateformes qui en font le commerce. (Soupir.)

En français :

  • Petit coup de mou côté libido ? A lire dans Slate pour relativiser : “Dans les films, les personnages font l'amour passionnément après une longue course-poursuite. Dans la réalité, les choses sont différentes. Soumis à une situation de stress, le corps humain évacue toutes les fonctions et besoins qui ne sont pas vitaux à l'instant T. Le sexe en fait partie.”

  • Le Figaro s'est doublement penché cette semaine sur le futur du secteur de la rencontre : pendant que les applis invitent massivement à opter pour un premier rendez-vous en vidéo, les speed-dateurs et coaches en séduction essaient de s'adapter.

  • Puisqu'on parle de rencontres : chez Gleeden, 73% des femmes ont mentionné dans leur profil que leur futur amant devait être non-fumeur. C'est un des critères les plus essentiels ! Parmi les raisons avancées par les membres : elles n'aiment pas l'odeur, l'odeur pourrait alerter leur conjoint à propos de leur liaison, la pause-cigarette interrompt les rendez-vous… et tout simplement, les fumeurs sont perçus comme moins attirants. De toute façon, derrière le masque, qui veut encore fumer ?

  • OUI MAIS. Etes-vous sexuellement attiré par les lustres ? Non ? Si ? Euh ? Hein ?

  • Les réseaux sociaux censurent l'emploi du mot “pédé”… chez des militants LGBT. La preuve qu'une directive appliquée sans la moindre prise en compte du contexte est parfaitement ridicule.

  • Agnès Giard nous invite à nous méfier des versions doloristes de MeToo - sur le principe avéré que l'enfer est pavé de bonnes intentions : “Dans le vrai monde, faire des expériences, c’est prendre des risques et accepter la part d’échec qui va avec. Comment rendre les femmes fortes avec un discours permanent de mise en garde contre les périls du sexe ?

  • Dans les podcasts du Monde, Paul Preciado parle de masculinité délirante :)

  • Au Canada, LaPresse invite à parler maintenant pour mieux coucher plus tard.

En anglais :

  • J'ai adoré ces conseils du NYTimes pour avoir le premier rendez-vous sous quarantaine : par vidéo interposée, faites-vous visiter vos frigos :) (J'aurais vraiment honte du chaos qui règne dans le mien…)

  • Qui sont les personnes les plus susceptibles d'être jalouses ? Eh bien, ça dépend du type d'infidélité : les hommes sont plus susceptibles de se sentir menacés par une infidélité sexuelle (55%) que par une infidélité émotionnelle (36%). C'est l'inverse pour les femmes : l'infidélité sexuelle en contrarie 41%, l'infidélité émotionnelle en perturbe 50%. En revanche, chez les gays et lesbiennes, c'est clairement l'émotionnel qui est prioritaire ! Bonus : plus on est religieux, plus on se préoccupe du sexuel :)

  • Accrochez vos estomacs, voici une étude qui compare nos doubles standards concernant les sexualités illégales : on y apprend que la pédophilie suscite de la colère chez 70% d'entre nous, alors que la nécrophilie et la zoophilie sont respectivement à 25% et 46%. Neuf personnes sur dix ne pourraient pas être amis avec un pédophile, mais seulement huit sur dix rejetteraient les nécrophiles et zoophiles.

  • Pendant la quarantaine, seuls 40% des Anglais ont pratiqué du sexe au moins une fois par semaine. Les bons scores sont corrélés avec le fait d'être un homme, jeune, en couple… et buveur d'alcool !

  • Apparemment, les femmes passent leur temps à s'excuser de leur apparence sur Zoom.

Recommandation culturelle :

La série Normal People, sur Hulu, propose une vision de la masculinité non-toxique ET puissante particulièrement réussie. La violence n'est jamais montrée, le héros fait passer ses principes et ses émotions avant son pénis, les femmes savent ce qu'elles veulent - ouf, ça fait du bien !

Bonus (attachez vos ceintures) : OH MON DIEU.

Intello du sexe, et quoi encore ?

La première fois que j'ai entendu l'expression “intello du sexe”, c'était pour évoquer la carrière d'Ovidie, qui publiait ses premiers bouquins. Elle ouvrait à la voie à Coralie Trinh Thi, et à quantité d'autres ex-performeuses dont le bagou - et parfois les diplômes - impressionnaient les patrons des émission de télé. C'était les années 90 : on était épatés parce que Rocco Siffredi savait aligner trois phrases, Virginie Despentes parlait de son passé de travailleuse du sexe. Dans les années 2000-2010, rebelote avec les actrices Sasha Grey, Stoya et surtout Belle Knox. 

“Intello du sexe” renvoie à 11 000 résultats sur Google : quatre fois plus que pour “intello du foot”. Il n'y a aucun résultat pour “intello de la gastronomie”, parce que personne n'est surpris qu'on puisse aimer les idées et la nourriture - ça coule de source, il n'y a pas besoin de le préciser.

En 2020, certains font toujours semblant d'être surpris qu'une femme puisse gagner des sous en cumulant travail sexuel et travail intellectuel - comme s'il y avait une contre-indication ou des vases communicants. Non seulement cette condescendance nous renvoie aux temps de Descartes où il fallait choisir entre le corps et l'esprit, mais ça implique que dans le sexuel ne se joue rien d'intellectuel. Si c'était le cas, on se demande bien pourquoi des philosophes aussi prestigieux que Freud, Foucault ou Bataille sont venus s'y faire une réputation (oups, pardon, c'étaient des hommes, ils avaient le droit).

L'ébahissement devant les “intellos du sexe” entre également en contradiction directe avec notre bon sens populaire : si les femmes sont “naturellement” multitâches, pourquoi ne pourraient-elles pas écrire un livre de la main gauche, tout en tenant un sextoy de la main droite ? Dans une société qui adore les slasheurs (ces personnes qui cumulent les carrières, soit en même temps, soit à différents moments de leur vie), pourquoi ne pas faire entrer ces “intellos du sexe” dans le modèle entrepreneurial qui séduit la start-up nation ?

Le monde de la sexualité produit de la pensée, de l'art et de l'innovation depuis la nuit des temps. Quand on célèbre les “intellos du sexe”, on sous-entend que “le sexe” est par défaut peuplé uniquement d'abrutis. Ce n'est pas très sympa pour les 99% de l'humanité qui un jour ou l'autre s'intéresseront au sexe…

Le mariage rend-il vraiment (sexuellement) heureux ?

A mesure que la France déconfine, l'envie de rattraper le temps perdu se précise : va-t-on pouvoir se rencontrer, danser, embrasser des inconnues ? Va-t-on pouvoir reprogrammer notre mariage - ou trouver quelqu'un avec qui passer la prochaine quarantaine ? Quand les enjeux sont si élevés, comment prendre la bonne décision ?

Selon les avancées en recherche (Journal of Sex Research, mai 2019), mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de se sécuriser avec des unions traditionnelles : en effet, le niveau de bien-être des couples mariés est équivalent à celui des personnes… jamais mariées. Qui tire son épingle du jeu ? Pas de grosse surprise, mais la confirmation de ce que démontrent d'autres études : les personnes non-cohabitantes ou divorcées rapportent des scores plus élevés en communication, en estime de soi, mais aussi en fréquence sexuelle ! 

Au niveau de la satisfaction sexuelle pure et dure, voici à quoi ressemble le tableau - des plus satisfaits au moins satisfaits :

  • Hommes jamais mariés en couple non-cohabitant

  • Femmes jamais mariées en couple non-cohabitant

  • Personnes mariées

  • Hommes jamais mariés mais vivant en concubinage

  • Femmes jamais mariées et célibataires

  • Femmes jamais mariées mais vivant en concubinage

  • Personnes divorcées ou séparées

  • Hommes jamais mariés et célibataires

Ce qu'il faut comprendre de cette petite liste, c'est que le mariage n'est pas nécessaire à la satisfaction : ce qu'il nous faut, c'est un ou une partenaire - quelle que soit la forme d'attachement sur laquelle on se sera fixés. La plupart d'entre nous ne sommes pas équipés pour la solitude.

Ceci dit, les choses se compliquent quand on compare la satisfaction sexuelle et la satisfaction globale. Car malgré tout, ce sont les personnes mariés qui se déclarent les plus satisfaites dans leur vie. Peut-être parce que le mariage nous apporte une sécurité et une légitimité susceptibles de nous apaiser… ce qui entraîne la question à mille dollars de la semaine : le bonheur consiste-t-il à sautiller d'exaltation, ou plus simplement à ne pas avoir de soucis ? Je botte en touche pendant que vous relirez vos cours de philo de terminale :)

En tout cas, on en déduira une règle simple : le sexe ne fait pas le bonheur

Info-bonus : quel est le principal facteur de satisfaction sexuelle ? Eh bien, la fréquence semble avoir beaucoup plus d'importance (22%) que la communication (2%) ou même l'estime de soi (1,3%).

Revue de sexe : troisième sexe, résilience pornographique et "kinky parties"

Hello camarades ! J'espère que vous profitez de ce dimanche pour marcher dynamiquement sur une plage, pour pique-niquer dynamiquement par balcons interposés, et pour porter dynamiquement vos masques dynamiques lors de votre shopping dynamique essentiel. Et si la phrase précédente vous a épuisé, pas de souci - je compatis ! Préparez-vous un café, enfilez vos chaussons, voici de la lecture…

En français :

  • On commence par un excellent article de Florian Besson, aux sources moyen-âgeuses de notre troisième sexe : “la réflexion sur un troisième genre va avec la construction d’une société moins genrée, ou en tout cas moins patriarcale. Quand on arrête de réfléchir aux ambiguïtés du genre, ce sont les hommes qui dominent. La reconnaissance d’un « troisième genre » dans nos sociétés contemporaines apparaît donc indissociable des combats féministes”.

  • Au Maroc, Ramadan + confinement = on prend d'autres libertés, mais en ligne : “Tous les soirs, le rituel est le même. Le coup de canon retentit. Les mosquées entonnent l’appel à la prière. On mange, on boit du thé à la menthe, on prie et… on drague sur Instagram.” A lire dans Le Monde.

  • Tenga sort une nouvelle ligne de sextoys pour hommes, GEO, basée sur la géologie (je dirais plutôt : le design). Il y a même un concours pour gagner des toys gratuits.

  • Chez Agnès Giard : tous abstinents ?

  • Toujours surprise quand l'édition sort des bouquins en 4 minutes chrono : ici, comment réussir son confinement en couple.

  • Les témoignages pour LGBTphobie ont augmenté de 26% en 2019. Quatre années de hausse continue : la presse s'empare plus largement de ces sujets, et c'est une excellente nouvelle. Mais pendant ce temps, les personnes concernées trinquent.

  • L'association Aides sort une belle campagne “Retrouvons-nous, Protégeons-nous” sur les réseaux sociaux, avec une mosaïque d'illustrations très marrantes. A voir notamment sur leur Instagram !

  • Inégalités de salaire entre hommes et femmes : Cash Investigation a mené l'enquête, et leurs conclusions remettent les pendules à l'heure. Les femmes sont moins payées, y compris à travail, compétences et ancienneté égales. La fracture se creuse notamment avec les grossesses : elles perdent de l'argent - alors que les hommes, quand ils deviennent pères, sont plutôt augmentés.

  • Ce passionnant sujet était d'ailleurs traité avec brio par Victoire Tuaillon dans Les Couilles sur la Table : l'épisode sur le capital vaut son pesant d'or (si vous pensez que vous êtes incollable sur le sujet, vous aurez encore plein de surprises).

En anglais :

Recommandation culturelle :

Aimez-vous les jeux vidéo ? Si la réponse est non, mais que la vie post-confinement vous fait regretter de ne jamais avoir investi dans une Playstation ou une Switch, je vous recommande le podcast Quête Latérale. Tous les jours, un ou une spécialiste en jeux vidéo vous fait découvrir un jeu pour absolus débutants (et rarement très difficile : ça marche si vous avez deux mains gauches). L'écoute dure 10 minutes, la petite musique est parfaite pour se détendre… et même les joueurs confirmés apprécieront - surtout s'ils sont passés à côté de petites gemmes indé. 

Sexe et séduction : les enseignements de la psychologie évolutionnaire

Avez-vous besoin d'un wingman (un allié) pour séduire ? Aujourd'hui, nous vous proposons rien moins que l'aide de Darwin. Ou du moins l'aide de Peggy Sastre, docteure en philosophie des sciences, spécialiste de l'évolution. Elle a publié récemment La haine orpheline, aux éditions Anne Carrière, un essai très documenté mais aussi très marrant (ah oui, précisons : Peggy Sastre a un style très cash). Voici donc l'occasion parfaite pour se remettre à niveau, sexuellement, avant l'été.

Quel est le type physique que les femmes sont "câblées" pour préférer ?
Tout dépend du contexte... En règle très générale, comme d'autres femelles dans le reste du règne animal, les femmes ont des désirs répondant à une double stratégie reproductive : si elles cherchent un géniteur ou si elles cherchent un père (pour leurs enfants). Dans le premier cas, c'est la qualité génétique assez bas du front qui prime : on veut du grand, du costaud, du testostéroné car c'est un indice de bonne immunité (et on est séduite sans même en avoir stricto sensu conscience). Dans le second, le physique importe peu tant qu'on a des signaux de pouvoir, de prodigalité et de protection : le but est de dénicher quelqu'un qui sera capable, assez littéralement parlant, de mettre vos gènes à l'abri du besoin. 

Chez beaucoup d'espèces, seule la première stratégie compte car l'investissement paternel est aux abonnés absents : l'essentiel est de se trouver un bon parti génétique et basta, advienne que pourra (d'autant plus que la vie est “solitaire, pauvre, désagréable, brutale et courte”, comme disait l'autre). Chez les humains, c'est différent et un tantinet plus complexe notamment parce que nous faisons partie des quelque 5 % d'espèces pour lesquels l’investissement parental des mâles ne se termine pas forcément une fois l’ovule fécondé. Il peut même faire varier du tout au tout son succès reproducteur ou fitness, c'est-à-dire grosso modo le nombre d'enfants que l'on pourra avoir et qui atteindront la maturité sexuelle pour qu'ils se reproduisent à leur tour et offrent une postérité à nos gènes. 

L'ironie de l'histoire, c'est que les quelques études analysant une éventuelle modification des choix féminins sous l'effet de la contraception hormonale montrent qu'elle fait pencher le balancier... du côté bas du front. Comme si la technoscience était un révélateur de nos instincts les plus primitifs.

Quels comportements permettent de sortir du lot ?
Dans une espèce aussi sociale – et à la socialité aussi complexe – que la nôtre, il y a fort à parier que la variabilité comportementale ait été un atout reproductif bien plus puissant que la variabilité morphologique à l'échelle de l'évolution. Et là encore, le contexte est crucial. Depuis quelques années, je me suis prise de passion pour les recherches analysant l'effet de la démographie sur les fluctuations du marché sexuel. 

En fonction du sexe-ratio opérationnel d’une population (c'est-à-dire le nombre d’individus en âge de procréer), mâles et femelles (qu’ils soient ou non humains) n’ont pas le même intérêt à se montrer sexuellement tatillons, cibler des partenaires de valeur sexuelle équivalente ou non à la leur, se focaliser sur la recherche de prétendants du sexe opposé ou encore participer a une méchante compétition avec leurs congénères de même sexe. 

Selon les modèles du mathématicien David M. Ramsey, les hommes seraient bimodaux (en recherche de partenaire/en train de s’occuper de leur progéniture) tandis que les femmes seraient trimodales (en recherche de partenaire/non réceptives/en train de s’occuper de leur progéniture). Lorsqu’ils sont en mode “recherche”, le succès des individus dépend donc logiquement de la proportion de membres du sexe opposé branchés sur la même longueur d’onde.

Dans l'essai, tu expliques que les femmes préfèrent les hommes déjà en couple, ou déjà pères : comment est-ce possible ?
Parce qu'ils signalent une aptitude à l'engagement. Dans les espèces à fort investissement paternel comme la nôtre, une femelle a tout intérêt à ferrer le meilleur papa possible, soit un mâle le plus à même de lui fournir, ainsi qu’à sa progéniture, du temps, de l’énergie, de l’attention, de la protection, des ressources, des territoires et ainsi de suite. Il est donc biologiquement logique qu'un homme en couple et/ou déjà père soit terriblement séduisant. C'est comme si notre esprit préhistorique nous susurrait à l’oreille : “Si l’une de tes congénères a mis le grappin dessus, c’est qu’il est probablement un bon parti, alors fonce et pique-le-lui.”

C'est l’une des multiples manifestations de la loi de moindre action omniprésente dans l'univers connu : pourquoi se fatiguer à faire soi-même le travail de tri et de sélection si quelqu’un d’autre s’y est déjà collé ? C'est autant d'énergie que l'on pourra économiser et investir ailleurs.

Est-ce aussi valable pour les hommes : ils préfèrent les femmes déjà en couple, déjà mères ?Non. C'est la grande injustice de l'état de mammifère placentaire : seules les femelles mettent littéralement la progéniture au monde et ont donc la certitude de partager 50% de leurs gènes avec elle. Chez les mâles humains, on sait que l'incertitude de paternité a été un problème adaptatif capital durant leur histoire évolutionnaire. Ce risque, s’il est avéré, signifie que vous avez investi des ressources à perte dans une descendance qui n’est pas la vôtre. En matière de fitness, c'est un danger vital équivalent à celui que représentent les parasites et qui, pour bon nombre de chercheurs, arrive juste après le danger de mort. Ce n'est donc pas rien... Raison pour laquelle la sélection naturelle a produit des hommes plutôt attirés par des signaux de jeunesse et de fertilité, car ce sont des êtres vivants qui, comme tout le monde, veulent mettre leurs gènes à l'abri.

Pour résumer : vous pouvez miser à la fois sur la testostérone (sans forcément vous approprier des attitudes bas-du-front) ET sur la paternité (l'engagement joue en votre faveur), tout en ayant de bonnes excuses quand votre regard glisse sur les étudiantes à la plage. 
Mais bien sûr, un peu de nuance. Différentes stratégies reproductives fonctionnent sur différentes personnes dans différents contextes. Les intellos sans enfants ne sont pas condamnés au célibat.

→ Pour en savoir plus : La Haine Orpheline, par Peggy Sastre. (Le livre parle de nombreux autres aspects évolutionnaires dans notre quotidien. Personnellement, j'ai adoré le chapitre sur les conflits inter-générationnels. Grosse recommandation !)

Post-confinement : “Summer of Love” ou “Sex on the Beach” ?

A mesure que les plages rouvrent et qu'on entrevoit une sortie de crise, peut-on imaginer un grand lâchage sexuel cet été ? Rien n'est moins sûr ! Le risque viral aggrave les conséquences de nos moindres décisions. Dans ces conditions, le sexe “sans prise de tête” est suspendu. A chaque rencontre, il y aura un arbitrage à faire : cette personne en vaut-elle la peine ? Vais-je vraiment mettre en danger mes proches, ma boulangère, les usagers du métro, pour une relation sexuelle ? Il y a fort à parier qu'on n'embrassera plus sans arrière-pensée la belle inconnue sur le dance-floor (on l'embrassera encore, mais le sentiment d'abandon devra attendre 2021… au minimum).

La transmission du virus est une affaire sérieuse. Par conséquent, embrasser quelqu'un est une affaire sérieuse. Cette débanalisation du baiser constitue un renversement, quand on sait que même le plus profond des french kiss était devenu (surtout après trois verres) littéralement inconséquent : “on s'est juste embrassés". Sous-entendu : il ne s'est rien passé. 

La réintégration du baiser au rang des pratiques “sérieuses” n'est pas une mauvaise nouvelle, loin de là. Outre les 80 millions de bactéries échangées à chaque roulement de patin, les amants y découvrent le goût, l'odeur, la texture de l'autre… dans une proximité des visages (donc de l'émotionnel) qui n'a rien à envier au rapport sexuel. Nous nous trouvons au creux de l'intime. 

Si nous devons sélectionner plus sérieusement les personnes que nous embrassons, si chaque baiser nous fait penser à la possibilité de confiner ensemble un jour, alors les enjeux de la sexualité deviennent également des enjeux romantiques et logistiques. Côté pile, multiplier les enjeux augmente l'intensité du ressenti (c'est le grand frisson). Côté face, bienvenue au XIXe siècle.

On peut observer le déplacement de nos valeurs dans une enquête Meetic publiée la semaine dernière : 63% des célibataires cherchent une histoire sérieuse (remarquez, c'est Meetic), 29% veulent prendre le temps de mieux se connaître, 22% font plus attention à la sélection des profils. 10% seulement stressent à l'idée de ne pas pouvoir faire l'amour, alors que 24% s'inquiètent du manque de contacts physiques… et que 34% sont plutôt préoccupés par la fermeture des bars et restaurants !

Ce retour en force de l'amour comme priorité ne devrait pas faire que des heureux : nous associons l'été aux histoires courtes, aux aventures, aux surprises. Notre idée de la fête consiste justement à ne pas penser aux conséquences.

Et si ce “retour à l'ordre amoureux” nous invitait à la gratitude ? La liberté que nous tenons pour acquise est un luxe : elle n'existait tout simplement pas avant la légalisation de la contraception et l'avortement, ou avant que les femmes ne gagnent le droit de rouler des patins sans se faire mettre au ban de la société. 

A l'heure où vous lisez ces lignes, non seulement personne ne nous empêche de prendre le risque, mais a priori (croisons les doigts), cette situation est temporaire. Plutôt que de voir le verre à moitié vide ("on s'embrassera moins cet été"), voyons le verre à moitié plein ("j'en ai bien profité avant, et j'en reprofiterai bientôt"). En ces temps angoissants, nous restons privilégiés !

Coaching : les hommes aussi ont droit aux préliminaires

“Toujours prêt !” La devise des scouts pourrait parfaitement s'appliquer à la sexualité masculine… du moins dans les représentations qu'on s'en fait. Dans les films, les séries, les romans, le héros bande par défaut. Il n'y a pas besoin de l'exciter. (C'est aussi le cas des héroïnes, disponibles à toutes les acrobaties après un bisou sur le coude. Si le film est pornographique, le sexe anal sans lubrifiant ni préparation est compris dans le package.)

Mais dans la vie ? Tous les hommes apprennent qu'une femme a besoin de préliminaires. Mais rares sont ceux qui peuvent demander à être préparés, excités, touchés, caressés, manipulés - justement parce que ce boulot de “mise en condition” est considéré comme inutile. Ils sont censés bander même dans les pires circonstances, même quand on les ignore.

Pourtant, selon l'enquête Ifop/Charles.co de 2019, 61% des hommes ont déjà eu des problèmes d'érection. Parmi eux, tous ne sont pas âgés, tous ne traversent pas une période de stress, tous ne sont pas sous anti-dépresseurs… Certains ont tout simplement des partenaires qui ne font pas attention à leur désir, ou qui considèrent ce désir comme acquis.

L'autre noeud du problème, c'est la sensualité, considérée comme un privilège féminin. On le voit dans la liste des zones érogènes : les femmes en rapportent beaucoup plus que les hommes, alors même que leurs corps ne sont pas différents (sauf quelques zones génitales, le câblage est le même, les terminaisons nerveuses sont les mêmes). Les conseils donnés aux femmes pour donner du plaisir aux hommes se focalisent sur le pénis, en incluant parfois les testicules… et le reste du corps passe aux oubliettes. 

La sensualité est liée à la sensibilité, et les hommes sensibles sont toujours soupçonnés de manquer de virilité. Comme souvent, le prix à payer pour être un vrai mâle passe par une anesthésie - pas seulement des émotions, mais aussi du ressenti physique. Quand on dit aux petits garçons : “serre les dents, ça ne fait pas mal”, on les conditionne aussi à dire “serre les dents, ça ne fait pas de bien”.

Si vous ajoutez à ces handicaps la préférence pour les femmes non-expérimentées (ce que j'appelle la prime à l'ignorance), il ne faut pas s'étonner de rencontrer des femmes décidées à ne pas faire d'efforts - elles n'y ont pas intérêt, sous peine de passer pour des salopes. Notons que les plus paresseuses, ou les plus timides, se satisfont de la situation : l'investissement reste minimal, on n'attend pas de miracles, on ne prend jamais de responsabilités, personne ne peut nous juger. 

En 2020, bien sûr, la majorité des femmes sont de bonne volonté. La presse féminine les a encouragées à réfléchir au plaisir des hommes, même si l'idée qu'ils bandent spontanément dans n'importe quelle circonstance reste répandue.. Mais ça ne signifie pas qu'elles oseront toujours passer à l'acte, surtout si elles ont connu des ex-amants machos, dont la virilité a été mise à mal par les tentatives de caresse, et qui ont fermement découragé ce genre d'expérimentations.

En tant qu'homme, la première chose à faire consiste donc à verbaliser cette permission. Se plaindre aux amis ou sur des forums Internet ne va pas résoudre le problème. Vous êtes dans votre bon droit : expliquez gentiment que tout ne passe pas par le pénis, ou par un mouvement de piston sur ce pénis. Expliquez aussi que vous n'êtes pas un robot, pas mécanique, et que vous avez besoin de temps, d'énergie, de mots, de gestes, pour vous mettre en condition (si vous n'en avez besoin, dites qu'il s'agit d'une préférence). Ce point est d'autant plus facile à exprimer que vous demandez une égalité de traitement au lit :) 

Deuxièmement, le préliminaire pour homme est souvent réduit à la fellation : la demande de préliminaires passe souvent pour une manière détournée d'obtenir du sexe oral. Il faudra donc, éventuellement, clarifier ce point : pourquoi ne pas proposer des idées différentes (un massage, une conversation érotique, un câlin, un contexte bdsm, etc) ?

Troisièmement, montrez que vous aimez ça. Si une amante commence à vous caresser et que vous ne réagissez pas du tout, elle risque de comprendre que sa tentative vous indiffère, ou qu'elle vous met mal à l'aise. Si vous préférez la parole, remerciez : a priori, elle comprendra le message.

Si votre partenaire a du mal à comprendre, faites preuve de pédagogie. Vous ne connaissez pas (tout) son passé, des millénaires de culpabilité pèsent sur les attitudes permises aux femmes, des kilotonnes d'interdits pèsent sur les confidences permises aux hommes… Ce n'est pas de votre faute si la communication est compliquée. Cette conversation sera peut-être l'occasion, au passage, d'ouvrir le débat vers d'autres améliorations de votre vie sexuelle commune !

En revanche, si votre partenaire refuse de comprendre, vous avez le droit d'en changer. Aucune règle implicite ne vous oblige à tolérer une personne qui se croit tout permis, ou qui estime que Sa Très-Parfaite Présence suffit à provoquer une érection. D'autant que les stéréotypes concernant la sexualité masculine, à terme, brident la créativité érotique de tout le monde.

Enfin ! A quoi ressembleraient des préliminaires pour hommes ? Eh bien, à tout ce qui tourne autour de la pénétration et plus généralement au-delà du seul pénis, à condition que cette pratique vous motive ou vous inspire ou vous amuse : des déshabillages (vous pouvez aller jusqu'au boylesque), des caresses, des massages, des griffures, des morsures, du bondage, des jeux de pression, des douches, des bains, des confessions, des costumes… absolument tout ce qui vous passera par la tête. Ce qu'on appelle le “rapport sexuel” a une définition étroite : les préliminaires, au contraire, sont infinis ! 

Revue de sexe : c'est encore loin la rentrée sexuelle ?

Bonjour, camarades déconfinés ! J'espère que votre quotidien est désormais ponctué de balades dans des parcs, de roucoulements sur les plages, de verres de Spritz dans des cafés… euh, attendez, on me murmure à l'oreillette que le monde d'après ne ressemble pas au monde d'avant, mais plutôt au monde de pendant - oups. Pour vous consoler, voici des sextoys en céramique acidulée branchés sur des revolvers. Cette étrange cohabitation d'Eros et de Thanatos me permet de vous parler d'un déplacement enclenché il y a déjà une décennie : si vous cherchez des choses vraiment folles concernant la lingerie, la déco ou les jouets sexuels, ça se passe sur Etsy.

Pourquoi ? Parce que cette plateforme s'adresse aux bricoleurs, aux amateurs, aux niches, aux projets qui ne permettront souvent jamais de créer une entreprise sérieuse et commercialement viable. D'où une offre sexuelle démente : sextoys en forme de dragons, patchs exploratoires, masque BDSM de Mickey, et tout ce qui vous passera par la tête.

En français :

  • Article d'utilité publique chez Têtu : Déconfinement : peut-on reprendre les plans cul ? Voici ce que répond le patron de l'association Aides : "Nous encourageons les personnes à favoriser la sexualité virtuelle, et l’utilisation de sex-toys, comme nous l’avions déjà recommandé pendant le confinement. C’est le meilleur moyen d’éviter la propagation de l’épidémie. Ensuite, il faut bien évidemment éviter tout rapport si l’on présente des symptômes du covid-19, comme la toux, la fièvre, ou des problèmes respiratoires.

  • Venett est une nouvelle plateforme de podcasts “bien-être” : ça commence toujours, mais entendre parler de sexe avec un accent canadien est toujours un grand moment de joie :)

  • La masculinité en mouvement est célébrée dans ce très chouette compte Instagram (pop, coloré, inclusif, parfait sur toute la ligne).

  • Dans le monde du sexe sur Instagram, souhaitons également la bienvenue à Orgasme & Moi… comme son nom l'indique.

  • Slate s'est plongé cette semaine dans le monde des MGTOW, ces hommes qui décident de ne plus jamais interagir avec les femmes (car nous sommes si sournoises, rappelez-vous). L'article laisse la parole à des “repentis” qui expliquent leur état d'esprit à l'époque : pour ses propres paresses et erreurs, c'est toujours facile de blâmer quelqu'un d'autre. Mettons, la moitié du genre humain.

  • Agnès Giard ne déçoit jamais : pourquoi les premiers tableaux érotiques ressemblent-ils tant à des gisants funéraires ?

  • Immense respect pour Doctissimo, qui parvient à nous sortir un article anxiogène sur la masturbation pile pour la sortie du confinement.

  • A écouter sur France Inter : la genèse de la bande dessinée Pucelle, qui me fait vraiment envie.

  • En podcast : qu'est-ce qu'on mange après un orgasme, au juste ?

  • Sur France culture : les relations amoureuses en temps de pandémie, avec Eva Illouz. Et les relations sexuelles “slow" en temps de pandémie, sur Europe 1.

  • A quoi ressemblera le déconfinement sexuel ? J'en parle dans Le Temps.

En anglais :

  • Encore de l'audioporn ? Une start-up allemande, Femtasy, s'est lancée sur ce créneau. Elle avait 14 employés aux dernières nouvelles, elle est payante (beau pari !), et elle propose déjà plus de 150 histoires érotiques - plutôt orientées vers les femmes. On peut choisir les voix de nos acteurs préférés : c'est le genre de détail qui paye !

  • Au fait, qui se définit encore comme "complètement hétérosexuel" en 2020 ? 80% des Boomers, 68% de la génération X, et 46% des Milleniaux. (Pour rappel : Boomers = +55 ans, Gen X = 40-55 ans, Milleniaux = 25-40 ans.)

  • Les hommes sont moins susceptibles que les femmes de se sentir menacés par le Covid-19 : ils sont donc moins susceptibles de porter le masque, qu'ils considèrent plus souvent comme honteux, ringard, stigmatisant… et même comme un signe de faiblesse.

  • Il existe apparemment tout un univers de soin des fesses : masques pour les fesses, crèmes élargisseuses de fesses, scrubs à fesses… euh, passionnant ?

  • Et pour finir en beauté : on fêtait la semaine dernière le 100e anniversaire de l'auteur culte Tom of Finland, dessinateur splendide des fantasmes gays les plus musclés.

Recommandation culturelle :

France Culture propose une série consacrée à la vie de Stephen King, qui permet de comprendre non seulement son attrait pour l'horreur, mais aussi ses références culturelles. Tremblez, mortels ? Ou juste : écoutez…

L'âme-soeur ne se décide pas !

Au premier regard, j'ai su que c'était la bonne" : combien de fois avez-vous entendu (ou prononcé) cette phrase ? On la trouve dans des films, des chansons, des tonnes de presse… et dans pas moins de 30 millions de résultats Google. 

Et pour cause : l'idée qu'on puisse connaître avec certitude l'avenir, dans un domaine aussi incertain et imprévisible que les sentiments, a de quoi séduire. La verbalisation agit comme un acte de foi : les affirmations énergiques de type “c'est la bonne” servent souvent à se donner du courage quand une petite voix murmure “j'espère que c'est la bonne" - parce qu'en fait, on n'en sait rien. Non seulement on peut découvrir des détails qui détruiront notre amour, mais cet amour peut parfaitement ne pas être partagé. 

Réduire le champ des possibles sert aussi à ne pas être paralysé par leur amplitude : il existe a priori des dizaines de milliers d'âmes-soeurs pour chaque personne, on pourrait en rencontrer littéralement des millions… à un moment, il faut bien accepter de choisir. Donc de renoncer. Si on qualifie de “destin” cette renonciation, elle devient plus acceptable.

Entre deux doutes et trois angoisses, les prétendants se réconfortent avec de la pensée positive : quoi de plus normal ? Tant qu'on reste raisonnable et flexible, tout va bien. Mais à force de donner du poids aux contes de fée ("c'est cette personne et aucune autre, l'amour vrai ne se produit qu'une fois par vie"), nous allons au-devant de gros problèmes. Si on croit dur comme fer que l'autre est fait/e pour nous, sans lui demander son avis au préalable, et en imaginant que notre amour suffira à garantir la réciprocité, les nuages s'accumulent à l'horizon.

Déclarer avant tout contact que “c'est la bonne” revient en effet à prendre une décision unilatérale. On peut avoir le coup de foudre, évidemment. Mais en restant conscient que ce qui se passe dans notre tête n'est pas connecté à ce qui se passe dans les astres. 

Ce genre de prophétie ne devrait d'ailleurs pas être qualifiée de romantique : écrire tout seul le scénario d'une histoire commune, ça ressemble plutôt à l'autoroute vers le harcèlement. Parce que si on y croit de toutes nos forces, comme la culture nous y encourage (surtout pour les hommes, sommés de faire preuve de chevalerie), on se retrouve à convaincre qu'on est “faits l'un pour l'autre”. 

Définition de “convaincre” dans le Larousse : “Amener quelqu'un, par des raisons ou des preuves, à reconnaître quelque chose comme vrai ou nécessaire. Obliger quelqu'un à reconnaître ses torts, son erreur, apporter les preuves de sa culpabilité.” Pour convaincre, il faut estimer qu'on a raison. Dans le cas qui nous intéresse, si on avait effectivement raison, il n'y aurait personne à convaincre ! Parce qu'admettons-le : "la bonne", c'est celle qui veut de nous sans qu'on doive la convaincre.

Pourquoi je vous parle d'âme-soeur, spécifiquement maintenant ? Parce que les conditions sont réunies pour un retour de la romance : avec la pandémie, les obstacles aux rencontres se multiplient. Ce qui est terriblement érotique, et terriblement propice aux grands élans amoureux. Pour y faire face, il nous faut une culture où on puisse effectivement dire “j'ai su que c'était la bonne”… mais a posteriori ! 

Pour écrire l'histoire, attendons d'en connaître la fin. Et pour un style parfait, évitons les clichés.

Sex, love & pandémie : et ailleurs, comment ça se passe ?

Peut-être ne le ressent-on pas quand on vit en France, mais il faut savoir qu'à l'étranger, l'idée d'une France sexuellement confinée a suscité pas mal d'attention. Pendant que Die Welt en Allemagne parlait de la chute de vente de préservatifs dans l'Hexagone, et que The Conversation parlait de la situation de nos travailleurs et travailleuses du sexe, je discutais avec le Telegraph et le Sunday Times à Londres. Pourquoi ne pas leur retourner la faveur ?

  • Commençons par la situation outre-Rhin, où la moitié des Allemands ont eu plus souvent envie de masturbation. Les ventes de sextoys ont augmenté d'environ 20%. Mais c'est surtout avec l'alcool que nos voisins ont compensé, avec un boom de consommation de vin et d'alcools forts.

  • Pendant ce temps, en Italie, on est à +55% de ventes de sextoys… mais on note aussi des achats de maquillage, de rasoirs, et de soin du corps en général !

  • En Espagne, c'est royal : une marque de sextoys a fait don de 1000 pulsateurs clitoridiens à des soignantes du Covid-19. Et les hommes, ils n'ont droit à rien ?

  • En Angleterre, les rapports sexuels ont connu une petite chute… mais on s'inquiète pour les travailleurs du sexe, qui sont toujours dehors (et qui n'ont pas le choix).

  • Dans le Time, je lis qu'une génération entière pourrait bien y réfléchir à deux fois avant d'embrasser ou d'enlacer quelqu'un lors d'un premier, deuxième ou même troisième date. De quoi se calmer un bon coup !

  • Aux Etats-Unis, selon les premiers rapports du fameux institut Kinsey, 44% des Américains ont vu leur vie sexuelle se dégrader… et 30% en disent autant pour leur vie sentimentale. Une personne sur cinq seulement trouve que le semi-confinement lui a fait du bien.

  • Les chiffres sont d'ailleurs très faibles du côté des pratiques “alternatives” : on n'est même pas à 5% d'Américains ayant pratiqué le sexting, ayant pratiqué du sexe par téléphone, ou ayant envoyé des nudes.

  • 2,4% seulement des Américains ont regardé du porno à thématique Covid-19. Parmi les adeptes de X, 42% n'ont pas changé leurs habitudes, 18% ont consommé plus qu'à l'accoutumée, et 4% “beaucoup plus".

  • Faudra-t-il en passer par d'autres formes de sexualité ? On apprend que 30% des hommes américains pourraient faire l'amour avec un robot. Mais 14% des femmes américaines.

  • Coucher avec un robot, est-ce tromper ? (Oui pour 27% des Américains.) Si on paye, est-ce de la prostitution ? (Oui pour seulement 17%.)

  • Comment qualifier un rapport avec un robot ? 31% pensent qu'il s'agit d'une masturbation, 14% estiment qu'on parle alors d'un rapport sexuel, 21% penchent pour un prudent “l'un ni l'autre”, et 34% ne savent pas.

Bien sûr, la France se déconfine à un rythme différent des autres pays… mais on peut constater que nous sommes l'un des rares pays qui dispose de chiffres sur sa sexualité de pandémie. Ce qui prouve bien que le sujet nous passionne plus qu'ailleurs ! Démonstration est faite : les Français restent des chauds lapins. Au moins dans leur désir de savoir ce qui se passe sous leurs draps…

La sexualité “sans-contact”, gagnante de la pandémie ? Pas vraiment.

La pandémie a-t-elle augmenté notre appétence pour le cybersexe et les plaisirs “socialement distancés” ? Dans les chiffres, ça ne casse pas trois pattes à un canard : +2% de sexe à distance ces trois derniers mois… soit une augmentation parfaitement standard (28% des Français ont déjà essayé, mais presque un jeune de 18-24 ans sur deux). Même chose pour l'utilisation de sextoys, qui plafonne à 11%.

Comment expliquer ce finalement très faible recours au cybersexe ? Plein de raisons :

  • Une personne sur cinq seulement a été confiné/e en solitaire - on n'a pas atteint une masse critique.

  • Ces personnes n'avaient pas forcément envie de faire l'amour.

  • On ne réinvente pas ses habitudes en à peine deux mois (j'ai l'impression que les célibataires se sont tout simplement dit qu'ils attendraient et se rattraperaient plus tard : d'ailleurs, quand je pose la question sur Twitter, je constate que la plupart d'entre nous comptent reprendre les rencontres “physiques”. Un quart seulement des répondants ont peur d'avoir des rapports sexuels).

  • Culturellement, plusieurs soucis s'accumulent : la tech est considérée comme “froide” + la masturbation est un lot de consolation + seule la pénétration compte comme un rapport sexuel = “le cybersexe est un lot de consolation glacial” (quand bien même une personne serait connectée et vous susurrerait des mots brûlants dans les écouteurs).

Par ailleurs, en des temps économiquement compliqués, il faut poser la question de l'argent. Outre le côté intimidant des technos les plus avancées (vais-je réussir à brancher ces câbles), tout le monde n'a pas 1000 euros à dépenser dans un kit de réalité virtuelle branché à un sextoy connecté à un film porno. Tout le monde n'a pas non plus 200 euros de télédildonics sous le coude. Ne parlons pas du prix d'un bon smartphone (un par partenaire) et du coût de la connexion - de quoi donner envie de revenir au bon vieux sexe par téléphone fixe ! 

C'est encore plus vrai pour les sex-robots (sexbots), dont les tarifs de base tournent autour des 2000 dollars - mais il faut monter vers les 8000 dollars pour trouver des intelligences artificielles qui sourient ou qui disent quelques mots. Ensuite, tant que le client peut mettre de l'argent sur la table, il n'y a pas réellement de limites à ce que peut faire un sexbot (si des chiens-robots patrouillent dans des parcs à Singapour, un sexbot peut patrouiller dans votre appartement). Mais évidemment, les clients fortunés préfèrent acheter des services sexuels prodigués par des humains, qu'on parle de prostitution ou d'un accès facilité à des partenaires.

D'où un souci de développement : si on laisse de côté les quelques tech-enthousiastes qui sont vraiment, sincèrement attirés par les machines, les robots sexuels et la sextech s'adressent (pour l'instant) à un public qui n'a pas accès au marché sexuel “humain”. Et ce, notamment pour des raisons économiques. Et ces mêmes raisons économiques empêchent d'acheter des sexbots. 

Est-ce que ça changera ? Oui, à une condition très simple : il faut que le cybersexe soit meilleur que le sexe avec des humains. “Meilleur”, ça peut signifier de meilleures sensations (mais si on parle de pure pénétration, ça ne sera jamais vraiment meilleur qu'une vaginette de bonne qualité), un plus grand esthétisme (attention à la “vallée dérangeante”), une plus grande disponibilité (attention à notre phobie pour les partenaires inertes), une plus grande créativité (et ni les IA ni la robotique ne permettent pour l'instant d'imaginer une sexbot capable de dextérité ou d'inventivité).

Le souci, c'est que ces développements ne sont possibles qu'avec de gros investissements financiers : impossible sans “gros” clients (en nombre ou en dépense), sans banques motivées (souvent trop puritaines), et sans bonne santé économique (hello, récession). 

Qu'est-ce qui nous reste ? Un cybersexe timide, finalement très peu cyber, et dont les ambitions consistent à nous rapprocher de la voisine de palier plutôt qu'à nous transporter dans le posthumain. Parmi les gagnants de la pandémie, on trouve par exemple les camgirls. Alors d'accord, il y a des pourboires, du wifi, et parfois des sextoys connectés. Mais on reste quand même redoutablement proches du plus vieux métier du monde : ironique, quand on parle de futur…

Revue de sexe : des fantasmes complexes et brûlants…

Hello, univers ! Si vous occupez ce dimanche à trépigner d'impatience avant le Carnaval des Fous, faites-vous un café, lovez-vous dans votre canapé, respirez : cette revue de sexe devrait vous occuper pendant les quelques dernières heures du confinement. Vous y trouverez de la lecture, de l'image, du son… et peut-être même du boulot. La RTBF lance en effet un appel à projets de podcasts, sur le sexe, avec une jolie prime de production à la clef. Pourquoi ne pas raconter vos propres histoires ?

En français :

  • Eh bien justement, un nouveau podcast ! Avec le pitch le plus prometteur du monde ! C'est ici : “Il existe en France une entreprise qui réalise vos fantasmes, tous vos fantasmes, du plus simple et gentiment sexy au plus complexe et brûlant, de la lecture érotique au show lesbien à domicile.

  • Si vous vous demandez de quelle entreprise il s'agit, découvrez donc MySweetFantasy (le moment tombe bien pour commander vos prestations) (au passage : je les connais, ce sont des pros, vous pouvez leur faire confiance).

  • Moins de ventes de préservatifs, mais plus de ventes de tests de grossesse : un bon résumé du confinement.

  • Trouvé dans la newsletter des Glorieuses : No Sex Last Night de Sophie Calle, un beau moment de ciné, dispo gratuitement ! Et aussi, une remarque douce-amère : même les plus vagabondes des femmes savent ce que c'est d'être enfermée dans la sphère domestique… le confinement n'aura pas été une grande découverte.

  • Sur Slate : “Avec la levée des mesures de restriction, certaines redoutent que les hommes ne se comportent comme des monstres affamés de chair fraîche”.

  • Chez Slate podcasts : le sexe et les séries télé, du puritanisme à la grande orgie débridée ?

  • Enchaînez dans l'audio avec Miss Paddle, par Judith Duportail, qui raconte une emprise : "Qui est cette fille ? Quel âge a-t-elle ? Comment se connaissent-ils ? Se connaissent-ils aussi dans la vraie vie ? Depuis combien de temps se suivent-ils ? Est-ce qu’ils se parlent en DM ? Est-ce qu’il a liké d’autres de ses photos ?".

  • Paul Preciado appelle à la révolution post-Covid chamanique.

En anglais :

  • Le Guardian parle de révolution cybersexuelle de la génération Z. Et pourquoi pas ? 44% des jeunes ont déjà fait l'amour par webcam… mais au-delà du confinement, je ne suis pas sûre que cette option soit rentrée dans la pratique !

  • Le futur du sexe s'invente-t-il maintenant ? Un long read, sur Medium.

  • Qui sont les personnes les plus susceptibles d'affronter de longues périodes d'abstinence ? Aux Etats-Unis : les seniors, les personnes non mariées. Pour les hommes : ceux qui rapportent moins de 20% des revenus du foyer. Pour les femmes : faibles revenus, faible santé, pas d'enfants, opinions conservatrices.

Recommandation culturelle :

Cette semaine, j'ai découvert l'Omegaverse, et mes nuits ne seront plus jamais les mêmes. L'Omegaverse, c'est le patriarcat sous LSD : érotique, kawaï, violent… et majoritairement produit par et pour des femmes. Si la phrase précédente semble insensée, laissez-moi vous résumer la situation.

L'Omegaverse est un univers alternatif décliné en BD et romans. Le monde est essentiellement divisé entre Alphas (charismatiques, agressifs, protecteurs, dominants, dotés d'un pénis), les humains de base (nous) et les Omégas (séduisants, doux, soumis, dotés d'un utérus). Il existe aussi des Gammas et des Deltas - mais restons-en ici aux basiques (les règles de l'Omegaverse sont susceptibles de changer selon les oeuvres et les créatrices).

Les Omégas entrent parfois en chaleur et deviennent irrésistibles. Les Alphas vont alors vouloir les pénétrer - et pas toujours de manière consentie. Au moment de l'accouplement, le pénis des Alphas gonfle à sa base (comme un plug), ce qui interdit à l'Oméga de se libérer de son emprise. Un Alpha peut marquer un Omega à vie en le mordant à la nuque : ce dernier lui appartiendra alors à tout jamais. Vous suivez ? Bien. Venons-en donc au mindfuck.

Les Alphas peuvent être des femmes, qui ont un pénis rétractable, mais pas d'utérus. Les Omégas peuvent être des hommes, qui ont un utérus connecté à leur rectum, afin de pouvoir tomber enceints.

Sur le papier, tout cela n'est-il pas merveilleusement féministe, littéralement dé-genré ? Oui, mais non, et même absolument pas. Remplacer la domination masculine par la domination des pénis ne change pas vraiment le système de pouvoir actuel - au contraire. Placer certains hommes dans une situation maternelle, mais associer la maternité à la faiblesse, ne subvertit pas non plus la maternité - au contraire. Tous les clichés en sortent renforcés, y compris celui qui associe puissance et pénétration active. On a bien affaire à des “power bottoms” chez les Omégas, mais force est de constater dans l'imagerie que cette puissance consiste surtout à : faire joli, être adoré, être violé, pleurer, faire des bébés. Les Omégas sont très désirables. Mais ils sont désirables dans des scénarios qui, essentiellement, les victimisent. 

D'où ma théorie : les autrices d'Omegaverse ne sont pas intéressées par le renversement ou l'annihilation des rapports de pouvoir (peut-être ne sont-elles pas politiquement formées pour les reconnaître, peut-être apprécient-elles sincèrement l'idée d'une hiérarchie sexuelle). Leur idée du désir consiste à exacerber les rôles érotiques traditionnels, avec un vernis gender-free par-dessus (généralement, ce sont des histoires mettant en scène uniquement des romances entre hommes). 

Il en ressort une dystopie féministe totale, où des femmes rendent sexy la domination des personnes portant des utérus (que ces personnes soient des hommes ou des femmes) - et où les happy-endings consistent à faire des bébés. Comme quoi on peut jouer sur les codes trans et queer, en restant les deux pieds vissés dans la binarité la plus réactionnaire qui soit. Point “relativisation” : chaque oeuvre est différente (je dis ça pour les gate-keepers qui ne manqueront pas d'être scandalisés et de m'ensevelir sous les insultes dans 5, 4, 3, 2, 1…).

Si vous voulez découvrir (et vous amuser), je vous invite à fouiner du côté des dizaines de romans Omegaverse disponibles en ligne : leurs couvertures sont mer-veil-leuses. (Mes préférées sont celles de la trilogie Delta Squad Alpha, mes hormones frétillent en contemplant ces soldats américains avec des bébés plein les bras.) Et bien sûr, les mangas dédiés sont légion.

Corps déconfinés, corps désirables ?

+2,5 kilos avant l'été ? C'est le poids moyen pris par les Français depuis le début du confinement, selon une nouvelle enquête de l'Ifop / Darwin Nutrition, publiée mercredi. Les deux-tiers d'entre nous ont fait des excès ! Ainsi apprend-on que 21% des femmes et 15% des hommes ont promis de se mettre au régime quand ils pourront manger plus sainement. Et que 42% des Français ont pris plus souvent qu'à l'accoutumée un apéro avant les repas…

Quel rapport avec le sexe ? Non seulement l'image de soi est corrélée au désir et aux pratiques sexuelles (61% des femmes et 47% des hommes sont insatisfaits de leur corpulence : plus la famille est grande, plus les Français ont compensé avec la nourriture), mais ce qui se passe en cuisine est révélateur de ce qui se passe dans le couple. 

A ce sujet, on apprend que le confinement n'a pas encouragé l'égalité femme-homme - c'est même plutôt le contraire : les femmes se sont retrouvées à 60% en charge de la cuisine (+2%), contre seulement 15% des hommes (-2%). Une injustice qui crée des disputes… peu propices aux réconciliations sur l'oreiller. Ainsi, plus de la moitié des jeunes (moins de 35 ans) connaissent des tensions à cause de la répartition des fourneaux : plus on avance en âge, moins ces engueulades sont nombreuses (les femmes âgées s'occupent du ménage sans rechigner, mais je ne suis pas certaine que l'ambiance érotique en sorte grandie).

Côté nourriture, les plats qui manquent aux Français sont la pizza, les moules-frites, le steak-frites et les crêpes. Mais ça varie selon le genre et on constate vite que la viande manque nettement plus aux hommes qu'aux femmes : ils sont majoritaires chez les nostalgiques du steak-frites, du magret de canard, de la blanquette de veau, du boeuf bourguignon, du tartare, de la choucroute, de la saucisse-purée... et bizarrement, des sushis. Une chose est sûre : ce n'est pas avec des envies pareilles qu'on va contempler des plaquettes abdominales sublimement dessinées sur les plages cet été. 

En même temps, 1) pas sûr que les plages soient réouvertes cet été (pas toutes en tout cas), 2) à quelques jours d'un grand retour à la vie, rappelons les classiques : le gras, c'est la vie. Profitez bien :)

Libido & confinement : la vague de ruptures n'aura pas lieu 

Avez-vous besoin d'entendre une bonne nouvelle ? Très bien : 30% des couples se sont rapprochés pendant ce confinement - seuls 10% ont vu leurs rapports se dégrader. C'est ce qui ressort de l'enquête Ifop / Charles.co dont on parlait déjà mardi : non seulement les couples s'en tirent mieux que les célibataires, mais la vague de rupture devrait être sérieusement limitée. Creusons un peu : 

  • 4% d'entre nous ont prévu de rompre à l'issue du confinement,

  • à quoi on ajoutera 7% d'indécis, qui vont s'autoriser un break temporaire,

  • Les jeunes couples sont les plus privilégiés : la moitié d'entre eux (moins de 35 ans) ont vu leur amour grandir. Mais dans une logique de “quitte ou double”, on apprend quand même qu'un tiers des étudiants prévoient de larguer leur partenaire dès qu'ils en auront l'occasion. Et 18% des bisexuel/les.

Parlons maintenant de comment cette cohabitation non-stop se passe :

  • Tout d'abord, parfaite égalité dans la tendresse : un quart des hommes, un quart des femmes, ont eu le sentiment d'avoir plus besoin de câlins que d'habitude (soit dit en passant, les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à dire qu'elles n'ont aucun besoin de cette tendresse),

  • En revanche, 19% des femmes en couple (confinées avec leur partenaire) ont souffert d'une perte de libido, contre seulement 11% des hommes.

  • Un quart des hommes s'est masturbé en cachette - deux fois plus que chez les femmes.

  • 12% des femmes ont fait l'amour sans en avoir envie - deux fois plus que chez les hommes.

Quid des personnes en couple non-cohabitant ? Eh bien, elles sont nombreuses à avoir transgressé les règles du confinement : un quart se sont déplacées chez leur moitié, un quart ont reçu leur partenaire à domicile. Les confinés-séparément sont aussi plus susceptibles d'avoir fait des rencontres en extérieur, ou d'avoir accueilli des amis à la maison. De qui on parle ? Précisons : ce sont les 18-24 ans qui transgressent (de préférence quand ils sont étudiants et Parisiens). Au-delà de 35 ans, presque personne n'a pris le risque.

Chez les célibataires, on a plutôt bien respecté le confinement sexuel… mais une fois encore, attention : 15% des hommes sont sortis pour avoir des relations sexuelles. Et seulement 6% des femmes. On note le même différentiel pour le sexting ou pour les connexions à des sites de rencontre : à peu près deux fois plus d'hommes que de femmes.

Revenons maintenant aux couples cohabitants. Ont-ils été sages ? A peu près, puisque 4% seulement ont flirté et sexté avec quelqu'un d'autre que leur partenaire. Les infidèles se retrouvent plutôt chez les étudiants, artisans, commerçants, les personnes en couple depuis moins d'un an… et les homosexuels (quatre fois plus “flirteurs” que les hétérosexuels).

Enfin, la question qui fâche : et si c'était à refaire ? Eh bien pas de problème : 88% des individus en couple se reconfineraient avec la même personne ! Encourageant, non ?

Libido & confinement : sale temps pour les célibataires

Vous vous demandiez comment résistait la vie sexuelle des Français face aux enjeux sanitaires de cette période ? Maintenant, on sait : l'Ifop et Charles.co diffusent aujourd'hui leurs chiffres - et après sept semaines de confinement, ce sont les premiers dont on dispose (d'après les réponses de 3000 sondés, représentatifs de la société française). Sans surprise, pour les personnes confinées en solitaire, ce n'est pas franchement la saison des amours :

  • 87% des célibataires n'ont eu aucun rapport sexuel depuis un mois (-31% depuis janvier)

  • mais seulement 21% des personnes vivant en couple cohabitant (-11%)

Les catégories les plus touchées par cette abstinence forcée sont les inactifs, les étudiants, les complexés (qui se trouvent moches), les confinés en célibataire (forcément), les confinés dans des espaces de moins de 50m2 (qui sont souvent aussi célibataires)… et les pauvres (avec une jolie courbe parfaitement régulière : plus vous êtes riche, plus vous avez conservé une activité sexuelle).

Plus surprenant : les zones rurales s'en tirent beaucoup mieux que les Parisiens… ou pire, que la région PACA/Corse, située en bas du classement (mais traditionnellement plus âgée que le reste de la France).

Ces abstinents sont plus enclins à dire qu'ils sont malheureux, à la fois sentimentalement (68% de grande insatisfaction) et sexuellement (58%). A l'inverse, le couple apparaît comme un rempart contre la déprime :

  • 84% des personnes en couple sont satisfaites de leur vie romantique, et 73% de leur vie sexuelle

  • 41% des célibataires sont satisfaits de leur vie romantique, et 35% de leur vie sexuelle

Ce qui nous amène à un constat simple : malgré les très légitimes doutes que suscite la monogamie cohabitante traditionnelle, malgré son côté conformiste pas toujours très engageant, malgré les disputes sur les tâches ménagères, c'est pourtant ce couple-là qui fait office d'amortisseur en temps de crise.

Comment compenser ? Eh bien, par des pratiques masturbatoires au sens large :

  • 53% des célibataires se sont masturbés pendant le confinement, mais seulement 35% des personnes cohabitantes

  • 38% des solitaires ont consommé du porno en ligne (25% des personnes en couple)

  • 19% ont consommé du porno sur la télé (11% des personnes en couple)

  • pas de différence en revanche dans l'utilisation des sextoys : une personne sur dix y a eu recours

  • On note la belle santé de la littérature érotique, bouquinée par 8% des Français

  • et aussi de la bande dessinée érotique, appréciée par 6% des Français

La pornographie et la masturbation confirment donc ainsi leur rôle d'ersatz quand on manque de pratique “réelle”… mais attention, pas pour tout le monde. Car le détail des chiffres vaut son pesant de cacahuètes :

  • 57% des hommes se sont masturbés, mais seulement 29% des femmes (deux fois moins)

  • 48% des hommes ont consommé du porno, mais seulement 13% des femmes (presque quatre fois moins !)

  • seuls les sextoys sont “égalitaires”

Le porno est plus populaire chez les 18-24 ans, les étudiants, les Parisiens, les personnes qui se chamaillent sur les tâches ménagères, les personnes n'ayant jamais été en couple de leur vie, les insatisfaits… mais aussi, étrangement, chez celles et ceux qui se trouvent séduisants. Parmi les populations qui sortent du lot, mentionnons aussi les homosexuels (73% de consommateurs de porno, soit trois fois plus que chez les hétéros) et les bisexuels (58%).

A quoi ressemblerait un portrait de la France sexuelle confinée ? On pourrait résumer les choses ainsi : en ce moment, mieux vaut être en couple (à condition évidemment que notre partenaire soit sympathique, non-violent et décidé à faire sa part du boulot). Côté sexe, rien ne semble pouvoir remplacer le rapport sexuel charnel, avec la tendresse qui l'accompagne (croisons les doigts). Sans partenaire “en chair et en os”, on peut toujours se rabattre sur des pratiques solitaires… mais la satisfaction n'est pas forcément au rendez-vous. Courage : plus qu'une semaine !

Revue de sexe : cherche homme musclé, au sperme parfait, de couleur bleue

Hello camarades ! Commençons par des encouragements : woohoo, vous y êtes presque ! Plus qu'une semaine avant les rencontres, les retrouvailles, les aventures... et pour certains d'entre vous, les rapports sexuels “en chair et en os”. Avez-vous des préservatifs ? Si la réponse est non, soyez responsables : le masque, c'est en haut ET en bas. 

D'ici-là, ma grosse recommandation cette semaine va consister à suivre les conseils de Florian Bardou, journaliste à Libé, qui vous propose des liens pour consulter de la pornographie différente : tout est ici. Si ça reste trop soft pour vous, le NouvelObs parle d'auto-fellation (admiration totale).

En français :

  • On se demande bien pourquoi (ahem), mais j'ai très envie de regarder cette série d'Arte sur les hommes musclés. "Body building" : construire son corps. L’idée a plus d’un siècle, mais elle faisait encore ricaner il y a 40 ans, quand Conan et Rambo bombaient leurs pectoraux. Fini de rire : le bodybuilder et la "fit girl" sont les nouveaux ambassadeurs de l’époque. Et le muscle a fini d’être un organe pour devenir un modèle social."

  • On poursuit dans la même thématique, mais moins stéroïdée, avec ces dessins bleus présentés par Agnès Giard : “Parce que les mâles aussi peuvent avoir des bourrelets, trop de poils ou pas d’érection, les voilà invités à se mettre nus. Une fois par mois, la série “Les garçons bleus” dresse le portrait d’un homme, en moins d’une minute, pour répondre à la question : qu’est-ce qu’un homme?

  • A lire dans Slate, la question de notre rapport au corps, à la bise, à l'espace vital : “pour le philosophe Bernard Andrieu,  «On se retient de toucher. Mais ça ne peut pas faire disparaître l'expérience tactile du point de vue sociétal.» Elle est trop profondément ancrée en nous pour que le Covid-19 conduise à une reconfiguration totale de nos schémas corporels. Pas de risque de devenir collectivement haptophobes, c'est-à-dire d'avoir tou·tes peur de se toucher, soi comme autrui.”

  • En podcast, j'ai aimé “A la recherche du sperme parfait”, ce mash-up sur le genre et le confinement et le dernier “Mansplaining” (enfin, comme tous les épisodes d'ailleurs).

  • Le Monde adapte sa série “s'aimer comme on se quitte” en “s'aimer comme on se confine”.

  • Excellente interview de Judith Butler dans Bulb : “ni le viol ni l’agression sexuelle ne sont ambigus. S’opposer au viol et aux agressions ne veut pas dire s’opposer à la sexualité. Pas du tout. C’est au contraire une manière de préserver la passion sexuelle en tant qu’espace de liberté. Il est curieux de constater que #MeToo est considéré comme une restriction de la liberté sexuelle. Je conçois ce mouvement comme une manière de s’opposer aux contraintes et à la coercition dans lesquelles vivent les femmes, pour que la sexualité puisse redevenir une passion vécue librement.”

  • Cybersexe et confinement : que peut nous raconter la psychanalyse ?

En anglais :

  • Les règles pour sexter en partie carrée (deux couples).

  • En parlant de sexting, le Guardian explique comment cette activité permet de tenir pendant le confinement : certains l'utilisent pour casser la solitude, pour entamer des conversations difficiles ou vraiment intimes, pour tester des pratiques dans un environnement sécure…

  • Est-il acceptable de fantasmer - sexuellement, romantiquement ? Absolument, et cette ouverture se retrouve à égalité chez les hommes et les femmes, sans discrimination de religion, et quasiment sans différence selon l'âge. Bizarrement, la seule catégorie de population qui tergiverse est celle des célibataires : est-on célibataire parce qu'on ne fantasme pas, où bien cesse-t-on d'entretenir des fantasmes quand on devient célibataire ? Telle est la question (et évidemment ce ne sont que des moyennes statistiques).

  • Des nouvelles des femmes multi-orgasmiques : contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les deux-tiers d'entre elles arrivent plus facilement à l'orgasme multiple avec un partenaire que quand elles se masturbent toutes seules. Autres facteurs importants : être relaxée, de bonne humeur, et se sentir proche émotionnellement de son partenaire.

  • Les personnes LGBT+ connaissent des risques spécifiques en période de confinement : isolement, violences à la maison, interdiction d'exprimer son appartenance de genre, etc…

  • L'art du nu comme réponse à la peur de la maladie : une histoire qui remonte au moins aux épidémies de peste, et une belle chronique du New York Times. Même plateforme, autre sujet : puisque les femmes survivent mieux au virus, certains docteurs injectent à leurs patients mâles des hormones féminines.

Recommandation culturelle :

Vous aimez les jeux vidéo ? Moi aussi. L'excellent studio Qualiter a lancé il y a quelques semaines son nouveau podcast “Quête Latérale”, dont je suis déjà complètement fan. Si vous ne connaissez pas cette fière équipe, il faut absolument écouter la série Game of Roles (ou mieux encore, la regarder sur Youtube). J'ai commencé avec trois ans de retard, je viens de finir de tout rattraper et 1) suivre la même compagnie pendant des dizaines d'heures a complètement cassé ma solitude de semi-confinement, 2) je me suis retrouvée à rire à voix haute dans la rue, devant mon écran, en cuisinant, un nombre incalculable de fois (or je suis mauvais public). Je n'aurais jamais pensé “consommer” aussi longtemps un jeu de rôles sans y participer moi-même !

Enfin, pour ceux qui ne veulent pas rattraper l'aventure “Magic”, vous pouvez embrayer sur la saison de confinement “1979” qui ne compte que 4 épisodes (pour l'instant) et qui vous rendra nostalgiques du temps où Chirac était maire de Paris (eh oui).

Nous vivons un âge d'or du “nude” : 25 conseils pour se remettre à niveau 

  1. 1

    Le nu n'est pas limité au pénis.

  2. 2

    Quand le nu est limité au pénis et que la destinataire n'est pas votre petite amie, épouse ou maîtresse, demandez la permission.

  3. 3

    Ayez bien conscience que les femmes ne sont pas toujours réceptives au potentiel érotique d'un pénis. Ce qui vous excite n'est pas transférable à une autre personne : c'est dommage, mais ça fait partie de la règle du jeu (et des raisons pour lesquelles la sexualité est un domaine intéressant).

  4. 4

    L'envoi d'un pénis ne garantit pas l'envoi de seins ou de fesses. Ce type de transaction n'a jamais été validé par le Haut Conseil au Commerce.

  5. 5

    Vous ne pouvez pas exiger de nudes. Sauf dans un seul et unique cas de figure : il s'agit d'une relation sado-masochiste (consentie) et ça fait partie du jeu (négocié).

  6. 6

    Non, sérieusement, vous ne pouvez pas exiger de nudes, même après en avoir envoyé vous-même. Les conséquences sont trop graves pour les femmes, et entre mettre “gentiment” la pression et harceler, la frontière est étroite. Pour les nudes comme pour toutes les formes de séduction, n'insistez jamais.

  7. 7

    Ne pas exiger de nudes permet d'être encore plus heureux quand on en reçoit.

  8. 8

    Vous avez vu passer les chiffres sur l'augmentation du cyber-harcèlement et les chantages à la sextape : ne mettez pas votre visage et votre pénis dans le même cadre.

  9. 9

    Si vous voulez mettre votre visage dans le cadre, utilisez des bandeaux, des masques, des cagoules, des bas-résille, tout ce qui permettra de sécuriser votre identité.

  10. 10

    Sinon, vous pouvez aussi rajouter un smiley sur votre visage (ou une aubergine sur votre pénis, selon votre choix).

  11. 11

    Pensez à mettre en avant des parties de votre corps moins banales que le duo pénis + plaquette abdominale (sur les applis de rencontre, les femmes ne voient que ça). Pourquoi pas les fesses ou le dos ? Ou la courbe des clavicules, les mains, l'os de la hanche, un gros plan mystérieux.

  12. 12

    Pour changer d'axe, utilisez soit la fonction retardateur de votre smartphone, soit un selfie stick. Ce petit effort fera des miracles, parce qu'en tenant son appareil à bout de bras, on retombe vite sur les mêmes poses mille fois vues et revues (or vous êtes unique).

  13. 13

    Sinon, pensez aux miroirs.

  14. 14

    Réfléchissez en volume, donc en contrastes : choisissez une source lumineuse forte et latérale (lumière du dessus = métro en heure de pointe, lumière du dessous = film de zombies).

  15. 15

    Jouez sur les ombres pour suggérer : le pénis peut rester caché. La base de l'érotisme ne consiste-t-elle pas à ne pas tout révéler ?

  16. 16

    Même idée, autre mise en pratique : gardez vos vêtements, au moins en partie (oui, les nudes se pratiquent en restant habillé).

  17. 17

    Conservez au moins un point lumineux, sinon vous noierez vos efforts dans une bouillie de pixels. Bien sûr, la pixellisation pourrait évoquer l'esthétique des années 80… mais c'est risqué : précisément, ça peut donner l'impression que vous vous fichez du confort visuel de la destinataire.

  18. 18

    Les couleurs donnent (en)vie : rien de pire qu'une photo grise, présentant un corps terne (surtout en pleine pandémie). Boostez les couleurs dans les réglages de votre smartphone (après avoir pris la photo, edit + saturation).

  19. 19

    Amusez-vous avec des filtres, qui permettent de suggérer une humeur ou une atmosphère : Instagram fait ça très bien.

  20. 20

    Amusez-vous aussi avec la réalité augmentée : elle permet de planquer votre identité, tout en ajoutant des détails absurdes ou séduisants.

  21. 21

    Qui a dit qu'on n'avait pas le droit de s'amuser quand on envoie des nudes ? Exprimez votre sens de l'humour, rien ne vous force à donner systématiquement dans le premier degré.

  22. 22

    D'où le point suivant : un petit sourire, peut-être ? (Sur les applis de rencontre, 80% des hommes font la gueule… et ça ne donne pas vraiment envie de les rencontrer.)

  23. 23

    Faites attention au décor : bannissez autant que possible la cuisine, la salle de bain et les espaces de désordre (ça attire l'oeil, ça fait négligé, et ça rappelle les tâches domestiques). Mais testez des poses sur des lits, des canapés, des chaises, ou étendu au sol.

  24. 24

    Grâce soit rendue à la technologie : pourquoi ne pas accompagner le nude d'un message texte ou audio ?

  25. 25

    Et enfin, évidemment : si vous recevez des nudes en retour, gardez-les pour vous. Ne les montrez à personne, ne les envoyez à personne. C'est aussi en se montrant collectivement responsables qu'on pourra faire preuve de plus de créativité !

La séduction est (aussi) une technique sexuelle

Objet sexuel, ou sujet sexuel ? Incarner la sexualité, ou pratiquer la sexualité ? Etre ou faire ? Ces questions métaphysiques (il faut le dire vite) évoquent immédiatement la répartition des rôles entre hommes et femmes. A eux le savoir-faire. A elles le savoir-être. Or non seulement personne ne devrait avoir à choisir (la sexualité est un buffet all-inclusive), mais cette démarcation est contre-productive.

Pourquoi ? Parce qu'elle ignore l'impact de l'excitation sur le plaisir. Donner un orgasme à quelqu'un sans susciter une once de désir est une possibilité, bien sûr (on sait d'ailleurs que les orgasmes pendant les viols peuvent advenir, comme mécanisme de défense du corps). Mais je pense que chacun aura fait l'expérience d'orgasmes plus rapides et plus intenses face à un/e partenaire qui nous excite follement - en commençant, dans le cas des hommes, par le "risque" d'éjaculations impossibles à retenir.

Pour le dire clairement : savoir caresser une femme, c'est très bien. Mais savoir caresser une femme déjà excitée, non seulement c'est plus généreux (tous les désirs sont comblés) mais c'est aussi techniquement plus simple. Une partie du boulot est déjà accomplie. Du coup, quand on donne aux hommes 10 recettes pour devenir d'excellents amants, il manque systématiquement un point crucial : savoir donner envie

D'où vient cet oubli ? Des normes de genre voulant que la séduction soit une affaire de femmes, donc incompatible avec la masculinité, cette dernière garantissant le “bon sexe” (une équation qui malheureusement est incorrecte à tous les niveaux). 

Comment réconcilier les hommes avec la séduction ? Peut-être en la nommant autrement. La beauté a une valeur, bien au-delà du champ sexuel ou romantique : on sait depuis une éternité qu'elle apporte des meilleurs salaires, des amitiés plus spontanées, des promotions plus rapides, des peines de prison moins sévères, des votes aux élections, etc (je vous renvoie aux travaux du sociologue Jean-François Amadieu sur cette question). 

Le plus souvent, on parle de tyrannie des apparences. Cette réalité n'est pas partagée par tout le monde : seules 7% des femmes considèrent la beauté comme une contrainte (CSA, 2014). Mais dans certains cas, il faudrait aussi évoquer les choses de manière plus positive : quand l'ampleur des efforts est maîtrisée (et que le souci ne devient pas totalement délirant), il s'agit de production esthétique. Qui produit, aussi, des orgasmes.

Au niveau de la mise en pratique, ça dépend bien sûr de votre partenaire (ou de la personne que vous aimeriez mettre dans votre lit). Certaines femmes sont attachées à des virilités “nature” poilues, d'autres préfèrent les hommes soignés. Ou androgynes. Ou body-buildés. Ou épilés. Ou potelés. Si vous ne savez pas, posez la question ! Et écoutez les réponses. Vous serez un meilleur sujet sexuel… si vous acceptez d'être un meilleur objet sexuel. 

Les femmes ont depuis des décennies augmenté leur savoir-faire, sans renoncer à leur savoir-être : à vous d'augmenter votre savoir-être, sans renoncer au savoir-faire.

❌