FreshRSS

🔒
❌ About FreshRSS
There are new available articles, click to refresh the page.
Today — September 17th 2019Bridge> Sexactu

Oyez, oyez, le premier tampon à pénis est arrivé

Pénis allongé, rapports douloureux ? (Parce que "ça tape au fond", comme on le dit sans élégance ?) Plus maintenant. Avec le Ohnut, votre pénis dispose désormais d'un amortisseur spécialement pensé pour les rapports sexuels.

De quoi s'agit-il ? D'anneaux empilables autour de la base de votre fière hampe dressée vers l'horizon, que vous pouvez utiliser ensemble ou séparément, et qui sont suffisamment épais pour faire tampon pendant la pénétration vaginale. Les anneaux coûtent 65 dollars (je sais, je sais, c'est absolument excessif, autant acheter un rein de princesse saoudienne au marché noir, d'accord), ils sont fabriqués en polymère, et ils vous permettent de décider exactement à quelle profondeur vous allez pénétrer votre partenaire, sans être obligés de vous contrôler tout le temps.

A ce moment de l'article, je vous vois venir, et vous avez deux questions. (What the fuck n'est pas une question.)

1. Est-ce que ce machin est réellement utile ?

Alors, pour vous donner une opinion de femme : ouaip. J'aimerais pouvoir vous dire que j'ai rêvé du Ohnut toute ma vie et que mon existence n'a été que désespoir et paracétamol jusqu'à aujourd'hui, mais en fait, comme probablement toute personne hétéro dotée d'un vagin... je me suis débrouillée autrement (enfin, quand le partenaire était trop long) : en intercalant ma main, ou en utilisant des positions interdisant les pénétrations profondes (hell yeah missionnaire, adieu levrette).

Plus sérieusement : vous n'avez pas besoin d'un pénis particulièrement long pour faire mal (taille moyenne du pénis en érection, 13cm, taille moyenne du vagin, ça dépend de l'élasticité et des spécificités individuelles, mais on mouline autour de 11cm). D'ailleurs, ce n'est pas une simple question arithmétique - plutôt une complexe question anatomique. Le fond du vagin (alias le col de l'utérus) se modifie selon le cycle. La lubrification a ses moments de grâce ou de débâcle. Il peut n'y avoir carrément aucune lubrification, ou des préliminaires bâclés. Le même couple peut donc procéder à la même pénétration vaginale deux jours de suite, et que ça fasse mal une fois sur les deux.

Ici, un petit rappel : aux dernières nouvelles, 30% des femmes ont eu mal lors de leur dernier rapport vaginal. On est donc sur des chiffres extrêmement élevés. Et même s'il ne s'agit pas de douleur insupportable, ça compte ! Imaginez si lors de 30% des rapports, vous aviez "un peu" mal. Vous seriez sans doute assez sélectif sur qui a le droit de vous faire l'amour, par exemple...

Si vous avez un doute quant au confort de votre camarade de jeu (une petite crispation ? un petit frisson ? une petite grimace pendant les rapports ?), alors il est crucial de vous renseigner, en posant la question (soyez proactif) et en demandant une réponse honnête (soyez empathique).

Pourquoi serait-ce votre boulot ? Parce que parmi ses nombreux ratés, notre culture sexuelle a érotisé la "petite douleur" (qui masque volontiers une grosse douleur). C'est tout bénéfice pour les amants indélicats, qui peuvent se lâcher sans réfléchir au bien-être de leurs partenaires ! (Une attitude qu'ils paieront en temps voulu, puisqu'en langage commun, on appelle ces gens des mauvais coups).

Le cliché dans l'imaginaire collectif veut d'ailleurs que le sexe soit "meilleur quand il fait un peu mal." BULLSHIT. Si ça fait mal, ça fait moins de bien (sauf réécriture du dictionnaire).

Ensuite, je ne doute pas qu'un million de femmes aient prononcé ces mots devant vous ("ho ho, remets du sel sur ma piqûre de moustique"), avec la plus grande sincérité. Mais hey : ce n'est pas parce qu'on profère une absurdité avec sincérité qu'elle devient vraie. C'est peut-être excitant quand ça fait un peu mal. Mais ça n'est pas meilleur (du moins pas meilleur physiquement - seulement intellectuellement, pour peu qu'on cherche à se punir soi-même, ou qu'on ait besoin de se mettre en danger, ou d'expérimenter ses limites, etc. Ces éléments dépendront des individus : personnellement, j'estime qu'intellectuellement ET physiquement, il est plus excitant d'être avec une personne qui ne me fera jamais mal, parce que c'est sur cette base de confiance qu'on pourra s'amuser et expérimenter).

Notons au passage que si le sexe est "meilleur quand il fait mal", alors il obéirait à des lois du plaisir différentes de tous les autres plaisirs. Est-ce que votre copine met un peu de vomi dans ses cupcakes, pour que ça soit un peu dégueulasse ? Je parie que non.

Brreeeef. Venons-en à la deuxième question.

2. Est-ce vraiment la première fois que quelqu'un invente un appareil de ce genre ?

Pour autant que mon obsession pour les sextoys puisse en juger, oui et non. Non, parce que les cockrings géants destinés à limiter la pénétration existent depuis des siècles, sans parler des gaines. Oui, parce que le côté rebond/élastique était absent.

Limiter la pénétration ou imiter la pénétration : c'est là que la nouveauté se joue. Ici, l'intention est clairement le plaisir mutuel, pas la contrainte.

Quoi qu'il en soit, si vous ne voulez pas débourser 65 dollars (.......), je vous rappelle l'existence de vos mains. Mais surtout : je vous rappelle l'importance de faire attention, et de poser les bonnes questions. L'équipement passe après la communication !

Yesterday — September 16th 2019Bridge> Sexactu

Revue de sexe : veuillez retirer tous vos vêtements, merci

Petit quiz du dimanche : savez-vous quand a été peint le premier nu érotique masculin, réalisé par une femme ? La réponse est sur mon Twitter, avec l'oeuvre en question : le "portrait de Nico" de la plasticienne argentine surréaliste Leonor Fini. C'était en 1942.

Tard, vraiment tard ? Je sais. Pour rappel, les femmes en France "ne sont admises à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris qu'à partir de 1897, et avec de nombreuses restrictions : elles n'ont droit qu'aux modèles vêtus et passent des concours différents des hommes. Ce n'est qu'en 1900 que les Beaux-Arts de Paris acceptent les élèves féminines sans restrictions."

Eh oui : pas de modèles de nus pour les artistes femmes. Et certainement pas de modèles masculins. J'aimerais vous dire que c'est de l'histoire ancienne, mais quand vous allez dans un cours de croquis aujourd'hui, la plupart des modèles sont des femmes. Ce qui entretient les clichés, comme les phrases absurdes qu'on entend parfois : "les femmes sont plus faciles à dessiner" (non - si on ne sait pas comment dessiner les hommes, c'est juste de la paresse et de l'incompétence).

Ce dimanche, si vous voulez me faire plaisir et vous détendre, proposez-vous comme modèle à votre club de quartier. Expliquez qu'il est important que tous les corps soient représentés, érotisés, regardés. Non seulement vous aiderez les artistes en formation (tout en gagnant des sous), mais vous changerez les réflexes érotiques qui font qu'on s'ennuie en foire d'art contemporain ("on n'a qu'à mettre des nanas à poil partout" côté mâle hétéro, "je vais faire des auto-portraits" côté femme).

Pour donner un coup de fouet à l'art, il suffit de vous déshabiller. Cool, non ?

Les news en français :

- Virginie Despentes est dans Les Couilles sur la Table (il y aura quatre épisodes). C'est évidemment LE podcast à écouter aujourd'hui.

- Et puisque vous êtes chez Binge Audio, enchaînez donc sur Camille, leur nouveau podcast, qui explique pour ce premier épisode "pourquoi je peux dire pédé et pas toi". (Vous avez par ailleurs parfaitement le droit de dire pédé, hein.)

- Restons dans l'audio, et passons chez France Culture, qui fait témoigner des jeunes LGBT+ : "Ils, elles (ou ielles) sont jeunes, trans, bisexuel, non-binaire, genderqueer, panromatique, lesbienne, asexuel.Ielles racontent les termes qu'ielles utilisent pour se définir, les bienfaits d'un mot, le plaisir de pouvoir reconnaître ses pairs, le soulagement de pouvoir affirmer une identité."

- Et sur France Inter, tout savoir sur le vagin (dans la nouvelle émission "Pas son genre" que je vous recommande).

- Dans Le Monde, on passe les ex à la loupe : à ma gauche, le frex (mélange de friend et d'ex, donc votre meilleur ami). Au centre, les instruments de torture post-rupture. A ma droite, les ex-aspérants décortiqués sur Instagram sur le compte "exrelou", où apparaissent "trois catégories principales d’ex encombrants : « l’ex ­obsédé sexuel qui a envie de remettre le couvert (“Coucou. Ce soir je me paye une call girl qui te ressemble beaucoup”), l’ex qui stalke sur les réseaux sociaux (“Pourquoi t’as changé ton nom Facebook ? T’as quand même pas osé te ­marier ???”) et l’ex nostalgique vanille cosy (“T’es comme un ‘rubiscube’ sexy. Je me prends la tête à essayer de te comprendre, j’y arrive jamais”). »

- Sur Cheek, la trajectoire pornographique d'une femme : "Ma vie pornographique influence à l’évidence ma sexualité. Les images que mon cerveau associe au plaisir me conditionnent un peu plus à mettre ma personne au service du plaisir des hommes tout en occultant le mien. Avec mes partenaires, rares sont les moments où je lâche véritablement prise. Et même lorsque je suis au bord, je me vois jouer, je me vois emprunter les moues, les positions, les gestes de ces actrices. Je n’exprime pas mes désirs. Puis quels sont-ils? En ai-je même?"

- Sur Slate, Titiou Lecoq nous invite à nous demander qui sont les hommes qui battent, violent et tuent des femmes. Plutôt que de constamment mettre en doute la réaction des victimes ("mais pourquoi est-elle restée avec un homme violent"), mieux vaudrait s'interroger sur ce qui permet à un homme de s'arroger le droit de frapper.

- Plus joyeux, et encore sur Slate : ce très chouette texte de Lucille Bellan sur la fidélité. "Pour moi, tromper c'est se mentir à soi-même d'abord. Je crois que la fidélité, c'est savoir qui l'on est, le partager avec l'autre et accepter d'être son miroir. Je crois que la fidélité, c'est l'honnêteté. Pas de jouer le rôle du conjoint idéal en gardant un jardin secret plus ou moins honteux."

En anglais :

- Ah mais voilààà, Facebook a lancé son option "Dating", qui promet de garder nos coups de coeur secrets (tout en nous mettant en relation si l'attirance est partagée). Comme l'ont fait remarquer à peu près 900% des observateurs du web, confier vos crushs à une entreprise dont la sécurité est une passoire ressemble à une très, très, très mauvaise idée.

- Les gens qui utilisent plus d'émojis ont une meilleure vie sexuelle. J'imagine qu'ils maîtrisent mieux les codes sociaux ?

- Plus de 10 000 jeunes hommes seraient victimes d'abus sexuels chaque année dans les rangs de l'armée américaine. Oui, vous avez bien lu cette phrase.

Recommandation culturelle :

C'est la rentrée, mon bureau croule littéralement sous les publications en rapport avec la sexualité. (Heureusement que j'ai pu lire quelques romans cet été.) Mes deux crushs du moment :

- Revue Mouvements, Révoltes sexuelles après #MeToo, La Découverte. L'occasion de faire le point sur des dimensions pas toujours connues de notre actualité : et les femmes handicapées ? Et les asexuelles ? Et en Argentine ? Et en Inde ? Un cours de rattrapage efficace.

- Le Mythe de la virilité, Olivia Gazalé, Robert Laffont. J'en suis au 3e chapitre seulement, mais ça se lit incroyablement facilement, et tout le monde est concerné (sérieux, achetez-le).

Et on termine sur un extrait : "le malaise masculin est, certes, une réalité, massive et douloureuse, mais l'émancipation des femmes n'en est pas la cause. La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l'homme, en voulant y enfermer la femme, s'est tendu à lui-même.

En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l'ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l'appétit de conquête et l'instinct guerrier, il a justifié et organisé l'asservissement des femmes, mais il s'est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l'impuissance et à honnir l'effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. Le devoir de virilité est un fardeau, et " devenir un homme " un processus extrêmement coûteux."

Amen.

Agresseurs sexuels : quand les tests ADN démolissent nos idées reçues

Vous vous rappelez l'histoire des "rape kits" non-testés aux Etats-Unis ? Pour mémoire, ces kits de préservation des preuves ADN sont utilisés par les forces de police pour retrouver les coupables de viols ou d'agression sexuelle. On y place tout ce qui peut être testé : cheveux, poils, fibres, ainsi que des échantillons de sperme, de sang, de salive ou de sueur. Puis, on croise les bases de données avec celles de l'administration... ou avec celles des tests génétiques grand public. Pour résoudre un crime réputé dur ou impossible à prouver, comme un crime sexuel, le rape kit est incroyablement utile.

Encore faut-il les tester. Selon les estimations, il existerait aux Etats-Unis entre 200 000 et 400 000 preuves judiciaires en attente d'analyse, qui moisissent depuis parfois des décennies dans des espaces de stockage, soit par manque de moyens pour les tester, soit parce que les procureurs et les policiers font preuve de mauvaise volonté (parce qu'ils pensent qu'on ne trouvera jamais la personne, parce que le coupable a déjà été arrêté, parce que le procès sera perdu de toute façon, parce que la victime est noire, ou travailleuse sexuelle, ou pauvre, ou droguée, bref, pas suffisamment "impeccable" pour attirer la sympathie des jurés).

Cette situation laisse le champ libre à des violeurs récidivistes potentiellement connus, potentiellement stoppables, mais qui se retrouvent de fait munis d'une carte blanche pour continuer leurs crimes. Sachant qu'en plus, le contexte leur est favorable. Les femmes portent plainte une fois sur dix. Mais même quand la plainte est enregistrée, l'accusé reste en liberté dans 98% des cas. Le viol est, de loin, le crime le moins susceptible d'être puni. Ceux qui le commettent le savent très bien.

Dans certaines villes, on a également des policiers pas intéressés : selon The Atlantic qui consacre un énorme dossier aux rape kits, 40% des détectives n'ont même pas pris contact avec la victime. La moitié des enquêtes sont clôturées en une semaine, un quart dans la journée. Le j'menfoutisme est institutionnel : 15 Etats refusent même de compter combien de rape kits sont dans la nature. Et bien sûr, quand on parle d'un viol commis par un époux, un ami, un oncle, on a des policiers qui blâment la victime ou expriment des doutes. Si la femme a bu, ils évoquent un "viol partiel" (cette fameuse catégorie juridique qui n'existe pas).

Et pourtant, si les enquêtes avaient été menées, et les tests testés, on aurait pu découvrir le tableau qui apparaît maintenant :

- le nombre de violeurs en série est beaucoup plus élevé qu'on ne l'imaginait,

- il est difficile de les identifier parce que même s'ils ont un type de victime favorite, leur choix est essentiellement conjoncturel (s'ils ne trouvent pas ce qu'ils cherchent, ils violeront quelqu'un d'autre),

- 80% des victimes sont violées par quelqu'un qu'elles connaissent... et qui peut être un violeur en série. C'était une des surprises des résultats : le violeur "à domicile" et le violeur du parking sont souvent la même personne. D'où l'urgence de tester les ADN même quand on a une arrestation sur dénonciation ou même une confession : il y a peut-être eu des précédents.

- Les violeurs sont des criminels généralistes : ils volent du sexe, mais aussi des bagnoles ou des montres. Leurs comportements antisociaux dépassent la simple sexualité.

J'ai bien conscience que ces nouvelles ne sont pas précisément joyeuses. Mais c'est justement en diffusant les connaissances dont nous disposons que nous saurons : quand faire preuve de vigilance (donc, pas forcément sur les parkings), comment aider nos proches victimes de viol (donc, sans douter de leur parole), comment repérer les coupables (donc, possiblement nos amis ou collègues de bar). On ne résoudra pas le problème en fermant les yeux. Encore moins en oubliant les preuves ADN dans des hangars...

Viols : la honte commence à changer de camp

"Tu n’aurais jamais dû me forcer à me battre si longtemps pour te dire: tu n’aurais jamais dû me faire ça. Mais on en est là. Le mal est fait, personne ne peut le défaire. Et à présent, nous avons tous les deux le choix. Nous pouvons laisser ça nous détruire, je peux rester en colère, blessée et toi dans le déni, ou bien nous pouvons l’affronter en face, moi j’accepte la douleur, toi tu acceptes la punition, et on passe à autre chose."

Les mots sont de Chanel Miller, connue jusqu'à la semaine dernière sous le nom d'Emily Doe. Elle est la victime du malheureusement célèbre procès Brock Turner. Peut-être avez-vous déjà lu ces lignes : Chanel Miller avait écrit, au moment du verdict, une splendide déclaration au tribunal (traduite ici par par Nora Bouazzouni, Cécile Dehesdin et Bérengère Viennot), qui a été publiée sur Buzzfeed dans son intégralité. Il faut la (re)lire.

Si vous avez oublié le contexte, retour en 2015 : la jeune femme a été violée derrière une benne à ordure, pendant une fête, sur le campus de l'université de Stanford aux Etats-Unis. Son violeur a été arrêté en quasi-flagrant délit. Malgré la violence de ses actes, il n'a pris que trois mois fermes. Pourquoi ? Parce qu'il avait bu. Parce qu'il faisait des bons scores en natation. Parce que le juge n'a pas voulu gâcher la vie de ce jeune étudiant de 20 ans - et tant pis si la victime était condamnée à gérer son propre traumatisme pour toujours.

Le cas Brock Turner est devenu emblématique d'un certain sexisme institutionnel, qui trouve des excuses aux coupables et accable les plaignantes.

On aurait pu en rester là. Mais Chanel Miller sort de l'ombre, prend la parole, et publiera dans deux semaines un livre : "Know my name". La puissance de son écriture n'est pas à démontrer. Mais au-delà du contenu, qu'il faudra découvrir quand l'essai paraîtra, la divulgation de son identité marque un changement dans l'air du temps. Nous avons là une jeune femme qui ne se cachera plus.

Bien sûr, Chanel Miller n'est pas la première femme à dire avoir été violée. Mais on entend plutôt ce genre de prises de paroles publiques émaner de femmes déjà installées ou célèbres - peu susceptibles de voir leurs révélations massacrer leur carrière.

L'anonymat protège les victimes, protège leur reconstruction. Mais elle les ramène aussi dans l'ombre.

Le cas Brock Turner l'a montré : le jeune homme a été présenté comme un bon garçon ayant commis une grosse bêtise. A sa victime, on a demandé ce qu'elle portait, combien elle avait bu, si elle avait pu consentir par mégarde - bref, si elle était une victime parfaite (cette fameuse licorne des victimes). Tout a été entrepris pour démontrer que Chanel Miller l'avait un peu cherché.

En révélant son nom, cette jeune femme expose sa famille, sa future carrière, sa future vie sentimentale. Elle s'expose à la pitié, aux trolls, aux conservateurs qui pensent qu'elle n'aurait pas dû sortir ce soir-là. Elle s'expose au fait que ses futurs partenaires connaîtront son histoire, et puissent la rejeter parce qu'elle est "souillée", parce qu'elle pourrait être difficile à gérer. Elle s'expose au fait que son entourage professionnel veuille éviter une publicité ambivalente, en l'embauchant. Elle s'expose au fait qu'on n'ait pas envie de gérer une travailleuse, amie, copine, présentant éventuellement du stress post-traumatique.

Il est beaucoup plus simple pour les victimes de rester invisibles. Ce choix est absolument compréhensible. Mais l'invisible est le territoire de la honte, et Brock Turner est le seul à avoir commis des actes honteux. Chanel Miller n'a à avoir honte de rien. Ce qui ne l'empêchera sans doute pas de payer les pots cassés.

Si toutes les victimes de viols ou d'agressions (hommes ou femmes, ce n'est pas le problème) avaient ce courage, le regard sur le viol changerait. Il serait plus facile de porter plainte. Il serait plus facile de parler, de se faire aider. Mais on ne peut demander à personne de prendre ce risque : les discours sur la résilience ont leurs limites, et surtout, certaines victimes verraient leur vie exploser une deuxième fois. Imaginez la réaction de vos parents, s'ils apprenaient que vous aviez été violé/e. Imaginez le mal que ça leur ferait. Et pourtant, en prenant la parole, Chanel Miller égratigne un peu de cette douleur. En apparaissant en pleine lumière, elle nous rappelle qu'on n'est pas flinguée quand on a été violée.

En attendant la parution du bouquin, souhaitons bonne chance à Chanel - bonne chance, et merci.

Premier rendez-vous : les habitudes des Français

A lire les résultats de l'enquête Groupon / Harris Interactive sur les rendez-vous sexuels/amoureux, deux réactions sont possibles : soit on envisage directement la castration chimique... soit au contraire, on estime que la capacité de persévérance de l'humanité est tout à fait remarquable et sympathique. Pour vous remonter le moral, ou vous enfoncer (c'est selon), vous pouvez par exemple observer que les mauvaises rencontres sont fréquentes :

- 55% des Français ne savent pas toujours de quoi parler pendant un date,

- 51% déclarent s’être déjà ennuyés,

- 52% ont eu une partenaire de rendez-vous qui ne ressemblait pas à ses photos,

- 36% se sont fait poser un lapin (seulement 17% des femmes).

Si vous passez deux heures à choisir vos vêtements avant d'aller à un rendez-vous, vous n'êtes pas le seul : 63% des hommes en font autant. Nous sommes là sur des scores redoutablement similaires à ceux des femmes (70% d'entre elles hésitent au moment de s'habiller).

Du côté du programme, les deux-tiers d'entre vous galèrent, et la moitié ont déjà eu le sentiment de manquer d'originalité. De fait, les codes sont rebattus : un tiers va au restaurant, un autre tiers au bar ou au café, 17% dans un lieu public comme une rue ou un parc, ce qui laisse 13% d'adeptes d'activités spécifiques. En même temps, on ne peut pas toujours réinventer la roue !

Qui paie ? La majorité des hommes tiennent à régler la note (58%), tandis que 30% estiment qu'il faut partager. 15% pensent que la personne qui propose le date doit payer. La majorité des femmes en revanche préfèrent partager (et ce pour une raison simple : il est plus facile de poser ses limites quand on ne doit rien à l'autre - je me permets donc de vous rappeler qu'il est hors de question que vous insistiez pour payer quand l'autre veut partager. Cette attention n'est pas romantique, elle est envahissante).

Enfin, soyez patients. 30% des femmes attendent plusieurs semaines avant d'accepter un rendez-vous, 20% seulement iront après quelques messages. Pour les autres, c'est quelques jours (sauf les 6% qui n'ont jamais accepté de passer à la rencontre physique).

Et pour terminer, rappelez-vous que tous ces petits découragements 1) aident possiblement à trouver des partenaires, 2) font partie de l'expérience humaine contemporaine, 3) se zappent en toute splendeur en séduisant dans les cercles amicaux, au club de sport, devant la maternelle de vos enfants, ou pendant vos activités bénévoles. Courage !

Revue de sexe : orgasmes en salle, bondage chinois, femmes handicapées et cowboys sensibles

Hello tout le monde ! Comment se passe le retour au réel ? Est-ce aussi un retour à la routine ? J'espère que non, mais si c'est le cas, l'actualité nous donne des pistes pour désirer autrement, tout en se faisant des abdos plus bétonnés que la Côte d'Azur.

Et avant de commencer : le meilleur article de la semaine est chez Libé, sur les jeunes femmes rebelles des années 50. Long story short : à l'époque, tout souci féminin est considéré comme venant d'un problème de perversion...

En français :

- Peut-on avoir un orgasme à la salle de sport ? Ouaip. A lire dans 20 Minutes pour vous motiver à prendre un abonnement à la gym : "En menant son étude, Debby Herbenick a ainsi pu constater qu’ "environ 10% des femmes et 8% des hommes ont vécu au moins un coregasm dans leur vie, mais nous n’avons pas encore découvert le mécanisme de ce phénomène".

- Chez Slate, sale temps pour le bondage chinois : "selon la section 301 du Code pénal chinois, toute personne reconnue coupable d'avoir 'assemblé une foule à fin d'activités obscènes' peut encourir une peine allant jusqu'à cinq ans de prison." Vous pouvez aussi lire l'histoire du énième chantre des thérapies de conversion (supposées transformer les gays en bons hétéros) qui fait son coming out.

- Slate encore : pourquoi est-ce difficile de se couvrir les cheveux blancs quand on est un homme ? Il y a plein de choses intéressantes dans l'article, sur la manière dont l'âge attaque différemment les hommes et les femmes. Et sur la charge mentale nécessaire à y remédier (si on souhaite y remédier).

- Un podcast à soi, dernier épisode en date : le corps des femmes handicapées. Très chouette d'entendre ces voix habituellement tassées sous le silence, qui causent aussi de séduction, d'attraction et de sexualité.

- Si vous avez raté l'histoire d'Emmanuel Macron visitant le bureau du numéro d'urgence destiné aux femmes battues, c'est édifiant.

En anglais :

- Nous sommes attirés par les personnes qui ont des traits en commun avec nos parents (surtout les hétérosexuels, surtout quand ils s'entendent bien avec leurs parents). Mais bien sûr, les raisons pour lesquelles nous choisissons une personne plutôt qu'une autre sont immensément variées.

- Les femmes qui postent des selfies où elles se présentent de manière ultra-féminine reçoivent plus d'attention et plus de likes. Il y a donc une prime à celles qui jouent le jeu du genre. (Au cas où quiconque en douterait.)

- Woooop. Le caractère "spontanément polygame" des hommes prend (encore) un coup dans l'aile : plus une femme se marie de fois ("bonjour, voici mon 14e époux"), plus sa progéniture est nombreuse et survit. C'est l'inverse pour les hommes. Plus ils se marient, moins leurs enfants survivent. On avait dit que la monogamie avantageait quel sexe, déjà ??

- La pilule pourrait augmenter le risque de dépression nerveuse des femmes, surtout si elles ont commencé à l'adolescence. Si c'est exact, il faudra repenser rien moins que toute la contraception : personne ne devrait avoir à choisir entre sa santé mentale et sa liberté sexuelle. Aussi, hommes : cherchez des solutions alternatives pour vous-même, soyez proactif dans votre couple. Evidemment que ça vous concerne. Et remettez le préservatif s'il le faut !

Recommandation culturelle :

La semaine dernière, j'ai causé de mes meilleures lectures de l'été. J'enchaîne sur les séries : woohoo, la nouvelle saison de Yellowstone est arrivée (sur Amazon) ! C'est sans doute mon show préféré au monde, il y a des cowboys et des paysages sublimes dedans, une histoire à vous prendre aux tripes, donc allez-y les yeux fermés (mais la télécommande allumée, du coup).

Sinon : Easy, sur Netflix. Qui parle pas mal de sexualité, et qui comme son nom l'indique, est fondamentalement feel-good. Parfois, c'est exactement ce dont on a besoin pour comater après le boulot.

Pour finir sur du doux-amer : After Life, de/avec Ricky Gervais, toujours sur Netflix. Seulement six épisodes, pour parler de survivre à la disparition de ceux qu'on aime ? Ouaip. Et ça marche, et c'est drôle, et émouvant. Seconde saison prévue pour 2020, je ne raterai pas le rendez-vous (profitez-en pour regarder Humanity, le stand-up de Ricky Gervais - même mélange d'humour et de soyeuse intelligence).

L'érection, un problème de santé publique : et le plaisir, dans tout ça ?

Comme le notait le Figaro la semaine dernière, l'érection constitue un excellent marqueur de la santé des hommes : "les épidémiologistes se sont aperçus que l’apparition de troubles sexuels pouvait précéder l’apparition d’un problème de santé dans l’année qui suit." Du coup, si vous sentez que ça faiblit de ce côté-là, il n'est pas inutile de vous lancer dans un check-up.

Pour les femmes, on n'a pas de chiffres aussi spectaculaires. Est-ce la raison pour laquelle on peut sans problème parler de pilules bleues sur les plateformes réputées anti-sexe (Facebook, Instagram, Apple), alors qu'il reste impossible (du moins sans risquer le bannissement) de causer d'éducation sexuelle, de sécheresse vaginale ou de sextoys ? Comme on l'apprenait à l'occasion de la sortie d'un bouquin de vulgarisation médicale, Twitter, Instagram et Facebook interdisent les publicités employant les mots vagin, vaginal et gynécologie - déjà que pour limiter la pornographie, c'est moyen, il se trouve que ça limite le business non-pornographique...

Pendant, ce temps, sur l'Apple Store, on trouve quantité d'applis censées aider les hommes impuissants : 23, parmi lesquelles se trouvent aussi des exercices de Kegel pour hommes ou des trackers d'érection matinale. Vous tapez plaisir féminin : rien. Clitoris : 8 résultats dont 3 ayant un rapport avec le clitoris. Vagin : une vingtaine de résultats, dont peut-être deux en rapport avec le plaisir (sachez-le, "vagin" renvoie à des émojis, des jeux vidéo ou de la géolocalisation d'instituts d'épilation... ça vend du rêve). Quant à l'éducation sexuelle, elle renvoie à des contenus variés mais pas brillants : des quiz, du safe sex, des trackers de menstruation.

L'argument est le suivant : l'érection appartient à la santé publique, le plaisir est un bonus privé. En fait, dans cet univers complètement hypocrite, l'érection n'a rien à voir avec le sexe, et les hommes s'en soucient uniquement comme ils se soucient de leurs genoux ou leurs poumons. Ahem. J'ai comme un doute.

Bien sûr que c'est important de parler d'érections : ça fait du bien ET de manière périphérique, ça peut traduire un état de santé. Parlons-en... mais sans faire de discrimination (les sexes féminins sont tout aussi légitimes et cruciaux), et sans se voiler la face (car côté pénis, le plaisir est notre priorité, faut pas délirer).

Pendant l'été, le corps des hommes aussi est sous pression !

Selon le New York Times, les hommes souffrent. A la plage. On les croyait somnolents et heureux, assommés par le double effet du rosé et d'un solide polar groënlandais (bientôt américain). Eh bien pas du tout. Car l'homme à la plage sait qu'il a pris des fesses et perdu des cheveux, ce qui était effectivement inévitable en se nourrissant de cacahuètes à l'approche de la quarantaine.

Ainsi, les hommes seraient de plus en plus victimes d'exigences esthétiques les disqualifiant (possiblement) pour le sexe. Les réseaux sociaux n'aident pas : apparemment, plus on passe de temps sur Insta, Facebook ou Tinder, moins on se sent bien dans son slip de bain.

Ceci dit. Les femmes ne couchent-elles qu'avec des canons ? Pas vraiment, sauf si on souscrit aux discours masculinistes voulant qu'en sexe, the winner takes all, donc 20% des hommes seraient susceptibles de se taper 80% des femmes (ainsi que l'écrivait le site conservateur Quillette - j'espère que ces 20%-là ont pris des vitamines, parce qu'à cinq nanas par mâle dominant, va falloir assurer). C'est aussi la rhétorique de RIP les experts de la drague : alpha, à tout prix, pour choper "toutes les femmes" ("un anneau -pénien ?- pour les gouverner toutes", comme ils disent chez les Hobbits. Oui, si on me propose des formules-miracles marchant sur toutes les femmes, je me permets de nous propulser directement dans le monde de la fantasy, ça ira plus vite avec des dragons).

J'ai l'air de me moquer, mais évidemment, l'objectif n'a jamais été que les hommes se sentent mal. Les conséquences du manque de confiance en soi peuvent être dramatiques, personne ne le niera. Et effectivement, les hommes n'ont pas des masses de mouvement body-positive pour les aider (ou pour les enfoncer, selon les icônes choisies). La beauté est associée à des attitudes masculines, se plaindre de manquer de beauté constitue donc un double échec de la masculinité : on se retrouve vite seul.

Mais. Le message porterait vachement mieux si les exclus du club des alphas changeaient la culture en même temps qu'ils changent de musculature ("moi, je mange 26 oeufs fermiers crus par jour") : en créant de nouvelles représentations, de nouveaux archétypes, en cherchant eux-mêmes des partenaires pas forcément canon, le choix des laissés-pour-compte pourrait devenir un truc dynamique et fabuleux. Avec le vieux beau, le dadbod, le bear, l'androgyne, le latino ou le viking, le hipster ou le bon-chic-bon-genre, on peut multiplier les modèles masculins pas forcément taillés dans le roc.

Vous n'avez pas d'abdos apparents ? Ouaip. Bah moi non plus, et 99% des mecs qui sont passés dans ma vie, non plus. (C'est pas faute d'aimer les abdos apparents : juste que, comme à peu près toutes les femmes, cet item apparaît au rang 979696e de mes priorités.)

Restez donc tranquillement à mariner sur votre plage. Vous êtes plus jolis heureux, que musclés.

Sexualité masculine : les clichés ont la peau dure

Qui veut du sexe ? Qui souffre d'inépuisables désirs ? Qui initie ? Les hommes, les hommes, les hommes. Du moins dans l'imaginaire collectif.

En Angleterre, les derniers chiffres montrent un attachement solide aux stéréotypes sexuels : les hommes auraient plus envie (42% des répondants) et plus besoin (32%) que les femmes, ils seraient plus susceptibles d'avoir des orgasmes qu'une femme (53%). 36% pensent que c'est le mâle qui décide de quand le rapport sexuel est terminé.

Bien sûr, il ne s'agit pas de nier la pertinence de ces réponses. Les stéréotypes ont des causes. Mais ce dont on oublie de parler, c'est qu'ils ont aussi des conséquences. Si vous êtes une femme contrainte de "passer à la casserole" quand vous préféreriez jouer au Uno, c'est aussi par la faute des stéréotypes : "les hommes sont comme ça, c'est un besoin, autant s'allonger sur le dos et penser à la gloire de la France". Mais si le stéréotype n'existait pas, cette même femme analyserait sans doute différemment sa situation : "comment ça se fait que je manque de désir ? Est-ce que le sexe avec mon partenaire me satisfait ? Comment pourrais-je rendre nos ébats plus chouettes, auquel cas j'aurais sans doute autant envie que lui ?"

Les clichés ne sont pas innocents, ils influencent nos décisions. Dans ce cas précis, ils nous laissent désarmés face à des défis de couple qui pourraient parfaitement se résoudre : ils font de nous de moins bons amants (hommes comme femmes).

D'ailleurs, ça donne des chiffres dramatiques : les deux-tiers des Anglaises pensent que les femmes sont susceptibles d'accepter des rapports non désirés.

Faut-il désespérer ? Certainement pas. Chez les jeunes, on remarque une inflexion de ces stéréotypes : plus on est jeune, plus on pense que les femmes ont autant envie de sexe que les hommes. Ce qui signifie qu'en cas de chute du désir, les deux partenaires se mettront au charbon pour améliorer la situation. Le cercle est vertueux : moins on propage ces stéréotypes, moins ils nous influencent négativement, et moins ils ont de raison d'être. Il suffit de changer les représentations : vous, moi, tout le monde. Parfait défi pour cette rentrée !

Rentrée de sexe : poils-postiches, cache-sexes et bibles vaginales !

Bonjour, camarades. Puisque je suis rentrée de vacances, commençons cette nouvelle saison par un plan-séduction imparable : voici des poils à aisselles postiches, à vous coller sous les bras, parce qu'on n'a jamais assez de poils aux aisselles. Quoi, on n'avait pas dit que l'été était terminé ?

En français :

- Chez Slate, on parle d'un calvaire bien particulier - une érection qui dure trois semaines. Aouch. Et aussi : jouir dans un cinéma porno, à écouter en podcast dans le cadre d'une série sur les lieux du sexe.

- Libé fait une belle série d'été sur les cache-sexes. Ils publient aussi une tribune (assez foutraque) qui dénonce l'épilation.

- Puisqu'on est là-dessous, rappelons avec le Figaro que le vagin est auto-nettoyant.

- Chez Agnès Giard, on parle de fluides : "l’anthropologue Anibal Frias consacre une analyse passionnante à 'la symbolique des déchets' : lorsque la salive sort de la bouche, dit-il, elle est 'jetée hors' (ab-jectus) du corps humain, ce qui en fait quelque chose d’abject. En Occident, l’idée d’impureté s’attache –suivant deux axes (vertical et horizontal)– à tout ce qui va vers le bas, d’une part, et à tout ce qui se franchit la limite intérieur-extérieur, d’autre part. Ce schème peut être appliqué aux déchets du corps. Passant du dedans au dehors, ils changent de sens, parfois de nom : les aliments deviennent du vomi ou des excréments, la salive du crachat ou de la bave. Ils signent un rejet violent."

- Chez Vice, Mia Khalifa explique pourquoi elle a quitté le porno. Elle entre dans la grande famille des ex-actrices qui regrettent leur expérience (ou qui sont très critiques envers ce milieu).

En anglais :

- Confirmation, surconfirmation et reconfirmation : les femmes réagissent comme les hommes à la pornographie.

- Puisqu'on en parle : une étude menée sur des fanatiques de pornographie (capables d'aller en salon) montre qu'ils sont plutôt moins sexistes que la population générale.

- La Bible du Vagin atteint les librairies américaines, et les journalistes s'arrachent son autrice, Jen Gunter. Elle ne mâche pas ses mots : "Ne pas parler de sexe bénéficie au patriarcat parce que quand les femmes s'y connaissent, en sexualité, au sujet de leur corps, elles sont plus susceptibles de rejeter les hommes, de désirer de meilleurs partenaires, de partir (...) Rendre le sexe nul pour les femmes, et leur faire croire qu'elles devraient aimer ça, est un moyen plutôt efficace de les garder sous contrôle. Sans parler du stigma et de la honte. Si vous rendez honteux le fait de demander du meilleur sexe, si vous stigmatisez quelqu'un qui désirerait ce meilleur sexe, vous maintenez votre contrôle. Parce que quand les gens ont honte, ils se taisent."

- Hâte de lire ça : un nouveau bouquin montre que le désir masculin, toujours décrit comme stratosphérique et dénué d'amour, est achi-complexe (on s'en doutait).

- 27% des jeunes femmes cyberharcelées sexuellement le sont par leur partenaire. (Notez la formidable corrélation avec la prise d'alcool, l'expérimentations avec la drogue, la dépression et l'anxiété.)

- A Brooklyn, des "consenticorns" dans le club House of Yes aident à éradiquer les comportements d'abus et de harcèlements : "si vous touchez une femme contre son gré, nous allons littéralement vous pourrir la vie." Tout un programme !

- L'Allemagne a son sexshop chrétien (lien en allemand). Pendant ce temps, à TelAviv, voici le sexshop kasher !

- Pas sûr que cette demoiselle / ce damoiseau soit la bonne personne pour vous ? Donnez-lui rendez-vous dans cinq ans.

- Du porn dont toutes les actrices sont des sex dolls ? Evidemment. Mais le résultat ressemble surtout à des vieux mecs avec des enfants (vue la taille des poupées en question). Ahem.

- Les cours de yoga nu, les classes de bondage et de câlins... ne serait-ce pas une occasion parfaite pour les hommes de voir des nanas à poil, de les toucher, de manière prétendument éthique, et en payant moins cher qu'une danse en club de strip-tease ? Au fait, ce ne serait pas tout simplement du travail sexuel qui ne dit pas son nom ? C'est ce qu'avance cette journaliste.

Recommandation personnelle.

Oyez, oyez, voici mon top-3 lecture de cet été :

- La femme gelée, Annie Ernaux. A lire pendant votre crise du moment (quarantaine ? soixantaine ? adolescence ?), ça fonctionne à tous les coups. Annie Ernaux raconte comment on compromet ses idéaux, comment tout doucement on se laisse geler. Il faut absolument l'offrir aux jeunes femmes et aux vieux garçons (et franchement, à tout le monde).

- Les mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar. J'ai eu du mal à me laisser embarquer, à la fin je soulignais furieusement des passages, de peur d'oublier un fragment de sagesse. Si vous vous embarquez dans cette somptueuse aventure, n'oubliez pas de lire les notes de Yourcenar, qui font suite au texte, et parmi lesquelles ont trouve des perles comme cette citation issue de la correspondance de Flaubert : « Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. » Donnez-moi immédiatement une machine à remonter le temps ?

- Les Furtifs, Alain Damasio : sans surprise, c'est LE bouquin d'anticipation espéré, qui donne des clefs pour comprendre nos angoisses - et pour y répondre. Poème et programme, lecture feel-good, clairvoyance, un texte à lire, partager, discuter. A noter aussi que les littératures de l'imaginaire gardent leur force de frappe face à une rentrée littéraire une fois encore assommée par des autofictions et des polémiques perso : rendez-nous la politique, rendez-nous l'espoir, rendez-nous l'élan vital ! (Rendez-nous les cigales !)

Drag kid : des talons pour les petits garçons ?

Petite controverse chez les conservateurs : un documentaire met en scène des drag kids - des enfants qui se sapent comme des drag queens, et qui font le show. En même temps, avec le succès de la Drag Race de Ru Paul + toutes ces émissions mettant en scène des gamins archi-doués, il ne fallait pas s'étonner que le mélange se produise (on a bien des enfants-cuisiniers dans Top Chef Junior).

Evidemment, la particularité de la culture drag est d'être sexualisée, de manière parodique certes, mais souvent de manière assez explicite. Les talons, le maquillage, les jupes, les résilles, sont censés attirer le regard vers les zones érotiques. Et pourtant, ce malaise-là semble dépassé : les concours de beauté pour petites filles reposent sur les mêmes artefacts ! Sauf que bizarrement, ça passe mieux quand on reste dans son genre.

Le problème est donc qu'on traverse une norme, ce qui défrise autant d'hétérosexuels (qui préfèrent les enfants bien rangés) que certains gays-et-lesbiennes (qui estiment que la "vague transexuelle" sert à camoufler l'homophobie de la société : la transexualité serait une manière de faire rentrer des gays-et-lesbiennes dans les rangs de l'hétérosexualité... mais dans ce cas on peut certainement retourner l'équation, en avançant que l'homosexualité ait parfois été une solution de repli pour des trans).

Bref. Puisque l'irritation vient d'enfants plongés trop tôt dans le bain de la sexualité, du genre et des conventions, pourquoi ne pas nous remettre à hauteur d'enfants ? Je suis sûre que ces petits garçons ne sont pas les seuls à avoir essayé de jouer avec des talons hauts (et que pas mal d'entre vous ont piqué ceux de leur maman pour voir comment ça fait... au moins une fois).

Il y a de fortes chances que ces enfants soient moins en train de se sexualiser, que de jouer - à se déguiser, à attirer l'attention (bingo), à bouger comme on ne leur permet pas à l'école. Le problème vient alors plutôt de notre regard sur ces corps impubères - et ça, c'est notre problème personnel.

Est-ce que ces enfants ont conscience de se sexualiser ? Oui, sauf si on considère qu'ils sont parfaitement étanches en terme de pop-culture, ce qui semble improbable vues leurs performances. Est-ce qu'ils perdent leur innocence ? Pas plus que votre nièce qui prend des selfies à sept ans dans sa chambre.

Par ailleurs, quand les enfants jouent à faire la guerre ou se déguisent en Rambo, on ne crie pas qu'ils jouent à la violence ou qu'ils vont se transformer plus tard en dangereux criminels (ou en dangereux soldats du GIGN). On accepte que les jeux d'enfants soient sans conséquence quand ils se sapent en fées, en chats, en super-héros ou en squelettes. Laissons-les faire drag kids si ça les rend heureux, et regardons ailleurs si ça nous dérange, non ?

(Note personnelle : j'avais choisi "chèvre" pour mon premier carnaval. Je ne suis pas devenue bergère.)

Pimp your penis : des bijoux pour vos bijoux de famille ?

Joyeux anniversaire : les bijoux érotiques de Sylvie Monthulé célèbrent leur quart de siècle (Made in France, cocorico). Si on connaît bien les strings perlés pour femmes, les ornements pour seins ou pour clitoris, on oublie la production destinée aux hommes : cockrings et strings, en mailles, chaînes, ornés de brillants et autres petites sculptures, corsets pour verges, pendentifs pour piercings, mais aussi bijoux pénétrants (chapelets, glands et oeufs).

La décoration du corps des hommes a beau exister depuis quelques millénaires, force est de constater que c'est le pénis comme objet décoratif qui domine la scène culturelle - plutôt que le pénis décoré. Les objets artisanaux sur Etsy le montrent bien : 1500 résultats, moitié cockrings, moitié bijoux pour femmes en forme de pénis. L'an dernier, Yves Saint-Laurent sortait des bijoux en forme de pénis, comme ces boucles d'oreille à 250 euros (à ce prix-là, autant porter de vrais pénis aux oreilles, d'autant que le pendentif est quasiment à 600 euros).

Alors, on y va ? Eh bien manifestement, non, nada, niet. Parmi les arguments avancés, on retrouve l'idée que le sexe ne s'embarrasse pas de fioritures (pas même celui des femmes, vu comme la tendance du vagin pailleté a été balancée aux orties). De fait, les bijoux entraveraient l'acte sexuel : d'accord, d'accord, mais on mélange alors le côté pratique et la séduction, ce qui massacre les règles les plus élémentaires de l'érotisme. En l'occurrence, les mignardises embarrassantes servent précisément à créer des obstacles artificiels, et ces obstacles sont censés susciter le désir (comme vous l'aurez remarqué en essayant de défaire une guêpière). D'ailleurs, si cet argument fonctionnait, notez bien qu'il faudrait balancer tout le vestiaire féminin aux orties.

Deuxième embêtement, on considère encore aujourd'hui que le sexe masculin est moche : le décorer serait peine perdue - et pire, rendrait le membre encore plus pathétique. Finalement, la seule décoration acceptée pour un pénis, ce serait l'érection... (En tant que femme hétérosexuelle, je suis évidemment en désaccord radical avec ce fatalisme. Par ailleurs, juger esthétiquement les pénis a autant de sens que pérorer sur les platanes ou les omoplates : ils sont comme ils sont.)

Mais finalement, le plus gros frein est culturel. Encore aujourd'hui, les bijoux sont encore perçus comme "un truc de gonzesse" - embellir le corps masculin hétérosexuel reviendrait à lui faire perdre sa virilité, donc son pouvoir d'attraction. Aux hommes le côté sauvage, aux femmes le côté ultra-civilisé et apprêté, et pas question de mélanger la chèvre et le chou (je vous laisse deviner à qui ça profite). D'où une équation bizarre : chez les hommes, le souci de beauté enlaidit.

Et pourtant. On peut changer la culture. On peut offrir une rivière de diamant à son pénis. On peut avoir envie de se faire beau là-dessous. Et qui sait ? D'enchaîner sur un peu de lingerie. Pourquoi pas, après tout ?

Le topless touche-t-il le fond ?

En 35 ans, le nombre de femmes qui tombent le haut à la plage a plus que diminué de moitié : 43% en 1984, 19% en 2019. On ne montre plus autant ses seins, et ce n'est pas qu'à cause des coups de soleil.

Selon l'enquête Ifop / Vie Healthy, le topless régresse en France mais aussi parmi nos voisins européens : - 6% en trois ans. Pourtant, les disparités nationales sont importantes : en Espagne, 48% des femmes se mettent parfois seins nus à la plage. C'est 34% en Allemagne, 22% en France, 19% en Angleterre et 15% en Italie. On peut invoquer des spécificités locales (en Angleterre, je me baignerais personnellement en pull, tandis qu'en Italie je me planquerais du Pape).

Même chose sur le territoire français : 7% des femmes du Nord font du topless, mais 36% de celles vivant en PACA. Plus il fait beau, plus on montre les seins. Cependant, ça s'arrête là : la France ne compte que 6% de nudistes.

Alors, changement de tendance ? De fait, ce sont les jeunes Françaises qui sont à la traîne : 13% seulement des moins de 30 ans osent sortir sans le haut, contre 25% des plus de 40 ans. Mais l'âge n'explique pas tout. Parmi les plus réfractaires au topless, on a les Musulmanes (3%, contre 11% chez les Protestantes, 20% chez les athées et 25% chez les Catholiques), celles qui se trouvent moches (12%, contre 23% de celles qui se trouvent au moins un peu jolies), les chastes (plus on a eu de partenaires, plus on est disposée à montrer ses seins), ainsi que les femmes issues des classes populaires et faiblement diplômées.

Le topless dépend aussi des conditions : se déshabiller en présence du partenaire, d'accord (19% des femmes en couple l'ont fait ces trois dernières années). Moins en présence d'amies femmes (7%), et eeeencore moins en présence d'amis hommes (5%).

Mais le mieux, c'est encore de demander aux principales intéressées ce qu'elles en pensent. Or donc : le soleil est la principale raison avancée (56%) avec... le regard concupiscent des hommes (35%). Les femmes craignent aussi les remarques négatives (28%), les agressions physiques (27%), la mauvaise réputation (23%).

Là où ça devient encore plus critique, c'est quand on regarde ce qui se passe chez les moins de 25 ans : 59% veulent éviter le regard des hommes, 51% ont peur d'une agression, 41% des moqueries. Si nous avions besoin d'une preuve supplémentaire du regain de tension autour du corps féminin, la voici : les femmes sont bloquées en tenaille entre un corps qu'il faut couvrir mais pas trop - ni nudité, ni burkini.

Mais serait-ce de la pure paranoïa ? La révélation de crispations qui n'existent que dans la tête, et que MeToo cristallise ? Vraiment pas, surtout quand on sait qu'en plus de la réalité des agressions (verbales ou physiques), il faut encore ajouter de potentielles intrusions numériques : des mecs qui filment ou qui prennent des photos. Il suffit de trois types lourds (qu'ils optent pour le slut-shaming ou pour le regard dégoulinant) pour rhabiller toute une plage - et pour rhabiller sur la longue durée.

Enfin, sans surprise, cette tension se retourne vers l'envoyeur : 59% des femmes pensent qu'il faudrait interdire aux hommes de se promener seins nus dans la rue. Parce qu'il n'y a aucune raison que le soleil ne brille que sur certains corps. Et bien. Vivement la rentrée.

Le sexe du futur sera fantastique (et il est déjà en phase bêta)

Quoi de neuf sur la planète sexe ? Comme toujours : un million d'innovations. Dans cette cour des miracles, on trouve pas mal de fausses nouveautés, mais pas mal aussi de vraies pépites. Voici ma sélection personnelle :

- Les pénis bioniques débarquent (c'est horriblement compliqué, ça coûte 90 000 dollars, il faut une équipe entière de chirurgiens... mais ça existe) : pour "réparer" des hommes sans pénis (de naissance ou suite à un accident), on a les greffes organiques, mais aussi les greffes mi-organiques, mi-artificielles, qu'on active avec une pompe à eau saline. Rien n'interdit de penser qu'à l'avenir, des procédures moins invasives se popularisent pour "augmenter" les érections d'hommes-à-pénis.

- Des érobots (sexbots, cyberpartenaires, comme vous préférez) constructibles via une imprimante 3D. Les vidéos sont lééégèrement effrayantes (quoiqu'on sort doucement de la vallée dérangeante), mais avec cette technologie, les coûts de production devraient drastiquement baisser. Selon ma boule de cristal : le jour où les sexdolls seront moins chères qu'un vélo électrique, on pourrait avoir la surprise de découvrir que ce n'est pas un "marché de niche".

- Le design de sextoys rentre à la fac, en Australie. Alors que les innovations esthétiques et techniques se sont tassées ces dernières années (il y a dix-quinze ans, on inventait de nouvelles modalités de "jouissances plastiques" tous les jours), nous pourrions donc voir se lever prochainement un vent de folie sur ce secteur. Tant mieux.

- Dans le monde des idées, la question se pose de savoir si nos érobots auront des tabous. Si, à force d'apprendre, ils développeront des préférences particulières, des compétences spécifiques, des désintérêts. Bien sûr, selon la loi d'Asimov, le tabou fondamental consistera à ne pas nous faire de mal. Mais si nous laissions les robots développer leurs propres limites : nous interdiraient-ils de les reprogrammer, d'effacer leur mémoire, de les recharger ? (Vous avez quatre heures.)

- J'en ai déjà parlé sur ce blog, mais nous avons des sextoys qui réagissent au pourboire - littéralement, connectés au porte-monnaie. En développement en ce moment : les sextoys qui réagissent aux sextos, un peu comme si vous tapiez en morse et que vos lettres étaient transformées en vibration. Oh, et puisqu'on parle de sextos, voici une appli qui vous apprend comment faire - et qui vous initie au passage au dirty talking (c'est très laid).

Si ces projets vous font envie (je comprends), vous allez être exaucé : ce n'est pas de la science-fiction, mais bien du prototype. Ensuite, c'est une question d'années. Et d'argent. Mais toutes ces options sexuelles sont virtuellement à notre portée : en attendant de tester, on peut rêver.

Un quart des Françaises estiment que leur conjoint ne se préoccupe pas de leur orgasme

Bien sûr, le tableau n'est pas tout à fait sombre : 43% pensent que leur conjoint fait très attention à leur plaisir, 39% qu'il fait à peu près attention. Mais ça en laisse quand même beaucoup sur le carreau.

Mal barrées, les Françaises ? C'est ce que laisse entendre le sondage : nous avons aussi le plus mauvais score en estime de soi. 22% des Françaises se trouvent jolies, contre 28% des Allemandes/Anglaises/Espagnoles... et 39% des Italiennes. 30% estiment que leur partenaire est plus beau qu'elles ne le sont.

Sans mauvais jeu de mot : dans cette image dégradée de soi-même, le verdict de la balance pèse lourd. 40% des femmes minces se trouvent jolies, mais seulement 10% des obèses - or nous comptons plutôt moins d'obèses que les pays voisins (sauf en Italie).

Bien sûr, ces complexes se mettent en-travers d'une vie sexuelle véritablement sereine : dans les facteurs de timidité au lit, 80% des femmes citent l'apparence (et 60% des hommes, étude Zava). Alors que les mâles Français sont anxieux en terme de performance sexuelle, il est bien possible que les femmes projettent leur anxiété sexuelle sur leur apparence. Nous aboutirions ainsi à la ligne de démarcation que nous connaissons bien : aux femmes le boulot concernant le désir, aux hommes la charge de donner du plaisir.

Sauf qu'évidemment, il est absurde et contre-productif de diviser les corps, les genres et les pratiques en petits morceaux. Ces sondages nous démontrent que tout est interdépendant... et qu'il est temps de faire (plus) attention à votre partenaire. Beau programme pour la fin de l'été, non ?

Vraiment, vous ne devriez pas fouiller le smartphone de vos partenaires

Aux Etats-Unis, une personne sur cinq a déjà brisé une des règles les plus fondamentales du couple : "ce qui se passe sur l'ordinateur, la tablette ou le téléphone, reste sur Internet". Parmi ces espions des temps modernes, les trois-quarts n'ont aucun remord, et pour cause : une fois sur trois, ils sont tombés sur le genre d'information qu'ils cherchaient. Le profil-type de ces personnes ne vous surprendra pas : ce sont plutôt les femmes, et plutôt les jeunes, qui vont fouiner.

Le sujet est clivant : la moitié des Américains disent qu'ils ne fouineraient jamais sans permission (il existe donc des personnes qui donnent la permission), une autre moitié pense que quand on est en couple, on devrait avoir le droit de regarder les écrans - mais à conditions de respecter certaines limites. Moins de 10% pensent qu'il ne devrait jamais y avoir le moindre accès.

D'accord, me direz-vous, mais comment ça se passe en France ? Selon l'Ifop, les trois-quarts d'entre nous stockent des données confidentielles sur leur smartphone, à commencer par des photos. Un Français sur quatre s'est déjà inscrit sur un site de rencontre, et on n'efface pas toujours ses profils. 41% des hommes ont continué à chercher un partenaire alors qu’ils étant engagés dans une relation de couple. 34% ont entretenu des relations purement sexuelles avec plusieurs personnes en même temps (34%).

Le problème est donc exactement le même en France et aux Etats-Unis : quand on cherche, on trouve. Et sauf contrat de couple libre : quand on trouve, on se fait mal. Même dans le meilleur cas de figure (vous avez retourné le smartphone photo par photo en analysant l'historique de recherche, mais vous n'avez rien trouvé), il vous restera la culpabilité de n'avoir pas fait confiance à quelqu'un que vous aimez. Vraiment : ça n'en vaut pas la peine. Vraiment : lâchez ce smartphone tout de suite.

Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ?

Drame chez les passionnés de prospective sexuelle : on venait à peine de se mettre d'accord pour parler de robosexualité qu'un nouveau concept vient déjà y rajouter de la concurrence - celui d'érobotisme (pour l'enfant maudit entre "érotisme" et "robot"). La guerre des mots, avant la guerre des mondes ? H.G.Wells se retourne probablement dans sa tombe.

Alors, qu'est-ce que ça change ? Je vous traduis un extrait de The Conversation :

"Le robot sexuel à apparence humaine est l'un des plus fameux (ou infâmes) types d'érobot. Pourtant, le robot sexuel ne représente qu'une fraction de ce que sont et pourraient être les érobots, en conséquence de l'avancement, de la combinaison de l'interconnexion de nouvelles technologies. Par exemple, le progrès en terme de programmes conversationnels (qui interprètent et répondent aux utilisateurs dans notre langage commun), de la soft-robotique (un champ dédié à la construction de robots similaires à des organismes vivants), du cloud computing, de la réalité virtuelle et augmentée, va exposer de manière exponentielle les humains à de nouveaux types de partenaires érotiques."

En somme, l'érobotique inclut les hologrammes, les jeux vidéo, les tchatbots et autres petits amis virtuels, en plus des sexbots. Vous suivez ?

L'idée est qu'au lieu d'utiliser des machines pour "bêtement" assouvir nos pulsions, nous y trouvions des relations réelles, dynamiques, sexuelles mais aussi sentimentales ou amoureuses.

Trop technologique ? En fait, pas tant que ça. Cette érobotique s'inscrit dans une réflexion plus large concernant ce qui est digne, ou pas, de notre amour et de notre attention. Et c'est là que ça devient intéressant. Nous venons de donner le droit aux homosexuels de s'aimer (sans se planquer) (enfin, autant que possible). Peu de temps avant, nous avions donné le droit au divorce et au remariage (permettant d'aimer à nouveau et légitimement).

Dans son dernier bouquin, Paul Preciado étend les limites de l'amour (sans sexualité) aux animaux, aux personnes historiques, mortes ou fictionnelles, aux idées, et aux villes. Agnès Giard avait auparavant raconté comment une poupée peut non seulement recevoir notre amour, mais le renvoyer. Selon Zava, les deux-tiers d'entre nous ont connu leurs premiers émois en regardant un acteur ou une actrice - qu'a priori nous n'avons jamais rencontré en vrai.

Toutes ces formes d'amour-là ne sont pas encore banalisées, mais on les voit prendre de l'ampleur dans le discours public - nous avons, manifestement, envie de plus de formes d'amours, qui ne seraient pas forcément fondées sur les codes de l'amour entre humains.

Cette aspiration-là me semble parfaitement respectable, et surtout, hautement intéressante. Notre créativité sentimentale va pouvoir s'exprimer de manières entièrement nouvelles : une autre énergie, d'autres enthousiasmes, d'autres passions. Alors d'accord, ça commence par de nouveaux mots. Mais qui peut vraiment souhaiter désirer moins ?

Devriez-vous coucher le premier soir ?

Bienvenue au troisième millénaire : aux Etats-Unis, à peine 3% des femmes sont d'accord pour coucher le premier soir. 4% le deuxième soir. 11% le troisième soir. Un quart d'entre elles attendra le mariage, 22% vous feront poireauter au moins jusqu'au septième rendez-vous.

Et les hommes ? 16% seulement attendront la nuit de noces, et 18% coucheront le premier soir. La moitié d'entre eux seraient prêts, du premier au troisième date. C'est donc une question profondément genrée : il y a ce que les hommes se permettent, et ce que les femmes se permettent. Chez les conservateurs, la norme voulant qu'on "se respecte" perdure, ainsi qu'une vision économique du sexe : si une femme se donne trop vite, alors elle perd de sa valeur. Si une femme couche le premier soir, elle se donne en échange de rien. Si une femme accepte de faire tomber cette barrière, alors l'homme la quittera, parce qu'il aura eu "ce qu'il voulait" (sous-entendu : les hommes ne veulent pas de relations avec les femmes, juste tremper leur nouille).

Pendant ce temps... en France, on se demande s’il faut attendre le soir (alors qu'on peut coucher dès le premier déjeuner). Sommes-nous moins conservateurs ? Oui. Mais pour les femmes, la stigmatisation existe encore.

Alors, attendre, ne pas attendre ? A ceux d'entre vous qui se demanderaient (à juste titre) pourquoi attendre, je répondrais qu'il pourrait s'agir d'une question de cohérence culturelle. Si le meilleur moment dans le sexe, c’est quand on monte les escaliers, alors nous devrions préférer les escaliers interminables. Nous devrions laisser monter la tension, nous offrir une première nuit absolument explosive, avec quelqu'un qu'on connaît mieux, qu'on a peut-être déjà eu le temps d'embrasser, de déshabiller, de sucer ou lécher - parce que comme d'habitude, quand on parle de "coucher le premier soir", nous parlons de pénétration (vous pouvez coucher le premier soir sans pénétration).

Pourquoi est-ce qu'on n'attend pas ? Parce qu'on a pas envie, parce qu'on se désire trop. D'accord. Mais aussi parce que certains hommes ont peur de rater une séance de sexe, comme si cette séance allait être la dernière de leur existence - quitte à transformer une nuit fantastique en rapport à l'arrache. Or soyons réalistes : quand on va vite, on ne va pas franchement loin. Le rapport est déceptif, l'interaction ne donne pas envie de revenir... En fait, à vouloir passer au lit aussi vite que possible, on se débarrasse de la tension sexuelle - on se débarrasse du sexe.

Cette peur de rater (qu'on pourrait qualifier de FOMO sexuel) apparaît de manière limpide dans les conseils des "experts en drague" (les guillemets sont de rigueur) : il faut conclure aussi rapidement que possible, parce que les femmes sont versatiles et qu'elles pourraient changer d'avis. D'où un bagage technique souvent révoltant, visant à interdire aux partenaires de changer d'avis - notamment en faisant en sorte qu'elles n'aient pas le temps.

Ici, je me permets une remarque de femme : si je change d’avis, je n’avais pas envie. Ou pas vraiment. Et si je n’avais pas vraiment envie, alors ce n’était pas la peine d’insister. On ne "perd" jamais de bon rapport sexuel, parce que dans ces conditions, soit il se produit, soit il sera reporté à la prochaine date disponible, aussi rapidement que possible. On ne peut "perdre" que le sexe en demi-teinte, hâtif, ivre, maladroit, insécure.

En faisant peser une pression sur le premier soir, sur le "passage à l'acte", on réactive en outre le cliché de la femme traquée comme une biche, les fantasmes d'hommes-chasseurs et conquérants. Nous sommes un paquet à en avoir marre.

Alors, attendre, ne pas attendre ? Ca n'a aucune importance : la seule question qui vaille concerne celle du désir optimal, du plaisir optimal. Quelles sont les conditions d'une bonne séance de sexe ? Peut-être la première nuit, peut-être la trentième. Mais la peur de rater ne constitue pas un barème acceptable - encore moins une excuse à des stratégies douteuses. Si le sexe va être médiocre, faites le choix du long terme : attendez le bon sexe. Vous le valez bien.

Google, Twitter et Facebook observent vos masturbations : faut-il s'inquiéter ?

L'info est passée relativement inaperçue durant cette période de vacances : une étude américaine a montré que 93% des sites pornographiques transmettent vos données personnelles à d'autres acteurs du marché. Est-ce sérieux ? Oui : les chercheurs ont analysé 22 484 sites, dont seulement 17% vous permettent de lire vos droits en matière vie privée - et même chez cette minorité de sites qui prétendent jouer la transparence, les petites lignes sont écrites de manière tellement compliquée qu'on estime qu'il faut au moins deux années d'études universitaires pour les comprendre.

44.97% connaissent votre genre et votre orientation sexuelle (grâce à vos préférences), vous suggèrent du contenu spécifique... et rebalancent ces données ailleurs - en moyenne, à sept "tierces parties" différentes. Y compris en mode privé. Sur le document d'études, un schéma surréaliste permet de voir flotter vos données personnelles jusque chez Twitter (si vous surfez sur Pornhub), Amazon (si vous vous masturbez chez BongaGams), et massivement chez Google (si vous allez sur toutes les grosses plateformes).

Avez-vous renoncé à toute forme de vie privée depuis déjà une bonne décennie - entre cookies, géolocalisation, espionnage industriel, et autres applis originaires de pays non-démocratiques ? Certainement. Du coup : pour la pornographie, est-ce grave ? Oui. Pas forcément tout de suite, pas forcément pour votre cas personnel, mais c'est très grave.

Si vos données fuitent et que vous ne regardez pas uniquement du sexe hétéro et convenable, alors vos préférences pourront être utilisées contre vous dans des pays où certaines pratiques sont passibles de prison ou de mort - sur l'homosexualité par exemple, on parle de 72 Etats, dont 11 appliquent la peine de mort.

Si vous êtes une personne publique (chefs d'entreprises, acteurs, lobbyistes, politiciens, etc), alors évidemment, il y a de quoi faire pression sur vos décisions, sur votre famille et sur votre carrière.

Par ailleurs, ce n'est pas comme si les sites pornographiques étaient balèzes en sécurité informatique : les scandales de données volées (avec les noms, emails, parfois cartes de crédit) n'ont pas été particulièrement rares ces dernières années. Ces plateformes sont des passoires, elles sont opaques, et sans être forcément malveillantes, on ne peut pas dire qu'elles se caractérisent par leur bienveillance ou leur sens civique.

Alors, qu'est-ce qu'on fait ? En attendant une hypothétique liste blanche de la pornographie, soit vous devenez maître en l'art de cacher vos traces, soit vous abandonnez ces plateformes dont les pratiques sont de toute manière discutable... soit vous prenez le risque. Bon courage pour faire cet arbitrage...

Before yesterdayBridge> Sexactu

Article body couldn't be loaded. It must be a bug!

Article body couldn't be loaded. It must be a bug!
❌