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Today — September 23rd 2020Bridge> Slate

L'Europe a changé de ton face à la Chine

Malgré une volonté politique affichée des deux côtés, le sommet entre Xi Jinping et les dirigeant·es de l'Union européenne n'a pas réglé tous les sujets mis sur la table des négociations.

Temps de lecture: 6 min

En 2001, l'Union européenne avait fortement milité pour que la Chine entre dans l'OMC. Être à l'intérieur de cette Organisation mondiale du commerce devait, aux yeux des dirigeants occidentaux, mener à un résultat évident: la production et les échanges chinois allaient se libéraliser.

Au lieu de cela, le désarmement douanier promu à l'intérieur de l'OMC a largement ouvert à la Chine les marchés des pays riches tandis qu'elle n'est pas devenue plus perméable aux produits internationaux. Elle n'a notamment guère abaissé ses tarifs aux frontières et elle soutient avant tout les entreprises chinoises. Au début du XXIe siècle, nombreux étaient ceux qui estimaient qu'en s'enrichissant, la Chine deviendrait plus démocratique. Or, cette perspective ne s'est pas du tout confirmée tandis que le pays devenait la deuxième puissance économique au monde.

Si bien que les positions de l'Europe à l'égard de la Chine ont grandement évolué. Un sommet Union européenne-Chine était prévu à Leipzig le 10 septembre. En raison des limites que le coronavirus a imposées aux transports, il s'est déroulé sous forme de visioconférence. Se sont donc retrouvés, chacun sur une partie d'un grand écran, le président chinois Xi Jinping et les dirigeant·es de l'Union européenne: la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Charles Michel ainsi que la chancelière Angela Merkel, l'Allemagne assurant actuellement la présidence tournante de l'Union européenne.

Ce sommet UE-Chine a confirmé une volonté nouvelle des Européen·nes de mettre en cause les positions chinoises. C'est ce qu'explique Pascal Lamy, qui avant d'être directeur général de l'OMC, était en 2001 commissaire au Commerce extérieur de la Commission européenne: «C'est clair qu'avec la nouvelle Commission européenne, le nouveau Parlement, il y a un changement d'inflexion et en tout cas d'ores et déjà un changement de tonalité à l'égard de la Chine –l'idée s'étant répandue depuis un certain temps que les Chinois sont plus dangereux qu'on avait tendance à le penser. C'est une évolution assez lente mais assez nette que la crise du Covid-19 a accentuée. Les Chinois s'y sont très mal pris et leur offensive médiatique face à la pandémie a fait boomerang. L'image de la Chine en Europe a été fortement dégradée par le Covid.»

Cette mauvaise image de la Chine a sans doute contribué à resserrer les rangs des pays européens et à conforter les positions de la Commission. La Chine, de son côté, aurait sans doute préféré accentuer ses relations avec des pays européens de l'est et du sud, tout en ayant des échanges importants avec l'Allemagne et en ignorant le plus possible les instances de Bruxelles.

Cette relation diversifiée avec l'Europe aurait été d'autant plus utile pour Pékin que, depuis deux ans, son économie n'est pas ménagée par l'Amérique de Donald Trump qui impose des taxes à toutes sortes de produits chinois importés. Tout cela a fait que, lors de la rencontre virtuelle du 14 septembre, Xi Jinping n'est pas arrivé en position de force.

Coopération soumise à réciprocité

Il y a eu lors de ce rendez-vous UE-Chine quelques avancées techniques que la presse chinoise a mises en avant. La Chine ne devrait plus systématiquement exiger que les entreprises qui s'installent sur son territoire transfèrent leurs technologies. La perspective d'une transparence des subventions publiques aux entreprises chinoises semble avoir fait quelques progrès. Et surtout, fin 2020, devrait être signé un engagement sur le respect des indications géographiques protégées (IGP) d'une centaine de produits agricoles européens importés en Chine. Cet engagement est destiné à empêcher leur contrefaçon, sous peine de poursuites devant les tribunaux chinois.

En revanche, la demande que le marché chinois soit plus ouvert aux entreprises européennes n'a guère progressé. Il s'agirait que Bruxelles signe un accord sur les investissements –dont la mise au point traîne depuis sept ans– qui permettrait aux entreprises de l'UE d'être traitées dans les mêmes conditions que le seraient les entreprises chinoises en Europe.

Après la rencontre, la chancelière Merkel a affirmé que «la volonté politique doit être là pour conclure un accord sur les investissements. Et la volonté politique est là, des deux côtés». Xi Jinping a estimé que les négociations sur ce sujet devaient être «accélérées» afin d'aboutir en décembre. Mais il y a d'autres domaines où les Européens demandent aux Chinois de la réciprocité, comme le secteur de l'automobile ou celui des télécommunications. Tout cela reste en négociation.

Angela Merkel (depuis Berlin) et Ursula von der Leyen lors du sommet en visioconférence avec Xi Jinping, le 14 septembre 2020. | Michele Tantussi / POOL / AFP

Ursula von der Leyen considère que la Chine est à la fois un partenaire incontournable et un «rival stratégique». Ce qui donne à l'Europe le désir de coopérer avec la Chine tout en défendant ses intérêts et ses valeurs. En tout cas, le 16 septembre, deux jours après le sommet sino-européen, Ursula von der Leyen prononçait le discours annuel sur l'état de l'union devant le Parlement européen. Parlant de la Chine, elle a déclaré: «Il reste encore beaucoup à faire en ce qui concerne l'accès équitable aux marchés pour les entreprises européennes, la réciprocité [...] Notre partenariat en matière de commerce et d'investissement reste déséquilibré.»

La question des droits humains reste taboue

Les discussions Europe-Chine s'étendent désormais, beaucoup plus nettement que naguère, aux questions de libertés publiques. Le 14 septembre, les dirigeant·es européen·nes ont haussé le ton dans ce domaine. Charles Michel a indiqué avoir fait savoir à Xi Jinping que «la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong continue de susciter de graves préoccupations». L'ancien Premier ministre belge ne s'en est pas tenu à ce seul sujet. Il a également «réitéré des inquiétudes sur le traitement par la Chine des minorités au Xinjiang et au Tibet, ainsi que sur le sort réservé aux défenseurs des droits de l'homme et des journalistes».

Il est probable que le président chinois n'ait pas apprécié ce genre de propos. Après le sommet, l'agence Xinhua a indiqué que «l'intérêt fondamental pour la Chine consiste à sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et son unité nationale». En ce sens, l'agence a cité une mise au point de Xi Jinping: «La Chine est fermement opposée à toute personne et à toute force créant instabilité, division et trouble en Chine, et elle rejette fermement l'ingérence de tout pays dans ses affaires intérieures.»

«Nous devons toujours dénoncer les violations des droits de l'homme [...] et où que ce soit, à Hong Kong ou chez les Ouïghours.»
Ursula von der Leyen dans son discours sur l'état de l'Union, le 16 septembre 2020

Quant aux remarques sur les droits humains de la part des dirigeant·es européen·nes, le chef de l'État chinois est tout aussi ferme: «Il n'y a pas qu'une voie pour le développement des droits de l'homme dans le monde», dit-il dans la dépêche publiée par Xinhua, en précisant: «en ce qui concerne les droits de l'homme, la Chine n'acceptera pas que d'autres pays lui fassent la leçon».

Xi Jinping demande donc à l'Europe de bien vouloir ne parler que des sujets économiques lors de rencontres UE-Chine quand il conclut: «La Chine est prête à renforcer les échanges et à faire des progrès avec la partie européenne sur la base du principe du respect mutuel.» Il n'y a pas eu de déclaration commune de l'Union européenne et de la Chine à l'issue de la réunion télévisée du 14 septembre. Mais le ministère chinois des Affaires étrangères a fait savoir qu'il était possible d'envisager une visite d'envoyé·es de l'Union européenne au Xinjiang.

En tout cas, Ursula von der Leyen maintient sa position quand, toujours à propos de la Chine, elle déclare devant le Parlement européen: «Il est incontestable que les systèmes de gouvernance et de société que nous promouvons sont très différents. Nous croyons à la valeur universelle de la démocratie et aux droits de l'individu. L'Europe a elle aussi ses problèmes –pensons par exemple à l'antisémitisme. Mais nous en débattons dans la sphère publique. Non seulement la critique et l'opposition sont acceptées, mais elles sont protégées par la loi. Nous devons donc toujours dénoncer les violations des droits de l'homme lorsqu'elles se produisent et où que ce soit, à Hong Kong ou chez les Ouïghours.»

En Chine, les transformations libérales de la société attendues et souhaitées par l'Occident ne sont visiblement pas à l'ordre du jour. Pascal Lamy l'admet: «Sur le plan économique, l'entrée dans l'OMC a entraîné une libéralisation économique de la Chine, en tout cas jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping. L'économie chinoise a pénétré l'économie internationale mais elle a aussi été pénétrée, et davantage, par l'économie internationale. Donc, l'entrée de la Chine dans l'OMC a eu les effets économiques qu'on attendait sur le plan de la croissance des échanges et cela a boosté l'économie mondiale. Certains à des degrés divers –et j'en étais sans enthousiasme– pensaient qu'à long terme, l'ouverture de l'économie chinoise pourrait se traduire par des ouvertures politiques. Ça ne s'est pas encore passé.»

Aujourd'hui, les Européen·nes veulent manifestement faire bouger les lignes en essayant de pousser la Chine à faire disparaître certaines atteintes aux droits humains et à instaurer plus de démocratie –une évolution pas si facile à provoquer. Pour son ouverture économique, la Chine a certes besoin de l'Europe, qui est son premier partenaire commercial, mais l'inverse est tout aussi vrai.

Peut-on exister dans l'espace public français quand on porte un hijab?

Imane Boun, qui a quitté Twitter après une reprise insultante de la journaliste Judith Waintraub, n'est pas la première à être visée par des propos islamophobes au seul motif de porter le voile.

Temps de lecture: 6 min

Une femme a quitté Twitter à la suite d'une vague de harcèlement. Cela aurait pu être un événement tristement banal si une des personnes ayant pris part au torrent d'injures n'était pas une journaliste confortablement installée dans le solide entre-soi des élites parisiennes. Imane Boun, étudiante modeste, a généreusement offert de partager sur Instagram des recettes permettant de se nourrir pour un budget contraignant de 60 euros par mois. Son succès –elle est alors suivie par des dizaines de milliers de personnes– témoigne d'une véritable urgence sociale: celle de répondre aux conséquences de la précarité étudiante.

Une agression raciste passée sous silence

Ce n'est pourtant pas ce qui a retenu l'attention de Judith Waintraub, journaliste au Figaro probablement étrangère à la crainte de voir des ressources insuffisantes menacer sa capacité à se nourrir à sa faim. Son attention s'est portée sur l'allure de l'étudiante musulmane qui marque sa croyance par le port d'un foulard. Et non contente de s'y attarder, la journaliste l'a attaquée de manière violente en lui attribuant un lien idéologique avec les attentats du 11 septembre 2001 (date à laquelle elle était à peine née).

11 septembre. https://t.co/zdOJmKyTTA

— Judith Waintraub (@jwaintraub) September 11, 2020

Cette odieuse agression raciste provenant d'une journaliste installée dans la sphère médiatique et familière des logiques de cyberharcèlement en direction d'une jeune femme exposée pour la première fois dans un média national fait l'objet de nombreux commentaires indignés. Parmi eux, figurent ceux de trop rares figures politiques comme la ministre Nadia Hai ou la députée Fiona Lazaar, toutes deux –est-ce un hasard?– issues de circonscriptions liées à des quartiers populaires.

Tout dans cette vidéo n’est que générosité : le sourire de cette etudiante, la cuisine qu’elle partage, l’idée de recettes peu coûteuses...
Mais parce qu’elle s’appelle Imane et qu’elle porte un foulard, @jwaintraub fait une allusion triste et indigne. https://t.co/ONhNSLwAjV

— Nadia HAI (@NadiaHAI78) September 11, 2020

Ce n'est que lorsque Judith Waintraub s'est trouvée exposée à des menaces de mort que des réactions ont surgi de toutes part. Cible régulière de ce type d'attaques abominables depuis une décennie, je ne peux que constater que tous et toutes ne bénéficient pas des mêmes témoignages de solidarité lorsqu'elles les subissent. Logiquement, Waintraub a donc reçu le soutien de sa corporation à travers un communiqué de la SNJ du Figaro ainsi que de la part de nombreuses figures publiques allant de l'ancien Premier ministre Manuel Valls à l'actuel ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en passant par le chef de file de LR Xavier Bertrand.

Quels que soient les désaccords, parfois profonds, que j’ai avec @jwaintraub, je condamne vivement les menaces de mort qu’elle reçoit.

— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) September 12, 2020

Aucune de ces personnes n'a pris la peine d'évoquer le sort de l'étudiante violemment jetée à la vindicte publique par l'irresponsabilité inouïe d'une journaliste pourtant aguerrie.

Pas un seul mot pour condamner son accusation odieuse, ni pour soutenir une étudiante solidaire qui n'est coupable que d'avoir osé apparaître en public vêtue de son hijab. Et ce n'est pas Judith Waintraub, pourtant à l'origine de l'agression, mais bel et bien sa victime, ciblée par de nombreuses injures et menaces racistes, qui a fini par quitter Twitter.

Le hijab, un déclencheur d'islamophobie

Quelques jours plus tard, dans un continuum qui en réalité gangrène la vie politique française depuis plusieurs décennies, une autre étudiante, Maryam Pougetoux responsable du syndicat UNEF, est visée par une violente disqualification publique. Dans une volonté manifeste de mise en scène, la députée Anne-Christine Lang a posté une vidéo la montrant quittant une commission de l'Assemblée nationale, à laquelle participait la jeune syndicaliste.

En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaine,à la #laicite et aux #droitsdesfemmes, je ne peux accepter qu’une personne vienne participer à nos travaux à l’#AN en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission.
J’ai donc quitté cette audition #DirectAN pic.twitter.com/6L5PRF2YvX

— Anne-Christine Lang (@AChristine_Lang) September 17, 2020

Elle est alors suivie par plusieurs autres parlementaires. Théâtrale, elle invoque pêle-mêle les «valeurs républicaine, la laïcité» et «les droits des femmes» fustigeant le «hijab» comme «une marque de soumission». Se proclamer féministe et vouloir interdire à une autre femme de prendre place dans la vie politique et citoyenne, voilà qui est pour le moins contradictoire. Aucune disposition légale ou règlementaire n'interdit à un individu portant un signe religieux de prendre part à une telle réunion. D'ailleurs plusieurs responsables religieux ont défilé devant nos député·es sans que quiconque ne s'en émeuve. Comme le rappelle Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, le principe de laïcité «suppose la neutralité de ceux qui exercent le service public, et garantit la liberté des autres sans trouble à l'ordre public».

En réponse aux nombreuses sollicitations:
Une auditionnée,si elle n’exerce aucune mission de service public, peut porter un signe religieux.
La laïcité suppose la neutralité de ceux qui exercent le service public, et garantit la liberté des autres sans trouble à l’ordre public https://t.co/F8oys43P3l

— Nicolas Cadène (@ncadene) September 17, 2020

Ce n'est pas la première fois que Maryam Pougetoux fait l'objet d'attaques faisant fi de son activité ou de son discours. Il y a deux ans, à peine âgée de 19 ans, elle s'était trouvée au cœur d'une polémique nationale. Alors qu'elle prenait la parole contre le dispositif ParcoursSup et son caractère inégalitaire, la responsable syndicale avait été identifiée par Laurent Bouvet, responsable du Printemps républicain, avant de devenir le support de toutes les insinuations islamophobes qui, sans aucune retenue –à l'image de Charlie Hebdo qui en sa une l'a caricaturée d'un visage simiesque–, n'ont cessé de remettre son humanité en cause.

Cette semaine : inédit de @SalmanRushdie, #Israel-#Palestine : les arabes sortent-ils de l’Histoire ? La foi anti-laïque de l’@UNEF par @LaureDaussy. Félix a assisté au #RoyalWeddding dans un pub, Coco explicite les films de Luc Besson, et bien plus.https://t.co/UiY7mRTsWN pic.twitter.com/4F5gwli4r5

— Charlie Hebdo (@Charlie_Hebdo_) May 23, 2018

Une attaque sexiste au nom du féminisme

Qu'elles soient engagées pour aider d'autres étudiant·es modestes à boucler leurs fins de mois sans sacrifier leur équilibre alimentaire ou élues par leurs pairs, et donc légitimement en charge du relais de leur revendications, les femmes musulmanes, dès lors qu'elles portent un foulard, ne sont plus considérées comme des femmes à part entière. Comment peut-on raisonnablement qualifier de «soumises» des femmes qui à peine entrées dans l'âge adulte s'impliquent dans des initiatives bénéficiant au bien-être de la jeunesse et dont l'impact est national? Si le problème est leur prétendue soumission, pourquoi l'amplifier en les poussant à se retrancher dans leur sphère domestique et en les qualifiant dans des termes humiliants?

Aujourd'hui, en France, ce qui opprime les femmes musulmanes portant un hijab, ce sont ces propos qui les réduisent à cet attribut vestimentaire et invisibilisent tout ce qu'elles sont susceptibles de dire ou de défendre. Le fait d'associer une femme, quel que soit son propos, à une idéologie terroriste et ce du seul fait de sa pratique religieuse est non seulement raciste, mais aussi sexiste: en présupposant de leurs idées sur la simple base de vêtements, on nie leur faculté à les articuler ou à les formuler de leur propre initiative. Quand Ségolène Royal affirme en parlant de Maryam Pougetoux «elle sait qu'elle provoque», elle s'approprie le logiciel sexiste qui rend les femmes coupables des multiples agressions qu'elles subissent. La seule chose que le port d'un foulard provoque, c'est le racisme de celles et ceux qui sont incapables de voir la personne humaine qui s'en couvre.

Avant Maryame Pougetoux, avant Imane Boun, la chanteuse Mennel Ibtissem candidate au show télévisé «The Voice» a vu sa carrière brisée, quand son apparition a suscité une campagne de disqualification qui l'a conduite à renoncer à une possible victoire.

Je m'interroge sur le sens d'une société capable de soutenir massivement une journaliste irresponsable tout en ignorant la détresse de jeunes femmes contraintes de quitter l'espace public. Accepter le fait qu'il soit, dans notre pays, aussi commun de commenter la manière dont les femmes présentent leur corps et rendre l'exclusion d'une partie de la population dans un pays prétendument laïc du simple fait de son apparence est parfaitement indigne. Cela nous place dans une position guère plus respectable que celle de ceux qui contraignent les femmes à n'apparaître que le corps couvert selon leurs critères.

Sous prétexte de féminisme ou de laïcité, il n'est en réalité question que de la négation de la pluralité des choix que les femmes sont en droit d'engager pour disposer de leurs corps. En 2020, notre sphère publique refuse obstinément de proposer un cadre équitable et serein permettant à chacun·e d'y exercer sa libre expression, et c'est une honte pour la République.

«Rage», ou comment Trump s'est tiré une balle dans le pied

Dans le dernier livre de Bob Woodward, on assiste au sabordage de Trump par Trump.

Temps de lecture: 10 min

Si les livres peuvent encore avoir un impact politique (et c'est un si très spéculatif), alors Rage, dernier profil présidentiel en date signé Bob Woodward, devrait devenir un best-seller susceptible de déterminer l'issue de l'élection. Il ne se contente pas de citer des sources anonymes critiquant les politiques et la personnalité de Donald Trump: il attrape le principal intéressé en flagrant délit de débitage d'âneries accablantes (lors de dix-sept interviews, accordées de janvier à juillet 2020), officielles et enregistrées. Tout le monde attendait que quelqu'un·e fasse fuiter des enregistrements secrets de Trump en train de dire des choses épouvantables. Qui aurait pu prédire qu'il les confierait de lui-même à un des journalistes les plus célèbres du monde, étant enregistré et en le sachant!

Vous avez sans aucun doute lu ou même entendu le plus gros scoop: Trump savait déjà en janvier que le coronavirus était bien plus mortel que la grippe, que sa transmission était aéroportée et qu'il ne tuait pas que les personnes âgées mais aussi les jeunes. Ce qui ne l'a pas empêché d'expliquer au public que tout allait bien et que les microbes allaient bientôt disparaître –aujourd'hui encore, il encourage des milliers de supporters à assister à des meetings bondés à visage découvert, il se moque de Joe Biden parce qu'il porte un masque et il fait pression sur les universités des Big Ten pour qu'elles reprennent leurs matchs de football, et ce pour son divertissement personnel.

La véritable nouvelle ici c'est que contrairement à ce que l'on pensait à l'époque, Trump n'a pas ignoré les scientifiques ou récusé leurs conseils lorsque la pandémie a éclaté. Non, il a très bien compris leurs analyses et leurs prédictions. Il a juste décidé de ne rien faire –et, pire encore, d'encourager les autres à ne pas faire grand-chose non plus. Avant, nous ne pouvions que spéculer que Trump était personnellement responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes; maintenant nous le savons. Woodward lui a soutiré d'autres révélations, moins médiatisées mais tout aussi impressionnantes.

«Plus ils sont durs et malfaisants, mieux je m'entends avec eux»

Par exemple, il a obtenu les lettres échangées avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un –«des lettres magnifiques», selon le président américain– qui révèlent que Trump était encore plus crétin qu'on ne le croyait. «Chère Excellence», commence la première lettre de Kim, et Woodward ajoute que Trump a relevé cette salutation ultra respectueuse «avec fierté». Un autre joyau épistolaire de Kim commence ainsi: «Je suis ravi d'avoir noué de bonnes relations avec un homme d'État aussi puissant et éminent que Votre Excellence», avant de comparer leur rencontre à «une scène de film fantastique». Woodward rapporte que ces lettres ont «émerveillé» les analystes de la CIA, impressionnés par le talent déployé par leur auteur pour flatter le «sentiment de grandeur de Trump» et son désir d'être vu en train de prendre «une place centrale dans l'histoire».

Quand Woodward lui demande de raconter ses impressions lors de sa première rencontre avec Kim au sommet de Singapour, Trump répond: «Il y avait plus de caméras que je n'en avais jamais vu je crois, plus de caméras qu'aucun être humain dans l'histoire [sic]», plus encore qu'il n'en avait vu à la cérémonie des Oscar. Ensuite, il offre à Woodward une affiche le montrant en train de serrer la main de Kim à la frontière entre les deux Corée. «C'est moi et lui», dit-il à Woodward, tout excité. «C'est la ligne, voyez? Ensuite je suis passé par-dessus la ligne. Plutôt cool.» Il poursuit en se vantant que Kim «me dit tout. [...] Il a tué son oncle et a déposé le corps juste sur les marches, là où sortaient les sénateurs. Et la tête était [...] coupée, posée sur le torse. Nancy Pelosi a dit: “Oh, destituons-le.” Vous trouvez que c'est un truc de dur? Ça, c'est un truc de dur.» Une vraie groupie. Pas étonnant que Kim et tous les autres dictateurs de la planète roulent le président américain dans la farine; c'est une cible si facile.

À un moment, en parlant du président turc Recep Tayyip Erdoğan, Trump dit à Woodward: «C'est drôle, les relations que j'ai, plus ils sont durs et malfaisants, mieux je m'entends avec eux. Vous savez? Il faudra m'expliquer ça un jour, hein?» Woodward écrit: «Ça ne serait pas trop difficile à expliquer, ai-je pensé, mais je n'ai rien dit.»

Dans tout le livre, Woodward exprime à quel point il est choqué (et on se demande bien pourquoi) par la superficialité de Trump. Quand on l'interroge sur sa stratégie pour gérer la pléthore de crises qui le frappent, Trump réplique: «Je n'ai pas de stratégie», à part «faire du bon boulot». Il dit qu'il a su tout de suite que Kim et lui s'entendraient à merveille, de la même manière que «quand vous rencontrez une femme, en une seconde vous savez si oui ou non il va se passer un truc». Trump ne cesse d'étaler, encore et encore, son insécurité pathologique. «Je ne crois pas qu'Obama soit intelligent», juge-t-il. Et il ajoute: «Hey écoutez, j'ai été dans les meilleures écoles, j'étais très bon. [...] Vous savez, ils parlent de l'élite [...]. Ils ont de belles maisons. Non, moi j'ai beaucoup mieux qu'eux, j'ai tout mieux qu'eux, y compris l'éducation.» Son oncle, comme il l'a répété moult fois, était un brillant professeur au MIT qui s'y connaissait en armes nucléaires –«donc je comprends ces trucs-là», explique le président. «Vous savez, c'est génétique.» Il se vante d'être numéro 1 sur Twitter et Facebook, comme si ce genre de distinction pouvait avoir la moindre importance pour un être humain adulte. Woodward a fait ses recherches et révèle qu'en réalité, il a le neuvième compte le plus populaire sur Twitter et qu'il est dépassé par plusieurs dizaines d'autres sur Facebook.

Enfin il y a, va-t-on dire pudiquement, l'insensibilité raciale de Trump. Au milieu des manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par la police, Woodward confie à Trump qu'en tant que Blanc privilégié, il n'a compris que très récemment la nécessité d'appréhender et de gérer la colère et la souffrance des Noir·es, et il demande à Trump s'il a eu le même genre de révélation. Trump répond: «Non. Vous gobez vraiment n'importe quoi, hein? Non mais écoutez-vous. Wow. Non, je n'ai pas du tout cette impression» –puis il prétend, pour la énième fois, qu'il en a fait davantage pour aider les Noir·es que tous les autres présidents à part Abraham Lincoln, mais ajoute: «Honnêtement, je ne ressens aucun amour en retour.»

Les meilleures sources de Bob Woodward

«Trump n'est pas l'homme qui convient à ce poste», écrit le journaliste à la toute fin du livre, et si cette bombe ne détone clairement pas avec la violence qu'il attendait, elle étonne un tantinet car c'est le genre de jugement que Woodward –l'ancien parvenu devenu chroniqueur poli du gratin de Washington– n'a jamais exprimé si ouvertement dans ses livres précédents.

À 77 ans, bien plus d'une demi-vie après que lui et Carl Bernstein ont fait tomber le président Richard Nixon avec leur reportage sur l'affaire du Watergate, Woodward semble plus désireux –et se sent peut-être plus légitime– de prendre place dans le récit et d'exprimer ouvertement son point de vue. Sous bien des aspects cependant, il est le même. Il n'a pas son pareil pour amasser des documents secrets, des informations d'initiés, des scoops éclatants. Mais il est aussi prisonnier de ces scoops. Il ne sait pas vraiment quoi faire avec. Il compte minutieusement tous les anneaux des arbres à terre mais il ne regarde pas la forêt de près ni ne se demande pourquoi ces arbres sont tombés. Dans une interview accordée en 1989 à Playboy, dirigée par le journaliste et historien J. Anthony Lukas, Woodward a reconnu que l'analyse n'était pas son point fort et ajouté: «Je suis tout bonnement incapable, et c'est un gros défaut, de prendre A, B, C et D et de dire: “OK, maintenant on a E.”» Si vous voulez connaître ce qui a motivé Kim lorsqu'il a rencontré Trump ou pourquoi leur deuxième sommet à Hanoï, au Vietnam, a été une catastrophe, Woodward n'est pas l'auteur qu'il vous faut. Si ce que vous attendez c'est une visite à grande échelle du paysage politique dans lequel Trump exerce son pouvoir, là encore allez voir ailleurs.

Le truc de Woodward, ce sont les portraits de présidents confrontés au pouvoir et à des crises. Même là, il est très dépendant de ses sources et on peut toujours déterminer quelles sont les meilleures sources de Woodward, parce que ce sont elles qui finissent par en ressortir grandies. Jim Mattis, général à la retraite qui a démissionné en protestation lorsqu'il était secrétaire à la Défense de Trump, a clairement été une source majeure de cet ouvrage.

Dans tout le livre, Woodward exprime à quel point il est choqué (et on se demande bien pourquoi) par la superficialité de Trump.

Par conséquent, nous pouvons y lire: «Mattis avait une apparence de marin stoïque et une posture ostentatoirement autoritaire, mais son sourire ouvert, éclatant et engageant adoucissait son aura.» Autre source majeure: Dan Coats, que Trump a renvoyé lorsqu'il était directeur du renseignement national. Et donc: «Dan Coats est un homme à l'apparence faussement tranquille. Détaché, jamais sur la défensive, il ne se laissait pas impressionner par la complexité des choses. Mattis se surprenait souvent à penser que Coats était un haut fonctionnaire modèle –trop honnête, peut-être.»

Woodward semble aussi avoir beaucoup échangé avec Jared Kushner, gendre et conseiller spécial de Trump, qu'il décrit comme un homme «intelligent, organisé, sûr de lui et arrogant» –définition dont Kushner s'est probablement gobergé en société. Mais même Woodward arrive à lire à travers la superficialité couarde de Kushner. Il cite l'ancien secrétaire d'État Rex Tillerson (autre source traitée avec égards), qui aurait trouvé les ronds de jambe de Kushner devant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou «à vomir». Et il cite le gendre du président, après les départs volontaires ou forcés de Mattis, Tillerson et d'autres, disant: «Nous nous sommes débarrassés d'un bon paquet d'idiots trop sûrs d'eux», ce qui permet à l'administration d'avoir dorénavant «beaucoup plus de gens sérieux qui en gros savent rester à leur place et savent quoi faire» –prouvant que Kushner est tout aussi enclin au sabordage et apte aux projections que son beau-père.

Rage est un ouvrage de meilleure qualité et plus précieux que Fear, le premier livre de Woodward sur la présidence de Trump, parce qu'il est construit autour de ses conversation avec Trump lui-même –et le nombre de balles que le président se tire dans le pied est, même selon ses critères à lui, assez remarquable.

Que Trump est-il donc allé faire dans cette galère?

Pourquoi Trump a-t-il accepté de parler à Woodward? En partie pour les mêmes raisons qui motivent nombre de célébrités passées avant lui: parce que cela signifie qu'elles finiront dans les livres d'histoire et que si elles arrivent à charmer Woodward, elles apparaîtront sous un jour flatteur. Trump était clairement convaincu qu'il était capable de charmer Woodward. Fear «était affreux, mais c'était ma faute. J'aurais adoré vous voir. Mais ils ne m'ont pas dit que vous aviez appelé», lui a-t-il confié. Ça aussi, c'est un mensonge: le sénateur Lindsey Graham avait exhorté Trump à parler à Woodward pour ce premier livre et pour le second aussi –politesse que Woodward lui rend en disant que Graham, parfois, «délivrait des conseils avisés, pressant Trump d'adopter un point de vue stratégique». Un exemple: lorsque Graham dit à Trump (ou en tout cas dit à Woodward qu'il a dit à Trump) que l'approche par «la loi et l'ordre» des tensions raciales du pays du président rappelle le ségrégationniste George Wallace et que cela va lui coûter les élections.

Donc Trump parle à Woodward, pendant des heures. De temps en temps, il s'inquiète à haute voix à l'idée que le stratagème fasse long feu. «J'espère que je ne suis pas en train de perdre mon temps», confie-t-il au journaliste. Il se rappelle que George W. Bush «a passé plein de temps avec [lui], et qu'[il] l'[avait] fait passer pour un imbécile». Le livre sur Trump sera sûrement aussi un «bouquin pourri», estime le président, parce que c'est comme ça que les journalistes le traitent, c'est comme ça que tout le monde le traite.

Woodward est le premier à transcrire Trump en train de verbaliser son narcissisme et sa paranoïa sans s'en rendre compte, ce qui le rend encore plus dangereux.

À un moment dans le livre, Trump se plaint à Lindsey Graham de toutes les injustices qui lui tombent dessus –la pandémie, le confinement, le meurtre de Floyd, les manifestations. «Ça fait partie du jeu quand on est président», répond Graham. «Il se passe des choses.» Mais non, Trump se considère comme le malheureux objet d'une injustice cosmique, comme une victime de l'univers. Au cours de l'une de leurs interviews, il montre à Woodward des vidéos extraites de son discours sur l'état de l'Union de 2019. La caméra montre le sénateur Bernie Sanders qui, aux yeux de Woodward, «a l'air de s'ennuyer», ce que Trump interprète d'une tout autre manière. «Ils me détestent», affirme Trump. «C'est de la haine que vous voyez là.» Ensuite ils passent à un plan de la sénatrice Elizabeth Warren, «qui affiche une expression neutre et sans la moindre émotion». Trump s'exclame: «De la haine!» Puis c'est au tour de la sénatrice Kamala Harris, «au visage sérieux, voire poli». Trump la montre du doigt et se met à crier: «De la haine! Regardez cette haine! Regardez cette haine!»

Woodward n'est pas le premier auteur ou journaliste à décrire Trump comme un narcissiste dangereux, trompeur, paranoïaque et empêtré dans des situations inextricables. Mais il est le premier à transcrire Trump en train de le verbaliser lui-même, encore et encore, apparemment sans s'en rendre compte, ce qui le rend encore plus dangereux. Et pour ça, Rage est une mine d'or.

Le directeur de la rédaction audio du site américain Slate.com est le gendre de Bob Woodward. Il n'est pas intervenu dans l'édition de cet article.

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

Comment les séries en costumes sont devenues cool

Cette semaine dans Peak TV, on dépoussière les séries en costume: de The Crown à Orgueils et Préjugés en passant par Downton Abbey. Jusqu’à récemment, ces séries étaient formellement très classiques, et avaient même tendance à sentir un peu le renfermé. Mais ça, c’était avant. Désormais, la poétesse Emily Dickinson fait la teuf sous champis dans Dickinson, et l’impératrice Catherine fait des blagues sur le fait qu’elle a failli être violée dans Catherine the Great. Comment les séries en costumes sont-elles passées de ringardes à subversives?

Un mercredi sur deux, Anaïs Bordages et Marie Telling décortiquent sur Slate.fr les tendances et l'actualité des séries TV. Critiques, analyses et coups de cœur, elles montrent comment les séries reflètent la société... et inversement.

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Musique: «Arpy (Saeptem PeakTV Megamix)», Dan Henig

Photo: Downton Abbey / ITV studios

Yesterday — September 22nd 2020Bridge> Slate

Face et pile du cinéma: «Ondine» et «Lux Æterna»

Le long-métrage de Christian Petzold et celui de Gaspar Noé sont l'un et l'autre des films fantastiques, portés par des interprètes remarquables, et pourtant aux antipodes l'un de l'autre.

Temps de lecture: 4 min

Pile et face? Ils sont loin d'être les deux seuls côtés possibles du cinéma, mais parmi les pas moins de quatorze nouveaux longs-métrages qui arrivent sur les écrans français ce 23 septembre, ces deux titres n'apparaissent pas seulement comme les plus dignes d'intérêt, ils dessinent une possible carte, très partielle mais très parlante, des manières de mobiliser l'art du film.

«Ondine», magie blanche d'un conte actuel

Le nouveau film de Christian Petzold, qui est une des principales figures du cinéma allemand contemporain, et peut-être son meilleur, prend à bras-le-corps les ressources romanesques, narratives et imaginaires du cinéma. Transposition libre et contemporaine du mythe de la sirène trahie et vengeresse, il ne cesse d'en inventer la justesse actuelle, inscrite dans le monde et les sentiments d'aujourd'hui.

C'est un véritable tour de magie blanche qu'opère la mise en scène, grâce à l'imparable cohérence des ressources mobilisées. La plus évidente de ces ressources ce sont les interprètes, et d'abord Paula Beer qui, quatre ans après Franz de François Ozon confirme qu'elle est une actrice exceptionnelle.

Elle est comme le film tout entier, d'une beauté évidente et sûre, et qui en même temps ne cesse de se déplacer, de donner à percevoir autre chose, de plus trouble, de plus triste, de plus enfantin, de plus viril, de plus angoissé.

Tout aussi complexe sous une apparence encore plus simple (le beau gars gentil et costaud), Franz Rogowski propose une incarnation d'une grande subtilité, qui lui aussi participe de ce qui pourrait tenir de la prestidigitation, et frôle l'envoûtement.

Mais il faut encore considérer la présence, impressionnante, de ces immenses maquettes de la ville de Berlin dont l'héroïne est l'historienne inspirée, et qui sont comme le pendant ultraréaliste et précis de la présence légendaire du mythe d'Ondine, qui rôde dans les lacs et les étangs d'Allemagne et du monde. Dans l'un d'eux, elle et lui, Ondine et Christoph, plongent jusqu'au fond de l'amour qui les unit.

Ondine, jeune femme d'aujourd'hui et figure mythique, amoureuse radicale et employée municipale. | via Les Films du Losange

Puisque la principale ressource est là: dans la croyance absolue de Petzold en la possibilité de filmer et de faire partager les sentiments de ses personnages, et les émotions qu'ils peuvent inspirer. Admirable acte de foi, dans le cinéma, dans son public, anti-cynisme radical, fièrement à contre-courant.

Sorcière et amoureuse, implacable et vulnérable, Ondine existe absolument dans le monde urbain contemporain et dans l'univers féérique des contes.

Viennent les monstres, les phénomènes surnaturels, les miracles, les rebondissements dramatiques. Dès lors, ils font partie du seul monde qui soit, le nôtre, celui que les films peuvent nous aider à habiter un peu moins mal, sur la terre comme dans les profondeurs des eaux et des songes.

«Lux Æterna», caméras et sorcières

Avec le nouveau film de Gaspar Noé, c'est l'inverse. C'est-à-dire que c'est finalement très proche. Magie noire cette fois, et envers du décors. La fiction ne croit plus à ses propres sortilèges, les ressources du cinéma sont sans cesse attaquées par le travers, critiquées, moquées, dénoncées.

Peu importe quand, comme ici, ce grand mouvement de dérision à la fois sincère et désespéré s'embrase grâce à un combustible fulgurant: les actrices Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle.

Ce qui s'allume entre elles durant la première partie de ce bref long-métrage (moins d'une heure) est d'une telle justesse à fleur de colère, de tendresse, d'attention blessée mais têtue aux rouages du monde, que c'est comme si toute l'opération Lux Æterna avait été propulsée dans une stratosphère, et une quasi-apesanteur, où tout est permis. Sauf qu'on ne va pas au ciel, mais en enfer.

Dans la pénombre, en plans séquences montés côte à côte sur l'écran divisé comme pour ne rien manquer de ce qui se joue constamment chez l'une et l'autre, Noé multiplie durant ce premier acte les inventions de filmage pour être au plus près d'une intimité, d'une sincérité.

Dialogue sans barrières entre deux sœurs d'écran, celle qui joue la réalisatrice (Béatrice Dalle) et celle qui joue l'actrice (Charlotte Gainsbourg). | via UFO Distribution-Potemkine Films

Il s'agit cette fois de magie noire, assurément, celle qui est supposée s'exercer sur un plateau de cinéma, où Béatrice Dalle interprète une réalisatrice en porte-à-faux avec ses projets et son équipe, en conflit ouvert avec son producteur et son chef opérateur, en déshérence de ce qu'elle tente de raconter.

À l'autre bout du monde –dans la loge d'à côté– l'actrice que joue Charlotte Gainsbourg la soutient et la délaisse, les gouffres ne cessent de s'ouvrir, sous les pas des personnages et sur le chemin du public. Explose l'écran, se fissurent les enceintes, saturent les couleurs, envahit l'obscurité, hurlent les stridences. Jaillit peut-être un éclair de lumière noire, d'anti-matière cinématographique.

Gaspar Noé croit en un cinéma de la disruption, il s'applique à explorer les vertiges intérieurs auxquels les outils de la réalisation seraient susceptibles de donner accès. Après les grandes merveilles modestes et sombres qu'étaient ses deux premiers films, Carne et Seul contre tous (grâce aussi à son acteur d'alors, l'extraordinaire et regretté Philippe Nahon), le résultat de ces précédentes tentatives a paru souvent appliqué, pré-programmé dans son apparente folie.

Le studio de tournage comme vision de cauchemar. | via UFO Distribution-Potemkine Films

Cette fois, grâce à la richesse de la présence humaine apportée par les deux actrices, grâce au fil à haute tension qui relie la situation décrite par la fiction (le tournage d'une séquence de film de sorcières brûlées sur un Golgotha de carton-pâte) et ce qu'on devine du tournage de Lux Æterna lui-même, celui-ci emporte sur le chemin d'une hallucination chromatique et lumineuse. Et devient un trip légitime au bout d'une nuit passionnément terrorisée par la possibilité de faire encore un film.

Expérience limite tant qu'on voudra, grand huit des sensations optiques et sonores, le septième film de Gaspar Noé est quand même une déclaration d'amour, et même une déclaration tendre. Tendre mais irréconciliée: si son titre emprunte à la liturgie du Requiem, nul ici ne sera laissé en repos.

Ondine

de Christian Petzold, avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matchenz

Séances

Durée: 1h30.

Sortie le 23 septembre 2020

Lux Æterna

de Gaspar Noé, avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Felix Maritaud, Karl Glusman, Abbey Lee

Séances

Durée: 51 minutes.

Sortie le 23 septembre 2020

Les secrets d'un bon travail d'équipe

Les équipes les plus performantes ne sont pas nécessairement celles qui regroupent les individus au plus haut QI.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur Wired

Comment faire pour qu'un travail d'équipe soit efficace? C'est la question sur laquelle Anita Woolley, maîtresse de conférences en comportement organisationnel à l'université Carnegie-Mellon, s'est penchée.

On imagine traditionnellement qu'une équipe de travail est meilleure lorsque les individus qui la forment sont intelligents et ont un QI élevé. Anita Woolley, quant à elle, s'est demandé si l'intelligence collective d'un groupe ne pouvait pas dépasser et transcender l'intelligence personnelle de chaque membre.

En collaborant avec une équipe de recherche de MIT, elle a pu rassembler près de 700 volontaires qui ont d'abord passé, individuellement, des tests d'aptitude intellectuelle. Réuni ensuite en groupe de façon aléatoire, chaque individu a dû travailler en équipe sur certains projets: résoudre des énigmes, mener des négociations, etc.

En observant les participant·es, Anita Woolley remarque que les groupes qui sont les plus performants ne sont pas nécessairement ceux qui regroupent les personnes au plus haut QI. Alors qu'elle constate que les équipes dans lesquelles la compétition se fait ressentir ont tendance à obtenir de moins bons résultats, la chercheuse s'aperçoit que les équipes avec davantage de femmes réussissent mieux que celles composées majoritairement par des hommes. Toutefois, la professeure rappelle que la mixité bonifie le travail d'équipe.

À travers sa recherche, Anita Woolley découvre également que les équipes qui communiquent beaucoup sont plus efficaces que celles dans lesquelles un individu monopolise la parole. Enfin, elle rappelle que les groupes composés de personnes attentives aux réactions de leurs co-équipièr·es sont généralement plus productives. Bien que les capacités individuelles soient importantes, cette étude rappelle qu'un bon travail d'équipe consiste à savoir coordonner les compétences de chaque membre.

Vers un travail d'équipe en ligne

Après avoir constaté ce qui permet à une équipe d'être performante en présentiel, la chercheuse a souhaité savoir si les mêmes mécanismes se reflétaient lorsque le travail s'effectue en ligne et à distance.

Les résultats sont sans équivoque. Cette fois-ci encore, les meilleures équipes sont celles dans lesquelles un réel échange entre l'ensemble des participant·es est instauré, grâce aux outils de communication virtuelle. Toutefois, un élément la surprend: l'attention portée aux réactions des collègues reste un facteur bonifiant le travail d'équipe. Bien que les membres ne puissent pas se voir ni appréhender les expressions faciales des autres, les personnes considérant sincèrement les propos de leurs collègues et leur façon de s'exprimer sont un véritable atout.

Le confinement nous a offert une projection du congé paternité allongé

Cette réforme favoriserait l'égalité hommes-femmes si tant est que les représentations de la mère comme principale responsable du bébé n'en limitent pas l'efficacité.

Temps de lecture: 6 min

Les mesures de confinement strictes imposées en France entre mi-mars et mi-mai 2020 ont conduit de nombreux pères avec un nouveau-né à passer bien plus de temps à leur domicile qu'ils ne l'avaient prévu (environ 110.000 naissances sur la période).

Pour eux, et tout particulièrement pour ceux au chômage partiel, l'expérience du confinement a pu se rapprocher de celle d'un congé de paternité de deux mois. Deux mois, c'est quatre fois plus que les deux semaines habituellement destinées aux pères en France. L'Hexagone permet en effet aux pères de prendre trois jours de congés de naissance et onze jours consécutifs de congé paternité utilisables jusqu'aux quatre mois de l'enfant –week-ends et jours fériés inclus.

Vers un allongement du congé paternité?

L'allongement du congé pour les pères a été régulièrement débattu ces dernières années. Fin juillet, Adrien Taquet, secrétaire d'État en charge de l'Enfance et des Familles, a réaffirmé les ambitions du gouvernement de l'étendre à un mois. Pour une partie des personnes qui défendent cette réforme, elle permettrait de mieux répartir les charges familiales occasionnées par l'arrivée des enfants sur les carrières professionnelles des mères et des pères.

Pour les parents qui ont connu une naissance au printemps 2020, le confinement s'apparente à une expérience de ce que pourrait être l'allongement du congé de paternité en France.

L'allongement du congé paternité a été régulièrement débattu ces dernières années et le gouvernement a réaffirmé ses ambitions de l'étendre à un mois.

Comprendre comment les pères avec un nouveau-né ont vécu le confinement et ce qu'ils ont fait durant cette période offre des pistes pour repérer les potentiels effets d'une telle réforme.

Dans cet objectif, nous avons conduit des entretiens approfondis auprès de pères ayant connu une naissance juste avant ou pendant le confinement (de mi-février à mi-avril), dans le cadre d'une recherche sur le congé de paternité. Nous nous concentrons ici sur le cas de sept pères pour qui l'activité professionnelle fut très fortement réduite (trois) voire totalement arrêtée (quatre). Ce petit échantillon permet d'explorer de manière fine leurs différents vécus. Exerçant des métiers diversifiés (cuisinier, électricien, chef de chantier, ingénieur, cadre de la publicité, réceptionniste d'hôtel, instituteur), leurs témoignages nous donnent de premières indications sur comment s'est passé l'accueil d'un enfant dans un tel contexte.

Confiné avec bébé: une chance dans son malheur?

Vivre une naissance au cœur de la pandémie n'est pas une expérience à idéaliser. Le moment de l'accouchement, en particulier, fut compliqué par la restriction des visites à la maternité. La plupart du temps, les pères interrogés n'ont été autorisés qu'en salle de naissance et pour les deux premières heures de vie de l'enfant. L'absence de proches a pu contribuer à faire vivre un fort sentiment d'isolement aux mères, en particulier celles incapables de se déplacer pour communiquer leurs douleurs et inquiétudes à un personnel médical très occupé. Après la naissance, beaucoup furent obligées de prendre en charge leur nourrisson sans leur conjoint durant les trois à cinq jours à la maternité alors qu'elles se remettaient à peine de leur accouchement.

Du côté des pères interviewés, la séparation avec leur enfant quelques heures seulement après sa naissance a pu être vécue comme une véritable épreuve. Si les pères ont évoqué les inquiétudes et la fatigue accumulée par leurs conjointes liées à leur absence à la maternité, ils ont d'un autre côté souligné les aspects positifs du confinement une fois l'enfant au domicile. Malgré leurs potentielles préoccupations sanitaires et financières, ils ont insisté sur la manière dont leur présence au quotidien leur a permis de profiter de leur nouveau-né en le voyant grandir au jour le jour à un âge où l'enfant change très rapidement. Pierre, chef de chantier dont l'activité s'est réduite à deux heures par jour, déclare ainsi que le confinement fut: «Une chance… si on peut dire. Ça m'a permis de le voir s'éveiller, de passer des moments avec lui qui auraient été impossibles autrement.»

Une présence accrue qui favorise l'investissement auprès du bébé

La présence renforcée des pères a pu faciliter l'accueil du nouveau-né et le repos de leur partenaire. En particulier, le confinement a donné la possibilité aux interviewés de «vivre au rythme du bébé», c'est-à-dire de calquer l'organisation quotidienne (sommeil, tâches du quotidien…) à ses besoins et appels.

Cette liberté dans le contrôle du temps s'est révélée avantageuse dans la gestion de la fatigue, les nuits pouvant être éprouvantes pour les parents avec un nourrisson se réveillant toutes les trois ou quatre heures. Souvent, la nécessité de préserver le sommeil du père parce qu'il travaille est une raison évoquée pour expliquer la plus grande implication des mères dans les tâches parentales nocturnes.

La majorité des pères manifeste une certaine fierté à être restés avec leur enfant durant ses premiers mois.

En l'absence d'activité professionnelle, les parents ont pu davantage se relayer la nuit. Pour certains pères interrogés, vivre de près les premiers moments du bébé amène d'ailleurs à une meilleure prise de conscience de l'ampleur du travail de soins et de la disponibilité nécessaire aux nouveau-nés, comme pour Rayane: «Tu restes plus longtemps, donc tu vois ce que sont les galères pour se lever le soir, que tu ne peux même pas faire ta douche tranquille…»

L'investissement des pères dans les tâches familiales a pu être d'autant plus renforcé que certains couples se sont retrouvés coupés d'aide extérieure. Les mesures de distanciation physique ont pu empêcher la venue de proches (souvent des femmes qui ont déjà eu un enfant) initialement prévue pour aider les premiers temps dans l'apprentissage des tâches parentales et la gestion des tâches domestiques. En l'absence de la (belle-)mère, (belle-)sœur ou de l'amie, certains pères interrogés ont donc pris la relève.

Ce que veut dire et ne veut pas dire «être présent»

La plupart des pères interrogés ont spontanément associé le confinement à un congé de paternité étendu. La majorité manifeste une certaine fierté à être restés avec leur enfant durant ses premiers mois, comme Christophe qui remarque: «J'ai fait plus fort que les Suédois !» (en Suède les pères doivent prendre un congé d'au minimum 60 jours, extensibles jusqu'à 480 jours).

Ces réactions révèlent les attentes sociales qui les entourent. Être un bon père, c'est selon leurs mots «être présent» pour l'enfant. En ce sens, faire une coupure professionnelle de deux mois pour l'arrivée du bébé est socialement valorisant. «Être présent» peut néanmoins revêtir des significations très différentes. Pour deux interviewés, il s'agit expressément d'accomplir les tâches parentales autant que leur partenaire.

Les études montrent qu'une grande majorité de pères s'impliquent plutôt dans les activités ludiques ou récréatives. | Nappy via Pexels

Pour les autres, l'importance de la présence paternelle réside plus généralement dans l'idée de faire partie du quotidien de l'enfant pour nouer un lien. Dans ces derniers cas, les pères se considèrent comme des «seconds» ou des «suppléants» qui aident leur conjointe à s'occuper du bébé.

Pour ces pères, l'état de fatigue de leur conjointe lié à l'accouchement requière qu'ils fournissent des efforts exceptionnels dans l'accomplissement des tâches domestiques quotidiennes et la prise en charge du nouveau-né. Ils inscrivent plutôt cet investissement dans une logique temporaire et circonstancielle que dans une routine durable. En effet, les mères posséderaient selon ces pères une compréhension innée et inégalable des besoins de l'enfant, expertise face à laquelle ils se positionnent en solution de secours. Pour Robin par exemple, sa compagne s'occuperait davantage des «tâches essentielles» (liées au soin de l'enfant) du fait de son «instinct maternel», tandis que son rôle de père consisterait d'abord à s'investir dans les jeux.

La manière dont les pères dirigent leur investissement parental prioritairement dans les activités ludiques ou récréatives est un résultat bien établi en sociologie.

Des imaginaires forts toujours présents

L'expérience du confinement n'apparaît pas avoir automatiquement bouleversé cette logique. Ainsi, tous les pères interrogés n'ont pas investi de la même manière le temps libéré par le confinement en fonction de leurs croyances et de leurs représentations sociales préalables sur les rôles que doivent jouer femmes et hommes.

En levant les barrières structurelles restreignant la présence des pères dans les premiers mois de l'enfant, le confinement a esquissé comment l'allongement du congé de paternité pourrait être une première étape vers plus d'investissement des hommes dans les tâches parentales et faciliterait l'accueil du bébé.

Dans le même temps, les témoignages montrent aussi que le confinement n'a pas systématiquement remis en cause les représentations de la mère comme principale responsable de l'enfant, laissant entrevoir les potentielles limites de l'allongement du congé à un mois du point de vue de l'égalité femmes-hommes.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

Quelle est la meilleure place dans les transports pour limiter les risques de contamination?

Train, bus, métro... voici des conseils pour se déplacer prudemment en temps de Covid-19.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur BBC

Depuis l'apparition du Covid-19, notre façon de voyager d'un point A vers un point B a drastiquement changé. Alors que nous cherchions souvent à connaître le chemin le plus rapide, beaucoup souhaitent aujourd'hui entreprendre le voyage qui, sanitairement parlant, sera le moins risqué.

Afin d'éviter d'être contaminé·e, il est essentiel d'adopter certains gestes dans les transports en commun, comme porter un masque ajusté, éviter les heures de pointe, et suivre les recommandations de distanciation sociale. Toutefois, lors d'un trajet, d'autres aspects sont à prendre en compte.

Choisir sa place stratégiquement

Être enfermé·e dans un espace clos avec des personnes qui respirent, toussent, et discutent, augmente les risques d'être infecté·e par le virus. Il est donc conseillé d'éviter les transports en commun et de privilégier la marche, le vélo ou le scooter. De plus, se déplacer en voiture avec des personnes qui partagent son foyer est une solution prudente qui permet d'éviter d'être contaminé·e. Il est néanmoins difficile de conseiller cette option qui risquerait d'augmenter la fréquence des embouteillages et n'est certainement pas bénéfique pour l'environnement.

Avant de prendre le train, le bus ou le métro, il est pertinent de s'intéresser au système de ventilation du moyen de transport. Selon Nick Tyler, chercheur spécialisé dans les transports à UCL, «à l'extérieur, en plein air, les gouttelettes se dissipent dans l'air et le vent. Une fois en intérieur, il y a beaucoup moins de mouvement». Pour cette raison, la meilleure option reste d'utiliser un moyen de transport en commun doté de plusieurs fenêtres, et qu'il est facile d'aérer.

Lors d'un déplacement, il faudrait également prendre en compte le nombre de personnes qui risquent d'y discuter, parfois fort pour se faire entendre. En effet, les endroits bruyants qui incitent les individus à pousser davantage sur leur voix sont plus à risque que les lieux calmes. Il vaut donc mieux entrer dans un wagon silencieux.

Dans les transports en commun, mieux vaut se tenir à distance des autres et ne pas s'asseoir à côté d'un·e inconnu·e. Une récente étude chinoise s'est penchée sur les risques de transmission du virus dans un wagon selon la proximité des personnes assises. La recherche conclut que s'asseoir dans une rangée déjà occupée augmente particulièrement le risque de contamination. En outre, plus un trajet est long et plus il en devient risqué. Cependant, l'étude rassure sur le fait que s'asseoir sur un siège précédemment occupé par une personne porteuse du virus ne devrait pas avoir d'incidence sur la transmission de celui-ci.

Pour les personnes voyageant debout, une étude américaine rappelle qu'il est préférable d'éviter de toucher les barres verticales du métro. La recherche prévient également du risque de rester proche des portes de celui-ci. Bien que cet espace soit probablement le mieux ventilé, il est également le plus convoité.

«Je lutte depuis sept mois pour sortir de cette relation toxique»

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Caroline, qui vit une histoire douloureuse avec un homme qui s'est immiscé de force dans sa vie.

Temps de lecture: 3 min

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Il y a sept mois, lors d'une soirée, j'ai fait la connaissance d'un homme. Physiquement, je n'ai aucune attirance pour lui. Il me fait la discussion et j'accroche avec son calme, sa gentillesse, sa simplicité.

Il me parle de lui: il est séparé, a deux enfants et vit chez ses parents car il a laissé le logement à son ancienne compagne.

En partant, il me demande mon numéro, m'envoie un texto et l'on se revoit une heure après. On passe la nuit à rouler, discuter et au bout de huit heures il se passe un déclic: je lui trouve quelque chose, sauf que je sens que cette relation n'est pas pour moi. Il se dévoile un peu narcissique, un peu égocentrique, mais j'accroche tout de même.

On flirte et je lui dis en rentrant que je ne veux pas le revoir, sauf que voilà: lui en a décidé autrement et insiste mais de manière agréable.

On se revoit chez moi, plusieurs soirs d'affilée, complicité, feeling, coup de cœur, tout s'enchaîne et se passe bien. Sauf que je finis par découvrir qu'il n'est pas célibataire mais qu'il se libère comme bon lui semble. En fait, il ne découche pas, mais rentre à 5 ou 6 heures du matin.

Je vis mal la situation. Je n'accepte pas d'être la maîtresse d'un homme, et encore moins de faire ce que je n'aimerais pas que l'on me fasse, pour l'avoir vécu. Mais l'attirance physique et la complicité sont tellement fortes que même si tous les cinq jours je le quitte, lui ne me laisse pas. Il m'appelle un nombre de fois incalculable, il me couvre de SMS dans lesquels il dit qu'il m'aime et qu'il ne peut pas se passer de moi malgré nos disputes incessantes...

Je lutte depuis sept mois pour sortir de cette relation toxique qui ne m'apporte pas ce dont j'ai besoin, car il me manque les sorties, les nuits à rester dormir ensemble, et surtout qu'il soit célibataire... Quand la tête pense quelque chose mais que le cœur en décide autrement, c'est compliqué. Alors je ne sais plus quoi faire pour enfin être libérée de cette histoire.

Caroline

Chère Caroline,

À chaque étape de cette relation, cet homme a eu un comportement inapproprié en forçant votre attention, votre disponibilité et votre consentement. Une attitude toxique n'est pas forcément le fait de personnes agressives, aux gestes violents. La violence se trouve dans le fait de ne pas respecter le fait que vous ne voulez pas continuer la relation. Elle est dans le fait de s'être acharné à vous charmer alors que vous aviez des réserves sur le physique et le caractère de cette personne.

Vous ne semblez pas encore réaliser combien cette personne est le moteur de votre histoire. Depuis le départ, elle vous force à y prendre part. Une relation ne peut pas être définie par un tel déséquilibre. Vous ne devez pas continuer à voir cet homme, ou n'importe quel homme d'ailleurs, parce qu'il vous désire. Surtout si vous, vous ne le désirez pas vraiment.

Je sais combien c'est flatteur d'être courtisée, d'être au centre de l'attention d'une personne et de recevoir des messages. C'est par son omniprésence, vous le dites vous-même, que cette personne s'assure de rester dans votre vie. Cette relation est parasitaire. Et à chaque geste que vous faites pour reprendre votre liberté, il resserre son emprise.

Vous ne pourrez pas vous en débarrasser comme ça puisqu'il ne semble pas vous écouter. Depuis le départ, il ne respecte pas ce que vous exprimez et ce que vous ressentez. J'ai bien peur qu'il ne vous reste que la voie légale pour vous protéger. Sachez que vous êtes en droit d'aller déposer une main courante contre cet homme. Si vous le pouvez, faites-vous entourer par un ou une proche.

Arrangez-vous pour que les interstices de solitude dans votre vie qu'il utilise contre vous ne soient plus accessibles. Pendant un temps, peut-être, essayez de vous installer chez un ou une amie, ou quelqu'un de votre famille. Un geste fort comme celui-ci pourra peut-être lui faire entendre raison. Vous êtes décidée à vous sortir de cette emprise, seuls des gestes forts et francs pourront vous y aider.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

La mort de Ruth Bader Ginsburg questionne la démocratie américaine

Les conséquences politiques du décès de la juge de la Cour suprême montrent à quel point les institutions du pays sont antidémocratiques.

Temps de lecture: 4 min

Aux États-Unis, la mort d'une juge de la Cour suprême au mauvais moment peut avoir un impact radical sur les lois du pays et donc sur la vie de millions de personnes. Puisque Ruth Bader Ginsburg est malheureusement décédée pendant la présidence de Donald Trump, elle pourrait être remplacée par une juge conservatrice, ce qui permettrait à la droite américaine de transformer le pays en profondeur pendant des décennies.

La Cour suprême tranche en effet des questions décisives sur l'avortement, l'assurance maladie, les droits des personnes LGBT+, les régulations environnementales ou encore le sort de millions de jeunes immigrés. Avant le décès de Bader Ginsburg, la Cour était composée de cinq juges conservateurs et quatre progressistes. Mais comme John Roberts est un conservateur modéré, la réforme de santé Obamacare et le droit à l'avortement ont jusqu'ici été protégés. Ce ne sera pas le cas si Trump parvient à faire nommer une nouvelle juge conservatrice (le président américain a annoncé qu'il choisirait une femme).

La dangerosité de ce dispositif a été plusieurs fois soulignée après le décès de Bader Ginsburg, comme ici par le professeur de droit John Pfaff:

A system where the death of a single person in a country of 320,000,000 people can upend... everything... for 320,000,000 people for decades to come is a system that has some very deep problems.

— John Pfaff (@JohnFPfaff) September 19, 2020

«Un système dans lequel la mort d'une seule personne dans un pays de 320 millions de personnes peut tout bouleverser pour 320 millions de personnes pendant des décennies est un système qui a de graves problèmes.»

Une situation «complètement folle»

Par ailleurs, le processus de nomination de la juge qui succédera à Bader Ginsburg est profondément antidémocratique. Un président qui a perdu le vote populaire (Hillary Clinton a obtenu environ 2,9 millions de voix de plus que Trump) est sur le point de choisir son troisième juge à la Cour suprême (pour un poste à vie) et la décision finale dépendra du Sénat, dont les cent membres ne représentent pas la population américaine de manière proportionnelle.

Chaque État élit en effet deux sénateurs ou sénatrices, quelle que soit sa population, et puisque les États républicains sont en moyenne beaucoup moins peuplés, les voix des Américain·es vivant dans des États démocrates ont beaucoup moins de poids. C'est ainsi que la Californie, État démocrate où vivent 39 millions de personnes, est représentée par deux sénatrices, alors que les vingt États les moins peuplés du pays en élisent quarante pour une population totale inférieure à celle de la Californie. Comme l'écrivait le député du Michigan John Dingell, «ces États peu peuplés et habituellement conservateurs peuvent ainsi bloquer des lois soutenues par une majorité du peuple américain», une situation qu'il qualifiait de «complètement folle».

Si Trump parvient à nommer une nouvelle juge, la Cour suprême sera alors composée d'une majorité de juges choisis par des présidents qui ont perdu le vote populaire (en l'occurrence Donald Trump et George W. Bush) et confirmés par des sénateurs et des sénatrices qui représentent moins de la moitié du pays. Dans ce contexte, peut-on dire que ces institutions, qui ne représentent pas la volonté du peuple, sont encore légitimes? À ce sujet, David Axelrod, l'ancien conseiller du président Barack Obama, parle d'une «tyrannie de la minorité».

If @realDonaldTrump and @senatemajldr ram thru a replacement now, the SCOTUS will have a majority of justices appointed by presidents who finished 2d in the popular vote, confirmed by senate majorities who represented less than half of the country.
A tyranny of the minority.

— David Axelrod (@davidaxelrod) September 19, 2020

Ce n'est pas la première fois que la majorité du Sénat, qui représente donc une minorité du pays, prend des décisions antidémocratiques. En 2016, le chef des Républicains, Mitch McConnell, avait refusé d'organiser des audiences pour Merrick Garland, le juge de la Cour suprême choisi par Barack Obama. Ce juge n'a jamais pu accéder à son poste car McConnell avait décrété que sa nomination était intervenue trop près de l'élection présidentielle (c'était huit mois avant). À l'époque, cette obstruction avait été considérée comme scandaleuse, mais elle l'est d'autant plus quatre ans après, maintenant que McConnell a retourné sa veste et défend la nomination d'une juge quarante-cinq jours avant la présidentielle.

Des propositions pour rééquilibrer

Dans l'immédiat, le seul espoir des Démocrates repose sur quelques membres républicains modérés du Sénat. Les sénatrices du Maine et de l'Alaska ont déjà annoncé qu'elles refuseraient de voter pour une nouvelle juge nommée par Trump. Le sénateur de l'Utah Mitt Romney, qui a voté en faveur de l'impeachment de Trump, pourrait les rejoindre, mais il leur faudrait encore une autre voix dissidente pour obtenir la majorité.

Sur le long terme, la riposte des Démocrates nécessitera de réformer des institutions qui ne représentent plus l'électorat de façon juste. Eric Holder, le ministre de la Justice de Barack Obama, a déclaré que si Trump faisait nommer une juge conservatrice, la majorité à la Cour serait «illégitime» et les Démocrates devraient alors riposter en augmentant le nombre de juges, passant de neuf à onze ou plus, ce qui leur permettrait de diluer le vote conservateur. Mais pour parvenir à cela, encore faut-il que Joe Biden soit élu président et que les Démocrates soient majoritaires au Sénat.

Même si Joe Biden était opposé à la plupart de ces projets, l'urgence de la situation actuelle pourrait le faire changer d'avis.

Parmi les autres propositions mises en avant pour rééquilibrer des institutions qui favorisent les États ruraux conservateurs, figure la possibilité de donner le statut d'États à Washington [la capitale, ndlr] et à Porto Rico, afin qu'ils aient chacun deux représentant·es au Sénat. Actuellement, Washington ne fait partie d'aucun État et ses habitant·es ne votent donc pas aux présidentielles ou aux sénatoriales. Quant à Porto Rico, il s'agit d'un territoire non incorporé, dont les résident·es ont la nationalité américaine mais pas le droit de vote. Certains ont aussi proposé que la Californie soit découpée en trois États avec six sénateurs ou sénatrices (en 2018, une proposition de référendum sur le sujet n'a pas abouti).

Pendant les primaires démocrates, nombre de candidat·es avaient proposé diverses réformes institutionnelles visant à rendre le système plus démocratique, que ce soit au niveau du collège électoral, du Sénat ou de la Cour suprême. Même si Joe Biden était opposé à la plupart de ces projets, l'urgence de la situation actuelle pourrait le faire changer d'avis.

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

Technophobie française versus progressisme allemand: deux visions de l'écologie

La récente tribune d'élu·es écologistes ou de gauche demandant un moratoire sur la 5G permet d'analyser le rapport entretenu par les écolos avec la technique en France et en Allemagne. 

Temps de lecture: 5 min

«Je ne crois pas au modèle Amish», a répliqué le président de la République le lundi 14 septembre aux responsables politiques écologistes et de gauche opposé·es à la 5G. Se référant également à la «lampe à huile» chère au général de Gaulle, le président Macron a su tirer parti des positions particulièrement pessimistes des écologistes et de la gauche en matière technologique.

Je l’ai dit aux acteurs du numérique présents à mes côtés ce soir et je veux le dire à tous : tenez bon, ne vous laissez jamais décourager.

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) September 14, 2020

Les écologistes sont le mouvement politique le plus européanisé et il est utile et légitime de les comparer à leurs voisins et grands-frères allemands. En effet, si tout a été dit sur les antagonismes entre l'Élysée et les élu·es écologistes et de gauche en la matière, le plus intéressant est de comparer ces derniers avec les écologistes allemand·es, les Grünen, et surtout leur très efficace et anticipatrice fondation, la Heinrich Böll Stiftung (Fondation Heinrich Böll, FHB), dont les positions diffèrent quelque peu de l'écologie hexagonale.

En France, les écolos contre la technologie

Plusieurs déclarations ont révélé le profond pessimisme technologique des écologistes français·es mais aussi d'une partie de la gauche, radicale ou non. Le 12 septembre dernier, dans le Journal du Dimanche, paraissait une tribune signée par une soixantaine d'élu·es (dont Jean-Luc Mélenchon, Julien Bayou, Éric Piolle, Pierre Hurmic, Delphine Batho, Yannick Jadot, Esther Benbassa) demandant un moratoire sur la 5G, essentiellement parce que «des questions environnementales, sanitaires et démocratiques sont posées». Initiative impulsée par Europe Écologie-Les Verts (EELV), avec l'appui évident de La France insoumise (LFI), c'est elle qui a donné l'occasion à Emmanuel Macron de flétrir le supposé «modèle Amish». Si toutes les questions soulevées par le texte méritent fort probablement examen, c'est à l'évidence une première alerte donnée sur le pessimisme technologique qui semble avoir le vent en poupe depuis les conquêtes municipales d'EELV en juin dernier et qui saisit toute la gauche. On ne peut retenir de cette tribune qu'une idée: la 5G, la technique, est grosse de dangers.

Le 16 septembre une tribune collective paraissait dans Libération –«Marchons pour réduire le transport aérien». «La filière est responsable de plus de 7% de l'empreinte carbone de la France», peut-on y lire, ce qui est vrai. Le texte est une fois de plus très hexagonal, alors que la nécessité d'un «ciel européen» s'impose et aurait dû au moins impliquer un dialogue avec d'autres responsables politiques et forces en Europe. Cependant, quatre jours après la première tribune, et si bien des questions sont légitimes, c'est le pessimisme technologique qui transparait. En gros, «il n'y aura pas d'avion propre décarboné», il faut donc moins d'avions, moins de mobilité et forcément, in fine, plus de coercition.

Les écologistes et la gauche française sont confites dans un pessimisme technologique qu'elles n'ont plus idée de questionner, tant les mondes de l'innovation, de l'industrie et le monde politique sont désormais hermétiquement tenus séparés.

En Allemagne, l'écologie par le progrès technologique

Si, en matière aérienne, les signataires français·es se réfèrent au Shift Project, think tank parisien qui postule qu'aucun progrès technologique ne peut permettre un transport aérien décarboné, la Heinrich Böll Stiftung fait le pari inverse depuis la publication, en 2016, d'un imposant document de travail, conçu dans le dialogue avec Airbus.

En 2016, Ralf Fücks, ancien maire écologiste de Brême et membre de la Fondation Heinrich Böll, où il est en charge du dossier aérien, reconnaissait à raison que l'électorat et les sympathisant·es écologistes étaient parmi les plus enclin·es à utiliser les transports aériens, souvent perçus comme l'aboutissement de la construction d'une mobilité mondiale. Reconnaissant une relative contradiction dans cette réalité, il affirmait la nécessité de la surmonter. Le choix explicite de la fondation écolo a été dès le départ de miser sur le progrès technologique.

Ce qui nous oppose à l'Allemagne peut s'expliquer par notre rapport défaitiste quant à l'avenir industriel de la France.

La FHB reconnait, à juste titre, les problèmes inhérents au transport aérien relatifs au climat ou au gaspillage des ressources. Fücks admettait que l'idée d'une réduction du trafic aérien était «noble», mais soulignait qu'avec aujourd'hui 3,3 milliards de trajets aériens par an –un nombre amené à doubler dans les vingt ans– l'aspiration à la réduction du trafic était aussi sympathique qu'onirique compte tenu des réalités. Si évidemment Fücks et la Fondation Heinrich Böll promeuvent un passage au rail pour les courtes distances, le développement des vidéoconférences ou l'abandon des séjours courts par avion, ce n'est pour eux qu'une «radicale innovation technologique» visant à la fabrication d'un «avion sans émission de carbone», notamment par le développement de la technologie hydrogène, qui pourra, dans ce domaine, apporter la solution.

La FHB a donc publié son document relatif aux questions du transport aérien réalisé après audition non seulement d'élu·es écologistes, mais aussi d'associations environnementales, de représentant·es des aéroports et de la Lufthansa. L'écologie allemande ne se construit pas contre la société, mais avec elle. Elle inscrit sa démarche dans un optimisme technologique raisonné loin de tout pessimisme à la française. Cette opposition peut s'expliquer par notre rapport défaitiste quant à l'avenir industriel de la France.

«Heimat, HighTech, HighSpeed»

Cet optimisme technologique se révèle aussi chez les écolos allemands quand ils parlent de la 5G. Dans ce domaine, abordant les relations Chine-États-Unis, des responsables écologistes tels que Reinhard Bütikofer (membre du Parlement européen pour les Grünen) et Janka Oertel (Fondation Heinrich Böll) s'alarmaient davantage en juillet dernier du retard pris par l'Allemagne et de l'avance prise par la Chine avec ses 600.000 bases 5G que du danger de celle-ci pour les insectes des environs. S'il est loisible de le regretter, il faut prendre la mesure de la différence entre écologistes allemand·es et français·es.

Rappelons qu'en 2014, le ministre-président de Baden-Württemberg, le fondateur et membre des Grünen Winfried Kretschmann, définissait son mandat à la tête du Land par le triptyque «Heimat, HighTech, HighSpeed», c'est-à-dire la «patrie» au sens germanique, la haute technologie et la grande vitesse. Ce programme a séduit bien des écologistes en Allemagne et en Autriche. Alors qu'en France, il n'est question que de retour au cheval (Yves Cochet) et que la focalisation sur la bicyclette (une évidence pour celles et ceux qui peuvent et une vieille évidence en Allemagne) tendant à résumer le combat écologiste à un refus de l'innovation technologique aux yeux des Français·es, les écologistes allemand·es cherchent à nouer des liens et un rapport de force avec l'industrie pour accélérer, par le progrès technique et l'innovation, la transition industrielle et écologique. Il est évident que les écologistes et la gauche ne sauraient consentir à un progrès technologique dépourvu de garde-fous démocratiques, mais pourquoi sans remettre à une technophobie de principe? Finalement, en Allemagne, la transition écologique est assumée comme un challenge, en France comme un chemin de croix.

Au Cambodge, «les sextoys sont illégaux et le plaisir féminin tabou»

L'amour, le sexe, le couple... ces concepts sont-ils les mêmes aux quatre coins de la planète? Marion Hazout et Victor Viriot, en couple depuis quatre ans, ont voyagé dans neuf pays pour apprendre comment cela se passe, ailleurs.

Dans ce huitième épisode de Relations internationales, Marion et Victor s'envolent pour le Cambodge et découvrent l'impact du Chbab Srey –code de conduite morale khmer– sur les femmes cambodgiennes, la proscription des relations sexuelles avant le mariage, le manque d'éducation sur la contraception, et le tabou autour du plaisir féminin.

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Générique: «Dude», Patrick Patrikios

Photo: Victor Viriot / Marion Hazout

Before yesterdayBridge> Slate

Qu'a tweeté Trump cette semaine? Chronique du 14 au 20 septembre

Plongée dans la logorrhée du président américain.

Temps de lecture: 21 min

Avertissement: cette chronique non exhaustive se base sur les tweets de la semaine jugés les plus pertinents. L'homme le plus puissant du monde a une production si pléthorique que l'analyse de toutes ses productions numériques nécessiterait des jours et des nuits de décorticage et de labeur selon des conditions de travail dénoncées par les conventions de Genève.

Lundi 14 septembre

Aujourd'hui le président tweete et retweete plus de cent fois.

Aujourd'hui, le président a raison, seul contre tous et toutes (et tout particulièrement contre Cuomo, Pelosi et autres Démocrates).

«J'avais raison, tous ces gens avaient tort, et maintenant ils me critiquent. Quelle hypocrisie!»

Aujourd'hui, Trump prend la défense des policiers et accuse Biden de vouloir (ente autres) fermer les prisons.

...to the families of crime victims and fallen officers. In the Republican Party, we know that police officers are not villains, but HEROES who risk their lives to KEEP US SAFE 24/7/365!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 14, 2020

«Pendant tout l'été, Joe Biden est resté SILENCIEUX pendant que des émeutiers gauchistes agressaient des policiers. Quand les supporters d'extrême-gauche de Biden ont mis le feu à des voitures de police, des commissariats et des tribunaux, Joe Biden les a qualifiés de “MANIFESTANTS PACIFIQUES.” Quand on lui a demandé s'il réduirait les financements de la police, Biden a répondu “Oui, Absolument.” Biden demande l'abolition de la libération sous caution et la fermeture des prisons— et Biden a même dit que les forces de l'ordre étaient “l'ENNEMI.” La croisade anti-police de Biden doit S'ARRÊTER. En outre, les entreprises qui financent les associations anti-police devraient à la place donner leur argent aux familles des victimes de crimes et des policiers tués. Au Parti Républicain, nous savons que les policiers ne sont pas des malfaiteurs mais des HÉROS qui risquent leur vie pour que NOUS SOYONS EN SÉCURITÉ 24/7/365!»

Aujourd'hui, Trump est pour la peine de mort automatique:

«Quand on assassine un policier, on devrait écoper de la peine de mort!»

Aujourd'hui Trump relaie un tweet montrant une foule extrêmement compacte et non masquée qui l'attend, et dont le commentaire dit: «C'est incroyable.»

RT par Trump:
"C'est incroyable".

En effet.
https://t.co/jhDwUWeupx

— Marie-Proutine, Bérentrice en exil. (@Scarlet14164546) September 15, 2020

Aujourd'hui Trump est content, car tout va bien pour lui et pour l'économie:

«Génial, ça vient de sortir! 51% de taux d'Approbation dans un Sondage Rasmussen. 95% dans le Parti Républicain. Marchés Financiers en GROSSE hausse aujourd'hui. Est-ce qu'on va un jour reconnaître mon mérite pour les Marchés et l'Économie? L'année prochaine sera ÉNORME!»

Aujourd'hui, Trump se prend les pieds dans un tweet et on ne sait pas trop s'il approuve de se faire traiter de groupie de dictateur ou s'il estime que Biden est mou du bulbe ou les deux:

«Je ne pensais même pas que la question pourrait se poser!»

«Trump affirme que Poutine et Kim Jong-un sont mentalement en meilleure forme que Biden. Il continue de jouer les groupies de dictateurs.»

Aujourd'hui, Laurene Jobs serait bien inspirée d'employer son argent à aute chose qu'à financer la campagne de Biden.

«Elle devrait avoir honte!»

Enfin aujourd'hui, Trump retweete une vidéo de petits vieux rebelles qui font une super choré pour célébrer le droit de ne pas porter de masque:

Mardi 15 septembre

Trump a tenu un meeting au Nevada ce dimanche. Dans cet État, les rassemblements de plus de cinquante personnes dans un lieu clos sont interdits. Seuls les supporters situés juste derrière le président (et donc devant les caméras) ont été contraints de porter un masque, pourtant obligatoire dans tous les espaces publics dans l'État depuis juin dernier.

...of the Ballots in Nevada!? Not fair, Rigged Election! @GovSisolak, will use every trick in the book to cheat with Ballots.

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 15, 2020

«On a eu des super meetings le week-end dernier, après que le gouverneur du Nevada a déployé beaucoup d'efforts pour annuler tous nos événements. Malgré le fait qu'il contrôle l'État, il a échoué, mais aurait préféré un meeting en extérieur. Vous imaginez que cet homme est chargé des Bulletins de vote au Nevada!? Pas juste, Élections Truquées! @GovSisolak, fera tout ce qui est en son pouvoir pour tricher avec les Bulletins.»

«Avez-vous vu où Joe Biden –Faible, Fatiguée et Endormi comme il est, est allé à un Bureau de Vote aujourd'hui dans le Delaware (évidemment!) pour VOTER!? Si Biden peut y arriver, n'importe quel Américain peut le faire!»

Dixit l'homme qui vote par correspondance.

Selon les renseignements américains, l'Iran ourdit une tentative d'assassinat contre l'ambassadeur américain en Afrique du Sud. Et Trump le guerrier entend bien ne pas laisser faire.

«Selon la presse, l'Iran est peut-être en train d'organiser un assassinat, ou une autre attaque, contre les États-Unis en représailles de l'exécution du chef terroriste Soleimani, réalisée parce qu'il organisait une future attaque, qu'il a tué des soldats américains et pour la mort et les souffrances causées au fil de tant d'années. Toute attaque de l'Iran, sous quelque forme que ce soit, contre les États-Unis déclenchera une attaque contre l'Iran qui sera 1.000 fois plus puissante en magnitude!»

Précision présidentielle utile: l'équipe de campagne électorale de Trump a plein d'argent, et elle le dépense (pour celles et ceux qui en douteraient):

«On fait des pubs partout, mais malgré tout ça, les Fake News aiment dire qu'on ne le fait pas. On est juste malins. On a bien plus d'argent qu'on n'en avait à la même période en 2016. Et puis on en dépense dans d'autres postes, différents, de la campagne. On commence à avoir de super chiffres dans les sondages!»

Instant naturel, le président est pris en photo devant deux Philly cheesesteaks, spécialité de Philadelphie, dans une mise en scène très réaliste où on ne peut qu'imaginer qu'il s'essuiera dans sa cravate.

«C'est super d'être de retour à Philadelphie. Merci, Pennsylvanie, à très bientôt!» #MAGA

Mercredi 16 septembre

Aujourd'hui, la bannière de Donald a changé: on le voit fièrement arborer les documents signant la normalisation des relations entre Israël, le Bahreïn et les Émirats arabes unis. À ses côtés, le Premier ministre israélien et les ministres des Affaires étrangères des deux autres pays.

Le président américain est suivi par rien moins que 86 millions d'abonné·es sur Twitter. Lui-même suit en tout et pour tout cinquante personnes.

Ce mercredi, Trump relaie un tweet dont le compte d'origine sera suspendu par la suite. Il s'agissait d'un montage où l'on voyait Joe Biden passer pendant un discours un extrait de la chanson «Fuck the Police». En réalité, ce jour-là Biden avait passé un extrait de la chanson «Despacito» dont le chanteur l'avait introduit sur scène:

«La Chine bave. Ils n'arrivent pas à y croire!»

L'obsession de Trump de revoir jouer les Big Ten (qui réunit les équipes sportives de quatorze universités) a enfin abouti.

«Grande Nouvelle: LES BIG TEN SONT DE RETOUR. Toutes les équipes de football doivent participer. Merci aux joueurs, au entraîneurs, aux parents et à tous les représentants des écoles. UNE FANTASTIQUE SAISON à tous! Je suis très honoré d'avoir donné un coup de main!!!»

Hier soir Trump est passé dans une émission télévisée sur la chaîne ABC, où il était confronté à des citoyen·nes lambda, électeurs et électrices officiellement indécis·es, venus lui poser des questions sur le système de santé, le racisme en Amérique et la crise du coronavirus. De l'avis général, il n'a pas été très convainquant. Et pourtant.

Thank you for the great reviews of the @ABC News show last night!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 16, 2020

«Merci pour les super critiques de l'émission sur @ABC News d'hier soir!»

Bonne nouvelle sur le front du virus (pour des détails écrire à: The White House1600 Pennsylvania Avenue NW, Washington, DC 20500, US of A).

«Les vaccins arrivent vite et en toute sécurité!»

«Les démocrates sont “sans cœur.” Ils refusent de verser des CHÈQUES DE RELANCE aux gens qui ont désespérément besoin de cet argent, et dont ce n'était PAS la faute que le fléau soit venu de Chine. Visez les bien plus grands chiffres, Républicains, tout finit par revenir aux USA de toute façon (d'une manière ou d'une autre!)»

Précision utile: les Démocrates ne refusent pas de verser de l'argent pour aider les Américain·es en difficulté, ils ne parviennent pas à trouver au Congrès un accord avec les Républicains dont les propositions sont largement moins avantageuses (et moins coûteuses, donc).

Jeudi 17 septembre

Encore un mois et demi de campagne.

«À cause du nombre nouveau et inédit de bulletins non sollicités qui vont être envoyés aux “électeurs”, ou je ne sais où, cette année les résultats des Élections du 3 novembre POURRAIENT N'ÊTRE JAMAIS DÉTERMINÉS AVEC PRÉCISION, ce qui est ce que souhaitent certains. Encore une catastrophe électorale hier. Arrêtez la folie des Bulletins!»

Et Twitter d'ajouter:

«Nous avons ajouté une mention à ce tweet parce qu'il contient une déclaration potentiellement trompeuse concernant la procédure de vote par correspondance, et pour donner davantage de contexte à toute personne susceptible de voir le tweet. Cette action est en accord avec la récente mise à jour de notre Politique d'Intégrité Civique.»

D'ailleurs, Twitter en remet une couche pour le tweet suivant, en précisant sous le message de Trump:

«Découvrez comment le vote par correspondance est tout à fait sûr et sans danger.»

«Les super États aux Bulletins Non-Requis doivent renoncer MAINTENANT, avant qu'il ne soit trop tard, et demander aux gens d'aller dans les Bureaux de Vote et, comme ça a toujours été fait, de VOTER. Sinon, CHAOS!!! Les Bulletins sur Demande (absentee) ça va. @foxandfriends»

(Précisons que le vote par correspondance sur demande, le fameux absentee ballot, est celui que pratique Trump et son épouse.)

Mais Trump n'est pas dupe et sait de quel côté penche le cœur de Twitter:

«Twitter s'assure que les Tendances sur Twitter concernent tout ce qui est négatif, Fake ou pas, sur le Président Donald Trump. C'est tellement évident, leur manège. En cours d'examen!»

On ne l'aura pas non plus sur les réelles intentions des Démocrates qui font semblant de demander davantage d'argent pour aider les Américain·es victimes des effets de la crise du coronavirus, alors qu'en réalité ils ne pensent qu'à leur pomme:

«Les Démocrates ne veulent que de L'ARGENT POUR RENFLOUER les États Bleus qui s'en sortent mal. Ils se moquent bien du peuple, ils s'en sont toujours moqués!"

Notons que “le peuple” ne peut donc pas concerner les habitant·es des États démocrates. Justement, lors d'une conférence de presse hier soir, il a expliqué que si l'on ne prenait pas en compte les États dirigés par des Démocrates, le niveau de mortalité était extrêmement faible:

Puisqu'on vous le dit que ça va être truqué, les élections. Et en effet, certain·es électeurs et électrices de Caroline du Nord ont reçu deux bulletins au lieu d'un, à la suite d'une erreur d'impression qui a obligé les autorités électorales locales à détruire et réimprimer certains bulletins. Apparemment, des bulletins fautifs ont quand même été envoyés.

«Ça vient de sortir: certaines personnes du Super État de Caroline du Nord ont reçu DEUX BULLETINS. ÉLECTIONS TRUQUÉES à venir!»

Surprise du jour: on apprend que les Américain·es subissent un endoctrinement gauchiste à l'école et ce, depuis des décennies. C'est ce qu'affirme le président américain dans un discours qu'il relaie sur Twitter. Soit la plupart des historiens et spécialistes de la politiques n'ont rien vu, soit l'éducation américaine n'est pas très efficace, car on attend toujours l'élection d'un Che Guevara à la Maison-Blanche.

«Aujourd'hui nous voyons les résultats de décennies d'endoctrinement gauchiste dans nos écoles. Aucun élève américain ne doit être incité à avoir honte de son histoire ou de son identité.»

Le vaccin est arrivé! (non) Il est même en avance! (non plus). De quoi faire enrager les Démocrates qui souhaitent la mort du maximum de gens.

«Les Démocrates sont juste FURIEUX que le vaccin et les livraisons soient tellement en avance. Ils détestent ce qu'ils sont en train de voir. Le fait de sauver des vies devrait les rendre heureux, pas tristes!»

Vendredi 18 septembre

On se souvient de Rage, le livre écrit par Bob Woodward et sorti le 15 septembre mais dont les bonnes feuilles avaient fuité la semaine dernière. Il est tellement dépassé qu'il ne parle même pas de ce qui s'est produit la semaine dernière ou au début du mois. Nul.

«Le livre mal écrit de Bob Woodward est très ennuyeux & totalement “obsolète”. Il parle même pas du récent accord au Proche-Orient. Encore un Trump Hater fatigué et fini qui ne supporte pas que j'en aie fait autant, si vite! #MAGA»

Trump tweete même en avion. Ici, c'est pour se moquer du meeting en drive in organisée par Biden.

«À bord d'Air Force One direction le Wisconsin. Biden a refusé d'aller s'y excuser de son absence à la Convention Démocrate foireuse. Tellement drôle de regarder les Fake News encenser la ridicule “conférence de presse automobile” de Joe Gros Dodo. Pathétique!»

Puis, emporté dans une série d'anaphores digne de François Hollande, il livre une envolée lyrique en mode binaire: Biden=Chine. Trump=Amérique.

«Si Biden Gagne, LA CHINE GAGNE. Si Biden Gagne, la pègre GAGNE. Si Biden Gagne, les émeutiers, les anarchistes, les incendiaires et les brûleurs de drapeau GAGNENT. Je me re-présente pour ramener des emplois et des usines au Wisconsin, mettre les criminels violents derrière les barreaux et pour assurer que l'avenir appartient à l'Amérique –PAS À LA CHINE. Parce que si nous gagnons, L'AMÉRIQUE GAGNE. Nous avons construit l'économie la plus forte de l'histoire du monde, et nous sommes en train de le refaire!»

Mais lui président, ça ne se passera pas comme ça.

Puis, un éclair de lucidité, mâtiné d'un léger accès de catastrophisme.

...dollar tax hike, ban American Energy, confiscate your guns, shutdown the economy, destroy the suburbs, erase your borders, and indoctrinate your children with poisonous anti-American lies. https://t.co/WwzdPhlJcp

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 18, 2020

«Jamais auparavant y a-t-il eu un choix plus clair entre deux partis, deux visions, deux philosophies & deux programmes pour l'avenir. Le 3 novembre, le Wisconsin décidera si nous retournons vite à une prospérité record –ou si nous laissons Joe Biden imposer une augmentation d'impôts de 4.000 milliards de dollars, confisquer vos armes, détruire les banlieues, éliminer vos frontières et endoctriner vos enfants avec des mensonges anti-américains empoisonnés.»

Trump, toujours du côté des forces de l'ordre, accuse le discours de Biden d'inciter à la haine. Et il sait de quoi il parle.

«Joe Biden a dit que la police était “L'Ennemi” et l'a calomniée en la traitant de force raciste et oppressive. La langue de Joe Biden et de la Gauche radicale met nos Grandes Force de l'Ordre en danger.»

Mais la véritable cible des Démocrates/des médias, c'est le peuple:

«N'oubliez jamais, ils s'en prennent à MOI parce que je me bats pour VOUS!»

Petit cours d'histoire récente. Le saviez-vous? Entre autres méfaits, Biden a supervisé l'ascension de l'État islamique.

...China as a “positive development” for America and the world. If it were up to Joe, bin Laden and Soleimani would still be alive, ISIS would be still on the rampage, and China would now be the dominant power in the world – not America.

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 18, 2020

«Personne ne s'est plus trompé, et plus souvent que Biden. Il a voté POUR la guerre en Irak, soutenu les réductions de défense qui ont ravagé notre armée, s'est opposé à la mission d'élimination d'Oussama ben Laden, à l'exécution de Soleimani, a supervisé l'avènement de l'EI et s'est félicité que l'ascension de la Chine soit un “développement positif” pour l'Amérique et le monde. Si ça dépendait que de Joe, ben Laden et Soleimani seraient encore en vie, l'EI ferait encore des ravages et la Chine serait la puissance dominante du monde –pas l'Amérique.»

Petit moment Tontons flingueurs:

«Biden A MERDÉ avec la Grippe Porcine. C'était Le Gang Incapable de Tirer Juste”. Il n'y entravait rien. On a fait un boulot incroyable avec le Virus Chinois bien plus coriace!»

(La référence est cinématographique, il s'agit d'une comédie de 1971 mettant en scène des mafiosos peu crédibles).

Aujourd'hui, dans certains États, les élections anticipées ont commencé. Trump ressort son argument selon lequel le gouverneur de Virginie se serait déclaré en faveur du meurtre des bébés après la naissance (en réalité, ce dernier a expliqué début 2019 que dans certains cas de malformations graves ou de bébés non viables, certains bébés pouvaient ne pas être réanimés avec l'accord des parents).

...I’m playing for your guns, and I’m playing for your values. For all the Federal Employees in Virginia, remember, it was me that got you the Federal Pay Raises, not Sleepy Joe Biden. I’ll be having a Big Rally in Virginia, to be announced soon! https://t.co/WwzdPhDkAZ

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 18, 2020

«Les élections commencent en Virginie AUJOURD'HUI et nous allons GAGNER. Vous avez un gouverneur dingue qui veut vous prendre vos armes, ce qu'il fera si je ne suis pas élu. Il est pour l'exécution des bébés après la naissance –il ne s'agit pas d'avortement tardif, ça va beaucoup plus loin que ça! Votez pour moi. Je défends vos armes et je défends vos valeurs. À tous les Fonctionnaires fédéraux de Virginie, rappelez-vous, c'est moi qui vous ai obtenu vos Augmentations Fédérales, pas Joe Biden l'Endormi. Je vais faire un Grand Meeting en Virginie, qui sera annoncé bientôt!»

Il rappelle à quel point son rival est un homme corrompu, prêt à tout pour gagner les élections (ironie, quand tu nous tiens).

...Biden is a corrupt globalist sellout who never missed a chance to stab American workers in the back. If Biden wins, China wins – it’s just that simple!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 18, 2020

«Joe Biden a fait un discours à des syndicalistes après avoir passé 47 ans à donner leurs emplois à la Chine et à des pays étrangers, en échange d'argent pour sa campagne... Biden est un vendu mondialiste corrompu qui n'a jamais raté une occasion de poignarder les travailleurs américains dans le dos. Si Biden gagne, la Chine gagne –c'est aussi simple que ça!»

C'est aujourd'hui qu'on apprend la mort de la juge (démocrate) à la Cour suprême Ruth Bader Ginsberg. La vacance de son siège est un enjeu formidable pour l'avenir de la démocratie américaine. La Cour suprême est déjà majoritairement peuplée de juges républicain·es (cinq sur neuf avant la mort de Ginsberg). Ses membres sont nommés par le président et Trump en a déjà nommé deux: Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. S'il nomme le successeur de celle qu'on appelle RBG, le déséquilibre atteindra six/trois. Les juges de la Cour suprême ont le pouvoir de changer des lois fédérales aussi importante que Roe V. Wade, qui garantit aux Américaines le droit à l'avortement.

Trump marque le coup en publiant un tweet à la troisième personne:

«Déclaration du Président à propos du décès de la Juge à la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg.»

Il a simplement copié et collé le titre du communiqué, qui de toute évidence n'a pas été écrit par lui. Comment je le sais?

«La juge Ginsburg a montré qu'il était possible d'être en désaccord avec un collègue ou d'entretenir des points de vue différents sans être désagréable.»

Personne ne peut croire que Trump écrirait une chose pareille.

Samedi 19 septembre

La mort de Ruth Bader Ginsberg a des conséquences à plusieurs niveaux. L'enjeu le plus immédiat c'est: est-ce Trump qui doit nommer son remplaçant ou sa remplaçante, ou le prochain président (donc, éventuellement, Biden qui nommerait un·e juge de tendance moins conservatrice? Rappelons que les juges sont nommés à vie).

Début 2016, Obama s'était retrouvé dans la même situation: le juge Scalia venait de mourir et il lui revenait de nommer un·e remplaçant·e. Les Républicains du Sénat s'y étaient fermement opposés et, sans base légale, avaient exigé de laisser passer les élections pour attendre l'arrivée du prochain président. Pari gagné puisque Trump avait été élu et avait nommé son poulain, Neil Gorsuch. Pour Trump et pour Mitch McConnel, président républicain du Sénat à majorité républicaine (c'est le Sénat qui vote la confirmation du ou de la candidate du président), quatre ans plus tard, dans la même situation, la règle ne s'applique plus. Les Démocrates sont furieux. Et impuissants.

.@GOP We were put in this position of power and importance to make decisions for the people who so proudly elected us, the most important of which has long been considered to be the selection of United States Supreme Court Justices. We have this obligation, without delay!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 19, 2020

«@GOP Nous avons été mis dans cette position de pouvoir et d'importance pour prendre des décisions pour le peuple qui nous a si fièrement élus, dont on estime depuis longtemps que la plus importante est le choix des Juges de la Cour suprême des États-Unis. Nous y sommes obligés, sans délai!»

D'ailleurs:

pic.twitter.com/iKg0Px3PtG

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 20, 2020

«L'article deux de notre Constitution dit que le président nomme les juges de la Cour suprême. Je ne crois pas que ça peut être plus clair» annonce Trump, à quoi la foule répond: «Fill that seat! Fill that seat!»: Mettez quelqu'un à ce poste! (Vous pouvez d'ores et déjà acheter un t-shirt arborant ce slogan sur le site de campagne de Trump pour 30 dollars).

Et donc, Trump annonce par voie de Tweet:

pic.twitter.com/qt07oZL9pT

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 20, 2020

«Je proposerai un candidat la semaine prochaine, ce sera... une femme.»

Dimanche 20 septembre

Trump a changé sa bannière et, depuis mercredi, a gagné 100.000 abonné·es.

Aujourd'hui Trump tweete beaucoup, beaucoup trop. Il me faut un angle. Je pourrais ne commenter que les tweets écrits en majuscules?

LA LOI ET L'ORDRE!

RENDEZ SA GRANDEUR À L'AMÉRIQUE!

MERCI À LA CAROLINE DU NORD!

SAUVEZ VOTRE DEUXIÈME AMENDEMENT, VOTEZ TRUMP!

Ou n'évoquer que les retweets par Trump de Tweets de Trump?

Vote! https://t.co/pLVMieeGAn

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 20, 2020

Vote! https://t.co/naCPEzQRMt

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 20, 2020

Plutôt les classer par ordre d'improbabilité: par exemple, il a retweeté cette vidéo, conçue par un de ses fans dont l'objectif était de faire passer le hashtag #FartingSound (bruit de pet) au sommet des tendances (objectif atteint, merci président Trump).

(La chanson d'accompagnement, «Proud to be an American», est celle qui accompagne l'entrée de Trump lors de la plupart de ses meetings).

Bref on est dimanche et l'espace de quelques heures seulement, Twitter se passera du président car comme tous les week-ends, pandémie ou pas, crise constitutionnelle ou pas, il ne résistera pas à l'appel du green.

Retrouvez l'actualité de la campagne présidentielle américaine chaque mercredi soir dans Trump 2020, le podcast d'analyse et de décryptage de Slate.fr en collaboration avec l'Ifri et TTSO.

La génération Z ne consomme pas de la même façon aux quatre coins du monde

Si les jeunes nés après 1997 partagent un intérêt commun pour certaines grandes marques, ils ne constituent pas une cible marketing homogène selon les pays.

Temps de lecture: 3 min

Elle est née après 1997 et représente 32% de la population mondiale: il s'agit de la génération Z. Quel que soit le pays, tout peut contribuer à faire penser que cette nouvelle génération de jeunes consomme de manière uniforme: tout le monde a son iPhone, son iPad, s'habille avec les mêmes marques, se rend dans les Starbucks ou McDo, regarde les mêmes clips.

Malgré tout, si l'on considère que tous les jeunes Z de la planète se ressemblent, la notion de jeunes consommateurs Z comme cible globale devrait être appréhendée avec beaucoup de précaution. Les jeunes n'ont pas des comportements uniformes partout dans le monde.

«Petit empereur» en Chine

Pour comprendre d'où viennent ces différences de comportements d'achat et de consommation des adolescent·es selon les cultures, il faut repartir de la base: la famille, premier agent de socialisation, au sein de laquelle les modes d'éducation diffèrent.

La famille, notamment les parents, apparaît comme le premier agent de socialisation à l'adolescence. Au travers de l'ouvrage The New Generation Z in Asia – Dynamics, Differences and Digitalization portant sur une analyse sociétale et managériale de la Génération Z au sein de douze pays en Asie (Chine, Hong Kong, Inde, Pakistan, Indonésie, Vietnam, Japon, etc.) que j'ai édité, on constate qu'en Asie, les relations entre les parents et les enfants sont hiérarchisées. Chacun a sa place et chacun reste à sa place.

Par exemple, les familles chinoises ont été soumises à la politique de l'enfant unique de 1978 à 2015. Dernièrement, la population vieillissant, les autorités sont revenues à (un peu) plus de souplesse. On parle d'ailleurs du phénomène du «petit empereur» pour évoquer le statut de l'enfant chinois. Les parents exercent une grosse pression sur leur enfant afin qu'il accède aux meilleures écoles, aux meilleures universités, aux meilleurs emplois.

Les parents cherchent à protéger leur enfant en développant une relation reposant sur l'interdépendance et l'autorité. Au Japon, la force de la relation parents-enfants est perceptible dans l'image de l'amae, une notion d'origine japonaise qui se réfère au désir important de recevoir de l'amour; et explique ainsi pourquoi les jeunes sont dans une relation importante d'amour et de respect envers leurs parents.

Dans les pays occidentaux, les parents accordent à leur enfant une certaine liberté. Les relations parents-enfants ne sont pas fondées sur des relations hiérarchiques et autoritaires, mais plutôt sur des relations égalitaires. Il n'y a donc pas de différences marquées entre les parents et les enfants. L'adolescent·e participe aux tâches ménagères, aux discussions familiales et contribue au bon déroulement de la vie quotidienne.

Le jeu dual du marketing

Plusieurs études en marketing ont montré que dans les cultures individualistes (telles qu'aux États-Unis) favorisant la prise d'autonomie tôt, les ados apprennent rapidement à faire du shopping seuls, alors que dans les pays collectivistes (tels que le Japon ou la Chine) où l'interdépendance entre les membres de la famille prime, les adolescent·es recherchent le plus souvent l'aide et les conseils des autres.

On observe ainsi des comportements bien spécifiques chez les ados japonais (comme le besoin de retourner au magasin avec maman, le besoin de confirmer le choix des vêtements par maman, le besoin d'avoir l'opinion de maman avant l'achat), qu'on ne retrouvera pas chez les ados américains (comme la volonté de faire du shopping sans la présence de maman, le refus de réclamer de l'argent à maman).

Les parents transmettent à leurs enfants des principes de socialisation profondément ancrés dans leurs cultures.

Les usages des réseaux sociaux diffèrent au sein même de l'Asie. En Chine, WeChat est au cœur de l'écosystème d'applications des jeunes alors que les pratiques sont contrastées dans les autres pays asiatiques: les jeunes en Malaisie utilisent plutôt Instagram (40%), et en Thaïlande choisissent Line (84%).

De plus, les stratégies que les jeunes mettent en œuvre varient d'une culture à l'autre. Par exemple, les résultats d'une étude qualitative menée auprès de vingt-quatre dyades mère-ado françaises et indiennes ont montré que, dans les pays individualistes tels que la France, où les parents valorisent les relations égalitaires et l'échange mutuel, l'adolescent·e tend à utiliser des stratégies bilatérales, c'est-à-dire reposant sur la discussion et le raisonnement.

En revanche, dans les pays collectivistes tels que l'Inde, où les parents encouragent l'obéissance, l'autorité et la dépendance, l'adolescent·e a plutôt recours à des stratégies unilatérales, reposant sur les techniques de persuasion et les techniques émotionnelles.

Par conséquent, les jeunes consommateurs de la Génération Z n'ont pas de comportements de consommation uniformes. Les parents transmettent à leurs enfants des principes de socialisation profondément ancrés dans leurs cultures.

Pour le marketing, la clé de la réussite est donc de miser sur un jeu dual entre deux composantes interconnectées et interdépendantes, suivant des variables de local et de global, afin de cibler les jeunes Z par des stratégies adaptées à chaque pays.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

Le niveau de la Premier League va-t-il baisser à cause du Brexit?

La sortie des Britanniques de l'UE continue de cafouiller et pourrait bien avoir des conséquences sur le championnat d'Angleterre. Problème de visas, baisse de la livre sterling, contrats... les enjeux sont considérables.

Temps de lecture: 3 min

Le championnat le plus puissant financièrement au monde peut-il perdre de sa majesté? Jusqu'à aujourd'hui, tous les joueurs de l'Union européenne étaient libres d'entrer et de sortir du territoire anglais, mais à partir du moment où le Royaume-Uni sortira définitivement de l'UE, les règles seront bien différentes.

Comment les clubs de foot anglais acheteurs feront-ils? Il leur faudra obtenir systématiquement des visas. C'est déjà le cas pour les joueurs venant de certains pays africains et sud-américains, et cela complique énormément le process de vente, voire le fait parfois capoter. Désormais, les Européens seront en plus considérés comme des joueurs extra-communautaires. Or, une équipe n'a le droit d'aligner que cinq extra-communautaires par match, de quoi affaiblir le niveau de la Premier League.

Déplacements, rémunérations, fiscalité... Les sujets sont nombreux, mais les Anglais pourraient contourner les problèmes. «Pour la Premier League, le Brexit ne devrait pas changer grand-chose... L'intérêt de l'Angleterre n'est pas de détruire son championnat, qui est un peu la NBA du foot, “The place to be” pour les joueurs, quel que soit leur nationalité, estime Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du sport business. L'Angleterre aurait tort de mettre des contraintes à ce niveau-là, et comme les Anglais sont de bons businessmen, je ne pense pas que la sortie de l'Union aura un impact majeur sur la 1ère division, peut-être plus sur les divisions en-dessous.»

Il est quand même difficile d'imaginer une réglementation à double-sens: une libre circulation des footballeurs et des contraintes plus importantes pour Monsieur et Madame tout le monde.

Quelles conséquences pour le football français?

Comment les clubs français vont-ils donc faire pour vendre leurs pépites? Les clubs de l'Hexagone sont connus pour être de très bons formateurs, et les clubs anglais, leurs meilleurs clients –même si l'Allemagne fait de plus en plus son marché en France, notamment concernant les plus jeunes espoirs de Ligue 1. Or, le mercato est l'un des piliers du foot tricolore, nous le constatons encore plus en cette période de crise sanitaire, lourde de conséquences pour les finances des clubs de Ligue 1.

Dans L'Équipe du 11 septembre 2020, Wesley Fofana, jeune joueur de Saint-Étienne, explique vouloir signer à Leicester et partir en Premier League sans attendre: «Dans un an, ce sera quasiment impossible pour un joueur comme moi d'aller en Angleterre à cause du Brexit.» En cause, les nombreuses contraintes administratives et salariales, selon le défenseur stéphanois.

Mais pour les top joueurs, la question d'une baisse de salaire ne se posera certainement pas. Petit exemple avec le «Messigate» et la volonté de l'Argentin de quitter le FC Barcelone (après la défaite et l'humiliation catalane en quart de finale de Ligue des Champions contre le Bayern Munich 8-2); avant qu'il ne décide finalement de rester au Barça, l'attaquant était notamment annoncé à Manchester City, et son salaire ne semblait pas poser de problèmes aux richissimes investisseurs émiratis de la City.

La fin de la toute-puissance anglaise?

L'Angleterre a régné sans partage sur le foot business ces dernières années. Premier marqueur et financeur à tout-va des vingt clubs de l'élite, les droits TV: 1,9 milliard d'euros par saison jusqu'en 2022.

La puissance du foot anglais, en termes de droits TV domestiques et internationaux (3,4 milliards d'euros), dépasse tous les autres championnats: 2,9 en Espagne, l'Allemagne à 1,7, l'Italie 1,6, et notre Ligue 1 à 1,3 milliard d'euros... Mais à la différence de l'Espagne où les droits vont en grande partie aux deux mastodontes Real et Barça, l'argent est réparti de manière plus égalitaire outre-Manche, et permet donc aux petits de créer parfois l'exploit face aux équipes du BIG 6 (Manchester City, Liverpool, Chelsea, Manchester United, Arsenal et Tottenham), et offrir toujours plus de suspense et d'attractivité à chaque week-end de matchs.

Mettre fin à la domination de la Premier League sur le foot business et voir d'autres championnats en profiter à cause du Brexit? Peut-être, mais certainement pas la France et sa fiscalité destructrice. L'Espagne ou l'Italie? Oui assurément. En 2019, la finale de Ligue des Champions avait opposé deux clubs anglais, Tottenham et Liverpool.

Avec la sortie de l'UE et ses conséquences, les équipes de Premier League seront-elles à moyen terme moins compétitives en Coupe d'Europe? «Le Brexit fait partie de l'équation, le Covid aussi, mais il y également le problème avec la Chine [le gros contrat de droits TV avec Pékin a été cassé à cause des relations diplomatiques exécrables entre les deux pays, ndlr]. Ce sera cet ensemble qui poussera les clubs anglais à plus de prudence... Et puis la crise sanitaire les prive de leurs recettes billetterie, un élément majeur de leur écosystème», répond Vincent Chaudel.

Autant de questions et d'incertitudes sur lesquelles il sera possible d'y voir plus clair dans quelques semaines, au moment de la sortie administrative du Royaume-Uni et des mesures annoncées par Londres secteur par secteur.

Privée de dollars, l'Argentine parie sur les cryptomonnaies

La capitale Buenos Aires serait la deuxième ville la plus crypto-friendly au monde.

Temps de lecture: 5 min

Un visiteur catapulté dans un foyer de la classe moyenne argentine aurait de quoi être surpris par la scène. À peine passé le traditionnel sujet sur les taux de change, le journal télé a tendance à déclencher des discussions entre les membres d'une même famille, tous subitement convertis en de pointus analystes financiers.

Les Argentin·es, comme nombre de leurs voisin·es latino-américain·es, sont contraint·es par l'instabilité de leur devise nationale à s'improviser spécialistes des fluctuations monétaires. Victimes (et un peu coupables) de la dévaluation permanente de leur monnaie, limitées dans l'acquisition légale de dollars (actuellement 200 par mois), de plus en plus de personnes se tournent vers le bitcoin et le reste des cryptomonnaies.

La capitale Buenos Aires serait d'ailleurs la ville latino-américaine disposant du plus grand nombre de commerces physiques acceptant le paiement en devises numériques, avec 141 négoces bitcoin-friendly, fin juillet 2018. Tout sauf une anecdote selon le magazine Forbes, qui place alors la capitale argentine à la deuxième place de son classement des villes les plus «bitcoin» au monde, seulement devancée par Prague. Les portefeuilles numériques investissent dans de la publicité dans le métro de Buenos Aires.

Publicidad para comprar Bitcoins en el subte de Buenos Aires. @RipioApp pic.twitter.com/mYRpMc4YWC

— Gustavo Neffa (@gneffa) December 5, 2018

Une défiance envers la monnaie nationale

Dans le pays austral, environ un million de personnes utiliseraient actuellement les monnaies dématérialisées pour épargner ou réaliser des transactions, selon plusieurs sources consultées. Sur une population totale de 44 millions d'habitant·es, la proportion d'utilisateurs (2,2%) n'est pas si éloignée de celle de la France, si l'on en croit les taux évoqués dans cet article de Capital, allant de 3 à 6,7% de la population.

L'Amérique latine, devant l'Afrique et le Moyen-Orient, représenterait aujourd'hui «entre 5 et 9% des opérations de cryptomonnaies réalisées à l'échelle mondiale», selon un site spécialisé reprenant l'étude de Chainalysis.

«La faible régulation sur les cryptomonnaies et la limitation d'accès au dollar sont les deux conditions majeures.»
Malena Calissano, diplômée en sciences économiques de l'Université de Buenos Aires

Parmi les pays concernés par cette tendance, on trouve le Venezuela, où l'État a même créé la Superintendance nationale des cryptomonnaies (Sunacrip) pour tenter de suivre (et de contrôler) le mouvement. Mais aussi la Colombie, «dont l'économie est réputée plus stable que celle de l'Argentine, mais également touchée par la dévaluation monétaire face au dollar, comme l'explique Luis Paolini, professeur à l'Institut technologique de Buenos Aires (ITBA). Des collègues colombiens me partageaient récemment leurs difficultés à acheter du matériel technologique.» Bogota, la capitale colombienne, figure elle aussi dans le top 10 du classement de Forbes.

En Argentine, tout le monde est d'accord concernant les deux conditions rendant la société plutôt propice à cette alternative numérique. «La faible régulation sur les cryptomonnaies et le “cepo” [carcan, ndlr] qui est appliqué au dollar, soit la limitation d'accès à cette monnaie, sont les deux conditions majeures qui contribuent à cette situation», résume Malena Calissano, diplômée en sciences économiques de l'Université de Buenos Aires (UBA) et actuellement en spécialisation à l'Institut des Hautes études de l'Université San Martín (IDAES - UNSAM).

«Les Argentins ont une méfiance envers les banques et la monnaie nationale bien ancrée dans leur culture», prolonge Rodolfo Andragnes, président de l'ONG Bitcoin Argentina. Un réflexe lié à plusieurs épisodes traumatiques de leur histoire collective.

Alternatives au roi dollar

La crise socioéconomique de 2001 est la plus connue du public international, mais à cette référence s'ajoutent, selon Rodolfo Andragnes, «d'autres périodes de crise, au milieu des années 1970, puis au milieu des années 1980 notamment». «Aujourd'hui, la crise liée à la pandémie donne consistance à des peurs structurelles de la société. Dans ces contextes, ceux qui ne peuvent pas épargner continuent de vivre en pesos [la monnaie nationale, ndlr] et s'appauvrissent car ils pâtissent de l'inflation. Les autres cherchent des alternatives. Depuis mars dernier, les opérations d'exchanges [échanges entre utilisateurs, ndlr] auraient été multipliées par cinq.»

«Dans notre pays, on épargne encore dans des valeurs sûres telles que l'or et de plus en plus en monnaies numériques.»
Luis Paolini, professeur à l'Institut technologique de Buenos Aires

Parmi les monnaies stables de référence utilisées par les Latinos et Latinas, le dollar est roi. En Argentine, outre le dollar officiel, il existe une flopée d'adjectifs pour accompagner le billet vert: dollar soja, dollar bitcoin, dollar blue ou informel... Avec les nouvelles mesures restrictives imposées par le gouvernement dans l'accès à la monnaie états-unienne, le dollar blue a fait un nouveau bond mercredi 16 septembre et sa valeur a ainsi augmenté de 77% depuis la déclaration de la pandémie, le 11 mars dernier. C'est le plus important pour les épargnant·es car en langage domestique, le «blue» vient alimenter le «dollar du matelas».

«Dans notre pays, on épargne encore dans des valeurs sûres telles que l'or et de plus en plus en monnaies numériques. Nous ne pouvions pas regarder sur le côté et nier l'existence d'un tel phénomène», constate Luis Paolini, dont l'Institut propose des cours spécialisés sur les cryptomonnaies. Il se défend toutefois de faire du prosélytisme auprès des élèves: «Notre approche académique ne nous permet pas d'encourager les élèves à miner ou à utiliser eux-mêmes des monnaies numériques. Ce serait un conflit d'intérêts. Cependant, ils apprennent le fonctionnement théorique des monnaies et les opérations de minage.»

L'expansion de cette alternative est peu à peu prise en compte par les pouvoirs publics. IproUp, média en ligne spécialisé sur les questions d'innovation et de nouvelles technologies, expliquait récemment que la Banque centrale argentine «affirme que les fintech facilitent la vie des gens, mais portent aussi des manœuvres de blanchiment d'argent».

De grosses marges de progression

«Sur la question des paiements, je doute que les cryptomonnaies puissent s'imposer de sitôt, nuance Malena Calissano. Du côté de l'épargne, le risque lié au caractère spéculatif est un argument contre. Mais surtout, la faible numérisation et la bancarisation relativement basse de la population me font douter de la potentialité d'alternatives qui nécessitent une éducation financière supérieure, telles que les cryptomonnaies.»

Plus de 40% des foyers argentins n'ont pas encore d'internet fixe. L'accès réduit à la toile, qui contribue indéniablement à l'analphabétisme numérique (ou illectronisme) limite-t-il de fait l'expansion des monnaies numériques? Pas si évident, selon les défenseurs de la blockchain à tous les étages de Bitcoin Argentina. L'ONG revendique plusieurs projets de développement de la technique auprès de populations vulnérables, initialement touchées par l'illectronisme. La blockchain sert aussi pour des campagnes de dons auprès des populations dans le besoin (ici) ou l'inclusion numérique (justement) des habitant·es des bidonvilles (). L'économie sociale et solidaire peut en outre s'exprimer via l'implantation d'une monnaie éthique, comme la monnaie «Par» en Argentine.

Difficile de cerner quelle orientation philosophique et quelle(s) sensibilité(s) politique(s) se cachent derrière l'utilisation de la blockchain et des monnaies dématérialisées. Ces outils sont utilisables par tous ou presque, tant et si bien que Rodolfo Andragnes y voit un parallèle «avec internet, qui a changé notre façon de communiquer».

«Ce changement a été transversal, il concerne tout le monde, poursuit-il. Notre postulat, c'est qu'il peut arriver la même chose avec la monnaie virtuelle. Que permet la blockchain? Construire de la confiance et transférer de la valeur.» Pour l'heure, un usage massif des cryptomonnaies dans le quotidien des Argentin·es relève de la science-fiction. Mais l'expansion de la numérisation au sein de la population, accélérée par la pandémie de coronavirus, pourrait déjà faire évoluer la situation.

Des hackers révèlent les données personnelles d'un millier d'officiers biélorusses

Les militant·es anti-Lukashenko estiment que les forces de l'ordre ne doivent plus être anonymes.

Temps de lecture: 2 min — Repéré sur The Guardian

Alors qu'une autre manifestation d'ampleur contre Alexandre Lukashenko était en préparation, des hackeurs et hackeuses militant·es ont rendu publiques les données personnelles d'un millier d'officiers de police biélorusses, peut-on lire dans le Guardian. Une façon de répondre à la répression violente observée pendant les marches contre le président Alexandre Lukashenko –au pouvoir depuis 26 ans dont la réélection le 9 août est considérée comme truquée par l'opposition.

Le communiqué des activistes, diffusé sur la chaine Telegram d'opposition Nexta Live, est clair: «Tant que les arrestations continueront, nous continuerons à publier des données à grande échelle. Personne ne restera anonyme, même sous une cagoule.»

De son côté, le gouvernement a promis de trouver et de punir les personnes coupables de cette fuite de données.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce dimanche 20 septembre à Minsk, capitale de la Biélorussie. La veille, prêt de 400 manifestantes avaient été arrêtées à une marche de femmes contre le gouvernement. Sur les pancartes, de nouveaux slogans pouvaient être lus: «Les lâches battent des femmes».

Même si la plupart des détenues ont été libérées, pour les opposant·es au pouvoir, ces arrestations sont le symbole d'une escalade de la violence de la part du gouvernement.

La cheffe de fil de l'opposition, Svetlana Tikjanovskava devrait être reçue par les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne. L'instance envisage même de sanctionner la gouvernement Lukashenko.

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